‹ Dictionnaire de médecine usuelle (volume 2)Chapitre 272 sur 316 · MAL · texte numérisé non relu

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de la Cité de Dieu ; et Bodin raconte qu’i! y eut à Ruine, en une seule année, qualre-vingt-dcux personnes possédées par l’incube. » On a peine à croire que des esprits comme Lactance, saint Jérôme, Joseph, saint Chrysostôme, Luther, etc., aient sérieusement discuté pour savoir s'il pouvait provenir q uelque chose des incubes, et si une femme possédée par t’incube donnerait naissance A un diable on à un homme.

On peut lire dans Pierre de Lancre ( Inconstance des mauvais anges), et dans Le Loyer (Des spectres on apparitions , visions, etc.), les curieuses histoires des incubes, depuis Romulus et Remus, qui proviennent du commerce du démon Mars avec la sorcière Rhea Sylvia, jusqu’aux pauvres aliénés qui périssaient sur le bûcher, par arrêt des inquisiteurs d Espagne ou des parlements de France, après a voir confessé leur commerce avec le diable. L’his- ! ire suivante, traduite par M. Guizot et consignée dans les fragments psychologiques, donne une idée de l’appareil déployé autrefois contre des aberrations renvoyées aujourd'hui à l’examen des médecins.

« A Nantes était une malheureuse femme que tourmentait un certain démon plein d’effronterie : ce diable lascif lui avait apparu sous la forme d’un démon de la plus belle figure... Quand une fois il eut obtenu son consentement à ses desseins, étendant les bras, il prit les pieds de l’infortunée dans une de ses mains, lui mil l’autre sur la tête et se la fiança, pour ainsi dire, par ces signes d’alliance intime. Elle avait pour mari un brave chevalier qui ignorait complètement cet exécrable commerce; cet impur adultère, toujours invisible, abusait donc d’elle dans le lit même ou couchait son époux, et l’épuisait par un incroyable libertinage. Pendant six ans, celle femme perdue cache son effroyable mal...; la septième année cependant elle court aux pieds des prêtres et confesse sa faute. Sans cesse elle parcourt les lieux sacrés et implore l’appui des saints, mais aucune prière, aucune aumône ne lui procure de soulagement... Enfin, ce crime infâme devient public ; le mari l’apprend, et ne voit plus sans horreur son union avec cette femme. Cependant, l’homme de Dieu (saint Bernard), arrive. Dès que cette malheureuse femme en est instruite, elle court toute tremblante se jeter à ses pieds, lui découvre, au milieu d’un torrent de larmes, son horrible souffrance, les insultes invétérées du démon... Le serviteur de Dieu la console par des paroles pleines de douceur, lui promet le secours du ciel, et comme la nuit approchait alors, il lui ordonne de revenir le lendemain, et de mettre sa confiance dans le Seigneur. Elle vient de nouveau et s’empresse de rapporter à l'homme de Dieu les blasphèmes et les menaces qu’elle avait entendus celte nuit même de son incube. N’ayez, lui dit saint Bernard, aucune inquiétude de ses menaces; mais prenez mon bâton que voie, et meltez-le dans votre lit ; qu’ ensuite le démon entreprenne quelque chose contre vous, s’il le peut. Cette femme fait ce qui lui est ordonné, se couche dans sou lit, après s’être fortifiée par le signe de la croix, et place le bâton auprès d’elle. L’incube arrive bientôt ; mais n’ose tenter sou œuvre accoutumée , ni

même approcher du lit. Le dimanche approchait, le saint abbé veut que tout le peuple soit appelé 4 l’église par une proclamation de l’évêque; ce jourlà donc une multitude innombrable s’étant réunie dans l’ég!ise, saint Bernard, suivi de deux évêques, monte au jubé, expose publiquement les attentats inouis et audacieux de l’incube, puis, aidé des prières de tous les fidèles, ilanathématise cet esprit fornicateur et lui défend par l’autorité du Christ d’approcher dans la suite soit de cette femme, soit de toute autre. Tous les cierges sacrés ayant alors été éteints, toute la puissance de ce diable s’éteignit de même; la malheureuse possédée communia, après s’être confessée, et jamais depuis son ennemi n’osa lui apparaiLre, mais il s’enfuit chassé loin d'elle sans retour. »

visions. Quoique les visions aient la plus grande analogie avec les hallucinations de la vue dont nous avons parlé plus haut, cependant on donne plus particulièrement ce nom aux hallucinations déterminées par le fanatisme religieux, ou représentant le plus souvent l’image de Dieu, des anges, des génies ou des démons. Les visions qui ont lieu pendant le sommeil diffèrent des rêves en ce qu’elles font sur l’esprit une impression plus vive, et qu’elles restent profondément gravées dans la mémoire. C’est lanuit que Brutus vit entrer dans sa tente un fautôme qui lui dit : je suis ton mauvais génie, Brutus; tu me reverras près de la ville de Philippe C’est pendant le sommeil que Saiil vit l’ombre de Samuel se présenter à lui sous la forme d’un vieillard couvert d’une draperie blanche.

Les visions diurnes sont aussi très-fréquentes : ainsi Jeanne d’ Arc reçoit en plein jour, dans le jardin de son père, la visite de saint Michel, de sainte Marguerite, de l’ange Gabriel, et va triompher, sous celte inspiration, des ennemis de la France. Mais sans chercher si loin des exemples, n’avons nous pas vu, il y a vingt ans, un pauvre visionnaire regardé comme un envoyé de Dieu et consulté d’après l’avis de plusieurs prélats, par Louis XVIII, sur les affaires du royaume. Cet homme était Ignace Martin, âgé de trente-trois ans, petit laboureur des environs de Chartres. Il était occupé à étendre du fumier dans un champ plat et uni, quand tout-àcoup se présente à lui un homme qui lui ordonne d’aller trouver le roi et de l’engager à réformer la politique de ses états s’il voulait éviter les grands malheurs dont la France était menacée.— Mais, répondit Martin, « puisque vous en savez si long, vous pouvez bien aller vous-même trouver le roi et lui dire tout cela, pourquoi vous adresser à un pauvre hftmme qui ne sait pas s’expliquer. Ce n’est pas moi qui irai, lui dit le mystérieux personnage, ce sera vous; faites attention à ce que je vous dis, et vous ferez tout ce que je vous commande. Après ces paroles, Martin le vit disparaître tout à-ceup, ses pieds parurent s’élever de terre, sa tête s’abaisser, et son corps se rapetissant finit par s’évanouir à la hauteur de la ceinture comme s’il eût for.du en l’air.» Il se trouva des prélats assez aveugles pour voir là un miracle , et des médecins assez complaisants pour les appuyer ; mais Pinel, qui examina Martin, le déclara atteint de manie avec hallucination et l’envoya à Charenton.

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On voil que dans la plupart des visions il y a hallucination de la vue et de l’ouïe. Il serait difficile de trouver un saint ou même un simple ermite qui n’ait pas eu de visions, et nous avons dit plus haut que le fanatisme religieux, la contemplation ou la contention de l’esprit vers les idées démoniaques amenaient infailliblement des apparitions surnaturelles.

Je ne parlerai ni de la vision si bizarre d’Ezéchiel, ni des innombrables visions décriies dans l’Apocalypse , mais nous avons dans la vie des saints, dans les chroniques des frères mineurs et dans toute l’histoire du moyen-âge les documents les plus authentiques sur les visions des bienheureux, des pères du désert, des moines, des sorciers, etc. Chez les ermites, la pratique du jeûne, une continence sévère, la solitude absolue, dans les couvents, la contemplation, l’oisiveté et surloutl’oraison mentale, étaient des moyens puissants pour exciler des visions. « Or, pour vous mettre en la présence de Dieu, dit saint François de Sales , je vous propose quatre principaux moyens :1e premier, qui est une vive et attentive appréhension de toute la présence de Dieu;.... le quatrième , de se servir de la simple imagination, nous représentant le Sauveur en son humanité sacrée , comme s’il était près de nous , ainsi que nous avons accoutumé de nous représenter nos amis, et de dire : je m’imagine de voir un tel qui fait ceci et cela; il me semble que je le vois, ou chose semblable.» (2e' part., chap. n , cit. Leuret.)

Il suffit de lire, dans l’Introduction à la vie intérieure et parfaite, tout ce qui a rapport à la présence de Dieu ( oraison de suspension ou ligature des puissances ; oraison d'extase, de ravissement et de vol d'esprit ; oraison de déilication, de vision, de révélation ; voix intérieures et extérieures; odeur spirituelle ; goût spirituel, etc.l, pour comprendre comment presque tous les religieux un peu zélés sont devenus des visionnaires.

Quant aux sorciers , leurs visions diaboliques étaient souvent produites soit par des boissons spiritueuses ou somnifères, soit par des frictions narcotiques, ell’on conçoit facilement à quel délire devaient être en proie ces esprits déjà malades, pendant l’assoupissement si agité que procure l’opium. Gassendi, voulant étudier de près un berger qui passait pour sorcier et que l’on avait garrolé pour le livrer à la justice , pria , comme à l’insu de tout le monde, ce malheureux de l’initier dans la pratique des moyens secrets auxquels il convenait d’avoir recours pour être admis aux assemblées infernales. Le berger lui ayant proposé de partager avec lui une sorte de bol narcotique qu’il tenait d’un ami , affirma qu’après l’avoir avalé et s’être couché vers minuit vis-à-vis de la cheminée, le diable, sous la forme d’un chat noir, viendrait les prendre pour les déposer au sabbat. Gassendi, d’accord avec le magicien , s’étend comme lui au moment indiqué sur la planche, en substituant toutefois un peu de confiture à la portion d'opiat qui lui a été concédée. A peine son compagnon at-il introduit dans l’estomac la drogue dont l’usage lui est familier, que d’abord il semble comme étourdi et comme ivre , et bientôt il est plongé dans une

sorte de sommeil narcotique, parlant haut, adressant la parole aux démons , à des camarades qu’il croit comme lui figurer au sabbat. Cet état dure plusieurs heures. Au réveil, le prétendu sorcier félicite Gassendi des honneurs qu’il a reçus du bouc qui présidait le sabbat, et il raconte dans les plus grands détails toutes les hallucinations de son sommeil, comme autant d’impressions positives qui l’ont frappé dans l’assemblée nocturne. ( Foville.)

Je ne terminerai pas cet article sur les hallucinations sans parler de l’examen psychologique auquel a été soumise, dans ces derniers temps , la vie de quelques grands philosophes de l’antiquité et en particulier de Socrate. Ainsi, d’après M. Lelut , outre que la vie de Socrate a souvent présenté des singularités qui sont le caractère de l’aliénation mentale, ses visions, les révélations continuelles d’un dieu, d’un esprit, d'une voix, d’un démon , qui lui inspirait ses maximes et lui annonçait les évènements futurs, tout cela offre le caractère indubitable des hallucinations. Malgré l’autorité de M. Lelut dans l'appréciation des faits relatifs à la folie, personne ne pensera qu’il faille rapporter aux hallucinations , dont nous avons parlé plus haut , ce langage mystique du philosophe grec, et on l’attribuera plutôt à sa connaissance profonde de l’esprit de ses concitoyens. La voix d'un homme dans ces temps de polythéisme aurait eu trop peu d'empire ; Socrate emprunte celle d'un génie surnaturel. comme Numa , comme Lycurgue, comme Mahomet et d’autres réformateurs l’ont fait sans être regardés comme hallucinés, et uniquement pour donner plus d’autorité à leurs paroles.

H. Latvdoüzy,

Membre de l’Académie de Médecine.

hanche ( anat .) s. f. On désigne ainsi la saillie latérale que présente le bassin en s’unissant avec l’os de la cuisse ; cette saillie est plus prononcée chez la femme que chez l’homme à cause de l’ampleur du bassin qui est plus considérable chez la première. Chez les personnes bossues ou contrefaites, une des hanches est plus saillante que l’autre; celte déformation est apparente et lient le plus souvent à la déviation de la colonne vertébrale; il est rare en effet que les os iliaques ne soient pas symétriques entre eux (voyez gibbosité). La hanche nous offre à considérer son articulation avec la cuisse (articulation coxo-fémorale ou ilio-fémorale des anatomistes), elle résulte du contact de la tête du fémur avec la cavité colyloïde de l’os iliaque, celte dernière cavité creusée dans les os iliaques est hémisphérique; dirigée en dehors et en avant, elle présente deux pouces de diamètre, sa profondeur est encore augmentée par une espècede bourrelet circulaire ( ligament cotyloïdien ) qui entoure son rebord; celle articulation est assujettie par deux ligaments : l’un, dit capsulaire, d’une part s'attache autour de la cavité cotyloïde, et de l’autre va embrasser la partie retenue qu’offre le fémur au-dessous de sa tête et qu’on nomme le col du fémur; l’autre ligament ( ligament rond ou triangulaire)des auteurs est un faisceau fibreux aplati, fixé p£ son sommet dans l’enfoncement inégal que

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