‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 233 sur 316 · FEU · texte numérisé non relu

FEU

Première section. Ferrugineux toniques. On a rangé parmi eux , la limaille de fer, qui semble n’agir qu’ après avoir été légèrement oxidéeet que l’on administre à la dose de quinze ou dix-huit grains et plus dans la journée. La limaille de fer fait partie des tablettes martiales ou chalybées. Les pilules chabylées, les pilules martiales de Sydenham.

L’œthiops martial , le peroxyde rouge de fer , le carbonate de peroxide de fer ou safran de mars apéritif, certaines eaux minérales ferrugineuses sont également toniques.

L’œthiops, le colcothar , le safran de mars apéritif se donnent à des doses assez fortes , depuis cinq ou six grains, jusqu’à un et même deux gros, plus même, soit en poudre , soit en pilules ; c’est surtout sur les appareils digestif et circulatoire qu’ils paraissent agir ; lorsqu’on les administre à l’intérieur , et par suite , leur action tonique se propage au système lymphatique ; ainsi sous leur influence on voit diminuer les ganglions engorgés, les organes des sécrétions en ressentent aussi l’action quoique plus tardivement. L’eau ferrée que l’on prépare en faisant macérer de vieux clous dans l’eau aérée , est aussi une préparation tonique , mais elle parait moins énergique que celles dont nous venons de parler.

Deuxième section. Ferrugineux astringents. Us sont solubles dans l’eau ; ce sont les sulfates de fer à divers degrés d’oxidation. Le tartrate de potasse et de fer , qui est employé à l’intérieur en dissolution aqueuse. On emploie aussi ce tartrate de potasse et de fer à l’extérieur. L’eau de boule de Nancy est une dissolution de ce tartrate , et on l’emploi avec succès dans les contusions , les entorses , les brûlures , etc. A l’intérieur, on n’administre ces toniques astringents qu’à des doses assez faibles , sans cela ils pourraient donner lieu à de vives inflammations ; ainsi graduellement on donne le sulfate de fer jusqu’à vingt-quatre ou trente-six grains au plus, en commençant par cinq ou six grains. Les tartrates ,de potasse et de fer, de soude et de fer, étant moins astringents, peuvent être donnés à de plus fortes doses , en commençant par dix ou douze grains.

Troisième section. Ferrugineux excitants. C’est dans cette section qu’on trouve le prolochlorure de fer que l’on obtient par sublimation , et qui est administré dissous dans l’alcool. Le perchlorure de fer, que l’on prépare aussi par sublimation , et qui dissous dans l’éther alcoolisé ( liqueur d'Hoffmann ) constitue la teinture de Besluchef. Le chlorure de 3fer ammoniacal ( muriate de fer et d'ammoniaque, fleurs martiales ammoniacales , ens martis ) est aussi un médicament ferrugineux excitant. C’est également dans cette section qu’on doit placer les teintures martiales , le vin chalybée , l’étlier acétique ferré de Klaproth que l’on prépare avec de l’acétate de fer, de l’éther acétique et de l’alcool , etc. Ces différents médicaments doivent être administrés à la dose de quelques grains ou quelques gouttes seulement. Cependant le vin chalybée peut être donné à la dose d’une demi-once à deux onces.

C’est surtout aux ferrugineux toniques et astringents que le médecin a recours ; ces médicaments dont la forme peut varier, ont une action qui variera suivant leur mode de composition et le plus souvent ce n’est qu’en tâtonnant, qu’on pourra trouver juste la préparation qui convient le mieux à un malade. Aussi chez les enfants qui sont affectés d’incontinence d’urine , on verra le carbonate de fer agir là où l’œthiops martial n’aura rien produit . et vice versâ ; il en est de même des diverses eaux minérales naturelles ou artificielles.

O. Lesüeur.

Professeur agrégé à la Faculté de Paris.

férine (toux), tussis ferina. On désigne ainsi une toux sèche et opiniâtre.

fesses (anat.) , s. f. pl. , clunes nates , saillies charnues de la partie postérieure et inférieure du tronc. Ces éminences sont formées principalement par les muscles fessiers, bien plus prononcés chez l’homme que chez les animaux. Ces muscles sont en outre recouverts d’une couche épaisse dégraissé. J. B.

fessiers (anat.), adj., glutœus, qui appartient aux fesses. Il existe des muscles fessiers au nombre de trois , le grand, le moyen , et le petit ; ils s’attachent d’une part à l’os iliaque du bassin, et de l’autre à l’os de la cuisse ; ils concourent en partie à maintenir le corps dans la station debout : , aussi sont-ils très-volumineux chez l’homme ; 1° une artère fessière. Elle naît de l’hypogastrique et sort du bassin par l’échancrure sciatique pour se distribuer dans les muscles de la fesse. Une veine du même nom accompagne cette artère; 2° un nerf fessier qui est une grosse branche de la cinquième paire lombaire. J. B.

feu, ( thérap .) s. m., ignis, en grec pyr. On désigne ainsi le plus souvent le calorique dégagé par la combustion. Le feu était un des quatre éléments des anciens. L’action du feu est employée quelquefois en chirurgie comme moyen thérapeutique. (Yoy. Cautères et Cautérisation.) J. B.

FEUX(métL), s. m. pl. On donne vulgairement ce nom à des éruptions de petites plaques ou de boutons rouges qui surviennent chez les enfants à la mamelle, et quelquefois chez les adultes; c’est le strophulus et le lichen simplex de Willan. Cette affection qui n’offre aucune gravité, est commune dans le jeune âge comme nous venons de le dire. Elle est caractérisée par de petits boutons plus ou moins groupés, d’un rouge vif situé le plus communément sur les joues, les avant-bras, le dos des mains , et quelquefois sur tout le corps ; fréquemment ces boutons sont entremêlés de taches rouges et de petites vésicules qui diffèrent de celles de la gourme, en ce qu’elles sont plus isolées. Celle éruption paraît liée à un état maladif du tube digestif; on l’observe chez les enfants à la mamelle, allaités par une nourrice dont le lait est trop avancé; les grandes chaleurs , la malpropreté, la dentition, prédisposent à celte affection , qui n’est point du reste incompatible avec une bonne santé, et qui ne nécessite qu’un léger traitement médical ; ainsi on évitera d’exposer l’enfant à un courant d’air frais; des bains tièdes et une cuillerée de sirop de chioo-

Fil Y ■

rée, ou un autre laxatif, sont utiles clans quelques cas; on observera au reste toutes les règles que prescrit l'hygiène à l'égard des petits enfants.

Chez les adultes, et surtout pendant les grandes chaleurs de l'été, il n’est pas rare non plus d’observer une éruption papuleuse de boutons rouges sur diverses parties du corps ; cette légère affection qu'il ne faut pas confondre avec l’urticaire (voyez ce mot), est accompagnée d’un sentiment incommode de fourmillement et de démangeaison; elle est quelquefois précédée d’un petit mouvement fébrile. Après une ou deux semaines, les boutons s'effacent et la peau se couvre, dans les lieux affectés, d’exfoliations épidermiques qui se détachent facilement. Pour combattre celte éruption, il suffit d’user de bains tièdes, de limonades, et en général d’un régime doux. Il est rare que lamaladie soit assez intense pour réclamer l’emploi de la saignée.

fève (bot.), s. f .,{faba), famille des légumineuses J. Celte plante, vulgairement connue sous le nom de fève commune ou de marais , est originaire de la haute Asie , et notamment des bords de la mer Caspienne; elle offre les caractères suivants : fleurs presque sessiles , blanches veinées de noir , réunies au nombre de deux ou trois à l’aisselle des feuilles; fruit ou gousse à enveloppe coriacêe, épaisse, offrant plusieurs renflements, indices de la présence des graines non avortées qu’on appelle plus spécialement fèves; feuilles alternes, ailées avec impaire presque sessiles ovales , glauques et souvent veinées; lige droite, quadrangulaire et fistuleuse; racine fibreuse et pivotante.

Cette belle et utile plante annuelle fleurit en juin , et conséquemment à peu près en même temps que le pois; ses semences forment une ressource précieuse pour la classe peu aisée, tant par l’abondance du principe nutritif qu’elles renferment, que par la diversion qu’elles opèrent dans le régime toujours si frugal du pauvre. Cette dernière considération est d’une haute importance, car on sait qu’une des conditions de la nutrition consiste essentiellement dans la variété des aliments. Quoi qu’il en soit, la fève de marais (bien improprement appelée ainsi, puisqu’elle croît également bien dans les lieux non marécageux) , pour entrer dans le régime alimentaire, exige certaines conditions; c'est ainsi que pour dissimuler son odeur nauseuse, on l’associe avec divers aromates, et notamment la sariette, saturcia ; la consistance ferme et coriace de la membrane qui la revêt oblige en outre à l’en séparer, surtout lorsqu’elle a atteint son maximum de développement; ainsi dérobée, la fève est servie, soit entière, soit réduite sn purée, elle forme alors un aliment sain et nutritif; mais, comme tous les légumes farineux, elle détermine souvent, chez les personnes d’une constitution peu robuste, la formation de gaz ou vents, comme on le dit vulgairement, et quelquefois même la constipation. Sans prétendre faire ici de l’érudition à propos de fève, nous ne pouvons nous dispenser, ne fût-ce que pour expliquer l’espèce de réprobation dont les Égyptiens et d'autres peuples de l’antiquité frappaient cette plante , dans laquelle, ils croyaient

•? riD -

mérr.-e voir des taches ou stygmates cabalistiques; de rappeler que Cicéron, au premier livre de la Divination, attribue l’interdiction de l’usage des fèves à ce «qu elles empêchent de faire des songes » divinatoires, parce qu’elles échauffent trop, et » que, par suite des irritations des esprits, elles » ne permettent pas à l’âme de jouir de la quié » tude nécessaire à la recherche de la vérité. »

Les Espagnols , pour rendre les fèves plus savoureuses et faciliter leur conservation , les font torréfier en partie, en les mettant dans du sable et exposant le tout au feu, dans des marmites ou chaudières de fer.

Réduite en farine , la fève de marais ne peut entrer qu’en proportion assez faible dans la fabrication du pain; dépourvue de gluten, elle le rend mat et partant d’une difficile digestion; aussi n’effectue-t-on son mélange avec la farine de froment qu’en cas de disette. On l’emploie dans l’usage médical lorsqu’il s’agit d’opérer la résolution de certaines tumeurs; on l’applique alors sous forme de cataplasme.

L’eau distillée de fleurs de fèves a long-temps joui d’une certaine célébrité comme cosmétique ; mais son usage est complètement tombé en désuétude.

Les principales variétés de fèves sont 1° la fève julienne, c’est la plus commune et l’une des plus hâtives; 2° la fève verte; elle est semblable à la précédente, mais plus tardive; ses fruits restent toujours verts; aussi la réduit-on de préférence en purée; 3° la fève naine, originaire de la côte d’Afrique ; elle est petite et très-productive ; 4° la fève longue, elle est pliis grande sous tous les rapports que les précédentes, et surtout plus tardive; 5° la fève Windsor, ses graines sont larges et presque rondes , sa tige est fort estimée comme fourrage ; 6° enfin la fève gourganc; elle est inférieure aux autres dans toutes ses parties, mais néanmoins elle forme, lorsqu’elle est en vert et en grain, un excellent fourrage pour la race chevaline, aussi la nomme-t-on généralement fève de cheval. Lorsqu’on veut augmenter l’appétit de ces animaux, ou leur activité momentanée, pour les courses, par exemple, on mêle cette petite fève dont fils sont trèsfriands à leur avoine; bien que très-nourrissante , son usage ne doit pas être long-temps continué , car il déterminerait infailliblement la colique flalueuse , la suppression des évacuations alvines et conséquemment la constipation. Couverchel.

Membre de l’Académie de médecine, el de la Société de pharmacie.

fibre ( anat .), s. f. , filament très-tenace, qui compose la trame de tous les tissus du corps. Quelques physiologistes admettent trois sortes de fibres élémentaires : la fibre cellulaire, qui compose le tissu de ce nom , la fibre nerveuse, qui entre dans le cerveau et les nerfs , et la fibre musculaire qui forme ces filaments que tout le monde a pu remarquer dans In chair des animaux. Cette dernière paraît constitu ée par une substance particulière, blanche, molle, élastique , que l’on connaît en chimie sous le nom de fibrine. J. B.

fibrine f chim .) , s. f . , substance particulière

FIE

qui est la base de la chair musculaire et du sang. [Voy. ce mot.)

fibreux (tissu) ( anat .), s. m., tissu élémentaire du corps humain ayant pour caractère d’être blanc, solide, très-résistant, très-tenace etnon élastique; il est composé de fibres réunies entre elles soit parallèlement , soit d’une manière oblique. Il se présente sous deux formes principales : 1° sous celle de liens ; il constitue les tendons, les ligaments qui unissent les os des articulations ; 2° sous forme de membranes, tels sont les aponévroses qui entourent les muscles , les gaines des tendons , le périoste qui recouvre la surface des os, excepté vers les articulations , la sclérotique de l’œil, les enveloppes de la rate et des reins , la tunique albuginée du testicule et de l’ovaire , la dure-mère , etc. (Yoy. ces mots.) Ces membranes forment des sacs qui ne sont pas exactement clos et qui présentent des ouvertures par où pénètrent les vaisseaux, les nerfs, les conduits excréteurs, etc.; elles diffèrent ainsi beaucoup des membranes séreuses. Elles sont peu irritables ets’emflamment difficilement.

11 peut se développer quelquefois, dans l’intérieur du corps , des tumeurs formées d’une substance qui offre tous les caractères du tissu fibreux. Elles ne sont alors dangereuses que par leur volume ou leur position. J. B.

fibro-cartilage (anat.), s. m., tissu organique qui tient le milieu entre le cartilage et le tissu fibreux. Cette partie résistante que l’on sent aux ailes du nez et au bord libre des paupières , peut en donner une idée. Il existe également entre les articulations et recouvre alors l’extrémité des os. J. B.

fic (path .), s. m., du latin ficus, excroissances charnues de consistance variable, ayant’un pédicule étroit et un sommet granuleux de manière à ressembler en quelque sorte à une figue. Cette affection qui est souvent de nature syphilitique, se développe presque toujours près de l’anus et des organes génitaux. (Voy. Syphilis.) J. B.

fiel (anat.), s. m. , portion de bile contenue dans la vésicule biliaire. (Voy. Bile.)

fièvre ( méd .), s. f. Suivant la plupart des auteurs, ce mot tire son origine de fervor, fervere, qui exprime l’effervescence et tous les phénomènes produits dans les liquides par l’action du calorique. Suivant d’autres élymologistes, ce mot viendrait d efebruo, mot sabin qui signifie je purifie; et en effet, les anciens considéraient les fièvres comme destinées à purifier la masse du sang et à favoriser la marche heureuse de la maladie. Les Grecs se servaient d’une expression analogue au fervor des latins, ils employaient le mot wpuzos (wp, feu, embrasement). C’est de là même que les médecins modernes ont fait les mots pyrexie, fièvre : apyrexie, apyrétique, sans fièvre ; pyrétologie (tcu/jutos, ioyos) doctrine des fièvres.

Le sens véritable du mot fièvre est plus vague encore et beaucoup plus difficile à déterminer que son étymologie. Rien cependant ne paraît plus simple au premier abord que la fièvre, surtout

pour les gens du monde ; et en effet comme cet état est traduit assez facilement par l’apparence extérieure et par les modalités du pouls , on dit qu’il y a fièvre quand son rhylhme excède le type normal, et que l’apyrexie a lieu quand le contraire existe. Long-temps même cet état de l’économie qui caractérise la fièvre constituait toute la maladie , et avant qu’on eût reconnu à certains signes l’altération particulière de certains organes, le battement des tempes, la rougeur des pommettes, la chaleur de la peau, en un mot cette agitation, ce fervor qui se reproduit dans tout état pathologique un peu grave, passait pour être toute la maladie. Aussi ne faut-il pas s’étonner qu’à l’origine de la science médicale il n’y ait eu absolument que des fièvres , et que même pendant long-temps un mot si vague ait pris la place de dénominations plus logiques.

A défaut de connaissances précises qui pussent les aider à diviser ces fièvres et à leur assigner des types rationnels, les anciens leur donnaient l’épithète qui leur paraissait la plus saillante. Ainsi prenaient-ils pour terme caractéristique, tantôt la couleur de la peau, fièvre jaune, fièvre rouge , fièvre scarlatine; tantôt le lieu où elle régnait le plus souvent, fièvre des prisons , des camps, etc.; tantôt l’époque à laquelle on l’observait, fièvre printannière, estivale, automnale; d’autres fois on ajoutait à la fièvre le nom du symptôme prédominant; ainsi, si la diarrhée sanguinolente accompagnait la pyrexie, on l’appelait fièvre dysentérique. Si l’individu était jaune et qu’on attribuât la maladie à une trop grande quantité de bile, on l’appelait bilieuse; adynamique s’il y avait perte des forces ; enfin cardial gique, ataxique, aphonique, apoplectique, suivaint les signes principaux qui accompagnaient le mouvement fébrile. Plus tard enfin, et cette méthode étaitbeaucoup plus rationnelle, on donna à la fièvre le nom de l’organe qu’on supposait malade : ainsi, fièvre cérébrale , gastrique, hépatique. C’estméme ce dernier ordre qu’à suivi Pinel, qui, l’un des premiers, a cherché à débrouiller ce chaos des fièvres, mais on est étonné qu’un esprit aussi éminent ai continué à regarder comme formant la maladie essentiellement, en un mot, comme fièvre essentielle, un symptôme auquel il reconnaissait une cause déte-rminante dans l’affection de l’organe.

Les limites imposées à cet article et la nature même de l’ouvrage ne nous permettent pas d’examiner à fond la doctrine des fièvres , et les systèmes si nombreux des nosographes sur cette question ; mais avant de passer en revue les différentes maladies auxquelles l’usage a conservé ce nom , nous devons dire quelques mots sur la fièvre considérée essentiellement.

fièvres essentielles. Le peu de mots que nous avons dit plus haut sur l'histoire des fièvres, nous fait voir que plus on a poussé loin leur analyse, et plus on a dû mettre en doute leur essentialité, c’està-dire leur existence à part et indépendamment de toute autre affection. En effet, à mesure que les lois de l’organisation étaient mieux comprises, les symptômes, d’abord méconnus, des désordres locaux qui accompagnent les fièvres , se dessinaient

FIÉ

plus clairement; peu à peu l’attention cessa de se porter vers le phénomène fébrile pour se concentrer davantage sur l’organe qu’on supposait malade, et enfin le terme qui servait primitivement d’épithète à la fièvre, devint seul le terme spécifique de l'affection; la fièvre pleurétique, pneumonique, catarrhale, devint la pleurésie, la pneumonie, le catarrhe, et l’on reconnut que le phénomène fébrile qu’on considérait auparavant comme primitif et indépendant , était véritablement consécutif et lié entièrement à l’altération de l’organe malade.

Malgré ces progrès de l’analyse pathologique et malgré le jour tout nouveau que les études anatomiques ont jeté sur ces doctrines tant controversées autrefois , la question de l’essentialité des fièvres n’est cependant pas encore entièrement résolue ; ainsi, tandis que pour l’école des physiologistes « toutes les fièvres sont dues à la gastro-entérite» (c’est-à-dire à l’inflammation de l’estomac et des intestins), d’autres reconnaissent des fièvres pernicieuses, nerveuses, etc., sans lésion aucune des appareils organiques. Quant à la première opinion, soutenue avec tant de talent par M. Broussais et ses disciples, l’expérience en a fait raison; très-souvent certes l’inflammation de l’estomac et des intestins accompagne la fièvre, mais on observe aussi des inflammations d’autres organes accompagnées de fièvre pendant tout leur cours, sans qu’on ait observé pendant la vie le moindre signe, et sans qu’on trouve après la mort la moindre trace de phlegmasie des voies digestives. La raison surtout qui a fait admettre par quelques nosologistes l’existence des fièvres essentielles, c’est qu’ après des fièvres graves , continues ou intermittentes , les investigations les plus minutieuses n’ont pu révéler la moindre altération organique. Mais de ce qu’une lésion échappe à notre examen, on ne peut conclure qu’elle n’existe pas. Combien de symptômes qu’on ne savait naguère à quoi rattacher et qu’on attribuait à des perversions de la vitalité, se rapportent maintenant à des altérations matérielles. Admettre une fièvre essentielle , c’est-à-dire existante par elle-même, sans trouble primitif, sans désordre aucun dans l’économie ; en un mot, une affection sine materia, c’est admettre sans contredit un effet sans cause. Le plus léger mouvement fébrile, l’agitation produite pendant une émotion morale , reconnaissent une cause organique. Sans doute cette cause est légère et peu durable , mais enfin elle doit exister puisqu’il y a un effet produit. Le dogme de l’essentialilé doit donc être complètement rejeté , et la fièvre qu’on considérait comme une entité, comme un être distinct, s’emparant de l’économie et la troublant de toute manière , n’est donc qu’un symptôme et non une maladie particulière. Elle n’est autre chose que la manifestation et le résultat du trouble des fonctions , et des lésions variées qui peuvent affecter l’organisme.

Malgré ce que nous venons de dire , comme on a conservé dans le monde , et même dans le langage médical certains noms qu’il est important d'apprécier à leur juste valeur, nous allons passer rapidement en revue les principales espèces de fièvres , omettant à dessein les mots rayés du catologue médical, et qui n’offrent plus qu’un intérêt historique.

FIÉ

fièvre adynamique, de dunamis, sans forqe. Fièvre ataxique de a priv. et taxis, sans ordre. (Yoy. Dothinentérie.)

fièvres annuelles. Hippocrate et tous les médecins qui se sont occupés des constitutions atmosphériques avaient remarqué chaque année à la même époque, le retour des mêmes maladies qu’ils appelaient annuelles; de là les fièvres printannièresouvernales, estivales, automnales, hybernales ou hiémales, etc., etc.

fièvre bilieuse. Comme dans toute altération des fonctions digestives il y a un changement notable dans les qualités de la bile , les anciens médecins regardaient ce liquide comme cause de la maladie, et on entend encore tous les jours appeler fièvre bilieuse, l 'embarras gastrique. (Voyez ce mot.)

fièvre catarrhale. (Voyez Catarrhe.)

fièvre cérébrale. (Voy. Cérébrale.) C’est l’inflammation du cerveau ou de ses membranes.

fièvre entéro-mesentérique , synonyme de dothinentérie.

fièvre érotique. On a souvent appelé ainsi le mouvement fébrile qui accompagne presque toujours l’érotomanie , la nymphomanie, etc. (Voyez Nymphomanie.

fièvre gastrique. (Voyez Gastrite, Embarras gastrique.)

fièvre hectique (de exis habitude, disposition permanente , parce que cette maladie semble s’attacher à l’individu de manière à ne plus le quitter). Le plus souvent la fièvre hectique est caractérisée par la décoloration générale et la pâleur des tissus, la flaxidilé des chairs et ia maigreur extrême des malades. En général cette affection tient à une suppurationlente et profonde, extérieure ouintérieure. La présence des calculs dans les reins ou dans la vessie, des vers dans les intestins, ou d’un corps étranger dans un lieu voisin d’un organe important ; la nymphomanie, l’onanisme, l’abus des plaisirs vénériens , sont souvent la cause de cette affection, mais la phthisie et les larges plaies en suppuration peuvent en être regardées comme la cause la plus fréquente.

Dans la première période de la fièvre hectique , on ne remarque guère qu’un mouvement fébrile qui paraît le soir , et dure une partie de la nuit. Bientôt sa durée augmente; à la seconde période il devient continu avec exacerbation le soir, et enfin dans la troisième , la diarrhée se déclare ; on observe des sueurs abondantes, les forces disparaissent entièrement, et le malade meurt dans le marasme. La fièvre lente et la fièvre colliqualive ne sont que des variétés de la fiè vre hectique. Celte maladie est le plus généralement au-dessus des ressources de l’art; le traitement qui doit surtout consister dans des soins hygiéniques variés suivant la période à laquelle on l’emploie , doit consister principalement à éloigner les causes des principaux symptômes. C’est dans ce cas surtout que les personnes étrangères à la médecine doivent s’entourer des conseils de l’art qui peut souvent au milieu de symptômes cachés ou méconnus , trouver la véritable source du mal et arrêter son développement.

FIE

FIÉ

fièvre de Hongrie. On adonné cenom pendant le XVe siècle, à plusieurs épidémies de fièvres typhoïdes qui ravagèrent la Hongrie , à l’époque où l’armée des Autrichiens traversait ce pays pour aller combattre les Turcs. On a regardé pendant long-temps, mais à tort, cette maladie comme particulière au Glimat , et on l’appelait lues hungarica.

Landouzy,

Interne des hôpitaux de Paris.

fièvre hystérique. (Voyez hystérie.)

FIÈVRE INTERMITTENTE. (Méd.), 8. f. Affection SG

montrant par accès et caractérisée parla chaleur de la peau , le développement du pouls , l’anxiété , etc. , état précédé ordinairement d’une sensation de froid général, et se terminant par des sueurs abondantes. Plus on étudie les fièvres intermittentes , plus ont peut se convaincre qu’elles doivent être rangées dans le même groupe , et dans un groupe séparé des autres maladies aiguës.

Peut-on, en n’envisageant la question que sous le rapport pratique, éloigner celles des fièvres dites simples de celles qu’on désigne sous le nom de pernicieuses? Je n’en crois rien. Il suffit de bien étaoiir le diagnostic différentiel, vu que le traitement ne diffère que par des nuances.

Nous n’admettons pas davantage les divisions faites par quelques auteurs , en fièvres intermittentes bilieuses , muqueuses , inflammatoires , putrides, etc. Cette manière de disséminer des objets analogues sépare trop ce que la thérapeutique veut et doit réunir. On divise les fièvres intermittentes, en fièvres quotidiennes, fièvres tierces, fièvres quartes.

La fièvre quotidienne est celle qui se renouvelle tous les jours, après avoir laissé entre chaque accès un intervalle complet d’apyrexie ou d’absence de symptômes fébriles. C’est à tort qu’on a avancé qu’il n’y avait pas de pyrexie de ce type. La fièvre tierce parait tous les deux jours , laissant entre chaque accès au moins vingt-quatre heures d’apyrexie. La fièvre quarte laisse deux jours complets de repos et ne reparaît que le troisième.

Quelques auteurs ont admis une fièvre quintane, sextane, septane, octane, nonane, mensuelle , annuelle. Mais il ëst fort rare, si ce n’est même fort douteux, que ce genre de périodicité fébrile existe. Il ne peut être considéré que comme une anomalie ou une exception.

Les intervalles qui constituent les intermittentes sont plus ou moins prolongés, selon que les accès le sont plus ou moins. Tantôt ces accès sont d’une ou de quatre heures , tantôt de douze et même de vingt. Il résulte de cette irrégularité que si , dans les fièvres quotidiennes , les accès se prolongent trop, ils peuvent arriver jusqu’au point de se toucher ; et alors ils constituent ce qu’on a justement nommé fièvres subintrantes

On dit qu’une fièvre quotidienne est simple lorsqu’elle n’a qu’un accès régulier à des époques régulières ; double, lorsqu’il survient deux accès en vingt-quatre heures. Celle-ci doit être peu commune , car si l’un des accès se prolonge il anticipe sur le suivant , et place ainsi ce groupe de fièvres ou rémittentes, ou subintrantes, ou subcontinues .

La fièvre double tierce revêt plus d'une forme Elle peut être double tierce et revenir néanmoins chaque jour, mais de sorte que chacun des accès se corresponde alternativement de deux jours l’un , soit pour l’heure de l’invasion, soit pour l’intensité du paroxisme. De cette manière, l’accès du premier jour répond à l’accès du troisième jour ; l’accès du deuxième répond à celui du quatrième. Nous disons pour l’heure: Or, l’époque de l’accès du premier jour ayant lieu le matin , celle du troisième aura lieu le matin; alors l’accès du deuxième jour commençant après midi , celui du quatrième commencera après midi. La fièvre double quarte est celle qui a deux accès le même jour, suivis de deux jours d’apyrexie.

D’autres fièvres doubles quartes ont un accès deux jours de suite et un intervalle apyrétique le troisième jour. L’ordre de succession est tel que l’accès du premier jour correspond en durée, en intensité, en époque d’invasion *à celui du quatrième; tandis que l’accès du deuxième répond à celui du cinquième.

Si la double quotidienne est rare et appartient souvent à l’ordre des subintrantes , la plus commune des intermittentes doubles est la fièvre double tierce. On observe peu en effet l’état quotidien dont les accès se correspondent parfaitement tous les jours. Quant à la fièvre double quarte, elle est infiniment moins commune dans la capitale et sa banlieue que dans les contrées marécageuses.

Les fièvres rémittentes méritent une mention à l’occasion des fièvres intermittentes, puisqu’ à peu de choses près elles exigent le même traitement. Le diagnostic différentiel de ces deux espèces est fort simple. La fièvre rémittente a des rémissions et point d’intermission; toutefois elle a des accès entièrement semblables à l’intermittente. On pourrait se servir d’une comparaison grossière en disant qu’elle n’est autre chose qu’une fièvre intermitente appliquée sur une fièvre continue. Leurs types se transforment souvent , et ces fièvres prennent réciproquement le type de l’une et de l’autre.

Etiologie. On ne saurait comprendre l’invasion d’une maladie aiguë sans le concours de deux: causes principales , l’une qui prédispose , l’autre qui met en jeu la première. C’est ce que l’on désigne sous les noms de causes prédisposantes et de causes occasionnelles ou déterminantes.

Causes prédisposantes. La première, la plus positive de ces causes, comme la plus puissante, c’est la présence d’un corps étranger , appelé miasme des marais. Quelques étiologistes lui conservent le nom de cause formelle , parce qu’elle imprime la forme à la maladie.

Nous disons miasme des marais , bien que celte émanation spécifique s’échappe de beaucoup d’autres localités non marécageuses. Ainsi les forêts qu’on défriche , les terres qu’on laboure , les savannes , les steppes , les llanos ou pampas , fournissent plus ou moins de ces agents d’infection.

Dans les vastes cités, où le sol est couvert, où les émanations tellugiriques ne peuvent s’échap- 1 per, et par conséquent ne forment point de foyers

FIE

28 FIE

d’infection , la cause prédisposante miasmatique se trouve neutralisée.

Les petites villes jouissent du même privilège, mais dans des limites bien autrement rétrécies. Celles qui comme Péronne, Rochefort, sont très-voisines des sols marécageux, ne sont point complètement à l’abri des pernicieuses influences du voisinage. Les émanations qui souillent l’atmosphère circonvoisine sont portées sur les habitants par les courants d’air, se condensant particulièrement pendant la nuit, et jouissant alors d’une action fort énergique.

A Rome cependant les fièvres d’accès sont fort communes, et le grand hôpital du Saint-Esprit en est fréquemment inondé. C’est dans cet hôpital que mon presque homonyme le docteur Bailly, avait recueilli les observations qui ont servi de base à son traité sur les fièvres intermittentes ; et, pour le dire en passant, on m’a fréquemment attribué son opinion , au moins fort singulière, sur la station des animaux comme cause productrice de la périodicité.

Ces maladies sont alimentées à Rome non seulement par les campagnes environnantes, mal cultivées et mal saines , mais encore par les émanations de l’intérieur dont le sol est dans tant d’endroits couvert de débris , d’immondices , de terrains incultes , abandonnés et non pavés.

Tout le littoral de la Macédoine, jadis si fertile, et qui produisait des hommes si robustes , est aujourd’hui abandonné aux invasions des marais, et n’alimente plus que des êtres à face blême , à gros ventre et à marche pesante. Qu’il y a loin de ces fantômes cachectiques à ces redoutables phalanges qui sous la conduite d’un jeune écervelé firent en peu de mois la conquête de l’Asie !

L’homme qui habile les bords des rivières ou des ruisseaux à cours lent, des fleuves rapides, mais sujets à changer de lit , ou aux inondations ; près des étangs , des rivières , comme en Piémont et dans la presqu’île du Gange ; à côté des mares , des flaques d’eau, est également sujet aux fièvres d’accès.

Il est certains pays, fort vastes et sans culture , qui dévorent, les habitants et surtout les voyageurs dans les saisons pluvieuses , parce qu’ alors les pluies transforment ces grandes surfaces en marais. Ainsi les premiers malheurs du célèbre Mungo-Parck dans son dernier voyage en Afrique datèrent, comme il l’écrivit lui-même, du moment où les pluies commençant décimèrent avec promptitude les deux cents hommes qu’il conduisait aven lui.

Toutefois , lorsque les courants d’eau sont rapides et bien renfermés dans leurs lits ; si , comme Je Rhône dans presque tout son cours, ils ne laissent rien en stagnation , l’influence du voisinage est nulle. Preuve frappante de l’inocuité des simples émanations humides ; preuve sans réplique qu’indépendamment des émanations humides il faut encore un certain mélange et la présence des corpuscules atomiques dont nous avons parlé , corpuscules auxquels l’humidité imprime la force et l’énergie.

Les forêts vierges ne sauraient élre défrichées

sans que les ouvriers n’éprouvent les funestes atteintes des fièvres intermittentes. Ce fait s’est constamment vérifié en Amérique , et on a observé que dans de semblables occasions ces maladies prennent facilement un caractère grave.

A la suite des grandes inondations et même des filtrations des eaux mal contenues dans les canaux; on les a vues régner d’une manière épidémique; on sait que cette dernière cause étendit, il y a quelques années, sa funeste influence aux environs de Pantin.

En 1826 , le Zuyderzée inonda les provinces de Frise et d’Over-Yssel , et à l’inondation succédèrent épidémiquement les fièvres d’accès. Mais dans ces contrées , qui sont au-dessous du niveau des eaux, elles sont endémiques. Elles le sont dans toute la Hollande ; elles le sont à l’embouchure de l’Escaut comme dans beaucoup de contrées qui sous un ciel toujours pur s’étendent sur les bords de la Méditerranée.

Les marées de l’Océan elles-mêmes sont quelquefois une source fâcheuse de ce genre d’affection. Si dans les hautes marées, et pendant les tempêtes ; si pendant le flux et reflux , l’eau dépasse des rivages élevés , sans rentrer entièrement dans son lit, l’endémie peut encore avoir lieu. Si vous allez du Havre au Hoc , vous êtes frappés par l’aspect le plus triste. Le peu de cadavres ambulants qui résident sur cette plage empestée , y traînent eux et leurs enfants la plus pénible des existences. Lorsqu’il fut question d’établir un lazaret dans un semblable voisinage, j’élevai ma voix au conseil supérieur de santé contre le choix de cette localité'; mais elle se perdit dans le désert comme elle se perdit depuis àl’occasion du choléra de Sunderland.

Mais qu’est-ce que le miasme des marais? disons d’abord que ce doit être un corps microscopique atomique ; vous voyez de suite que ne pouvant être appréciée que par ses effets, sa nature est insaisissable. On ne saurait pas plus en pénétrer l’essence que celles des poisons inpondérables qui donnent la peste, la fièvre jaune, le typhus nosocomial , le choléra.

On a bien dit que le miasme des marais était un composé du détritus des substances végétales et animales ; mais ce n’est là qu’une conjecture qu’aucun fait, qu’aucune expérience ne peuvent démontrer matériellement. Yolta a pris de l’air dans les marais les plus infects et de son analyse est résulté un fait négatif, c’est-à-dire que la proportion des éléments de l’air n’est point variée, Thénard et Dupuytren ont répété la même expérience sans plus de succès.

Quoi qu’il en soit, le concours de l’humidité semble indispensable pour la production ou l’action de ce miasme; et d’autre part l’humidité seule ne suffit pas ; car si les eaux couvrent bien les endroits mérécageux, il n’y a pas de fièvres intermittentes; celles-ci ne commencent qu’au moment où les eaux se retirent.

Parmi les autres causes on notera avec attention les saisons, soit qu’elles prédisposent par elles-mêmes, soit quelles fortifient l’action des

FIÉ

miasmes ; de là est dérivée cette distinction des fièvres en vernales et en automnales.

L’hiver et l’été ne favorisent point leur développement parmi nous ; mais on voit surgir ces maladies pendant le printemps et l’automne. A Paris elles sont plus communes aux mois d’avril et de mai que dans toute autre saison ; mais dans les pays marécageux elles prennent un caractère épidémique en automne, surtout si l’été a été chaud et a mis la vase a nu.

Nous ne passerons pas sous silence les constitutions dites épidémiques : elles sont rares à Paris. Toutefois j’ai été témoin d’une épidémie fort remarquable en 1826 ; le docteur Bauquier de Saint-Ambroix , en a rendu un compte exact dans la Revue médicale.

Les effets de cette cause épidémique, qui s’étendit sur toute la France , se prolongèrent dans la capitale jusqu’en 1828. Alors les maladies aiguës portèrent , comme pendant la durée de toutes les épidémies , l’empreinte de la maladie régnante. Les fièvres qui débutaient par le type continu dégénéraient promptement en fièvres intermittentes.

Ce fut à cette époque qu’on les vit surgir dans Paris et que des individus contractèrent, sous l’influence de ce mode épidémique une prédisposition à laquelle le sol et le climat se refusent communément. Mais depuis quelques années cette piédisposition est éteinte, et nous n’observons plus , ni dans les hôpitaux ni dans la ville, que des cas exceptionnels comme par le passé.

Parmi les causes prédisposantes les plus palpables et les plus permanentes , il faut noter principalement l’intumescence de la rate. (Splénocèle.) Conserve-t-elle son état normal, l’individu reste soumis à la maladie.

Ce n’est pas seulement au splénocèle développé spontanément qu’il faut attribuer son influence permanente sur la production des affections à type périodique ; l’intumescence de la rate , attribuée à des causes traumatiques, produit les mêmes phénomènes. Ce fait a été constaté d’une manière qu’on ne saurait révoquer en doute par mon ami le docteur Piorry.

Causes déterminantes. — Si les affections morales tristes et lentes prédisposent , les émotions vives peuvent mettre en jeu ses causes : ainsi les unes prédisposent , les autres déterminent. La prolongation d’un mauvais régime peut donner l’opportunité ; mais cet accès peut la développer brusquement. Il en est de même de toutes les causes agissant brusquement et instantanément. De l’action et de la combinaison de ces deux causes, dont j’abrège les détails , dérive un troisième ordre de phénomènes constituant ce qu’on nomme cause essentielle, matérielle, efficiente , maladie, que nous considérons , nous , comme une modifiiation anormale des tissus organiques.

Symptomatologie. — L’accès, sur le point de se manifester par des signes sensibles commence, d une manière presque inaperçue, une ou plusieurs heures avant le frisson.

Refroidissement, premier stade. — Le sentiment du fioid ne tarde pas à se faire sentir aux pieds, aux

FIÉ 29

mains, suivi de quelques horripilations qui parcourent la direction de la colonne vertébrale. Bientôt ces horripilations, accompagnées de bâillements, de pandiculations, de pâleur de la face et de cette contraction de la peau qu’on a appelée peau ansérine ou chair de poule , sont suivies de mouvements qui ont pour caractère les secousses des membres et le tremblemen l de tou t le cor ps .Tantôt il y a claquement de dents, tantôt ce phénomène est inaperçu. Si vous promenez la main sur la peau , elle paraît chaude et cependant le malade se plaint d’un froid glacial.

La durée de ce premier stade est depuis une demiheure jusqu’à quatre heure; la moyenne est de deux heures , il manque quelquefois totalement.

Ces phénomènes de début sont accompagnés d’un commencement de céphalalgie; d’un sentiment de mélancolie, d’impatience; il s’y joint de la dyspnée; l’accélération de la respiration se met de la partie ; il y a souvent des nausées ; souvent des vomissements; les urines conservent leur état naturel ou sont claires et aqueuses ; la lassitude est extrême , et la concentration des mouvements est telle que le corps diminue de volume ; fait de tout temps démontré par la chute des anneaux qu’on porte aux doigts.

Chaleur, deuxième stade. — Peu à peu les secousses se ralentissent ; l’intensité du froid diminue ; bientôt il n’occupe plus que les extrémités ; c’est alors que commence le stade de la chaleur qui va toujours en augmentant. Cette modification de l’enveloppe tégumentaire est toute d’expansion , et le corps non seulement reprend le volume qu’il avait dans l’état de santé , mais l’excède encore. La céphalalgie devient plus vive ; l’agitation cérébrale est parfois portée jusqu’au délire et à des rêvasseries , le malade a une propension à l’assoupissement; il se plaint de pesanteur de tête. La face, de pâle qu’elle était , se tuméfie, devient rouge, animée; les yeux sont étincelants; si les hémorrhagies ont lieu , c’est dans ce stade.

La bouche se sèche, la soif est ardente; les nausées où les vomissements continuent ; la diarrhée peut compliquer l’accès; les urines, d’abord pâles et peu foncées, se troublent, deviennent briquetées et sont rendues avec un sentiment d’ardeur. Alors se déclarent les douleurs qui affectent plus particulièrement l’hypochondre gauche ; elles se prononcent aussi aux extrémités avec ce genre de souffrance que beaucoup de gens désignent sous le nom de courbature. Le cœur bat avec énergie et impulsion; le pouls est élevé, dur et fréquent et la chaleur intérieure forte ; elle fait même éprouver à celui qui touche la peau une vive sensation d’ardeur. Presque toujours une petite toux sèche assez fréquente se déclare ; elle cesse avec l’accès. La durée de ce stade , de même que celle du précédent, est infiniment variable. Il est quelquefois si court qu’à peine peut-on saisir l’intervalle qui a lieu entre le froid et la moiteur. D’autrefois il dure plusieurs heures avant que la peau ne s’humecte.

Sueur, troisième stade. — Le stade de froid manque quelquefois ; celui de la chaleur jamais , excepté dans quelques cas exceptionnels de fièvres algides

FIÉ

FIE

et pernicieuses, Lorsque la chaleur sèche tend à sa fin, un sentiment de bien-être général se fait sentir; les fonctions reprennent leur équilibre et les douleurs locales diminuent progressivement. La sueur communément générale occupe quelquefois uneveule partie du corps. Le cœur conserve la fréquence de ses battements, mais sans impulsion anormale. L'exploration du pouls montre qu’il est large , ondulent, mou.

Intermission. — Lorsque les trois stades se sont pleinement prononcés, on peut dès le premier accès prédire l’existence d’une fièvre intermittente. Je ne connais aucune maladie qui offre cette marche régulière et complète. L’invasion de la pneumonie seule pourrait en imposer; mais les phénomènes graves de celle-ci , l’auscultation et la continuation des symptômes font cesser toute espèce d’hésitation.

L’intermission arrivée, toutes les fonctions reprennent leur équilibre , et le malade semble entièrement rendu à la santé. Dès ce moment il peut vaquer à ses affaires , ne conservant qu’un peu de faiblesse. Il reprend sa coloration ordinaire si l’affection est récente : si elle est ancienne, la peau conserve un aspect terreux caractéristique. Dans ce dernier état il peut y avoir de la bouffissure à la face, de l’œdème aux pieds. D’ordinaire les douleurs disparaissent; toutefois il n’est pas rare d’observer une certaine continuité dans la céphalalgie, quelques vertiges et même des bourdonnements dans les oreilles.

Il arrive fréquemment qu’une fièvre intermittente simple débute comme une maladie continue. Alors elle conserve tous les caractères d’une fièvre inflammatoire générale pendant les trois ou quatre premiers jours. Cette remarque sur la symptomatologie est un point capital dans l’étude de ce genre d’affection.

Des associations principales sont celles qui se lient à la présence des matières muqueuses ou mucoso-bilieuses en excès dans les voies digestives. Dans ces cas la langue reste chargée , la bouche mauvaise , l’haleine forte ou fétide; il y a de la soif, de l’anorexie, de la sensibilité à l’épigastre ; les urines restent chargées ; les fonctions du tube intestinal sont plus ou moins troublées.

Il est des lésions chroniques qui compliquent gravement la fièvre intermittente , et parmi elles nous signalerons la phthisie pulmonaire , les altérations de tissu dans le foie , le catarrhe vésical, etc.

Etat pernicieux. — Telle est la fièvre intermittente dans ses formes les plus ordinaires ; mais il arrive parfois qu’elle est compliquée avec des désordres organiques ou des lésions vitales et des fonctions plus ou moins graves. Ce trouble, lorsqu'il est porté à un très-haut degré, suffit pour caractériser l’état pernicieux.

Représentez-vous le tableau complet d’une fièvre d’accès , et ajoutez à ce tableau un symptôme in- j solite, lié à la lésion importante d’une fonction, symptôme qui paraît avec le paroxysme et disparaît avec lui, et vous aurez l’image de ce qu’on a ) nommé fièvre pernicieuse. C’est ainsi qu’on dit : fièvre pernicieuse apoplectique ou soporeuse, !

lorsque des phénomènes simulant l’apoplexie se déclarent pendant l’accès ; fièvre pernicieuse épileptique, lorsqu’il y a des symptômes d’épilepsie, fièvre pernicieuse pneumogonique , pleurétique , hémoptoïque, lorsqu’il y a des symptômes de pneumonite, de pleurite, d’hémoptysie ; et ainsi des fièvres pernicieuses cardialgique , cholérique , dyssentèrique , hépatique , cystique, néphrétique, hématurique, etc.

Les auteurs à consulter sur ce sujet sont Mercatus , Morton, Forti, Werlhof, Senac, Lauter, Comparetti, Alibert.

On doit considérer la fièvre subintrante ou subcontinue de Forti comme faisant partie du groupe des fièvres pernicieuses. Qu’est-ce donc qu’une fièvre subintrante ? une fièvre intermittente dont les accès sont tellement prolongés que la fin de l’un coïncide avec le commencement de l’autre.

Diagnostic différentiel. — Il dérive naturellement du type et de l’intervalle apyrétique , ce qui distinguera toujours les fièvres intermittentes des fièvres continues. D'autre part, la prédominance d’un symptôme grave établit aussi une différence tranchée entre la fièvre pernicieuse et la fièvre intermittente simple.

Pronostic. — Le pronostic est presque toujours heureux dans les fièvres intermittentes simples; souvent fâcheux dans celles qui sont compliquées et pernicieuses. On a dit généralement qu’il fallait tout attendre de la nature et que ces maladies se terminaient d’elles-mêmes après le septième accès. Cela est vrai quelquefois dans les pays très-sains , ou lorsque les individus atteints se sont soustraits à l’influence de la cause qui a provoqué le trouble des fonctions. Il importe pour le pronostic de considérer l’époque de l’invasion , l’influence épidémique , la saison, le type , la durée.

Les fièvres d’automne sont plus rebelles que celles du printemps • les épidémies exercent un empire tel qu’elles prolongent les symptômes et les réveillent avec une grande facilité. Les fièvres quartes sont plus rebelles que les tierces et les quotidiennes.

Celles de ces affections qui par le long temps de leur durée ont développé quelques désordres organiques , tel par exemple que le splénocèle, résistent avec une opiniâtreté incalculable. Par suite de la prolongation de ces espèces de fièvres on voit survenir des engorgements du foie et consécutivement la couleur ictérique, des ascites, des anasarques ; alors le pronostic devient fâcheux.

Indications thérapeutiques. — Ces indications se déduisent d’une part des phénomènes qui appartiennent à l’accès , et de l’autre de la forme ainsi que de la prolongation de l’intermittente.

Il est rare qu’en France on s’occupe des symptômes qui constituent les stades d’un accès , à moins que les symptômes n’établissent une complication pernicieuse. Ainsi le froid peut être d’une trop grande durée et d’une intensité telle qu’il fait craindre sa liaison avec l’accès suivant ; la chaleur est quelquefois tellement intense qu’elle provoque des congestions cérébrales, le délire, des hémorrhagies violentes; alors seulement il est permis de

FIÉ

de porter son attention sur d’aussi sérieux symptf !»«£;.

Les médecins anglais, plus occupés du symptôme dominant que nous , ont eu recours à des moyens énergiques pour le combattre. Il ne craignent pas de donner un vomitif au commencement et pendant le stade du froid; et ils attribuent à son action le développement subit de la chaleur et de la diaphorèse ; pour nous , notre pensée est que les émétiques doivent être repoussés dans ce stade. Ils approuvent assez communément la méthode de Trotter ( médecine nautique ) , qui donnait de très-hautes doses d’opium. Il commençait par trente gouttes de laudanum de Sydenham, et il les faisait suivre de six autres de quart en quart d heure, sans dépasser toutefois la dose de soixante. Trotter affirme que par l’emploi de ce médicament l’intensité de la chaleur est de beaucoup diminuée, et que la sueur arrive plus promptement sans que le délire se mêle de la partie. On a employé l’éther sulfurique à la dose d’un gros pour abréger le premier stade. Davidson s’est applaudi de ce procédé, par lequel le froid est notablement diminué en intensité et en longueur.

De tous les moyens dirigés contre la fièvre, le plus énergique comme le plus efficace et le plus singulier c’est la compression. Un chirurgien de marine nommé Georges Kellie le mit le premier en usage et son procédé fut publiée en 1794 par Duncan.

Dès que le froid s’était déclaré, Kellie appliquait un tourniquet sur l’artère brachiale et un autre sur l’artère fémorale dans un seul croisé. Il interceptait la circulation dans ces deux artères , et en peu de minutes le froid disparaissait complètement. Après deux ou trois opérations de ce genre la fièvre intermittente était tout aussi bien détruite que si on eût employé le quinquina.

Cinq ans après, je répétai ces expériences à Toulon, puis à Pavie, à Yalladolid, et enfin à Saint- Domingue en 1803. J’en ai publié les résultats à mon retour en France, et je puis affirmer que le moyen est réellement efficace, au moin ; dans un nombre de cas.

11 n’est pas nécessaire, à mon avis, d appliquer le tourniquet d’une manière croisée pour obtenir l’effet désiré. On peut même d’après nos recherches ne comprimer l’artère que sur un seul membre sans suspendre totalement la circulation, mais la compression des deux atteint le but plus rapidement. Voici au reste quels sont les phénomènes qui succèdent à cette application.

Après quelques minutes, deux à cinq tout au plus, le malade ressent un douleur assez vive sur le point comprimé. Le membre tressaille, bondit même avec force. Bientôt le froid s'éteint et une chaleur des plus vives le remplace, pour être suivie elle-même d'un sueur des plus abondantes.

En 1809, mon ami le docteur François, fut envoyé àMagdebourg, pour essayer différentes substances proposées comme succédanées du quinquina, alors si rare et si cher. Il trouva dans l’hôpital militaire plus de quatre mille malades atteints de fièvres intermittentes provenant d’une garnison forte de vingt-quatre mille hommes.

FIÉ 31

On sait que les fièvres de celte espèce sont eu • déroiques à Magdebourg, bâti dans un marais sur les bords de l’Elbe. Les plus anciennes de ces fièvres résistèrent aux moyens employés; alors il essaya la ligature, en la faisant sur deux membres opposés. La réussite fut d’autant plus complète que la maladie était plus invétérée ; et ce succès fut si remarquable qu’il fallut ensuite prendre des précautions pour empêcher que les soldats n’employassent à tout propos la compression.

Ce moyen au reste sera, comme on le voit, un puissant auxiliaire dans les cas où le froid a une grande intensité, une grande longueur; car sa longueur et son intensité caractérisent assez communément l’opiniâtreté de la maladie dans les circonstances où la maladie sera invétérée et rebelle; à cela près, il me parait plus sage, plus prudent de ne point s’occuper des stades de la fièvre intermittente simple.

Mais faut-il ne jamais attaquer directement les symptômes particuliers? faut-il dans tous les cas recourir aux spécifiques connus? Telles sont les principales questions relatives aux indications thérapeutiques.

Si l’on observait un symptôme grave qui dût compromettre les jours du malade; si la marche de l’affection faisait craindre qu’elle ne passât à l’état continu, enfin s’il y avait manifestement un embarras gastrique bien prononcé, avec tous les phénomènes qui en dépendent, il faudrait bien s’attacher à combattre ce qui serait en dehors de la maladie principale et qui mettrait obstacle à la guérison par les spécifiques connus.

Parmi les symptômes les plus notables, nous signalerons tous ceux qui déjà ont été indiqués comme constituant une fièvre pernicieuse.

Pour la plupart des cas qui constituent cette fièvre, les saignées générales pendant la durée de l’accès , mais bien mieux les fortes saignés locales par les ventouses sont de première nécessité, ainsi que les larges rubéfiants. On a également vanté les préparations d’opium dans le flux extraordinaire des intestins ; mais aussitôt l’accès terminé, et même pendant la durée de son dernier stade, on se hâtera d’arriver au spécifique.

Quant à celte autre combinaison qui résulte de l’association d’un embarras gastro-intestinal, d’un état bilieux ou muqueux, rien ne s’oppose à l’emploi des évacuants, surtout les émétiques. Mais il est d’observation constante, bien démontrée pour moi , que l’usage de la quinine détruit avec uno prodigieuse facilité tout état saburral qui est indépendant d’une gastrite.

La maladie réduite à son expression la plus simple, c’est-à-dire, bornée à des accès réguliers, on devra employer sur-le-champ le quinquina et ses préparations, seul spécifique connu.

Je rappellerai néanmoins que beaucoup de praticiens conseillaient et conseillent encore d’attendre la fin du septième accès avant d’entreprendre de médicamenter les malades ; mais je blâme hautement cette pratique comme étant propre à favoriser le développement des complications de tout genre. J’ai déjà dit qu’à Paris quelques fièvres intermittentes fort simples disparaissent d’elles-mê

FIE

mes, surtout lorsque les persones qui avaient contracté la maladie en dehors venaient habiter la capitale; car le séjour de la capitale, lorsqu’il n’y a pas épidémie, est un vrai antidote. Toutefois cette méthode d’exportation n’est point conforme à l’esprit d’observation et à l’expérience , le souverain des maîtres. Pour mon propre compte , dès que j’ai constaté l’existence delà périodicité je me me hâte d’administrer le sulfate de quinine. Je n’en donne jamais moins de dix-huit grains, en trois doses égales, dans l’intervalle de deux accès d'une fièvre quotidienne; et de trente-six grains dans l’intervalle de deux accès d’une fièvre tierce. On commence la première dose aussitôt que l’accès est entièrement achevé, et on distribue son temps de manière que l’administration de la dernière coïncide avec une époque qui précède de quelques heures l’accès suivant. La meilleure manière est de le donner en poudre dans du pain à chanter, plutôt qu’en pilules. Celles-ci passent quelquefois sans être dissoutes et absorbées. Cette préparation si simple surpasse de beaucoup toutes les autres, et même les mélanges dans l’eau ou dans du sirop. Si l’irritabilité ou le défaut de tolérance ne permettaient pas au médicament de séjourner assez long-temps dans le tube digestif, on associerait le sulfate de quinine avec quelques atômes d’opium, ou bien on ferait avaler immédiatement par dessus Za dose une verrée d’eau mucilagineuse. Si on a affaire à une fièvre pernicieuse , les doses doivent être doubles ou répétées plus souvent. La première de ces doses sera toujours administrée sur le déclin de l’accès , sans attendre qu’il soit totale ment terminé.

Avant l’admirable découverte de MM. Pelletier et Caventou, on administrait le quinquina en substance, en décoction, en sirop; on suspendait la poudre dans du vin, ou bien on traitait cette écorce par l’alcool. Tous ces procédés sont bons , mais à divers degrés. La poudre, après la quinine, est ce qu’il y a de préférable. On en donne une ou deux onces dans l’intervalle des accès , par doses d’un ou de deux gros, délayée dans l’eau. L’infusion et la décoction de cette écorce , long-temps continuées , conviennent quand la fièvre est coupée et qu’on veut en prévenir le retour. Yoici, sous le rapport de l’efficacité, la gradation qui existe dans les trois espèces principales de quinquina : quinquina gris, quinquina rouge, quinquina jaune. Ce dernier est préférable aux deux autres parce qu’il contient de plus grandes proportions de quinine.

On a vanté d’autres spécifiques , tels que l’arséniate de soude , la salicine découverte dans le salixhélix, par N. Leroux, de Vitry-le-Français; le houx, l’augusture, la gentiane, le café seul ou mêlé au suc de citron, et en général les amers ; de tous ces spécifiques le dernier est le plus efficace et compte de nombreux succès dans la médecine populaire. L’arséniate de soude ne guérit qu’en changeant le mode de lésion, en substituant une maladie à une autre, une fièvre lente aune fièvre de nature presque toujours bénigne.

L’extrait des feuilles du cynara scolymus (artichaut) qui doit sa réputation à M.Montain, médecin distingué de Lyon , n’a point répondu à mon at-

OEESIE

tente dans ies nombreuses recherches que j’ai laites.

Fièvre intermittente entretenue par Yintumescence de la rate. — Si le splênocèle est le produit d’une fièvre intermittente, il est toujours curable; et quel que soit son volume , il peut être rapidement diminué.

Je dis , lorsqu’il est provoqué par une fièvre intermittente , car si la rate par toute autre cause était parvenue à un état squirrheux ou tuberculeux ; si les membranes qui l’enveloppent étaient transformées en cartilages , comme j’en ai vu , nul doute qu’il y eût impossibilité de résoudre ia tuméfaction. Quel est donc le procédé à employer pour réduire une intumescence qui avait jusqu’ici résisté à tous les moyens connus? Avant de s’expliquer sur ce point, il faut rappeler que la plupart des praticiens , même dans les temps très modernes , avaient accusé le quinquina des obstructions qui paraissaient dans les fièvres si on le donnait de très-bonne heure. Mais il résulte de mes observations que les intumescences de cet organe surviennent précisément parce qu’on donne trop tard le spécifique. Et comment douter de ce fait, lorsqu’on voit les habitants des marais presque tous rateleux, lors même qu’il n’ont pas pris un atôme de quinquina.

De toutes les idées que j’ai le plus caressées dans ma vie , la découverte du moyen propre à guérir les tumeurs de la rate est celle qui me flatte le plus. En effet , leur présence entretient les symptômes fébriles, les renouvelle sans cesse, rend les individus cachectiques , développe des ascites , des bouffissures , l’anarsaque , et conduit en définitive lentement à la mort. Pour parvenir à détruire ce germe, qui devient si souvent funeste, il suffit d’administrer hardiment le sulfate de quinine. Pour un adulte la dose doit être de trente-six grains en vingt-quatre heures, par douze grains chaque fois. Après ce premier laps de temps , il est fort ordinaire de voir réduire notablement la rate. Pour s’en assurer, il est. indispensable de la mesurer préalablement par l’excellent procédé de M. Piorry. Ce praticien a même constaté la diminution du volume, après quelques heures de l’emploi du médicament. Enfin , en continuant les mêmes quantités de quinine pendant cinq ou six jours , et en les donnant ensuite moins fortes , on arrive peu à peu à ramener la rate à son état naturel , et à faire disparaître tous les symptômes qui sont la suite inévitable et de son engorgement et de la compression qu’elle exerce.

Ainsi l’ascite subordonnée au splênocèle disparaît en entier, parce que le phénomène est sous îa dépendance de la lésion organique et de la compression des veines par celte même lésion.

Y. Bally,

Membre àe l’Académie de Médecine, Médecin' de l’Hôtel-Dieu.

fièvre jaune. (Voy. Typhus d'Amérique.)

fièvre de lait. Ce mot a été traité avec tous les développements convenables, à l’article allaitement. JU00UÊ9d jü9Y198U03 08 îô

Page 1