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peut ainsi dire, et qu’on verra chez les individus dont Ions les sens, et en particulier ceux du toucher, sont parfaitement intacts sous le rapport de l'organisation Ainsi, le père Mallebranche sentait un énorme saucisson qui pendait continuellement à son nez; un général croyait tenir un voleur et secouait violemment ses bras comme s’il eût tenu quelqu’un qu’il eût voulu terrasser; Wan Bacrle, croyant son corps changé en beurre, fuyait la chaleur dans la crainte de tomber en liquéfaction, et finit même par se jeter dans un puits pour se conserver plus frais ; Nabuchodonosor se croit transformé en bœuf et va paître dans les prairies au milieu des bêtes.
Les uns se sentent si légers qu’ils craignent de s’envoler, les autres si pesants qu’ils ont peur de voir la terre s’enfoncer sous leurs pas. Celui-ci se sent une tête de coton, celui-là une tête de verre; l’un est transformé en oiseau, l’autre en âne, en chien, en loup, etc., c’est même pour les hallucinés la transformation la plus commune, et l’on sait les épidémies de lycanlhropie qui ont ravagé autrefois le pays de Labour, et les victimes si nombreuses de la zoanlhropia immolées à la crédulité des juges.
illusions du tact. C'est à ce genre qu i! faut rapporter toutes ces aberrations de la sensibilité, qu’on retrouve si souvent chez les maniaques et les extatiques, et dont Carré de Mongeron a consigné tant d’exemples dans son Histoire des Miracles du diacre Paris ( La vérité des miracles opérés par V inter cession de M. Pâris... 1737). « Dans leur état d’exaltation une foule de fanatiques se sont appliqués sur le ventre, sur l’estomac, des coups de pieds, des coups de pavés, des coups de barre de fer, qu’ils savourent avec délices, se plaignant uniquement du petit nombre et de la faiblesse des coups qu’on leur applique. Carré de Mongeron appliqua lui-même, sur la région épigastrique de Jeanne Mouler, soixante coups d’un chenet en fer du poids de près de trente livres. Cette femme trouvant ces coups trop faibles s’en fait administrer tout de suite cent autres par un hommedoué d’une force athlétique; le chenet portait avec tant de violence, qu’il semblait pénétrer jusqu’au dos et devoir écraser tous'les viscères. Cependant Mouler s’écriait : courage, mon frère, redoublez encore si vous pouvez. Dans l’exercice de la planche, les convulsionnaires étant étendues sur le dos, une planche qu’on appliquait sur le corps était aussitôt couverte d’autant d’individus qu’elle en pouvait recevoir. Dans l’exercice du caillou, la convulsionnaire reposant sur le plancher, la figure en l’air, un frère placé à genoux auprès d’elle prenait un caillou du poids de vingt-deux livres, et lui en déchargeait pour le moins cent coups sur le sein... Un grand physicien de l’époque voulant s’assurer par luimême que l’on ne se joue pas de sa bonne foi, épuise ses forces à frapper sur le ventre d’une femme qui rit de ses efforts et n’en relire que du bien. »
Mais, sans avoir recours à ces aberrations de la sensibilité chez les fanatiques, ne sait-on pas l'abus que font encore tous les jours du fouet et des flagellations sanglantes des débauchés chez lesquels la sensibilité ne peut plus être excitée que par ces
moyens? ne se rappelle-t-on pas que ces excès, employés d’abord dans un but de mortification, devenaœnt pour beaucoup de religieux la source des plus cyniques jouissances? [Histoire dqs flagellants, parPabbé Boileau.) Lesdoulcurs oulagêne ressenties dans quelques points à l’intérieur du corps et rapportés par certains malades à des causes plus ou moins extravagantes constituent les illusions ou les hallucinations internes ou viscérales. Ainsi un malade sent ses boyaux liés avec une corde; un autre sent un crapaud qui lui gratte le ventre; un autre croit avoir le soleil dans l’estomac; celui-ci a dans le foie un pavé de vingt livres; celui-là dans la tête une énorme couleuvre; chez les femmes surtout ces illusions viscérales sont encore beaucoup plus fréquentes; Boguel cite une femme qui avait dans l’estomac deux démons sous la forme d’une limace et d’un chat; saint François de Sales parle d’une de ses parentes qui sentait pendant son veuvage un enfant remuer dans son ventre, et qui passa une nuit dans la position d’une femme qui accouche.
Les parties internes de la génération et les organes voisins de ces parties sont, surtout chez la femme, le siège de ces illusions bizarres. Une femme, citée par M. Calmeil, croyait avoir un serpent dans l'utérus, une vieille fille soutenait qu elle avait une araignée dans le fondement, etc., etc.
INCUBES. — SUCCUBES. — CAUCHEMAR. C'est à Ces
hallucinations et à ces illusions de la sensibilité tactile qu’il faut rapporter, ce me semble, ces délires de l’imagination dans lesquels certains individus se croient aux prises avec les incubes ou avec les succubes. Ces mots qui, d'après leur étymologie, veulent dire coucher dessus (in cubarc), coucher dessous (sub cubare), étaient employés surtout au temps des épidémies démoniaques. Si une femme était tourmentée par les attentats d’un démon apparaissant sous une forme quelconque, elle était possédée par Y incube. Si le démon au contraire empruntait la figure d’une femme pour exciter un homme au vice, cet homme était possédé par le succube. S’il y a absence de toute idée ou de toute action démoniaque . et qu’il survienne seulement un sentiment pénible d’engourdissement, de suffocation, de j frayeur et d’anxiété générale avec impossibilité de I se mouvoir et d’articuler des sons, alors il y a seule- I ment cauchemar.
« Partout, dans l’histoire, on trouve des incubes établis, dit M. Leuret ; chez les Juifs, ils s’appellent asmodée, haza, lililh, princes des ténèbres ; chez les Grecs et chezles peuples d'Orient ce sont les sirènes, I les nymphes, les oréades, les dryades, les néréides, I les satyres, les sylvains, les faunes. Lors de la dé- j couverte de l’Amérique, il y avait flans cette nou- I velle partie du monde, un incube très-célèbre et I Irès-redouté, c’était le dieu Cocolo. Pour les c'sré- [ tiens, c’est le diable sous mille formes diverses, qui 1 se plait surtout, au dire de saint Antoine, à tour- | menter les religieux et les vierges consacrés à Dieu f Zacchion ajoute que cet esprit immonde ne tour- ï mente pas moins les femmes difformes et laides ; ce qui se conçoit parfaitement... D’après les historiens de la primitive église, les catéchumènes en étaient | souvent tourmentés, et l’eucharistie les délivrait, jj Saint Augustin en parle plusieurs fois dans son livre 1