CHAPITRE I". — NOTIONS PRÉLIMINAIRES
Dans toute science bien coordonnée, les raisonnements qui la constituent et les faits sur lesquels elle repose doivent s’enchaîner dans un ordre logique, de telle sorte que chaque fait,
INTRODUCTION
chaque raisonnement soit la déduction rigoureuse, la conséquence obligée des faits et des raisonnements qui précèdent, et qu’à leur tour, ceux-là servent eux-mêmes de base à ceux qui vont suivre. C’est ce qui a lieu dans les sciences mathématiques. Ainsi, dans la géométrie, par exemple, on vous montre comment le point engendre la ligne, comment celle-ci, se mouvant parallèlement à elle-même, engendre la surface, qui devient à son tour le générateur du solide ; îomment les propriétés constatées dans les rapports des lignes entre elles servent à l’explication ;3es propriétés des figures qu’elles engendrent : pourra-t-on comprendre la théorie des parallèles jttl’on n’a pas étudié auparavant les propriétés des perpendiculaires, etc.? Une science ainsi faite 3e peut que bien difficilement être décomposée et morcelée en ses divers éléments, l’étude de scs Jiflférentes parties ne peut être faite séparément. On nepourraitdonc apprendrelesmathématiqu: - ]ans un livre fait suivant le plan des dictionnaires, c’est-à-dire dans lequel les divers articles, au lieu d’être dans leur ordre d’enchaînement, seraient rangés ou plutôt dispersés suivant l’ordre alphabétique. En est-il de même pour la médecine? et parce que ses principes sont moins rigoureusement démontrables, parce qu’il y a moins d’unité dans ses différentes parties, est-ce donc qu’on peut ainsi l’apprendre par fragments, comme si elle se composait de faits isolés et que rien ne rattache les uns aux autres? Celui qui aurait cette opinion des sciences médicales serait gravement dans l’erreur. Oui, la médecine a ses bases, l’anatomie et la physiologie; les différentes maladies elles-mêmes se rattachent à certains groupes dont l’histoire générale doit être connue avant que l’on puisse comprendre l’histoire d’une maladie en particulier. Ainsi on peut, à la rigueur, lire à part l’article Angine , je suppose, ou l’article Hémoptysie ; mais, pour bien comprendre le premier, il faut connaître les phénomènes de V inflammation , et en sous-ordre, les phénomènes des inflammations des muqueuses ; les détails relatifs à l’hémoptysie ou hémorrhagie des bronches, s’appuient sur les faits relatifs aux hémorrhagies en général. Ainsi» dans les ouvrages du genre de celui-ci, il faut donc s’attendre à se voir renvoyé d’un article à l’autre. Ces indications secondaires sont le fil qui guide le lecteur et lui permet de comprendre le fait qu’on lui expose à l’aide du complément auquel on le renvoie, et des principes dont on lui indique la source à un autre article.
Il est cependant un moyen de simplifier et de faciliter ces recherches, de donner à un dictionnaire tous les avantages d’un traité dogmatique : c’est de placer sous forme d’introduction, en tète de l’ouvrage, un résumé méthodique de la science qui s’y trouve traitée. Un semblable travail montre le lien commun qui réunit les articles séparés et épars dans le dictionnaire, et rétablit l’unité, l’harmonie, au milieu de ce désordre plus apparent que réel. C’est, sans plus de préambule, ce que nous allons nous efforcer de réaliser ici.
La médecine, prise dans sa plus large acception, exige la connaissance de plusieurs autres sciences dont l’histoire a été donnée dans différents articles de ce dictionnaire, au point de vue spécial de la pathologie. Ainsi, la base première de toute notion relative à l’homme malade est une connaissance exacte et approfondie de l’homme sain, tant sous le rapport de la structure, de la disposition matérielle de ses organes [anatomie), que sous celui des fonctions accomplies par ces mêmes organes ( physiologie ).
Connaissant ainsi ce qui constitue l’homme à l’état de santé, il s’agirait d’apprécier les conditions qui peuvent conserver cet état : c’est l’hygiène, qui s’appuye sur une étude attentive et minutieuse des causes tant intérieures qu’extérieures qui peuvent modifier les organes dans leur structure, troubler le jeu des fonctions, en un mot déterminer cet état anormal qu’on appelle la maladie.
Cette science de l’homme malade, ou pathologie, se divise en deux branches ou sections habituellement séparées dans la pratique. Dans l’une, on s’occupe des maladies le plus ordinaire-
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ni
ment intérieures et qui peuvent guérir sans le secours des opérations et des pansements; c’est la pathologie interne ou médecine proprement dite; la seconde a pour objet les maladies le plus ordinairement extérieures, dont le traitement exige l’intervention soit de la main armée d’instruments divers, soit de pansements, etc., etc. : c’est la pathologie externe ou chirurgie proprement dite. Dans l’une comme dans l’autre, il faut étudier 1° les causes des maladies: c’est ce que l’on nomme Y étiologie ; 2° les désordres matériels que ces maladies apportent dans les organes, ou dont elles sont elles-mêmes les conséquences : c’est ce qui constitue Yanatomie morbide ou pathologique , opposée à l’anatomie normale ou anatomie de l’homme à l’état sain 5 3° les symptômes ou phénomènes morbides opposés aux phénomènes normaux dont ils sont la diminution, l’augmentation ou la perversion : c’est la symptomatologie ; 4° les moyens de différencier les maladies les unes des autres, ou art du diagnostic ; 5° les signes qui peuvent faire prévoir une issue favorable ou funeste, prochaine ou éloignée, ou pronostic; 6° enfin, le mode de traitement approprié à la nature de la maladie: c’est la thérapeutique, qui est médicale ou chirurgicale, suivant que les moyens employés consistent seulement dans l’administration des substances douées de certaines propriétés dites médicamenteuses, ou dans les procédés chirurgicaux.
Mais cette thérapeutique médicale, qui emprunte ses ressources aux trois règnes de la nature, exige impérieusement des connaissances de minéralogie, de botanique et de zoologie, et, de plus, des lois chimiques qui président aux compositions et aux décompositions des corps. A la thérapeutique se rattachent encore le régime et quelques autres considérations qui rentrent dans l’hygiène.
Dans tout ce qui précède, le sujet, c’est-à dire l’homme sain ou malade, est considéré en luimême. 11 reste encore une autre science qui règle les rapports avec la société et les lois, c’est la médecine légale, qui, appliquant les diverses connaissances que nous venons d’énumérer, éclaire les magistrats dans les questions si graves, et en même temps si délicates, relatives aux empoisonnements, à l’infanticide, au viol, aux assassinats, etc.
Pour suivre dans cette introduction un ordre méthodique qui n’est autre que celui adopté dans les écoles pour l’enseignement de la médecine, nous parlerons d’abord des sciences accessoires, telles que la physique, la chimie, la minéralogie, la botanique, la zoologie; nous poserons ensuite quelques généralités sur l’anatomie et la physiologie, ayant soin de renvoyer aux différents articles dans lesquels on trouvera les détails nécessaires pour l’intelligence de ces différentes questions.
Passant ensuite à l’histoire de la pathologie interne et externe, nous donnerons pour chacune une classification , dans lesquelles les affections analogues se trouveront groupées sous des chefs divers. On pourra saisir ainsi d’un seul coup-d’œil l’ensemble de la médecine et de la chirurgie, et on comprendra comment tant de maladies en apparence si diverses se réunissent cependant de manière à former des familles plus ou moins naturelles, comme cela a lieu pour les plantes et les animaux. — A l’occasion de la thérapeutique , nous donnerons aussi une classification des médicaments, rangés d’après leur mode d’action sur l’économie.