HYGIÈNE PRIVÉE
C’est celle qui traite des conditions de la santé chez l’homme considéré comme individu; et pour bien connaître les moyens de conserver l’intégrité des fonctions, il faut, avant tout, connaître les circonstances qui peuvent en troubler l’harmonie, c’est-à-dire connaître et apprécier les causes des maladies, afin de pouvoir les éviter. L’hygiène, comme l’a dit M. Gerdy dans une Irès-savante dissertation sur ce sujet, l’hygiène n’est donc que l’étiologie appliquée. Dans l’examen de ces causes, comme on se place à un point de vue différent de celui d’après lequel on les envisage pour la pathologie, nous n’admettrons pas ici la distinction des causes en prédisposantes, déterminantes ou occasionnelles, mais nous les partagerons en deux groupes bien tranchés, suivant que ces causes viennent du dehors, causes extérieures, ou viennentde l’individu, causes intérieures ou individuelles. C’est en les rangeant sous ces deux chefs, que nous passeronsen revue les influences qui peuvent modifier la santé soiten bien, soit en mal, insistant plus particulièrement sur celles qui n’auraient pas reçu dans ceDictionnaire des développements suffisants, nous bornant à mentionner celles qui ont été l’objet d’un article spécial.
Influences individuelles.
Elles sont assez nombreuses; nous les partagerons en plusieurs groupes.
§ I. — Causes individuelles considérées dans l’espèce et la durée des individus.
VAges. — Les considérations générales relatives à la physiologie des âges ont été données dans ce Dictionnaire par l’illustre et regrettable secrétaire perpétuel de l’Académie de Médecine, Pariset; l’hygiène spéciale de l’enfance a été exposée par le praticien qu’une voix unanime proclame comme le plus profondément versé dans cette question, feuM. le docteur Guersant; nous n’avons donc rien à y ajouter. L’hygiène de l’homme adulte n’offre rien de particulier à noter : elle se compose de tous les soins dont l’ensemble constitue précisément l’hygiène proprement dite. Un mot seulement sur Ylnjgiène des vieillards.
L’expression si juste des anciens, tarda senectus, rend parfaitement cet alanguissement des fonctions chez le vieillard. C’est qu’en effet, ce n’est pas seulement sa démarche qui s’est ralentie, le jeu des organes ne s’exécute plus avec la même activité, les facultés intellectuelles elles-même ont perdu de leur puissance. De là des règles de conduite toutes particulières.
Les fonctions respiratoires et l’hématose proprement dite ne se faisant plus aussi bien, le vieillard a besoin de plus d’air, d’un air plus pur et plus fréquemment renouvelé ; le séjour à la campagne lui sera donc plus avantageux que la résidence dans les villes, et surtout dans les quartiers populeux des villes. La peau est ordinairement sèche, aride ; l’épiderme est rugueux, se détache et se salit facilement ; les bains suivis de frictions douces seront très-utiles, seulement il ne faut pas séjourner trop longtemps dans le bain, de crainte de produire de l’affaiblisse-
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ment : un quart-d’heure à une demi-heure au plus suffisent. On sait que les vieillards se refroidissent facilement : ils devront donc se couvrir avec beaucoup de soin , surtout pendant la saison froide et aux époques de l’année où les alternatives de température se succèdent brusquement: des vêtements de flanelle appliqués sur la peau rempliraient très-bien ces indications, à moins que ces sujets ne fussent attaqués d’affections dartreuses ou du prurigo, maladie assez commune à un âge avancé. Une circonstance fort importante à noter, c’est qu’il faut bien éviter tout ce qui, dans les vêtements, pourrait comprimer les membres et surtout les membres inférieurs, la circulation, qui est déjà plus difficile, serait promptement entravée et il en résulterait des dilatations variqueuses des veines, des gonflements œdémateux.
La tête doit être couverte, mais cependant jusqu’à un certain point, car, dans la vieillesse comme dans l’enfance , il faut redouter les congestions cérébrales* et l’on sait que dans la dernière période de la vie, les ramollissements cérébraux et les apoplexies sont très-communs. Cette remarque s’applique aux localités dans lesquelles se tiennent les vieillards pendant la saison froide : la température ne doit pas en être trop élevée. On a fait à cet égard une remarque très-importante et très-curieuse tout à-la-fois , à l’Hospice de la Salpêtrière; c’est que depuis la suppression d’un chauffoir dans lequel se pressait pendant 1 hiver une foule de vieilles femmes, les ramollissements cérébraux sont beaucoup moins fréquents. Il faudra donc préférer généralement, ou du moins autant que possible, le feu de cheminée au poêle et au calorifère. Les pieds surtout devront être tenus bien chaudement dans des bas drapés bien épais, et dans des chaussures fourrées : le refroidissement des pieds cause fréquemment des coliques, des diarrhées, en même temps que le sang ne paraît abandonner les extrémités inférieures que pour se porter vers une autre extrémité et qu’il afflue en plus grande abondance à la tête.
L’appareil digestif n’exige pas une attention moins scrupuleuse. Les dents manquant dans le plus grand nombre des cas, les aliments ne peuvent être suffisamment broyés, et d’ailleurs, les forces digestives sont notablement diminuées : le travail d'assimilation se fait donc avec lenteur et difficulté; il faut, pour obvier à ces inconvénients, que les repas soient peu abondants et plus répétés, mais cependant d’une manière régulière. Il faut également redouter la surcharge de l’estomac et l’abstinence. Les aliments seront pris parmi les plus réparateurs et en même temps les plus légers : les viandes de bœuf ou de mouton, surtout rôties ou grillées, seront très-convenables ; mais il faut y associer les légumes non venteux, les féculents, les fruits surtout en compotes. On l’a dit depuis longtemps , le vin est le lait des vieillards ; il y a certainement du vrai dans cet axiôme; les vins généreux,' le Bordeaux surtout, sont parfaitement adaptés à l’état de faiblesse dont il s’agit de neutraliser les effets; les alcooliques devront être proscrits de ce régime. Quant au thé, au café, dont tant de personnes ont l’habitude, leur excès seul serait nuisible ; pris à doses modérées, le premier surtout, -il aidera et facilitera la digestion. C’est du reste une chose souvent remarquable, que le peu de nourriture dont certains vieillards se contentent; ne dépensant pas beaucoup, ils ont besoin d’une quantité beaucoup moindre d’éléments réparateurs. Les évacuations alvines et urinaires devront être surveillées avec le plus grand soin; les constipations amènent des irritations encéphaliques toujours dangereuses. L’usage modéré des lavements remédiera à ces inconvénients. 11 ne faut pas non plus que l’on résiste au besoin d’uriner: la rétention par paralysie de la vessie ne reconnaît souvent pas d’autre cause.
Cette tendance aux affections cérébrales doit engager à proscrire tous les travaux qui exigent une grande contention d’esprit; les distractions intellectuelles leur seront seules permises. Un exercice modéré est de rigueur, surtout quand le temps est beau et pendant la belle saison. Généralement les vieillards dorment peu; ils devront cependant se coucher de bonne heure, afin
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de se reposer. Se lever matin, est un précepte d’hygiène applicable à tous les âges. Un dernier mot : à un âge avancé , le rapprochement des sexes peut être mortel , du moins pour l’homme, et s’il ne le tue pas immédiatement comme on en a des exemples, il abrège singulièrement, pour le vieillard, les jours qu’il lui reste à vivre.
2° Sexe. — L’hygiène de l’homme se compose de tous les soins qu’enseigne la science dont nous parlons actuellement. Quand à la femme, les règles particulières à son sexe ont été exposées au mot Femme, Menstruation, Retour (Age de), au Supplément.
Tempérament. — Les tempéraments divers, qui fomlentpour l’homme une manière particulière de vivre, de sentir et même de penser, doivent nécessairement exiger des soins, des précautions différentes : c’est ce que nous allons examiner ici.
1° Tempérament musculeux ou athlétique. Les personnes de ce tempérament sont, par l’excès même de la force de leur constitution , exposées à des affections graves et surtout aux maladies inflammatoires; ils doivent donc user de grands ménagements sous le rapport de la sobriété; cette recommandation est d’autant plus importante, que leur appareil digestif, doué d’une grande activité, les sollicite à des excès d’alimentation. L’usage des viandes noires, du vin, des alcooliques, exagérant encore chez eux la puissance musculaire, doit être proscrit ; en revanche, ils peuvent plus fréquemment user du coït que les personnes nerveuses ou lymphatiques. L’exercice pris en plein air et surtqut après les repas , est nécessaire pour empêcher les contestions cérébrales et les attaques d’apoplexie auxquelles ils sont exposés. Nous compléterons ces détails à l’occasion du tempérament sanguin, auquel participe toujours plus ou moins le tempérament musculeux.
2° Tempérament nerveux. Les règles relatives aux personnes nerveuses se reposent plus particulièrement sur les deux indications suivantes : 1° Éloigner tout ce qui peut exagérer la sensibilité ; 2° Mettre en usage tout ce qui peut développer la force corporelle.
Les travaux intellectuels seront surtout dirigés vers les sciences sérieuses et positives, et cela d’une manière modérée : les beaux-arts, la musique particulièrement par les émotions qu’elle excite, sont quelquefois très-dangereux aux personnes de ce tempérament, et peuvent entraîner, chez les jeunes femmes surtout, -à des conséquences très-graves. L’exaltation intellectuelle et ledérangement de ces fonctions, d’autres fois l’excitation des sens et l’hystérie, peuvent en être les conséquences. Cependant le délassement, les distractions, les plaisirs sont une des nécessités de ce même tempérament ; aussi sera-t-il permis d’en user, mais avec toutes les précautions, toute la réserve que l’on met dans l’administration d’un remède.
Le régime alimentaire sera généralement substantiel, réparateur; mais il faudra en éloigner tous les excitants, tels que le thé, le café, les alcooliques qui exaltent et exagèrent la susceptibilité nerveuse. Les bains froids ou les bains tièdes suivis d’une immersion dans l’eau fraîche, les procédés hydrothérapiques de Preisnitz peuvent être ici très-utiles. L’air pur, mais surtout l’air frais conviennent d’une manière toute spéciale ; la chaleur est en général nuisible : l’habitation à la campagne est donc une chose très-avantageuse. Les pertes par les sueurs, mais surtout les pertes de sang, sont très-mauvaises; on sait que les saignées sont en général contreindiquées chez les personnes nerveuses, sauf le cas de nécessité absolue, et ceux qui ont vécu sous le règne des doctrines de Broussais peuvent se rappeler à quel état d’affaiblissement et d’éréthisme certains individus affectés de maladies nerveuses et soumis au régime antiphlogistique ont été réduits. Les excès de coït sont très-nuisibles ppur les hommes surtout, tant à cause de la déperdition de semence, que par les sensations très vives éprouvées pendant cet acte.
Le meilleur moyen de satisfaire à la seconde indication que nous avons posée en commençant cet article consiste dans les pratiques de la gymnastique, d’exercices répétés, de l’équitation, de la
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chasse, des promenades à pied et prolongées, des voyages même, les bains de mer, etc. Des constitutions très-délicates ont été fortifiées par ce régime; on a aussi conseillé le jardinage et certains travaux fatigants.
Dans le siècle dernier, un médecin célèbre guérissait toutes des petites maîtresses affectées de vapeurs, en leur imposant comme condition de frotter tous les matins leur appartement.
5° Tempérament sanguin. Les sujets qui présentent les attributs du tempérament sanguin doivent s’abstenir de fatigues musculaires considérables ; des veillées prolongées, des contentions d’esprit trop grandes, et surtout des excès de table, les viandes noires, les aliments trop réparateurs, le vin pur, ne leur conviennent pas; un régime végétal rafraîchissant et doux à -la-fois est mieux approprié à leur nature. La facilité avec laquelle les différents organes, mais surtout les poumons et le cerveau, se congestionnent chez eux, doit leur faire éviter tout séjour dans un endroit trop chaud et encombré, comme les salles de spectacle, de bal : aussi se portent-ils mieux dans un air froid et dans les saisons froides que dans les conditions opposées. Le coït exercé d’une manière modérée, loin de les énerver comme il le fait chez les sujets nerveux, est au contraire favorable à l’entretien de leur santé y mais je le répète ici, la modération est de rigueur, car c’est là un remède dont il est bien difficile de ne pas abuser.
4° Tempérament bilieux. C’est à-peu-près le même régime que pour le précédent, seulement ici il faut surtout insister sur les distractions ; il n’est pas besoin de leur recommander la sobriété, les individus bilieux y sont naturellement portés : chez eux les passions de l’ambition, de la vengeance, en un mot, la réalisation de leurs penchants, de leurs désirs les absorbent et leur font mépriser ces plaisirs qui ont tant d’attraits pour les sujets nerveux ou sanguins. Le régime rafraîchissant, les bains tièdes et frais prolongés, quelquefois des purgatifs, mais sans abus ; les distractions consistant dans des travaux intellectuels et alternant avec des travaux corporels, des fatigues musculaires, sont des moyens qu’il convient d’employer.
5° Tempérament lymphatique. Le régime doit être surtout fortifiant : les viandes très-nutritives, les vins généreux, les stimulants diffusibles; le thé, le café, les alcooliques mêmes, pris d'une manière convenable, sont ici particulièrement indiqués. L'air étouffé des villes ne convient généralement à aucune constitution, mais encore moins à des constitutions lymphatiques. On devra donc conseiller l’habitation à la campagne, mais surtout dans des localités chaudes et sèches; la gymnastique et les divers exercices dont nous avons parlé à propos des personnes nerveuses sont ici parfaitement appropriés. Par contre, afin d’exciter les facultés intellectuelles et les rensations habituellement engourdies des sujets lymphatiques, on lenr fera étudier les beaux arts, la peinture, la musique ; la tendance qu’ils ont au sommeil sera combattue autant quepossible. Bien qu’ils soient en général peu portés vers les plaisirs de l’amour, le sens génital se trouve cependant quelquefois excité chez eux d’une manière fâcheuse, car les excès de coït, mais surtout ceux de la masturbation, entraînent promptement chez eux certaines affections graves, tels que les tubercules, le mal de Pott, les divers accidents de la scrophule (v. ce mot).
§ II. — Causes physiologiques.
De T intelligence. — Cabanis a publié de belles recherches sur l’influence que le physique peut exercer sur le moral ; on aurait aussi beaucoup à dire sur l’action que le moral peut, à son tour, exercer sur le physique : et d’abord un travail intellectuel trop longtemps continué, trop assidu, détermine un certain nombre d’accidents dont il est très-important d’être prévenu. Ce sont d’abord les congestions cérébrales, des migraines, des insomnies et même des méningites, des encéphalites (fièvres cérébrales); lajnort par apoplexie semble être particulière aux hommes qui ont beaucoup exercé leur intelligence. C’est ainsi que sont morts
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Daubenton, Portai, Cabanis, Corvisart, etc.; d’autres succombent en quelque sorte épuisés par des excès de travail, telle fut la lin précoce de Pic de la Mirandole, de ce jeune Barattier qui périt à dix-neuf ans, victime d’un amour désordonné pour la science. Les relevés statistiques publiés par les auteurs qui ont écrit sur la folie démontrent qu’une contention de l’esprit trop forte, trop continue, peut amener l’aliénation mentale. D’autres fois ces excès portent sur les sens et en particulier sur le sens de la vue, qui s’affaiblit, s’altère, et peut même être perdue complètement. Les gens de cabinet ont habituellement les digestions difficiles, ils ont souvent des hémorrhoïdes et de la couperose, signes d’un trouble notable dans la circulation.
Que faut-il pour éviter de semblables accidents? D’abord, modérer son travail, l’interrompre, le changer. L’intelligence se lasse et se fatigue surtout par la continuité de sa tension sur un seul objet. Diverses études que l’on fait alterner reposent les unes des autres. L’exercice est une chose indispensable : c’est surtout après les repas que l’on devra se livrer à la promenade, augrand air, et en toute saison. Beaucoup de personnes attachées aux bureaux des grandes administrations ont pris l’excellente habitude de choisir un domicile très-éloignéjdu lieu de leur travail; cet éloignement les oblige chaque jour à une double course dont leur santé se trouve bien. Il faut, autant que possible, travailler dans un endroit frais, mais tenir toujours les pieds bien chauds, soit à l’aide d’une chancelière convenablement fourrée, soit à l’aide d’une chaufferette. Les vêtements, et surtout la cravate, ne doivent pas être trop serrés ; le régime alimentaire doit être composé de substances médiocrement nutritives et surtout composées de végétaux, de fruits; le vin pur, et même quelques alcooliques pris à doses très-modérées, peuvent être bons pour stimuler la pensée ; mais, je le répète, ces doses doivent être bien modérées.
On a beaucoup vanté les vertus du café pour éveiller l’intelligence, et non pas sans raigon; mais, malgré l’exemple célèbre de Voltaire, bien des gens ont fait abus de cette liqueur qui n’ont jfas vécu jusqu’à quatre-vingts ans et n’ont composé ni Merope, ni Zadig, ni la Henriade ; tout au plus sont-ils parvenus à déterminer chez eux différentes affections nerveuses plus ou moins graves. En général, il faut être bien pénétré de ce précepte, que la puissance nutritive de l’alimentation doit être en rapport avec les pertes déterminées par l’exercice musculaire. Or, quand on ne fatigue pas corporellement, une nourriture substantielle amène la pléthore et tous les accidents qui en sont la suite : congestion au cerveau, apoplexie, etc.
Des passions. — Les passions, portées à leur plus haut degré, peuvent entraîner dans l’organisme les désordres les plus variés et les plus graves, depuis un simple accès de délire jusqu’à la folie, jusqu’à la mort subite. Qui n’a entendu cent et cent fois parler des effets terribles et soudains d’une joie ou d’une douleur extrêmes, d’un accès de fureur? qui ne connaît les suites fâcheuses des passions tristes, telles qu’un amour trahi, la jalousie, l’ambition déçue, le mal du pays? Ici, l’action est plus lente, et l’économie n’est affectée que d’une manière progressive. 11 est bien certain que l’on ne peut prévenir les terribles et foudroyantes explosions de bonheur ou de désespoir dont nous parlions au commencement; les circonstances qui les font naître ne peuvent-ètre ni calculées ni prévues. Mais il n’en est pas de même dans le second cas. Et d’abord, les personnes susceptibles et impressionnables doivent être soumises au régime des tempéraments nerveux (V. plus haut); ensuite on luttera, autant que possible, contre les effets des affections tristes, par les distractions, des occupations de différentes natures ; la satisfaction, si faire se peut, des désirs dont l’insuccès a causé la maladie. A cet égard, une amitié tendre et dévouée en sait a-peu-pres autant que le plus savant médecin.
De la locomotion.— De même que les excès de travail intellectuel, les excès de fatigue musculaire pourront entraîner des désordres plus ou moins graves dans la santé.
Un exercice insolite fatigueles muscles qui y ont pris part. La première fois que l’on fait des
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armes, que l’on se livre aux évolutions du patinage sur la glace, que l’on monte à cheval, on éprouve dans les reins, dans les cuisses, des courbatures très-marquées. Des efforts plus violents, comme pour franchir un fossé, pour soulever un fardeau, peuvent déterminer des accidents plus graves : des ruptures musculaires, des hernies, des fractures même, surtout de la rotule. Des travaux pénibles longtemps continués, ne laissant pas dans leurs intervalles le temps de prendre un repos nécessaire, surtout s’il s’y joint une mauvaise alimentation et l’habitation dans un lieu malsain, ne tardent pas à être suivis d’un ébranlement profond de la constitution : des affections graves, la fièvre typhoïde, par exemple, peuvent en être la suite.
Que dicte ici l’hygiène? Tout le monde le comprend. Pour les exercices auxquels on est peu accoutumé, l’habitude les rend promptement sans inconvénients, et ils deviennent même bientôt une condition de santé, Tels sont la course, le saut, la natation, l’escrime, qui sont autant de moyens que la gymnastique emploie pour fortifier les constitutions délicates. Il faudra, autant que possible, éviter de se livrera des efforts violents; mais, dans ce cas, comme pour les émotions vives, les circonstances commandent: la prudence n’y peut souvent rien. Qu’un homme, voulant éviter un danger, et s’efforçant de franchir un fossé, se rompe un muscle ; que, pour ne pas tomber en arrière, faisant un effort instinctif, il se casse la rotule, il est bien certain que l’hygiène n’a rien à y voir : ce sont là autant de conditions fâcheuses qui viennent grossir la liste déjà si nombreuse des accidents auxquels l'homme est exposé. Toutefois, il faudra bien se garder de ces gageures fanfaronnes, de ces tours de force volontaires et qui se terminent si souvent d’une façon déplorable ; il faut les laisser aux bateleurs de profession, qui, eux-mêmes, ne s’en tirent pas toujours sains et saufs.
Des personnes qui se livrent habituellement à des travaux pénibles doivent, autant que possible, les interromprede temps en temps pour se reposer; prendre septà huit heures pour le sommeil : dix à douze heures de travail de peine sont une mesure qui ne doit pas être dépassée pour l’homme; elle doit, être moindre pour la femme et surtout pour les enfants; il faut se nourrir convenablement : la viande, le vin sont nécessaires.
Du repos 'prolongé. Nous avons vu les inconvénients des fatigues musculaires ; le repos trop absolu a aussi ses inconvénients. Nous les avons énumérés en parlant des dangers d’une contention trop prolongée de l’intelligence.
Des exercices salutaires. On a exposé ailleurs (Y. Gymnastique) les règles générales qui doivent présider aux exercices réglés dont l’ensemble constitue la gymnastique : il nous reste ici à passer en revue les principaux d’entre eux, en indiquant leur action sur l’économie.
La course , le saut. Par les secousses qu’ils déterminent dans tout le corps, par l’activité qu’ils impriment aux différentes fonctions, surtout à la calorification et à la circulation, ces exercices sont très-utiles à la santé ; ils font, on peut le dire, partie de l’éducation des enfants : c’est la gymnastique naturelle. On ne saurait trop les recommander et les prescrire aux sujets nerveux, impressionnables, et surtout aux enfants adonnés à la masturbation.
La danse. La danse participe en quelque sorte de la course et du saut. Du reste, on lui a consacré un article spécial. Aux considérations émises par notre collaborateur M. Furnari, sur l’utilité de la danse dans le traitement des maladies mentales, nous ajouterons seulement que les capitaines de vaisseaux chargés de missions lointaines, de voyages de circumnavigation, retirent de grands avantages de la danse et de la musique pour relever le moral des matelots, les maintenir en gaîté et éviter ainsi la tristesse et les maux qu’elle engendre, et surtout le scorbut.
Delà chasse. « Dans cet exercice, dit M. Deslandes, dans son excellent Manuel d’hygiène, cm trouve la marche, la course et le saut ; il oblige à toutes les attitudes, force souvent à pousser des cris, et ne laisse pas un seul muscle en repos. Renfermé dans de justes bornes, cet exercice
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est certainement un de ceux qui produisent les meilleurs effets, ce qu’il doit non-seulement à la multiplicité et à la variété des mouvements dont il se compose, mais encore à ce qu’il se fait généralement dans un air vif et pur, ainsi qu’aux émotions nombreuses et généralement agréables dont il est la source. »
L’escrime exige un grand nombre de mouvements : outre la station sur les deux jambes dans une attitude d’abord assez fatigante à maintenir, elle développe surtout les mouvements des muscles du bras et de l’avant-bras, donne à-la-fois de la grâce, de l’adresse et de l’agilité; enfin elle favorise l’ampliation delà poitrine. C’est donc un exercice très-salutaire. Lorsque le côté gauche et surtout le membre supérieur gauche sont plus faibles que les mêmes parties du côté opposé, il sera très-utile d’exercer le côté faible au moyen de l’escrime : on rétablit ainsi l’équilibre.
Les jeux de balle, de ballon, de volant agissent à-peu-près de la même manière que l’escrime et avec non moins d’énergie, à l’exception du volant, qui n’exige pas un grand déploiement de forces et d’attitudes. La balle et le ballon sont les plus utiles: c’est là le jeu de prédidilection des écoliers. Les jeux de palet, de boules, de quilles, ne forcent pas à courir, et ont surtout pour effet de donner de la justesse, de la précision dans les mouvements et d’assurer le coup d’œil.
Le jeu de billard réunit la marche tranquille sur un plan horizontal à l’exercice modéré des membres supérieurs; il peut être recommandé aux personnes faibles, aux convalescents; il contribue aussi à donner de l’adresse dans les mouvements.
La natation est encore un exercice doux , et cependant assez fatigant; il s’ajoute ici une autre influence dont il faut tenir grand compte, celle du milieu dans lequel on prend ces exercices. On connaît les effets des bains (Y. ce mot), et surtout des bains froids, sur l’économie : il est donc facile de comprendre combien l’exercice de la natation peut être favorable à l’entretien de la santé chez les sujets débilités, lymphatiques; il convient surtout dans les affections scrofuleuses, chez les sujets très-nerveux, sanguins, etc.
Gymnastique proprement dite. Les exercices de la gymnastique consistent : 1° à se suspendre par les mains à des barres tendues horizontalement, à monter, en s’aidant des membres supé rieurs seuls, à des échelles, à des cordes, à des mâts; ces différentes manœuvres ont pour résultat de fortifier les muscles de la poitrine et des membres supérieurs; 2° à marcher sur des cordes tendues, sur des poutres étroites ou vacillantes, à sauter, à courir dans des sacs ou des paniers; ici, l’avantage est pour les membres inférieurs qui sont fortifiés et rendus plus aptes à une démarche assurée sur des plans accidentés ; 5° à exercer la force et l'adresse de tous les membres, comme dans la lutte corps à corps. Les mœurs françaises ont banni le pugilat et la boxe, et il y a quelques années on a cherché à faire admettre un genre d’escrime laissé jusqu’ici à la plus vile populace, que l’on voulait décorer du nom de boxe française, mais plus justement flétri de son nom originel, la savate.
De la voix et de la parole. La déclamation à haute voix, les cris, quand ils sont prolongés, amènent de l’irritation à la gorge, au larynx, et peuvent même déterminer l’inflammation aiguë ou chronique de ces parties; plus rarement on observe des hémoptysies: c’est ce que peuvent attester les médecins de théâtre et même ceux des théâtres où l’on représente les drames modernes, dans lesquels, comme on sait, les cris, les hurlements, les contorsions ne sont pas épargnés. Il en résulte assez souvent, par exemple, des enrouements et des laryngites subaiguës, que le repos ne tarde pas à faire disparaître; assez souvent aussi chez les acteurs condamnés à ces violentes manifestations de sentiments furieux que l’école romantique appelle la vérité dans l’art, la voix ne tarde pas à s’altérer, à prendre un timbre rauque et voilé.
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INTRODUCTION'
L’exercice modéré de la déclamation , de la lecture à haute voix , est très-favorable au développement des organes respiratoires; le poumon prend plus de force, d’amplitude, la voix devient plus ferme, mieux timbrée, plus souple dans ses inflexions. On assure que des personnes qui avaient la poitrine très-délicate et que l’on regardait comme menacées de phthisie, ont vu leur constitution se modifier de la manière la plus avantageuse, sous l’influence de cette sorte de gymnastique. Les secousses modérées que la lecture imprime à l’abdomen et aux organes qu’il renferme, favorise la digestion : aussi, depuis l’antiquité, la lecture et la déclamation ont-elles été conseillées après les repas ; cependant il faut être bien prévenu qu’après les repas copieux, l’estomac étant distendu, il s’oppose aux mouvements que le diaphragme est obligé de faire dans l’exercice de la parole ; c’est ce que savent très-bien les avocats, les orateurs et les acteurs : aussi sont-ils dans l’habitude de ne faire que de légers repas avant de monter à la tribune ou d’entrer en scène, ou bien de ne prendre leur repas que deux heures au moins avant de se livrer aux exigences de leur profession.
Le chant, a fait le sujet d’un article d’hygiène spécial , nous n’avons pas à y revenir.
La digestion peut fournir quelques considérations importantes au point de vue de l’hygiène? ainsi il a été question, aux mots Indigestion et Ivresse, des inconvénients et des dangers qui peuvent résulter d’excès dans le boire ou dans le manger. Quel est le moyen d’éviter ces inconvénients, ces dangers? tout le monde le sait, la sobriété. Ce mot renferme tout. Un précepte bien connu et cependant bien peu observé, c’est, dans les repas, de ne jamais aller audelà de la faim. Il faut encore faire attention à ne pas manger trop vite, surtout lorsque l’on a très faim, etc., etc. Ces conseils ont été largement déduits au mot Indigestion. Quant aux dangers d’une mauvaise alimentation et au choix des substances alimentaires, cette question se rattache à l’étude des influences extérieures.
La respiration , la circulation, la sécrétion et les autres fonctions de la vie organique n’étant pas soumises à l’action de la volonté, leurs désordres sont spécialement sous la dépendance des causes intérieures déjà étudiées ou des causes extérieures.
La génération offre dans ses excès de graves inconvénients qui ont été suffisamment décrits aux mots Incontinence et Onanisme ; on pourra voir aussi Nymphomanie et Satyriasjs; cependant cet acte est nécessaire, ainsique nous Pavonsdit, à certains individus de tempéraments sanguin et athlétique; il en résulte pour eux un certain calme et une certaine sédation d’un éréthisme nerveux qui souvent aigrit leur humeur et agit d’une manière fâcheuse sur leur moral. Cet acte, que Domitien appelait la gymnastique de l’amour, est aussi utile à l’équilibre des fonctions, pour quelques individus, que ses excès sont dangereux.
Influences extérieures.
L’homme étant nécessairement en rapport avec les agents e.t les corps de la nature, on comprend combien sont grandes et nombreuses les influences exercées sur lui par ces agents et par ces corps. Pour mettre un peu d’ordre dans ce vaste chaos, on a partagé ces modificateurs en trois classes, suivant qu’ils environnent et baignent pour ainsi dire le corps de l’homme (circum fusa) ; qu’ils sont appliquées immédiatement à la surface de son corps ( applicata ), ou qu’ils sont introduits dans les corps par les ouvertures naturelles ( ingesta ). A ces trois groupes se rattachent plus ou moins exactement les conditions qu’il s’agit d’étudier, et, bien que des objections puissent être élevées sur le classement de quelques-unes d’entre elles dans une catégorie plutôt que dans une autre, nous suivrons cet ordre qui est généralement adopté dans les traités d’hygiène, et qui, imparfait sans doutecomme toutes les classifications, est cependant très-commode pour l’étude.
INTRODUCTION
1° Choses environnantes. Circum fusa. — On appelle ainsi :
L’air avec ses différentes qualités de température, de sécheresse et d’humidité, appréciées dans un article spécial (V. Air) ; l’influence de l’atmosphère chargée de principes nuisibles, donne naissance à l’infection ou à la contagion (V. ce dernier mot et Miasmes, Inhumations, Pestes, Quarantaines, Typhus .,)
Les agents physiques, tels que la chaleur ou le froid, V électricité, la lumière. (V. ces mots et Météorologie.)
Le son, dont l’influence sur la santé a été examinée avec soin au mat Musique.
Les saisons et climats.. (V. ce dernier mot.)
Le mode d’habitation. (Y. ce mot et Hygiène-publique, dans cette Introduction.)
2° Des choses qui peuvent être appliquées immédiatement à la surface du corps, applicata. — Ce sont :
Les vêtements. Nous n’avons rien à ajouter ici à ce qui a été dit au mot spécial Vêtement.
Les cosmétiques. Leur action a également été l’objet d’un article.
Les bains, fumigations, lotions, etc. (Y. ces mots.)
Les frictions, le massage. (V. ces mots.)
5° Des choses ingérées, ingesta.
1° Aliment. — Nous renverrons d’abord au mot Aliment, dans lequel notre savant collaborateur M. Royer-Collard a posé les bases qui doivent présider à une bonne alimentation, avec l’indication de ses effets sur le corps humain. — L’alimentation se compose de substances végétales ou animales, et de condiments.
Substances animales. Dans l'article général Aliment , l’auteur a fait connaître quel est le mode de nourriture qui convient le mieux à l’homme. Puis au mot Viande, nous avons fait voir que les deux modes d’alimentation végétale ou animale étaient nécessaires à l’homme. Dans ce même article nous avons étudié l’action sur l’économie des différentes classes de viandes blanches, brunes ou noires, que fournissent les mammifères et les oiseaux. Les articles Poisson, Mollusques, Lait, OEufs, etc., complètent tout ce que la science peut enseigner sur cette belle et vaste question de l’alimentation envisagée chez l’homme.
Substances végétales. Relativement aux substances végétales, nous na^ons, pour les généralités, rien à ajouter à ce qui a de plus été dit dans les articles précédemment cités. A l’occasion de Chacun des végétaux qui peuvent entrer dans la nourriture de l’homme, nous avons indiqué son emploi, ses avantages, ses inconvénients. — Voyez pour les féculents : farine, fécule, maïs, orge, riz, pain, châtaigne, pommes de terrre haricots, lentilles, etc., le sagou, le salep, l’arrow-root, etc., etc.
Parmi les gommeux et mucilagineux , la bette, l’épinard, la laitue, les asperges, les bette- Taves, les carottes, les navets, les panais, les choux, les choux fleurs, le poireau, le ciboule, l’ail, etc., etc.
Les mue as o -sucrés, nous offrent les fruits, tels que les abricots, cerises, fraises, groseilles, poires, pommes, oranges, citrons, raisins, melons, etc., etc.
Notre Dictionnaire renferme l’histoire de la plus grande partie des plantes usitées en médecine ou pour l’alimentation; on voit que nous ne pouvons citer ici que les principales substances, la liste de toutes celles dont l'histoire a été donnée serait beaucoup trop longue : on devra donc chercher à son article spécial la substance dont on voudrait connaître l’emploi.
Condiments. Les condiments ou assaisonnements ont été étudiés à part d’une manière générale. Pour les détails, voyez sel, beurre, graisse, sucre, radis, olive, vinaigre, et les