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tilles de Dareet; mais il a surtout de l’analogie avec | l’eau de Vichy. On le prépare avec bi-carbonate de j soude, 1 à 2 gr., eau gazeuse d’acide carbonique à I quatre volumes, 1 litre. Le soda-water peut convenir | dans certaines gastralgies, dans quelques affections | de la vessie et dans la gravelle. J. B.

soDESi (Eau minérale de). V. au Supplément. ! sosiuax ( chim .), s. m. C’est le nom du métal radical de la soude ; il fut découvert par Davy en 1806. (V. Soude et au Supplément.)

soif ( physiol .), s. f. (sitis) . Le besoin de répar les pertes continuelles que nous faisons de la partie liquide du sang par les sueurs, les urines, etc., est annoncé par une sensation particulière appelée soif. Elle est de deux sortes : l’une qui a lieu pendant les repas et qui résultedu besoin qu’ont les aliments solides d’être délayés ; la seconde a lieu dans les intervalles des repas, c’est celle qui nous occupe ici. Elle varie suivant l’état de santé ou de maladie. Les affec- j tions dans lesquelles il y a réaction fébrile vive sont ordinairement caractérisées par une soif très-in tensea il y a ordinairement aussi de la soif quand le sujet ; faitdespertesconsidérablesdeliquidesparlessueurs, les urines, les selles ; de là la soif inextinguible des j diabétiques et des cholériques. Ce besoin est un des J plus impérieux de l’économie; quand on ne peut y j satisfaire, la sensation, dont le siège paraît résider j dans le pharynx, se change en une véritable douleur, , la bouche et l’arrière-gorge se sèchent et peuvent devenir le siège de phlegmasie et même de gangrène ; en même temps le sujet est en proie à une exaltation extrême portée dans certains cas jusqu’au délire fré- j nétique, dont la mort est la terminaison terrible et inévitable. Le siège de la soif paraît résider dansl’ar- J rière-gorge; le fait est que des applications faites sur j cette partie la calment; mais celte sensation est éga- j iementcalmée,quelquesoitlemoded’introduction de l’eau, par les injections dans les veines, par les bains, etc. Quant à sa cause essentielle, on a proposé différentes hypothèses dont aucune n’est à l’abri d’objections. solaire (Plexus). (V. Sympathique [grand].) solaisées [bot.). V. au Supplément.

soiéaibe (i mat .), s. m. ( soleus , de solea , semelle). On donne ce nom à un muscle très-puissant ! situé à la partie postérieure de la jambe, et dont la ; forme ressemble assez à celle d’une semelle de soulier; il est large, aplati, presque ovale en haut; il se fixe au bord postérieur et supérieur du péroné et à la | partie interne postérieure et supérieure du tibia. En ■ bas, il se termine par un large tendon qui se réunit à celui des membres jumeaux, et sous le nom de j tendon d’Achille, se fixe à la partie postérieure du calcanéum. Ce muscle sert à étendre le pied sur la ! jambe; c’est un des agents les plus puissants de la station, de la marche et du saut. J. B.

SOI.IBESZSS (i méd .), s. m. (de solidus, solide); qui a de la fermeté, de la consistance, opposé à humeur ou liquide. Le corps humain , en tant que matière, est formée de solides et de liquides; de là deux grandes doctrines, entre lesquelles se sont partagés les médecins à différentes époques. Les uns, plaçant le point de départ des maladies dans les humeurs, ont pris le nom d’humoristes; l’ensemble de leur doctrine constitue V humorisme. (Voy. ce mot.) Les autres ont attribué la cause des

maladies aux altérations des solides ; ils ont pris le nom de solidistes, et leur système celui de solidisme. Enfin, on doit compter une troisième secte, celle des auteurs qui ont été chercher en dehors de la matière la source de leurs explications; ce sont les animistes ou vitalistés. Il en a été parlé au mot animisme. Nous allons compléter ici ce qui a été dit aux deux articles cités plus haut, en passant rapidement en revue les principaux systèmes enfantés par le solidisme.

Cette doctrine remonte à Erasistrate, un des fondateurs de la fameuse école d’Alexandrie et rival d’Hérophile. Erasistrate regarde les nerfs, les veines, ies artères comme le siège de toutes nos maladies. De l’air circule dans les vaisseaux artériels, et du sang dans les veines; si le sang vient prendre la place de l’air, il en résultera des inflammations, la fièvre, etc. Plus tard, Asclépiade jeta les fondements d’un système qui s’est encore reproduit de nos jours sous une forme différente ; je veux parler du méthodisme, qui fut surtout développé par son diseiplejThémison deLaodicée. Suivant eux, la régularité des fonctions s’accomplit sous l’influence d’uue propriété particulière des tissus organisés, et qu’il nomme tonicité , et par les relations sympathiques qui s’établissent entre les différents organes. Si la tonicité est augmentée, il y a resserrement du tissu organique (strie tum)-, si, au contraire, elle est diminuée, il y a relâchement (laxu «tu Thémison n’admettait donc que deux groupes principaux de maladies; cependant, comme il observait quelquefois des phénomènes de resserrement dans une partie, alors qu’il y avait relâchement dans une autre, il admit, sous le nom de mixtum (mixte), un troisième groupe dans lequel se rangeraient ces cas de complication. Le méthodisme s’éteignit dans les premiers siècles du moyen-âge, écrasé sous le système de Galien qui n’admettait pas seulement les altérations des humeurs, comme on l’a prétendu à tort, mais qui, en sa qualité d’éclectique, reconnaissait aussi les lésions des solides ; mais nous ne parlons que des solidistes purs. Malgré les efforts de P. Alpin (1611) , ce n’est que vers la fin du xvn® siècle que les solidistes reparaissent dans la personne de Baglivi, qui admet deux sortes de maladies des solides , par tension ou par relâchement , puis dans celle de Fréd. Hoffmann, qui ne veut voir dans la pathologie que le spasme et Y atonie, lésions qui ont leur origine dans le système nerveux. Cullen adopta les idées d’Hoffmann, et sa Nosologie repose entièrement sur cette base. Deux hommes célèbres, dont les doctrines se sont succédé presque sans intervalle, ont, sous des noms différents, reproduit les mêmes principes. Brown avance que la vie s’entretient par une propriété de la matière qu’il nomme incitabilité (c’est la tonicité de Thémison) ; son exagération ou sthenie ( strictum des méthodistes), son affaiblissement ou asthénie ( laxum ) , sont la source de toutes les maladies. Broussais prend le même point de départ, s’empare de l’ irritation de Haller qu’il substitue à la sthénie de Brown, de même qu’il appelle abirritation Y asthénie, et voilà un système nouveau. Seulement comme nous l’avons dit ailleurs (V.Irritation), tandis que Brown voyaitpartout l’asthénie, Broussais voyait partout l’irritation . Les théories des médecins italiens modernes sur les stimulants et les contre-stimulants ne différent guère de celle deBrown

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et de Broussais. C’est surtout sur l’action des médicaments qu'ils ont des idées à part, attribuant des propriétés affaiblissantes ou contre-stimulantes à une foule de substances que nous regardons comme stimulantes; ils diffèrent encore de nous par les doses élevées auxquelles ils les administrent, par leurs idées sur la tolérance , etc. Cependant, il faut le dire, l’exactitude de leurs idées a déjà été vérifiée pour plusieurs substances.

Aujourd’hui les solidistes exclusifs sont peu nombreux ; ils forment encore une petite église à part sous le nom d’organiciens , refusant d’admettre comme cause des maladies , toute autre lésion que celle des solides; mais les tendances éclectiques de notre époque se répandent de plus en plus , et la grande majorité des médecins reconnaît que, l’économie vivante offrant des solides et des liquides doués de propriétés , il peut y avoir trois ordres de lésions, suivant que les solides, les liquides ou les propriétés ou fonctions sont seules lésées , et c’est en effet ce que la raison avait dit depuis longtemps. Le vieil aphorisme est toujours vrai dans les sciences comme dans les mœurs et la politique : in medio stat virtus.

E. Beaugrand.

solitaire (Ver). (Y. Vers.)

SOLUTION ( path . et chim .), s. f. (solutio). Ce mot est pris en différentes acceptions. En pathologie, il signifie la terminaison, l’issue d’une maladie. On appelle, en chirurgie, solution de continuité toute lésion dans laquelle la continuité d’un organe se trouve interrompue par une division ; telles sont les plaies, les fractures. — Enfin, on appelle solution, en chimie, l’acte par lequel un corps solide passe à l’état liquide sous l’influence d’un liquide. C’est ainsi que le sucre, le sel sont en solution dans l’eau. J. B.

sommeil ( physiol .), s. m. (somnus).Le sommeil est un état de repos des organes des sens et de l’intelligence, pendant lequel toutes les relations avec le monde extérieur sont interrompues , et les mouvements volontaires suspendus. Cet état de repos de l’organisme ne s’observe pas seulement chez les animaux, mais même chez les plantes. On voit en effet les végétaux qui , pendant la veille , tiennent la face supérieure de leurs feuilles tournée vers la lumière, les redresser pendant la nuit et les appliquer les unes contre les autres le long de la tige. Dans cet état, ils émettent de l’acide carbonique et absorbent de l’oxygène, tandis que c’est précisément le contraire dans la veille.

C’est ordinairement la nuit qui est le temps consacré au repos pour tout le règne organique. On conçoit, en effet, que, dans cette période, les excitants sont en bien moins grand nombre que pendant le jour. Cependant, les causes les plus puissantes du sommeil résident dans les corps organisés euxmêmes, et consistent dans la fatigue qu’amène l’action longtemps prolongée des organes des sens et du mouvement. Certains individus font de la nuit le jour; mais c’est le plus souvent aux dépens de leur santé. Il est cependant des animaux nocturnes qui normalement dorment pendant le jour.

Les personnes replètes et à tempérament sanguin, les jeunes sujets , sont plus particulièremeni disposés au sommeil. On sait que les enfants nouveau-nés

passent à dormir presque tout le temps qu’ils n’emploient pas à teter, fonction qu’ils accomplissent même parfois tout en dormant. Certaines circonstances peuvent provoquer le sommeil : un repas copieux, l’abus des boissons alcooliques, et enfin, les narcotiques ou hypnotiques.

Tout le monde connaît les phénomènes qui annoncent le sommeil : les yeux se voilent , la pensée s’alourdit, les membres cessent d’obéir à l’influence de la volonté, qui, elle-même, est réduite à l’inaction; les paupières s’appesantissent ; enfin tout semble s’anéantir, et on tombe dans le sommeil. Dans cet état, les actions organiques continuent à s’accomplir, mais avec moins d’activité; la digestion, commencée pendant la veille, s’achève; les battements du cœur et les mouvements respiratoires sont moins fréquents; la calorification diminue; aussi, quand on dort, a-t-on besoin d’une température plus élevée que pendant la veille. Les sécrétions ont lieu, mais moins abondantes, les absorptions continuent.

Souvent, surtout dans la première période du sommeil, les idées sont complètement éteintes. Mais assez souvent aussi, surtout chez les personnes nerveuses, quand l’esprit a été pendant le jour vivement préoccupé de pensées tristes ou gaies , d’un travail important, etc., les idées continuent de se produire : il y a ce qu’on appelle des rêves, des songes. Ces rêves ne sont autre chose que la reproduction des idéesacquises parles sens pendant la veille. Ainsi, les événements bizarres ou naturels, heurtés, saccadés, interrompus ou suivis, qui se présentent à nous dans les rêves, ne sont que des composés d’idées ou de faits qui nous sont arrivés, que nous avons lus, vus, et auxquels nous avons pensé; de même que les romans ne sont que des composés imaginaires d’événements et de caractères réels , disposés dans un ordre particulier, suivant le génie de l’auteur. Une circonstance assez ordinaire dans les songes , quand on perçoit une sensation quelconque, c’est de la rapporter à l’une des causes qui, dans l’état de veille, auraient pu la produire. Ainsi, que nous éprouvions une douleur spontanée ou accidentelle dans une partie, et nous nous imaginerons que nous y avons reçu un coup, une blessure, et le cerveau, brodant sur ce thème, nous représentera une querelle, une rixe, une chute, etc., qui amènera la lésion nécessaire pour expliquer la douleur. L’excitation des parties génitales, ordinairement occasionnée par la continence et accrue par la chaleur du lit, nous entraîne à des rêves lascifs , dans lesquels nous réalisons par la pensée l’acte qui doit satisfaire nos désirs. On a beaucoup parlé de pressentiments qui se sont manifestés dans les rêves. Tel événement qui nous était arrivé en dormant nous arrive réellement tôt ou tard... On conçoit parfaitement que dans la multitude d’aventures qui se déroulent pendant les rêves , le hasard peut bien faire que des coïncidences plus ou moins exactes, plus ou moins forcées , s’établissent entre le songe et la réalité. Mais les esprits sérieux ne peuvent voir là qu’une coïncidence toute fortuite , sur laquelle on s’est arrêté par suite de ce penchant de l’esprit à généraliser les faits exceptionnels ou accidentels qui nous frappent d’autant plus vivement qu’ils sont plus rares. Nous nous en tenons rigoureusement à l’adage trivial : Tous les songes sont mensonges . Quant on somnambulisme, voy. ce mot.

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Tantôt, au réveil, nous avons un souvenir exact de ce qui nous est arrivé pendant notre sommeil , tantôt ce souvenir s’efface et disparaît entièrement. Ce réveil est tantôt calme et paisible : c’est la cessation du sommeil ; tantôt il est brusque , instantané 5 il a lieu, comme on le dit, en sursaut : c’est ce qui arrive souvent dans les rêves pénibles. En tout cas, une fois le sujet rendu au monde extérieur, les idées renaissent , les membres engourdis reprennent leur activité après quelques mouvements de flexion et d’extension, par lesquels ils semblent essayer leurs ressorts. L’homme rentre alors dans l’activité qui constitue la veille.

La durée du sommeil est très-variable , suivant les individus et les âges. Certaines personnes dorment à peine deux ou trois heures par nuit ; d’autres, au contraire, huit à dix heures ; mais la durée moyenne du sommeil chez l’homme adulte est de six à sept heures. Chez les vieillards, le sommeil est souvent court, inquiet, interrompu, tandis que chez les enfants, il est très-long et continu. Les auteurs ont rapporté quelques exemples très-curieux de sujets qui ont dormi pendant des mois, des années même, se réveillant de temps en temps pour maDger, et se replongeant aussitôt dans le sommeil. Tous ces faits n’ont pas un cachet d’authenticité qui puisse les faire admettre sans discussion, il en est cependant qui sont incontestables.

A côté du sommeil, on peut placer les engourdissements quecertains animaux éprouvent pendant une partie de l’année : les loirs pendant l’été, les ours, les marmottes, etc., pendant l’hiver. Cette dernière faculté a été nommée hibernation.

Un mot sur les particularités que présente le sommeil au point de vue pathologique. Il est ordinairement troublé ou même suspendu dans les affections aiguës, surtout celles qui s’accompagnent de douleurs, comme les rhumatismes, ou quand il y a une grande exaltation du système nerveux. On sait que les fous, les maniaques dorment peu. Le sommeil est généralement interrompu par un réveil en sursaut dans les maladies du cœur. Il est, au contraire, lourd, pesant dans certaines affections cérébrales, avec compression du cerveau; le sujet tombe alors dans un état particulier désigné sous le nom de cdma. (Y oy. ce mot.) Beaugband.

soMiîAMBiJLE (physiol.,path.) , adj. (d esomnus, sommeil, et ambulare , se promener, littéralement qui se promène en dormant).Cette expression s’applique à l’état de certains individus qui, étant endormis, se lèvent, marchent, et peuvent faire toutes les actions d’un homme éveillé. On les appelle aussi quelquefois noctambules ; mais cet adjectif, dont le sens est qui marche pendant la nuit, s’appliquant tout aussi bien à ceux qui sont éveillés qu’à ceux qui dorment , ne saurait être accepté. Enfin on appelle somniloques ceux qui parlent en dormant. C’est là le premier degré du somnambulisme, et qui le précède souvent. On sait que beaucoup de personnes causent pendant leur sommeil, et répondent pertinemment aux questions qui leur sont adressées.

Le somnambulisme est naturel, c’est-à-dire qu’il se développe spontanément ; ou bien il est provoqué par certaines manœuvres, c’est le somnambulisme artificiel ou magnétisme animal.

Du somnambulisme naturel. — On trouve

dans les auteurs une multitude de récits plus ou moins authentiques, des actions curieuses et extraordinaires auxquelles se seraient livrés certains somnambules. Dans l’impossibilité de donner une description générale de ces diverses actions, et qui puisse s’appliquer à tous les cas, nous citerons quelques-uns de ces faits. Nous n’avons que l’embarras du choix ; mais nous ne garantissons pas toujours l’exactitude de ces faits, qui ont été souvent recueillis par des personnes peu habituées à l’observation. Il faut enfin faire la part de l’amour du merveilleux, qui porte à grossir, à exagérer l’importance des phénomènes qui sortent de la ligne ordinaire.

Laudensis , jurisconsulte , rapporte qu’il a vu à Paris un Anglais qui avait coutume de monter en dormant surle toit de la maison, et des’en aller dans les églises les plus éloignées de chez lui. Marianus, autre jurisconsulte, raconte qu’il connaissait dans son voisinage une jeune fille qui, la nuit, sortait de son lit et pétrissait delà farine sans s’éveiller. Guill. Fabrice de Hilden, célèbre chirurgien du xvne siècle , rapporte qu’il y avait dans le district de Bâle (Suisse) , une paysanne qui se levait souvent pendant la nuit, et faisait son ménage en dormant ; que quelquefois même, ainsi endormie, elle avait été trouver aux champs ceux qui y travaillaient. Voici quelques faits plus compliqués. Un écolier studieux, dit Gab. Clauder [Eph. nat. cur., dec. II, an 5, p. 380), avait eu de son maître plusieurs fois des thèmes à mettre en latin qu’il remettait à faire le matin, pour suivre sans interruption d’autres études ; mais en se levant au point du jour pour y travailler, il trouvait achevé ce qu’il avait laissé à faire. Surpris d’une chose aussi extraordinaire , il soupçonne que le diable y a part , et en avertit son maître, lequel recommande à deux de ses camarades de l’examiner attentivement pendant son sommeil. En effet, ils le virent, après une ou deux heures de sommeil, se lever , entrer dans la classe, où , en dormant et sans le savoir , il fit son thème ; après quoi il sortit et vint se recoucher. — Je connais , dit Henry de Heers, un vieillard avec lequel je suis lié depuis l’enfance; il a fait des choses singulières en dormant. Comme il s’appliqua de bonne heure à la poésie , après avoir travaillé inutilement pendant le jour à retoucher des vers qu’il avait composés, il lui arriva de réussir mieux en dormant : il sortit de son lit, ouvrit son pupitre, écrivit, et relut plusieurs fois à haute voix ce qu’il venait d’écrire, et se donna de grands éloges accompagnés de grands éclats de rire... Ceux qui l’ont vu marcher et lire assurent qu’il avait les yeux trèsouverts. ( Bibl . choisie de méd. Planque, art. Somnambule.)

Lorsque les somnambules sont dans des endroits dangereux, comme sur un toit, une fenêtre, ou suspendus à une corde, il ne faut pas les éveiller , dit Sennert, mais les laisser où ils sont, parce qu’ils tomberaient certainement et se tueraient. On a beaucoup parlé de l’adresse merveilleuse des somnambules, et beaucoup de personnes croient que, livrés à eux-mêmes, il ne leur arrive jamais d’accident. C’est là une grave erreur. Libavius a connu une servante somnambule, qui voulant mettre la tête à une fenêtre fermée, en brisa la vitre et se blessa. Le même rapporte qu’un tailleur, dans le même cas

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prit le rebord d’une fenêtre pour son lit, et voulant se recoucher tomba sur le pavé et fut longtemps à se remettre de sachute. (Planque, loc. cit.) Une jeune fille, dit notre collaborateur M. Deslandes [Manuel d'hygiène, p. 530), se lève tout endormie, se dirige vers une cheminée, tombe, brise l’angle de la tablette de cette cheminée et se fracture plusieurs dents, etc. On doit donc approuver la conduite de ce seigneur italien sujet à des accès de somnambulisme , et qui faisait habituellement envelopper son lit d’un fort réseau en filet de cordes, ce qui l’empêchait d’en sortir et le forçait à s’éveiller par les efforts qu’il faisait pour s’en débarrasser.

Du reste , comme nous le gisions , on a beau * coup exagéré ces phénomènes , surtout quand on a voulu les exploiter dans l’intérêt d’une doctrine ; aussi faudrait-il bien se garder d’accepter sur parole tout ce que l’on raconte à cet égard. « J’ai vu , dit Voltaire, un somnambule ; mais il se contentait dese lever , de s’habiller, de faire la révérence , de danser le menuet assez proprement , après quoi il se déshabillait , se recouchait et continuait de dormir.

« Cela n’approche pas du somnambule de l’Encyclopédie. C’était un jeune séminariste qui se relevait pour composer un sermon en dormant, l’écrivait correctement, le relisait d’un bout à l’autre, ou du moins croyait le relire, y faisait des corrections, raturait des lignes, en substituait d’autres, remettait à sa place un mot oublié ; composait de la musique , la notait exactement , après avoir réglé son papier avec sa canne, et plaçait les paroles sous les notes sans se tromper, etc., etc.

« Il est dit , continue le sceptique philosophe, qu’un archevêque de Bordeaux a été témoin de toutes ces opérations et de beaucoup d’autres aussi étonnautes. Il serait à souhaiter que ce prélat eût douné lui-même son attestation , signée de ses grands -vicaires ou du moins de monsieur son secrétaire. » ( Dict . philos., art. Somnambule ).

C’est en effet là ce qui manque le plus souvent , c’est l’autorité d’un nom qui garantisse l’exactitude des faits; et notez bien que ce sont toujours les faits les plus extraordinaires qui se glissent ainsi sans ce cachet d’authenticité que Voltaire exigeait avec tant de raison. Nous devons ajouter que les somnambules qui lisent ainsi ou écrivent le font les yeux tout grands ouverts, et souvent allument une chandelleouunelampe pour s’éclairer. Us se placent donc dans la même condition que les individus éveillés. Quant à l’explication du phénomène , nous disons avec Voltaire, qu’un somnambule est un homme qui songe plus fortement qu’un autre. Ainsi c’est un rêve en action, et pas autre chose.

Somnambulisme artificiel. — Sous ce nom, ou plutôt sous celui àemagnétisme animal, on a désigné plusieurs phénomènes bizarres, exceptionnels, miraculeux du système nerveux , attribués à certaines manœuvres particulières qui jettent le sujet dans un sommeil artificiel.

Tout le monde connaît le baquet de Mesmer et les jongleries à l’aide desquelles le célèbre Allemand agissait sur ses magnétisés. Aujourd’hui c’est au moyen de passes, c’est-à-dire de mouvements de la main au devant du visage et du corps du sujet, que l’on obtient ce sommeil extraordinaire, pendant lequel s’accomplissent tant de miracles. Ce livre étant

desMné aux questions utiles et scientifiques, n’admct pas les longs détails dans lesquels il faudrait en'nr pour tracer l’histoire complète du magnétisme animal ; aussi devons-nous nous borner à un court résumé des faits. Nous en ferons deux catégories où nous rangerons : 1° ceux qui paraissent assez bien démontrés; 2° ceux qui ne sont nullement prouvés.

1° La personne soumise aux passes magnétiques est prise de bâillements, de pandiculations, et s’endort : pendant son sommeil elle peut parler, entendre les questions qu’on lui adresse, y répondre, se lever, marcher, se rasseoir, etc.; elle éprouve quelquefois des malaises , des mouvements convulsifs. Disons tout de suite que les passes ne produisent ces effets que sur un petit nombre de personnes délicates, nerveuses, impressionnables, sur des femmes particulièrement ; mais que , dans la grande majorité des cas et sur les sujets du sexe masculin et les individus bien constitués , ces manœuvres demeurent sans effet.

2° Quant aux faits que nous ne pouvons admettre, non pas seulement parce qu’ils sont contraires aux lois bien connues de la mime, mois par ce qu'ils n’ont ! jamais pu être authentiquement démontrés , nous I noterons comme tels la vue sans le secours des yeux, soit de près, soit à distance, et à travers des corps opaques, la prophétisation, la divination de la pensée, ou le diagnostic de la nature et du siège des maladies par des individus qui n’ont pas étudié la médecine. Nous le savons, beaucoup de personnes de très-bonne foi ont croyance dans ces phénomènes ; mais bien que nous respections leur conviction, parce qu’elle est sincère et désintéressée, nous ne pouvons nous empêcher de leur dire qu’elles se trompent, ou plutôt qu’elles ont été trompées par l’adresse et les ruses des somnambules. Observer et voir sont, on l’a déjà dit, deux choses fort différentes, et le talent de bien observer n’est pas donné à tout le monde ; c’est là une science qui a ses règles et ses principes. Eh bien ! les personnes du monde, généralement amies du merveilleux, sont dans de très-mauvaises conditions pour observer rigoureusement ; ce que nous avons vu dans plusieurs séances de magnétisme nous l’a bien démontré.

Dans ces dernières années, M. le docteur Burdin, membre de l’Académie demédecine, proposa un prix de trois mille francs pour le somnambule qui serait reconnu capable de lire sans le secours des yeux. Le concours resta ouvert pendant trois ans. Quelques champions , et notamment mademoiselle Pigeaire, se présentèrent pour le disputer ; mais ils échouèrent complètement devant la commission nommée pour décerner la récompense promise. Dans les différentes expériences qui eurent lieu 1 chez le docteur Frappart , on observa plusieurs 1 somnambules qui semblaient répondre aux condi- ’ tions du programme : ainsi, plusieurs lisaient ou jouaient aux cartes avec un bandeau ou des pièces de taffetas d’Angleterre sur les yeux ; mais on ne 1 tarda pas à reconnaître que le bandeau se dérau- 1 geaitquelespiècesdetaffetassedécollaient.M. lepro- ! fesseur Gerdy, d’abord, puis MM. Peisse et Decharai bre, répétèrent ces expériences sur eux-mêmes, et,

' parfaitement éveillés, ils purent accomplir les mêmes 1 prodiges que les somnambules. J’ai vu à la Salpê- ! trière, en 1821, la fameuse Pétronille sur laquelle 1 Georget observa la plupart des faits qu’il consigna

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