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nouvelles de sa santé, il a coutume de répondre : vous demandez comment va le père Lambert, mais le père Lambert n’y est plus , il a été emporté d’un boulet de canon à la bataille d’Auslerli!z. Ce que vous voyez là n’est pas lui, c’est une machine qu’ils ont faite à sa ressemblance et qui est bien mal faite; faites-en donc une autre. Jamais, en parlant de luimême, il ne disait moi, mais cela. Cet homme est plusieurs fois tombé dans un état complet d’immooililé et d'insensibilité qui durait plusieurs jours...; j’ai souvent exploré la sensibilité de la peau, je lui ai pincé le bras, les jambes, sans qu’il manifestât la moindre douleur. Pour être plus certain qu’il ne dissimulait pas, je l’ai fait piquer vivement par derrière tandis que je lui parlais, il ne s’en est pas aperçu. »
Cet homme nous offre l’exemple d’une hallucination du toucher, produite par une lésion de la sensibilité générale; du reste, une hallucination d’un sens sans aucune altération organique peut coïncider avec une hallucination d’un autre sens, déterminée par une maladie spéciale de l’instrument sensitif; c’est surtout dans cette altération simultanée de l’intelligence et des organes sensoriaux qu’il est difficile au médecin de déterminer d’une manière pr ’cise le point de départ de la maladie , et cette difficulté sera bien plus grande encore si à ces hallucinations se mêlent, comme il arrrive si souvent, des illusions d’un ou de plusieurs sens.
Quant aux visions, aux cauchemars, aux incubes, aux succubes, etc., ce sont des aberrations qui rentrent dans le domaine de l’hallucination proprement dite, et nous en parlerons après avoir donné quelques détails sur les principales hallucinations en particulier.
hallucination de l’ouïe. D'après tous les observateurs qui se sont livrés à l’étude des maladies mentales, les hallucinations de l’ouïe sont de toutes les plus fréquentes. Tantôt, et c'estla forme la plus simple, elles se manifestent seulement par des bourdonnements et des tintements d’oreilles qui passent d’abord inaperçus, mais qui bientôt deviennent insupportables ; tantôt c’est la continuation d’un bruit qu’on a entendu long temps auparavant, le son des instruments, le bruit des cloches ou du tambour, le roulement d’une voiture dans laquelle on a voyagé ; tantôt ce sont des cris insultants qui poursuivent partout l’individu per fiant la veille et le sommeil ; tantôt il converse attentivement, discute avec chaleur, ou plaisante avec une voix qu’il entend et qui lui répond. Ce qu’il y a déplus frappant dans ces phénomènes, c’est que les gens les plus habiles, les plus éclairés, les plus versés même dans les sciences physiologiques, ne peuvent être convaincus que ce qu’ils croient entendre est le fruit de leur imagination malade. « Un ecclésiastique confié à mes soins, dit M. Foville , a des hallucinations de l’ouïe; il entend sans cesse des voix qui le menacent de le chasser de la maison, de le mettre à la porte. Cet homme a reçu une éducation soignée; il a cultivé les sciences naturelles. Je cherche, en lui rappelant ce qu’il a pu lire sur les erreurs de nos sensations, à lui inspirer des doutes sur la réalité des injures, des menaces qu’il croit entendre ; à tout ce que je lui adresse dans ce j
but, il répond : Hé ! monsieur, je dois donc douter que je vous vois, que je vous entends.» Les sourds sont sujets comme les autres aux hallucinations de l’ouïe, et le docteur Calmeil a conservé un volumineux recueil de poésies latines et françaises, de discours, de lettres , de sermons en plusieurs langues composés par un ecclésiastique depuis longtemps privé de l’ouïe, et qui se figurait écrire sous la dictée de l’archange saint Michel, affirmant qu’il était incapable de produire lui-même autant et d’aussi belles choses. Le même auteur rapporte aussi qu’un médecin habitué à faire la conversation avec des êtres invisibles devint sujet à des accès de surdité pendant lesquels il continuait à interroger, à répondre, à rire aux éclats des choses plaisantes qui frappaient son oreille.
On trouve parmi les hallucinés beaucoup d’individus qui affirment ne connaître certaines choses que depuis qu’ elles leur ont été révélées par les voix qu’ils entendent; ainsi Le Tasse, qui fut si longtemps tourmenté par desbruits de cloches, d’horloges, etc., qui le remplissaient d’effroi, avait, comme Socrate, des entretiens avec un génie familier, disait-il, sur des choses qu’il n’avait jamais ni lues ni entendues, et qu’il pensait n’êlre connues de personne. J.-B. Manso, son contemporain et son ami, qui a écrit sa vie, dit que voulant lui donner des preuves positives, le poète l’engagea à assister à la prochaine entrevue qu’il aurait avec son génie. « J'acceptai l’offre, dit Manso, et le lendemain étant tous deux assis devant le feu, il tourna ses regards vers une, fenêtre où i! les fixa avec tant d’attention qu’il cessa de répondre à ce que je lui disais , il est même probable qu’il ne m’entendait plus... Pendant que je portais mes regards de tous les côtés , et que je ne découvrais rien d’extraordinaire , je m’aperçus que Le Tasse était occupé à la conversation la plus sérieuse et la plus relevée ; car quoique je ne visse et n’entendisse que lui, la suite de son discours était distribuée comme elle doit l’être entre deux personne qui s’entretiennent ; il proposait et répondait alternativement. Les matières dont il parlait étaient si relevées, le style en était si sublime et si extraordinaire, que la surprise m’avait en quelque sorte mis hors de moi-même ; je n’osais ni l’interroger, ni lui demander où était l’esprit avec lequel il conversait.
« Émerveillé de ce qui se passait sous mes yeux , je restai assez long-temps dans le ravissement, sans doute jusqu’au départ de l’esprit. Le Tasse m’en tira en se tournant de mon côté, en me disant : Êtes-vous enfin dégagé de vos doutes? Bien loin de là, lui dis-je, ils ne sont que plus forts ; j’ai entendu des choses merveilleuses, mais je n’ai rien vu de ce que vous m’aviez annoncé. » [Théorie des songes, par T abbé Richard.)
C’est surtout pendant cet état extatique produit par une forte concentration de la pensée vers un seul point qu’ont lieu le plus souventles hallucinations; ainsi sainte Thérèse étant en extase entend distinctement ces paroles de Dieu : je ne veux plus que vous conversiez avec les hommes, mais avec les anges. Pierre entend dans le ciel les plus doux concerts, et saint Jean, au milieu des innombrables visions de l’Apocalypse, entend des voix retentissant
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comme les flots et les tonnerres et glorifiant la divinité. Sicut vocern aquarum et tonitruum dicentium : Alléluia I quouiam regnavit dominus Deus noster omnipotens. (Apocal. cap. xix.)
Pour d'autres hallucinés, c’est de leur propre corps que sortent les sons qui les frappent; ainsi une loueuse de chaises de Saint-Roch, qui était persuadée avoir un concile d’évêques dans le ventre , entendait clairement les saints prélats discuter les points en controverse. « Une vieille fille qui a séjourné à Charenton sentait une chienne dans son ventre : cette chienne ayant mis bas, ses petits ne tardèrent pas à unir leurs aboiements à ceux de la mère, et la malade fatiguée par ce vacarme entrait dans des accès de colère affreux contre un prêtre qui était, disait-elle, la cause d’un pareil malheur. Une autre femme entendait chanter un coq dans ses entrailles. » (Calmeil.)
Une malade dont Pinel a conservé l’observation dans sa nosographie donne une idée parfaite de la manière dont certains hallucinés conçoivent leur état. « Le matin à mon réveil, dit celte malade, et le soir avant de m’endormir , les artères de ma tête étant plus vivement agitées, j’entends très-distinctement, vers le derrière ou au sommet de ma tête, une voix (je manque d’autre expression, ou plutôt je sens que celle-là seule est exacte), cette voix donc rend des sons franchement articulés, construit des phrases qui présentent toujours un sens rarement obscur. Levée sur mon séant, cette voix cesse de se faire entendre; cette singularité m’a fait naître une réflexion sur les temps d’en thousiasme et de crédulité, et j’en ai conclu, qu’inspirés, possédés, béats, illuminés, en un mot, que toute la classe à révélation n’avait pu avoir pour tout commerce surnaturel ou céleste, que de semblables conversations avec le cerveau échauffé, électrisé par une force toute corporelle. » illusions de l’ouïe. Après les hallucinations auditives, les illusions de l’ouïe seront faciles à comprendre, puisqu’elles n’en diffèrent qu’en ce qu’elles sont toujours déterminées par un bruit quelconque. Presque tous les maniaques sont tourmentés par ces illusions. L’un prend pour le hurlement des loups le bruit que font dans son corps les gaz intestinaux , l’autre le sifflement de l'air pour des gémissements plaintifs ; c'est à ces illusions qu’il faut rapporter des cris lugubres qui sortent des tombeaux dans les cimetières, ces voix qui retentissent la nuit dans les cavernes, les châteaux abandonnés, ces Cliquetis d’armes qu’on entend sur les anciens champs de bataille, etc., etc.
hallucinations de la vue. Comme nous rapportons aux visions les hallucinations simultanées de l’ouïe et de la vue , nous parlerons seulement dans ce paragraphe des hallucinations visuelles qui ont lieu à l’état de veille et qui ne peuvent s’expliquer par un état extatique provoqué par une tension de l’esprit. Malhey a rapporté dans son livre des Maladies de V esprit, l’histoire d’un jeune homme qui, voyageant à pied pendant les chaleurs de l’été, fut pris tout-à-coup d’un délire violent et s’enfuit à toutes jambes. Pendant sa convalescence il a souvent répété au docteur Mathey, avec le langage
d’une ferme conviction qu’il avait vu un vieillard à barbe blanche et vêtu de drap blanc qui l’appelait à lui et qu’il suivit long temps à travers les bois , s’imaginant que c’était le père éternel.
11 y a quelques années, un aliéné de Bicêtre annonce que Dieu l'appelle à lui, et il montre à ses camarades un char lumineux qui descend dans les nuages et qui va l’emporter au ciel. Il attend que le char soit au niveau de la croisée, s’avance gravement pour s’y asseoir, et se précipite d’un quatrième étage. Un des faits les plus curieux en ce genre est celui que M. Lcuret a cité d’après la chronique des frères mineurs (liv. x chap.36), et qui a trait au frère Jean, simple religieux alors, et depuis ministre général de l’ordre. « Aussitôt que le bénédicité eusl esté dict, il vit ouvrir le ciel, et un ange qui en descendoil portant une plume d’or , une serviette et un couteau : lequel ange estant entré au réfectoire , alla incontinent vers le religieux qui lisoit, auquel il ouvrit la poiclrine de son cousteau, puis l’essuya de sa serviette et escrivit en lettres d’or sur son cœur : Joanncs est nomen eius, c’est-à-dire, Jean est son nom, puis il lit le mesme à tous les religieux. »
illusions de la vue. Il suffit souvent du plus léger étal de faiblesse pour faire naître ces illusions; on aperçoit les meubles tourner, le parquet se balancer et s’incliner entièrement. Un accès de fièvre suffit quelquefois pour vous faire voir tous les objets en rouge. Dans l’hydropln b'e, l’épilepsie et plusieurs autres affections nerveuses, les ma'ades perçoivent les objets sous les couleurs et les formes les plus extraordinaires; une jeune fille hystérique était toujours prise avec ses attaques d’un rire violent en voyant toutes les personnes qui l’entouraient la tête en bas et les pieds en l’air.
C’est surtout lorsqu’une faible lumière éclaire pendant la nuit un appartement, qu’on éprouve, avec des sens intacts, les illusions les plus bizarres, et il suffit alors de regarder fixement le papier qui couvre le mur, ouïes rideaux du lit, ou même de fermer à demi les yeux pour percevoir les tableaux les plus variés de fantasmagorie.