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mot des fonctions auxquelles préside l’organe affecté. Dans la néphrite, la sécrétion urinaire est diminuée ou suspendue, et toujours altérée, et ainsi de suite. On comprend dès-lors l’importance d’une connaissance exacte de la valeur des symptômes, de ces cris de souffrance des organes malades, suivant l’énergique expression de Broussais. C’est par eux que l’on arrive à la détermination de la nature de la maladie que l’on observe; ils forment, quand ils ont été convertis en signes, les éléments du diagnostic. C’est à l’étude rigoureuse des symptômes que les médecins modernes se sont particulièrement attachés, et cette étude, qui constitue la séméiotique , a pris, grâce aux travaux des Corvisart, des Bayle, mais surtout des Laënnec, des Andral, des Louis, des Bouillaud, des Piorry, etc., etc., une précision presque mathématique. Les admirables procédés de l’auscultation et de la percussion ont permis d’interroger directement des organes profondément enfouis au sein des grandes cavités; le spéculum a rendu visible des parties ordinairement dérobées aux regards; enfin les secrets de la nature morbide ont été arrachés et divulgués par les habiles et infatigables observateurs que nous venons de nommer. Sousce point de vue, nous le disons sans crainte d’être démentis, la médecine a fait plus de progrès depuis cinquante ans, qu’elle n’en avait fait depuis Hippocrate, et nous ajoutons avecorgueil, que c’est presque exclusivement à des médecins français que la science est redevable du pas immense qui a été franchi depuis cette époque. C’est surtout en s’appuyant de l’anatomie pathologique, qu’une foule de phénomènes, jusque-là mal compris, mal jugés, ou qui même avaient passé inaperçus, ont été placés au rang des symptômes et des signes, et que, enfin, le diagnostic a été établi sur les bases larges et solides qu’il présente aujourd’hui. E. Beaugband.
symptomatologie. (V. au Supplément.)
systahthéi&ées. (V. au Supplément.)
sybî arthrose ( anat .), s. f. [synarthrosis, du grec sun , avec, et arthrôsis, articulation). On appelle ainsi les articulations immobiles. (Y. Articulation .)
sttetcope ( palh .), s. f. (du grec sugkopè, qui se prononce suncopè, et signifie retranchement, soustraction). C’est le nom que l’on donne, depuis Galien, à un état morbide caractérisé par une perte complète, et plus ou moins subite de connaissance, avec abolition du sentiment et du mouvement, suspension des battements du cœur et des mouvements respiratoires. On dit qu’il y a lipothymie , quand la respiration et la circulation continuant, le sentiment et le mouvement ne sont pas complètement anéantis. C’est le cas le plus ordinaire des évanouissements, ou de ce qu’on appelle se trouver mal.
Les causes de la syncope portent "plus particulièrement sur le système circulatoire ou le système nerveux : une plaie du cœur, les épanchements dans le péricarde ou dans la plèvre, qui compriment cet organe ; différentes maladies du centre circulatoire, i'anémie, surtout celle qui est produite par des hémorrhagies abondantes, sont des causes très ordinaires de la syncope. On verra encore celle ci survenir après une déplétion brusque, comme après l'évacuation des eaux d’une ascite, une transpiration
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très-abondante, une copieuse évacuation de matières stercorales chez un sujet constipé depuis longtemps, etc. D’autres fois, comme nous l’avons dit, la cause porte sur le système nerveux,-* telles sont les émoiions morales vives de plaisir ou de peine, les surprises, les frayeurs, certaines impressions de la pensée, la vue de certains objets; les fatigues tresgrandes, les excès de table ou de coït; certaines névralgies, l’hystérie, entre autres; enfin, la syncope s’observe dans plusieurs états morbides graves de l’économie, comme dans les fièvres de mauvais caractère, dans la peste, après la morsure de quelques animaux venimeux, etc...
Là syncope se manifeste assez souvent d’une manière brusque et inopinée ; d’autres fois, elle est précédée de malaise, d’un état pénible d’anxiété ; il y a des vertiges, des bourdonnements dans les oreilles, des mouvements spasmodiques, les facultés intellectuelles s’obscurcissent, et l’individu tombe privéde connaissance. Alors le visage pâlit, leslèvres sont blanches ; le corps, mais surtout la tête, se couvre d’une sueur froide, les extrémités se refroidissent, les battements du cœur sont suspendus, le pouls ne se fait plus sentir, les mouvements respiratoires semblent anéantis; cet état est l’image de la mort, et on croirait que le sujet a cessé de vivre si de petits mouvements convulsifs dont les paupières, les narines ou les lèvres sont fréquemment le siège, ne venaient attester que la vie ne s’est pas encore retirée. Quelques fonctions intérieures d’absorption et d’exhalation continuent à s’effectuer comme pendant le sommeil.
11 est rare que cet état dure plus de quelques secondes ou de quelques minutes, au plus. Les idées, le sentiment reparaissent avec plus ou moins de promptitude , et l'individu revient à lui et rentre dans son état, normal, mais, le plus souvent, avec un état de fatigue et de courbature plus ou moins marqué. On a vu la syncope se prolonger pendant des heures entières ; mais ce cas est excessivement rare. Enfin, la mort peut en être la suite .
Il est des sujets , et ce sont plus particulièrement des femmes délicates et nerveuses, qui sont trèssujets aux syncopes ; mais, dans ce cas, la perte de connaissance ne dure que quelques secondes ; il y a plutôt lipothymie, état d’anéantissement dans lequel la syncope , proprement dite , n’apparaît que pendant un instant.
La syncope est parfois un état assez grave, assez inquiétant; mais, dans une foule de circonstances, elle est absolument sans danger et parfois même favorable. C’est ainsi que la syncope survenant chez une femme en mal d’enfant, vers la fin de l’accouchement, lui épargne les douleurs des derniers moments. Celle qui se montre chez un blessé peut suspendre une hémorrhagie qui eût été mortelle, etc.
Chez des individus morts par syncope on a trouvé les principaux organes, excepté le cœur, plus ou moins complètement privés de sang.
Traitement. — Bichat a parfaitement démontré, que la syncope se produisait par l’interruption de l’action du cœur; la cessation des phénomènes intellectuels est due à ce que le sang n’arrive plus au cerveau. Le traitement offre donc une double indication : réveiller l’action du cœur et ranimer le cerveau en favorisant l’afflux du sang vers cet organe. Cette | dernière condition sera remplie en faisaut coucher
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le malade sur un plau horizontal, la tête étant même placée un peu plus bas que les pieds ; en même temps ou le débarrassera des vêtements qui peuvent comprimer la poitrine et gêner la respiration; on ouvrira les portes, les fenêtres, afin de favoriser l’arrivée d’un air frais autour du malade ; si la température était très-élevée, on agiterait l’air autour de lui avec des éventails, un mouchoir, etc. Si la syncope se prolonge, car la situation horizontale suffit souvent, seule, pour la faire cesser, on fera respirer des sels, du vinaigre très-fort, de l’eau de Cologne, de l’ammoniaque; on pourra faire brûler sous son nez des plumes , et on préférera ■. es excitants à la vapeur qui s’exhale des allumettes soufrées que l’on fait quelquefois brûler dans des cas de ce genre. Enfin, on pourra pratiquer des frictions sur la région du cœur, avec de i’eau-de-vie, de l’eau de Cologue,du vinaigre; on projettera avec les doigts de l’eau très-froide à la face. U est bien rare que ces moyens ne suffisent pas pour ramener le sentiment. Quand la connaissance est revenue, on laissera le malade encore couché pendant quelques ■< instants, on lui fera boire un peu d’eau fraîche ou quelque liqueur cordiale stimulante, suivant la nature de la cause qui a donné lieu à la syncope.
J.-P. Beaude.
sybîbk.gie (path.), s. f. (synergia , du grec sun , avec, et ergon, travail). On appelle ainsi l’action simultanée , le concours d’action entre divers organes, soit à l’état de santé, soit , comme l’admettent certains auteurs , à l’état de maladie .
sykoqïïe [path.) , s. f. et adj . [synocha , du | grec sunëchès, continu). Les anciens appelaient synoqaes toutes les fièvres continues ; ils en admet- j taient plusieurs espèces (V. Fièvre).
syefoviai, ( anal .), adj. [synovialis] . qui appartient à la synovie : appareil synovial , membranes synoviales (V. Membrane) .
synovie (anat.), s. f. [synovia, du grec sun , avec , ôon, œuf)* On appelle ainsi le fluide exhalé par les membranes qui revêtent l’intérieur des articulations , à cause de sa ressemblance avec le blanc d’œuf (V. Articulation et Membrane).
synthèse [philos, mëd .), s. f. Ce mot est dérivé du grec, sun, avec, tithëmi, je mets, je pose ; il indique la réunion , la composition ; c’est l’opposé de l’analyse, qui est la décomposition. Il a été pris dans plusieurs acceptions différentes ; en philosophie médicale, il indique le procédé à l’aide ! duquel, réunissant les éléments épars d’une ques- j tion , on vient à la constituer dans son ensemble. ; — En chimie , c’est l’action par laquelle on réunit les corps simples pour en former des composés, ou ; des corps composés pour donner lieu à des produits ; plus complexes. — En chirurgie, la synthèse est la réunion des parties divisées, comme dans les plaies, ■ dans les fractures, etc. J. B.
SYEHIEIS et SYPHIXISVE ( mèd ,), s. f. (du I grec suphylès ) ; syphilïdes, s. f. pl., dénominations j consacrées pour exprimer les formes variées sous ! lesquelles peut se présenter la maladie vénérienne, i
soit qu’il s’agisse d’accidents immédiats, soit qu’il s’agisse d’accidents éloignés ou secondaires.
Le mot syphilis, qui se dit toujours au féminin singulier, a une acception très-générale. Cette expression est synonyme de maladie vénérienne. Son étymologie est peu connue. On attribue son origine à Fracastor.
Le mot syphilide, créé par Alibert, a une acception très -restreinte. Elle ne s’applique qu’aux symptômes de la maladie vénérienne qui apparaissent à la peau sous forme d’éruption ; aussi dit-on, daus le langage médical, une syphilide , les syphilides.
Une syphilide est donc la conséquence de la syphilis , ce qui justifie suffisamment le rapprochement que nous avons fait de ces deux articles, afin de présenter un ensemble des principales notions que comporte la maladie vénérienne dans ses formes diverses.
Les opinions sont encore aujourd’hui très-par tagées sur l’origine de cette maladie en France et dans le reste de l’Europe, où .durant le xve etlexvie siècle, elle fit de si affreux ravages : les uns pensent qu’elle a préexisté à la découverte du nouveau monde ; les autres, au contraire, croient) qu’elle a été importée en Europe par les troupes qui ont fait la conquête de l’Amérique.
Au surplus, ces détails historiques importent peu dans un ouvrage où il s’agit surtout d’envisager les faits sous le rapport hygiénique.
La syphilis reconnaît pour cause un agent insaisissable, qui tantôt manifeste sa présence par des symptômes très-appréciables, et tantôt reste des années dans l’économie sans manifester aucun désordre, pour, sous l’influence d’une cause tout accidentelle, se montrer avec les formes les plus graves et souvent les plus hideuses. On a donné à cette cause le nom de virus, parce que les produits morbides auxquels elle donne lieu peuvent développer le même mal chez un individu sain sous l’influence d’une contagion.
Toutefois, parmi les médecins, deux opinions ont été émises à cet égard. Les uns, et c’est la grande généralité, admettent l’existence d’un virus syphilitique ; les autres la nient. Cette dernière manière de voir a surtout été soutenue par des hommes trèsdistingués, à cette époque où la médecine physiologique était en faveur en France. 31 ais aujourd’hui que l’enthousiasme pour ces doctrines trouve peu d’adhérents, on compterait les médecins qui nient l’existence du virus. Il est vrai de dire que , dans les siècles précédents, et notamment à l’époque où cette maladie faisait de grands ravages, alors qu’elle avait atteint les plus grandes familles de France, ainsi que le fait une véritable épidémie, l’attention des médecins était tellement appelée sur ce mal, que tout "symptôme était à leurs yéùx de nature syphilitique. Ge fut Uunter qui, le premier, sut détruire des idées aussi erronees, en démontrant que, parmi les nombreux phénomènes morbides que l’on rapportait au virus, il en existait quelques-uns dont la nature non vénérienne était évidente.
- Cette route une fois ouverte, des hommes sérieux y entrèrent avec fruit. L’un des moyens qui fut mis en usage pour arriver à ce résultat est encore employé de nos jours, c’est l’inoculation, et M. Ricord est un de ceux qui l’ont pratiquée le plus
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souvent. Il semble, en effet, que ce soit le moyen à la fois le plus rationnel et le plus probant. Mais ce moyen, outre les inconvénients graves qu’il peut avoir, n’est certain dans ses résultats qu’autant que ces derniers sont positifs ; et j’ai besoin d’entrer dans quelques détails à cet égard. Le pus d’un chancre est inoculé par une piqûre sous-épidermique ; il se développe un chancre au siège de la piqûre, il est évident qu’il ne saurait y avoir de doutes sur la nature de l’ulcération qui a fourni le pus , et la nature vénérienne du chancre primitif est démontrée.
Mais à la suite de l’inoculation, il ne se développe pas de chancre. Faut-il en conclure que le chancre primitif n’était pas vénérien? Evidemment non; car le plus beau bouton- vaccin peut ne pas se reproduire par inoculation, soit que cela dépende de l’individu sur lequel l’inoculation a été pratiquée, soit que cela résulte de la faute de l’opérateur et des mauvaises conditions dans lesquelles il s’est placé. Et cela est si vrai, que finoculatiou qui n’est pas toute récente a réussi oü a été tout-à-fait suivie d’insuccès dans les mains d’hommes dont on ne peut susp'ecter ni la bonne foi ni l’habileté. Si donc l’inoculation n’est pasinfaillible comme succès d’opération, ce mode de détermination de la nature vénérienne du chancre devient tout-à-fait infidèle, et partant elle constitue, dans beaucoup de cas, une expérimentation inutile.
Les partisans de l’inoculation établiront que, dût-elle ne pas réussir, il faut encore la pratiquer, car elle devient tout-à-fait probante lorsqu’elle Ifst suivie de succès. J’accéderais volontiers à cette proposition , si l’opération était sans aucun inconvénient.
Mais d’abord, je demanderai si ce n’est pas un inconvénient de multiplier des chancres chez un sujet qui n’en a qu’un seul. On me répondra négativement en disant qu’on fait avorter par la cautérisation tout chancre vénérien inoculé ou non inoculé. Cela est vrai dans la très-grande généralité des cas; mais j’ai eu l’occasion de soigner à l’hôpital Saint-Louis, il y a cinq ans, un jeune homme auquel l’un des propagateurs de l’inoculation avait fait deux opérations de ce genre. En vain il avait cherché à arrêter les progrès de ces chancres par inoculation, ils persistaient depuis six mois, quelques moyens que l’on eût employés.
J’ai été assez heureux pour guérir ce jeune homme, dont le moral était profondément altéré par la persistance de ces accidents.
Ne peut-on pas, d’ailleurs, se demander si l’établissement de deux ou trois nouveaux chancres ne sont pas trois voies de plus pour l’absorption virulente et pour l’infection générale ? Est-ce donc là une circonstance sans importance pour le malade ? Ne vaut-il pas mieux, dans les cas douteux, lui faire suivre un traitement , sans inconvénient d’ailleurs lorsqu’il est bien administré, que de soumettre tout son avenir aux chances d’une inoculation incertaine ?
Mais il y a plus : il est des symptômes syphilitiques qui, au moyen de l’inoculation, nedéveloppent presque jamais aucun accident. Tous les jours je vois à l’hôpital Saint-Louis, et mes collègues sont avec moi unanimes sous ce rapport, je vois des syphilides qui n’ont jamais reconnu pour cause qu’une gonor-
rhée de date plus ou moins éloignée. Or, d’après les opinions du jour, le pus delà gonorrhée ne développe pas de chancre par l’inoculation. On ne peut cependant se refuser à admettre qu’il existe des gonorrhées syphilitiques; mais alors on ajoute que dans ces sortes de cas fort rares, il existe un chancre dans le canal de l’urèthre; supposition toute gratuite le plus ordinairement, puisqu’on ne peut pas constater la présencedu chancre, si ce n’est par l’inoculation. C’était la seule explication possible pour sortir d’embarras; on l’a adoptée, quoique ce soit une supposition.
Ainsi , en résumé , l’inoculation, dont on a fait tant de bruit,est une opération le plus souvent inutile, sans but certain, et qui n’est pas sans danger. Quelques médecins n’ont pas hésité à la traiter d’immorale, et je ne vois pas ce qu’il y a d’exagéré dans cette expression.
Résumons donc notre pensée à cet égard et disons que , tout en admettant que les mêmes symptômes peuvent être ou ne pas être vénériens, l’inoculation est une faible ressource et une ressource fâcheuse pour arriver à les distinguer,
La syphilis se transmet par le contact ; mais il faut que le symptôme qui la transmet donne un produit de sécrétion pour que l’infection ait lieu ; d’où il résulte que des rapports peuvent exister sans infection entre une personne saine et une personne malade , si les symptômes qui existent sur la personne infectée ne sont pas de nature à donner un produit de sécrétion.
L’infection ne saurait s’opérer par le contact de la peausaineavec une partie où existerait un symptôme syphilitique sécrétant.
Si la peau offre la pluslégère excoriation, l’infection peut avoir lieu avec la plus grande facilité et même plus rapidement que par l’intermédiaire des membranes muqueuses. Les exemples en sont nombreux, et la perte de l’un de nos collègues les plus
honorables, M. le docteur H. • , médecin de
l’hospice de Lourcine, en est malheureusement une preuve qui n’est que trop évidente. L’infection peut s’opérer par l’intermédiaire des membranes muqueuses, et c’est même là la voie la plus commune par laquelle elle a lieu : ainsi de parties génitales à parties génitales , des parties génitales à l’anus , de bouche à bouche.
Il est un tissu intermédiaire, sorte de tissu de transition entre la peau et les membranes muqueuses et qui les relie entre elles. C’est encore une question pour quelques médecins, que celle de savoir si l’infection peut s’opérer par ces tissus. Il en est qui vont jusqu’à dire qu’il faut, pour que l’infection ait lieu, qu’il y ait une certaine turgescence accidentellement développée dans les parties qui reçoivent le virus. Ceux-là, évidemment, nient la possibilité de la transmission de l’infection vénérienne d’un enfant au sein de la nourrice qui l’allaite. Pour nous, nous admettons tous ces modes possibles. Médecin, pendant plusieurs années, de la Direction des nourrices, nous avons pu constater de la manière la plus évidente et à plusieurs reprises ce dernier mode de transmission ; nous admettons même qu’il suffit que le fluide infecté soit déposé sur un corps inerte, comme un verre, une cuillère, pour que l’infection s’opère par le contact de la bouche avec ces vases ou ustensiles. C’est qu’en effet pour l’infection il ne
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faut que deux choses, le fluide infecté et une surface absorbante d’une certaine puissance. Or , si, par son organisation , la peau n’est pas dans des conditions suffisantes d’absorption , il n'en saurait être de même de la jonction de la peau du prépuce avec la membrane muqueuse de l’urèthre par l’intermédiaire du tissu qui tapisse le gland, ou de la peau des lèvres , ou du tissu qui recouvre le mamelon.
Parmi les nombreux symptômes que peut faire naître le virus syphilitique, il en est qui se montrent peu de temps apres l’absorption du virus; il en est d’autres qui ne se développent que secondairement ou consécutivement aux premiers. On nomme ceuxci accidents secondaires , on appelle ceux-là accidents 'primitifs. On a cru devoir même établir trois catégories de ces accidents, dans ces dernières années, en distinguant des accidents primitifs, secondaires et tertiaires ; ces derniers ne se développent qu’après des traitements, le plus souvent mercuriels , employés pour combattre la maladie syphilitique , et , par conséquent, après un certain laps de temps écoulé depuis le développement des accidents primitifs , souvent même après des années. Les accidents tertiaires auraient principalement leur siège dans les os ; ils dénoteraient une altération plus ou moins profonde de l'économie, et par le virus, et, d’après beaucoup de médecins, par les remèdes employés à les combattre. Mais comme il est , suivant nous , impossible d’établir une délimitation tranchée et toujours certaine entre les symptômes secondaires et tertiaires; comme d’ailleurs cette distinction ne conduit pas directement à la thérapeutique, puisque le traitement à faire suivre est dans ces. sortes de cas toujours une conséquence des traitements antérieurs , nous pensons qu’il n’y a pas lieu d’y attacher une grande importance.
Ces notions préliminaires exposées, passons successivement en revue les principaux symptômes de la syphilis et les caractères qui leur sont propres.
Blennorrhagie, gonorrhée, — vulgairement désignée sous le nom de chaude-pisse , affection qui se caractérise par un écoulement ou sécrétion mucopurulente ayant son siège piimitif dans le canal de l’urèthre chez l’homme et chez la femme. Chez la femme on la divise en deux sortes distinctes , par rapport à son siège, suivant qu’elle existe dans le vagin seulement ou dans le canal de l’urèthre; de là les noms de blennorrhagie uréthrale ou vaginale; mais il est rare que la blennorrhagie uréthrale ne devienne pas vaginale; et quand la blennorrhagie vaginale existe depuis longtemps, elle envahit souvent lec anal de l’urèlhre. Cette maladie, n’étant que le résultat, de l’inflammation d’une membrane muqueuses peut être ou n’être pas de nature syphilitique. Si, de même que chez l’homme, l’abus de la bière et d’auret causes tout à fait étrangères à la syphylis peuvent amener un écoulement muqueux et purulent du canal de l’urèthre, de même des causes physiques ou chimiques peuvent déterminer une blennorrhagie non vénérienne chez la femme. — Dans toutes les blennorrhagies, quelle que soit leur nature, il existe deux sortes de sécrétion, l’une muqueuse, l’autre purulente, en sorte qu’il est impossible, dans l’état actuel de la science, d’établir une distinction tranchée entre une blennorrhagie syphilitique et une blennorrhagie non syphi-
litique. Certes, si à la blennorrhagie vient se joindre un ou plusieurs chancres, il ne peut plus y avoir d’incertitude sur la nature de la maladie; mais , dans le cas de la négative , il n’y a plus que doute ou présomption. Ainsi l’énergie dans le développement de l’écoulement , lequel écoulement ne se sera montré que plusieurs jours après le coït; la violence des douleurs qui l’accompagnent, l’intensité des phénomènes inflammatoires coïncidants, la durée et la ténacité de l’écoulement, sont autant de circonstances qui peuvent faire croire à la nature syphilitique de cette maladie; d’où le précepte sage de se borner à faire disparaître l’écoulement par des moyens autres que des merouriaux , lorsqu’il s’agit de personnes qui, par leur âge et leur position, peuvent s’exposer plusou moins à contracter de nouvelles blennorrhagies; — et, par contre, le précepte plus sage encore de faire subir un traitement mercuriei aux personnes qui sont atteintes de cette maladie, ou qui en ont été atteintes avant leur mariage, — On considère la fosse naviculaire du canal de l’urèthre de l’homme comme étant le siège principal de l’écoulement, et quelques médecins ont même pensé que ce point du canal de l’urèthre qui avoisine l’extrémité delà verge en était le siège exclusif. C’est là une erreur née d’une observation incomplète, en ce sens que la maladie débute par ce point, et qu’elle y dure encore alors que le reste du canal en est exempt ; mais c’est une er- ! reur, en cet autre sens que tout le canal peut participer à la maladie. En effet , l’infection s’opère par la fosse naviculaire en contact direct avec la matière contagieuse. Là se fait le premier travail morbide. La maladie gagne peu à peu et successivement toute l’étendue ou une partie de l'étendue du canal, suivant son intensité, et, tout en se prolongeant au-delà de son point de départ , elle contiuue à persister dans la fosse naviculaire. Dans la période décroissante, les points de la membrane muqueuse qui ont été moins longtemps malades sont ceux sur lesquels elle cède plus facilement, c’est-à-dire que ce sont les points les plus profonds du canal de l’urèthre qui se guérissent en premier, et par conséquent le point de départ du mal est le plus long et le plus difficile à guérir.
La maladie suit, en général, une marche ascendante durant les douze à quinze premiers jours; elle reste stationnaire à l’état aigu pour décroître et disparaître graduellement dans l’espace de trente à quarante jours. Dans la première huitaine, elle sécrète une mucosité très-liquide , empesant peu le linge. Elle donne un pus bien élaboré pendant le second et le troisième septennaire, et dans les deux derniers, un pus mêlé d’un sérum qui devient de plus en plus visqueux et qui finit par agglutiner les lèvres de l’ouverture du canal de l’urèthre. C’est ordinairement l’indice de la terminaison de l’écoulement. Le régime, l’emploi d’une tisane rafraîchissante, quelques bains, un exercice modéré amènent ces résultats dans la généralité des cas; mais il n’en est pas toujours ainsi : l’écoulement peut persister et durer des mois et des années; ou bien il peutse réduire àun suintement séro-purulent que le malade observe chaque matin en comprimant le canal de l’urèthre d’arrière en avant; c’est ce que l’on désigne communément sous le nom de goutte militaire. Enfin, ce
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n’est quelquefois qu’un suintement muqueux qui cesse quelques jours pour reparaître ensuite.
La blennorrhagie a ses terminaisons fâcheuses dans bon nombre de cas , et elles sont dues à plusieurs causes dont je vais énumérer successivement les principales. 11 est une pratique qui compte aujourd’hui quelques partisans, et qui consiste à couper, comme on le dit, dès le début la blennorrhagie. Tantôt on emploie à cet effet des moyens externes comme les injections, tantôt des moyens internes comme le copahu àhautedosedanslapotionde Chopart ou dans ce! le de Cadet. Si l’injection ou l’administration du baume de copahu supprime complètement l’écoulement, la guérison est immédiatement obtenue ; mais le plus souvent la suppression est incomplète et momentanée. Alors on voit reparaître avec plus de vigueur l’écoulement, en même temps qu’il présente une ténacité et une durée plus grandes. Parfois aussi les injections, qui ont presque toujours pour base le nitrate d’argent , amènent des accidents assez graves, qui consistent surtout dans des inflammations très-vives du canal de l’urèthre, des testicules, des ganglions des aines et de toutes les annexes des parties génitales.
La méthode la plus rationnelle, la plus sûre de guérir un écoulement, c’est de laisser marcher l’inflammation en se bornant à en calmer les symptômes par des émollients locaux et généraux , tant à l’extérieur qu’à l'intérieur , y joignant d’ailleurs une hygiène bien entendue sous le rapport de la nourriture et du repos autantque possible. — Lorsque l’inflammation est arrivée à sa période décroissante , lorsque les douleurs en urinant ont notablement diminué , que la chaleur et la démangeaison du canal de l’urèthre ont perdu de leur intensité, qu’enfln le pus a pris de la consistance en même temps que sa production est moins grande, alors on attaque avec grand succès l’écoulement au moyen du baume de copahu, pris d’abord à petitedose, augmenté graduellement jusqu’à suppression de l’écoulement, et prolongé pendant un certain temps au-delà de toute cessation de suintement, soit purulent, soit muqueux. Enfin quelques injections légèrement astringentes , mises en usage dans les derniers jours du traitement , donnent à la membrane muqueuse du canal de l’urèthre une tonicité qu’elle a perdue pendant la durée, souvent prolongée , de la blennorrhagie. Inutile de dire que tout acte de coït , opéré pendant l’existence d’une blennorrhagie, tend à l’accroître quelquefois au point de lui faire prendre les formes les plus graves, ou à la perpétuer si la maladie existait à l’état chronique. C’est à cette cause qu’est due le plus souvent une inflammation excessive du canal de l’utèthre et de la verge, en vertu de laquelle cette partie acquiert une roideur considérable avec œdème du prépuce, torsion ou inflexion du membre, état que l’on a désigné sous le nom de chaude-pisse cordée. Il s’opère alors une sorte d’étranglement du canal de l’urèthre par le prépuce, et des débrideraents avec le bistouri deviennent nécessaires pour s’opposer à une gangrène parfois imminente.
Dans d’autres circonstances, et sons l’influence d’une marcheforcée,dela station debout longtemps prolongée, de l’exerciceà cheval , etc . , l’écoulement se supprime, undestesticuless’enflammeetprendun volume plus ou moins considérable. C’est l’orchite ou la
chaude-pisse tombée dans les bourses. — Souvent les ganglions inguinaux s’engorgent, et si, par négligence, défaut de soins, on n’arrête pas les progrès de ces engorgements, on court le risque de les laisser se prolonger quelquefois indéfiniment, tout en voyant paraître et se former des abcès d'étendue variable. La prostate peut encore devenir le siège d’engorgements plus ou moins considérables qui s’opposent à l’émission de l’urine et donnent lieu à de véritables rétentions . Enfin un des accidents les plus graves de cette maladie, est l’ophthalmie purulente, qui se développe par suite du transport de la matière purulente du canal de l’urèthre aux yeux par l’intermédiaire des doigts. Aussi ne saurait-on trop recommander les soins de propreté les plus grands aux personnes qui sont atteintes de cette affection.
Ainsi qu’on a dû le voir par cette esquisse rapide, la blennorrhagie, phénomène morbide le plus commun et le plus simple en apparence de la maladie syphilitique , peut acquérir une grande gravité dans certaines circonstances ; il faut donc pour son traitement des soins éclairés et une direction médicale bien entendue.
La blennorrhagie, chez la femme, présente encore plus d’incertitude dans le diagnostic, quant à sa nature syphilitique, que chezl’homme. Chez beaucoup de femmes, lesflueurs blanches prennent uue grande intensité sous le rapport de l’écoulement: le défaut de soins , des exercices violents, des surexcitations accidentelles, amènent une inflammation plus vive qui change bientôt l’écoulement muqueux des flueurs blanches en un écoulement purulent. La marche de la maladie est la même ; mais celle-ci prend à chaque époque menstruelle une recrudescence marquée, qui devient souvent la cause d’une prolongation plus ou moins considérable de l’affection. Les indications thérapeutiques sont les mêmes ; mais il est nécessaire de soutenir et d’employer plus longtemps les injections astringentes.
Chancre — Un second symptôme primitif de la maladie vénérienne est lechancre.Ici, comme pour la blennorrhagie, on admet des chancres syphilitiques et non syphilitiques. L’inoculation décide la question aux yeux de certains praticiens; nous avons vu plus haut ce que l’on devait en penser. La généralité des médecins établit son diagnostic sur une série de symptômes que nous allons énumérer, réunis d’ailleurs aux antécédents du malade. Ainsi: début du chancre vers le cinquième ou le sixième jour de l’infection, siège de l’ulcération à la base du gland ou au voisinage du frein de la verge, aspect grisâtre de l’ulcère, bords arrondis et taillés à pic et plus ou moins rouges; ces bords, peu engorgés à l’origine, deviennent peu à peu le siège d’une induration. Du reste, quoique de nature vénérienne, ils peuvent offrir entre eux de grandes variétés. Les uns sont indolents, les autres sont très-inflammatoires ; ceux-ci ne s’accroissent, soit en largeur, soit en profondeur , que dans un espace de temps fort long ; ceux-là rongent, perforent et détruisent les parties avec une rapidité extrême, au point d’effrayer et le malade et le médecin.
Eu égard à leur temps d’invasion , on considère les chancres comme pouvant être primitifs ou secondaires; ces derniers surviennent presque constamment dans un point éloigné de l’organe où
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l’infection a eu lieu. C’est ainsi qu’on les voit le plus souvent se manifester à la gorge, derrière les amygdales et à leurs dépens , à la voûte du palais , dans l’intérieur des fosses nasales.
Tout chancre abandonné à lui-même fait des progrès pendant un certain laps de temps , détruit ou respecte les parties, et reste ensuite stationnaire ; puis, sous l’influence de soins de propreté , d’émollients et de repos , il se cicatrise , en laissant toutefois une induration qui peut persister pendant des années. C’est à cette marche, à cette guérison spontanée possible, qu’il faut attribuer les succès de la méthode, antiphlogistique pure. Pendant un certain temps , elle a compté des partisans assez nombreux, et des statistiques considérables ont été dressées sur les succès qu’on lui rapportait. Quant aux récidives, nous avons cherché à prouver qu’elles étaient beaucoup moins fréquentes que par les traitements mercuriels locaux et généraux, qui, durant les années antérieures aux époques où régnaient les doctrines deBroussais, étaient employés d’une manière presque absolue, et dont on faisait souvent abus.
Mais, dans ces statistiques , comme dans toutes celles qui soulèvent une question d’avenir, que d’erreu rs commises! Nous en avonstous les jours lapreuve à I hôpital Saint-Louis. Là, les syphilides se montrent, ainsi que nous le dirons plus loin , après des années écoulées depuis l’invasion, et surtout après un traitement mercuriel effectué plutôt qu’accompli.
Quoi qu’il en soit, une saine pratique médicale veut que, dès l’abord, et durant la période inflammatoire du chancre, les malades soient soumis à un traitement antiphlogistique local et général. Lorsque l’état aigu est tombé, alors on peut, sur les chancres, appliquer des pommades mercurielles, en même temps que l’on donne à l’intérieur des préparations de môme genre. La durée du traitement mercuriel préservatif de récidives doit être de deux mois au moins.
C’est ici le lieu d’émettre notre opinion sur la cautérisation des chancres au début, dans le but de les guérir en deux ou trois fois vingt-quatre heures, en un mot, de les faire avorter. S’il en était d’un chancre comme de la piqûre d’un insecte ou d’un auimal venimeux, comme de la morsure par un chien enragé, nous serions les premiers à recommander la cautérisation dans les conditions mêmes où on la pratique pour ces sortes de cas, c’est-à-dire dans les quarante-huit heures au plus tard de l’invasion, et le plus généralement dans les premières heures. Mais on ne peut cautériser les chancres avant qu’ils aient manifesté leur présence par des phénomènes locaux. Or, déjà cinq à six jours se sont écoulés depuis l’infection; on admet aussique toutchanerepeut être utilement cautérisé tant qu’il n’est pas le siège d’induration; dès lors, on ajoute un certain nombre de jours à ceux qui constituent la période d’incubation. On a posé cette limite à l’opportunité de la cautérisation, parce que l’on a compris qu’à l’instar de toute piqûre ou morsure d’animaux venimeux, il y avait, dans l’infection vénérienne, un moment où elle devait être totalement accomplie. C’est, dit-on d’après l’expérience, que l’induration a été jugée la limite à l’ efficacité de la cautérisation. Eh bien! nous voyons tous les jours dans notre service des
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malades avec des accidents secondaires , chez lesquels la cautérisation d’un chancre a été pratiquée par ceux-là mêmes qui ont mis en avant les doctrines que nous combattons. Qu’est-ce, d’ailleurs, qu’une expérimentation de six, huit, dix ans même, pour la maladie syphilitique? Ainsi, suivant nous , nous ne proscrivons pas d’une manière tout-à-fait absolue la cautérisation : dans le cas, par exemple, d’une invasion très-rapprochée du coït, et de l’apparition des petits vésicules ou excoriations qui annoncent le chancre. Nous la proscrivons en thèse générale comme dangereuse, et d’autant plus dangereuse, qu'elle est plus tardive. Nous la qualifions ainsi, parce qu’elle expose l’individu infecté à voir surgir des accidents syphilitiques à une époque de sa vie où la position sociale qu’il occupe vient ajouter les conséquences les plus graves aux phénomènes morbides dont il est atteint.
ïi n’en est plus de même lorsqu’on pratique la cautérisation, et que l’on fait suivre un traitement méthodique au malade. Mais alors il faut être bien sûr que ce dernier se soumettra à un traitement suffisamment prolongé , malgré l'absence complète de tous phénomènes morbides extérieurs.
Bubon. — Un troisième phénomène primitif de l’infection vénérienne, c’est le bubon d’emblée. Ce que l’on nomme bubon consiste dans l’engorgement des glandes inguinales internes de l’aine, engorgement le plus souvent suivi d’abcès. Les détailsdans lesquels nous sommes entrés font assez pressentir qu’il existe encore aujourd’hui des personnes qui rejettent le bubon d’emblée, c’est-à-dire la possibilité de ce symptôme primitif. Tout en reconnaissant qu’il suit le plus souvent l’apparition d’une gonorrhée ou d’un chancre, nous n’hésitons pas à le considérer comme un des accidents de la maladie vénérienne capable de se montrer, indépendamment de la préexistence de tout autre accident de même nature. Le bubon d’emblée suit d’ailleurs la marche de tous les engorgements glanduleux, gonflement, chaleur/douleur des glandes, formation d’une tumeur plus ou moins volumineuse à l’un des côtés de la région inguinale ou aux deux côtés; puis douleur ! lancinante, puis pulsative, puis point fluctuant, for- I mation de pus en quantité plus ou moins considé- ! rable, décollement de la peau dans une étendue va- ■ riable, ouverture de l’abcès, soit sans gangrène, soit avec gangrène du tissu cutané ; puis dégorgement gradué, guérison sans état fistuleux, mais souvent aussi guérison très-difficile, et même impossible , sans excision de la portion de peau dénudée.
Pustules. — Enfin, un quatrième symptôme essentiellement primitif, ce sont les pustules humides ou pustules plates. Elles se montrent sur le gland, au pourtour de l’anus, en dedans des grandes lèvres chez les femmes, et au pourtour des mamelons chez les nourrices. Elles ont de huit à douze millimètres de largeur, elles se groupent entre elles, sont blafardes , sécrètent un; fluide muqueux très-consistant et très-épais qui répand une odeur sui generis. Ces sortes d’accidents peuvent être consécutifs; mais alors ils ont le plus souvent d’autres sièges, notamment au pourtour des parties génitales et aux fesses.
Après avoir fait connaître, avec quelques détails, les symptômes primitifs de la maladie vénérieune,
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je me bornerai à une exposition très-succincte des accidents secondaires, que l’étendue de ce livre ne me permet pas de décrire.
Les végétations ou développements de productions rugueuses dures au toucher, sans sécrétion. Ou les désigne aussi sous le nom de poireaux. Elles se montrent au voisinage des ouvertures naturelles, à la base du gland, sur le prépuce et sur le gland. — Les excroissances , qui ne sont que des végétations du tissu cutané, avec les apparences de la peau saine , sans sécrétion d’ailleurs. — La récidive d’ulcères aux parties sexuelles. — Les ulcérations de la bouche, de la gorge, du voile du palais, de la cloison des fosses nasales, et celles de tout autre point de la peau succédant à des abcès, ou survenant spontanément. — Les pustules plates. — Les condylomes ou raghades, ulcères avec fissures. —Le coryza chronique. — L’angine ou rougeur violacée du voile du palais et du rebord de la voûte palatine. — Les tumeurs gommeuses du cuir chevelu.
— L’iritis. — L’amaurose. — La surdité. — La calvitie. — L’alopécie. — La chute des ongles. — Les douleurs ostéocopes. — La céphalée nocturne.
— Les exostoses. — Les périostoses. — La carie.
— Enfin, les syphilides, dont nous nous occuperons tout-à-l’heure.
Il n’est pas un de ces accidents qui ne mérite des détails d’exposition importants pour la pratique. Nous ne pouvons même pas les résumer. Abordons donc d’une manière générale la thérapeutique des maladies syphilitiques, plutôt sous forme d’indications à remplir, que comme un résumé fidèle des nombreux moyens qui ont été préconisés jusqu’à présent pour combattre ces affections.
Traitement. — Les médecins reconnaissent qu’il existe aujourd’hui en thérapeutique deux antisyphilitiques puissants : le mercure et l’iode. Le premier compte en sa faveur l’expérience de plusieurs siècles. Les cures opérées, depuis plusieurs années, avec une rapidité vraiment remarquable, au moyen de l’iode, surtout lorsque le mercure a déjà été employé , prouvent qu’il a autant d’efficacité que le mercure pour combattre la maladie syphilitique. On a dit que l’iode était peut-être supérieur au mercure , en ce sens qu’il guérissait là où le mercure avait échoué; mais nous nüiésitons pas à affirmer que le mercure guérit là où l’iode a été impuissant : sous ce rapport, nous ne reconnaissons pas de supériorité à l’iode. On a formulé une autre opinion, endisantque l’iodeétait l’antidote des accidents secondaires , notamment de ceux que l’on a cru devoir dénommer sous le titre de tertiaires , tandis que le mercure était l’antidote des accidents primitifs. Cette assertion est beaucoup mieux fondée ; mais nous craignons que l’on n’ait cherché à établir, à l’égard de ces deux médicaments, des propositions trop générales.
Quoi qu’il en soit, il est constant que le mercure conserve le rang qu’une longue pratique lui a valu dans la science; seulement les praticiens modernes, et notamment M. Ricord, ont fait voir toutleparli que l’on pouvait tirer des préparations de l’iode dans le traitement des accidents syphilitiques. Cette efficacité des deux agents thérapeutiques a fait naître la pensée de les associer dans le traitement : de là est né l’emploi de plusieurs composés mixtes qui jouissent aujourd’hui d’une certaine faveur; tels
sont le protoiodure de mercure, l’iodo-hydrargyrate de mercure, et l’iodure ammoniacal de mercure. Les médications antisyphilitiques peuvent donc avoir pour base 1° le mercure, 2° l’iode , 3° les préparations iodo-mercurielles. Nous allons envisager la thérapeutique sous ce triple rapport.
Médication mercurielle. — Il est, suivant moi, un principe de thérapeutique dont le médecin ne doit jamais sedépartir , c’est de s’adresser à la préparaiion la plus soluble de l’agent médicamenteux, de préférence à tout composé insoluble ou peu soluble. En effet , l’absorption est complète, l’influence médicamenteuse se fait sentir sur toute l’économie, et le médecin est alors en état de doser d’une manière plus rationnelle lemédicament qu’il emploie, à cause des effets toujours identiques qu’il produit. Un composé insoluble est toujours absorbé en partie seulement ; il est rejeté en partie ou en totalité par le canal intestinal , en raison de mille circonstances accidentelles dans l’acte de la digestion ; c’est en vertu de ce principë que nous avons constamment employé et préconisé le sublimé corrosif. On a reproché à cet agent de donner lieu à des accidents , soit du côté de la poitrine , soit du côté de l’estomac. Faisons remarquer , à ce sujet, que les doses médicamenteuses ont , durant les siècles derniers et les premières années de ce siècle, été portées trop haut ; que la forme sous laquelle on l’administre influe beaucoup sur ses effets locaux ; que, donné seul ou uni aux opiacés, il constitue un agent tout différent. Or, nous poserons en principe que le sublimé ne doit jamais être donné sans addition d’opium , et que , dans cette condition , il ne cause jamais d’accident. C’est ce que nous a démontré une expérience de longues années.
Quant à la dose , elle doit varier en raison de l’âge de l’individu, de sa force, de l’état des voies digestives et de celui de la poitrine. Un médicament produit les mêmes effets chez un individu trèsfaible, que ceux qu’il détermine chez un individu très-fort, quoique les doses soient dix fois plus petites pour le premier que pour le second ; c’est ce qui est surtout très -prononcé à l’égard de l’opium: on voit ce médicament, à un dixième de grain, occasionner le narcotisme chez quelques femmes très-nerveuses.
Pour un adulte, la dose du sublimé doit être d’un sixième de grain pour commencer le traitement ; ou la porte successivement à un cinquième , un quart, et, par exception, à un tiers. La forme pi- Iulaire est préférable à toute autre, pourvu que la préparation ne soit pas trop ancienne ; elle a l’avantage de faire parcourir au médicament une grande étendue du tube intestinal, et par cela même elle fatigue moins l’estomac, ün associe à la préparation mercurielle une tisane légèrement sudorifique.
Pour qu’un traitement mercuriel ait du succès, il faut moins augmenter les doses du médicament, que soutenir pendant longtemps son action. J’ai souvent eu occasion de donner des soins à des malades auxquels, par mesure de prudence, avait-on dit, on avait fait prendre des préparations mercurielles pendant quinze jours ou trois semaines; autant vaut ne rien administrer. Un traitement mercuriel doit avoir deux mois au moins de durée. Quelques praticiens très-distingués pensent même que , dans beaucoup de cas de syphilis ancienne ,
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il ne faut pas craindre de le prolonger durant 4 à 6 mois. Je partage cette opinion et j’ai cité des faits très-remarquables de guérison obtenue au moyen de cette persévérance soutenue ; mais je dois dire qu'alors les oses seront très-fraetionnées.
Médication iodée. — Elle a pour base l’iodure de potassium, composé soluble , sel neutre, qui se trouve dans les conditions les plus favorables à une saine thérapeutique. C’est surtout dans les cas où les préparations mercurielles ont échoué, que ce médicament développe ses puissants effets. Il ne peut rien ou presque rien contre les accidents primitifs. 11 est tout-puissant lorsqu’il s’agit de combattre des accidents secondaires et ceux que l’on nomme tertiaires. On a , il faut le dire, singulièrement abusé de ce médicament en exagérant les doses de son administration. Il est bien vrai que jusqu’à cinq décigrammes par jour ses effets sont peu dessinés ; mais à partir du moment où le malade prend tous les jours cinq décigrammes d’iodure de potassium, on peutêtre assuré de retrouver cette substance dans l’urine. Cette circonstance d’excrétion prouve à nos yeux une action marquée sur toute l’économie , car elle est le fait de la circulation de la substance médicamenteuse et d’un défaut d’assimilation. Loin de moi la pensée que l’on doive s’arrêter à cette dose; mais cetie condition d'excrétion prouve au moins qu’il suffitde la dépasser dans une limite raisonnable pour obtenir toute la puissance du médicament. A un gramme cinq décigrammes , j’ai toujours atteint ce but , et si je vais a deux grammes dans quelques cas, c’est pour m’assurer que même une dose considérable ne saurait avoir de résultat plus avantageux. Cependant on emploie tous les jours l’iodure de potassium à la dose de trois, quatre et six grammes, sans tenir compte des effets fâcheux que cet agent produit alors. J’ai entendu des malades me dire : Le nom seul del’iodurede potassium me répugne, tant ce médicament m’a incommodé. Il détermine souvent, il faut savoir le dire , des gastralgies très-intenses et très- rebelles , dont la durée peut être de plusieurs mois. Chez les femmes surtout, il est difficilement supporté. Son mode d’administration se fait en mélangeant l’iodure à un verre de tisane sucrée.
Médication mixte , protoiodure de mercure. — Ce médicament, si souvent employé aujourd’hui, a des inconvénients graves âmes yeux. Ces inconvénients résultent : t° de son insolubilité. Ou est, en effet , la mesure d’absorption d’un médicament insoluble i Aussi est-on obligé de faire prendre aux malades jusqu’à I0etl5 centigrammes d’iodure de mercure par jour , c’est-à-dire une do^e douze fois plus forte que celle du sublimé. 2° De son état variable comme composé mercuriel : ce corps s’obtient par double décomposition ; l’un des deux sels employés à sa préparation est toujours mis en excès : de là des lavages rendus indispensables. Si les lavages sont complets, le sel est neutre; si les lavages sont incomplets , et c’est toujours le cas le plus commun, il y a prédominance soit d’iodure de potassium, soit de sel mercuriel. Dans ce dernier cas, on a un sel beaucoup plus actif que dans le premier ; et comme c’est là ce qui a lieu le plus communément, il s’ensuit des accidents mercuriels. Voilà ce qui explique les salivations si fré-
quentes que l’on observe dans l’administration du protoiodure de mercure.
I! n’en est pas de même des deux autres sels mixtes dont j’ai parlé. Ceux-là sont à l’état de sels solubles; ils sont donnés à même dose que le sublimé ; ils peuvent lui être subs'itués. Je ferai connaître, à l’occasion des syphilides, le traitement mercuriel et iodé que j’emploie depuis nombre d’années, et qui compte tellement de succès, qu’il est extrêmement rare que j’aie recours à l’iodure de potassium seul.
Syphilides. — Les syphilides sont des formes morbides de la peau, qui reconnaissent pour causes le virus syphilitique. Or, en pathologie cutanée, on admet des affections exanthémateuses, vésiculeuses, bulleuses, pustuleuses, papuleuses, squammeuses et tuberculeuses, qui constituent autant de groupes de maladies diverses de la peau, ayant chacune leurs caractères distinctifs. Alibert, qui, le premier, a appelé l’attention sur les maladies cutanées syphilitiques , a proposé de les nommer syphilides; Biett a cherché à établir des corrélations entre les formes des maladies cutanées syphilitiques , et celles des maladies cutanées non syphilitiques. Les recherches et les observations ultérieures n’ont fait que corroborer les travaux de Biett.
Depuis plusieurs années, je me suis attaché à donner à ces affections des caractères communs, que j’ai reproduits tous les ans dans mes leçons cliniques des maladies de la peau. Et, en effet, le praticien qui a une grande habitude du diagnostic dans ces^affections est tout d’abord frappé d’un certain cachet qui l’impressionne assez fortement, pour amener le malade à des aveux qu’il n’aurait jamais faits spontanément. Les caractères que j’assigne aux syphilides, quelles quesoient d’ailleurs leurs formes morbides, se tirent : A. Du siège de l'affection que l’on rencontre toujours sur le front, et surtout aux tempes, au voisinage de la naissance des cheveux; à l’angle interne des yeux; au pour- I tour des ailes du mz; aux commissuresdes lèvres; à la partie postérieure et supérieure du cou; au milieu de la poitrine ; le long et au-devaût du sternum; aux plis de flexion des membres, et le long de leur surface interne. — B. De la disposition et de l’arrangement des productions morbides cutanées. Il est d’observation que, toutes les fois que la syphilide se montre avec des productions morbides à formes circonscrites, chaque production est disposée en lignes courbes, de forme elliptique, et régulièrement espacées les unes des autres; non pas que toutes les productions morbides soient nécessairement linéaires, mais la forme linéaire domine suffisamment pour que le médecin soit vive- I ment impressionné par cette disposition. — C. De | la coloration. On assigne depuis fort longtemps une teinte cuivrée à toutes les productions syphilitiques; les uns rapprochent cette teinte de celle du cuivre rouge, les autres de celle du cuivre jaune. C’est que la teinte n’est pas toujours uniforme, c’est que ce n’est ni la teinte du cuivre jaune ni celle du cuivre rouge, mais bien une coloration fauve, assemblage de rouge, de jaune et de brun, et que l’on ne saurait peindre exactement en la comparant à une couleur donnée. Toutefois, elle est telle, qu’elle est facilement reconnue par un médecin qui
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a quelque expérience de ces formes morbides de la peau.
Ces caractères, vraiment pathognomoniques des syphilides. se retrouvent dans chacune des formes qu’elles affectent dans leur manifestation à la surface cutanée. Ainsi, d’après ce que j’ai dit plus haut, nous reconnaîtrons des syphilides exanthémateuses, bulleuses, tuberculeuses, etc., etc. Je nesau* rais, dans un ouvragede la nature de celui-ci, décrire avec détails toutes ces formes; je les passerai rapidement en revue, signalant ce que chacune d’elles offre de plus important à connaître. 1° Syphilide exanthémateuse. Elle est caractérisée par des taches irrégulières d’uo rouge obscur, disparaissant lentement et incomplètement sous la pression du doigt. C’est à cette forme que se rattache la roséole syphilitique. 2° La syphilide vésiculeuse. Est assez rare ; une de ses formes les plus intéressantes est celie qui se manifeste par des cercles arrondis, n’ayant pour caractère bien tranché que la coloration spécifique, et qui constitue V herpès syphilitique. 3° A la sijphilide bulleuse se rapporte le pemphigus des nouveau-nés, caractérisé par l’apparition, àla naissance, d’une ou plusieurs bulles de la grosseur d’une aveline, situées ordinairement à la paume des mains ou à la plante des pieds. 4° La syphilide pustuleuse renferme les formes correspondantes à l’impetigo et à l’ecthyma (Y. Mêlitagre et Phlyzacia). 5° La syphilide tuberculeuse se reconnaît à de petites tumeurs pleines , solides , résistantes , de grosseur variable , tantôt disséminées , tantôt disposées en groupes, et affectant dans la plupart des cas une tendance à s’ulcérer, à détruire les tissus qu’elles attaquent. C’est à cette forme qu’il faut rapporter ces ulcérations dont les progrès incessants dévorent une partie du visage, et laissent l’affreux spectacle d’une destruction sans remède 6° Des papules tantôt très-petites, comme coniques, groupées en grand nombre, tantôt assez larges, isolées, discrètes, constituent la syphilide papuleuse. T Dans la syphilide squammeùse , je ne signalerai que cette variété qui siège vaguement à la paume des mains ou à la plante des pieds : elle se développe par des points cuivrés, élevés, souvent arrondis, recouverts de squammes dures, formant quelquefois par leur réunion une plaque qui se fendille et devient douloureuse : c’est la syphilide squammeuse cornée. — De ces différentes formes, la papuleuse et la pustuleuse m’ont paru les plus fréquentes ; je les ai souvent trouvées réunies sur le même individu.
Ainsi, en ajoutant à chacune de ces formes les vrais caractères du siège, de la disposition et de la eoloration, le médecin qui a quelque habitude de ce genre d’observation pourra, à l’aspect seul de l’éruption cutanée, en déterminer la nature. C’est ce quej’aijournellementl’occasion de faire voir aux personnes qui assistent à mes consultations et à mes leçons cliniques.
La cause des syphilides est le virus syphilitique : elles sont un signe d’infection générale. L’époque de leur apparition a lieu plus ou moins longtemps après l’invasion des symptômes primitifs (chancres, blennorrhagie, etc.), et c’est parfois à la suite d’une émotion vive, d’un écart de régime, de fatigues excessives, qu’on voit la peau devenir le siège dé ces éruptions spécifiques. Par elles-mêmes, les sy-
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philides n’ont, en général, rien de grave; quelquesunes cependant, en raison de leur tendance a l’ulcération et à la destruction des parties qu’elles attaquent, offrent un véritable danger ; telle est, par exemple, la syphilide tuberculeuse. Certaines formes sont passagères, rapides; d’autres, et c’est le plus grand nombre, sont tenaces, et résistent parfois longtemps à un traitement méthodique. La contagion des syphilides est possible selon certains auteurs ; sans la nier d’une manière absolue , je dirai qu’elle est rare, et que nous ne connaissons pas bien encore les conditions dans lesquelles elle peut s’effectuer.
D’après ce qui précède, il est facile de comprendre que le traitement des syphilides doit être identique à celui de la syphilis , les syphilides n’étant qu’une manifestation spéciale de cette affection. En effet, on ne les rencontre que chez les individus qui ont présenté antérieurement des symptômes primitifs, et souvent les syphilides ne sont alors que les premiers signes d’infection générale. C’est donc contre la maladie constitutionnelle qu’il faut diriger les moyens thérapeutiques ; et ma pratique est basée sur ce principe. Je rejette d’une manière à peu près exclusive les médicaments topiques. Quant au traitement général, une longue expérience m’a appris que l’association du mercure et de l’iodure de potassium est le moyen le plus efficace pour triompher des syphilides. Je l’administre à doses faibles, mais longtemps soutenues : chaque jour 50 centigr. d’iodure de potassium, et 12 miiligr.'de sublimé associé à l’opium et à un extrait amère. Comme adjuvant, je prescris une tisane sudorifique et l’usage des bains devapeur.Ce traitement, ordinairement bien supporté par les malades, a besoin d’être continué au moins deux mois pour les cas les plus simples : souvent j’ai dûleprolonger au-delàde trois à quatre mois et plus, dans ces cas en apparence rebelles aux agents médicamenteux. Il faut, dans le traitement des syphilides, souvent lutter de ténacité avec le mal ; et je dirai que jamais je n’ai eu à me repentir d’avoir insisté bien au-delà des limites d’un traitement ordinaire, chez des sujets dont la maladie avait résisté à des moyens analogues, mais continués trop peu de temps. Le mode d’administration thérapeutique que j’emploie permet d’en prolonger l’usage tout le temps nécessaire, sans inconvénient pour les sujets soumis à cette médication. A. Dbvergie ,
Médecin de l’hôpital Saint-Louis.
syphilisation (thérap.), s. f. On a donné ce nom à une méthode qui a pour but de préserver les individus des accidents de la syphilis en les saturant de virus syphilitique par l’inoculation. Cette invention, qui est toute moderne, est loin d’être efficace, elle a fait seulement quelques victimes.
sykingothome. (V. au Supplément.)
système [philos., méd.), s. m., systema; ce mot a la même étymologie que le mot synthèse [sun, thitèmi ou istémi, qui a la même signification, mettre avec, rassembler). C’est dans l’acception favorable du mot, la réunion, la coordination des principes d’une science ramenée ainsi à 75*
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l’unité, de manière à constituer un corps de doc-’ trine. Pour l’étude des principaux systèmes de médecine, voy. Animisme , Éclectisme , Humorisme, Solidisme.
Dans les sciences naturelles, on appelle système une classification des êtres, fondée sur un petit nombre de caractères analogues : tandis que la méthode consiste dans le classement d’après un ensemble de caractères fondamentaux.
Le mot système est souvent pris en mauvaise part, comme exprimant une hypothèse toute gra-
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tuite à l’aide de laquelle on veut expliquer les phénomènes.
Enfin, en anatomie, on appelle système un ensemble d’organes de texture analogue ou destinés à remplir des fonctions semblables, système nerveux, système circulatoire. J. B.
systole ( physiol .), s. f. ( systole , du grec sustolè, de susteliô, je resserre). C’est le nom donné à la contraction du cœur, qui chasse le sang dans les artères (V. Circulation.)
tabac [hyg. et mat. mêd.), s. m. [nicoliana tabacum), nicotiane , petun. Cette plante, qui fait partie du genre nicotiane de la famille des solanées, J., peutandrie monogynie, L., a été introduite en France par Jean Nicot, ambassadeur de France à la cour de Portugal, en 1558. Elle est originaire d’Amérique, où les Espagnols la découvrirent près de Tabaco, au Brésil, et non pas Tabago (île des Antilles ) , ainsi qu’on l’a souvent imprimé par erreur. Cette plante a une odeur vireuse, une saveur amère, âcre, surtout étant sèche ; ses fleurs sont roses, longues; ses feuilles sont ovales, aiguës etpubescentes; ses tiges sont droites, branchues, visqueuses et velues. Plusieurs espèces de ce genre jouissent des mêmes propriétés, et croissent dans diverses contrées où elles sont employées comme le tabac; tels sont les N ■ rustica, le N. paniculata, le N. glutinosa, le TV. fruücosa , le TV. quadrivalvata , etc. 9 Lorsque Nicot introduisit le tabac en France, il y fut connu sous le nom à’herbe à l’ambassadeur, d’herbe à la reine , d'herbe du grand-prieur; parce que Nicot l’offrit d’abord à la reine Catherine de Médicis et au grand-prieur, qui en firent usage. L’amiral Drake en apporta, dit-on, de la Virginie en Angleterre, avant l’ambassade de Nicot en Portugal. Chardin dit que le tabac croît naturellement en Perse, et que lors de son voyage, en 1660, on en faisait usage depuis plus de quatre siècles dans ce pays, En Amérique, les naturels usaient du tabac lors de la découverte, et l’on dit que les prêtres mexicains puisaient leurs inspirations fanatiques en respirant la fumée de cette plante, qui les jetait dans une espèce de fureur. Depuis, l’usage et la culture du tabac se sont répandus, presque dans tout l’univers, et il est peu de contrées où l’on ne consomme cette plante, qui est devenue la source d’un commerce immense. L’on a dit du tabac avec raison qu’il a conquis le monde en moins de deux siècles; son usage ne fait que s’étendre de plus en plus dans notre pays; Mérat, en 1832, disait que la consommation du tabac était quatre fois plus considérable à cette époque qu’en 1788. Que serait-ce donc aujourd’hui, où l’on consomme, en France, plus de quatre fois la quantité de 1832 ? Consommation seize fois plus élevée qu’en 1788; cet accroissement a eu lieu en 80 ans.
Dans l’usage ordinaire , le tabac s’emploie
de trois manières, soit en le fumant, soit en le prisant, soit en le chiquant. Chacun de ces modes d’usage exige une préparation de tabac différente ; les deux premières manières d’user du tabac sont répanduesaujourd’hui dans toutes hs classes de la société; la troisième n’est mis en usage que par les classes inférieures et les populations maritimes. Chacun de ces modes d’user du tabac a une influence particulière sur l’économie animale, et ne convient pas à tous les tempéraments ; nous allons les examiner successivement.
Ce sont les sauvages qui ont enseigné aux Européens à fumer le tabac ; ils le brûlaient dans une pipe qu’ils nommaient petun , et ils donnèrent ce nom au tabac lui-même. Ce fut sous cette forme qu’il se généralisa d’abord en Europe, et il est encore aujourd’hui des pays où l’on n’en fait usage que de cette manière. Chez les personnes qui n’y sont point encore habituées, la fumée du tabac détermine des étourdissements avec douleurs de tête, des nausées et des vomissements. Ces effets se produisent plus promptement lorsque l’on fume le tabac dans une pipe, que lorsqu’on le fume en cigare, espèce de cylindre en forme de fuseau, qui est fait avec les feuilles du tabac roulées sur elles-mêmes. Lorsque l’on a résisté à ces premières impressions désagréables, le tabac cesse de produire les mêmes effets ; il détermine une légère excitation cérébrale, avec un sentiment de bien-être; il stimule la sécrétion delà salive, que les personnes habituées à fumer ne rejettent point complètement, mais qu’elles déglutissent, quoiqu’elle soit toujours mêlée de fumée de tabac. Dans ces conditions, l’usage du tabac n’est point malfaisant, lorsqu’il est pris avec modération ; il est même des conditions dans lesquelles il est utile, et des tempéraments auxquels il convient. Ainsi, les personnes d’une constitution molle et lymphatique, celles qui ont été soumises à des causes débilitantes, qui habitent des lieux bas et humides, qui se livrent à des travaux sur les rivières, ou qui vivent sur les bords de la mer; ceux qui s’adonnent à la pêche ou à la navigation; toutes ces personnes trouvent dans la fumée du tabac un stimulant léger et efficace pour combattre les causes débilitantes, en même temps qu’elles y trouvent une cause de distraction qui récrée leur esprit et soutient leur moral.
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Pris en trop grande proportion, et surtout chez les personnes d’un tempérament nerveux, sec et irritable, le tabac détermine des accidents qui sont l’effet de l’état de narcolisme habituel dans lequel il jette le cerveau. Les individus éprouvent de la douleur et de la pesanteur de tête, des vertiges ; ils sont dans un état d’hébétement continuel et comme demi-apoplectique ; ils perdent l’appétit et maigrissent, souvent épuisés par la quantité de salive qu’ils sont obligés de rejeter. Les gens qui sont dans l’habitude de fumer ont presque tous constaté cet effet du tabac, qui a pour résultat de faire cesser le sentiment de la faim ; cet effet est produit par l’action narcotique de la fumée du tabac qui pénètre dans l’estomac, mêlée à la salive. Le tuyau de la pipe détermine souvent l’usure des dents qu’il échancre en rond comme si elles l’avaient été avec une lime ; Percy, et depuis d’autres chirurgiens , ont vu quelquefois le cancer des lèvres être déterminé par la compression habituelle de ce tuyau, et par l’irritation que causent les produits empyreuviatiques qui s’en écoulent.
L’action narcotique et nuisible du tabac est encore favorisée par l’élévation habituelle de la température et l’usage des boissons fermentées ou alcooliques. On en supportera plus facilement l’usage très-fréquent, par une température froide et hu mide, que dans un climat chaud et sec, ce qui explique l’usage excessif que font de la pipe les habitants des pays du Nord, tandis que ceux du Midi ne font usage que de cigares ou de cigarettes. Les Orientaux, qui poussent l’usage de la pipe presque jusqu’à l’abus, en ont corrigé les effets de diverses façons : ainsi ils font plus spécialement usage du chibouck, espèce de pipe munie d’un long tuyau, dans lequel la fumée se refroidit et dépose les huiles empyreumatiques et les matières volatiles qu’elle e ntraîne. L’extrémité ou le bouquin est en ambre eu en ivoire , et n’est seulement saisi que par les lèvres ; ils ont même la précaution de ne jamais brûler complètement le tabac que contient le fourneau de la pipe , afin d’éviter plus efficacement cette saveur âcre et mordante des produits liquides de la combustion Ils poussent le raffinement de la sensualité si loin dans l’art de fumer, qu’ils fout usage du narguillé, appareil particulier dans lequel la fumée passe dans un vase plein d’eau, souvent de l’eau de rose, afin qu’elle se dépouille plus complètement de ses qualités irritantes. Toutes les populations musulmanes ont encore un moyen qui est très-efficace pour combattre les effets narcotiques du tabac : c’est l’usage presque continuel qu’ils font du café, et la privation des boissons fermentées. Le café, ce puissant antidote des narcotiques, est d’un usage général en Orient; il est, avec la pipe, la formule de politesse imposée à tout individu qui offre l’hospitalité; c’est le cérémonial et l’acte le plus impartant dans une visite, et c’est une grossièreté que de manquer à cet usage. Il est certain que l'abus que font les Orientaux du tabac aurait eu de très- funestes résultats, s’ils ne l’avaient conjuré en grande partie par les moyens que nous venons d’indiquer.
Malgré ces précautions, le tabac exerce sur les populations de l’Orient un effet bien fâcheux ; il contribue à entretenir l’état de langueur et d’apathie dans lequel elles sont plongées ; il favorise la pa-
resse, par le temps énorme consacré à la satisfaction d’un besoin qui est considéré comme de première nécessité : aussi, plusieurs fois, les sultans défendirent-ils l’usage du tabac; quelques-uns même portèrent la peine de mort contre ces infractions. Le sultan Mahmoud, l’un des derniers souverains et le réformateur de l’empire turc, défendit, parmi ses premières réformes, l’usage du tabac, sous les peines les plus sévères. Déjà, en Europe, le tabac avait été autrefois proscrit par des souverains; Christian IV , roi de Danemark, et Jacques Ier, roi d’Angleterre, l’avaient défendu dans leurs États; le grand duc de Moscovie et un roi de Perse l’avaient également proscrit, sous peine de la vie et d’avoir le nez coupé ; le pape Urbain VIII fulmina une bulle qui défendait l’usage du tabac dans les églises, sous peine d’excommunication. Un arrêté du prévôt des marchands, de 1635, défendait à Paris l’usage du tabac dans les lieux publics, sous peine de la prison et du fouet. Malgré toutes ces proscriptions, le tabac sortit toujours vainqueur de la lutte, tant son usage, lorsqu’il est sanctionné par l’habitude, a de puissance sur la volonté de ceux qui y sont soumis.
Lorsque le tabac se respire en poudre par le nez, c’est ce que l’on appelle priser ; ce fut même sous cette forme qu’il se répandit d’abord dans la bonne compagnie. Molière, dans la peinture de ses marquis petits-maîtres, les représente le nez barbouillé de tabac, de cette herbe puante dont l’usage, disait une femme célèbre de ce temps, ne pouvait durer; la tabatière était une râpe montée sur une espèce de gouttière en bois ou en ivoire, sur laquelle on râpait la carotte de tabac, et on en offrait à tout son entourage, ainsi que l’attestent les vers du Don Juan de Thomas Corneille.
L’usage du tabac à priser a été un remède efficace dans quelques cas; il a fait souvent disparaître des céphalalgies opiniâtres ; il a été quelquefois utile comme dérivatif dans quelques ophthalmies chroniques, dans des affectious anciennes de l’oreille. Il agit comme sternutatoire, et quelquefois par ses propriétés narcotiques ; ces dernières, il faut le dire, lorsque l’on fait un grand usage du tabac, sont plus souvent fâcheuses qu’utiies, car c’est par leur action que se détermine l’état de congestion, de somnolence et d’hébétude, qu’amène l’abus de cet excitant. La sécheresse de la membrane pituitaire, des coryzas chroniques, quelquefois même des polypes, peuvent se joindre aux inconvénients graves que nous venons d’indiquer. Enfin, nous croyons pouvoir dire, sans tenir compte de la malpropreté qu’ entraine souvent l’usage du tabac, qu’il est bien plus de cas dans lesquels il est du devoir du médecin d’en faire cesser l’usage, qu’il n’en est dans lesquels il croit devoir le prescrire.
Nous dirons peu de mots de la chique ; on comprendra que, si de toutes les manières d’user du tabac c’est la plus dégoûtante, c’est aussi la plus fâcheuse; le tabac, ainsi qu’on le verra plus loin, est une véritable substance toxique, et, malgré la précaution qu’ont les chiqueurs de rejeter leur salive, il est impossible qu’il ne s’en introduise pas une certaine quantité dans l’estomac. On cite même des cas où des accidents graves se sont manifestés à la suite de chiques avalées par accident. La chique n’est guère en usage que parmi les marins ou les individus de basse condition ; quelques auteurs
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d’hygiène navale ont prétendu qu’elle pouvait être efficace à bord, dans les longues navigations, dans les climats froids, brumeux et humides, et que c’était un stimulant qui contribuait à garantir les équipages du scorbut. Quoique, par notre position, nous soyons peu compétent pour juger une semblable question, nous avouons cependant que nous avons beaucoup de peine à croire à l’efficacité de ce préservatif.
Chez les personnes qui y sont adonnées, et n’importe sous quelle forme, le besoin du tabac est si j impérieux qu’il y a souvent danger à en vouloir j priver complètement les individus. Mérat rapporte j une anecdote de sa jeunesse, qui peut faire voir quels sont lapuissanceetl’empiredecettehabitude.
Il herborisait dans la forêt de Fontainebleau, et il aperçoit un homme couché sans mouvement sur le sol : il le croit mort , s’approche , et s’aperçoit que cet homme n’est qu’évanoui ; il veut lui donner des secours, et le moribond, se soulevant à peine, lui demande s’il a du tabac. Sur sa réponse négative, cet homme se laisse retomber sur la terre, sans ajouter un mot. Mérat revient vers lui et lui amène un bûcheron qu’il a trouvé dans la forêt, il avait du tabac : l’individu en prend alors avidement quelques prises, il est bientôt ranimé. Il conte alors que, parti de chez lui de grand matin sans emporter sa tabatière, il avait marché tant qu’il avait pu sans prendre de tabac, espérant arriver bientôt au terme de son voyage ; mais que, vaincu par cet impérieux besoin, il n’avait pu aller plus loin, et qu’il était tombé à l’endroit où on l’avait trouvé; qu’il y serait mort, disait-il avec l’exagération que lui causaient les souffrances qu’il avait éprouvées, sans les secours inespérés qui lui avaient été prodigués. Cefait, bien que l’imagination ait augmenté de beaucoup les souffrances réelles de cet individu, montre cependant quelle est la puissance d’un besoin qui n’a d’autre réalité que celle que lui a donné l’habitude.
Chez les malades, la cessation du désir de prendre du tabac annonce ordinairement que l’affection est profonde ; c’est un symptôme grave : par opposition, lorsque le besoin se manifeste de nouveau, c’est le signe d’un retour vers la santé. Dans les maladies longues, on ne doit pas faire cesser d’une manière complète l’usage du tabac chez les individus qui en font un usage habituel; on en éprouverait souvent de fâcheux résultats, par l’état de morosité et presque de désespoir profond dans lequel cette privation les jette. Il en est de même des personnes qui, après avoir fait un usage habituel du tabac, veulent en cesser l’emploi; un abandon brusque a souvent des inconvénients ; il faut alors en diminuer successivement l’usage et finir par se contenter seulement d’en respirer l’odeur. D’autres personnes ont abandonné brusquement le tabac sans inconvénients. Dans le même but , on a mêlé quelquefois au tabac des poudres désagréables dont on augmente la proportion jusqu’à ce que le tabac finisse par inspirer du dégoût.
Les ouvriers qui travaillent le tabac sont soumis à des affections toutes particulières, dont les médecins, et principalement Bamazzini, se sont particulièrement occupés. Ces indispositions sont principalement des vertiges , des nausées, des irritations des voies respiratoires , des céphalalgies très-
intenses. Fourcroy, dans sa traduction de Ramazzini, dit que la petite fille d’un marchand de tabac mourut dans des convulsions, pour avoir couché dans une chambre où on avait râpé une grande quantité de tabac. Ramazzini dit avoir vu une jeune fille avoir de violentes envies d’uriner, aller fréquemment à la selle , et rendre beaucoup de sang par les vaisseaux hémorrhoïdaux , pour s’être reposée sur des paquets de tabac en cordes. Beaucoup d’individus ont été gravement indisposés et ont eu des convulsions, pour avoir pris du tabac mêlé à leurs aliments ou à leurs boissons. On se rappelle la mort du poète Santeuil , qui mourut parce que des seigneurs avec lesquels il faisait débauche mêlèrent du tabac d’Espagne à son vin. Les habitants de tout un quartier de Paris , celui qui avoisine la manufacture des tabacs au Gros- Caillou, ont été très-longtemps et gravement incommodés par l’odeur de la fumée qui se dégageait de la combustion des côtes du tabac, que l’administration fait brûler , ne pouvant les employer , et ce n’est que lorsque le fourneau où s’opérait cette combustion fut rendu complètement fumivore, que les accidents cessèrent.
Méfier, dans un mémoire publié il y a environ vingt ans sur la santé des ouvriers qui travaillent le tabac, disait que, dans les manufactures royales de France, la fabrication y a reçu un grand perfectionnement sous le rapport de la santé des ouvriers, mais que l’on n’a pu remédier à tous les inconvénients.
Ainsi, on observe encore des céphalalgies, des nausées, la perte de l’appétit et du sommeil, de la diarrhée; ces accidents durent ordinairement de , huit à quinze jours et disparaissent ensuite. Comme accident consécutif, on observe une altération particulière du teint qui prend une nuance grise; ce fait , on ne le remarque qu’après un temps assez long. Méfier l’attribue à la présence de la nicotiane absorbée, etqueM. Boudet croit avoir retrouvée dans les urines. Ces maiadies, dit ie même auteur , sont loin d’avoir la gravité de celles qui se manifestent dans d’autres professions , dans celle par exemple où l’on fait usage des préparations de plomb et de mercure. L’influence des émanations du tabac, par compensation, préserve, dit-on, de certaines maladies, telles que des fièvres intermittentes, des rhumatismes, des épidémies de suette , et même de la phthisie, disent certains médecins.
Le tabac cause quelquefois des accidents graves en contact seulement avec la peau ; on a vu des céphalalgies intenses être causées par le tabac que les militaires mettent dans leurs schakos pendant les marches et lorsque la température est très-élevée. Les produits empyreumatiques du tabac , ce jus qui se condense dans le tuyau de la pipe , jouit d’une action toxique très-énergique ; des individus ont éprouvé des accidents graves et dit-on ont succombé après en avoir avalé même en petite quantité. Ces accidents sont dus à Vhuile empyreumatique que contient cette substance; Brodie a tué un jeune chien en dix minutes avec deux gouttes de cette huile : la même quantité donnée en lavement à un chien le tua en deux minutes et demie.
Usage médical du tabac. — Le tabac est aussi employé en médecine, quoique son usage soit assez borné; mais, à diverses époques, et surtout lors de sa découverte, il était si usité, qu’on lui donna le
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nom d'herbe à tous maux. Il renferme divers principes actifs, qui ont été isolés par l’analyse chimique. Voici les principes trouvés par Yauquelin, et ensuite par Posseltet Riemann: nicotine, nicotianine, extractif, gomme, chlorophylle, albumine, gluten, amidon, acide malique, muriate d’ammoniaque, nitrate et muriate dépotasse, et autres sels. Parmi ces substances, les deux seules qui présentent de l’intérêt sont les deux premières, qui paraissent propres aux diverses espèces de tabacs, et qui, jusqu’à ce jour, n’ont pas encore été trouvées dans d’autres plantes que celles du genre nicotiane.
La nicotine a été extraite en quantité assez considérable par M. Barrai, qui, en 1846, a présenté à l’Académie des sciences lerésultat de ses travaux. Il en a obtenu IG grammes par kilogramme de feuilles de tabac de Flandre. Le mode d’extraction de cette substance est assez long et compliqué ; il faut, vers la fin des opérations, opérer à l’abri du contact de l’air, qui altère la nicotine en la rendaut brune et en l’épaississant. C'est un liquide transparent, incolore, assez fluide, et ne contenant point d’eau dans sa composition ; il se congèle à 10° audessous de zéro, et se volatilise à 250°, en laissant un résidu charbonneux; son odeur est âcre, et ne rappelle pas celle du tabac ; sa saveur est brûlante : c’est un poison d’une extrême violence ; moins d’un demi-centigramme mis sur la langue d’un chien de moyenne taille le tue en moins de 3 minutes. Cette substance se comporte comme les alcalis fixes; elle bleuit le papier de tournesol rougi, et forme des sels avec les acides, en dégageant de la chaleur ; elle précipite de leur dissolution l’alumine et tous les métaux. La médecine, jusqu’à ce jour, n’a pas encore cherché à tirer parti de cet agent redoutable.
La nicotianine est solide, d’une odeur de tabac, d’une saveur amère, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et l’éther ; c’est une espèce d’huile volatile concrète qui se fond à une douce température, ce qui l’avait fait nommer par Hermbstaed, qui en fit la découverte, camphre du tabac. On la prépare en distillant à plusieurs reprises de l’eau avec du tabac, et elle surnage à la surface de l’eau distillée; prise à la dose de cinq centigrammes, elle cause de violents vertiges ; elle est, ainsi que la précédente substance, sans usage en médecine.
Le tabac a été employé en lotions dans la gale et quelques maladies de la peau ; mais son usage n’est pas sans inconvénient : on cite plusieurs cas où des individus furent pris de vertiges, de nausées et de vomissements, à la suite de lotions de tabac faites sans ménagement. Murray rapporte i’histoire de trois enfants qui furent pris de vomissements, de vertiges, de sueurs abondantes, et qui moururent en vingt-quatre heures, pour avoir eu la tête frottée avec un liniment de tabac employé pour les guérir de la teigne. Valterbat cite un petit garçon qui mourut en trois heures, après qu’on lui eut répandu du suc de tabac sur des ulcères teigneux. Ces faits montrent avec quelle circonspection il faut faire usage du tabac, même appliqué à l’extérieui. Les lotions ont été aussi recommandées dans un grand nombre de maladies: dans les dysenteries et dans les affections vermineuses, on a appliqué sur le ventre des fomentations de tabac.
On a employé le tab c en lavement dans la paralysie et les affections nerveuses. La décoction, mé-
langée à la farine de graine de lin, a été mise en usage comme cataplasme dans les affections rhumatismales et l’on dit en avoir obtenu de bons effets. Méfier dit que les ouvriers qui travaillent dans les manufactures royales se couchent sur une balle de tabac lorsqu’ils sont pris de rhumatismes, et qu’ils font très-souvent cesser les douleurs par ce moyen. Le tabac, mélangé avec la graisse , a été employé en pommade pour détruire les poux de la tête et du pubis. La fumée de tabac est usitée en lavement dans l’asphyxie. (Voy. ce mot.)
Les doses auxquelles on emploie le tabac doivent être très-modérées. Nous empruntons au Traité de Thérapeutique de M. Bouchardat une observation rapponée parM. Tavignot : c’est un cas de mort qui suivit l’administration du tabac en lavement à la dose de 60 gr. Les symptômes, qui furent subits, se succédèrent avec une effrayante rapidité; il se manifesta de la pâleur avec stupeur, de la gêne de la respiration , qui fut toujours croissante, une abolition complète de l’intelligence ; à ces accidents se joignit un tremblement convulsif des bras d’abord, desjambes, puis de toutle corps, qui augmenta pendant dix minutes, et auquel succéda un état de prostratioix extrême; le coma et la résolution de tous les membres terminèrent l’agonie. En douze minutes tout fut fini; il n’y avait pus eu de vomissements.
Mérat et Delens, dans leur Dictionnaire de thérapeutique^ disent que, pour les lotions et les fomentations extérieures, la dose de tabac en infusion et en décoction nedoit jamais passer 8 gr.pour 1 litre d’eau, et qu’il en est de même pour les lavements. En décoctions à l’intérieur, on ne doit jamais aller au delà de 2 grammes en plusieurs prises, toujours pour la même quantité de liquide, et souvent il faut en donner moins. En poudre, à l’intérieur, il ne doit être administré qu’à la dose de 5 à 10 eentigr. La teinture de tabac a été administrée à la dose de 20 gouttes, dans l’ischurie. Fovvler l’a employée à celle de 40 à 80 gouttes dans l’hydropisie. En donnant cette dose deux fois par jour, on obtient un effet diurétique très-marqué. Cette teinture se prépare avec 8 gr. de tabac mis dans 120 gr. d’eau bouillant pendant une heure; on passe et on ajoute 60 gr. d’alcool. Lorsque l’on prépare des pommades avec la poudre de tabac, on doit se rapprocher, pour les doses, des quantités indiquées ci-dessus pour l’usage extérieur. Le tabac est, dans tous les cas, un médicament dont on ne saurait trop surveiller Remploi, à cause des accidents graves qu’il peut occasionner.
tabac des vosges. (V. Arnica.)
TABES ( path .), s. m., mot latin conservé dans la langue médicale, pour exprimer l’état de marasme dans lequel tombent les sujets atteints de maladies consomptives.
taeie ( anat .), s. f. (de tabula ), on appelle ainsi les lames de tissus compactes qui revêtent les faces internes et externes des os du crâne.
tablette ( pharm .). V. Pastille.)
taches x»e x.A pe AB'. (Y. Éphélides , Syphilis et Syphilides.
tact (physiol.), s. m. ( tactus , de tangere, toucher). l e tact est le sens spécial qui nous fait apprécier les propriétés tactiles des corps, telles que
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l’étendue, la forme, l’état poli ou rugueux de la surface, l’état d’iiumidité ou de sécheresse, la consistance, etc.
Des corps étrangers, qui touchent la surface d’un ulcère ou d’une plaie, l’irritent peu ou vivement, et nous donnent une idée vague de leur présence et de leur contact avec nos organes. Si l’on interroge le malade sur les corps avec lesquels on a été obligé de le toucher, il lui est impossible de déterminer précisément la forme, la nature, les actions et les qualités des corps avec lesquels on i’a touché. Il n’en a reçu que des notions très-vagues et beaucoup moins précises que celles qu’il acquiert par la peau, par la surface de cette membrane, et surtout par la pulpe du bout des doigts. Ces sensations n’appartiennent donc pas au sens du tact ou du toucher, comme on l’a enseigné jusqu’à ce jour. Elles dérivent d’un sens différent et moins parfait, que nous appelons sens du tact général , parce qu'il appartient à un bien plus grand nombre de parties. Le choc d’un corps, l’action d’un caustique, d’un corps très-chaud ou très-froid, du mercure congelé, par exemple, ne nous donnent aueune notiou positive ni spéciale du corps qui l’engendre. Ces notions sont si incertaines, que des personnes ont reçu du mercure congelé dans leur main, et se sont cru brûlées. Je me la suis aussi procurée, cette sensation, pour l’étudier; j’ai reçu dans mes mains, j’ai pressé entre mes doigts de l’acide carbonique et du mercure congelés , et, quoique j’apportasse beaucoup d’attention à l'impression que je ressentais, elle m’a paru ressembler beaucoup plusà celle du feu qu’à celle de la glace.
Les sensations taciiles générales s’observent dans toutes les parties sensibles à l’action de la plupart des agents physiques ; mais on ne les observe habituellement que dans la peau, "parce que les parties sous-cutanées ne sont pas habituellement à nu. Or, la sensibilité d’où elles dérivent dans la peau u’estpas égale. Une pression prolongée ou des chocs violents déterminent de la douleur dans les points où ces actions s’exercent, mais plus ou moins, suivant la partie; la douleur est très- vive dans les points qui reposent sur des os, comme au crâne, aux coudes, aux genoux et au-devant des jambes : la peau du visage est d’une extrême sensibilité. Quoi qu’on en ait dit, la peau de la paume de la main et même delà palpe des doigts n’a qu’une sensibilité tactile générale, obscure. Ce fait est d’autant plus remarquable, qu’on a toujours présenté, sans distinction aucune, lasensibilité des mains et des doigts comme fort délicate. Un léger coup au visage produit une vive douleur ; au bout du nez, il nous arrache des larmes; à la pulpe des doigts et surtout à la paume des mains, on ne fait que le sentir . Qui oserait recevoir sur les joues les férules que le magister administre correctionnellement à ses écoliers?... Comment se fait-il que les physiologistes se soient complu à vanter sans distinction la haute sensibilité des mains et des doigts, et à la vanter comme étant plus délicate que celle de toutes les autres parties de la peau? Que des philosophes soient tombés dans cette erreur, c’est tout naturel ; ils méditent et n’observent pas : mais les physiologistes 1 comment ontils fait?.. . C’est qu’ils ont confondu les diverses sensibilités de la peau les unes avec les autres , c’est encore que, dans la question qui nous occupe, au lieu
d’étudier tout simplement la sensibilité dans les diverses parties de la peau, ils l’ont étudiée dans le développement proportionnel de nerfs et des papilles nerveuses, et qu’à l’expérimentation directe, ils ont substitué les iaductions à priori.
Au mot Sensation nous avons vu qu’il fallait distinguer une foule de formes et de variétés de sensations fort diverses , et que les auteurs avaient jusqu’ici confondues. Appliquant ces principes à la peau en particulier, nous reconnaîtrons qu’elle peut éprouver quatre ordres de sensation.
1° Les sensations tactiles générales si vagues, dont nous venons de parler.
2° Les sensations de chatouillement. Les impressions que causent les mouvements des barbes d’une pi urne promenée sur les lèvres , d’un cheveu tombé sur le visage, des doigts passés légèrement sous la plante des pieds, ne sauraient être confondues avec aueune autre. Notez que ces sensations n’existent point, ou du moins presque point à la paume des mains ou à la pulpe des doigts, tandis qu’elles sonttrèsdéveloppées au visage, dans les narines, aux flancs, aux genoux, etc. Ces sensations éclairent peu l’intelligence ; elles ne lui donnent nullement la connaissance de l’objet qui les produit, ce qui les distingue des sensations tactiles proprement dites, et n’éveillent en nous que des mouvements instinctifs involontaires.
3° Sensations de volupté. Destiné à favoriser la multiplication de l’espèce par l’attrait des plaisirs, le sens de la volupté, dont je n’bésite pas à faire un sens, n’est point fait pour éclairer l'intelligence. Il a son siège dans les membranes muqueuses des organes de la reproduction, et dans les tissus érectiles qui appartiennent à ces organes. Les sensations de volupté diffèrent par leur nature agréable des sensations tactiles générales, qui sont indifférentes ou douloureuses ; elles diffèrent des sensations du chatouillement, qui sont toujours fatigantes, souvent insupportables. Enfin ellçp diffèrent des sensations tactiles proprement dites , dont il nous reste à parier, qui fournissent beaucoup d’idées à l’intelligence, tandis que les sensations voluptueuses, nonseulement ne l’éclairent point, mais quelquefois même l’affaiblissent, et portent le trouble dans la santé, au point d’amener la mort par les pernicieuses habitudes qu’elles engendrent.
Yoilà assurément plus de différence qu’il n’en faut pour justifier et légitimer la distinction de ce sens, déjà admise, du reste, par quelques physiologistes anciens.
4° Sensations tactiles proprement dites. — Du tact et du toucher. Disons tout de suite ici que, contrairement à la plupart des physiologistes, nous distinguons le tact du toucher ; pour nous, le tact est l’impression produite par ces qualités des corps que nous avons appelées tactiles , en l’absence de notre volonté; la perception a lieu, mais elle n’est pas nette et rigoureuse •• le toucher, c’est le tact attentij ; les connaissances qu’il fournit sont nécessairement plus précises, plus exactes. Nous y reviendrons, d’ailleurs, un peu plus bas.
Organe du tact. L’épiderme répandu à la surface de la peau et de l’origine des membranes muqueuses protège ces membranes contre les excitants qui mettent en jeu la sensibilité. Ces membranes, néanmoins, en ressentent l’action affaiblie et émoussée,
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sans que l’on sache si, dans le fait de la sensation, il se passe autre chose que l’impression même reçue par le derme.
Propriétés appréciées par le tact. Les sensations tactiles sont déterminées par des agents nombreux et variés. Nous allons les passer rapidement en revue. 1° La température donne lieu aux sensations de froid ou de chaleur, suivant son élévation thermométrique, Les physiciens expliquent la température des corps par la présence du calorique , libre ou manifeste dans ces corps , et les degrés de leur température, par la quantité relative de leur calorique libre : le froid , par des quantités d’autant plus faibles de calorique, que le corps est plus froid. Son appréciation, par le tact, varie beaucoup suivant les individus, l’état de santé ou de maladie, etc. Néanmoins, il est des températures au-dessus et au-dessous desquelles on éprouve constamment une sensation de froid ou de chaleur ; on a dit que le terme moyen, qui nous est à peu près indifférent, serait 16 ou 17-{-o C. Pour nous, nous pensons que le point de départ réel est celui de la température du corps. Ce qui est au-dessus nous paraît réellement chaud, ce qui est au-dessous nous fait éprouver une sensation qui varie de la fraîcheur au froid.
2° La sécheresse et Vhumtaue aonnent fieu, comme le froid et la chaleur, à des sensations tactiles que tout le monde connaît, et dont il serait impossible de donner une idée par des définitions à qui ne les aurait pas éprouvées.
3° La pesanteur d’un corps agit sur la sensibilité tactile générale de nos parties, et aussi sur la sensibilité tactile proprement dite , mais seulement lorsque ces parties sont comprimées entre un plan solide qui les soutient et le corps pesant qui les presse. La consistance est la résistance que nous oppose la cohésion des corps, lorsque nous les comprimons et que nous faisons effort pour séparer leurs particules. Cette propriété est surtout appréciée par la sensation d’activité organique musculaire qu’il nous faut déployer pour arriver à ce résultat. Le mouvement agit comme les excitants dont nous venons de parler. Le tact les connaît rapidement et sans travail de la pensée ; il n’en est pas de même des propriétés suivantes: je veux parler de la forme, de l'étendue , de la direction , de la situation relative des corps , etc. Elles exigent , pour être appréciées, un jugement de l’esprit. C’est ce que nous allons voir à propos du toucher.
A .Du tac l inattentif . Lorsqu’un corps nous touche inopinément et instantanément, lorsque nous en sommes brusquement heurtés, sans penser à son action, nous en éprouvons une sensation, qui tantôt éveille notre attention, tantôt est trop faible pour y parvenir. Lorsque la sensation est assez vive pour exciter l’attention, l’intelligence apprécie confusément la sensation ; elle l’apprécie mal, faute d’une durée suffisante dans la sensation. Dans ce cas, cependant, il est encore possible que nous prenions une idée assez exactede la consistance de la pesanteur, de la sécheresse, de la température, du mou vement des corps , surtout si nous sommes déjà parvenus à un âge où nous avons déjà acquis une certaine expérience. Ainsi , quand nous nous appuyons un instant à terre avec la main pour nous asseoir, il n’est pas nécessaire que nous soyons at-
tentifs pour reconnaître si notre main porte à nu sur une ou plusieurs pierres, ou sur une couche molle de feuilles et de mousse, et pour reconnaître si les pierres sont grosses ou petites, unies ou raboteuses, etc. Nous apprécions tout cela sans attention préliminaire ni simultanée à la sensation, par suite ! de l’expérience que nous a donné l’habitude de sen- 1 tir.
! Le tact inattentif ne donne guère que les idées qui découlent immédiatement et directement des sensations physiques générales. Ces sensations ne nous fournissent jamais que des données vagues et peu précises, et nous nous tromperons toujours sur leur évaluation rigoureuse.
B . Du tact attentif ou toucher. Le toucher n’est autre chose que le tact attentif ; ce n’est pas plus un j sens que l’action de regarder, d’écouter, de flairer, ! de goûter. Attention, mouvements volontaires ou I instinctifs, sensations et souvent sensations de di- | verses espèces ; telles sont les phénomènes qui se I passent simultanément dans ce tact composé. Les mouvements promènent le sens du tact sur les corps et l’y font pour ainsi dire pénétrer; quand ces corps sont fluides, le tact recueille alors une moisson d’impressions que l’attention fait apprécier à l’intelligence. Les mouvements sont instinctifs, quand nous les faisons pour obéir à un sentiment irréfléchi de curiosité. Le toucher nous fait connaître les propriétés tactiles des corps avec bien plus de précision que le tact, quoiqu’à lui seul il ne puisse nous donner des idées parfaites. Il peut fournir des notions assez exactes sur les dimensions, la direction, la situation respective de quelque corps, pourvu qu’il n’y ait rien de compliqué. Il fait, jusqu’à un certain point, connaître la forme des corps en explorant avec attention toutes leurs parties, leurs prolongements, leurs saillies, leurs anfractuosités, leurs bords, etc. Si l’on en croyait certains auteurs, le toucher pourrait à cet égard fournir des lumières si vives à l’intelligence, que l’on aurait vu le sculpteur Ganibasius modeler, quoique aveugle , des bustes parfaitement ressemblants, par le seul secours du toucher. J’avoue que cela me paraît peu probable; cependant, ce sens, en apparence si grossier, si inférieur aux autres sens pour le vulgaire, a parfois assez de finesse pour distinguer même quelques couleurs. Mais on est tombé à cet égard dans des exagérations qu’explique aisément cet amour du merveilleux si naturel aux hommes. Je ne saurais non plus accepter ce qu’ont dit certains philosophes du siècle dernier, Buffon, entre autres, qui ont voulu donner au toucher la prééminence sur tous les autres sens, même sur celui de la vue. Nous y reviendrons en parlant de ce dernier sens. (V. Vue.)
Outre les déceptions dans lesquelles le sens du toucher peut être entraîné, il se présente aussi des cas où il s’exerce d’une manière inexacte et incomplète ; ainsi, par exemple, on touche mal avec une main engourdie par le froid ou revêtue d’un gant. Ceci nous conduit à parler de l’organe spécial du | toucher, les mains. Si, malgré leur sensibilité tac- | tile générale obtuse, les mains sont le principal organe du toucher, elles le doivent surtout à leur forme, à leur grande mobilité, qui leur permet de s’appliquer à la surface des corps, de s’y mouler, pour ainsi dire, plus exactement q>’e toute autre