‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 221 sur 316 · EXC · texte numérisé non relu

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excitation [physiol . et path.), s. f. L’excitation est générale ou locale , c’est-à-dire qu’elle a lieu dans toute l’économie ou qu’elle est bornée à un seul organe; ce phénomène, qui s’observe souventdansles maladies, en est quelquefoisun signe précurseur, et il ne peut exister quelque temps dans un organe à l’étatsain sans qu’il y détermine bientôt unétat maladif; enfinil peutêtre lui-même considéré comme un état pathologique. L’excitation générale amène comme conséquence un accroissement d’activité dans toutes les fonctions de l’économie ; l’excitation locale ne détermine cet accroissement d’activité que dans l’organe qui en est le siège. J. B.

excoriation Uhir.) , s. f., excoriatio. C’est une petite plaie qui n’intéresse que la partie, superficielle de la peau , et qui est déterminée par l’enlèvement de l’épiderme. (V. Ecorchure).

excrément {physiol.), s. m. On désigne sous ce nom les substances destinées à être rejetées de l’économie par les émonctoires naturels, tels que la sueur , Y urine , les matières fécales. (Y. ces mots).

excrémentitiel {physiol.), adj. On a donné cette désignation aux humeurs destinées à être rejetées au dehors, et qui, par conséquent , sont impropres à la nutrition. (V. Humeurs).

excréta {hyg.), adj. et s. m. On s’est servi de ce mot pour désigner une des divisions de l’hygiène dans laquelle les médecins ont traité des choses qui doivent être rejetées au dehors de l’économie. Celte division de l’hygiène, qui avait été proposée par M. Ilallé , ne nous paraît pas une méthode exempte de reproches , et nous ne croyons pas devoir l’employer dans un ouvrage de la nature de celui-ci. 11 sera question des excréta sous leur rapporthygiénique au mot propre à chacune des fonctions ou des humeurs qui forment cette division. On avait proposé de remplacer le mot excréta par celui d ' excernada, qui signifie, choses qui doivent être excrétées. (V. Hygiène). J. B.

excréteurs {physiol.) , adj. On donne le nom de conduits excréteurs aux vaisseaux qui ont pour fonction de faire écouler le liquide sécrété par une glande; l’existence du conduit excréteur est le caractère des glandes proprement dites, quoique la structure de ces organes présente cependant de grandes différences; ainsi les glandes salivaires, le'foie, le pancréas, les reins, le testicule, etc., ont des conduits excréteurs qui ont reçu des noms particuliers. (V. ces différents mots). J. B.

excrétions [physiol.) , s. f. pl. excreta, du latin excernere , séparer. Matières diverses produites par certains organes de l’économie , dans l’état normal, destinées à être rejetées au dehors. La sueur, les crachats, les excréments , l’urine ,

etc., sont des excrétions. Dans l’état de santé ces matières offrent des caractères assez constants ; dans les maladies, au contraire, leur quantité, Ieuis qualités physiques et chimiques varient et offrent au médecin des signes diagnostiques précieux; il sera question de ces altérations en traitant de chaque excrétion en particulier. Elles indiquent constamment une lésion de l’organe qui est chargé de la sécrétion. Nous dirons aussi , d’une manière générale, qu’au début de l’inflammation d’un organe , l’excrétion normale est diminuée; ainsi, au commencement d’un corysa, la narine est sèche et le mucus nasal n’est pas sécrété.

Par extension , on a aussi appelé excrétion l’acte par lequel un appareil repousse et rejette au-dehors les matières excrémentielles; on dit dans ce sens Y excrétion de l’urine; enfin , on désigne encore ainsi la fonction par laquelle l’organe a formé le produit destiné à être rejeté. Dans ce dernier sens le mot excrétion est synonyme de sécrétion. (V. Sécrétion). J. B.

excroissance ( chù \), s. f. (Y. Végétation).

exercice {hyg.). (V. Gymnastique )

exérèse (< chir .), s. f. , du grec ex, hors , et airÔ , je retire , je retranche. On désigne par ce mot les opérations de chirurgie par lesquelles on enlève du corps tout ce qui est nuisible , inutile ou étranger. La plupart des opérations de chirurgie sont, comme on le voit, des exérèses.

exfoliation (chir.), s. f. C’est la séparation par feuilles ou par lames d’une partie d’os , de cartilage ou de tendon qui est frappée de nécrose; l’ex foliation est à ces tissus ce que la séparation des escarres est aux parties molles. (V. Nécrose).

exhalants (Vaisseaux) ( anat . ). Ordre de vaisseaux admis sans preuves par quelques anatomistes , comme faisant suite au système capillaire, et destinés à verser à la surface des membranes ou dans les tissus certains fluides tels que la sueur, la sérosité, la graisse, etc. Aujourd’hui l’existence de ces vaisseaux est tou t-à-fait rejetée, et tout ce que Bichat a écrit sur leurs fonctions et leurs propriétés ne doit être considéré que comme un roman créé par son ardente imagination.

exhalation (physiol.), s. f. (V. Sécrétion ).

exhumation ( méd . lég.), s. f. Le mot exhumation, composé de ex, de, et de humus, terre, sert à désignerl’extractiond’unoudeplusieurs cadavres de leur sépulture. Celte exhumation peut avoir lieu à la suite de la requête faite par une famille pour transporter les restes d’un parent d’un lieu dans un autre ; ou bien elle est ordonnée parun magistrat, et alors elleestditejuridique.Cetteopération peutêtre faite aussi dans l’intention d’évacuer un cimetière tout entier ; et pour prévenir

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les accidents qui peuvent eu résulter , il y a à prendredes précautions que nous ferons connaître plus loin. Nous allons donc nous occuper, lu des dangers dont les exhumations peuvent être accompagnées; 2<> de la manière de faire ces exhumations, et des précautions à prendre pour éviter ces dangers.

Des dangers dont les exhumations peuvent être accompagnées. — Les auteurs sont tellement remplis d’observations tendant à prouver combien il peut être nuisible à la santé d’exhumer des cadavres, qu’il serait difficile de ne pas reconnaître qu’au moins, dans certains cas, ces opérations peuvent être accompagnées de quelque danger. Il nous semble cependant que les médecins qui ont écrit sur ce sujet ont singulièrement exagéré ces dangers, comme on pourra en juger par l’exposition des faits suivants :

On lit dans Ramazzini qu’un fossoyeur nommé Piston avait inhumé un jeune homme bien habillé et avec une chaussure neuve : quelques jours après, trouvant, vers le midi, les portes du temple ouvertes, il alla à son tombeau, dérangea la pierre qui le fermait, y descendit, et, voulant ôter les souliers du cadavre, il tomba mort, et fut ainsi puni d’avoir violé ce lieu sacré ( Maladies des Artisants, p. 205, année 1777).

Yicq - d’Azyr rapporte qu’à Riom en Auvergne on remua la terre d’un ancien cimetière dans le dessein d’embellir la ville. Peu de temps après, on vit naître une maladie épidémique qui enleva un grand nombre de personnes , particulièrement dans le peuple, et la mortalité se lit surtout sentir aux environs du cimetière. Le même événement avait causé, six ans auparavant, une épidémie dans une petite ville de la même province, appelée Ambcrt. Une pareille suite de faits ne laisse aucun doute sur l’infection que peuvent causer les exhalaisons des cadavres.

( Essais sur les lieux et les dangers des sépultures , p. 113).

On trouve encore dans le même auteur que Pennicher, dans son Traite sur les embaumements , dit que la vapeur d’un tombeau causa à un malheureux fossoyeur une fièvre maligne (Gockel , cent. 11 , observ. 33). On a vu un pareil fait à Rreslauen 1719 (Vicq-d’Azyr, ouvr. cité, p. 1 17).

D’après Haller, une église aurait été infectée par les exhalaisons d’un seul cadavre, douze ans après sa sépulture; ce cadavre répandit une maladie très dangereuse dans un couvent entier (Vicq-d’Azyr, ouvr. cité, p. 117).

Raulin raconte qu’en 1744 la ville de Lecteur fut affligée d’une maladie populaire qui lit périr près d’un tiers de ses habitants; on en attribua la cause à un vieux cimetière où l’on avait fait des travaux profonds. 11 dit, à la page suivante, que plusieurs enfants jouaient avec le cadavre d’un pendu qui était mort depuis peu de mois ; le plus hardi d'entre eux frappa d’un coup de poing la poitrinenue de ce cadavre, il en jaillit une liqueur si corrosive, que celle qui toucha le bras de ce misérable enfant y fit une excoriation si terrible qu’on eut de la peine d’empêcher que ce bras ne se gangrénât ( Observations de méde-

cine, par Joseph Raulin, p. 390, année 1754).

En 1744, trois hommes moururent dans le caveau d’une église de Montpellier; le quatrième ne dut son salut qu’à la fuite la plus prompte, et encore éprouva-t-il des vertiges , des lypothimies , etc., qui mirent sa vie en danger. Ses vêtements et toute sa personne exhalèrent pendant plusieurs jours une odeur cadavéreuse (Haguenot, Mémoire lu à la Société de Montpellier, en décembre 1746).

Un général de Carthage ayant fait ouvrir un lieu de sépulture, devant une petite ville de Sicile, pour y faire des retranchements, la peste se mit dans son armée (Navier, Réjlexions sur les dangers des exhumations, année 1775, p. 9\

Un fossoyeur, creusant une fosse dans l’église de Saint-Alpin d’Amsterdam, y trouva un corps presque dans son entier, quoique inhumé depuis long- temps. Il l’entama d’un coup de hoyau, et fut frappé sur-le-champ de l’odeur infecte de ce cadavre; il tomba malade et mourut dans les vingt-quatre heures Ibid , p. 20).

Ou avait enlevé pendant l’hiver de 1749 tous les bancs de l’église de Saint-lùistache de Paris, pour creuser et construire des caveaux. Les corps morts que l’on rencontra dans la fouille du terrain furent exhumés et transférés pour la plupart derrière l’œuvre. Ceux qu’on devait enterrer dans l’église furent déposés dans un caveau particulier, situé sous les charniers, et ce caveau n’avait pas été ouvert depuis fort long-temps. Le 7 mars suivant, les enfants qui étaient au catéchisme tombèrent presque tous en syncope ou en faiblesse dans le même temps. Le dimanche suivant, même accident arriva à une vingtaine d’enfants et autres personnes de tout âge. La semaine suivante, le même événement arriva à Sainte-Périne, d’où l’on avait exhumé des cadavres pour y construire une manufacture de rubans , où l’on faisait travailler de jeunes filles [Ibid. , p. 1 9, observation rapportée par Malouin).

Le 20 avril 1773 , on creusa à Saulieu, dans la nef de l’église de Saint-Saturnin, une fosse pour unefemme morlede fièvre putride. Les fossoyeurs découvrirent le cercueil d'un corps enterré le 3 mars précédent. Eu descendant dans la fosse le cadavre de la femme, la bière s’entr’ouvrit, ainsi que le cercueil dont on vient de parler, et il se répandit sur-le-champ une odeur si fétide , que tous les assistants furent forcés de sortir. De cent vingt jeunes gens des deux sexes que l’on préparait à la première communion, cent quatorze tombèrent dangereusement malades, ainsique le curéel levicaire, lesfossoyeursetplusdesoixantedix autres personnes, dont il est mort dix-huit , y compris le curé et le vicaire qui ont été enterrés des premiers (Maret, Journal encyclopédique, septembre 1773 ; et Navier , ouvrage cité , p. 5).

L’abbé Rozier dit qu’un particulier de Marseille fit ouvrir des fosses pour planter des arbres dans un endroit où, trente ans auparavant, lors de la peste, on avait enlerréun grand nombre de cadavres. A peine eut-on donné quelques coups de bêche , que trois des ouvriers furent snbite-

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ment suffoqués, sans qu’on pût les rappeler à la "vie ( Observations physiques , année 1773, t. 1er p. 109).

Le 15 janvier 1772, au rapport du P. Cotte, prêtre de l’Oratoire , un fossoyeur, creusant une fosse dans le cimetière de Montmorency, donna un coup de bêche sur un cadavre enterré un an auparavant; il sortit une vapeur infecte qui le lit frissonner, et lui fit dresser les cheveux sur la tête. Comme ils’appuyaitsur sa bêche pour fermer l’ouverture qu’il venait défaire, il tomba mort , et les secours qu’on lui donna furent inutiles {Ibid., p. 109).

Le seigneur d’un village situé à deux lieues de cette ville mourut d’une fièvre putride le 1 5 décembre 1773. On voulut lui préparer une fosse distinguée dans l’église. Pour cet effet, on remua plusieurs cadavres , et l’on déplaça le cercueil d’une de ses parentes enterrée au mois de février précédent. L'infection se répandit aussitôt dans l’église ; ce qui n’empêcha pas de continuer la cérémonie, comme s’il eût été plus essentiel d’enterrer promptement un mort que de fuir les coups meurtriers de l’épidémie , en abandonnant et l’église et le cadavre pour quelques jours. Aussi ceux qui assistèrent à ces obsèques payèrent-ils cher leur obstination imprudente. Quinze d’entre eux moururent en huit jours de temps : de ce nombre furent quatremalheureux paysans qui avaient levé la tombe, préparé la fosse et remué les cercueils. Six curés, assistant à cette révoltante cérémonie, ont aussi manqué de périr. ( Gazette de santé du 10 février 1774).

On lit dans le Recueil de pièces concernant les exhumations faites dans l’église de Saint-Eloi de Dunkerque (Paris, 1783)'., que de deux jeunes gens que la curiosité avait conduits au lieu de l’exhumation, un fut affecté d’une douleur violente de la tête ; bientôt la petite-vérole se déclara et il mourut. Dans le nombre des cadavres auxquels il s’était arrêté, plusieurs étaient affectés de petite-vérole confluente. Un ouvrier périt d’un autre genre d’imprudence : il se jouait avec les débris des cadavres , et croyait trouver dans le vin un spécifique suffisant (p. 73).

Les divers accidents dont nous venons de parler ont tellement effrayé les auteurs de médecine légale, que plusieurs d’entre eux n’ont pas hésité à établir que le médecin pourrait refuser son ministère lorsqu’il s’agirait d’un rapport sur un cas d’exhumation faite long-temps après la mort. Voici comment s’exprime M.Fodéré: « Lcseffets delà mort, manifestés aussitôt que l’action vitale a cessé, augmentent en raison du temps qui s’est écoulé depuis cette cessation , et suivant la nature de la maladie et de la lésion sous lesquelles l’individu a succombé, bientôt tout est confondu; et sans compter que lorsque la putréfaction est avancée, les gens de l’art ne peuvent êtreobligés à un examen qui serait autant dangereux pour leur vie qu’inutile pour les éclaircissements qu’on veut obtenir , il est telles causes de mort et telles lésions qu’il est impossible de distinguer alorsd’avec les phénomènes inhérents à l’état cadavérique : tels sont les douleurs et spasmes, les coups

de sang à la tête ou à la poitrine, les commotions, l’étranglement et les divers genres de suffocation , l’empoisonnement , etc. » ( Traité de méde cine légale, t. 3, p. 71, année 3 813). On lit encore dans la première édition de l’ouvrage du même auteur (p. 28) : « Et si le cadavre exhale déjà une mauvaise odeur, l’homme de l’art peut se refuser à en approcher ; car on ne peut l’obliger à une opération qui deviendrait non seulement inutile en grande partie, mais encore qui pourrait être nuisible à sa santé.

Les observations qui précèdent ne nous semblent pas toutes propres à prouver les dangers des exhumations; il en est en effet qui paraissent apocryphes ; d’autres offrent des détails évidemment exagérés, et les accidents graves qui y sont mentionnés ne sauraient être attribués aux exhalaisons putrides. Comment supposer en effet une action aussi malfaisante aux émanations dégagées par un cadavre enterré dans une fosse particulière, lorsque, dans notre travail (M. Lesueur et moi), ni les fossoyeurs, ni deux ou trois élèves qui nous assistaient, ni nous-mêmes, nous n’avons jamais éprouvé d’incommodité notable , quoique les exhumations aient été nombreuses et faites sans prendre aucune précaution , aux diverses époques de la putréfaction , et souvent au milieu des plus grandes chaleurs? Nous sommes loiude contester les effets nuisibles d’un amas de cadavres en putréfaction, des cimetières dans lesquels on ferait des fouilles pour opérer la translation de plusieurs corps ; nous accorderons encore qu’il peut y avoir du danger à descendre dans une fosse commune pour exhumer un cadavre ; mais nous ne saurions admettre ce danger dans le cas d’une exhumation partielle faite dans une fosse particulière : tout au plus les fossoyeurs et les assistants éprouveront-ils de très légères incommodités, lors même qu’ils n’auront fait usage d’aucune des préparations propres à corriger les mauvais effets des exhalaisons putrides. Il en sera de même des gens de l’art, qui seront obligés d’ouvrir les cadavres et d’examiner pendant plusieurs heures leurs organes. Cette proposition ne nous paraît devoir souffrir d’exception que dans les cas, fort rares, où les médecins et les personnes chargées de pareils travaux seraient considérablement affaiblis par des maladies antécédentes qui les prédisposeraient à en contracter de nouvelles, ou bien lorsque la décomposition des corps étant encore peu avancée, et l’abdomen considérablement tuméfié, on percerait maladroitement celui-ci , et on s’obstinerait à respirer, pendant un certain temps, le gaz méphitique qui se dégagerait par l’ouverture. Nous réfutons donc ces auteurs qui, à l’exemplede M. Fodéré, ont pensé que les gens de l’art pouvaient refuser de faire une exhumation juridique , sous prétexte qu’ils exposaient leur vie ; nous le ferotia avec d’autant plus de raison qu’il ne nousserait pas difficile d’établir, que ces exhumations, loin d’étre inutiles, comme ils l’ont avancé , peuvent dans beaucoup de cas servir à proiiver.que la mort des individus est le résultat d’une violence extérieure , d’un empoisonnement , etc.

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Nous irons même plus loin; nous sommes persuadés que dans un certain nombre de cas d’exhumations de plusieurs cadavres , et de fouilles dans les caves sépulcrales, on a attribué aux exhalaisons putrides des fièvres et des maladies épidémiques qui devaient nécessairement reconnaître une tout autre cause. Parmi les faits nombreux qui appuient cette manière de voir, nous citei’ons les exhumations du cimetière et de l’église des Saints-Innocents de Paris, et les observations consignées par M. Parent-Duchâtelet , dans un rapport sur l’enlèvement et l’emploi des chevaux morts.

Les exhumations du cimetière et de l’église des Innocents eurent lieu du mois de décembre 1 T85 jusqu’au mois de mai 1786, du mois de décembre de la même année au mois defévrier 1787, et du mois d’août au mois d’octobre suivant. Il y avait déjà près de six ans que l’on n’enterrait plus les morts dans le cimetière, tandis qu’aucune interruption n’avait eu lieu pour les cérémonies funéraires dans l’église. C’est dans le sein de la tranquillité et du calme, dit Thouret, qu’ont été terminées les opérations dont nousavons à rendre compte, et qui, ayant été reprises à différentes époques et continuées constamment chaque fois le jour et la nuit, ont eu plus de dix mois de durée. Pendant cette longue suite de travaux, une couche de huit à dix pieds de terre infectée pour la plus grande partie, soit des débris des cadavres, soit par les immondices des maisons voisines, a été enlevée de toute la surface du cimetière et de l’église, sur une étendue de deux mille toises carrées ; plus de quatre-vingts caveaux funéraires ont été ouverts et fouillés ; quarante à cinquante des fosses communes ont été creusées à huit et dix pieds de profondeur , quelques-unes jusqu’au fond, et plus de quinze à vingt mille cadavres appartenant à toutes sortes d’époques ont été exhumés avec leurs bières. Exécutées principalement pendant l’hiver, et ayant eu aussi lieu en grande partie dans les temps des plus grandes chaleurs; commencées d’abord avec tous les soins possibles , avec toutes les préparations connues, et continuées presque en entier, sans en employer pour ainsi dire aucune , nul danger ne s’est manifesté pendant le cours de ces opérations ( Rapport sur les exhumations du cimetière et de l'église des Saints-Innocents , par M. Thouret, p. 10, année 1789).

Objectera-t-on que depuis plusieurs années on n’enterrait plus les cadavres dans ces lieux , et que déjà la décomposition putride avait atteint cette période où il ne se dégage presque plus d’émanations fétides et nuisibles ? D’ailleurs , dirat-on, les cadavres avaient éprouvé, dans le cimetière des Innocents , une transformation en gras qui rendait leur action sur l’économie animale beaucoup moins intense , pour ne pas dire nulle. Il est vrai que ceux de ces corps qui s’étaient transformés en gras dans ce cimetière ne devaient exhaler que peu ou point d’odeur malfaisante ; mais n’avons-nous pas dit que, pendant les six années qui avaient précédé les travaux , on n’avait pas cessé d’inhumer dans l’église des Saints-

Innocents : dès lors ne devait-on pas extraire des caves des cadavres non encore transformés en gras et en pleine putréfaction? ■ On remarquait, dit Thouret, toutes les nuances de la destruction, toutes les métamorphoses de la mort rassemblées, depuis le corps qui se dissout et se putréfie jusqu’à ceux plus privilégiés qui se changent en momies sèches et fibreuses (P. 16).

Du reste, les détails suivants , extraits d’un Mémoire de Fourcroy , confirment pleinement notre manière de voir. Curieux d’avoir des renseignements positifs sur les altérations qu’éprouvent les cadavres que l’on jette dans les fosses communes , ce savant célèbre interrogea à plusieurs reprises un grand nombre de fossoyeurs du cimetière des Saints-Innocents, qui lui apprirent qu’ils n’étaient exposés à un véritable danger que dans la première période de la décomposition des corps, c’est-à-dire quelquesjours après leur inhumation , lorsque le ventre, après avoir été distendu par des gaz, se déchire aux environs de l’anneau, et quelquefois autour du nombril; il s’écoule alors par ces ouvertures un fluide sanieux, brunâtre, d’une odeur très fétide, et il se dégage en même temps un fluide élastique très méphitique , et dont on doit redouter les dangereux effets. Il est arrivé plusieurs fois dans des fouilles de cimetière, que la pioche ayant ouvert ainsi le bas-ventre , le gaz qui s’en est élevé a frappé subitement d’apoplexie les ouvriers employés à ce travail : telle est la cause des malheurs arrivés dans les cimetières. On conçoit que la même rupture du bas-ventre et le dégagement du gaz très méphitique ayant lieu dans les caveaux comme dans la terre, ce fluide élastique, comprimé dans ces souterrains , peut exposer à des accidents terribles les personnes qui y descendent imprudemment ; on conçoit aussi, d’après cela, la mort des Balsagettes dans le caveau de Saulieu.

Après s’ètre demandé quelle peut être la nature de ce gaz délétère, qu’il croit formé d’hydrogène sulfuré et phosphoré , d’azote et d’une vapeur animale délétère, Fourcroy continue en ces termes : « Les hommes occupés au travail des cimetières reconnaissent tous qu’il n’y a de réellement dangereux pour eux que la vapeur qui se dégage du bas-ventre des cadavres, lorsque cette cavité se rompt. Ils ont encore observé que cette vapeur ne les frappe pas toujours d’asphyxie ; que s’ils sont éloignés du cadavre qui la répand, elle ne leur donne qu’un léger vertige , un sentiment de malaise et de défaillance , des nausées ; ces accidents durent plusieurs heures ; ils sont suivis de perte d’appétit, de faiblesse etde tremblement : tous ces effets annoncent un poison subtil qui ne se développe heureusement que dans une des premières époques de la décomposition du corps.» Mémoire sur les différents états des cadavres trouvés dans les fouilles du cimetière des Innocents en 1786 et 1787, lu par Fourcroy à l’Académie royale des sciences , les 20 et 28 mai 1789).

Les observations consignées par M. Parent- Duchâtelet dans un travail demandé par M. De-

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lava», alors préfet de police , au conseil de salubrité, viennent merveilleusement à l’appui de la proposition que nous cherchons à prouver. Les clos d’écarrissage de Monlfaucon , dit le rapporteur, exhalent l’odeur la plus infecte. Qu’on se figure ce que peut produire la décomposition putride de monceaux de chairs et d’intestins abandonnés, pendant des semaines ou des mois , en plein air et à l’ardeur du soleil, à la putréfaction spontanée; qu’on y ajoute par la pensée, la nature des gaz qui peuvent sortir de monceaux de carcasses qui restent garnies de beaucoup de parties molles; qu’on y joigne les émanations que fournil un terrain qui, pendant des années, a été imbibé de sang et de liquides animaux , celles qui proviennent de ce sang lui - même, qui, dans l’un et dans l’autre clos , reste sur le pavé sans pouvoir s’écouler; celles enfin des ruisseaux des boyauderies et des séchoirs du voisinage; que l’on multiplie, autant que l’on voudra, les degrés de la puanteur, et l’on n’aura qu’une faible idée de l’odeur repoussante qui sort de ce cloaque, le plus infect qu’il soit possible d’imaginer.

Eh bien ! ni les maîtres écarrisseurs ni les ouvriers ne sont jamais malades; et si vous les interrogez, ils vous diront que les émanations qn’ils respirent contribuent à leur bonne santé. Déjà, dans un rapport fait en 1810 par MM. Deyeux, Parmentier et Pariset, il y est parlé de la surprise que causa la brillante santé de la femme et des cinq enfants du nommé Fiard, qui travaillaient toute l’année dans leur clos, et couchaient dans le lieu même, où il fut impossible aux membres de la commission de pénétrer, à cause de l’excessive infection qui s’en exhalait. On sait également que la plupart des écarrisseurs meurent dans un âge fort avancé, et presque toujours exempts des infirmités de la vieillesse. Bien plus, on a remarqué que dans l’épidémie de Pantin et de laVilletle, pas un seul ouvrier du clos de Monlfaucon n’en fut affecté , privilège qui paraît leur avoir été commun avec les femmes qui confectionnent la poudrette dans le voisinage.

On dira peut-être que ces ouvriers, nés pour ainsi dire dans le métier d’écarrisseur, et tous issus de parents qui l’ont exercé, ont perdu la faculté d’être influencés par les émanations putrides qui conservent sur les autres toute leur activité. Nous répondrons à cette objection par les faits suivants: les étrangers qui viennent tous les jours au clos, et qui y restent souvent longtemps, n’en sont point incommodés. On n’a jamais remarqué que les ouvriers étrangers que l’on était quelquefois obligé de prendre pour des travaux extraordinaires, n’étaient pas plus susceptibles que les autres de contracter des maladies. Les carriers , les plâtriers, les cabaretiers et les gargotiers qui sont au voisinage de la voirie de Montfaucon n’en éprouvent aucune influence fâcheuse. On ht encore dans le rapport de la commission de 1810, qu’elle resta convaincue que les maladies diverses dont avaient été aftectés les ouvriers de la verrerie tenaient à d’autres causes qu’aux émanations du clos d’écarrissage de la gare.

Plusieurs observations fort curieuses, ajoute M. Parent-Duchâtelet, appuient d’ailleurs ce que nous venons de dire du peu d’influence que peut avoir l’habitude sur l’action négative des émanations putrides, par rapport à la santé de ceux qui y sont exposés. On fait tous les ans à Paris , au cimetière du Père-Lachaise, près de deux cents exhumations, pour transporter dans des terrains acquis par les familles, ou dans des sépultures convenables, les corps qui ont été provisoirement déposés dans des fosses particulières. Ces exhumations se pratiquent à toutes les époques de l’année, deux, trois ou quatre mois après la mort, souvent même beaucoup plus tard. On conçoit que la putréfaction est alors dans toute son activité, et cependant on n’a point encore remarqué que le moindre acciden t soit arrivé aux fossoyeurs chargés de ces travaux , qui sont d’autant plus pénibles, et qui devraient être d’autant plus dangereux, qu’ils les obligent de respirer dans la fosse même les émanations qui ont été renfermées pendant long-temps dans un étroit espace, et qui proviennent d’individus qui ont succombé à des maladies de nature différente. Ne sait-on pas aussi que les ouvriers boyaudiers jouissent de la santé la plus brillante, quoiqu’ils vivent dans une atmosphère infecte? Enfin, n’est-il pas certain que les maladies charbonneuses et la pustule maligne n’attaquent que bien rarement les écarrisseurs, quoiqu’ils se livrent à leurs travaux sans prendre aucune précaution?

De la maniéré de faire des cxhumalions juridiques, et des précautions à prendre pour éviter les dangers qui peuvent les accompagner . — Il importe de distinguer le cas où il s’agit simplement d’extraire un cadavre d’une fosse particulière, de celui qui a pour objet l’évacuation des cimetières et des caves sépulcrales, ou l’extraction d’un cadavre d’une fosse commune.

Exhumation d'un cadavre enterré dans une fosse particulière. Quoiqu’il n’y ait eu général aucun danger à exhumer un cadavre enterré dans une fosse particulière, nous croyons devoir conseiller un certain nombre de précautions qui rendent l’opération moins désagréable. Ou ne procédera que d’après l’ordre d’un magistrat, et en présence d’un juge d’instruction ou de tout autre fonctionnaire délégué à cet effet. 1° On choisira le malin de préférence, surtout dans les saisons chaudes, d’abord parce qu’il sera quelquefois nécessaire de prolonger pendant plusieurs heures l’examen du cadavre, et que d’ailleurs les corps inhumés depuis quelques mois peuvent se gonfler et éprouver d’autres changements , beaucoup plus promptement au milieu du jour, lorsque la température est élevée, que dans la matinée; il est également certain que l'impression désagréable produite par les émanations sur l’organe de l’odorat, est plus marquée pendant la chaleur. 2° On emploiera deux ou trois fossoyeurs afin que l’exhumation soit faite promptement, et on pourra arroser de temps en temps les parties de la fosse déjà creusées , avec deux ou trois onces d’une faible dissolution de chlorure de chaux; les fossoyeurs sont tellement habitués aux;

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odeurs qu’exhalent les cadavres en putréfaction, et redoulent tellement peu les effets de ces exhalaisons , que dans les nombreuses exhumations dont nous les avons chargés, ils n’ont jamais eu recours'à cette liqueur désinfectante: nous-mêmes qui assistions à ces opérations, nous n’avons jamais senti la nécessité d’en faire usage. On doit déjà pressentir que nous regarderons au moins comme inutiles deux précautions indiquées par les auteurs, et qui consistent à garnir la bouche et les narines des ouvriers d’un mouchoir trempé dans du vinaigre, et à jeter plusieurs livres de dissolution de chlorure de chaux sur le cercueil, aussitôt qu’on aurait creusé assez pour l’apercevoir : cet arrosement doit même être rejeté comme nuisible dans beaucoup de cas; en effet, lorsque la bière a été brisée, défoncée , la liqueur dont il s’agit, pénétrera dans son intérieur, et agira sur le corps dont elle pourra altérer les tissus , comme nous le dirons plus bas. Tout ce que nous pouvons conseiller en pareil cas, et seulement lorsque l’odeur putride est très désagréable, c’est de jeter au fond de la fosse et sur la partie de la bière encore entière , trois ou quatre onces de dissolution de chlorure de chaux ou de soude. Cette dissolution pourra être préparée avec une once de chlorure et deux pintes d’eau. Dans aucun cas la bière ni le corps ne seront plongés dans une dissolution de ces chlorures; il ne faudra même pas répandre quelques verres de cette liqueur à la surface du cadavre : si l’on veut neutraliser momentanément l’odeur désagréable qui s’exhale. Nous disons momentanément , parce qu’en effet l’action désinfectante des chlorures est limitée à un temps qui n’est pas très long, et l’on est obligé de revenir souvent à l’emploi de ces préparations, pour peu que l’examen du cadavre soit prolongé. On versera çà et là sur la table où gît le cadavre, et. à côté de lui, deux ou trois onces de dissolution de chlorure, qui agira à peu près avec la même énergie que sielle eût été portée sur le corps , et qui n’offrira pas les inconvénients qui résultent de son contact avec la peau et nos organes. Ces inconvénients sont : d’être presque intantanément décomposée par l’acide carbonique et de donner naissance, quand on s’est servi de chlorure de chaux, à du sous-carbonate de chaux blanc qui s’applique sur les tissus et les recouvre d’une couche blanche qui ne permet plus de bien les étudier ; d’altérer promptement ces mêmes tissus, de manière à changer leur consistance, leur couleur : ainsi les muscles qui sont d’un rouge tirant légèrement sur le livide, blanchissent, puis deviennent plus livides, verdâtres et plus mous par leur contact avec le chlorure de chaux ; les chlorures de soude et de potasse attaquent aussi les organes, mais plus lentement que celui de chaux , et ne déposent jamais de sous-carbonate de chaux, quoiqu’ils communiquent d’abord une teinte blanchâtre aux muscles. 3° Ou retirera le cadavre du cercueil et on commencera les recherches immédiatement après ; on observe en effet, surtout en été et lorsque la putréfaction n’est pas encore très avancée, que les corps qui restent pendant

plusieurs heures en contact avec l’air, se tuméfient , se colorent et éprouvent des altérations qui seraient propres à induire l’expert en erreur.

Evacuation des cimetières et des caves sépulcrales. Tandis que, lors d’une exhumation juridique, les gens de l’art sont obligés de procéder à l’opération aussitôt qu’ils sont requis, ils peuvent au contraire différer les travaux , et attendre la saison la plus favorable quand il s’agit de fouiller et d’évacuer des cimetières et des caves sépulcrales dans l’intention d’assainir leseuvirons. On ne procédera donc que lorsque la température ne sera pas trop élevée , et l’on suspendra l’opération pendant quelque temps si l’atmosphère devient trop chaude et humide, et surtout si lèvent souffle du sud ; les époques les plus convenables dans nos climats sont la fin de l’hiver et le commencement du printemps. Ou emploiera un nombre d’ouvriers suffisant pour que les travaux puissent être promptement exécutés, et pour peu que les fossoyeurs soient incommodés, on les remplacera par d’autres qui à leur tour pourront céder la place aux premiers : leurs vêlements seront exposés à l’air à la fin de la journée, et ne serviront que le surlendemain. Ceux des ouvriers qui descendront dans les caves sépulcrales, ou qui lèveront une pierre à chacune des extrémités de ces caves pour pratiquer des ouvertures destinées à renouveler l’air, auront la bouche et les narines garnies d’un mouchoir trempé dans du vinaigre; et s’il est utile qu’ils aient bu modérément du vin, il importe qu’ils ne soient pas ivres , parce que l’affaiblissement qui accompagne le plus souvent cet état semble favoriser l’action délétère des émanations putrides. On évitera aussi que ces fossoyeurs ne se tiennent long-temps courbés en avant, la face rapprochée du sol, et pour cela on fera plutôt usage (le bêches et de longues pinces de fer, que de pioches et d’autres instrumentspeu longs.

Avant de commencer les travaux il ne sera pas inutile de sonder le terrain dans plusieurs endroits , pour s’assurer du degré de putréfaction des corps, car il peut se faire que, dans une portion du même cimetière, la décomposition ait atteint le dernier terme, tandis qu’elle ne sera pas trop avancée dans une autre partie : or, on conçoit que, dans le premier cas , il n’y ait presque aucune précaution à prendre. Toutefois ces fouilles ne doivent pas être trop multipliées, et l’on ne doit en commencer une nouvelle qu’après avoir comblé avec de la terre celle que l’on vient de faire. Soit qu’il s’agisse de ces travaux préparatoires, ou que déjà l’on creuse sur toute la surface du cimetière pour extraire les corps, on arrosera de temps en temps le terrain avec la dissolution de chlorure de chaux précédemment indiquée ; on pourra n’enlever d’abord qu’un demi -pied de terre sur toute la surface, laisser cette nouvelle couche de terrain en contact avec l’air pendant quelques heures après l’avoir arrosée avec le chlorure, puis enlever un second demi-pied de terre, et agir de mêmejusqu’à ce que l’on soit arrivé à la profondeur voulue.

Les cercueils non endommagés seront placés

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en entier et avee soin sur des tombereaux destinés à les transporter ; les autres, ceux qui auront été disjoints, enfoncés ou brisés, exhaleront peutêtre une odeur infecte, et devront être arrosés avec une dissolution de chlorure avant de les placer sur les tombereaux : ceux-ci seront couverts d’une toile imprégnée d’eau vinaigrée, et lorsque les cadavres ne seront pas encore entièrement pourris, on aura soin de les placer dans des caisses bien goudronnées et munies d’un couvert. Les débris des cercueils seront brûlés sur une grille, d’abord à l’aide de fagots ou de charbon de terre, puis ils serviront eux-mêmes à entretenir la combustion. S’il y a à transporter des ossements mêlés de terre, il faudra emporter le tout plutôt que de passer à la claie pour séparer les petits os; en effet, cette ventilation , dans un terrain infecté, pourrait être nuisible.

S’il s’agit de l’exhumation dans des caves sépulcrales situées dans les églises ou ailleurs , après avoir établi des courants d’air en ouvrant les portes et les croisées , et avoir percé une ouverture à une des extrémités de la cave, on arrosera le sol avec la dissolution de chlorure de chaux, et on s’éloignera pendant plusieurs heures. Alors on s’occupera de renouveler l’air de ces caves. On a d’abord proposé d’allumer du feu dans un fourneau disposé sur une grille placée elle-même sur l’ouverture déjà mentionnée. A l’aide de ce ventilateur, l’air du souterrain sera bientôt renouvelé ; mais il est préférable de recourir à la manche à air.

Quel que soit le moyen employé pour renouveler l’air d’un de ces caveaux, avant d’y faire descendre les fossoyeurs, on s’assurerait qu’une bougie allumée, plongée jusqu’au fond, continue à y brûler ; si elle s’éteignait, il faudrait encore différer les travaux de quelques heures, et insistersur l’emploi des moyensprescrits. Les premiers ouvriers qui pénétreront dans ces caveaux auront la bouche et les narines garnies d’un mouchoir trempé dans de l’eau vinaigrée ; ils seront suspendus à une corde qui passera sous les aisselles, et munis d’une sonnette à l’aide de laquelle ils avertiront qu’il est temps de les retirer.

Les travaux une fois terminés, on comblera les vides des cimetières avec la terre qui avait été remuée, et on arrosera avec la dissolution de chlorure; quant aux caves, on les fermera après les avoir également arrosées. L’emploi réitéré de ce chlorure, pendant quelques jours, permettrad’habiter peu de temps après les cimetières et autres lieux naguère infectés par des exhalaisons fétides.

Nous ne terminerons pas cet article sans indiquer les précautions que devront prendre les individus qui habitent dans le voisinage des lieux où se font les exhumations. Ces précautions consistent à fermer les portes et les fenêtres qui donneront du côté de ces lieux, à répandre en été , sur le sol des jardins ou des rues qui avoisinent les habitations, quelques onces de dissolution de chlorure, et à faire de temps à autre des fumigations aromatiques, qui auront au moins l’avantage de masquer l’odeur fétide des cadavres.

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O11 agira, pour l’extraction d’un cadavre d’une fosse commune, comme il vient d’être dit à l’occasion de l’évacuation des caves sépulcrales.

Orfila,

Professeur à la Faculté de médecine de Paris , Membre du conseil royal de l’instruction publique.

exoine ou exoène [méd. leg.), s. m. de exonerare, décharger. On donne ce nom en médecine légale à un certificat d’excuse, d’exemption ou de dispense délivi'é par un médecin, pour constater un état de maladie ou d’infirmité. ( V. Certificat).

exomphale (i chir .), s. f. C’est la hernie ombilicale (V. ce mot).

exophthalmih (pat/i.), s. f., du grec ex , dehors et de ophtkalmos , œil, sortie de l’œil hors de son orbite. L ’ exophthalmie reconnaît un assez grand nombre de causes qui toutes agissent eu augmentant le volume des parties situées dans la cavité orbitaire etdéterminent ainsi, et d’une manière passive, la sortie de l’œil. Les blessures qui ont lieu dans les parties molles qui environnent l’œil , les tumeurs qui se développent dans ces parties ou celles qui les avoisinent, les abcès, les varices des veines de l’orbite, les polypes, les fongus de la dure-mère qui pénètrent dans la cavité orbitaire, [les hydatides développées dans lessinus fronteaux, les exostoses, les cancers de la glande lacrymale, enfin toutes les causes qui en rétrécissant la cavité orbitaire peuvent faire saillir l’œil au dehors, produisent cette maladie. Les plaies et l’arrachement de l’œil sont aussi des causes d’exophthalmie, que l’on peut nommer traumatique par opposition aux précédentes qui sont symptomatiques, c’est-à-dire dans lesquelles l’exophthalmie ne se trouvequele symptôme d’une autre maladie. Dans ces cas d’exophthalmie par blessure on a vu l’œil sorti de sa cavité y être replacé et la plaie guérir, sans que la vue de ce côté soit altérée. Lorsque l’exophthalmie symptomatique est considérable et que l’œil ne peut plus être recouvert par les paupières, la conjonctive, toujours exposée à l*air, s’enflamme, des ulcérations se manifestent, et le malade finit par perdre la vue du côté affecté. Le traitement de cette maladie varie suivant les causes qui peuvent la produire, et c’est à les faire disparaître que le chirurgien doit s’appliquer; ainsi l’enlèvement des tumeurs, des polypes et des hydatides qui peuvent remplir la cavité orbitaire sont les moyens que l’on doit mettre en usage lorsqu’ils sont praticables ; mais il n’arrive que trop souvent que ces sortes de lésions sont au-dessus des ressources de l’art, et que le chirurgien ne peut rien faire pour soulager ,1e malade. Quant au traitement des exophlhalmies traumatiques ou par suite de blessures, il rentre dans ce qui sera dit sur les plaies de l’œil, et il consiste surtout dans les pansements convenables, les saignées, les sangsues, enfin tous les moyens antiphlogistiques les plus énergiques, car c’est surtout l’inflammation qu’il

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est important de combattre dans cette circonstance, puisque c’est au gonflement qu’elle détermine que l’œil doit sa sortie de la cavité orbitaire. Lorsque par ces causes il s’est formé des abcès au fond de l’orbite, il convient de les ouvrir sur les côtés ou au-dessus du globe de l’œil , et ordinairement, après que le pus a été évacué, l’œil reprend sa place accoutumée (Y. Œil, Maladies des Yeux). J. B.

exostose ( mèd .) , s. f. De ex, en dehors, et de ostèon , os.

L’exostose est une tumeur tout osseuse , développée sur un os, soit à sa surface externe, soit à sa surface interne , qui peut se manifester sur tous les os et même sur les dents, mais qui apparaît plus fréquente sur les os larges et les os longs que sur les autres, et dont le siège occupe le plus souventleurpartiemoyenneouà leursextrémités.

Quelques auteurs donnent aussi le nom d’exostose au gonflement général d’un ou de plusieurs os, mais cet état , que l’on désigne sous le nom d’hypérostose, doit être différencié de l’exostose, qui n’est qu’une altération locale , une modification morbide d’une partie d’un os. Un autre état des os qui se rapproche plus de l’exostose, c’est celui qui consiste dans la formation de nodosités osseuses à propos de la plus légère irritation du tissu osseux, ou dans l’ossification des parties molles; tel était le cas bien connu, rapporté par Abernethy , d’un jeune garçon chez lequel la moindre pression déterminait une tumeur osseuse. Il y avait sur ce sujet une telle tendance à l’ossification que les muscles de la partie postérieure du cou et les bords des aisselles présentaient la consistance osseuse. Mais les cas de ce genre sont des exceptions et il y a loin de là aux exostoses que l’on observe ordinairement. Celles-ci se présentent à deux états différents; tantôt la tumeur fait corps dès son début avec l’os et paraît être le gonflement excentrique de ses fibres , c’est l'exostose parenchymateuse ; tantôt la tumeur osseuse est accolée à l’os et lui adhère au moyen d’unesubstance cartilagineuse, laquelle, à mesure que la maladie fait des progrès, disparaît et s’ossifie, de sorte que ce n’est plus que par la disposition différente des fibres osseuses que l’on reconnaît qu’il y a eu une intersection entre elles ; cette dernière est l’exostose épiphysaire.

Plusieurs causes déterminent les exostoses ; elles peuvent être le résultat d’une simple irritation, comme on le voit après un coup reçu sur un os; elles peuvent dépendre d’une maladie générale de l’économie , telles que les scropliules , la syphilis et, au dire de quelques auteurs, le scorbut. On a dit, et beaucoup troprépété, que le mercure peut produire des exostoses; mais parce qu’on voit ces affections chez les gens qui ontfaitusage du mercure à haute dose, faut-il donc lui attribuer ce qui n’est que le résultat de la maladie qu’il n’a pas eu la puissance de détruire. 11 existe certainement des maladies mercurielles, telles que le tremblement, la salivation , etc. ; celles-là on les observe aussi bien après l’usage du mercure comme antivénérien que lorsqu’il a été introduit

dans l’économie par l’absorption cutanée ou pulmonaire ; et pourtant. , dans ce dernier cas , chez les ouvriers qui manient ce métal ou qui sont plongés dans une atmosphère chargée de ses vapeurs, quoique souvent ils en soient , pour ainsi dire, saturés, jamais, s’ils n’ont eu la vérole, ils ne présentent d’exostoses; de même qu’on ne les voit pas non plus chez les personnes qui ont fait usage de préparations mercurielles pour des engorgements non vénériens.

On a dit aussi que pour qu’une exostose se développât, il fallait la préexistence d’une maladie générale ; mais ne voit-on pas parfois de semblables tumeurs osseuses sur les animaux qui n’ont ni la vérole ni les scrophules. Il n’est pas exact de dire que le rhumatisme ou la goutte produisent les exostoses ; ce serait faire un abus de langage que de donner ce nom aux dépôts calcairesqui se forment dans ces cas aux environs des articulations malades.

J’ai dit à dessein que l’exostose est une tumeur tout osseuse , pour la différencier du cancer du tissu osseux , du spina-ventosa , de certaines productions morbides accidentelles de ce tissu , telles que la carie, la nécrose, les hydalides même qu’on y rencontre quelquefois.

Les symptômes , la marche, et la terminaison des exostoses sont loin d’être constamment les mêmes; tel individu portera sans aucune douleur et sans aucune gêne une exostose énorme, tandis qu’une très petite sera très douloureuse et pourra mettre obstacle à quelque fonction importante ; cela dépend beaucoup de leur nature; les exostoses vénériennes sont accompagnées et surtout précédées de vives douleurs ; les exostoses scrophuleuses ou celles qui sont le résultat d’une simple irritation locale, sont souvent indolentes , au moins lorsqu’elles ont déjà quelque temps de durée.

L’exostose se traduit sous la forme d’une tumeur dure , non renitente , sans changement de couleur à la peau, située sur le trajet d’un os , faisant corps avec lui, tout à fait immobile, si ce n’est dansl’exostose épiphysaire, où la substance cartilagineuse intermédiaire peut prêter à un déplacement très borné et souvent à peine appréciable.

La rapidité du développement d’une tumeur sur le trajet d’un os, ne doit pas toujours éloigner l’idée qu’on a affaire à une exostose, car il s’écoule parfois fort peu de temps entre l’apparition des premières douleurs et une tumeur déjà volumineuse. Cependant, le plus ordinairement, l’exostose se développe très lentement et d’une manière insensible.

Quand une exostose est. ancienne, qu’elle est indolente, après avoir acquis un certain volume, elle reste stationnaire pendant toute la vie sans incommoder l’individu qui la porte , pourvu , toutefois, qu’elle ne soit pas placée près de quelqu’organe important.

La résolution complète des exostoses est beaucoup plus rare, et dans les cas qui ont été cités de cette heureuse terminaison , il est bien probable que l’on avait affaire à des périostoses, maladies

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