CHAPITRE VIII. — DE LA PATHOLOGIE
Si la physiologie est la science de l’homme sain, la connaissance des phénomènes de la vie à l’état normal, la pathologie est la science de l’homme malade, la connaissance des phénomènes qui caractérisent cet état de trouble ou d’anomalie dans le jeu des fonctions que l’on appelle maladie. Ce nom de pathologie (pathos, souffrance, logos, discours), indique suffisamment l’objet dont traite la science ainsi nommée.
Dans Tes premiers âges on a commencé, comme le veut la force des choses, par étudier les maladies séparément, une à une , chez les divers individus qui les présentaient; puis, par cette tendance à la généralisation qui est un des caractères de l’esprit humain , on a réuni , par la pensée, ce que ces affections, si diverses cependant dans leurs manifestations, pouvaient avoir de commun ; et une science particulière, lapathologie générale, a été créée.
La pathologie spéciale étudie au contraire les maladies une à une, et sa tendance est surtout de les isoler les unes des autres, de les différencier , en un mot, de celles qui pourraient leur ressembler, afin d’éviter toute confusion dans leur examen et dans leur traitement. Biefi que la pathologie générale soit le résultat de connaissances approfondies en pathologie spéciale, son étude doit cependant précéder celle-ci : l’élève profitant ici de l’expérience du maître, commence par apprendre les faits de haute généralisation auxquels ce dernier n’est arrivé qu’à la fin de ses études sur l’homme malade, et il se trouve initié tout d’un coup à la langue qu’il doit parler et à la connaissance générale des faits particuliers qu’il doit approfondir à son tour.
Cette marche est celle toute naturelle. Un édifice a été construit pierre par pierre; chaque colonne, chaque fenêtre a été placée l’une après l’autre : et cependant celui qui vient l’étudier ne l’examine pas tout d’abord dans l’ordre suivant lequel il a été construit ; on examinera d’abord l’ensemble du monument, et ce n’est qu’après en avoir pris un idée générale, avoir calculé ses dimensions, apprécié sa forme, l’aspect de ses différents côtés , que l’on descendra dans les détails les plus intimes de la construction et que l’on remontera aux éléments. Dans l’enseignement il est indispensable de procéder ainsi par synthèse, c’est-à-dire, de descendre de ce qui est général à ce qui l’est moins ; on évite par là des répétitions et des redites incessantes.