III. DES CAUSES DES MALADIES
1 L’étiologie (du grec aitia cause), est l’étude de tout ce qui peut produire ou concourir à la /'production des maladies. La division des causes en déterminantes, prédisposantes et occasionnelles, étant celle qui est généralement adoptée, nous la suivrons ici.
1° Causes déterminantes : ce sont celles qui agissent d’une manière évidente et produisent constamment le même effet ;
2° Causes prédisposantes : ce sont les causes dont l’action est souvent incertaine, toujours obscure, qui agissent tantôt en modifiant peu-à-peu la constitution, tantôt en rompant par degrés l’équilibre qui constitue la santé, préparant en un mot le corps à telle ou telle affection ;
5° Causes occasionnelles ou excitantes : ces dernières agissent instantanément, et ne font que précéder le développement de la maladie sans en déterminer le genre et l’espèce.
Un mot sur les principales causes qui appartiennent à ces trois ordres.
A. Causes déterminantes : elles se divisent en déterminantes ordinaires et en spécifiques .
1° Causes déterminantes ordinaires ou communes.— On peut les ranger dans les groupes suivants:
a. Choses répandues dans l’air environnant ( circumfusa ), air chargé de gaz impropres à la respiration , comme l’acide carbonique (asphyxie) ou imprégné de vapeurs malfaisantes comme les miasmes des hôpitaux, des prisons (typhus), ou chargé de certaines émanations, celles des marais par exemple (fièvres intermittentes). D’autres fois, l’air agit par sa température trop chaude ou trop froide , ou par le passage trop brusque de l’un à l’autre ; par sa sécheresse ex^ trême ou son humidité: là trouvent leur origine beaucoup de maladies dites endémique ; et les maladies infectieuses. Une lumière trop vive ou la privation de celle-ci peuvent également produire la cécité , etc.
b. Choses appliquées à la surface des corps (applicata), les corps piquants, contondants, les caustiques, les corps en ignition, les liquides en ébullition, les topiques irritants, les ve nins, etc., peuvent altérer de mille façons différentes les tissus de nos organes, les déchirer, les perforer, les détruire, les enflammer, etc., etc.
c. Choses introduites dans nos organes ( ingesta ), aliments indigestes ou de mauvaise qualité, boissons malsaines, trop irritantes, trop chaudes ou trop froides, etc., et enfin toute la classe des poisons.
d. Les matières des évacuations naturelles ( excreta ), les mouvements , les actions musculaires ( gesla ), les perceptions ou actions de l’àme ( percepta ), peuvent produire certaines maladies ; ainsi les rétentions d’urine , la suppression des règles peuvent amener des accidents divers; les contractions musculaires violentes produisent des luxations, des fractures, des hernies, des ruptures : les passions vives, l’amour, le chagrin, l’ennui, la terreur ou la joie immodérée, peuvent produire divers accidents nerveux, l’hystérie, l’hypochondrie, des convulsions, la folie, la mort. Certaines maladies sont parfois la cause déterminante d’autres maladies. Une ulcération de l’estomac amène la perforation de cet organe ; il en résulte un épanchement de matière dans le péritoine, d’où une péritonite mortelle.
2° Causes déterminantes spécifiques : ce sont celles qui développent une série de phéi omènes déterminés, se reproduisent en outre dans les corps qu’elles affectent, de manière à pou-
Xr, INTRODUCTION.
voir être transmises aux individus sains : elles occasionnent donc des maladies contagieuses, et le principe matériel qui transmet la maladie se nomme principe contagieux ou virus. C’est ainsi que la variole, la rougeole, la scarlatine, la syphilis, la rage, la pustule maligne, etc., sont contagieuses; du reste, la transmission peut avoir lieu d’une manière immédiate par le contact, par inoculation ou bien à distance, soit par l’air, soit par des objets contaminés.
B. Causes prédisposantes : elles agissent sur de grandes masses ou sur les individus pris isolément, a. Causes prédisposantes générales, telles sont les constitutions atmosphériques, les saisons, les climats : certains vents, les localités que l’on habite ou habitations , le mode d ' aiimmtation (Y. ces mots), les habitudes hygiéniques, les vêtements (Y. ce mot), les affections morales, les institutions politiques, l’état de civilisation plus ou moins avancée sont autant de conditions qui prédisposent à un grand nombre de maladies, sans les produire nécessairement et directement.
Les causes prédisposantes individuelles sont : Yhérédité, certaines maladies se transmettent souvent des parents aux enfants : Y âge (V. ce mot), on sait que tous les âges ne sont pas exposés aux mêmes maladies ; le sexe (V. Femme, Homme), qui prédispose à des affections différentes ; le tempérament (V. plus bas YHijgiène), les habitudes supprimées (V. Menstruation, Transpiration ), la profession (V. pour chaque profession en particulier), le genre de vie, le degré de fortune ou de misère, l’état de convalescence ou de maladie antérieure, l’état de grossesse, etc.
C. Causes occasionnelles : nous énumérerons seulement les principales. Un air tres-chaud ou très-froid , un courant d’air le corps étant échauffé, l’exposition à la pluie, les boissons trop chaudes ou trop froides, la suppression brusque d’une évacuation habituelle, un vomitif, un purgatif énergique pris mal-à-propos, une émotion vive, etc. Ces causes sont indiquées à l’occasion de presque toutes les maladies. C’est qu’en effet elles peuvent les produire presque toutes, et aucune en particulier d’une manière constante.
Considérées par rapport à leurs causes, les maladies sont: 1° innées ou congéniales , quand, parle fait de l’hérédité ou d’une disposition particulière, l’enfant les apporte en naissant; 2° acquises, quand elles surviennent après la naissance; 5° sporadiques , quand elles attaquent les individus isolés ; 4° endémiques , celles qui régnent dans une même localité; 5° épidémiques , quand elles frappent à-la-fois un grand nombre d’individus ; 6° essentielles, primitives ou idiopathiques, quand elles résultent immédiatement des causes morbifiques; 7° symptomatiques ou secondaires, quand elles dépendent d’une autre affection dont elles ne sont à proprement parler que le symptôme, la manifestation.