IV. DES SYMPTÔMES DES MALADIES
Symptomatologie. — Les symptômes sont les manifestations extérieures par lesquelles se font reconnaître les maladies, soit dans l’ordre matériel (tumeurs, ulcérations, fistules, etc.), soit dans l ordre phénoménal (désordre dans les fonctions physiologiques). La symptomatologie nous fait donc connaître les troubles survenus dans l’économie à l’occasion d’un état morbide, et on peut l'opposer à la physiologie, qui nous fait connaître les fonctions à l’état normal ; aussi beaucoup d’auteurs l’ont-ils appelée physiologie pathologique, et l’ordre suivi dans l’étude des phénomènes physiologiques est-il précisément celui que l’on suit dans l’étude des altérations fonctionnelles. Disons d’abord que les manifestations morbides sont souvent précédées de divers dérangements dans la santé , dont l’ensemble constitue ce qu’on nomme prodromes ou invasion. (V. ce mot.) •
A. Fonctions de relation, 4° Sensations. — La sensibilité générale peut être augmentée,
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d’où la douleur et l’infinie variété des modifications qu’elle présente; diminuée, abolie (paralysie) ou pervertie. Les sens de la vue, de l’ouïe, du goût, de l’odorat et du toucher, sont, eux aussi, exaltés, diminués, abolis ou pervertis. L’intelligence exaltée ou pervertie donne lieu au délire ; diminuée ou abolie, à la stupeur, à Y assoupissement, au coma ; les inductions tirées du sommeil ou de sa privation ( insomnie ) sont encore très-importantes.
2° Les fonctions locomotrices fournissent un assez grand nombre de symptômes importants. L’action musculaire, exaltée ou pervertie, détermine les tremblements , les crampes, les soubresauts, la carphologie, les convulsions ; diminuée, elle donne lieu aux lassitudes-, abolie, à la paralysie des mouvements. A l’appareil locomoteur peuvent se rattacher les inductions tirées de l’examen de l’habitude extérieure du corps, de l’état du corps considéré à sa surface et dans son ensemble, dans les attitudes, le decubilus, etc., etc.
5° La voix et la parole sont souvent altérées dans les maladies. La voix peut être augmentée, comme dans le délire, la folie, ou bien, au contraire, affaiblie (dans les fièvres graves), ou enfin abolie, ce qui constitue l’aphonie; elle subit aussi divers changements dans son timbre; elle devient aiguë, glapissante, sifflante, rauque, enrouée, croupale, etc. , etc. ; enfin , l’action de parler offre un certain nombre d’altérations, qui sont la mussitation, action de parler continuellement, la parole brève, saccadée, entrecoupée, et le bégaiement.
B. Fonctions de nutrition. — 1° L’étude des désordres subis par les fonctions et l'appareil digestif sont du plus haut intérêt en symptomatologie; l’appétit, la soif peuvent être augmentés, diminués, abolis, pervertis. Les dents offrent tantôt des enduils de diverses natures, ailleurs un ébranlement caractéristique du scorbut et des affections mercurielles; la langue est toujours sérieusement examinée sous le rapport de sa forme, de ses mouvements ralentis ou empêchés, de son état d’humidité ou de sécheresse, de sa couleur, des enduils blancs, îaunes, noirs, qui peuvent la couvrir. La déglutition peut être gênée ou empêchée : les douleurs épigastriques, les troubles dans la manière dont les aliments se comportent dans l’estomac, l’état des fonctions intestinales ne sont pas moins importants à connaître : ici se trouvent les douleurs intestinales les bruits divers qu’on observe dans le ventre, les gargouillements, les borborygmes, l’état d’affaissement, de tension, de ballonnement du ventre, reconnus et appréciés par le palper et la percussion ; l’état des selles ou évacuations alvines augmentées ( diarrhée ) diminuées ( constipation ), abolies (étranglement interne), ou perverties de diverses manières.
2° L’examen des altérations éprouvées par l’appareil de la respiration a pris, depuis la belle découverte de Laënnec, une place immense dans la symptomatologie. On peut d’abord étudier la respiration sous les différents points de vue de sa fréquence ou de sa rareté, de sa lenteur ou de sa vitesse, suivant qu’elle est grande ou petite, courte, difficile, embarrassée (dyspnée), égale ou inégale; on peut, à distance, entendre le bruit respiratoire et reconnaître qu’il est sifflant, suspirieux, luctueux, ronflant, stertoreux, etc. ; mais c’est surtout au moyen de V auscultation que l’on perçoit des modifications des nuances infinies du bruit respiratoire; et, d’un autre côté, la percussion, par les différences de sonorité du thorax, fournit de précieuses lumières sur l’état d’engorgement ou de perméabilité des poumons, ou bien sur la présence ou l’absence et la nature des épanchements pleurétiques. Les organes actifs et passifs de la respiration peuvent encore offrir quelques symptômes, tels que le rire, le bâillement, Yéter nument, le hoquet , la toux , si importante à examiner tant en elle-même que dans son produit, les crachats .
5° La circulation. Le cœur présente dans les maladies des désordres dont les médecins avaient depuis longtemps apprécié la valeur, mais dont les travaux de Laënnec et de ses successeurs, relativement aux bruits du cœur fvoy. Auscultation ), ont encore doublé l’inmortance;
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et d’un autre côté, les idées exagérées que les anciens s’étaient faites sur les notions que peut offrir l’état du pouls dans les maladies ont été réduites à leur juste valeur (voy. Pouls); enfin, des idées toutes nouvelles ont surgi de l’examen physique, chimique et microscopique du sang (voy. ce mot).
4° La température du corps est généralement modifiée dans les maladies : exagérée dans certaines fièvres, dans les maladies inflammatoires, elle est diminuée dans d’autres fièvres, dans le choléra, dans les affections asthéniques, telles que les hydropisies, etc.; enfin le frisson marque ordinairement le début des affections graves.
5° Les exhalations et les sécrétions sont altérées d’une manière notable dans les maladies. Nous avons donné à cet égard les renseignements désirables aux mots Pus, Salive, Transpiration, et surtout au mot Urine, où l’on trouvera le résumé des recherches chimiques les plus récentes.
C. Fonctions génératrices. — Elles fournissent leur contingent de lésions dans les maladies. Chez l’homme, la sécrétion du sperme et la puissance génitale n’est guère augmentée que dans le priapisme et le satyriasis? elle est au contraire diminuée ou abolie pendant le cours de la plupart des maladies. Les écoulements spermatiques sont une affection très-grave qui mérite toute l’attention du praticien (voy. Sperme ). — Chez la femme, les symptômes fournis par l’appareil génital offrent plus d’importance; on sait quel rôle jouent dans les maladies la lactation, l’état des lochies, mais surtout delà menstruation (voy. ce mot), augmentée, diminuée, supprimée ou pervertie.