AVANT-PROPOS
De toutes les connaissances humaines , il en est peu qui intéressent plus généralement que la médecine ; cette science, qui d’abord saisit l’esprit par les merveilles qu’elle nous révèle lorsqu’elle explique les admirables phénomènes de la vie, est encore celle qui nous émeut le plus vivement lorsque nous lui demandons des secours. Et cependant il n’en est pas qui soient moins connues, et nous dirons même qu’il n’en est pas sur lesquelles on ait des idées plus fausses, quoique à cet égard on ne se laisse pas volontiers taxer d’ignorance; tout le monde parle et raisonne médecine, et rien n’est plus rare que de trouver parmi les gens du monde des notions claires et précises à ce sujet.
Il est facile d’expliquer ces faits lorsqu’on voit qu’il n’existe aucun ouvrage capable de faire comprendre les éléments de cette science à ceux qui n’en font point une étude spéciale. On ne saurait contester de quelle utilité est un semblable livre. Ce besoin est tellement démontré par l’expérience, que les ouvrages les plus mauvais et les plus informes, qui s’annoncent comme devant le satisfaire, s’impriment et se répandent rapidement à plusieurs éditions. Jusqu’à présent ces sortes d’ouvrages ont été généralement mal digérés, mal conçus, et souvent faits dans un seul but, celui de procurer à leur auteur la vente de quelques remèdes secrets. Auss n’est-ce pas un livre de cette nature que nous offrons au public. Notre pensée n’est pas de vouloir persuader qu’avec un ouvrage sur la médecine on puisse se passer de médecin : la médecine est un art si étendu, qui demande une pratique et une étude si longues, que l’on ne saurait remplacer l’homme éclairé qui se consacre à son exercice ; mais il est des cas nombreux dans lesquels les connaissances que l’on aura puisées dans un traité de la nature de celui que nous publions pourront être appliquées avec fruit.
Cette idée, qui était venue dans la pensée de quelques médecins célèbres, les avait engagés à publier des ouvrages qui pussent servir de conseils et de guides pour les personnes étrangères
INTRODUCTION
à l’art de guérir. Ainsi le célèbre Tissot publia un Avis au Peuple sur sa Santé, des Conseils aux gens de Lettres, et des Conseils aux gens du Monde. Ces ouvrages avaient pour but d’éclairer le public sur des matières dans lesquelles il est si sujet à errer. Bcjchan publia aussi un ouvrage qui eut à la fin du dernier siècle un immense succès : la Médecine domestique, en six volumes in-8°, fut un des livres qui se répandirent avec le plus de profusion, et plusieurs ! éditions attestèrent que cet ouvrage était venu remplir une place dont le Yide s’était vraiment fait sentir.
Aujourd’hui, en raison du rapide progrès des sciences, tous ces ouvrages ont vieilli, et ne sont plus au niveau des connaissances; il n’en existe aucun pour les remplacer : car, de tous les livres du même genre qui ont paru jusqu’à ce jour, aucun n’est fait avec assez de méthode et assez d’étendue pour être profitable, aucun n’est assez clair et assez élémentaire pour être compris, enfin aucun n’est fait dans le but d’utilité usuelle et pratique que nous avons donné au Dictionnaire que nous publions.
Ce ne sont pas des faits curieux, des détails pourvus de quelque intérêt, enfin les amusements de la science qui font la matière de nos articles. Notre but est plus sérieux et plus grave : nous voulons populariser les règles d’une bonne et sage conduite dans toutes les conditions de santé où peut se trouver un individu, en même temps que nous voulons faire connaître d’une manière exacte et élémentaire l’admirable mécanisme de l’organisation et des fonctions de l’économie animale.
On comprend qu’il est peu d’ouvrages qui présentent autant d’importance et d’utilité que celui que nons annonçons ; ainsi nous faisons connaître les règles de conduite que nous enseigne l’hygiène, cette partie de la science qui a pour objet de conserver la santé, en enseignant les préceptes à suivre, les écueils qu’il faut éviter. Nous examinons à cette occasion ces maximes répétées d’âge en âge, ces vieux aphorismes qui souvent n’ont d’autre mérite que leur ancienneté, et dont les lumières de la science moderne ont fait justice.
Nous indiquons également quelle est la conduite à tenir dans les divers accidents et les maladies, lorsque l’on ne pourra avoir immédiatement les secours du médecin. Ces cas, qui sont rares dans les villes, sont fréquents dans les campagnes, et c’est là surtout qu’il est important de combattre la routine et les préjugés ; car il arrive souvent qu’une maladie, peu grave d’abord, devient dangereuse par les mauvais moyens que l’on emploie avant l’arrivée du médecin, ou par le temps précieux que l’on perd sans l’appeler. Il est d’autant plus important d’être éclairé sur ces objets, qu’il est pour ainsi dire impossible de se défendre de ce sentiment puissant qui nous porte à soulager les souffrances dont nous sommes témoins.
Nous indiquons les soins à donner aux malades, les précautions dont il faut les environner, les moyens les plus convenables de préparer les tisanes et les médicaments les plus usuels, c’est-à-dire ceux qui ordinairement se font dans la maison du malade.
Nous disons aussi quelles sont les meilleures méthodes de pansement qu’il faut mettre en usage, et quels sont les soins dont il faut s’entourer dans ces plaies et dans ces diverses infirmités qui affectent tous les âges et toutes les conditions de la vie. Il est surtout des situations de santé dans lesquelles nos conseils pourront être d’une grande utilité; c’est dans les maladies chroniques, qui souvent dans le début échappent à l’attention des malades, qui ne songent à consulter le médecin que lorsque l’affection a pris un caractère de gravité qui en compromet la guérison. Dans ce cas, le malade pourra, sinon juger de son état, du moins avoir l’attention éveillée sur l’importance des symptômes dont il ne soupçonnait pas le danger.
Les personnes affectées de ces maladies longues, et qui cherchent de tous côtés des secours rapides ou du soulagement, apprendront encore, par la lecture de cet ouvrage et par les saines
notions qu’elles y puiseront, à se défier des charlatans, de ces vendeurs de remèdes qui prescrivent leurs secrets comme une panacée propre à guérir toutes les maladies, et qui s’inquiètent bien moins des résultats pernicieux de leurs prétendus médicaments que des avantages financiers qu’ils leur procurent. En l’absence de la loi, c’est à l’opinion éclairée du public à faire justice de cette lèpre médicale qui infecte à-la-fois les villes et les campagnes, qui attire l’or du riche comme le denier du pauvre, et qui ne leur laisse en retour qu’un espoir trompé et souvent une santé plus gravement compromise.
Ce n’est pas seulement à des individus isolés que s’appliquent les préceptes de santé ; nous examinons les diverses professions, les diverses industries; nous voyons quelles sont les causes d’insalubrité auxquelles elles peuvent donner lieu, nous signalons les maladies qui en sont le plus ordinairement la suite, et nous indiquons les moyens dont la science dispose pour en combattre les fâcheuses influences, ou pour les neutraliser lorsqu’il est impossible de les éloigner. Enfin chaque profession est l’objet d’un article spécial dans lequel il est traité d’une manière exacte de tout ce qui concerne son hygiène et ses maladies.
Dans des articles généraux nous examinons les maladies qui affectent spécialement les diverses classes de personnes, nous indiquons les précautions et les soins hygiéniques convenables pour les éviter, enfin il y a pour chaque condition et chaque âge de la vie d’utiles enseignements et de bonnes règles de conduite.
Les préceptes de salubrité seront aussi appliqués aux grandes réunions d’hommes, aux villes et aux habitations particulières ; nous signalons les abus à éviter et les règles à suivre.
Indépendamment du but d’utilité pratique, le Dictionnaire de Médecine usuelle présente, sous le rapport de l’instruction, tout ce qu’il est important que l’on connaisse sur les phénomènes de la vie; nous décrivons d’une manière rapide les principaux organes, et nous en présentons les fonctions 3 c’est surtout dans ces sortes d’articles que nous tâchons d’être d’une lucidité complète, car nous considérons l’étude sommaire de l’organisation humaine comme le complément d’une éducation un peu étendue, et ce fait est tellement rationnel et logique, qu’il nous paraît superflu de le développer plus longuement ici.
Notre travail ne sera pas sans utilité pour les médecins; ils y trouveront traités d’une manière toute spéciale, et le plus souvent par des hommes dont on ne saurait contester le mérite éminent, des sujets qui déjà leur sont familiers, mais qui, ni dans les traités particuliers, ni dans les dictionnaires, n’ont été envisagés sous cet aspect. Les étudiants en médecine y puisent de saines notions élémentaires qui leur seront utiles pour les initier aux parties plus élevées de la science.
Pour compléter ce travail et le rendre utile sous toutes les formes, nous y avons joint le vocabulaire des mots le plus ordinairement employés en médecine, quoique ces mots ne soient pas de nature à pouvoir entrer dans notre cadre ni donner lieu à des articles développés ; mais comme il est impossible qu’on ne se serve point dans la rédaction des articles des termes scientifiques qui ne peuvent avoir d’équivalent dans le langage ordinaire, il est important que le lecteur en ait immédiatement la définition; enfin, nous voulons que lorsque le malade entendra un mot sortir de la bouche de son médecin, il puisse en connaître la signification, et que la science perde ce caractère mystérieux qui ne peut profiter qu’à l’ignorance, et non au vrai mérite »