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On remarque queles personnes qui en ont été une fois atteintes, y sont plus exposées que d’autres.
La cause la plus fréquente du mal est la carie dentaire; vient ensuite l’impression d’un courant d’air sur la joue ou sur les dents. Quelques fluxions paraissent être occasionnées aussi par le déplacement subit de la goutte ou d’un rhumatisme. Lés causes prédisposantes sont les temps froids et humides , et l’habitation d endroits marécageux.
Les fluxions se développent avec une rapidité remarquable souvent en quelques heures ; elles peuvent envahir les ailes du nez , les paupières et le cou ; presque toujours les gencives sont en même temps gonflées quand l'affection tient à une carie des dents; ce gonflement précède même ordinairement la tuméfaction des joues.
Il se manifeste en général peu de douleur , et l’odontalgie se calme le plus souvent pendant la durée du mal; le malade se plaint plutôt d’un sentiment de gêne et de tension dans la partie affectée. La peau est rarement plus rouge que dans l’état ordinaire ; elle est tendue ou luisante ; lorsque le gonflement èst considérable , il peut s’accompagner de salivation, et de gêne dans l'action de parler, de mâcher ou de tousser ; quelquefois même la langue est chargée, et on observe un léger mouvement fébrile.
Celte affection est sans danger ; sa durée varie de quatre à huit jours ; elle peut se prolonger pourtant au-delà. Presque toujours le gonflement se dissipe graduellement; ce n’est que dans quelques cas assez rare, q ,’il se forme un abcès dans l’épaisseur de la joue. Le malade est averti de celle fâcheuse complication par des battements, par de la chaleur et par la rougeur qui survient à la peau. ( Voy. Abcès et Phlegmon. ) Quelquefois aussi la gencive affectée devient le siège d'un petit abcès.
Lorsqu’une fluxion reconnaît pour cause l’impression de l’air froid , il est rare qu’il faille avoir recours à un traitement actif; il suffit de se tenir bien chaudement, de recouvrir la joue malade d’un foulard ou d’une étoffe en laine ; il ne faudrait avoir recours à des cataplasmes et à d'autres applications émollientes que dans le cas où il existerait de la rougeur et de la chaleur à la peau. S’il survenait un abcès , il faudrait se conduire comme il a été indiqué au mot abcès.
Quand la maladie est produite par une carie dentaire , le remède le plus efficace est la desl ruction de la cause du mal , l’extraction de la dent ; il faut néanmoins attendre , pour pratiquer celle opération, que la fluxion se soit dissipée entièrement ou presque entièrement ; jusqu’alors on tiendra chaudement la joue malade , et l'on fera usage de quelques gargarismes émollients si la gencive est douloureuse.
On voit quelquefois les fluxions suivre une marche chronique, et l’engorgement persister pendant plusieurs semaines , ou même pendant un ou deux mois; il faut alors s'abstenir de topiques émollients. Boyer conseille d avoir recours à quelques fomentations aromatiques ; il cite comme ayant été employés avec succès les mastica* - b fiss e ü bflimp luoJ ma tnoiJfi^iîfioio si
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toires irritants , les purgatifs drastiques , les pédiluves sinapisés , les vésicatoires à la nuque , les sudorifiques ; mais dans un cas de cette nature , il est toujours bon d’avoir recours aux conseils d’un médecin éclairé. J.P.Beaude.
, fœtal [physiol.], adj., qui a rapport au fœtus. (V. ce mot.)
fœtus [physiol.), s. m., nom donné à l’enfant, lorsqu’il est encore dans le ventre de sa mère. Depuis le moment de la conception, jusqu’au troisième mois environ on le désigne aussi d’une manière plus particulière, sous le nom d 'embryon. L’histoire du développement du fœtus, sera indiqué au mot ovologie. J. B.
foie ( anat. et physiol. ) , s. m., Jecur, hepar; en grec hepar; organe sécréteur de la bile; c’est une glande la plus volumineuse de toutes celles du corps ; son poids, qui est assez variable même chez les sujets bien portants, est d’environ trois livres terme moyen. Cet organe est situé dans le ventre, du côté droit et immédiatement au-dessous de là poitrine; il occupe presque tout l’espace connu sous le nom d ’hypochondre droit ( voy. abdomen), et s’étend même jusque dans l’hypochondre gauche; il recouvre en partie l’estomac, et se trouve placé immédiatement au-dessous du diaphragme , sur lequel il est , pour ainsi dire , moulé ; comme cette dernière cloison musculeuse présente une voussure à convexité supérieure , il fait réellement une saillie dans la cavité pectorale ; circonstance qui permet aux fausses-côtes de le protéger. On peut à l’intérieur déterminer ses limites en frappant avec les doigts sur une pièce de cinq francs placée sur le ventre ; les points correspondants au foie rendent un son mat , différent du son clair que l’on perçoit en percutant les autres points de l’abdomen. Il est maintenu en place par divers replis du péritoine nommé improprement ligaments ; sa forme est irrégulière et difficile à décrire. Les anatomistes lui distinguent une face supérieure et une inférieure. La première, convexe et partout contiguë au diaphragme , est divisée par un repli du péritoine ( ligament suspenseur ) (en deux moitiés inégales. La partie du foie , située à droite du repli , porte le nom de grand lobe ou lobe droit , et la partie située à gauche celui de lobe moyen ou lobe gauche ; la face inférieure est plus irrégulière; on y remarque en allant de gauche à droite l° une dépression superficielle qui correspond à la face supérieure de l’estomac; 2° un sillon longitudinal qui loge chez le fœtus, la reine ombilicale; 3° un autre sillon transversal occupé par le sinus de la veine porte, Y artère hépatique et les racines du canal hépatique ; 4° en arrière , un troisième sillon très-court souvent converti en canal , par où passe la veine cave inférieure ; 5° deux petites éminences nommées portes , l’une postérieure ( lobe de Spigel) , et l’autre inférieure , à droite de laquelle trouve une espèce de fosse destinée à loger la vésicule du fiel ou vésicule biliaire ; ce dernier organe est une poche membraneuse dans laquelle une partie de la bile séjourne avant d’être transmise dans l’intestin duodénum ; elle présente deux
extrémités, l’une antérieure nommée fond; l’autre postérieure qu’on appelle col et qui se termine par le canal cystique ; ce canal, après un pouce et demi de trajet, vient s’unir à un angle très-aigu avec le canal hépatique ; ces deux canaux euxmêmes forment en s’abouchant le conduit cholédoque ; la bile arrive du foie par le canal hépatique, et de là, suivant l’état de réplélion de l’estomac, se rend dans l’intestin par le canal cholédoque ou reflue dans le vésicule par le canal cystique.
Le foie présente un tissu rouge brunâtre facile à déchirer et composé de plusieurs éléments différents. A l’intérieur, on y observe de petits points jaunes irrégulièrement disséminés et qui répondent aux radicales des conduits excréteurs de la bile.
Le conduit hépatique prend en effet naissance dans l’épaisseur du foie par un grand nombre de racines qui se réunissent successivement entre elle pour former ce canal , et qui y amènent la bile qu’elles ont puisée dans tous les points de l’organe.
Le foie est enveloppé parle péritoine et par une autre membrane celluleuse qui se prolonge dans l’épaisseur du viscère, et forment des gaines qui accompagnent les diverses branches de la veine porte et de Y artère hépatique. Ces gaines sont nommées par les anatomistes capsules de Glisson.
Les nerfs du foie viennent du pneumo-gastrique , du diaphragmatique et du plexus hépatique; les vaisseaux qui y apportent le sang, sont Y artère hépatique et la veine porte ; cette dernière seule , d'après la plupart des physiologistes , fournit les matériaux de la bile.
Le foie est très-volumineux dans l’enfant qui vient de naître, et occupe une grande partie du ventre chez l’adulte même; il peut gêner par son poids l’estomac lorsqu’on se couche du côté gauche ; aussi choisit-on ordinairement une autre attitude pour dormir. ( Voy. Bile et Biliaires [voies) ).
foie (maladies du) ( path .). Portai remarque avec raison que le foie, qui remplit des fonctions si importantes dans l’économie animale , est un des organes dont on méconnaît souvent les altérations; que tantôt on lui attribue des maladies dont il n’est pas atteint, et que d’autres fois on se trompe sur celles qui ont leurs sièges dans ce viscère, au point de les rapporter à des parties qui sont dans l’état le plus normal. Les anciens médecins avaient de la tendance à faire jouer au foie un grand rôle dans toutes les maladies ; de nos jours on est peut-être tombé dans l’excès contraire en restreignant trop le nombre de ces affections. Nous allons passer successivement en revue la plupart d’entre elles ; nous ne parlerons pas ici des prétendues obstructions du foie , maladies mal déterminées, et sous le nom de laquelle on comprenait autrefois presque toutes les lésions organiques que le foie peut éprouver.
1° Hypertrophie et atrophie du foie. On cite un assez grand nombre de cas où ce viscère, sans avoi*. éprouvé de changement dans sa texture , avait
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acquis un volume considérable, de manière à envahir quelquefois la presque totalité du ventre ; il est facile de prévoir quelle gêne il devait apporter alors à la respiration et aux fonctions intestinales; dans d’autres sujets, au contraire, il peut éprouver une diminution remarquable; on l'a même vu réduit au volume du poing.
2° Altération organigue. Plus fréquemment encore le foie, en éprouvant ou non des variations dans son volume , est modifié dans sa texture et la composition de ses éléments. Il peut subir la dégénération graisseuse ; dans cet état il est pâle et graisse le scalpel ; il augmente généralement de volume quoique son poids ne soit pas changé , qu’il soit diminué même ; on observe celte altération sur la plupart des sujets phthisiques qui succombent. On détermine aussi artificiellement cet état chez certains animaux en les tenant dans un espace étroit; tous les gourmets connaissent les pâtés de foie gras.
Dans la cirrhose , il existe à la surface et dans l'intérieur de l’organe des granulations d’un jaune plus ou moins clair, dont le volume variable dépasse rarement celui d’une cerise , et quelquefois égale à peine celui d’un gros grain de millet .
Le cancer est de toutes les lésions organiques du foie la plus commune et la plus grave ; il se présente ordinairement sous forme de petites masses arrondies disséminées cà et là et souvent saillantes à la surface du viscère ; on y observe toutes les variétés connues du cancer. Cette redoutable maladie y suit sa marche ordinaire comme dans les autres organes.
Des tubercules peuvent aussi se rencontrer dans le foie ; ils sont souvent colorés en jaune par la bile. (Yoy. Tubercules .) Les diverses altérations que nous venons d’énumérer sont toujours incurables ; la cause de leur développement est encore peu connue.
3o Entozoaires. Le foie est chez l’homme l’organe où l’on rencontre le plus souvent des hydatides ( acéphalocystes.) ( Yoy. ce mot. ) Ils sont parfois très-nombreux et d’un volume considérable ; le liquide dans lequel ils nagent n’est jamais parfaitement limpide, et offre constamment une teinte jaunâtre ; au bout d’un certain temps , ils meurent, et leurs débris sont susceptibles d’éprouver des altérations variées qui les ont quelquefois fait prendre pour des tubercules ramollis. Lorsqu’une tumeur hydatique fait saillie à travers la peau du ventre et qu’elle peut être sentie , quelques chirurgiens ont réussi à la guérir en donnant issue au liquide ; nous indiquerons , plus loin , le procédé suivi dans ce cas.
Au rapport de quelques auteurs, on aurait aussi rencontré dans le foie de l’hommela douve {distoma hêpatwum ) si commune dans le foie des moutons, des bœufs , des cochons, des lièvres, etc.
4° Abcès du foie. A la suite de coups, de contusions, de corps étrangers , et en général de l’inflammation du foie ( hépatite ) , des abcès peuvent se former dans l’épaisseur de ce viscère ; mais leur cause la plus fréquente est, sans contredit, la résorption du pus dans une plaie en suppuration , principalement avec les blessures de
la tête et des environs de l’anus. Ces abcès sont dits alors métastatique : ils sont précédés en général de symptômes généraux et alarmants , de fièvre, de délire et de stupeur ; la suppuration de la plaie diminue ou se tarit ; il peut survenir de l’ictère , de la douleur dans le ventre , et quelquefois dans l’épaule droite, etc. C’est ordinairement dix à douze jours après la lésion primitive qu’ils se forment. On les attribuait autrefois au pus qui de la partie blessée serait porté dans le foie et y formerait une collection purulente ; mais la plupart des pathologistes pensent aujourd’hui qu’ils sont dûs à une phlébite locale. (Voy. Phlébite .)
Les abcès du foie peuvent se former dans toutes les parties de ce viscère; souvent ils sont enfermés dans un kyste ; le pus présente quelquefois toutes les qualités du pus phlegmoneux ordinaire ; dans d’autre cas , il est visqueux et coloré plus ou moins en vert. Le volume et le nombre des foyers purulents sont aussi variables ; on les a vus occuper un lobe entier. Ils peuvent se terminer de différentes manières ; lorsque l’abcès a son siège dans le centre du foie , il tend à s’étendre et à convertir le parenchyme de l'organe en une bouillie putride; le malade succombe bientôt consumé par une fièvre lente ; dans quelques cas l’abcès s’ouvre, etla matière qu’il contient s’épanche dans le ventre et occasionne une péritonite promptement mortelle ; cette terminaison est aussi celle des abcès situés près de la surface du foie. Dans d’autres cas plus rares, il peut s’établir des adhérences entre les parois de la poche purulente et les organes voisins ; la tumeur faisant des progrès peut alors se vider dans ces organes : c’est ainsi qu’on a vu le pus être versé dans l’estomac et rejeté ensuite par le vomissement. Le cas le plus heureux est celui où le foie ayant contracté des adhérences avec la peau, le pus peut s’échapper au dehors et se faire jour dans divers points do l’abdomen en fusant le long des muscles. C’est dans ces cas malheureusement trop rares que l’art peut intervenir d’une manière efficace en ouvrant l’abcès qui proémine ordinairement au-dessous dos fausses côtes. Le chirurgien a alors deux écueils à éviter , celui de trop tarder à ouvrir la collection du pus qui peut alors s'épancher , et le danger de faire une ouverture avant que des adhérences suffisantes se soient établies entre la tumeur et les téguments. Il doit en général opérer lorsque le foyer purulent est peu mobile et qu’il présente une saillie pendant tous les mouvements du malade. Il peut se servir du bistouri ou de la potasse caustique; le premier moyen est le plus prompt; mais le second présente l'avantage de fortifier les adhérences de l’abcès quand on y a recours. On place sur le point le plus saillant de la tumeur un petit fragment de potasse caustique ; on fend l’escarrhe qui se forme , et on fait aussi une seconde et une troisième application du caustique, jusqu'à ce qu'on soit parvenu au foyer. M. Récamier a surtout employé ce procédé avec succès pour les kystes hydatiques dont nous avons parlé plus haut. La plupart des chirurgiens néanmoins préfèrent l’emploi de l’instrument tranchant à celui du caustique pour l’ouverture des abcès du foie.
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5° Tumeur biliaire. Assez fréquemment la vésicule du fiel renferme des calculs en nombre plus ou moins grand. ( Voy. calculs. ) Ces concrétions , lorsqu’elles sont d’un petit volume, passent dans le duodénum, et sont rendues par les selles ; mais il arrive d’autrefois qu’elles s’arrêtent dans le canal cholédoque et l’obstrue ; la bile cesse alors de pouvoir parvenir dans l’intestin ; elle reflue dans la vésicule, la distend et forme ce qu’on nomme une tumeur biliaire. Presque toujours il survient de la jaunisse ; la vésicule acquiert quelquefois un volume énorme, jusqu’à contenir six à huit livre de bile. Cette tumeur qui proémine au dehors peut subsister long-temps sans produire des accidents ; il arrive même que spontanément ou par une douce pression elle diminue et se vide rapidement ; c’est qu’ alors l’obstacle a été vaincu, et que le calcul retenu dans le canal cholédoque a été poussé dans l’intestin ; mais le plus souvent la bile contenue dans la vésicule irrite et enflamme celleci par son abondance et son acrimonie; il en résulte de la fièvre , des hoquets, des vomissements bilieux , des douleurs au côté droit et à l’épigastre. Plus tard, la vésicule enflammée peut se rompre et occasionner soit une péritonite mortelle si la bile s’épanche dans le ventre, soit un abcès si la tumeur a contracté auparavant des adhérences avec les téguments. Après l’ouverture de cet abcès , il reste ordinairement une fistule, de laquelle il sort pendant long-temps beaucoup d’humeur limpide et purulente, puis de la bile.
Pour prévenir les accidents qu’occasionne la tumeur biliaire, on a proposé de l’ouvrir quand on est assuré qu’elle a contracté des adhérences ; mais cette opération est trop incertaine et trop dangereuse pour être adoptée.
Les personnes affeciées de calculs biliaires éprouvent de temps en temps, lorsqu’une pierre s’engage dans le conduit cholédoque, de vives douleurs souvent atroces, connues sous le nom de colique hépatique. Ces douleurs se font surtout sentir dans le dos à l’estomac et vers le côté droit ; la face est altérée ; il existe des nausées , des vomissements ; la peau est jaune et les souffrances inexprimables. On combat ces accidents par des saignées,' des bains , de l’opium , des eaux gazeuses, el la préparation empirique connue sous le nom de remède de Durande ; c’est un mélange de trois partie d’éther et de deux parties d’essence de térébenthine qu’on administre à la dose de deux à (rois scrupules.
6° Inflammation du foie ou hépatite. Celte maladie est surtout fréquente dans les pays chauds ; les auteurs lui assignent pour causes l’abus des alcooliques et des purgatifs drastiques , la suppression d’exanthèmes et d’écoulements habituels, une vie inactive et sédentaire, les travaux de cabinet, des passions vives et contrariées, etc. Elle peut être déterminée aussi par des coups ou une chute sur la région du foie. Elle existe à l’état aigu ou chronique. Les symptômes de l’hépatite aiguë sont au débu t un frisson suivi d’un sentiment de chaleur brillante dans les entrailles ; bientôt i! se manifeste une douleur continue dans un des points de la région du foie ; cette douleur ]
se propage à l’épaule et à la clavicule droite; souvent l’hypochondre droit est légèrement tuméfié ; et il serait impossible au malade de se coucher de ce côté. Si la maladie occupe la face convexe du foie, la douleur s’exaspère par le toucher ; il existe de la dyspnée , une toux sèche et quelquefois le hoquet ; lorsque la partie concave est le siège du mal , il se manifeste des nausées , des vomissements bilieux , et une teinte jaunâtre répandue sur tout le corps; les urines, d’abord claires , prennent ensuite une couleur rouge plus ou moins intense. Dans celle maladie , la fièvre est continue et présente des redoublements ; la bouche est amère, sèche et la soif ardente; il existe souvent de la constipation. Si l’hépatite ne se g. érit pas du huitième au dixième jour , on a lieu de craindre qu’elle ne se termine par la formation d’un abcès dans le foie; on est averti de l’existence de la suppuration par des frissons irré guliers suivis de chaleur âcre , et par un sentiment de pesanteur dans la région du foie; la fièvre et les douleurs diminuent en même temps sans aucune des évacuations qui précèdent ordinairement la guérison.
Dans l'hépatite chronique , les mêmes symptômes se montrent , mais avec moins d’intensité ; la fièvre est quelquefois nulle ou presque nulle; la maladie a une durée beaucoup plus longue. Lorsqu’elle se termine par un abcès , celui-ci se forme avec lenteur; elles phénomènes qui l’annoncent sont plus obscurs; i! se manifeste seulement dans la région du foie une douleur sourde qui augmente dans les efforts de la respiration ; plus tard, surviennent quelques frissons, une fièvre lente et un malaise générai. Nous avons déjà dit comment se terminent les abcès du foie.
On doit débuter dans le traitement de l’hépatile aiguë par la saignée, par des applications de sangsues sur le côté droit , par des fomentations et des cataplasmes émollients ; la diète sera sévère; on fera usage de boissons rafraîchissantes et légèrement laxatives ; la constipation sera combattue par des lavements.
Les saignéeseî le traitement anliphlogistiquesont moins indiqués dans l’hépatite chronique , surtout chez les malades des pays chauds ; on devra alors appliquer un vésicatoire ou un cautère sur la région du foie ; les légers purgatifs et surtout le calomel si usité dans l’Inde contre cette affection ont de bons effets constatés par l’expérience ; on. a conseillé aussi avec avantage les bains de mer et les eaux minérales de Vichy ; on a vu ces eaux rappeler l’appétit et rétablir l’embonpoint; mais comme la maladie peu durer long-temps , il est surtout essentiel de recourir à des soins hygiéniques bien ordonnés; les végétaux devront faire la base de l’alimentation , le vin pur, le café et les liqueurs doivent être bannis de la table ; un exercice modéré est un bon auxliaire; enfin les malades devront chercher à se distraire et tâcher de dissiper cette noire mélancolie qui empoisonne ordinairement l’existence des personnes affectées de cette triste maladie.
J. -P. ÎÎEAÜDE
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folie, s. f. (méd.), terme générique consacré par le langage ordinaire pour exprimer le caractère commun des diverses espèces de maladies men- (ales.
Qu’est-ce que la folie? qu’est-ce que la raison? questions immenses , et par le monde d’idées qu’elles soulèvent, el par les infructueux essais de solution qu’ont tentés la philosophie et la médecine. Ainsi, yoyez les philosophes cherchant à définir la raison, alors môme qu’ils n’accommodent point leurs définitions à leurs systèmes; voyezles nous représenter une raison pure, parfaite, un être imaginaire enfin, et cela, parce qu’ils font abstraction de l’influence de la volonté, des sentiments et des penchants qui rendent cette raison souvent vacillante, toujours incomplète. Au contraire, lorsque les médecins ont voulu définir et peindre la folie, ou ils nous ont donné la contreépreuve des systèmes philosophiques , ou bien ils ont puisé leurs couleurs dans le summum d’intensité de la folie, dans ses formes les plus éloignées de !a raison. Cependant, avant d’étudier les causes qui déterminent l’aliénation mentale, et de signaler les divers caractères de ses phases multiples, ne valait-il pas mieux tracer le tableau des analogies et des différences que présentent la raison et la folie dans quelques-uns de leurs degrés ? que si nous revenons aux philosophes, à ceux-là qui ont mérité le titre de précepteurs du genre humain , soit qu’ils se nomment Platon ou Sénèque, Montaigne ou Rousseau, nul ne conçoit uniformément l'être raisonnable. Pourtant, de même que dans la pathologie ordinaire, on part de l’intégrité des fonctions pour s’élever à la connaissance des troubles morbides, de même dans le diagnostic de la folie . on a besoin d’un terme de comparaison représenté par l’état normal de l’esprit. Eh bien! ce type normal , qui sert à constater les, déviations, les perversions des plus nobles attributs de l’espèce humaine, ce type n’est qu’une abstraction ideale sur laquelle on ne s’entend point. Delà précisément l’extrême difficulté de donner de la folie une définition claire, précise, complète. Examinez, en effet, toutes les définitions formulées, et vous verrez qu’elles ne sont pas applicables à chaque genre de folie, ou qu’elles rangent dans la catégorie des fous, un grand nombre d’individus bizarres et passionnés , mais qui ne sont pas réellement atteints d’aliénation mentale.
Après avoir signalé ces écueils , on ne sera pas surpris, en nous entendant déclarer qu’il n’existe de la folie aucune définition satisfaisante. Pour en donner l’idée la plus générale et la moins erronnée, nous dirons que les phénomènes essentiels de la folie s’observent dans les principales fonctions du système nerveux, l’intelligence, la sensibilité et les mouvements volontaires, et que celte maladie est surtout caractérisée par le désordre prolongé et sans fièvre des facultés morales et intellectuelles. C'est en raison même de sa durée et de l’absence de fièvre, que ce trouble de l’entendement se distingue du délire aigu qui accompagne quelquefois les inflammations, les fièvres, l’empoisonnement par les narcotiques et l’ivresse par les spiritueux. A ces deux caractères différentiels , ajoutons l’intégrité
presque toujours complète des fonctions organiques dans la folie , el leur altération profonde et durable dans le délire aigu qui leur est lié comme la cause à l’effet. D'ailleur.;, le délire aigu et le délire chronique, appelé folie, ont entre eux la plus grande ressemblance, ils nous frappent l’un et l’autre par les apparences d’une profonde déraison. Hâtons-nous cependant de proclamer que quiconque irait à la recherche des aliénés avec la préoccupation exclusive du trouble des idées que présentent la frénésie, le délire aigu ou l’ivresse, risquerait fort d’être trompé dans ses jugements, et de délivrer de faux certificats de raison. Tout au plus, si l’on reconnaîtrait les maniaques et les idiots; presque tous les mélancoliques échapperaient au type guide de l’observateur, et mettraient son discernement en défaut. En effet, dans le délire aigu, le désordredes fonctions de l’entendement est presque toujours général, et réunit, à l’égard des opérations intellectuelles, la plupart des caractères de cette espèce de maladie mentale, connue sous le nom de démence, tandis que, dans la folie, l’égarement des facultés morales et intellectuelles peut se concentrer sur un petit nombre d’objets.
La différence du délire aigu et de la folie est trèsimportante sous le rapport médical, et intéresse vivement les familles, puisque le délire aigu ne provoque sur elles qu’une attention bienveillante, tandis que de l’existence de la folie elles reçoivent dans l’opinion publique un contre-coup qui blesse profondément d’honorables susceptibilités et de précieuxinlérêts. Aussi, jugeant utile d’insister sur les signes distinctifs de ces deux états, nous dirons que la cause matérielle du délire aigu est presque constamment présente et saisissable, et qu’au contraire la cause du délire chronique tombe difficilement sous les sens, qu’elle peut être très-éloignée et prend presque toujours sa source dans le moral de l’homme. Nous dirons que, dans la folie, l’esprit et les organes qui président à sa manifestation paraissent seuls malades , et que le reste de l’organisme semble jouir de la plénitude de ses fonctions, tandis que le délire aigu n’est jamais primitif, et a toujours été précédé par le développement d’autres symptômes , surtout par la fièvre , avec laquelle il se trouve dans un juste r apport de diminution ou d’intensité.
Cependant la folie, et notamment l’espèce appelée manie, n’est pas exempte de mouvements fébriles accidentels qui pourraient, si l’on négligeait les antécédents , faire croire à l’existence du délire aigu, et de même, celui-ci se développe quelquefois sans fièvre, particulièrement dans les névralgies, l’ivresse et l’empoisonnement par les narcotiques. Enfin la folie, à son début, est souvent accompagnée d’un trouble fébrile et d'un désordre plus ou moins sensible de toutes les fonctions organiques.
De ces observations, qui infirment la valeur absolue des caractères distinctifs de la folie et du délire aigu, nous concluons qn’il convient de suspendre son jugement touchant la nature des égarements récents de l’intelligence, surtout si la cause déterminante est obscure ; mais , si le désordre intellectuel et moral survit au mouvement
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fébrile et au trouble des fonctions assimilatrices, alors le doute doit cesser, l’aliénation mentale est déclarée.
Le diagnostic de la folie ne présenterait pas en général de trop grandes difficultés, s’il suffisait de distinguer le délire aigu du délire chronique ; mais il faut, avant tout, constater l’existence du délire, et c’est là, dans une foule de cas, une question à résoudre aussi importante qu’ardue. Dans le monde, on se fait souvent des idées peu exactes des aliénés; on se figure que chez eux les propos, les gestes, le maintien, tout doit trahir le désordre de leurs facultés mentales, tandis qu’un grand nombre d’entre eux sont capables de se produire pendant long-temps avec les apparences de la raison. Il est nécessaire d’avoir reçu l’éveil par quelque trait insolite, d’épier adroitement et à leur insu, leurs démarches , leur physionomie et leurs gestes, non moins que de peser leurs discours spontanés ou provoqués, pour se convaincre que des signes de folie s’associent chez eux à une foule d’actions régulières. Que de fois des familles sont surprises et affligées d’avoir pris pour des bizarreries, des singularités de caractère, des états psychologiques qu’elles ont reconnues plus tard appartenir à la folie. Ces méprises seraient fort rares si l’aléniation d’esprit ne comprenait que la manie, la démence et l’idiotisme. La violence et le désordre des actions chez les uns , l’incohérence et la stupidité des propos chez les autres, dissiperaient bientôt l’incertitude touchant l’existence d’une maladie de l’entendement. C’est la mélancolie ou la inonomanie , comme l’a appelée notre illustre maître M. Esquirol, qui échappe souvent à l’attention vulgaire, et qui n’est bien saisie que par l’observateur réfléchi ou par le praticien expérimenté. Il est même certains cas de délire partiel où l’expérience a besoin d’une série prolongée d’observations, afin d’en constater l'existence. Cette difficulté a été signalée par tous les médecins qui se sont occupés avec distinction des maladies mentales, et, pour notre compte, nous avons consigné dans notre ouvrage sur l’hypocondrie et le suicide, et dans notre mémoire sur le projet deloi relative aux aliénés, des observations de délire chronique trèsdifficiles à reconnaître. Un nouvel exemple d’une date récente mérite d’être rapporté ici.
Une jeune dame française qui , depuis plusieurs années, résidait à Londres , où elle était heureuse par l’affection de son mari, par la situation prospère de ses enfants, par la progression constante de sa fortune, devint triste, rêveuse, et successivement fut atteinte d’aliénation mentale. On la fit partir pour Paris , et c’est là que , pendant trois mois , nous fûmes appelés auprès d’elle pour lui donner des soins. Les renseignements précis fournis par toutes les personnes qui l’entouraient ne pouvaient pas laisser de doute sur son état, mais nous tenions à une conviction basée sur des faits observés par nous-mêmes , et rien dans ses actes , dans ses paroles, rien ne déterminait notre conviction, tant cette dame exerçait d’empire sur sa volonté. Pourtant , elle suivait scrupuleusement nos prescriptions.
Un jour, après trois mois d’observations infruc-
tueuses, elle se leva brusquement de son siège, et, fondant en larmes, elle nous révéla que sa raison était égarée , et nous fit la confidence de tout ce qu elle éprouvait. D'abord, une jalousie violente contre toutes les femmes, jalousie sans motif, car elle voyait indistinctement des rivales, même chez celles qui n’avaient jamais parlé à son mari. Ensuite, elle nous peignit avec douleur sa conviction à l’égard du mal qu’on cherchait à lui faire , ainsi qu’à toute safamille. Dans le monde , elle interprétait comme une hostilité le silence et la conversation, puis elle termina ses aveux en nous représentant les journaux anglais , surtout ceux du dimanche , comme ses implacables adversaires ; elle ne pouvait y lire le nom de lady sans s’y reconnaître , et elle prétendait que ces journaux montraient son mari comme revêtu d’une peau d’agneau, emblème d’une feinte douceur, sous laquelle se cachaient des sentiments pervers. Enfin, Madame... ajouta des détails surdes hallucinations de l’ouïe qu’elle avait ressenties dans le cours de sa maladie , hallucinations qui avaient cessé, et auxquelles elle assignait pour cause le désordre de son esprit. Depuis lors, son mari ayant craint pour un de ses enfants, qui était auprès d’elle, le lui a fait enlever , et, malgré les précautions que l’on a prises, celte privation a déterminé chez cette dame une grande confusion d’idées et de paroles, des illusions portées au point de croire reconnaître son enfant dans tous ceux qu’elle rencontrait, de voir dans les ouvriers d’une maison voisine des amis de son mari, enfin, des hallucinations de l’ouïe extrêmement variées. En même temps, Madame... se croyait femme de don Carlos et reine d’Espagne. Au milieu de tout ce désordre, Madame. . . a eu souvent la conscience de son état; elle nous a demandé elle-même à venir dans l'établissement que nous avons fondé à Vanves , en 1822, conjointement avec le docteur Voisin, et , après un mois de séjour, sasiluation mentale s’y est sensiblement améliorée.
De toutes ces observations , il résulte que le diagnostic de la folie présente souvent de grandes difficultés et rentre autant dans le domaine de la psychologie que dans celui de médecine. Toutefois, c'est toujours à la médecine, et plus particulièrement à la médecine des aliénés qu’appartiennent l’appréciation des caractères , la recherche des causes et le traitement des maladies mentales.
Mais, dès qu’il s’agit de constater l’existence de la folie, la philosophie générale marche à côté de la médecine, et, sur ce terrain, nous pouvons nous avancer du même pas avec le lecteur étranger aux études médicales. Nous avons dit en commençant que la raison, véritable antipode de la folie, était aussi mal définie que la folie elle-même. Les hommes qui ont donné ces définitions n’ont pas assez tenu compte des individualités ; ils ont choisi des caractères trop bornés et trop absolus; ils ont exagéré leur type afin de le rendre plus saillant. Suivant la manière dont celui-ci définit la raison, la plus grande partie du genre humain serait atteinte d’aliénation mentale. Au contraire, avec la définition que celui-là présente de la folie, beaucoup d’aliénés seraient exclus de leur véritable catégorie. Où trouver la vérité entre ces deux extrêmes?
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:ar, dans le sujet épineux qui nous occupe, il nous raulà tout prix des termes de comparaison. Pour liscerner la folie, nous ne la comparerons pas à la aison, être métaphysique et abstrait, mais plutôt à a raison générale, au sens commun, et, comme le lens commun admet beaucoup de degrés, on évile- •a de le confondre dans certains cas avec la folie, rous les hommes ne seront pas soumis à la même nesure; on fera la part des individualités. En effet, le sens commun, interprété parla philosophie, l’exige pas que dans une circonstance donnée tout îomme doive invariablement agir de la même madère; il tient compte des conditions particulières, it il n’exige de chaque intelligence que ce dont ille est capable. Telle réponse qui ne sortirait pas tu sens commun, chez un sujet borné, passerait ustement pour un signe de folie ou de stupidité :hez une personne qu’on saurait être douée d’un «prit supérieur. Les phénomènes intellectuels, mvisagés de cette manière, ont une valeur moins ibsolue que relative. En veut-on une preuve plus onvaincante encore? Qu’un berger du fond de 10s provinces raconte , avec la plus entière convicion , les soties croyances dont on l’a bercé touhant les sortilèges, les maléfices, etc., l’homme éfléchi déplorera de tels égarements , fruits d’une ducation vicieuse, mais il se gardera d’en inférer [ue ce berger est aliéné. Au contraire, qu’un memire de l’Académie des Sciences paraisse ajouter oi à de pareilles superstitions , notre observateur mrait peine à ne pas croire qu’il y a quelque déangemenl dans le cerveau du savant académiden.
La même règle doit présider à l’appréciation des entimentset des penchants.
Ainsi, pour discerner les signes de la folie dans 'immense variété des phénomènes de l’intelligence ;t du moral de l'homme , il est nécessaire que l’obervateur philosophe pénètre et apprécie les diverles situations individuelles. Les principes absolus lui n’en tiendraient pas compte, conduiraient inévitablement à des jugements erronnés sur l’état saîitaire de l’entendement. Du reste , il ne suffit pas l’avoir beaucoup lu, il faut avoir long-temps observé et bien connaître les causes d’erreur de nos ugements, pour savoir démêler dans les actions lumaines ce qui est sage de ce qui est seulement déraisonnable ou bien extravagant, insensé, délirant, il .est surtout une secrète prévention qui nous influence sans cesse, c’est de nous prendre nousmêmes, ou quelques principes abstraits de notre choix, pour terme invariable de comparaison. Parlant de là, tout ce qui ne s’accorde pas avec notre manière de penser ou de sentir passe facilement à nos yeux pour delà déraison ou de la folie. Mais l’homme réfléchi, qui a fait marcher de front l’étude de l’humanité et l’observation de soi-même, sait se tenir en garde contre cette disposition d’esprit dont il a reconnu les trompeuses suggestions. Qui ne se rappelle avoir rencontré dans le monde des hommes pblegmaliques , inquiets et absolus dans leurs jugements, qui, étrangers toute leur vie aux mouvements expansifs de l’âme, trouvent déraisonnables ou insensées toutes.choses empreintes d’un caractère de vivacité et de passion ? c’est
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qu’au lieu d'avoir observé le monde tel qu’il est , avec ses nuances de raison et de folie, il leur semble que tout ce qui est en dehors de leurs propres penchants, n’entre pas dans l’ordre régulier de la nature; pour la trouver raisonnable, il ne faudrait rien moins qu’imposer à l’humanité leur constitution physique et morale. Le sage connaît ces causes d’erreur, et il sait les éviter; quand il juge les manifestations morales , dans le but de connaître si l’entendement est malade ou sain, il fait la part des âges, des sexes, du tempérament, du genre d’éducation et de toutes les causes capables de modifier ses pensées et ses sentiments d’une manière durable ou transitoire. Sa règle est toujours le sens commun avec ses irrégularités , dont la valeur est déterminée par l’expérience, mais le sens commun ou le mode général de sentir et de juger n’est pas absolument le même dansYenfance, l’âge mûr et la vieillesse, chez le sujet lymphatique , sanguin ou nerveux, chez l’homme et chez la femme, chez l’ignorant et l’esprit éclairé, etc. Il subit au contraire de puissantes modifications qui donnent à l’état normal de l’entendement humain des nuances prodigieuses.
Quoiqu’il en soit, après le médecin qui s’est voué à la spécialité des maladies mentales, le plus apîe à apprécier les premiers signes de la folie, est celui qui a fait l’élude la plus longue et la plus fructueuse de l’esprit et du cœur; c’est pourquoi la psychologie et la morale 11e sont pas alors d’un moindre secours que l’anatomie et la physiologie. Plus on a de données sur l’exercice normal des facultés et des penchants départis à l’espèce humaine, plus on est habile à en saisir les déviations, les perversions et tous les genres de désordre. Il est surtout une classe d’actes moraux qui mettent souvent le discernement en défaut dans le diagnostic de la folie , ce sont les passions, véritables intermédiaires de la raison et de la folie. Il est certain que le dernier terme d’une passion et le premier degré d’une monomanie qu’elle a directement engendrée, ne sont pas faciles à distinguer. En effet , la passion et le délire partiel présentent une foule d’analogies et un très-petit nombre de caractères différentiels.
Pour constater les analogies, il n’y a qu’à recueillir les souvenirs de divers états psychologiques dans lesquels on s’est trouvé soi-même, ou de semblables états observés chez d’autres personnes qui n’ont pas d’ailleurs cessé de jouir de leurs facultés intellectuelles. N’arrive-t-il pas fréquemment que, sous une influence quelconque, on devient plus sensible, plus irritable, plus accessible aux illusions si fécondes en erreurs de jugement?
N’est-il pas vrai qu’on éprouve parfois des goûts bizarres et exclusifs , des passions qui par leur énergie et l’empire qu’elles exercent sur nos acles, contrastent étrangement avec notre manière d’être ordinaire et avec la raison commune ?
N’est-il pas vrai que dans quelques circonstances nous sommes concentrés , absorbés , au point d’être insensibles aux impressions exlérieures et de ne pouvoir pas à notre gré donner notre attention aux choses mêmes qui devraient ïe plus nous intéresser ?
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N’est-il pas vrai , enfin , que souvent les sentiments et les idées se croisent, se heurtent dans notre esprit , se succèdent avec trop de rapidité ou trop de lenteur, s’associent d'une manière vicieuse, et que delà dérivent une confusion , une incohérence plus ou moins grande dans les paroles, et des déterminations que réprouve l’assentiment général , et que nous réprouvons nous-mêmes immédiatement après les avoir prises. Qui n’a pas é;é à même de constater dans son for intérieur, le bizarre assemblage de sentiments divers qui tiennent l’être comme en suspens , et donnent lieu à des séries d’idées qui n’ont, comme les sentiments, d’autre rapport entre elles, que celle d’une existence contemporaine, et sur l’une desquelles l’attention est impuissante à se fixer?
En outre, avec l’étal de raison puissante, peut exister le phénomème psychologique le plus extraordinaire que présente la folie, celui qui la caractérise de la manière la plus positive, les hallucinations, c’est-à-dire des perceptions qui ne sont pas le résultat de l’action des sens et qui surgissent en l’absence des objets extérieurs propres à les provoquer. Il arrive, en effet, que des' hommes sains d’esprit , dans le silence du cabinet ou dans une retraite profonde et même pendant une conversation, croient entendre certaines paroles qui entraînent des réponses et des actes , comme si elles avaient été réellement proférées par un interlocuteur. Dans cette circonstance, les idées, les sentiments se transforment, se convertissent en images sensibles dont on n’a aucun moyen d’apprécier le manque d’objet dans le monde extérieur, tout absorbé que l’on est par ces images , productions spontanées de noire intelligence. Ce qu’il y a de plus étonnant encore que l’apparition des hallucinations chez un homme sain d’esprit, c’est la persistance, la durée prolongée de ce phénomène et son alliance avec une raison ferme et heureusement appliquée aux sujets les plus élevés. Cependant rien n’est mieux prouvé , l’histoire des hommes célèbres en fournit de nombreux exemples, parmi lesq els il suffit sans doute de citer Socrate dans l’antiquité, et Pascal dans les temps modernes.
Eh , bien 1 maintenant je. le demande , celte description abrégée dè certains états psychologiques connus de tous les hommes et qui s’allient avec l’intégrité des facultés intellectuelles , n’offre-t-elle pas les caractères d’analogie les plus frappants avec certains degrés des maladies mentale.
L’analogie de ces états psychologiques avec la folie , ne se borne pas au trouble de l’intelligence et du moral; on trouve dans les passions le iype des deux formes principales que présente l’aliénation mentale. Comparez, en effet, l’homme livré à tous les ravissements des passions gaies à tous ces rêves de bonheur qui fout les délices du présent et enchantent l’avenir ; comparez cet homme avec l’aliéné qui dans son ambition de prince , de roi, etc., n’est arrêté par aucun obstacle, auquel tout sourit , qui est dans l’extase en songeant aux biens qu’il possède , à la puissance qu’il peut faire éclater selon son plaisir ou son caprice; compa-
rez aussi les signes de la colère , de la peur et du désespoir ; en un mot , des passions tristes et violentes, avec les signes de la manie furieuse, ou avec ] j ceux de la folie que caractérisent surtout la tristesse, j i la crainte et la défiance, et vous trouverez entre ! i ces deux états une telle ressemblance sous le rapport du désordre des idées et des sentiments, qu’il y a parfois identité dans les déterminations et dans les actes. Tout s’y trouve jusqu’au sentiment de malaise à la fois physique et moral qui contribue puissamment à déterminer des scènes de violence aussi nuisibles pour la société que pour leurs auteurs.
L’analogie enfin existe à l’origine de ces deux i états , comme dans leur période d’intensité et dans tj leurs résultats ; dans l’un et l’autre cas, le trouble commence par le côté affectif de notre nature, par notre moral ; c’est là le caractère primitivement essentiel de la folie; le trouble de la raison lui est consécutif et même subordonné. Fait psychologique morbide fort important que doivent toujours avoir j en vue l’instituteur de la jeunesse, et le médecin voué à la spécialité des maladies mentales. L’instituteur, pour que la raison se maintienne régulière , doit surtout veiller au maintien de l’équilibre des facultés morales ; il doit s’attacher à faire prédo- | miner les sentiments élevés et généreux sur les : sentiments inférieurs et égoïstes. Il doit , autant pour l’intégrité de la raison que pour le bonheur de l’homme , donner ses soins premiers à l’éducation, c’est-à-dire à la direction des sentiments et des penchants ; l’instruction ou le développement des facultés intellectuelles , ne doit occuper que le second rang.
De même , le médecin , dans le traitement des aliénés doit trouver d’heureuses inspirations, plutôt dans l’examen de la perversion des facultés affectives que dans la connaissance du trouble des facultés intellectuelles.
La nature de cet article nous dispense de pousser plus loin la nomenclature des analogies entre la passion et la folie qu’il suffit d’avoir évoquées , pour que chaque lecteur puisse poursuivre ce rap- S prochement si rempli d’intérêt et si important à [ approfondir.
Il nous reste maintenant à rechercher les limites J qui séparent la passion de la folie. Ces limites sont | flottantes dans ces dispositions psychologiques qui ne sont ni la raison, ni la folie, mais qui participent de ces deux états ; bien souvent il suffit d’assombrir les teintes ou d’aviver les couleurs et d’exagérer les traits pour faire du tableau des passions, le tableau de l’aliénation mentale.
Cependant il est très-important de tracer une ligne de démarcation entre ces deux états ; souvent la guérison et quelquefois la Yie des personnes atteintes d’un délire partiel dépendent de la précision de ce diagnostic. Une erreur de ce genre n’a pas seulement l’inconvénient grave de retarder le traitement et d’entraîner ainsi fréquemment l’incurabilité ; elle porte le trouble, sème l’irritation et la haine dans les familles , en faisant attribuer à la perversité du caractère, des paroles et des actes qui, bien interprétés, auraient témoigné du désordre des facultés morales et intellectuelles.
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Par suite de cette erreur, on laisse dans la société des infortunés à la merci du désordre de leurs idées et de leurs sentiments , et l’on déplore la ruine des familles, le suicide, le meurtre et l’application à des aliénés de lois terribles qui ne devraient atteindre que des scélérats.
Malgré l’importance d’un tel diagnostic , nous croyons devoir nous borner ici à l’énoncé de quelques caractères différentiels entre la passion et la folie.
Dans la passion, il y a une cause réelle prise dans le monde extérieur , tandis que dans la folie, cette cause peut bien avoir de la réalité dans le passé ; mais dans le présent elle ne réside plus que dans la spontanéité des perceptions , c’est-à-dire dans une disposition interne du système nerveux et particulièrement du cerveau.
Dans la passion même violente, le désordre du sentiment ne s’étend presque pas à l’intelligence , l’association des idées n’est en général que trop rapide et trop exclusive ; dans la folie, au contraire, ie désordre des pensées et des paroles existe conjointement avec le délire de la passion , souvent d’une manière prédominante, et à la rapidité de l’association des idées a succédé leur incohérence plus ou moins manifeste, plus ou moins générale.
Dans la passion , les actes sont mal interprétés ; on attribue à leurs auteurs des intentions qui n’on't pas de réalité ; dans la folie, au contraire, on voit les personnes et les choses autres qu’elles ne sont; on croit voir alors qu’elles ne sont pas dans la sphère des sensations. Il en est d’ailleurs des illusions de l’esprit comme des illusions des sens. Il n’y a pas folie si la raison rectifie les erreurs intellectuelles et sensoriales. Mais si les conceptions les plus extravagantes , si les perceptions les plus fantastiques sont regardées comme des réalités , on n’est pas alors seulement dans le faux, on est dans l’impossible, et l’aliénation mentale est déclarée.
Enfin , dans la passion , le trouble de l’esprit, éphémère , limité à un objet , a lieu avec conscience ; tandis que dans la folie , le désordre est persistant, plus ou moins général, et par cela même inaperçu par la conscience. Cette pluralité de délires, dans les aliénations même les plus bornées et qualifiées de monomanie, nous paraît le signe le , plus caractéristique de la folie et d’une haute im- I portance à constater pour le traitement des aliénés et la jurisprudence médicale.
Après avoir signalé , autant qu’il était en notre pouvoir et que le permettaient les limites de cet article, les analogies etles différences qu’offrent la passion et la folie dans certains de leurs degrés , prenons un exemple , l’ambition d’une renommée littéraire : un jeune présomptueux s’imagine qu’il atteindra la célébrité de Voltaire, et il se livre à l’étude avec ardeur. Il n’y a jusque-là que de la présomption. Bientôt il se met à composer, ses œuvres l’enivrènt de satisfaction ; il ne doute plus que son ambition ne soit enfin satisfaite ; il entretient ses intimes de la gloire qui l’attend... Un pareil langage ne manquera pas de provoquer la surprise et même de faire craindre quelque trouble dans la raison ; toutefois il n’annonce pas l’im-
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possible, et quoique la folie soit imminente, elle n’est pas encore confirmée. Mais notre métromane ne s’arrête pas en si beau chemin, la célébrité qui l’attendait lui est maintenant acquise, écoutez les égarements de son ambition satisfaite : les libraires se disputent ses ouvrages ; la presse l’élève aux nues , l’univers est rempli de son nom... , et il n'a rien publié encore. Voilà l’impossible , voilà le délire, et la folie est d’autant plus apparente que selon mon observation constante, ce délire dominant n’existe jamais borné à une seule série d’idées; il est multiple , et c’est là peut-être l’unique caractère qui mette une ligne de démarcation positive entre le dernier degré de la passion, et le début de l’aliénation mentale. Quoi qu’il en soit, on peut prendre dans ce fait rapide une idée assez exacte des délires bornés empreints du caractère plus ou moins exagéré des passions , et qui sont le plus puissant écueil dans le diagnostic de l’aliénation mentale. En effet, si sous ce terme générique on ne comprenait que la manie , la démence et l’idiotisme qu’il est en général si facile de reconnaître , nous regarderions comme superflue une partie des considérations que nous venons de présenter sur les difficultés à établir l’existence de la folie.
Mais comme la mélancolie , la monomanie, ou pour mieux dire , les délires partiels sont compris dans le mot aliénation mentale , nous sentons le besoin de présenter sur ce sujet épineux de nouvelles réflexions.
Indépendamment du sens commun ou de la rai* son générale qui sert à comparer les individus à l’humanité collective , il est pour le diagnostic général delà folie, un autre principe fort essentiel et que nous n’avons pas encore indiqué ; c’e3t celui qui consiste à comparer l’individu avec luimême aux diverses époques de son existence.
Si l’espèce humaine , envisagée collectivement, offre un ensemble incohérent et bizarre de sagesse, de déraison et de folio, il est naturel d’attendre d’un seul individu plus de suite dans ses discours et dans ses actes , plus d’uniformité dans sa conduite : cela est tellement vrai que si l’on voyait un homme habituellement grave , revêtir tout à coup et avec persévérance la frivolité d’un adolescent étourdi, on ne manquerait pas de concevoir des craintes d’aliénation, qu’on n’a nullement pour le jeune homme dont la conduite répond à l’âge , au tempérament ou à l’éducation personnelle. Qu’un homme habituellement prodigue se livre à tous les actes qui peuvent compromettre sa fortune et celle de sa famille , personne certainement ne voit dans sa conduite aucun signe d’aliénation mentale; mais qu’un homme strict dans ses dépenses , et poussant l’économie jusqu’à l’avarice , change tout à coup sa manière de vivre et se jette dans des prodigalités ruineuses, ses parents peuvent bien l’accuser de caprice , de bizarrerie , etc. ; mais l’observateur pénètre plus avant dans cette métamorphose , il y distingue le début de la folie.
Il en est de même pour l’homme de mœurs pures comparé à un libertin d’habitude ; s’il se livre soudain à tous les excès de la débauche , les