CHAPITRE III. — DE LA CHIMIE
Ainsi que nous l’avons dit dans la définition de la physique, la chimie est la science qui a pour objet la connaissance des actions moléculaires des corps les uns sur les autres et des changements qui en résultent. On entend par action moléculaire l’effet d’une force qui nous est inconnue dans son essence, et qui tend à réunir les particules d’un corps à celles d’un autre, ou à éloigner ces particules les unes des autres pour les combiner à d’autres, dans un ordre et dans des proportions variables.
On distingue en chimie deux espèces de molécules, 1° les molécules intégrantes, celles dont l’ensemble forme le corps auquel elles appartiennent et qui sont toutes semblables à la masse d’où elles proviennent. Ainsi, l’atome ou la molécule du fer est regardée comme pareille au fragment de fer d’où on l’aurait isolée; 2J les molécules constituantes sont celles qui, par leur union, forment les particules élémentaires des corps. Ainsi, dans le carbure de fer, formé de
INTRODUCTION
carbone et de fer, la dernière particule présente, comme l’ensemble, du carbone et du fer; d’où il résulte que les différents corps de la nature sont divisés en simples et composés. Les premiers, qu’on appelle aussi éléments, n’ont pu être encore décomposés par les moyens que possède aujourd’hui la chimie ; ils ne renferment qu’une seule espèce de molécules : tels sont l’or, l’argent, le soufre, le phosphore, etc. Les corps composés sont produits par la réunion de molécules de différentes espèces : tels sont l’air, l’eau, le bois, le marbre, etc. Depuis Empédocle, on n’admettait dans la nature que quatre éléments, l’eau, la terre, l’air et le feu ; mais les beaux travaux de Lavoisier et des chimistes de la fin du dix-huitième siècle ont fait voir que l’air n’était qu’un mélange de gaz , l’eau un composé d’hydrogène et d’oxigène , la terre un produit d’une foule de substances différentes, et enfin la théorie le la combustion a démontré que ces prétendus éléments étaient composés, tandis que le nombre des éléments véritables était beaucoup plus considérable qu’on ne l’avait cru.
Ainsi que nous l’avons dit dans nos généralités sur la physique à propos de l’attraction, on ne peut comprendre les divers phénomènes de la chimie sans admettre une force particulière s’exerçant à des distances infiniment petites, et qu’on nomme attraction moléculaire. Quand cette force, avons-nous dit, s’exerce entre des molécules de différente nature, on l’appelle affinité. Cette affinité s’exerce entre les solides, les liquides et les gaz : de solide à liquide , de solide à gaz et de liquide à gaz ; mais elle a lieu avec d’autant plus de facilité que les molécules sont moins fortement unies entre elles par la cohésion ; aussi la chaleur qui éloigne les uns des autres les atomes intégrants, et l’état liquide ou gazeux, favorisent-ils singulièrement cette action. L’électricité joue aussi un grand rôle dans les combinaisons des corps les uns avec les autres par les phénomènes d’attraction qu’elle détermine. Dans presque toutes les combinaisons chimiques, il y a dégagement de calorique et de lumière, ou bien , au contraire, production de froid et toujours dégagement de l’électricité. Une chose fort remarquable, c’est que, dans l’immense majorité des cas, les propriétés des composés diffèrent essentiellement des propriétés des composants, de telle sorte que c’est en réalité un corps nouveau qui s’est formé , n’ayant aucun rapport de propriétés avec ceux qui ont servi à le former. Ainsi, deux gaz peuvent former un liquide, deux substances irritantes peuvent donner lieu à un composé inerte, etc.
On appelle synthèse l’opération dans laquelle on réunit deux ou plusieurs corps pour former un composé, et, par contre, analyse, l’opération au moyen de laquelle on sépare, on isole les divers éléments d’un corps composé, de manière à déterminer les rapports dans lesquels ils étaient unis.
Lorsque l’affinité de deux corps l’un pour l’autre est très-forte, ils s’unissent dans un petit nombre de proportions dont les rapports sont toujours simples, tandis que si l’affinité est peu marquée, le nombre des proportions dans lesquelles ils s’unissent est en quelque sorte infini ; ainsi, l’eau et le sucre, ou l’eau et le sel, s’unissent dans une multitude innombrable de proportions, et ici, la combinaison est si légère, que le composé participe des propriétés des composants, ce qui n’a pas lieu dans le premier cas.
Des corps simples. — Ainsi que nous le disions tout-à-l’heure, le nombre des corps simples s’est rapidement augmenté sous l’influence des travaux modernes ; on en reconnaît aujourd’hui 60, et il n’y a pas plus de quinze ans on n’en connaissait que 52. On les partage en deux séries : la première comprend les corps non métalliques ou métalloïdes , qui ne conduisent pas l’électricité et la chaleur, et développent de l’électricité négative; la seconde renferme les corps métalliques ou métaux, qui sont plus ou moins conducteurs de l’électricité et de la chaleur, et dégagent de l’électricité positive
INTRODUCTION
Première classe. — Métalloïdes ou corps électro-négatifs.