SUPPLEMENT
AU
Les articles précédés d’un astérisque (*) ont déjà été traités dans le corps du Dictionnaire, et ne sont que des compléments devenus nécessaires par suite des progrès de la science, ou bien ils sont destinés à réparer des omissions.
* ABCÈS MÉTASTATIQUE ( path .). On appelle ainsi de petits abcès en nombre ordinairement considérable, qui se forment dans différents viscères, et particulièrement dans le poumon et le foie, à la sdite des grandes plaies accidentelles ou résultant d’une opération chirurgicale. Cette qualification de métastatique leur a été donnée parce, que beaucoup d’auteurs ont pensé que le pus renfermé dans ces petits abcès avait été transporté en nature de la surface de la plaie au sein de l’organe dans lequel on le rencontre. ( Voy. pour plus de détails l’article Veines à propos de l’inflammation de ces vaisseaux.) J. B.
* acétique (Acide) (sophistication de l’acide acétique) et vinaigre médicamenteux. (V. Vinaigre.)
acosj itisîe [chim.). Principe actif del’aconite reconnu par Brande dans l’aconit napel. (V. Aconit. )
affinité [chim.), s. f. En chimie on désigne ainsi la forcé en vertu de laquelle des molécules de différente nature se combinent ou tendent à se combiner; cette force, regardée par les anciens chimistes comme mystérieuse, est' considérée aujourd’hui comme purement électrique.
aigue-fer.se (Eaux minérales d’). C’est une petite ville à trois lieues de Riom (Puy-de-Dôme), où se trouve une eau minérale gazeuse et froide qui n’est employée que par les habitants du voisinage.
aiguillon. (V. Abeille.)
alambic. (V. Distillation.)
ALBUM GRECUSS [mat. méd.). Les anciens désignaient par ces mots latins la partie blanche et sèche des excréments du chien. Cette substance, formée parle phosphate de chaux provenant des os mangés par les chiens, a été quelquefois employée comme médicament : il est inutile de dire qu’elle est complètement inusitée aujourd’hui.
albuminurie ( patli.int .), s. f., composé des (toux mots albumine et urine, ou urine albumi-
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neuse. M. Martin-Solon a proposé ce nom pour caractériser une maladie découverte par le célèbre Bright il y a une vingtaine d’années, et qui consiste en une altération particulière des reins avec hydropisie et présence insolite d’albumine dans les urines. Cette affection est encore désignée sous les noms de Néphrite albumineuse et de Maladie de Bright. Elle est décrite tout au long à l’article Reins. J, B.
albinisme ( physiol .), s. m. On a donné de nom à une anomalie d’organisation dans laquelle la partie pigmentaire de la peau est complètement blanche. L’albinisme s’observe dans presque toutes les classes d’animaux vertébrés. (Y. Albinos.)
alcuo lé ( pharm .), s. m. On a proposé ce donner ce nom à tous les composés alcooliques chargés de principes médicamenteux qui ont été préparés par solution, macération ou digestion. (Y. Alcoolats, Eaux spiritueuses, etc.)
alcoolisation ( chim .), s. f. C’est le développement dans un liquide des principes qui constituent l’alcool. L’alcoolisation se développe par la fermentation dans tous les liquides qui contiennent un principe sucré. (V. Alcool.)
alibile [physiol.), dLA].(alibilis, de alere, nourrisse dit de la partie des aliments pouvant servir à la nutrition ; un aliment est plus ou moins alibile suivant qu’il contient plus ou moins de substances nutritives ; par extension on a dit : un chyle, un sang alibile, pour indiquer que ces humeurs étaient riches de principes nutritifs. (V. Nutrition et Aliment.) J* f
* ALLAITEMENT ARTIFICIEL. Il y a deux
sortes d’allaitements, l’allaitement naturel et l’alimentation artificielle. Dans le premier, l’enfant puise directement le lait à sa source, c’est-à-dire au mamelon qui lui est offert par une femme ou par un animal, une chèvre par exemple; dans le second, le lait tiré de la mamelle est pris par l’enfant à l'aide d’un petit appareil particulier connu sous le nom de biberon, ou tout simplement bu à
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même une tasse ; enfin ces deux modes peuvent être réunis. C’est l’allaitement mixte. Dans l’article (T. I, p.79etsuiv.) dont celui-ci est le complément, il n’a été question que de l’allaitement maternel. Nous devons donc dire ici quelque chose sur celui qui a lieu par un animal, et donner ensuite quelques détails sur l’alimentation de l’enfant au moyen du biberon.
Allaitement au moyen d’un animal. — Lorsque, par une réunion de circonstances que nous n’avons ,pas à examiner ici, on se décide à faire nourrir le nouveau-né par un animal, le choix doit nécessairement tomber sur celui des animaux qui, vivant près de nous dans la domesticité, peut Je mieux se prêter par ses allures et ses proportions à -la fonction que l’on exige de lui. Or la chèvre semble réunir au plus haut degré toutes les conditions favorables ; aussi est-ce elle que l’on préfère généralement, et avec un peu de patience, on parvient à la dresser en très-peu de temps à cet exercice, si bien, qu’au moindre cri de l’enfant on la voit accourir et présenter le pis avec une adresse et une complaisance bien dignes de curiosité et d’intérêt.
La chèvre que l’on doit préférer est, autant que possible, celle qui a déjà allaité, et dans tous les cas elle ne doit pas être à sa première portée, elle doit être âgée de trois à quatre ans, offrir les apparences d’une bonne et vigoureuse constitution, etc. Si elle devient en chaleur pendant la lactation, on lui en substituera une autre dont on fera également l’éducation. Il faut veiller avec beaucoup de soin sur la nourriture des chèvres-nourrices. De l’herbe courte et drue, de la luzerne bien fournie, des feuilles de choux, de navets, du son délayé dans de l’eau, une sorte de soupe de pain et d’eau, telles sont les substances qu’il convient de leur donner.
«Juant à l’influence que l’on a attribuée au lait de chèvre sur le caractère de reniant, qui devient, dit-on, plus vif, plus pétulant , c’est là une assertion qui n’est pas prouvée, et qui, jusqu’à démonstration, demeure à l’état de préjugé.
L’allaitement par un animal, quoique inférieur à celui que donne la mère et dans lequel l’enfant, porté dans ses bras, réchauffé sur son sein, reçoit le bienfait d’une sorte d’incubation, est cependant encore préférable aux suivants.
Allaitement artificiel. — 11 y a ici deux choses importantes à considérer :1e lait et le vase dans lequel on le sert à l’enfant, c’est-à-dire l’aliment et le mode d’administration.
1° Le lait donné à l’enfant devra autant que possible être récemmçnt tiré du pis de la chèvre ou de la vache. Il sera à la température qu’il présente au moment de sa sortie : s’il s’est refroidi, il vaut mieux y ajouter de l’eau sucrée ou une décoction d’orge ou de gruau très-chaude, que de le mettre sur le feu. L’ébullition, contrairement à l’opinion vulgaire , rend le lait plus lourd en le privant de ses principes aqueux et des gaz qu’il renferme, et, en outre, elle lui retire ses principes balsamiques. Dans le premier mois, le lait ne sera pas donné pur, mais coupé comme nous venons dele dire. Si l’enfant était malade, on ajouterait au lait une solution médicamenteuse appropriée à son état.
2° Le vase qui sert à administrer le lait porte le nom de biberon; sa supériorité sur la cuiller est aujourd’hui bien constatée. Le biberon le plus
simple, celui qui était anciennement usité, et dont on se sert encore aujourd’hui dans les campagnes et dans le peuple, consiste en une fiole au goulot de laquelle on adapte une éponge taillée en cône et recouverte d’un linge fin. Ce cône d’éponge simule le mamelon et sert à l’enfant pour sucer le liquide contenu dans la fiole.
Cet appareil tout grossier offre une foule d’inconvénients, parmi lesquels nous citerons surtout la malpropreté, le mauvais goût de l’éponge et l’écoulement trop abondant du lait par les vacuoles de celle-ci. On a donc cherché à le modifier et à le rendre plus conforme au but que l’on doit se proposer. 11 y a déjà un certain nombre d’années, Mme Breton, sage-femme, imagina d’adapter à un flacon de cristal un mamelon en tétine de vache ; ce mamelon coiffe en quelque sorte l’extrémité d’un bouchon de cristal entrant à frottement dans le goulot et traversé, suivant son axe, par un canal qui met en communication l’intérieur du flacon avec l’extérieur, et permet au lait de s’écouler dans la bouche de l’enfant par le petit trou dont est percé le mamelon en tétine. La fiole présente ellemême un petit trou à l’endroit où commence le goulot, afin de laisser entrer de l’air à mesure que le lait en sort. Le biberon en tétine demande à être tenu avec la plus grande propreté, lavé avec de l’eau fraîche, chaque fois qu’on s’en est servi. Le mamelon doit également être nettoyé avec grand soin et toujours dans de l’eau fraîche, autrement il s’altère assez promptement. Le trou qui est percé sur le côté du flacon permet l’entrée de l’eau quand on fait chauffer le lait dans un bain-marie, et laisse écouler le lait quand on porte sur soi l’appareil. Ce sont là des inconvénients assez sérieux. Aux bouts de sein en tétine de vache de Mrae Breton, M. Darbo a substitué le liège élastique. Ici l’entrée de l’air, pour permettre l’écoulement du liquide, a lieu par un conduit en spirale percé dans une pièce d’ivoire ou de bois qui s’adapte au flacon en forme dé bouchon, et sur laquelle est fixé le bout de sein en liège. Plus récemment, M. Charrière à eu l’heureuse idée de substituer à la tétine et au liège des mamelons en ivoire ramolli, et il a rendu plus simple et plus facile l’entrée de l’air dans le flacon, au moyen d’un petit trou creusé sur un des points de la circonférence du bouchon, Dans çes divers appareils, l’enfant ne peut feter qu’autant que le flacon est tenu penché sur sa bouche, comme quand on boit à même le goulot d’une bouteille. Un appareil tout récent remédie à ces inconvénients ; un tube qui termine le bouchon se continue avecle canal central et plonge jusqu’au fond du flacon et le mamelon, est placé sur un embout que supporte un petite tige élastique fixée sur l’un des côtés du bouchon ; de la sorte ce bout de sein est mobile et se meut indépendamment de la fiole qui peut être maintenue droite, tandis que le lait arrive dans la bouche de l’enfant sous l’influence de la succion et peut ainsi s’écouler jusqu’à la dernière goutle par le tube plongeant dont nous venons de parler. C’est, je crois, à ce dernier appareil heureusement modifié par M. Thiers, qu’il convient de s’arrêter. Seulement, au mamelon de liège qu’il emploie, il conviendrait de substituer le bout de sein en ivoire ramolii de M. Charrière Ainsi composé, l’appareil réunirait toutes les con-
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ditions que l’on peut désirer dans ün bon biberon, sauf peut-être le prix* qui est assez élevé.
Dans les premiers mois, on présentera le biberon à l’enfant toutes les fois que par ses cris il manifestera ses besoins; mais vers le troisième mois il conviendra de régler ses repas et de ne lui donner du lait que de trois en trois heures ; c’est là une habitude qu’il est bon de lui faire prendre.
A part tous les inconvénients inhérents à ces différents appareils, l’inconvénient le plus sérieux que présente l’allaitement artificiel, c’est d’offrir à l’enfant une nourriture qui n’est pas entièrement appropriée à son organisation. On cite beaucoup d’exemples dans lesquels ce mode de nourriture a parfaitement réussi, mais on tait en même temps ses nombreux insuccès. La cause la plus ordinaire qui fait périr les enfants qu’on élève ainsi, ce sont des maladies d’intestins occasionnées précisément par cette nourriture, qui ne saurait leur convenir. Voici du reste des chiffres cent fois plus éloquents que toutes les déclamations que nous pourrions faire en faveur de l'allaitement naturel; ils ont été publiés par M. l’abbé Gaillard. Dans l’hospice d’une localité dont M. Gaillard a cru devoir taire le nom, sur 244 enfants naissants, il enestmortau bout de l’an 197. Ce qui fait 80 pour cent, tandis qu’à Partlienay la proportion est de 35 pour cent, et à Poitiers moins encore. Or, dans ces divers lieux, la surveillance, les soins sont les mêmes, mais la seule différence consiste en ce que, dans le lieu qui n’est pas nommé, les enfants sont élevés au biberon, tandis qu’à Poitiers et à Parthenay ils sont allaités. Cet effrayant résultat ne justifie-t-il pas cette inscription que l’on proposait de mettre sur le frontispice de cet établissement : Ici on fait mourir les enfants aux frais du public!... (Londe. Nouv. Elém. d’ Hygiène, t. II, p. 741).
Allaitement mixte * C’est celpi dans lequel l’enfant, tout en continuant de prendre le sein de sa mère ou de sa nourrice, reçoit en même temps une nourriture complémentaire qui, suivant l’âge et le degré de force auquel il est parvenu, consiste dans du lait ou des bouillies, des fécules, etc.
Quand, dès les premiers mois, la quantité de lait fournie par la mère n’est pas en rapport avec les besoins de l’enfant, il faut avoir recours au biberon pour compléter son alimentation. Plus tard, vers le huitième ou dixième mois, il est bon de commencer à donner à l’enfant de petits potages au lait ou à l’eau, bien légers. De la biscote, du pain séché au four et pulvérisé, conviennent trèsbien à cet âge, Enfin, à mesure que l’on approchera de l’époque du sevrage, c’est-à-dire vers le quatorze ou quinzième mois, on donnera des potages au gras et même quelques aliments solides , du pain , des fruits cuits, etc. Ce mode d’allaitement qui présente moins de dangers que l’allaitement artificiel, et qui même peut être employé avec avantage pour les enfants forts eit vigoureux, ne saurait convenir aux sujets faibles et débiles; pour ceux-là il faut une nourrice ayant un lait substantiel et abondant J’ai vu des enfants faibles et grêles au moment de leur naissance se développecommepar enchantement sous l’influence d’un bon allaitement : aussi est-il convenable que la tendresse des mères cède aux exigences de la santé de leur enfant. I -P. Beaude.
aixemiîa (bot.), s. m. Ondésigne sous ce nom et sous celui de saxelle 1 ’oxalis acetosella, plante de la famille des géraniées et du genre oxalis. C’est une plante vivace qui croit abondamment en Europe dans les prés et les bois; elle est acide ainsi que l’indique son nom; la saveur de ses feuilles est acide, piquante et agace les dents ; elle contient abondamment dû süroxalate de potasse ou sel d’oseille, qu’autrefois on extrayait en grande quantité en Suisse, avant que l’on eût pratiqué la fabrication de l’acide oxalique par le sucre et l’acide nitrique. Cêtte plante, qui se trouve sous toutes les latitudes en Europe, est antiscorbutique et rarafraîchissante : Peyrilhe la nommait le citron du Nord. Le capitaine Baudin, dans son voyage de circumnavigation, en trouva au port Yestern ; ses équipages, privés de vivres frais depuis quelque temps, en mangèrent abondamment et firent disparaître les Symptômes de scorbut qui déjà les affectaient. L’oxalisacetosellapeut remplacer l’oseille dont il possède presque toutes les propriétés ; il est seulement beaucoup plus acide. J. B.
* AIÆBBSETTES (Maladies des o uvriers qui préparent les) (Ht/g. pub.). Lorsque nous avons publié le premier volume de ce Dictionnaire , l’usage des allumettes fulminantes ou phosphorées, dites allumettes chimiques, n’était pas encore trèsrépandu. Depuis, cette fabrication a pris un développement considérable ; et aujourd’hui il existe une assez grande quantité de fabriques : quelquesunes sont même très-importantes. On a pu, dans ces conditions, observer un assez grand nombre d’accidents produits soitpar l’usage des allumettes, soit dans leur fabrication ; et enfin on a constaté des maladies particulières qui se développent chez les ouvriers qui préparent ces allumettes. Pour faire comprendre ces diverses choses, il est important que nous donnions quelques notions sur la manière dont se préparent les allumettes chimiques.
C’est à un Français, Savaresse, connu par beaucoup de travaux intéressants, notamment pour la préparation des eaux gazeuses, que l’on doit l’invention des allumettes à friction, après avoir chetfché assez longtemps pour résoudre ce problème, d’avoir une allumette qui renferme en elle-même tous les principes d’une inflammation rapide, que l’on pût déterminer spontanément et à volonté par les moyens les plus simples. Il vendit son procédé à des Anglais et à des Allemands ; ceux-ci allèrent l’exploiter à Vienne. Après quelques années, et comme cela a presque toujours lieu pour nos inventions, ces allumettes nous revinrent d’Allemagne, aussi furent-elles désignées sous le nom d’allumettes chimiques allemandes.
Voici de quelle manière on procède à leur fabrication : les allumettes sont d’abord préparées comme par l’ancien procédé; seulement elles sont plus courtes et soufrées à uue seule extrémité : c’est cette extrémité qui est destinée à être trempée dans une pâte liquide formée de phosphore, de chlorate de potasse, d’un mucilage tel que la gomme atabique, la gomme adraganthe ou la gélatine, d’une matière colorante et d’eau. L’allumette est ensuite séchée à 1’étüve, mise en boîte ou en paquet et livrée au commerce. Ces diverses opérations expo-
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sent les ouvriers à des dangers, surtout sous le rapport des explosions du mélange du phosphore avec le chlorate de potasse, soit lorsque ce mélange s’opère le phosphore étant en fusion, soit lorsqu’il a été étendu sur une table de marbre pour le trempage des allumettes, et qu’il s’en est séché quelque partie. La première opération se faisait autrefois dans un ballon de verre ; on mêlait avec de l’eau le chlorate dépotasse et le phosphore immédiatement et avant que ce dernier fût en fusion. La fusion s’opérait, soit à feu nu, soit sur un bain de sable ; plusieurs fois il est arrivé que le ballon a fait explosion, et le phosphore enflammé a été projeté sur l’ouvrier et dans l’atelier : il a causé ainsi des brûlures très-graves etdesincendies considérables. Aujourd’hui, pour éviter ces inconvénients, on fait fondre le phosphore avec l’eau gommée dans un ballon de cuivre, et l’on ajoute ensuite du nitrate de potasse, qui est moins explosible que le chlorate, lorsque le phosphore encore liquide est refroidi.
Car avec ce dernier, des marbres sur lesquels on avait étendu le mastic ou la pâte phosphorée, soit pour la broyer, soit pour le trempage des allumettes, ont souvent été brisés par l’explosion de cette pâte; il suffisait pour cela qu’un peu de mastic séché eût été frotté avec force ou eût subi une percussion, pour que toute la matière fût enflammée avec détonation, le marbre était brisé et les éclats projetés de manière à blesser les ouvriers. On cite même l’exemple d’une fabrique qui fut entièrement enlevée et détruite par le fait d’une semblable explosion. Les précautions que l’on prend aujourd’hui, et qui consistent à ne faire le mélange que dans le ballon de cuivre et à substituer le nitrate de potasse au chlorate, en n’opérant le trempage des allumettes que dans des petites cuvettes en cuivre qui n’ont qu’un centimètre de profondeur environ, et que l’on lave ensuite, ont empêché les accidents dont nous venons de parler de se reproduire; ils ont eu souvent lieu dans le commencement de la fabrication des allumettes fulminantes.
Après le trempage, les allumettes sont portées à l’étuve pour sécher. Il existe encore dans cette opération des chances d’incendie, soit par le fait des allumettes qui peuvent tomber sur le sol, soit par le poêle employé pour chauffer l’étuve. Aussi exige-t-on que le sol soit couvert de sable, afin d’empêcher que ces allumettes ne soient écrasées et enflammées ; que le foyer qui chauffe l’étuve soit convenablement isolé; que les bâtis, et les rayons des étuves soient, autant que possible, en fer et en tôle, afin d’éloigner ainsi, le plus que l’on peut, les chances d’incendie.
Les allumettes phosphorées présentent encore de nombreuses chances d’incendie après leur fabrication. Ainsi, souvent on se contente de les mettre en paquet, seulement enveloppées d’une feuille de papier; ces paquets sont placés ensuite dans de grands paniers ou mannes et transportés chez les débitants. Les allumettes ainsi expédiées sont dites en vragues, et c’est de. cette façon qu’ elles occasionnent le plus grand nombre d’accidents. Celles mises en boîtes présentent moins de chances d’incendie ; car, si par le fait d’un choc vif une boîte vient à s’enflammer, tout le mastic
déflagre, mais les allumettes ne brûlent pas, parce qu’elles sontprivées d’air pour entretenir la combustion.
Des accidents nombreux ont été le résultat du transport des allumettes chimiques par le roulage et les diligences. Des chargements entiers et même les voitures ont été souvent brûlées par le fait d’un seul colis d’allumettes qui n’avait pas été expédié avec les précautions convenables. Des voyageurs eux-mémes ont vu leur malle incendiée par la seule présence d’allumettes emportées pour leur usage. Aussi est-il convenable, lorsque l’on emporte de ces allumettes en voyage, de les enfermer dans un étui ou une boîte métallique. Nous nous sommes très-bien trouvé nous-même d’une semblable précaution. Dans un voyage que nous fîmes à Londres en 1845, la mer ayant été fort agitée pendant la traversée de Douvres à Calais, je fus fort étonné, en ouvrant un nécessaire dans lequel était un de ces petits briquets anglais en tôle, recouvert de maroquin chagriné et qui contenait des allumettes en cire à friction, de trouver tous les objets en argent du nécessaire noircis. En ouvrant le briquet, je vis que les allumettes s’étaient enflammées. Sans doute, par l’effet du choc en mer, lacire avait fondu, mais les allumettes n’avaient pas brûlé. J’avais cependant déjà porté ce briquet dans plusieurs voyages, sans que cet accident fût arrivé.
Les dangers d’incendies sont si grands avec les allumettes à friction , que plusieurs gouvernements en ont interdit la vente. En France, on a fait des règlements sur leur mode de fabrication et sur leur transport. Le conseil de salubrité a fait de nombreux travaux sur ce sujet, dont les plus importants sont dus à MM. Chevallier, Payen, Gauthier de Claubry, etc.
Les allumettes présentent aussi certains dangers, surtout celles au chlorate de potasse ; souvent elles déflagrent avec force, et la matière enflammée peut être projetée sur les mains, les vêtements, le visage : des brûlures graves sont souvent le résultat de ces projections du phosphore enflammé. On cite même des exemples d’individus chez lesquels la matière fut projetée sur les yeux, et il en résulta la perte d’un des organes, j’ai vu de ces brûlures qui sont circonscrites et profondes, car le phosphore adhère en brûlant, et quoique la combustion soit très-rapide, comme la chaleur est très-intense, la brûlure intéresse ordinairement une grande partie de l’épaisseur de la peau. Ces brûlures doivent être traitées comme des brûlures au troisième degré (V. ce mot), et si un organe aussi intéressant que l’œil vient à être atteint, on devra approprier le traitement à l’inflammation qui pourrait en être la suite. Un linge mouillé, appliqué, lorsqu’on le peut, sur les portions de mastÿ; projeté enflammé, est le meilleur moyen d’éteindre ces matières si combustibles. Pour éviter ces inconvénients, qui pourraient être communs, aujourd’hui que l’on fait un si grand usage des allumettes chimiques, il ne faut employer que des allumettes qui ne contiennent qu’une petite proportion de mastic, et que ce mastic s’enflamme sans détonation; les allumettes qui ne font point de bruit en s’enflammant ne produisent point de ces projections, et l’on en
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