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contredit l’ablation avec le fer tranchant; lorsque la tumeur n’est pas très- volumineuse, qu’elle offre, par exemple, quatre à cinq pouces de diamètre, la peau n’a pas été trop distendue, et dans ce cas, on fait une incision cruciale ou en T; on dissèque les lambeaux et on enlève la tumeur>ce qui se fait ordinairement avec beaucoup de facilité et presque sans effusion de sang. Ensuite on réapplique les lambeaux et on réunit par première intention, en exerçant sur la partie réunie une compression légère. Si la tumeur est très- volumineuse, la peau a été très-distendue, et en voulant la conserver tout entière, on aurait de vastes lambeaux qui, même après la rétraction, couvriraient et au-delà le fond de la plaie; il faudrait faire éprouver aux téguments une perte de substance, au moyen de deux incisions semi- ellepliques qui comprennent le partie moyenne de la tumeur. Cette perte de substance doit être calculée de telle sorte que les lambeaux, après leur rétraction, puissent fermer la plaie d’une manière exacte.

J. P. Beaude.

LUETTE fanat.), s. f.,(en latin uva, uvula, grain de raisin; en grec staphulè, même signification). On appelle luette une appendice en forme de doigt que présente le voile du palais à sa partie moyenne, et qui donne à l’arrière-bouche l’aspect d’une voûte partagée en deux par une sorte de clef pendante. Sa ressemblance avec un grain de raisin allongé a motivé les appellations grecque et latine , mentionnées plus haut. La largeur de la luette varie suivant les individus; nous verrons que dans l’état morbide, ses dimensions peuvent varier très-notablement. Enveloppée par la membrane muqueuse qui constitue le voile du palais , elle renferme des follicules muqueux fort abondans , et un muscle, le palalo staphylin. Les ovologistes affirment que cet organe se forme par deux parties latérales qui se réunissent ensuite, laissant un repli médian, indice certain de la division primordiale.

Luette (maladies de la). 1° Vices de conformation. Le premier et le plus important, c’est la division de la luette à laquelle participe ordinairement le voile du palais; cet accident a lieu quand les deux parties ne se réunissent pas pendant la vie fœtale. On y remédie au moyen d’une opération fort ingénieuse imaginée par M. Roux, et qui consiste à réunir, au moyen d’une suture, les deux portions floüantes et séparées après avoir rafraîchi leurs bords. Cette opération a été nommée slaphyloraphie ("réunion de la luette), d’après le lésuhat même que l’on se propose. Nous n’entrerons pas ici dans le détail des procédés et des instruments plus ou moins compliqués que divers auteurs ont proposés pour atteindre le même but; il nous suffit d’avoir indiqué d’une manière générale ce qui constitue cette opération. (Y. Palais.)

2° Inflammations. La luette s’enflamme bien rarement seule, mais elle participe aux phlegmasies de diverses natures qui affectent l’arrière-bouche; ainsi, dans les angines gutturales, on la voit rouge, tendue, gonflée, luisante, pendant plus bas que de coutume entre les amygdales qui , tuméfiées T. II.

elles-mêmes et rapprochées, les compriment quelquefois d’une manière fort incommode. Dans les angines couenneuses , la luette est quelquefois enveloppée d’une couche pséudo- membraneuse comme elle le serait d’un bout de doigt de gant. Mais dans les inflammations ordinaires, l’organe qui nous occupe est surtout infiltré de sérosité , ce qui lui donne cet aspect luisant dont nous parlions plus haut. Dans les affections syphilitiques de la gorge, la luette est souvent le siège d’ulcérations spécifiques.

3° Engorgement , hypertrophie , chute , prolapsus de la luette. Sous ces différents noms, on désigne un état particulier dans lequel assez souvent, à la suite d’inflammations répétées, la luette reste tuméfiée , mais surtout allongée et pend jusque sur la base de la langue. Il en résulte une titillation fort gênante qui tait éprouver au malade un besoin incessant d’avaler sa salive , la sensation d’un corps étranger dans la gorge, un crachottement conti nuel , et lorsqu’il y a simple engorgement séreux . quelques gargarismes résolutifs ou astringents, les solutions alumineuses , par exemple, suffisent souvent pour faire disparaître cette incommodité. On a aussi conseillé de porter sur la luette l’extrémité d’une cuiller recouverte de poivre ou de gingembre finement pulvérisés ; — une légère cautérisation avec la pierre infernale est encore un très-bon moyen. Enfin, si tout échoue, mais surtou I s’il y a engorgement avec induration, hypertrophie de l’organe, il vaut mieux en venir à l’ablation. Cette petite opération fort simple, à peine douloureuse, n’est suivie d’aucune hémorrhagie; c’est, en un mot, une des plus innocentes de la chirurgie. Le malade, assis sur une chaise, ouvre largement la bouche; les mâchoires sont maintenues écartées au moyen d’un bouchon de liège interposé entre les dents , tandis qu’un aide déprime la langue avec une spatule ou le manche d’une cuiller : alors le chirurgien saisit, à l’aide d’une pince en forme de griffe, la luette procidenle, et avec des ciseaux longs et étroits il la coupe d’un seul trait. Quelques gargarismes d’eau froide pure ou additionnée de quelques grains de poudre d’alun suffisent pour arrêter le suintement sanguin à la surface de la petite plaie.

Beaugband.

mmbago ( path .), s. m. Y. au Supplément.

lumière (physiq.) s. m .lux. (Y. Météorologie)

lunatique adj.(de luna lune), nom vulgaire donné aux fous, parce que l’on a prétendu que les exacerbations ouïes retours de la folie étaient en rapport avec les phases de la lune.

lunettes ( physiq . méd.), s. f. On désigne sous le nom de lunette les divers instruments destiné-, étendre le champ de la vue ou à remédier à ses imperfections. Les lunettes ou les besicles sont de petits appareils dont tout le monde connaît ia forme qui a varié suivant les diverses époques et les exigences de la mode. Les verres des lunettes sont concaves ou convexes, ces deux formes de verres se comportent différemment avec la lumière; les 14*

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verres concaves, qui ont pour effet de diminuer la réfraction des rayons lumineux, sont employés contre la myopie ou vue courte, infirmité dans laquelle l’œil est doué d’un pouvoir réfringeant considérable et qui a besoin d’être diminué. Les verres convexes ou lentilles sont destinés au contraire à augmenter le pouvoir réfringeant de l’œil," ils remédient à la presbytie ou vue longue, et dans laquelle il faut éloigner les objets de l’œil afin de les distinguer avec netteté. On emploie aussi des verres colorés pour diminuer sur l’œil l’impression trop vive de la lumière ; les verres colorés par une teinte bleue sont ceux qui doivent être préférés. Quant aux lunettes dites conserves, qui sont employées par quelques personnes comme moyen de conserver la vue, elles sont complètement sans action , car si les verres affectent l’une des deux formes dont nous venons de parler ils agissent d’une manière fâcheuse si l’œil n’a pas besoin actuellement de leur secours-, et si les verres sont plats, ils sont complètement sans action sur la vision. On a varié la forme des verres faits sur les principes dont nous venons de parler, mais il faudra toujours les acheter chez de bons opticiens, car des inégalités dans les courbures ont pour résultat d’apporter des perturbations dans la vision, en habituant l’œil à des perceptions vicieuses. (V. Vision et OEil.) J. B.

lupin (bot.) s. m. lupinus. Diadelphie décandrie de Linn. famille des légumineuses de Juss. Celte plante est très cultivée dans les contrées méridionalesdel’Europe.SaligeestannuelIe, herbacée, velue haute de un à deux pieds. Les graines de lupin étaient un mets très-recherché dans l’antiquilé, les auteurs grecs surtout en font un pompeux éloge et les Italiens modernes ont hérité du goût de leurs ancêtres pour ce légume indigeste et peu savoureux. La farinede graine de lupin figurait autrefois parmi les quatre farines résolutives : on l’avait aussi conseillée à l’intérieur, soit en poudre contre les vers, soit en décoction contre des affections dartreuses, mais aujourd’hui cette substance n’est plus employée- J. B.

lupdline ( mat.méd .), s. f. V. au Supplément.

lupus ( path .), s. m. C’est le nom donné par Wilan à la dartre rongeante. (V. Esthiomène.)

luxation ( chir.),s.{.luxatio,de luxarer, déboîter.

Une luxalion est la disjonction complète ou incomplète des surfaces articulaires d’une jointure, où se passent, dans l’état normal, des mouvements. Les changemens qui peuvent survenir dans les rapports des os naturellement soudés ensemble et immobiles l’un sur l’autre, ne sont plus des luxations. mais des diaslases. Les luxations sont complètes ou incomplètes, suivant que les surfaces articulaires ont cessé entièrement de se correspondre ou qu’elles se correspondent encore par une partie de leur étendue.

Trois ordres de causes président au développement des luxations : des causes accidentelles qui déplacent brusquement et violemment les surfaces articulaires, des causes morbides qui allèrent lentement ces surfaces et leurs moyens d’u-

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nion et les déplacent ou les disposent à se déplacer au moindre mouvement, au moindre effort, qui viendront ensuite agir sur les os, enfin des causes originelles qui, modifiant les os à l'époque de leur formation, altèrent les surfaces articulaires dans leurs formes, dans leurs dimensions , changent leurs rapports, parfois même suppriment les parties articulaires, et, dans tous les cas, produisent la disjonction primordiale des os ou des rapports vicieux entre ces organes. De là trois ordres de luxations, luxations accidentelles ou produites par une violence quelconque, luxations spontanées ou produites par une maladie de la jointure, luxations congéniales, produites par un vice primitif dans le développement du système osseux. Les luxations spontanées n’étant qu’un des effets de certaines maladies articulaires , leur histoire rentre dans celle de ces maladies. Nous ne devons pas non plus nous occuper ici des luxations congéniales qui, dans ces dernières années, ont été le sujet de travaux assez importants sous les divers rapports de l’anatomie, de la pathologie et de la thérapeutique, pour mériter un article spécial. Nous allons donc seulement traiter des luxations accidentelles.

Il est des circonstances qui s’opposent à la production des luxations, d’abord la disposition des parties articulaires, qui, tantôt présentent des têtes arrondies, reçues dans des cavités plus ou moins profondes, tantôt des saillies et des enfoncements alternatifs , s’engrenant les uns dans les autres, tantôt des surfaces planes, susceptibles de glisser facilement l’une sur l’autre, mais alors maintenues par des liens plus puissants, eu égard surtout au volume et à la forme des os auxquels elles appartiennent; en second lieu, les capsules fibreuses et tous les moyens ligamenteux qui assujélissent les os dans leurs rapports; en troisième lieu enfin, les muscles qui environnent les jointures et qui contribuent si puissamment à assurer leur stabilité. Mais il est aussi des circonstances qui favorisent, comme causes prédisposantes générales ou locales, les déplacements des os : ainsi la grande faiblesse ou l'extrême force du système musculaire, qui, dans le premiers cas, ne peut résister aux violences extérieures et, dans le second cas, suffit lui-même à déterminer des luxations, lorsque les os sont placés dans une direction convenable; ainsi l’extrême laxilé du tissu ligamenteux des jointures , certaines conformations vicieuses, congénitales ou acquises des surfaces articulaires, etc. D’ailleurs, les articulations sont plus ou moins exposées à ces désordres, suivant leur mobilité, leurs formes et leurs moyens d’union : on observe de pareils accidents bien plus fréquemment dans les jointures orbiculaires ou les énarthroses que dans les autres. Quant aux causes immédiates de luxalion , ce sont tantôt des violences extérieures de divers genres, coups, chutes, (raclions énergiques, tantôt la contraction violente des muscles, tantôt enfin des violences extérieures aidées par la contraction des muscles.

Quel est le mécanisme suivant lequel se font les luxations ? U varie en raison des jointures diverses, en raison des causes, en raison des circonstances dans lesquelles se trouvent placés les individus.

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Toutes les fois qu’une force agissant sur les os se borne à presser directement, perpendiculairement, les surfaces articulaires l’une contre l’autre, il n’y a point de luxation possible. Il faut donc , pour qu’un pareil déplacement ait lieu, que l'impulsion soit parallèle ou au moins oblique au plan de l’une des surfaces ou des deux surfaces mobiles l’une sur l’autre. Mais il y a sous ce rapport des modifications infinies. Tantôt l’un des os qui constituent une jointure reçoit une impulsion suivant sa longueur , ou bien suivant son diamètre, qui l’entraîne parallèlement au plan de la surface articulaire opposée, le fait glisser sur cette surface , où il ne peut alors trouver un appui, et produit ainsi directement la luxation : par exemple, si, en descendant un escalier, on tombe sur un genou, de telle sorte que la partie supérieure du tibia fortement fléchi porte sur le bord d’une marche, le tronc restant droit et à peu près vertical, alors tout le poids du corps vient peser sur le fémur qui ne trouve d’appui ni dans le sol, ni dans le tibia dont la tête a passé derrière les condyles fémoraux , et si l’impulsion verticale est assez forte, l’extrémité inférieure du fémur peut se luxer en glissant au-devant du tibia. Il peut arriver encore que les deux os, poussés transversalement à leur longueur par des forces contraires, soient ainsi entraînés simultanément en sens opposé. D’autres fois, l’impulsion reçue par un des os n’est point parallèle au plan de la surface articulaire opposée, mais seulement oblique; cette impulsion oblique se décompose en deux autres forces, l’une perpendiculaire à la surface , l’autre parallèle, et si la dernière l’emporte, une luxation encore pourra s’en suivre. Parfois dans ce cas, la luxation pourra êlre favorisée par la mobilité de l’os qui doit servir d’appui à celui qui reçoit l’impulsion : ainsi, par exemple, dans une chute sur la main, le bras étant fortement écarté du corps , la tête de l’humérus est poussée contre le bord interne de la cavité glénoïde, auquel elle transmet l’impulsion qu’elle a reçue; si lescapulum n’est pas très-solidement fixé sur la poitrine par la contraction des muscles qui le maintiennent, il peut alors subir un mouvement de bascule qui rapproche des côtes son angle antérieur, incline en dedans, par cela même, la cavité glénoïde et favorise ainsi le déplacement de la tête humérale, qui tend à franchir le bord de celte cavité. Parfois aussi, dans ce cas, l’action musculaire vient s’ajouter à la violence extérieure pour déterminer un déplacement qui n’aurait pas eu lieu sans cet auxiliaire; la contraction brusque et énergique du grand pectoral peut ainsi entraîner la tête de l’humérus, alors qu’elle n’est plus soutenue que par le bord de la cavité glénoïde. Dans certains cas, même sans violence extérieure, l’action musculaire suffit pour luxer les os, ainsi qu’on l a vu plus d’une fois pour des luxations de l’humérus, de la mâchoire inférieure, Hu radius, etc , soit durant des accès convulsifs, soit par de simples efforts. Il arrive alors que la luxation est produite ou par une simple action musculaire exagérée, ou par deux actions diverses et successives, dont l’une d’abord place les os dans

une situation favorable au déplacement, et dont la seconde détruit brusquement les rapports articulaires.

Les luxations peuvent encore survenir par d’autres mécanismes. Ainsi, lorsqu’un os, entraîné dans un mouvement extrême , soit par une force extérieure, soit par la contraction musculaire, trouve, en un point quelconque de sa longueur, un obstacle qui arrêle son mouvement de totalité, ce point-là devenant alors fixe, l’os éprouve un mouvement de bascule par suite duquel l’extrémité qui, auparavant, ne faisait que glisser sur la surface articulaire correspondante , s’en détache et se luxe. Et cet obstacle, qui devient le point d'appui ou le centre du mouvement de bascule, peut être ou une éminence osseuse voisine de la jointure, ou un muscle contracté, ou un ligament, ou même une résistance extérieure. C’est ainsi que , dans un mouvement d’abduction forcée de la cuisse, le col du fémur peut êlre arrêlé parle rebord externe et supérieur de la cavité colyloïde, et obliger la tête qu’il porte à sortir du colyle et à se luxer. Mais en voilà bien assez sur ce sujet; j’ajouterai seulement cette remarque, c’est que les muscles, qui sont de si puissants moyens d’union et de stabilité pour les jointures, deviennent parfois des causes auxiliaires, parfois des causes suffisantes pour produire les luxations; que les ligaments aussi, dans certains cas, en gênant des mouvements qui s’accompliraient sans fâcheux résultat, deviennent des causes auxiliaires de luxation , qu’enfin , les cavités articulaires elles-mêmes , par un mode d’action analogue, peuvent aussi quelquefois concourir au déplacement des os.

Si maintenant nous recherchons les effets ou les désordres immédiats produits par les luxations, nous trouverons, pour effets ordinaires, une déchirure plus ou moins étendue de la capsule articulairejunedécliirurecomplèteou incomplète des ligaments qui affermissent la jointure ; parfois aussi déchirure totale ou partielle de certains muscles environnants. En outre, la rupture des petits vaisseaux qui entourent la jointure a produit un épanchement de sang répandu en quantité variable, mais habituellement peu considérable, dans les parties lésées; les os ont changé de rapports; il y a plus ou moins de tension, pour l’ordinaire, dans tous les muscles qui passent sur la jointure, et souvent quelques-uns sont beaucoup plus tendus que les autres ; des ligaments ou des portions ligamenteuses, non déchirés, peuvent aussi se présenter dans une grande tension, qui empêche les exlrétrémités séparées de s’écarter davantage et contribue, avec les muscles, aies maintenir dans une situation fixe. Dans certains cas, il y a des désordres plus graves : de gros vaisseaux rompus peuvent

’ donner lieu à une hémorrhagie dangereuse el à

. de vastes infiltrations sanguines; des troncs nerveux importants peuvent aussi être déchirés, contus ou comprimés seulement, el donner lieu à une

- paralysie passagère ou incurable ; enfin , il peut y

- avoir une plaie pénétrant ou non dans la jointure, et par laquelle fait quelquefois saillie une des extrémités déplacées ; il y a aussi parfois des fractures,

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et certaines luxations même, comme celle de l’avant-bras en avant, ne peuvent avoir lieu sans fracture, etc. Mais tous ces accidents graves, qui ne sont pas des effets habituels des luxations, sont, à propremenl parler, des complications qui doivent être examinées à part. Du reste, ces désordres exceptionnels ne se montrent pas également à la suite des diverses luxations : il est des jointures qui exigent des violences bien plus puissantes pour être luxées, et qui par cela même présentent bien plus souvent des complications fâcheuses.

Lorsqu’une luxation vient d’être produite et qu’elle n’est accompagnée d’aucune complication grave, la jointure ne présente d’autre phénomène morbide appréciable que le déplacement des os, et un changement plus ou moins marqué dans les formes extérieures; la difficulté ou l’impossibilité des mouvements ordinaires, parfois un peu de tuméfaction, toujours la douleur et la sensibilité modérées qui résultent de la déchirure ou de la distension des parties lésées. Mais, au bout d’un temps plus ou moins long, suivant les individus, suivant l’articulation affectée, suivant l’étendue du déplacement et l’importance des désordres qui en résultent, il survient de l’inflammation. Alors la douleur et la sensibilité augmentent avec la tuméfaction, la chaleur locale s’accroît bientôt aussi, de la fièvre se manifeste avec UDe réaction intense. Parfois ces accidents, soit en raison des désordres existants, soit par quelque autre cause, peuvent acquérir une intensité bien plus grande et s’élever même jusqu’à déterminer des convulsions, le tétanos, la gangrène, etc. Quoi qu’il en soit , ils doivent être combattus par un traitement antiphlogistique, dont l’énergie soit proportionnée à la gravité du mal, et par des moyens appropriés à toutes les complications. Je ne dois pas ici entrer dans les détails de ce traitement. Mais toutes les fois que l’inflammation sera déclarée, si elle est intense, ce ne sera pas le moment de faire des efforts de réduction considérable. Alors, en général, on devra tâcher , par une médication convenable, de dissiper les phénomènes inflammatoires, pour en venir ensuite à remettre les os à leur place.

Si une luxation n’est point réduite, il survient dans la partie des changements remarquables. Les cavités articulaires se comblent, ou du moins diminuent de profondeur; les éminences articulaires diminuent de volume et s’altèrent dans leurs formes. Si l’extrémité de l’os luxé se repose et appuie sur un autre point de la surface de l’os dont elle a abandonné l’extrémité articulaire, elle se creuse là, par sa pression habituelle, une cavité nouvelle ou un enfoncement qui la reçoit; le tissu cellulaire environnant se condense en une membrane analogue à la synoviale, et il se produit ainsi une sorte de nouvelle articulation, dans laquelle se rétablissent en partie les mouvements de l’articulation détruite. On conçoit dès lors, que, par suite de ces divers changements et de ceux qui en sont la conséquence, les os luxés ne sont plus susceptibles, au bout d’un certain temps, d’être ramenés à leur position première et à leurs premiers rapports, ou que du moins cette réduc-

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tion offrirait alors de grandes difficultés et des chances très-peu favorables. Mais quel est le terme au delà duquel on doit s’abstenir de toute tentative de ce genre? C’est ce que l’on ne saurait dire d’une manière générale. On a pu réduire certaines luxations au bout de plusieurs mois et même deux ans de durée; mais il en est qui, au bout de peu de jours , sont devenues irréductibles. En général, plus une luxation est récente, et plus il est facile de la réduire.

Les signes des luxations sont nombreux, suivant les* auteurs; mais ils le sont moins en réalité, si l’on fait distraction de tous ceux qui sont sans valeur. Aussi ne parlerai-je pas de la douleur, du gonflement, des sensations éprouvées par les malades, de la difficulté ou de l’impossibilité des mouvements, etc., toutes choses qui peuvent se présenter semblables dans des cas de fracture ou de contusion. La manière dont l’accident est arrivé peut quelquefois faire présumer sa nature avec presque certilude. La direction du membre a une assez grande importance, car elle est le plus souvent différente de ce qu’on observe dans les fractures et se montre en général inclinée du côté opposé à la luxation. Les changements dans la longueur du membre me paraissent fournir des données bien moins sûres, car ils peuvent appartenir aux fractures aussi bien qu’aux luxations le plus souvent. Enfin, il est des caractères très-importants, appréciables à la vue et surtout au toucher, dans les formes de la partie lésée : l'absence d’une extrémité osseuse là où elle doit se trouver, la présence d’enfoncements à la place des saillies normales, de reliefs aux lieux où existent des dépressions dans l’état sain , la disharmonie i entre des formes d’un rapport constant, ne per- I mettent pas de méconnaître la nature de la lésion, quand il est possible de les constater. Mais il n’est pas toujours possible de constater ces caractères, quand il est survenu un gonflement très-considérable et douloureux, et parfois alors il faut suspen- dre son jugement.

Je ne saurais rien dire dégénérai sur la gravité des luxations. Entre les luxations de l’apophyse odontoïde, qui sont immédiatement moi telles , et certaines luxations des membres qui sont presque sans importance, il a y des degrés infinis, et en raison du siège de l’accident, et en raison des complications, et en raison de l’âge et de la constitution des individus, etc.

Le traitement à opposer aux luxations, c’est de les réduire, c’est-à-dire de remettre les os à leur place et dans leurs rapports naturels. C’est là ce que l’on doit faire aussi promptement que possible et immédiatement, à moins que des complications graves, une inflammation déjà établie et trèsintense, n’exigent un traitement préalable. La réduction des luxations, comme celle des fractures, se compose de trois genres d’actions , que l’on désigne sous les noms d’extension, de contre-extension et de coaptation.

L’extension est un effort de traction que l’on exerce sur l'extrémité terminale du membre où siège la luxation. Elle a pour but de dégager de la place où il s’est fixé l’os qui a subi le déplace-

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ment, et de la ramener vers le lieu qu’il doit occuper, en surmontant la résistance des muscles, dont la contraction tend à le maintenir dans sa Situation vicieuse. La contre-extension est l’effort opposé que l’on exerce sur le tronc du malade , pour le maintenir immobile et l’empêcher de suivre le membre entraîné par l’extension. La coaptation consiste, lorsque l’extension a rendu au membre sa longueur et ramené les surfaces articulaires l’une près de l’autre , à diriger avec les mains l’os déplacé ou les deux os qui chevauchaient l’un sur l’autre, pour rétablir le rapport normal de ces surfaces et la bonne conformation de la jointure.

Je me borne à ces indications générales, ne pouvant pas entrer ici dans les détails que nécessiterait l’exposition de tout ce qui se rapporte à ces manœuvres: cela m’entraînerait beaucoup trop loin. Quand la réduction est opérée, on applique sur la jointure des compresses imbibées d’un liquide résolutif, pour prévenir l’inflammation : souvent aussi il convient de pratiquer , dans le même but, une saignée, si on ne l’avait pas fait avant l’opération. Si l’inflammation se développe avec intensité, on la combat par les émollients, les sangsues, etc. La jointure malade, d'ailleurs, doit être soutenue pendant assez longtemps par un bandage convenablement serré , pour empêcher des mouvements parfois involontaires et prévenir le retour delà luxation.

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