‹ Dictionnaire de médecine usuelleChapitre 57 sur 298 · MOI · texte numérisé non relu

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communiquer à tout le corps la sensibilité et le mouvement , il est évident que , quand il est malade , la souffrance doit être traduite par des troubles divers dans le mouvement et la sensibilité.

Ainsi , tantôt il y a paralysie absolue, absence complète de toute faculté de sentir dans les parties situées au-dessous du point altéré : d’autres fois , au contraire , cette faculté est exaltée et pervertie , et alors le malade accuse des fourmillements, des picottements ou de la torpeur dans les membres ; d’autres fois, ce sont des élancements, des douleurs assez vives qu’exaspère la pression, etc.

Les mouvements sont plus fréquemment et plus gravement compromis que la sensibilité,- c’est même par leur perte complète ou incomplète , ou bien au contraire par des secousses tétaniques , des mouvements spasmodiques ou convulsifs , que débutent les affections de la moelle.

Une lésion de la sensibilité seule indique-t-elle que les cordons postérieurs sont seuls attaqués?... Une lésion des mouvements seuls indique-t-elle que les cordons antérieurs sont seuls attaqués? Les expériences faites sur les animaux vivants tendraient à le faire croire ; mais plusieurs faits d’anatomie pathologique démontrent que, comme tant d’autres, les expériences physiologiques sur ce sujet sont infirmées par la pratique. La respiration n’est troublée que quand la lésion ”de la moelle siégé très-haut. 11 y a souvent paralysie de la vessie avec rétention de l’urine et constipation , ou bien au contraire selles involontaires , etc. Ce qui distingue les maladies de la moelle de celles du cerveau, dans lesquelles on observe les mêmes désordres , c’est que , dans les premières , l’intelligence reste parfaitement intacte , et que les diverses fonctions sensoriales de la vue, de l’ouïe, etc. , s’exercent avec toute leur énergie.

Quant aux maladies de la moelle en particulier , ce sont :

t° Des vices de conformation. Ainsi , la moelle peut manquer d’une manière complète ou incomplète 5 mais cet état , incompatible avec la vie , n’a été observé que sur des fœtus non à terme. D’autres fois , la moelle est divisée en deux parties , creusée d’un canal central , etc.

2° Des lésions traumatiques. La moelle , dans les contusions violentes de la colonne vertébrale , peut éprouver des commotions , des écrasements , des solutions de continuité , des déchirures, etc. Il en sera question au mot Plaie.

- 3° Des lésions organiques et vitales. Ici , nous avons à noter la myélite aiguë on chronique (Y. Colonne vertébrale). Des congestions sanguines avec ou sans épanchement de sang dans le tissu ou dans les membranes de la moelle; l’irritation spinale, qui s’annonce surtout par des troubles variés de la sensibilité dans les membres , et une douleur dans le rachis, décelée par la pression sur les apophyses épineuses des vertèbres ; et enfin l’atrophie et l’hypertrophie.

4° Des productions accidentelles. Telles sont les tumeurs fongueuses , érectiles , cancéreuses , tuberculeuses, formées dans le parenchyme de la moelle ou dans ses enveloppes. Ces tumeurs ont pour effet commun de comprimer peu à peu la substance méduliaire, et de donner lieu aux phénomènes suivants. D’abord, les accidents du côté de la sensibilité et

; du mouvement sont d’autant moins marqués, que ! la cause compressive agit avec plus de lenteur. Ce- ' pendant, on observe tôt ou tard des fourmillements, des engourdissements douloureux des membres , quelquefois une rétraction convulsive , et enfin la paralysie du mouvement. Quand la partie supérieure de la moelle se trouve gênée , il y a une douleur plus ou moins vive à la région la plus élevée du col, difficulté dans la déglutition, et affaiblissement de la voix. D’ordinaire , les fonctions du rectum et de la vessie ne sont pas troublées , ou du moins ne le sont que dans les derniers temps. La transpiration cutanée est abolie ; la peau est sèche , écailleuse; il peut aussi y avoir, vers la fin, une infiltration œdémateuse des membres inférieurs. Le traitement des productions accidentelles est celui de la myélite chronique , et doit spécialement consister dans l’emploi des révulsifs et des exutoires entretenus dans le voisinage de l’épine. J. -P. Bbaude.

mois [physiol.], s. m. pl. On se sert quelquefois de ce mot pour désigner l’évacuatiou menstruelle. (V. Menstruation.)

moiteur. ( mèd .), s. f., mador. C’est une humidité accompagnée de chaleur ou de froid, qui se manifeste à la peau sous certaines influences dans l’état de santé, dans celui de maladie, dans la syncope, etc. (Y. Halitueux, Transpiration , Peau.)

MQX.AIRE ( anat .), s. f. (du latin mola, meule). Nom donné aux grosses dents. On dit les dents molaires, et, par abréviation, les molaires, une molaire. (V. Dents )

moue (méd.), s. f., en latin mola. Masse de structure variée, qui se développe dans la cavité de l’utérus, et dont l’accroissement et l’expulsion donnent lieu à quelques uns des phénomènes qui surviennent pendant la grossesse et lors de l’accouchement. Les moles ont été aussi nommées faux germes ; elles sont le plus ordinairement la suite d’une conception dont le développement n’a pas été régulier: aussi sont-elles le plus ordinairement formées de masses de chair , dans lesquelles se trouvent des os , des dents , des cheveux , qui annoncent qu’elles sont le produit de la destruction d’un fœtus. Ces productions séjournent souvent assez longtemps dans l’utérus et peuvent donner lieu à de nombreux accidents. (V. Utérus.) On ne doit pas les confondre avec les tumeurs hydatiques qui peuvent se développer dans la cavité de la matrice. (V. Hydatides). J. B.

MO&écuLE ( chim.) , s. f., synonyme en chimie du mot atome. On distingue les molécules élémentaires ou constituantes des corps, et les molécules intêgr antes, opo\ résultent de la combinaison des molécules élémentaires.

molème (bot.), s. f. (V. Bouillon blanc.)

momjet (anat.) , s. m. On appelle de ce nom la saillie musculaire qui forme le gras de la jambe. (V. Jambe.)

moixusques (hyg.), s. m. p. (du latin mollis, mou) .Lés mollusques forment une classe nombreuse d’animaux marins, fluviatiles et terrestres, non vertébrés , pourvus de vaisseaux et d’un système ner-

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veux , dépourvus de membres articulés. Leur histoire concerne la zoologie ; aussi nous borneronsnous à ces quelques détails sur ceux qui sont usités soit comme aliments, soit comme médicaments.

Les mollusques qui servent dans nos climats le plus ordinairement à la nourriture de l’homme sont l’huître, l’escargot et la moule. Dans certaines localités de la Normandie et de la Bretagne, on sert sur les tables un coquillage que l’on nomme bigorneaux ; c’est la toupie cendrée. Le grand peigne, qui est connu de tout le monde sous le nom de saint-jacques ou de pèlerine , parce que ses coquilles servaient à orner le manteau des pèlerins, est servi sur les tables dans les ports de mer, et mêlé avec une sorte de hachis. Certains peuples des îles de la mer du Sud font la base de leur nourriture avec les coquillages qu’ils recueillent sur les rivages de la mer ; mais cette alimentation les prédispose à des maladies de la peau qui sont fréquentes chez ces insulaires. Au mot Colimaçon , nous avons traité de l’escargot, et nous y renvoyons le lecteur. Dans cet article, nous ne parlerons que des huîtres et des moules , dont l’usage est si fréquent dans notre pays.

Huîtbe, Ostrea edulis, L. Huître comestible. Mollusque acéphaletestacé , de la famille desOstracées , qu’on pêche en quantités immenses sur les côtes de l’Océan. On fait usage de sa chair, de l’eau que renferme sa coquille, enfin de son écaille.

1° Chair de l’huître. — II est inutile de dire aux gourmets que les huîtres constituent un aliment des plus agréables; mais nous pouvons leur affirmer qu’il est en même temps léger, analeptique, d’une digestion facile. C’est à cause de cela qu’on les recommande aux vieillards , aux convalescents , aux individus débilités, aux malades même, dans les maladies aigues , dans les dyspepsies , datis les affections chroniques des voies digestives, dans les catarrhes invétérés; on peut encore les prescrire lorsque l’estomac refuse toute autre espèce de nourriture. On prépare avec la chair des huîtres des bouil - Ions qui jouissent de leurs facultés Restaurantes, sans doute à cause de l’osmazôme qu’elles renferment. — Les huîtres ne Sont pas mangées immédiatement après leur pêche, qui a lieu sur les côtes où ces mollusques sont amoncelés par bancs immenses qui occupent jusqu’à deux ou trois lieues d'étendue ; on les dépose dans des parcs où elles séjournent assez longtemps ; l’eau y est souvent renouvelée par l’action de la marée. C’est dans ces endroits que les huîtres contractent le goût fin, exquis, qui les fait tant rechercher par les gourmets.

2° Eau des huîtres. — Chacun connaît le goût de cetteeau, qui n’a pas la saveur désagréable de l’eau de mer ; on la prescrit quelquefois à la dose de quelques cuillerées par jour, et cela dans les affeciions chroniques du tube digestif, lorsque l’estomac répugne aux eaux minérales de Seltz, de Vichy, etc. Cependant elle est peu usitée, et on lui préféré les eaux minérales, que l’on coupe avec de l’eau de gomme, du lait, de la tisanne, etc.

3° Ecailles d’huîtres . — L’action de la chaleur détruit la matière animale de l’écaille de l’huître , et elle la convertit en carbonate de chaux ou en chaux vive. La poudre ainsi obtenue par la calcination était employée autrefoiscomme absorbant; on y a renoncé presque généralement, depuis que les analyses chimiques ont fait connaître sa composition ; on la rem-

place par le carbonate de chaux naturel. Le fameux remède de mademoiselle Stephens contre la pierre contenait , entre autres ingrédients, la poudre d’écaillesd’huître calcinées. Un charlatan homœopathe, installé à Paris il y a quelques années, prétendait guérir de la cataracte avec la même substance.

Moulu , Mytilus edulis , L. Moule comestible. Mollusque du même ordre que l’huître. On ne l’emploie pas comme médicament, mais on en fait une grande consommation comme aliment dans quelques pays maritimes. Sa chair, qui est d’une saveur agréable, demande à être cuite et assaisonnée de diverses manières. C’est alors un aliment recherché de quelques personnes, mais d’une digestion difficile, et qui ne convient qu’aux estomacs robustes; encore ne sont-ils pas toujours à l’abri de tout accident. Ce mollusque se pêche sur les bords delà mer; on le trouve adhérent aux rochers ; c’est surtout de septembre à avril que l’on en récolte une plus grahde quantité, car on a remarqué que, pendant les mois d’été, leur chair est plus coriace et donne plus souvent lieu à des accidents.

A ccidents causés par les moules.— Sans compter les digestions laborieuses ou incomplètes qui suivent quelquefois l’ingestion des moüles, on les voit encore donner lieu à des accidents graves, qui constituent un véritable empoisonnement, et peuvent même déterminer la mort. Cette intoxication, plus commune pendant les chaleurs de l’été que pendant la saison froide, a donné lieu à des recherches nombreuses duns le but de découvrir l’agent qui l’occasionne. Voici les opinions principales : les uns admettent une altération putride de l’animal, les autres une altération subie pendant la cuisson des moules parles vasès en cuivre que l’on emploie à cet usage ; on a même invoqué un état morbide de la moule ou des organes digestifs. Des recherches plus récentes tendraient à faire croire que ces propriétés vénéneuses dépendent de laprésence,dans l’écaille des moules, depetites étoiles de mer, astéries , qui s’y introduisent pendantl’été. Acette époque, dit-on, elles en renferment presque toutes. Selon l’observation deM.Breumié, un chien qui avait mangé trois de ces étoiles périt empoisonné ; on renouvela l’expérience après avoir fait cuire ces étoiles : les accidents furent moins gravés et moins rapides. D’autres auteurs ont dit que c’était à l’époque où les astéries répandaient leur frai et lorsque les moules s’étaient nourries avec cette substance, qu’elles contractaient des propriétés malfaisantes. Les moules renferment encore une espèce de crasse qu’elles rejettent par moments : le contact de ce liquide sur la peau donnant naissance à une éruption de vésicules semblables à celles qui se manifestent chez les individus empoisonnés à la suite de l’injection des moules, on a pensé que cette crasse pouvait agir comme agent de l’intoxication. J’ai moimême éprouvé l’intoxication des moules. C’était au moisde février : je remarquai qu’elles avaientun goût fade, ce qui m’en fit manger peu; ma cuisinière qui en mangea davantage fut plus indisposée que moi. Je fus soulagé par un vomissement abondant.

On reconnaîtra faction délétère des moules aux

symptômes quisuivent:malaise général, poidsetdou-

leur à l’épigastre, nausées, vomissements, anxiété précordiale, respiration difficile, parfois stertoreuse, démangeaisondelapeau,souventéruptiondeplaques rouges "et blanchâtres un peu élevées, qui présen-

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tent l'aspect d’une urticaire couvrant toute la peau. Bans les cas les plus graves, on a remarqué le gonflement de la face et mêpie de tout le corps, le délire, le refroidissement des membres inférieurs, les soubresauts dans les muscles, les syncopes répétées, la mort même. L’agent délétère semble porter à la fois son action sur le système nerveux et sur les voies digestives. Cependant il faut dire que, dans les cas les plus ordinaires, ces symptômes durent 10 à heures et 24 heures au plus. (Y. Urticaire.)

Traitement . — Il faut, avant tout, provoquer parle vomissement l’évacuation des moulés qui sqnt dans l’estomac ; on le fera au moyen de' deux ou trois grains d’émétique dissous dans deux ou trois verres d’eau tiède, ou encore en faisant prendre par verres plus ou moins rapprochés la solution suivante : eau tiède 1 litre, sulfate de soude 1 6 grammes, émétique 2 décigrammes. Après les vomissements, on donnera l’éther à doses répétées, six ou huit gouttes sur un morceau de sucre, ou bien une potion éthérée ou Iaudanisée. Le vomissement peut çnçore se provoquer en donnant de l’eau tiède simple, et en chatouillant la luette au moyen des harpes d’une plume; ce moyen est peut-être préférable chez les personnes d’un tempérament nerveux , irritable , et chez celles dont l’estomac a été affaibli par des gastrites ou des gastralgies. MM. tyféru.t et Delens conseillent encore les boissons alcooliques, l’eau acidulée avec du fort vinaigre. Si l’épigastre est douloureux , on aura recours à une application de sangsues et aux cataplasmes émplïients. Si l’on avait lieu de soupçonner une altération des vases qui ont servi à faire cuire les moules, on prescrirait de l’eau albumineuse et des sels de fer. (V- Cuivre.)

Dans certaines contrées de la France, les personnes qui mangent des moules ont pour usage de boire un petit verre d’eau-de-vie immédiatement après avoir ingéré ce mets ; elles prétendent par ce moyen neutraliser complètement les accidents qui pourraient se produire ; l’expérience paraît avoir confirmé ce résultat. Le professeur Duméril a luimême prescrit ce moyen dans les cas d’accidents causés par cet aliment. J.-P. Beaude.

îsolluscubi ( méd.) , s. na. Ce mot est une expression latine conservée dans notre langue, et exprimant les excroissances tuberculeuses qui se développent à la surface de l’érable. Bateman est le pre mier qui ait employé le mot mollusewn pour caractériser différentes sortes de petites tumeurs qui se développent quelquefois à la surface de la peau.

On qdjnet généralement aujourd’hui trois sortes de mplluscum. La première, décrite par Batemau, consiste daas destubercules globuleuxou aplatis, sessiles ou munis d’un pédicule, et dont le volume varie depuis celui d’un grain de vesce jusqu’à celui d’une noisette. Cps excroissances renferment ordinairement une matière athéromateuse. Leur siêgede prédilection est à la face et pu col. ( Y. Loupes. )

La seconde, étudiée par M. Biett, se montre surtout chez les femmes nouvellement accouchées , et se présente sous la forme de petites .tumeurs aplaties , irrégulières , d’une couleur brunâtre , et légèrement fendillées à leur sommet. Elles occupent également la région du col.

Enfin , la troisième variété offre pour caractère spécial la fâcheuse propriété de pouvoir se trans-

mettre par le contact d’un individu à un autre , de là le nom de niollifscutfl contagigsmu , qui lui a été donné par les dermafofogistes anglais. Cette forme, qui n’a jusqu’ici été observée qu’en Angleterre , est caractérisée par des tuberoules arrondis, proéminents , durs , laissant écouler par leur sommet une liqueur blanchâtre.

On ignore entièrement quelles sont les causes qui président à la formation de cette singulière maladie. Les ressources de la thérapeutique sont également très-bornées. Dans ia seconde forme, M. Biett s’est très-bien trouvé de lotions répétées avec une liqueur styptique telle que la solution de sulfate de cuivre. Quant au mo'llusçuxn conlagiosum , il est fort rebelle ; cependant Bateman l’a combattu avec avantage au moyen ç|es préparations arsenicales , la liqueur de Fowler, par exemple. E. B.

eïomse [qnat.), s. f, (du latin n^çmiq). Corps embaumés des anciens Égyptiens. (Y. Ernbaumernent, Inhumation.)

EïOBïipiCATïOEî ( anat.) , s. f. Se dit d’un amaigrissement considérable et des apparences que prennent certains embryons , lorsqu’ils périssent dans les organes de la mère,1 et qu’ils ne sont pas immédiatement éliminés. — Des cadavres enfouis dans des caves , des cavernes ou dans certains terrains , ont présenté des exemples de momification naturelle par l’effet de la dessication : on cite à çe sujet les caves de la tour de Saint-Michel de Bordeaux ; les momies des Guanches dans les Canaries, celles des Caraïbes et des Indiens des Cordilières en Amérique. (V. Inhumation.) J. B.

MONDER, MONDÉ } gt adj.

(du latin mundare, nettoyer). Opération que l’on pratique dans les pharmacies pour purifier çertair nés substances médicamenteuses. — Monder de la gomme , enlever les impuretés qui la couvrent avec i’instrument tranchant; — monder de l'orge , foer la pellicule qui la couvre; — monder de la ca$se, retirer ja pulpe des bâtons et la séparer des noyaux; — monder les amandes , les échauder pour enlever la peau. En conséquence, on dit orge mondé , casse, gomme mondée , amandes inondée $, etc. J. B.

mon© ces (i chir . et hist. nat.), s. m. (du grec monos, un, et du latin oculus, œil). Bandage avèc lequel on couvre un seul œil. (V. Bandages.) — On donne aussi ce nom à un petit crustacé qui se rencontre le plus ordinairement dans les eaux des fontaines; dont il altère la pureté sans cependant leur donner de qualité insalubre; ce crustacé se trouve, à Paris, en abondance dans les bassins de Chaillot, d’où il est quelquefois entraîné dans les conduites et delà dans les fontaines publiques pendant les temps d’orage. C’est le Monooulus pulex , L. On le nomme vulgairement^ wce d’eaw, il est de l’ordre des BranchiopodeS.

monographie {méd.}, §, f. (du grec moms} un, et graphô , je décris), On appelle ainsi les ouvrages descriptifs qui ne traitent que d’une seule maladie, d’un seul organe, d’une seule fonction, d’un seul médicament , etc.

monomanie. Y-, Mentales (maladies.)

monstre ( anqt .), s. m. ( monstrum , chose extraordinaire, prodige). On peut définir la mons-

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truosité, l’état d’un individu qui s’éloigne, à un degré plus ou moins considérable, dans une ou plusieurs de ses parties , du type normal de son espèce et de son sexe à l’âge où on l’observe.

Mais , au milieu de ce désordre plus apparent que réel, la nature ne s’écarte jamais de certaines lois fixes et invariables : ainsi , quelle que soit la déviation du type normal que puisse présenter un être monstrueux Jamais ilne revêt les caractères d'une espèce différente de la sienne. C’est là, en effet, une des bases fondamentales de la création organique , que nul être ne peut sortir par ses caractères de l’espèce à laquelle il appartient ; de même que l'union sexuelle entre deux individus appartenant à des ordres différents ne saurait amener aucun produit. Nous devons donc reléguer au rang des fables et des fictions imaginées par les poètes ou admises par les esprits superstitieux et crédules, toutes ces histoires de femmes mettant au monde des animaux de diverses natures ; ces enfants avec un corps , des jambes ou une tête d’oiseau ou de quadrupède ; ces chèvres, ces chiens avec une tête humaine... Je n’en finirais pas si je voulais rappeler ici toutes les conceptions bizarres, les assemblages difformes et créés par l’imagination, dont certains recueils sont remplis. Je citerai aux amateurs , comme un modèle en ce genre , le livre xxv des Œuvres du bon Ambroise Paré, dans lequel notre grand chirurgien raconte, avec sa naïveté et sa candeur ordinaires, les histoires de monstres les plus merveilleuses et les plus invraisemblables.

Une autre règle générale, c’est que jamais, chez un être monstrueux , les rapports ne sont changés complètement : ainsi , on peut bien trouver le cœur à droite, le foie à gauche , etc. ; mais jamais on ne rencontrera le cerveau dans la poitrine , les poumons ou le cœur dans le crâue, etc. Forcé de nous borner à quelques vagues généralités dans un article de la nature dè celui-ci , nous n’entrerons pas dans le détail des théories émises par les auteurs pour expliquer les formations anormales; nous en avons d’ailleurs déjà dit quelque chose à propos de l’imperforation. (Y. ce mot.) Nous allons seulement rappeler brièvement les principales monstruosités qui peuvent se présenter, en les classant, comme l’a fait M. Ollivier (d’Angers), sous trois chefs principaux, en se plaçant au point de vue de la médecine légale. Rappelons d’ailleurs que la plupart de ces vices de conformation ont été définis et discutés , suivant leur importance, dans des articles spéciaux. Nous devons donc renvoyer pour les détails aux mots qui les désignent.

1° Dans la première division se rangent les monstruosités nécessairement mortelles. Ici le désordre est tellement grave, que la vie est incompatible avec le dérangement des fonctions qui suit inévitablement le dérangement des organes. Nous placerons en première ligne l’absence de la tête ou du cerveau (Y. Acéphale)-, l’ hydrocéphalie avec déformation considérable du crâne ; Yencëphalocèle avec accumulation de sérosité dans le crâne , différents vices de conformation de la moelle épinière, et l’hydrorachis avec ulcération de la tumeur. Viennent ensuite les lésions du cœur, consistant dans la division de cet organe en deux parties , ou dans un changement de structure tel qu’il ne possède qu’un ventriculeet qu’une seule oreillette : puis diverses alté-

rations des voies digestives. Une large ouverture au ventre avec issue des viscères, l’oblitération d’un point quelconque du tube intestinal , Yimperforalion du rectum confondu avec la vessie , etc.

2° A la seconde section se rattachent les anomalies qui , sans être nécessairement mortelles , peuvent apporter un grand trouble dans l’existence de l’enfant, et amènent par elles-mêmes la mort à une époque plus ou moins éloignée de la naissance. Dans cette classe, l’art peut quelquefois venir au secours de la nature, et remédier, par une opération, à une lésion qui, sans lui, serait devenue mortelle. Ainsi, l’adhérence des lèvres, l’imperforation simple de l’anus ou du vagin , l’hydrocéphalie sans écartement des sutures, sont des obstacles au libre exercice des fonctions naturelles qui peuvent être levés par la main du chirurgien : mais il n’en est pas de même des suivants , qui échappent nécessairement aux ressources de la médecine et de la chirurgie; tels sont les communications persistantes entre les cavités du cœur, le rétrécissement des intestins , etc.

3° Enfin , en troisième lieu, se rangent les anomalies qui ne sont nullement incompatibles avec la viabilité. Ainsi, par exemple, le bec de lièvre avec ou sans division du voile du palais , la transposition des organes, l’absence d’un rein ou la fusion des deux reins sur la ligne médiane du corps, l’hypospadias (V. Hermaphrodisme ) , la scission , l’adhérence ou l’absence des membres, le pied-bot, etc.

Quant à l’histoire des géants et des nains (V. Races humaines. J.-P. Beaude

mont de verjus (anal.), s. m. Eminence couverte de poils et située au-devant du pubis chez la femme.

mobït-doe&e (Eaux min. du). Le Mont-Dore est un village du département du Puy-de-Dôme, à 52 kil. de Clermont-Ferrand, et à 212 kil. de Paris; on se rend à Clermont par le chemin de fer, et au Mont-Dore par voiture. Ce village a pris le nom des montagnes au milieu desquelles il est situé; ce sont les Monts-Dores, au nord de la chaîne du Cantal, dont l’élévation est considérable, et qui forment un groupe de montagnes volcaniques on se trouvent réunis les sites ies plus variés et les' plus pittoresques. Le village du Mont-Dore est situé à 1052 mètres au-dessus du niveau de la mer ; il est plus élevé que Cauterets et moins queBarèges, qui sont les plus hautes sources thermales des Pyrénées. Les orages sont fréquents au milieu des pics élevés et des riantes vallées du Mont-Dore; la hauteur des pics qui avoisinent le village empêche qu’ils soient dangereux pour lui, car ils font l’office de paratonnerre en attirant sur eux les décharges de la foudre. C’est au milieu d’une des vallées qui descend du pie de Sancy , et dans laquelle coulent les sources de la Dordogne , qu’est bâti ce village ; près de lui sont les sources thermales qui sortent d’un terrain trachitique qui compose la montagne de l’Angle ; il est peu de séjours qui, tristes par eux-mêmes , présentent dans leur voisinage plus de promenades agréables et variées que le Mont-Dore. L’établissement thermal, qui est adossé à la montagne d’où coulent les sources, est vaste, symétrique et bien construit ; il contient des cabinets pour les baigneurs , des piscines pour les indigents , des bains de vapeur et des douches externes et internes.

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Dans l’antiquité , les thermes du Mont-Dore furent fréquentés par les Romains, qui y avaient construit un de ces beaux établissements de bains dont ils couvrirent cette partie de la Gaule ; quelques restes ont seulement survécu, pour montrer la grandeur et le luxe qu’ils déployaient dans ces monumentsqui, pour eux et pour les peuples conquis à leur civilisation , leur faisaient trouver , au milieu des pratiques les plus salutaires de l’hygiène , une source de plaisirs et de voluptés. Détruits dans le moyen-âge , avec les temples et tous les chefsd’œuvre des arts qui rappelaient le paganisme , les bains du Mont-Dore ne furent plus fréquentés que par.des paysans , parmi lesquels la tradition avait conservé le souvenir de l’efficacité des sources de la montagne de l’Angle ; et ce n’est que dans ces derniers temps que l’on a construit le bel établissement qui existe aujourd’hui.

Les soyrces du Mont-Dore sont au nombre de huit : deuxsources sontfroides,etles six autres sont d’une température qui varie de 41 degrés à 45°5.

Les deux sources froides sont la fontaine Sainte- Marguerite et la source du Tambour , qui parait être une émanation de la première, près de laquelle elle est située. La température de ces deux sources est de 25 degrés ; la quantité d’eau qu’elles fournissent est d’environ 30 litres par minute : cette eau est acidulé, aigrelette , moins styptique que celle des sources thermales auxquelles elles sont mêlées pour en tempérer la chaleur. Elle est aussi prise en boisson, ou mêlée au vin comme l’eau de Seltz, pendant, le repas ; elle contient de l’acide carbonique , et la plupart des autres principes qui existent dans les eaux des sources voisines. Les bestiaux recherchent, dit-on, cette eau, qui les fait maigrir lorsqu’ils en boivent souvent

Les sources chaudes sont : la fontaine Caroline ; sa température est de 45 degrés Le Bain de Ce'sàr, nommé aussi Bain-de-la-Grotte, ou Petit-Bain , la source , dont la température est de 45°, est renfermée dans un petit édifice antique qui, l’été, dans les temps d’orage, se trouve quelquefois rempli de gaz acide carbonique qui se dégage de l’eau, ce qui expose les personnes qui voudraient y entrer à être asphyxiées. La sourcedu Grand-Bain, ou Bain Saint- Jean, se compose de la réunion de plusieurs sources rapprochées ; sa température est de 41 degrés , elle concourt avec la suivante à l’alimentation de plusieurs cabinets de bains et des piscines. Le Bain Ramond ; cette source , dont la température est de 42 degrés, a été découverte parmi les décombres des anciens thermes romains qu’elle alimentait La Source Rigny est peu importante , elle est à la même température, et donne à-peu-près le même vo lume d’eau que la précédente. La Fontaine de la Madelame ; cette source, qui est la plus belle de toutes, est aussi la plus abondante et la plus chaude : elle surgit dans un petit bâtiment carré qui est construit sur la place du Panthéon ; sa température est de 45° 5. Elle a été analysée par le docteur Bertrand , médecin-inspecteur des eaux du Mont- Dore, qui, depuis de longues années qu’il occupe cet emploi, a rendu les plus importants services à l’établissement. Ce médecin a reconnu dans cette eau l’existence de l’acide carbonique libre, du carbonate et du sulfate de soude, du chlorure de sodium , des carbonates de chaux et de magnésie, de la silice, i. n i

de l’alumine et de l’oxyde de fer en petite proportion , 2 centigrammes environ pour un litre d eau. L’eau du Grand-Bain a donné à peu près les mêmes résultats par l’analyse ; elle contient seulement moins d’acide carbonique et moins d’oxyde de fer. L’eau du Bain-de-César, analysée par M. Berthier, a donné les mêmes principes que les précédentes , moins l’alumine. Le produit total des sources qui alimentent l’établissement thermal est de 350,000 litres dans vingt-quatre heures , ce qui permet de donner environ sept à huit cents bains ou douches par jour.

L’eau du Mont-Dore est limpide, onctueuse ; exposée à l’air, elle se couvre bientôt d’une pellicule fine, nacrée et irisée ; sa saveur est acidulé, salée, puis styptique; elle peut être rangée parmi les eaux acidulés , alcalines et ferrugineuses ; cette eau est employée en bains de vapeur, en douches et en boisson. Les bains sont généraux et locaux ; ils s’administrent dans des baignoires et des piscines.

C’est surtout dans les affections rhumatismales, dans les paralysies et dans les catarrhes chroniques, que ces eaux sont employées avec le plus d’avantage. Dans les rhumatismes, on a remarqué que, dans le début du traitement, l’action des premiers bains, pendant leur durée, diminue les douleurs; puis elles se développent avec une nouvelle intensité après quelques bains, pour disparaître plus sûrement ensuite. II est même a remarquer que cette exacerbation des douleurs après les premiers bains, est un signe certain de la réussite du traitement. Dans les catarrhes chroniques, ces eaux réussissent constamment ; mais elles sont plus efficaces chez les individus déjà âgés ou d’une constitution molle et lymphatique, qui ont une expectoration abondante, que chez les individus jeunes, sanguins, sujets aux affections inflammatoires ; elles sont aussi contre-indiquées chez les sujets nerveux qui ont une toux sèche. Dans les phthisies pulmonaires , l’usage des eauxestfuDeste;ellesdéterminent l’inflammation des tubercules et une terminaison plus prompte et toujours fâcheuse. Ces eaux sont aussi avantageuses dans les catarrhes utérins chroniques, dans les engorgements chroniques du col et du corps de l'utérus, dans le prolapsus de cet organe. Enfin il suffit de dire que ces eaux, qui ont une action stimulante très-marquée , conviennent dans tous les cas où il faut exciter l’énergie vitale , augmenter l’activité des fonctions , activer le mouvement de nutrition dans un organe. Ce simple exposé suffit pour indiquer qu’elles doivent être proscrites dans toutes les affections aiguës, et dans celles qui, arrivées à l’état chronique, ne pourraient, sans dangers, être ramenées à 1 état aigu.

Au demeurant, les personnes qui fréquentent cet établissement ne pourront mieux faire , ainsi que nous l’avons déjà dit dans des cas semblables, que de s’en rapporter aux conseils du médecin-inspecteur des eaux. Le docteur Bertrand, qui a dirigé pendant longtemps les bains du Mont-Dore, a publié un ouvrage remarquable sur l’usage et l’action des eaux de cette station thermale; les médecins et les baigneurs y trouveront d’utiles renseignements dans lesquels l’expérience est unie au savoir.

La saison des eaux commence au 15 juin et finit au 20 septembre ; le temps du traitement est de quinze à vingt-cinq jours : souvent, après quelques

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jours de repos , on recommence un nouveau traitement. Les baigneurs, malgré les chaleurs de l’été, doivent se munir de vêtements chauds , car l’instabilité de la température est fréquente dans ces montagnes , où les orages apportent si souvent des vents froids et humides après les jours les plus chauds. Les promenades du matin et du soir ne sont pas toujours sans dangers pour les individus affectés de rhumatismes et de catarrhes pulmonaires ; aussi est-i! sage de ne pas sortir après ïe coucher du soleil, ou de ne le faire que bien vêtu.

L’eau du Mont-Dore qui est prise en boisson est celle de la Fontaine de la Madelaine ; on en prend deux ou trois verres le matin, à jeun, à une demi-heure d’intervalle, avant ou après le bain, indifféremment : il est convenable de la boire à la source, et de seconder son action par un exercice modéré.

Les bains du Mont-Dore produisent immédiatement un effet très-marqué sur l’économie: lorsqu’on se plonge dans le Grand-Bain, on éprouve une chaleur vive, une accélération de la circulation; la respiration est précipitée, le visage se couvre de sueur, les lèvres sont gonflées , et il y a une telle disposition au sommeil, qu’il est dangereux de prolonger le bain , après lequel le malade se couche dans un lit, où il éprouve une transpiration abondante. Les femmes , par l’action des eaux, éprouvent une augmentation notable dans l’écoulement menstruel, qui doit engager à cesser leur usage lorsque cette période se manifeste.

Bien que les eaux du Mont-Dore se conservent pendant longtemps sans altération, lorsqu’elles sont enfermées dans des bouteilles bien bouchées , cependant l’art a tenté de les imiter, surtout depuis que la fabrication des eaux minérales factices a pris un si grand développement. Parmi toutes les formules qui ont été proposées et qui ne sont que des approximations plus ou moins rigoureuses, nous donnerons, comme la plus satisfaisante, celle de M. Soubeiran :

Carbonate de soude cristallisé 8 gram.

Hydrochlorate de chaux cristallisé.... 0,450

Sel marin 0,070

Sulfate de fér cristallisé 0,100

— de soude cristallisé 0,070

Hydrochlorate de magnésie cristallisé. . 0,182

Eau 625,000

Acide carbonique 4 volumes.

On fait une dissolution des cels de soude dans une petitequantité d’eâu;on fait une autre dissolution des hydrochlorates terreux, à laquelle on ajoute le sulfate de fer également dissous ; on met cette liqueur dans des bouteilles que l’on remplit avec la dissolution des sels dé soude que l’on a chargés d’acide carbonique. Il se produit entre les diverses substances qui composent cette formule une réaction et des doubles décompositions qui donnent pour résultat un produit imitant assez exactement l’eau du Mont-Dore , moins la silice, l’alumine et la matièré organique, qu’il est presque impossible de reproduiredansleseauxminérales factices. J.-P.Beaude,

Inspecteur des établissements d’eaux minérales, et membre du cotis^M de salubrité.

montmorency (Eaux minérales de). (V. Engtiien.)

moKT-aE-vÉHas ( anat .) , s. m. C’est la por-

tion de la peau qui fait saillie au-devant du pubis chez la femme ; cette saillie est produite autant par la convexité des pubis que par une couche assez épaisse de tissu cellulaire graisseux qui est au-dessous de la peau.

mobbïbe ( path . ) , adj. Se dit des choses qui tiennent à un état de maladie ; on dit un état morbide , pour indiquer l’état de maladie d’un individu ou d’un organe ; phénomènes morbides, pour distinquer les symptômes produits par un état de maladie.

mob.bsï’sçue [path.) , adj. Presque synonyme du précédent ; se dit plus spécialement des causes d’une maladie : on dit causes morbifiques, pour désigner celles qui produisent un état de maladie.

MOF.DICABJT ( path. ), adj. (de mordicare , picoter). On désigne ainsi une chaleur âcrê et piquante qui se manifeste à la peau dans certains états de maladie ; la chaleur mordicante est toujours accompagnée de sécheresse à la peau.

MOSEO.E [bot.) , s. f. , solanum. On désigne ainsi un genre de plantes qui a donné son nom à la famille des Solanées , et qui tire son nom latin du verbe solari , soulager. Les espèces de ce genre sort très - nombreuses et des plus intéressantes; celles qui sont employées en médecine ont été décrites à leur nom vulgaire. Nous ne parlerons dans cet article que de la morelle noire ; la morelle grimpante, solanum dulcamara , a été décrite au mot Douce-amère.

La Morelle noire , solanum nigrum, est une plante qui habite nos climats et plusieurs autres contrées du globe, aux Antilles, au Brésil, à l’Ile-de- France, à Java, dans l’Inde; elle est annuelle, herbacée, et croît dans tous les lieux cultivés; sa tige est haute d’environ un pied; ses feuiiles sont presque triangulaires et trilobées ; les fleurs sont petites et blanches, et forment , au nombre de six à huit, des ombelles simples ; les baies sont petites , arrondies , vertes avant leur maturité et noires à cette époque. Cette plante aune odeur musquée; elle a, ainsi que ses fruits , dont la saveur est douçâtre et peu agréable , la réputation d’être Vénéneuse ; les auteurs citent des exemples d’accidents causés par l’ingestion de ses fruits dans l'estomac : on dit qu’un troupeau de moutons fût empoisonné après avoir mangé de ses feuilles. Cependant , le docteur Dunal , de Montpellier, a fait un assez grand nombre d’expériences, dans lesquelles il fît manger des baies de morelle à des cochons d’Inde ; lui-même eu mangea une certaine quantité sans en éprouver d’aceidents. Aussi ce médecin pense-t-ii que la plupart des cas d’empoisonnement attribués à la morelle ont dû être produits par les baies de belladone. Malgré ces faits , nous pensons qu’il est toujours prudent de se tenié eh garde contre les baies de cette plante, qui , heureusement, sont d’un goût qui engage peu les enfanjs à les manger. Les feuilles de la morelle sont calmantes et adoucissantes, et même narcotiques. D'ans certains pays , ces feuilles cuites sont mangé s comme les épinards; aux îles de France et de la Réunion, on donne à ce mets, qui est très-usité, !ô nom de brèdes. Dioscoride cite la feuille de morelle ec-mme étant en usage dès la plus haute antiquité.

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C’est à la cuisson que les feuilles doivent de perdre leurs propriétés malfaisantes ; aussi les emploie-ton vertes et écrasées , lorsqu’on les applique sur les plaies douloureuses, les fissures du sein, les hémorrhoïdes, les ulcères, pour lesquels on les a conseillées. On dit qu’au Brésil on les applique ainsi, et en cataplasmes chauds, sur le bas-ventre , pour faire cesser la rétention d’urine déterminée par le spasme du col de la vessie. La décoction de morelle sert à laver les ulcères et les plaies douloureuses ; on en fait des fomentations , des lotions et des injections vaginales.

M. Desfosses , pharmacien à Besançon, a trouvé dans le suc des baies une substance alcaline nouvelle qu’il a nommée solanine. Cette substance est narcotique, etaproduit, àla dose de quelques grains, des vomissements et de la somnolence chez les animaux soumis aux expériences. J.-P. Beaude.

rv?OE.iLE.s. (Y. Champignon.)

Rïqkphiïïïe (c him) , s. f. C’est un des principes actifs de l’opium. (V. ce mot.)

EfoasuHs [clür.], s. f. (Y. Plaie.)

beo£$,t ( physiol ., mcd. lêg .) , s. f. Une des conditions des corps organisés , c’est , après avoir joui de l’existeqcp pendant un certain temps , de cesser de vivre et de tomber , sans réaction vitale, dans le domaine çfrs lois physiques et chimiques qui régissent lq matière inorganique. Ce passage de la vie au néant constitue la mort, qu’on peut définir physiologiquement : la cessation des fonctions qui entretiennent la yie.

Lq mort a été le sujet de bien des considérations spus le rapport philosophique et religieux ; mais nous devons ici laisser pes idées métaphysiques pour npqs placer seulement au point de vue des physiologistes et des médecins , qui ne voient dans la mort que la dissolution delà propriété vitale, que le dernier terme de l’organisation ; terme qui , n’étant pas fixé à une époque irrévocable , doit être rpculé autant que possible par les règles de l’hygièpe ou par les secours de la thérapeutique.

La mort peut arriver à tous les âges : elle frappe l’embryop renfermé encore dans le sein de sa mère et à peine formé , l’enfant qui vient de naître , l’adulte dans la force de son développement physiologique, le vieillard arrivé à la caducité. Les chances de mort ne sont pas égales toutefois à toutes les époques de la vie, et paraissent soumises à quelques règles qu’on a cherché à évaluer dans des tables dites de mortalité , et qui établissent pour chaque âge la proportion des décès et des survies. On voit ainsi que presque un quart des enfants meurent dan® la première année de leur naissance , et qu’un tiers ne parvient pas à l’âge de deux ans. Cette mortalité effrayante dans le premier âge diminue après cette époque : la moitié des enfants atteint l’âge de vingt aos 5 il n’en reste plus qu’un tiers à l’âge de quarante-cinq, un peu plus d’un quart à cinquante-cinq, et environ un cinquième à soixante. L’âge où il y a le plus de chances de mort est la première anpée ; celui où il y en a le moins est l’époque de dix ans. D’après ces mêmes tables , pour un enfant qui vient de naitre, la vie probable est de vingt ans et demi; elle augmente à un an, deux ans, trois ans ; elle parvient à sa plus grande longueur , qui est de quarante- cinq ans, à l’âge de quatre ans;

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et ensuite elle va toujours en diminuant, Quant à la durée moyenne de |a vie, elle est de vingt-huit ans à partir de la naissance ; pour les enfants qui sont arrivés à l’âge de cinq ans , elle est la plus; longue possible, de quarante-trois ans cinq mois. Ces chiffres que je viens de donner sont tirés de la table dressée par Duvillarden 1806; la mortalité y\ est beaucoup plus forte qu’elle ne l’est maintenant. V Ainsi , d’après des recherches récentes , la vie moyenne, que nous venons de voir évaluée à vingthuit ans, serait maintenant de trente-trois. Si les chiffres donnés par Duvillard étaient vrais a l’épO' que où il écrivait , la vie moyenne serait donc augmentée de cinq ans, ce qu’il faut attribuer aux soins plus grands Pt plus éclairés donnés aux enfants dans leurs premières années, et surtout à la grande diminution delà petite-vérole par la propagation de la vaccine-

La mort peut saisir l’homme au milieu de la santé la plus parfaite, et, dans ce cas, ou elle est le résultat d’une violence extérieure, d'un accident, ou bien elle est l’effet d’une affection interne, violente, telle qu’une rupture du cœur ou d’un gros vaisseau, telle qu’une attaque d’apoplexie foudroyante, ce qui constitue la mort subite : il y a transition brusque de la sapté à la mort. Mais le plus ordinairement, celle-ci est la suite d’une maladie plus ou moins longue qui la précède ; plie peut alors survenir peu à peu, sans phénomènes particuliers. D’autres fois, elle est précédée d’une altération profonde des traits, d’une extrême faiblesse dans la voix et dans les mouvements; en même temps , la langue se sèche , la déglutition est bruyante , gênée , la respiration râleuse , le pouls petit , intermittent et bientôt insensible ; le corps , couvert d’une sueur froide et gluante, perd sa chaleur et exhale une odeur cadavéreuse; les excrétions sont involontaires, les sensations éteintes. Cet état transitoire entre la maladie et la mort peut ne durer que quelques heures ou se prolonger pendant plusieurs jours. Il est rare cependant qu’il se prolonge au-dela de vingt-quatre heures. Cette lutte de l’organisation contre la mort forme un spectacle déchirant pour les assistants, qui , témoins des souffrances du moribond , ne peuvent rien faire pour les diminuer : on la désigne sous le nom d’agonie.

Quelle que soit d’ailleurs la manière dont la mort arrive, elle a toujours lieu à la suite d’un obstacle apporté à l’exercice d’une fonction essentielle à la vie. Nous devons à Bichat des recherches extrêmement curieuses sur les causes de la mort et sur le mécanisme de sa production. Suivant cet illustre physiologiste, elle serait toujours le résultat de la cessation d’action, ou du cœur, ou des poumons, ou du cerveau ; ces trois organes réagissant les uns sur les autres , et la mort de l’un amenant celle des autres. Ainsi , dans les morts subites comme dans les morts plus lentes , la vie ne s’éteindrait que parce qu’un de ces trois organes venant à s’affecter , sa fonction cesserait et entraînerait par suite la mort des autres parties. Mais cherchons à faire mieux comprendre les doctrines de Bichat eq les analysant rapidement.

Dans la mort qui commence par le cœur , que cet organe, agent central de la circulation, vienne à cesser ses mouvements, le cerveau ne reçoit plus le I sang qui l’exeite ; la puissance cérébrale s’éteint

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faute de stimulation ; la sensibilité , la locomotion , 1a voix , les sensations, cessent avec la vie du système cérébral qui les tient sous sa dépendance. D'un autre côté, le poumon ne recevant plus le sang qu’il doit vivifier , la respiration cesse faute d’aliment; et un peu plus tard, les sécrétions, les exhalations, tous les phénomènes de la nutrition, ne se produisent plus , n’étant plus excités par le sang nécessaire à leur activité.

Si la cause de destruction affecte le poumon , là encore il y a mort générale ; et ici Bichat , par des raisonnements solides, par des expériences ingénieuses, est arrivé à des observations tout-à-fait neuves sur la manière dont s’opère la mort dans les maladies du poumon : c’est alors une véritable asphyxie. Les poumons étant devenus , par la maladie, impropres à remplir leurs fonctions , le sang noir n’est plus converti en sang rouge, seul capable d’entretenir l’activité vitale ; et comme la circulation existe encore , toutes les parties du corps , au lieu d’un sang vivifiant , reçoivent un sang noir , stupéfiant , et qui , produisant dans chaque organe une torpeur funeste , amène bientôt la mort générale. Bichat a développé au long cette théorie, qufil a appliquée particulièrement à toutes les espèces d’asphyxies. Suivant lui, c’est de cette manière que se terminent la plupart des maladies aiguës ou chroniques. Vers la fin , le poumon s’embarrasse , la respiration devient pénible , l’hématose se fait difficilement , le sang passe presque noir dans les artères ; les organes, déjà affaiblis par la maladie , reçoivent alors l’influence funeste du contact de ce sang délétère ; la perte des sensations , des mouvements , des facultés intellectuelles , succède à l’embarras du poumon par suite du défaut d’incitabilité du cerveau, qui ne reçoit que du sang noir insuffisant à l’exciter ; peu à peu le cœur , subissaut la même influence , suspend ses mouvements ; les autres organes , de même engourdis, cessent leurs fonctions , et la mort est arrivée.

D’autres fois, c’est le cerveau qui est le premier affecté et qui commence à mourir : la cessation de l’influence nerveuse a peu d’action sur la vie des poumons et du cœur, qui reçoivent leurs nerfs du système ganglionnaire, indépendant du cerveau; mais elle paralyse les nerfs inspirateurs et expirateurs : les phénomènes physiques de la respiration n’ayant plus lieu , les modifications chimiques que subit le sang dans les poumons ne peuvent plus s’opérer en leur absence; le sang circule noir, et tout arrive comme dans l’asphyxie. La cessation des fonctions cérébrales ne produit ainsi la mort que par l’intermédiaire du poumon.

Suivant Bichat , la mort arriverait toujours d’une de ces trois manières; les maladies ne produiraient une terminaison funeste qu'indirectement , en déterminant la cessation d’une des trois fonctions essentielles, et en la préparant par l’état d’affaiblissement dans lequel elles auraient plongé toute l’économie.

Tout en rendant justice à ces savantes recherches et à ces ingénieuses théories, je pense cependant que Bichat a trop restreint les fonctions nécessaires à la vie : avec ceux qui composent sa trinité vitale, d’autres organes aussi sont chargés de fonctions importantes, dont l’accomplissement me semble indispensable à l’existence. Et pour ne parler que d’un

seul, du tube digestif, de l’estomac, l’altération de cet organe, suspendant le travail de l’absorption et de la nutrition, ne doit-elle pas amener, par défaut de réparation , un épuisement mortel ? Et il ne me semble pas nécessaire de recourir à un embarras pulmonaire, que rien souvent ne justifie, pour expliquer la mort dans une gastrite intense ou dans un cancer à l’estomac. Je pourrais facilement citer d’autres exemples. Concluons donc que la mort arrive lorsqu’une fonction nécessaire à la vie vient à cesser ; mais quelles sont les fonctions nécessaires à la vie? Nous sommes encore trop peu avancés en physiologie pour le dire; je crois cependant que, dès à présent, on peut, avec rqison, accuser Bichat de les avoir trop restreintes.

Mort apparente ( méd . lég. et pol. méd. ). Certaines maladies peuvent donner lieu à un état de l’économie dans lequel le sentiment et le mouvement étant suspendus, on pourrait croire à la mort; cet état est connu sous le nom de mort apparente : il peut être causé par l’apoplexie , par l’ivresse , par l’extase , par l’épilepsie , la catalepsie , l’hystérie , la syncope, l’asphyxie, la congélation, le tétanos, et certaines blessures graves. L’importance de distinguer cette apparence de mort de la réalité est suffisamment prouvée par des exemples assez nombreux de prétendus morts ensevelis et enterrés avant leur véritable décès. Pour éviter le danger des inhumations prématurées , il est nécessaire de bien connaître les signes de la mort réelle. Les caractères à l’aide desquels on a dit pouvoir s’assurer du décès sont nombreux ; ils sont loin d’offrir tous la même certitude; mais comme dans un sujet aussi important rien ne doit être indifférent, nous allons rapidement les passer en revue, en insistant surtout sur les plus certains, et en indiquant le peu de valeur des autres.

Sur les cadavres la face a ordinairement un caractère spécial , qui se rapproche de ce qu’on appelle en pathologie le faciès hippocratique ; le teint est d’une pâleur verdâtre, ou livide, ou plombé ; les yeux sont caves , le nez effilé , et tous les traits comme retirés en arrière. Mais on ne peut rien conclure de ce caractère , puisqu’on l’observe souvent à la fin des maladies, avant la mort; et d’ailleurs quelques cadavres conservent la régularité de leurs traits, la couleur de leur teint, devenu seulement plus pâle , et ressemblent, par l’apparence , à des personnes endormies. Ce que je dis ici du faciès, je le dirai du refroidissement, de l’immobilité du corps, du défaut d’action des seus et de l’intelligence ; tous ces phénomènes peuvent se rencontrer dans des états morbides pendant la vie. On doit attacher un peu plus de confiance à l’obscurcissement et à l’affaissement des yeux : le globe de l’œil est brillant et complètement distendu pendant la vie; après la mort il devient terne et présente en avant un peu d’affaissement, comme si les humeurs qui le distendaient avaient diminué de quantité et étaient devenues insuffisantes pour le remplir entièrement. Ce signe de la mort est assez constant : il a été donné par Louis comme caractéristique; M. Vigné, auteur d’un ouvrage estimé sur la mort apparente et sur le danger des inhumations précipitées, attache aussi une grande importance à cet affaissement des yeux, qu’il regarde

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comme le résultat d’un commencement de putréfaction. Néanmoins , comme on n’observe pas ce signe sur tous les cadavres , et que quelques malades le présentent avant la mort, on ne peut s’y fier entièrement.

L’absence de la circulation et de la respiration coïncide constamment avec la mort, et c’est sur ce signe qu’on s’appuie communément pour prononcer qu'une personne a cessé de vivre. Mais les phénomènes apparents de ces fonctions peuvent être assez faibles pour n’être pas aperçus facilement; et d’ailleurs une circonstance bien plus importante qui s’oppose à ce qu’on puisse accorder une grande valeur à ce signe , c’est que la cessation de la respiration et de la circulation s’observe dans quelques maladies, et particulièrement dans l’asphyxie et la syncope.

La rigidité des membres , dite rigidité cadavérique, est, pour la constatation du décès, un signe bien autrement important que tous ceux dont nous avons déjà parlé : elle existe toujours après la mort; elle commence par le cou , le tronc , les membres thoraciques, puis les membres abdominaux. Le moment de son apparition est variable : en général elle commence à se manifester lorsque se dissipe la chaleur vitale. Sa durée est aussi variable ; elle dure plus longtemps chez les sujets jeunes , vigoureux, morts de maladies aiguës ; chez les sujets faibles , âgés, épuisés par des maladies chroniques, elle peut ne se manifester que pendant quelques heures. En se dissipant elle suit le même ordre qu’elle a mis à se développer; la putréfaction ne commence qu’après sa disparition. Cette rigidité siège exclusivement dans les muscles , et paraît être le résultat d’un dernier effort de la contractilité musculaire , qui subsiste encore quelque temps après la mort : son siège est mis hors de doute par des expériences qui consistent à couper la peau et les ligaments autour des articulations, en laissant les muscles intacts ; la rigidité se produit de même. Si, au contraire, on ne coupe que les muscles , elle n’a pas lieu. Cette rigidité cadavérique étant aussi importante en médecine légale, il est utile d’indiquer comment on évitera de la confondre avec la roideur musculaire qui s’observe dans quelques états morbides ; c’est surtout de la contracture et de la roideur des membres par congélation qu’il faut savoir la distinguer. Elle coïncide toujours avec le refroidissement du corps ; lorsqu 'après un effort , on est parvenu à la vaincre et à faire mouvoir l’articulation qu’elle occupait, elle ne se reproduit plus. Dans la contracture musculaire vitale, qu’on observe dans les maladies cérébrales , dans le tétanos et quelques névroses , la peau conserve sa chaleur ; de plus, à peine l’articulation a-t-elle cédé à l’effort qui la fait agir , que si l’effort cesse , la contracture se reproduit à l’instant, comme un ressort qu’on a fait plier et qui revient à sa position primitive sitôt qu’il est abandonné à lui-même. Quant à la roideur qui accompagne la congélation, elle coïncide, il est vrai, avec le refroidissement du corps; mais avec la contraction on observe une rigidité bien marquée des glandes de la peau, qui sont alors turgescentes , tandis qu’elles sont toujours flasques après la mort. De plus, en faisant fléchir les membres, on entend dans les articulations un bruit de craquement semblable au cri de l’étain , et qui est

produit par la fracture des petits glaçons dont la formation, dans l’intérieur de l’articulation , produit la roideur.

Si la rigidité cadavérique pouvait toujours être appréciée convenablement, il n’y aurait pas de doute pour la mort ; mais nous avons vu que souvent elle ne dure que peu de temps , et alors on peut examiner le cadavre après qu’elle a cessé , et rester dans l’indécision. De plus, dans certaines névroses, malgré les caractères que nous avons donnés, on peut être dans le doute pour la reconnaître positivement ; il est donc nécessaire d’attendre un signe plus positif et qui ne manque jamais; ce signe est la putréfaction. Elle se manifeste par des taches livides qui apparaissent d’abord sur l’abdomen, puis sur d’autres parties du corps, par le soulèvement de l’épiderme qui se détache par lambeaux, et par une odeur putride très-prononcée. Lorsque ces signes existent, on peut prononcer hardiment sur la mort ; disons néanmoins qu’il est nécessaire qu’ils soient arrivés à un certain degré , un commencement de putréfaction ne suffirait pas ; on a vu se rétablir des personnes dont la peau présentait des taches livides, et qui exhalaient une odeur fétide. La putréfaction n’existe-t-elle pas d’ailleurs dans un membre gangrené ? La putréfaction est variable dans son apparition et sa marche, suivant les lieux dans lesquels le corps se trouve placé, et suivant la température ; il est utile de faire attention à ces circonstances , lorsqu’on cherche à apprécier l’époque de la mort par l’état de putréfaction dans lequel se trouve un cadavre.

Si l’on attendait toujours la putréfaction, il n’y aurait donc jamais de doute sur la mort; mais diverses circonstances s’opposeut à ce qu’on puisse tarder toujours jusqu’au temps nécessaire à sa manifestation ; force est donc le plus souvent de s’en passer, et de se servir, pour constater la mort, des autres signes qui , quoique insuffisants lorsqu’ils existent isolés, prennent un grand caractère de certitude lorsqu’ils se trouvent r'éunis. Cependant ces signes réunis n’ont pas paru encore satisfaire quelques personnes , tourmentées outre mesure de la crainte des inhumations précipitées , et on a proposé, pour s’assurer bien positivement de la réalité de la mort, quelques épreuves dont il nous reste à parler.

On a conseillé d’approcher un miroir de la bouche, pour s’assurer si la glace ne sera pas ternie par la vapeur de l’air expiré; d’exciter la sensibilité de la peau par des substances irritantes, telles que des liquides caustiques, des orties, des vésicatoires, par le fer rouge même, par de légères scarifications; de stimulerlasensibilitédes narines par des substances odorantes et irritantes. Tous ces moyens sont assez innocents et peuvent être employés; mais pour prouver leur inutilité, il suffira de dire qu’ils n’ont pas réussi à faire cesser des morts apparentes. Quant a des moyens plus violents, tels que des brûlures ou des incisions profondes, on doit les repousser comme offrant de grands dangers ; les employer serait souvent s’exposera tuer une personne pour s’assurer qu’elle était encore vivante. On a proposé encore de se servir de l’électricité, et surtout de l’é* lectro-poncture : ce moyen, que ne réprouve pas la morale, est un des plus efficaces : une aiguille appliquée dans une partie musculaire, comme le voulait Nysten, ou à la région précordiale, ainsi que

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l’a proposé récemment M. Bourgeois, et mise en contact avec une pile électrique, déterminera des contractions si la mort n’est qu’apparente, ou si , réelle, elle n’a eu lieu que depuis peu de temps ; l’absence de ces contractions sera un signe certain de la mort. Dans les cas douteux, on devrait donc avoir recours à ce procédé, si l’on ne voulait p is retarder les funérailles jusqu’à ce qu’il se manifestât des signes positifs de putréfaction.

Dans un article sur la mort, il ne nous paraît pas inutile d’indiquer comment on doit se conduire auprès d’une personne qu’on suppose morte, et d’insister sur les précautions à prendre au moment où on croit qu’elle vient d’expirer, pour faciliter le retour à la vie si elle n’était qu’évanouie. Lorsqu’un malade vient en apparence de rendre le dernier soupir, l'usage, dans beaucoup de familles, est de lui fermer les yeux et la bouche, de lui resserrer les narines, de lui rapprocher les membres du tronc, souvent de lui couvrir la figure d’un drap, puis de le retirer de son lit pour le déposer à terre sur une planche ou sur de la paille. Ces usages, transmis par la tradition, qui existent dans beaucoup de provinces, ne sauraient être trop blâmés ; dans le cas où le malade ne serait qu’évanoui, ils ont pour résultat certain d’accélérer la mort. Lorsqu'à l’absence de la respiration, de la circulation et du mouvement, on peut croire qu’un malade vient d’expirer, il faut chercher à le ranimer en lui faisant respirer du vinaigre, de l’eau de Cologne ou de mélisse, eu frottant ses tempes et ses mains avec les mêmes eaux aromatiques, en cherchant à lui faire avaler quelques gouttes d’une liqueur excitante, en lui appliquant des sinapismes. En même temps il faut avoir re -ours aux stimulants moraux en appelant le malade par son nom, en lui faisant entendre le nom ou mieux la voix d’une personne chérie, en nommant des choses qu’on sait lui être agréables. C’est ainsi qu’on a pu quelquefois faire revenir à la connaissance des personnes évanouies et qu’on avait supposé mortes. Nous pouvons citer à ce propos deux traits bien remarquables cités dans l’histoire de lady Roussel , qui passa pour morte pendant huit jours. Le premier a rapport à un mathématicien qui , dans un état comateux, était insensible à tout , et ne fut réveillé que par i’inferpellation que lui fit un de ses amis, en lui demandant quel était le carré de 12 s le rqaiade, sortant de sa stupeur, répondit de suite : 144. Auprès d’un autre malade qui ne donnait aucun signe de sensibilité, on avait essayé inutilement une foule de moyens, lorsque quelqu’un des assistants, qui le connaissait pour un grand joueur de piquet, s’avisa de lui crier ces mots : Quinte, quatorze et le point : le malade sortit à 1 instant de sa lùihargie. On trouverait dans les fastes de la médecine d’autres exemples semblables d’amants reprenant leurs sens à la voix de leur maîtresse, de guerriers rappelés à la vie pap le bruit du tambour , de sujets passionnés pour la musique que le sou d’qp instrument a ranimés.

En reirant de son lit un malade qu’on suppose expiré, on le refroidit et on lui fera mal si la mort n’est qu’apparente ; il faut dope de toute nécessité le laisser dans son lit, dans la position qu’jl avait au moment de rendre le dernier soupir. Qu’on se garde bien, ainsi qu’on ie fait ordinairement, de lui

retirer son oreiller, manœuvre qui a pour résultat d’augmenter la congestion qui n’existe déjà que trop vers la tête; qu’on ne lui ferme pas les yeux, la lumière est excitante ; qu’on lui laisse la bouche et les narines ouvertes pour le passage de l’air, et surtout qu’on ne permette pas qu’on l’ensevelisse dans un drap : la figure doit rester découverte, afin qu’on puisse apercevoir la moindre contraction qui indiquerait, que la vie n’est pas tout-à-fait éteinte. Enfin, le devoir des personnes présentes à la mort d’un de leurs semblables est de veiller à l’exécution stricte des règlements relatifs à la constatation des décès, règlement dont il nous reste maintenant à parler.

Qn a vu quelles difficultés on peut éprouver à prononcer positivement sur l’état de mort d'un individu privé de connaissance : en face de ces difficultés, l’autorité a un grand devoir à remplir, c’est celui de veiller à la constatation des décès, et d’empêcher que, sans preuves suffisantes, on ne puisse inhumer des individus qui auraient pu être rappelés à la vie. Dans ce but, chaque nation civilisée a établi des précautions législativesqui, différentes en quelques points, se rapprochent néanmoins en ce sens qu’elles exigent toutes un intervalle de temps assez long entre le moment du décès et celui de l’inhumation. En France, d’après l’article 77 du code civil, l’inhumation ne peut avoir lieu que vingt-quatre heures après le décès; les législateurs o» t pensé que ce terme était suffisant pour qu'on fût certain de la mort, si, après son expiration, aucun phénomène de vitalité ne s’était manifesté. Néanmoins, comme l’article précité du code dit seulement qu’on ne pourra pas enterrer avant vingtquatre heures, il résulte de cette disposition des mesures administratives un peu différentes dans quelques villes de la France. A Paris, on inhume vingt-quatre heures après. lq déclaration du décès. A Strasbourg, quatre médecins nommés par le maire vérifient le décès et fixent l’épqque de l’inhumation. A Tours, l’enterrement ne peut avoir lieu que vingt-quatre heures après la vérification îégple du décès. En Saxe, ep Prusse, l’inhumation n'a lieu que soixante-douze heures, à Vienne et à Salzbourg que quarante-huit heures après le décès. Ces derniers termés nous paraissent un peu prolongés, et généralement celui de vingt-quatre heures est bien suffisant; mâis u’arrive-t-il pas souvent que cette disposition de la loi est éludée? Pour se débarrasser plus vite du corps, ne sait-on pas que des familles indifférentes font quelquefois une fausse déclaration en avançait l’heure dp décès, et c’est ainsi que des individus peuvent être inhumés quinze ou dix-huit heures après leur mort. On s’opposerait facilement à cette fraude, en ne faisant, courir les viimt-quatre heures qu’à partir du moment de ia déclaration. D’un autre côté, dans les temps d’épidémie, lorsqu’il existe une grande mortalité et qu’pu craint l'infection causée par le grand nombre des cadavres, on s’empresse de les porter à leur dernière demeure, souvent sans observer les précautions usitées en temps ordinaires pour s’assurer de la réalité delà mort.

Le délai exigé entre lemomeutde la mort et lacérémpnie funèbre n’a pas paru à tout le monde suffisant pour empêcher toute inhumation précipitée; pour plus de sûreté, on a proposé encore rétablissement de

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maisons mortuaires dans lesquelles seraient gardés les cadavres pendant quelques jours avant d’être rendus à la terre. De cette manière on attendrait l’apparition de la putréfaction , et on serait certain de n’enterrer que des morts. Des maisons semblables sont établies dans quelques Etats de l’Allemagne, et plusieurs personnes, entre autres Necker, en 1792, ont proposé sérieusement d’en fonder en France dans les cimetières. Mais tout en reconnaissant les avantages de ces établissements pour éviter d’enterrer des vivants, nous ne pouvons nous empêcher d’en signaler les inconvénients. Comment maintenir une surveillance utile dans ces maisons où la rareté d’une résurrection endormira constamment le zèle des gardiens? Ces maisons ne seront-elles pas d’ailleurs des lieux d’infection qu’il faudra éloigner de toute habitation, et dans lesquels on nepourra permettre l’entrée publique? Comment vaincre alors les scrupules des familles, qui souvent ne consentent à se séparer du corps d’un parent aimé qu’à la condition qu’elles pourront aller pleurer sur sa tombe ? Et d’ailleurs, dans l’intérêt même du supposé défunt, si la mort n’était qu’apparente, n’auraiton pas plus de chances de le rappeler à la vie en le laissant chez lui, au milieu des siens qui surveillent, le moindre signe de vie, et qui s’empresseraient de lui prodiguer les secours nécessaires, qu’en l’exposant au froid et à la fatigue d’un trajet souvent long, et en le livrant à des mains mercenaires qui ne penseraient à le secourir que dans un cas bien évident?

Nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les propositions qui ont été faites, dans le but d’empêcher d’être enterré vif. C’est ainsi qu’on a proposé d’attacher des sonnettes aux doigts et aux orteils des cadavres, afin qu’au moindre mouvement on pût être averti; de ne combler les fosses que quelques jours après que les cadavres y auraient été déposés, et de laisser une petite ouverture à la partie du cercueil qui correspond à la face, afin que chacun pût saisir en passant le moindre signe de vie, ou de ne recouvrir la bière supérieurement que par un voile mobile, qui n’empêcherait pas le supposé mort de se lever, etc.

Dans la plupart des villes de France, on supplée à toutes ces précautions par une vérification du décès faite par un ou plusieurs médecins délégués à cet effet par l’autorité municipale, et au bout du terme fixé par la loi; l’inhumation ne peut être faite qu’après la constatation officielle du décès. Cette mesure est ordinairement suffisante, et il est extrêmement rare d’entendre parler dans les villes de prétendus morts rappelés à la vie au moment de la cérémonie funèbre; mais dans les campagnes on enterre les gens sans que le décès ait été constaté par un homme de l’art, souvent même avant l’expiration du délai prescrit par la loi. Ne sommes-nous pas vraiment en droit d’avoir la triste pensée qu’on doit porter en terre des gens qui auraient pu être rappelés à la vie , si nous réfléchissons à l’ignorance et à la superstition des habitants de certaines contrées, où le décès est seulement constaté par quelques parents qui regardent comme morte uue personne qui ne remue ni ne respire, et qui ont hâte de la porter dans la terre bénie du cimetière, leurs idées superstitieuses leur persuadant que l’àme du décédé est privée de repos jusqu’à ce que

son corps soit inhumé; ou bien qui, e frayés par une épidémie meurtrière, ne laissent pas même refroidir un corps qu’ils regardent comme un foyer de contagion ? Aussi est- ce dans les campagnes qu’ont lieu le plus souvent ces résurrections dont les journaux nous rapportent les histoires de temps en temps. Il y a sur ce point, dans les mesures législatives, une lacune qu’il serait bien important de remplir.

Tout en approuvant les précautions pratiquées dans les villes, hâtons-nous cependant de dire qu’elles seraient encore plus efficaces si la constatation du décès était faite par le médecin quia soigné le malade, en lui adjoignant, si on le jugeait convenable, un autre médecin délégué par l’autorité ; mieux que tout autre , le médecin ordinaire pourrait juger de la réalité de la mort, non seule-*ment en en cherchant les signes actuels, mais en appréciant les circonstances qui ont précédé le décès et qui l’ont rendu plus ou moins probable. Dans le cas où le genre de maladie rendrait la mort douteuse, quel meilleur juge pourrait-on avoir de la nécessité du retard à apporter à l’inhumation ? Que d’avantages n’obtiendrait-on pas d’ailleurs de cette mesure pour les relevés statistiques sur la nature de la maladie et les complications qui ont pu la rendre mortelle, relevés qui sont faits aujourd’hui d’après des documents fournis le plus souvent par des domestiques ou des gens mal informés, et qui sonttellement inexacts, qu’on peut regarder comme fausses toutes les conclusions qu’on a voulu en tirer.

Appelons donc de tous nos vœux, dansunintérêt d’humanité, une disposition législative qui, obligatoire sur tous les points de la France, établirait que nulle inhumation ne pourrait être faite que vingt-quatre heures après la déclaration du décès par le médeein qui a soigné le malade, déclaration qui, relatant la nature et la durée de la maladie, sa cause même, constaterait qu’il existe des signes suffisants pour prononcer sur la mort. Dans les villes et dans les localités où existent plusieurs médecins, le médecin ordinaire du malade devrait toujours être accompagné d’un autre homme de l’art délégué par l’autorité municipale. Dans les temps d’épidémie, si la salubrité publique pouvait être compromise par un séjour trop prolongé d’un grand nombre de cadavres dans les maisons, le délai de vingt-quatre heures pourrait être abrégé, mais l’inhumation n’aurait toujours lieu qu’après l’autorisation des médecins. Nous avons la conviction qu’une telle loi, exécutée rigoureusement dans les villes et les campagnes, rendrait à peu près impossibles les inhumations précipitées, déjà bien rares aujourd’hui. (V. Inhumation.) A. Habdy,

Docteur en Médecine, Médecin des Hôpitaux de Paris.

SSOH.T-CHIEW (bot.), s. m. (V. Colchique.)

mortïek. (pharm.) , s. m. C’est un instrument que tout le monde connaît, et qui, en pharmacie, sert à piler et broyer les matières qui entrent dans la composition des médicaments. Les mortiers sont faits avec diverses substances, suivant les usages auxquels on les destine. Les mortiers en fer et en laiton servent à la pulvérisation des drogues sèches, qui ne peuvent être altérées par l’action de ces métaux. Les mortiers les plus usités 1 sont en marbre, en verre et en porcelaine. J. B.

MOR

MO il

mortification [chir.) On donne ce nom aux parties frappées de mort ou de gangrène. (Y. ce mot.)

morve (méd.),s. f La morve aiguë est une affection que, jusque dans ces derniers temps, on avait crue spéciale à l’espèce des solipèdes (chevaux, ânes, etc.), mais dont une foule d’observations viennent de démontrer la transmission, par contagion, du cheval à l’homme.

La morve est caractérisée par un état fébrile grave, par une inflammation particulière des fosses nasales, avec sécrétion assez abondante d’une sanie purulente [jettage des vétérinaires), par une éruption pustuleuse à la peau et sur la muqueuse des voies aériennes, et enfin par la formation d’abcès multiples plus ou moins profonds et d’escarres gangreneuses.

Anciennement, on savait qu’il était dangereux de se blesser en disséquant des chevaux morts du farcin (une des formes de la morve); que des vétérinaires auxquels cet accident était arrivé avaient éprouvé des douleurs articulaires et avaient succombé avec des phénomènes de gangrène ; mais on ne voyait pas encore là une contagion, une transmission directe. Lorin fit connaître en 1812 un fait dans lequel cette contagion était bien établie, mais son observation resta dans l’oubli. Schilling à Berlin, et Muscroft à Edimbourg, publièrent, dans le cours de la même année (1821), deux faits nouveaux qui eurent un certain retentissement, mais plutôt à l’étranger qu’en France ; l’espèce d’épidémie de morve observée par Tarozzi chez onze personnes qui avaient soigné des chevaux morveux placés dans une même écurie (1822); les observations analogues recueillies et publiées par des médecius allemands et anglais , mirent la question hors de doute. Cependant, lorsque, dans le courant de 1837, M. Rayer communiqua a l’Académie royale de médecine un cas de transmission de la morve du cheval à l’homme, de vives réclamations s'élevèrent contre la réalité d’un tel phénomène, et il ne fallut rien moins que les nombreuses observations publiées successivement depuis M. Rayer, par MM. Breschet, Deville, Husson, Nonat, Legroux, Andral, Petit, Bouillaud , Bérard, etc., etc., pour convaincre enfin les plus incrédules.

Si nous remontons à l’origine de la maladie en question, nous voyons qu’elle ne se développe primitivement et spontanément que chezles solipèdes, tandis que les ruminants (bœufs, moutons, chèvres, etc.), les carnivores (chien, chat, etc.), et enfin l'homme, peuventenètre atteints par contagion, mais seulement par contagion. Dans la presque totalité des cas recueillis jusqu’à ce jour, les sujets affectés étaient des hommes chargés de donner des soins à des chevaux morveux, ou qui habitaient dans une écurie où se trouvaient des chevaux atteints de ce mal. Dans quelques cas, latransmission a eu lieu parce que la matière virulente sortant des naseaux du cheval avait été en contact avec (une excoriation ou une coupure existant aux mains du sujet infecté; il y avait alors inoculation véritable. Ailleurs, on n’a pu rien constater de semblable; il y eut seulement injection. Enfin, un cas évident et bien douloureux est venu prouver que la morve était également transmissible de l’homme

àl’homme : un jeune étudiant en médecine, Rocher, qui donnait des soins assidus à un palefrenier atteint de la morve et couché à l’hôpital Saint- Antoine , a lui-même succombé à cette affreuse maladie 1

Arrivons maintenant aux symptômes. Lorsque la communication a eu lieu par inoculation , les sujets sont pendant cinq à six ou huit jours sans éprouver aucun accident, c’est là une véritable période d 'incubation : au bout du temps que nous venons de fixer, il survient de la rougeur et du gonflement dans le point qui a servi d’insertion. De ce point part une corde rouge, dure, tendue, produite par les vaisseaux lymphatiques enflammés. Il y a extension de celte phlegmasie aux parties voisines , avec état fébrile, nausées, céphalalgie : puis, ces accidents se calment pour faire place aux phénomènes spéciaux de la morve. Le début de celle-ci est ordinairement caractérisé par des douleurs dans les membres, simulant assez bien les douleurs rhumatismales. Au niveau des parties douloureuses, on sent un engorgement, un empâtement qui ne tarde pas à donner le sentiment de fluctuation auquel on reconnaît les collections purulentes. La peau qui recouvre ces abcès devient rouge ou violacée, quelquefois même elle se frappe de gangrène. Dès le début, le pouls est fréquent et assez développé, et le malade présente une dépression des forces, un état de torpeur et d’abattement accompagoéde vertiges, qui rapprochent celte maladie des autres affections générales graves (typhus, peste, etc.). A une époque plus ou moins éloignée du début, se montre un phénomène spécial qui, chez les animaux, a fait donner à l’affection le nom sous lequel on la désigne, c’est l’écoulement purulent-sanieux et fétide par les narines. Un autre caractère également spécial, c’est une éruption de pustules dures, globuleuses, d’un rouge livide, qui n’arrivent qu’assez tarda la suppuration. La voix devient faible, rauque et sourde, la respiration est généralement embarrassée, les forces tombent de plus en plus, les rêvasseries nocturnes sont suivies d’un délire calme auquel succède un état comateux; des plaques gangreneuses se forment sur différentes parties du corps; la diarrhée, qui existait déjà depuis quelques jours, donne lieu à des selles sanguinolentes; le ventre se météorise, et le malade succombe au milieu d’un collapsus profond.

Les ravages que laisse sur le cadavre l’affection qui nous occupe attestent sa violence et sa malignité. La peau est couverte de pustules livides, violacées, renfermant un pus fluide et sanieux; ailleurs ce sont des bulles, des ampoules rempliesd’une liqueur sanguinolente et recouvrant des portions du derme noires, ramollies, frappées de gangrené. Dans l’épaisseur des membres, à une profondeur plus ou moins considérable, se rencontrent des abcès ordinairement circonscrits, mais quelquefois diffus et s’étendant au loin. Ces collections renferment, au lieu de pus blanc et bien lié, une sorte de bouillie rougeâtre, résultat évident d’un mélangé de sanget de matière purulente. La muqueuse des fosses nasales, baignée d’un mucus visqueux, grisâtre et strié de sang, offre çà et là des élevures pustuleuses, des plaques de gangrène et des ulcérations rougeâtres. Les pustules se rencontrent jusque dans les voies aériennes, et les poumons, ordinairement gorgés de sang, sont parsemés d’un plus ou moins grand

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nombre de petits foyers purulents ; dans certains cas, la muqueuse des intestins a été vue tachetée par places de plaques rouges et d’ecchymoses.

La marche de la morve est aiguë , c’est-à-dire que la maladie se termine au bout d’un laps de temps qui varie entre huit et trente jours, mais plus près de la première limite que de la seconde. On a cité quelques cas dans lesquels la maladie a suivi une marche chronique, c’est-à-dire qu’elle s’est prolongée pendant plusieurs mois. Dans la presque totalité des faits connus, la mort a été la terminaison fatale et en quelque sorte inévitable de la série d’accidents que nous avons fait passer sous les yeux du lecteur. MM. Lions et Hertwig ont rapporté chacun un cas dans lequel la guérison a été obtenue, mais les médecins ne sont pas d’accord sur la nature réelle de la maladie. Ainsi, j’usqu’à nouvel ordre , la morve peut et doit être regardée comme une maladie constamment mortelle.

La réunion de ces différents caractères d’abcès multiples avec douleurs dans les membres , d’éruption pustuleuse à la face et sur le corps, jettage par les narines, de formation de plaques gangreneuses, etc. , dont l’ensemble ne se trouve dans aucune autre maladie , mais surtout la circonstance antécédente de rapport avec des chevaux ou des individus affectés delà morve, ne permettent pas de méconnaître l’affection qui nous occupe.

Que faut-il faire pour combattre la morve : tout doit être permis, comme le disait M. Rayer, contre un mal qui, jusqu’ici, a triomphé de tous les moyens qu'on lui a opposés. Ouverture prompte des collections purulentes, afin de donner issue au pus virulent qu’elles renferment, ouverture et cautérisation des pustules, usage des toniques pour soutenir les forces du malade, ou des marcotiques pour calmer ses souffrances; tels sont les moyens jusqu’ici mis en usage. La créosote aurait réussi entre les mains deM. Lions; mais s’agissait-il réellement d’un cas de morve? En tout cas , il y a là de nouveaux essais à faire. Peut-être le chlore seraitil avantageux pour combattre l’état d’infection auquel toute l’économie est en proie. M. Rayer croit aussi que les purgatifs répétés, que l’acétate d’ammoniaque, pourraient avoir quelque avantage; mais malheureusement cela est bien douteux.

L’attention doit surtout se porter sur les moyens d’éviter la contagion et de prévenir ses effets. Pour cela, il faudra que les personnes en rapport avec les chevaux morveux observent minutieusement la plus scrupuleuse propreté, évitent de toucher aux matières provenant du jettage ou bien au pus des abcès; qu’elles se lavent bien soigneusement après chaque contact ; que si elles ont des coupures ou des excoriations qui se seraient trouvées en rapport avec les matières virulentes, elles ne manquent pas de les faire immédiatement cautériser ; qu’elles ne couchent pas dans des écuries où se trouvent des chevaux affectés de morve, etc., etc. Il serait bien à désirer que l’autorité, avertie par tant de malheurs, exerçât la plus active surveillance sur les établissements qui renferment beaucoup de chevaux, notamment les entreprises d’omnibus, et fissent immédiatement abattre les chevaux reconnus morveux.

Morve chronique. — Quelques auteurs ont rapporté des cas dans lesquels des douleurs dans les membres accompagnées d’abcès plus ou moins proie» il.

fonds ayant duré pendant plusieurs mois, on vit survenir du jettage par les narines, et enfin quelques-uns des accidents propres à la forme aiguë, à la suite desquels le malade succomba. S’agissait-il, en effet, d’une morve chronique? Puisque la maladie en question revêt cette forme chez les solipèdes, nous ne voyons pas pourquoi il n’en serait pas de même chez l’homme ; si la disposition existe dans notre espèce pour contracter la morve aiguë, il est fort probable que nous jouissons également du funeste privilège de recevoir la forme chronique.

Remarques théoriques. —Comme nous l’avons dit en commençant, plusieurs médecins vétérinaires ont contesté la réalité de la transmission de la morve du cheval à l’homme, et se sont efforcés de trouver des différences entre les phénomènes observés chez les solipèdes et ceux dont étaient affectés les hommes qui ont succombé avec les symptômes déjà décrits. Mais, comme l’a fort bien dit M. Andral, de quelles différences veut-on parler? S’agit-il seulement de l’intensité? qu’importe 1 la maladie n’existe pas moins. . . De la nature ? la question mérite d’être examinée; et d’abord, en passant d’une espèce à une autre, ne peut-il pas se faire que la maladie soit modifiée?... Cela arrive chaque jour dans une même espèce par le passage de la maladie d’un individu à un autre. Ainsi, un sujet atteint de variole bénigne en communiquera une fort grave, et vice versâ. Mais, dans tous les cas, le principal caractère reste toujours pour la morve : c’est l’ensemble des abcès, de l’éruption et surtout de l’affection des fosses nasales. Et puis, n’a-t-on pas constaté que la maladie dont il s’agit n’atteignait que des hommes en rapport avec des chevaux malades? Que faut-il de plus? La spécialité de la cause n’explique- t-elle pas suffisamment celle des symptômes? Enfin, une dernière preuve restait à donner, et de nombreuses expériences sont venues compléter la solution du problème. Du pus et la matière du jettage pris chez l’homme ont été inoculés à des chevaux, à des ânes, et ces derniers ont contracté la morve aiguë... On peut donc aujourd’hui formuler d’une manière rigoureuse le principe suivant, un des mieux établis qu’il y ait dans la science : La morve est une affection transmissible des solipèdes à l'homme , de l'homme à l'homme, et de ce dernier aux solipèdes. Be AUGE AND ,

Docleur-Médccin.

moscouade ( pharm. ) , s. f. C’est le nom donné , en pharmacie, au sucre brut de canne encore coloré par la mélasse.

moteurs ( anat .) , s. m. p. Les anatomistes ont donné le nom de nerfs moteurs oculaires communs , et de nerfs moteurs oculaires externes, à des nerfs qui se rendent aux muscles qui font mouvoir les yeux. Les premiers sont fournis par la troisième paire de nerfs, et les derniers par la sixième. (Y. Œil. )

m® u, MOI.LE ( anat. et path.). En anatomie , on donne le nom générique de parties molles à l’ensemble des chairs et destissusquirecouvrentlesquelette. — On désigne sous le nom de pouls mou , la facilité avec laquelle on fait cesser les battements de l’artère par une légère dépression. — On donne vulgairement le nom de mou aux poumons insufflés des animaux qu’on abat dans les boucheries.

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mouches canthahiïîes. (V. Cantharides.)

mouches vouantes ( path .) , s. m. p. On désigne vulgairement sous ce nom une affection qui a reçu le nom de scotomie ; ce sont des ombres et des filaments qui paraissent projetés sur les objets lorsque l’on exerce l’acte de la vision ; cette incommodité, qui inquiète souvent les personnes qui en sont atteintes, ne présente point le degré de gravité que quelques pathologistes lui ont supposé. Ces ombres ne doivent pas être confondues avec les points lumineux , les bleuettes et les vives étincelles, que l’on s’accorde à regarder comme les précurseurs de l’amaurose.

Le plus ordinairement, dit le docteur Engel , qui a publié en Allemagne une note sur ce sujet, les causes de cette affection résident soit à l’extérieur , soit à l’intérieur de l’œil ; les premières sont produites par les ombres projetées des gouttelettes des larmes, par le mucus que sécrète la conjonctive , ou par l’humeur des glandes de Méïbomius , souvent aussi par de petites bulles d’air qui sont contenues dans ces liquides. Les ombres projetées par ces causes sont moins persistantes que celles qui ont leur siège à l’intérieur de l’œil ; la personne affectée est aussi moins inquiétée, car elle reconnaît bientôt l’origine de son indisposition et son peu de gravité. Il n’en est pas de même dans le second cas : les ombres sont produites par la congestion des vaisseaux de l’intérieur du globe oculaire , quelquefois même par leur état variqueux. Le malade ne peut les faire disparaître ni en essuyant l’œil, ni en pratiquant des lotions sur cet organe; elles sont mobiles et changent de formes, suivant les parties de l’œil dans lesquelles elles sont situées; c’est surtout en regardant fixement un objet qu’elles apparaissent avec le plus d’intensité : elles sont plus nombreuses et reviennent plus fréquemment à certaines époques ; ce qui s’explique par la congestion plus ou moins grande des vaisseaux de l’intérieur de l’œil , laquelle peut être produite par un grand nombre de causes , telles que des travaux prolongés , surtout sous l’action de la lumière artificielle , des veilles, des excès de régime , la suppression des règles ou d’un flux hémorrhoïdal, etc.

Ces ombres ne sont pas de nature à amener des résultats fâcheux; l’imagination des malades, qui en est très-effrayée , est surtout ce qu’il convient de calmer. On ne doit pas non plus les confondre avec les mouches noires fixes, qui sont le résultat de la paralysie d’un point très-circonscrit de la rétine, ou bien d’une cataracte partielle. Ces symptômes persévèrent souvent pendant toute la vie des sujets, en présentant une foule de variétés dans leurs formes, qui se succèdent quelquefois avec une grande rapidité. Ainsi , ce sont des points ou des mouches qui voltigent en tous sens, des filaments de formes bizarres, ou des ombres fuyantes qui se dessinent sur les objets que l’on veut regarder. Il est même à remarquer qu’elles sont d’autant plus nombreuses, que les personnes fixent avec plus de soin leur attention sur un objet. Enfin , on ne doit voir dans cette affection qu’une raréfaction de la lumière dans son passage à travers le globe de l’œil, produite par les causes que nous avons indiquées.

Le meilleur moyen d’éloigner ces accidents, contre lesquels tous les remèdes sont souvent impuissants , consiste à éviter toutes les causes qui

peuvent augmenter la congestion des vaisseaux de l’œil, et surtout à éloigner toutes les causes de fatigue et d’application de l’organe de la vision.

L’action vive de la lumière produit aussi des ombres et des points lumineux fixes qui sont quelquefois le résultat de l'éblouissement; il en' a été parlé au mot Lumière. La soustraction des yeux à la lumière , les lotions adoucissantes et quelquefois aromatiques sur les paupières, sont les moyens qui conviennent à ces derniers cas. J.-P. Beaude.

moules. (Y. Mollusques.)

mousse DE CORSE [mat. méd.), s. f. Mousse de mer, coralline de Corse. On donne ce nom à un produit qui se récolte sur les rochers qui baigueat quelques-uns des bords de la Méditerranée, et que les naturalistes ont nommé fucus helmintocorton. Cette espèce de plante est disposée eu petits buissons courts, très touffus, à divisions rameuses capillaires, presque articulées au sommet, demi-transparentes, cornées, rouge fauve ; elle a un goût salé et une odeur de mer très-forte lorsqu’elle est mouillée. Ce produit , qui se convertit presqu’entièrement en gélatine, lorsqu’il est soumis pendant quelque temps à l’action de l’eau bouillante , se récolte sur les rochers de la Corse , de la Sardaigne , de la Sicile , de quelques îles de l’Archipel grec et de la Provence. On dit même que l’on en trouve sur les côtes de l’Océan. Comme on récolte cette plante sans beaucoup de précaution , en râclant les rochers maritimes où elle croît , il en résulte qu’elle se trouve mêlée à un assez grand nombre de varechs, de conferves , d’ulves, de lichens, qui sont pour plus de deux tiers dans la mousse de Corse qui est livrée au commerce ; mais comme on a reconnu que l’action de ces substances est analogue à celle du fucus helmintocorton , on ne s’occupe pas de les en séparer. M. Bouvier a reconnu, par l’analyse , que ce fucus était composé, pour 1,000 parties : de 602 de gélatine, de 110 de fibres végétales, 112 de sulfate de chaux, 92 de muriate de soude, 75 de carbonate de chaux, et 17 parties de fer, de silice, de magnésie et de phosphate de chaux.

L’emploi de la mousse de Corse comme vermifuge remonte à la plus haute antiquité. On le trouve mentionné dans Théophraste et Dioscoride. Mais ce n’est que vers la fin du siècle dernier que l’attention fut de nouveau appelée sur ce médicament.On l’emploie après l’avoir mondé, c’est- àdire séparé du sable, des coquillages et du corail j auquel il est mêlé, à la dose de 4 à 16 grammes (1 J à 4 gros), en décoction , en infusion, en gelée, en ! tablette ; en poudre on le prend à la dose de 1 à ! 2 grammes. C’est surtout contre les vers lombrics | des enfants que la mousse de Corse est usitée; elic j peut, être employée sans danger ,etladoseordiuairc pour un enfant de cinq à six ans est de huit grammes (deux gros) en infusion. La gelée se prend par petites cuillerées à café, deux ou trois fois par, jour; le sirop , par cuillerées à bouche, une ou deux le matin , à jeun. On prépare aussi avec co produit naturel des biscuits et pains d’épices vermifuges , qui sont pris avec une grande facilité par les enfants.

MM. Mérat et Delens , dans leur Dictionnaire de thérapeutique , disent que la mousse de Corse

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est employée dans le traitement des cancers de l’estomac, et que l’usage de ce médicament , comme résolutif des indurations squirrheuses et non ulcérées, est populaire en Corse. Willam Farr, médecin anglais, a publié un travail sur ce sujet, qui fut provoqué par ce que Napoléon dit à ses médecins, pendant son séjour à Sainte-Hélène, des propriétés vulgaires de la mousse de Corse. On prend ce médicament en décoction ou en infusion, à la dose de quatre à six gros, dans l’eau bouillante; l’on passe après douze hpures de repos : la dose est de trois à quatre verres par jour; on ajoute quelquefois un peu de rhubarbe pour aider à l’action du remède. J.-P, Beaude.

HO0T [hijg.) , s. m. On donne ce nom au suc de raisin qui n’a pas encore subi la fermentation , et par suite aux divers liqueurs et sucs végétaux destinés à la boisson habituelle , avant qu’ils n’aient fermenté. On dit le moût de bière, le moût de pomme, etc.

isoütab,0E ( hyg . et mat,, méd s. f., sinapis. C’est un genre de la famille des Crucifères, de la tétradynamie siliqueuse ; il renferme un assez grand nombre de plantes qui croissent dans toutes les contrées de l’Europe et de l’Asie ; elles sont herbacées et annuelles. Dans notre pays, trois espèces de ce genre sont assez communes et sont employées en médecine.

Mo ut ab de blanche , sinapis alba. Elle croît dans les champs cultivés, dans les moissons, en Flandre, en Belgique et près de Paris; ses siliques contiennent trois à quatre semences de chaque côté, qui ont la grosseur du petit millet, mais qui sont plus arrondies; elles sont d’un blanc jaunâtre, lisses : broyées dans la bouche , leur saveur est un peu amère, puis piquante. Cette graine est enveloppée d’une couche de matière soluble dans l’eau , et qui contient une quantité assez notable de soufre; c’est sans doute la matière qui forme cette couche qui agit sur les intestins, lorsqu’on l’administre comme médicament.

Cullen a préconisé la moutarde blanche en Angleterre il y a plus d’un demi-siècle; mais ce n’est que depuis 1809 qu’il en fut question en France. Le médecin écossais la conseillait comme un laxatif léger qui n’échauffait pas l’estomac; la dose était une cuillerée à bouche le matin à jeun ; la graine devait être prise entière, à sec, ou mêlée avec un demi verre d’eau ou d’un autre liquide.

Depuis, on a étrangement abusé des propriétés de la moutarde blanche , et le charlatanisme s’est emparé de ce moyen comme d’un remède efficace dans toutes les maladies des organes digestifs. Autant la moutarde blanche est un remède inoffensif quand il ne s’agit que d’exciter la sécrétion intestinale peu abondante dans les cas de langueur et de paresse du ventre, autant c’est un remède dangereux lorsqu’il y a une inflammation aiguë ou chronique de cet organe : sous l’influence de ce remède pris inconsidérément, on a vu des entérites et des gastrites chroniques passer à l’état aigu, et causer des accidents graves dont plusieurs individus ont été victimes. Nous ne saurions trop recommander ici ce que nous avons déjà dit dans plusieurs endroits de ce Dictionnaire, c’est de ne jamais prendre de médicaments, même peu actifs, sans consulter le mé-

decin. Les gens du monde peuvent être trompés facilement par des analogies de symptômes dont ils ne peuvent apprécier toute l’importance et la valeur; guidés par ces fausses indications et les publications du charlatanisme , ils déterminent quelquefois des désordres graves , en croyant se soulager avec des moyens qui leur paraissent d’autant moins dangereux, qu’ils sont d’une grandevulgarité.

M. Fouquier employa en France l’un des premiers la moutarde blanche dans les cas indiqués par Cullen, et il constata que ce médicament purge facilement, sans chaleur, sans coliques, et sans laisser d’odeur à l’arrière-bouche, à la dose d’une ou deux cuillerées à bouche avant les repas, ou le soir en se couchant. Les digestions ne sont pas dérangées par l’emploi de ce moyen, qui agit seulement sur les intestins, et qui procure une ou deux selles abondantes ; les graines sont rendues telles qu’elles ont été prises, sans avoir été digérées.

On retire de la moutarde blanche, traitée par expression après avoir été broyée, 30 pour cent d’une huile, douce qui peut servir à l’éclairage. MM. Henry fils et Garot ont trouvé dans cette huile un corps rougeâtre qui se dépose en cristaux et qui contient du soufre ; ils l’ont nommé sulfosinapisine , et ils supposent qu’elle doit se trouver dans tous les crucifères. L’existence de ce corps est contestée par M. Pelouze.

Moutabde noibe, sinapis nigra, sénevé noir, moutarde officinale. Cette plante croît, ainsi que la précédente, dans les champs et les moissons; elle est très-abondante dans nos climats ; sa tige est moins élevée, ses graines sont plus petites, rondes, rouges à l’époque de leur maturité , et elles noircissent à une époque plus avancée; broyées dans la bouche, elles ont une saveur moins amère et d’abord moins piquante que celles de la moutarde blanche, mais il s’y développe assez promptement une huile essentielle forte et piquante qui abeaucoup d’action ; c’est à cette huile essentielle que la moutarde noire doit les propriétés rubéfiantes qui rendent son usage si précieux. La moutarde noire s’emploie dans quelques médicaments antiscorbutiques, où les graines sont mises en macération entières ou concassées dans du vin, du vinaigre, etc. Les Hollandais l’emploient sur leurs vaisseaux contre le scorbut.

L’usage le plus ordinaire que l’on fait en médecine de la moutarde noire est pour la préparation des cataplasmes rubéfiants, des sinapismes et des pédiluves sinapisés. La graine doit être réduite en farine qui présente un aspect jaune verdâtre, avec des pointes noires qui proviennent de son enveloppe; elle est grasse, huileuse, et rancit assez facilement : aussi est-il convenable de l’avoir fraîchement préparée, afin d’être sûr de son action. Noüs donnons ces caractères de la farine de moutarde pour que l’on puisse se garantir facilement des fraudes dont ce médicament est l’objet; car, comme il est relativement d’un prix assez élevé, on le mélange souvent avec des tourteaux de colza, ou des farines avariées de pois, de mais, qui lui retirent une grande partie de son action.

Pour préparer des sinapismes , on mélange la farine de moutarde avec de l’eau chauffée à une température de 30 à 40 degrés , on agite le mélange jusqu’à ce que l’on remarque qu’il s’en dégage une odeur vive et pénétrante qui pique

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les yeux et les narines; on en fait alors ûes cataplasmes qui sont appliquée à nu sur les parties ou l’on veut produire la rubéfaction. Lorsque la farine de moutarde est très-active, il y a des inconvénients à la laisser trop longtemps en contact avec la peau : certains sinapismes ont suffisamment agi 25 à 30 minutes après leur application, d’autres n’agissent qu’après un temps plus long; cette différence d’action tient surtout à la qualité diverse des farines employées, et aussi à la sensibilité des individus. Dans tous les cas, il est convenablede retirer un sinapisme 20 à 25 minutes après qu’il a commencé à agir , et il vaut mieux le promener sur diverses parties de la peau, que de le laisser trop longtemps au même endroit ; car son action trop prolongée détermine desphlyctèneset même la destruction de la peau ; des plaies souvent dangereuses en sont alors le résultat.

On prépare des cataplasmes sinapisés en saupoudrant le cataplasme de farine de graine de lin d’une légère couche de farine de moutarde ; ces cataplasmes ont une action moins vive que les sinapismes, et chez les personnes nerveuses et irritables ils produisent une rubéfaction souvent très-suffisante ; ils ont de plus l’avantage de pouvoir être réappliqués plus rapidement aux mêmes endroits, et de rubéfier moins profondément la peau. Mais ces qualités, avantageuses danscertaines circonstances, doivent les faire rejeter lorsque, dans des cas graves, on veut produire une dérivation prompte, forte et puissante.

Quelques personnes croient, par erreur, que les sinapismes agissent avec plus de force lorsqu’ils sont préparés avec du vinaigre ou de l’eau bouillante; on a remarqué, au contraire, que leur action était moindre dans ces cas. L’huile volatile à laquelle ils doivent leur action ne se développe qu’en faible proportion lorsque l’on fait le mélange avec ces liquides , et il est convenable , lorsque l’on emploie l’eau , de ne pas dépasser une température de 60 degrés : aussi la recommandation qui a été faite par quelques auteurs de préparer les pédiluves sinapisés avec l’eau bouillante, et de les laisser refroidir ensuite jusqu’au degré convenable pour y pouvoir mettre les pieds , nous paraît-elle mauvaise et devoir être remplacée par la méthode opposée, c’est-àdire d’élever la température de l’eau après avoir fait le mélange. (V. Pédiluves .)

L’huile volatile de moutarde noire se produit par la réaction de l’eau sur les principes contenus dans la graine ; elle s’isole facilement par la distillation , et est employée en médecine pour produire la rubéfaction. Souvent elle est un caustique assez actif, et détermine une douleur très-vive lorsqu’on l’applique sur la peau ; aussi l’emploie-t-on mélangée à l’eau ou à l’alcool , lorsque l’on veut faire des frictions irritantes : une partie d’huile essentielle sur 20 d’alcool est la dose ordinairement employée. On extrait aussi par compression de la farine de moutarde noire une huile fixe , plus consistante que l'huile d’olive; elle est presqu’inodore , et a reçu de quelques auteurs le nom d 'huile de beurre. Cette huile, qui est aujourd’hui inusitée en médecine, a été employée comme purgatif à la dose de deux onces ; on l’appliquait aussi sur les tumeurs froides comme résolutive.

Moutarde sauvage, sinapis arvensis , sénevé,

sanvre, sendre. Cette espèce est très-commune, et on la trouve abondamment dans les champs; la tige est moins haute que dans les espèces précédentes , les graines sont plus petites que celles du S. niijra; elles sont noires et lisses, et sont souvent mêlées dans le commerce à ces dernières, dont elles partagent les propriétés.

Moutarde de table. — Indépendamment de leur emploi en médecine, on prépare avec les graines des diverses espèces de sinapis un condiment très - répandu , et dont l’usage remonte à l’antiquité ; c’est la moutarde , qui finit par donner son nom à la plante qui la produit, et dont l’étymologie vient de mustum ardens, parce qu’autrefois on préparait ce condiment avec le moût du raisin. Les graines de diverses espèces de sinapis sont employées suivant que l’on veut produire un condiment plus ou moins actif ; pour cela on met tremper ces graines dans le vinaigre pendant un certain temps, puis on les broyé sous un moulin, et on les délaye avec le vinaigre, le moût de vin, la bière, et l’on aromatise suivant le goût des consommateurs et l’habitude des fabricants. Il existe une grande variété dans ces produits , dont plusieurs jouissent d’une certaine réputation; et, parmi ces derniers , nous citerons la moutarde de Maille , à Paris, comme la plus estimée et la plus répandue. La moutarde la plus commune se prépare avec les graines du S. nicjra et du S. arvensis ; c’était celle dont on faisait usage dans l’antiquité , où la moutarde d’Égypte était si estimée. L’usage de ce condiment s’est continué dans le moyen-âge et dans les temps modernes; le pape Clément VII, Jules de Médicis , qui faisait un grand usage de moutarde , récompensait largement ceux qui flattaient son goût en lui préparant des produits nouveaux; de là vient, dit-on , l’importance que prenait le moutardier du pape.

La moutarde est un condiment souvent avantageux ; il excite les estomacs paresseux , favorise la digestion des aliments peu sapides ; il est surtout utile dans les saisons et les climats froids et brumeux. Il peut aussi relever les fonctions de l’estomac affaiblies par l’action débilitante des chaleurs excessives; mais il doit toujours être pris avec modération, et les personnes d’un estomac faible et irritable doivent s’en abstenir. (V., pour les considérations générales, le mot Condiment .)

La moutarde de table préparée avec le S. nigra et le S. arvensis peut aussi être employée comme moyen rubéfiant pour appliquer des sinapismes , mais elle ne doit être mise en usage que lorsque l’on manque d’autres moyens. J. -P. Beaude.

koxa (Ihérap.) , s. m. C’est un mot d’origine chinoise et japonaise, qui sert à désigner un cylindre de duvet d armoise qui se brûle sur la peau pour produire une cautérisation. En France , on prépare les moxas avec du coton, on en fait de petits cylindres de huit à dix lignes de hauteur sur six à huit de diamètre ; on applique aussi des moxas avec d’autres substances , telles que le phosphore, des tissus enduits de solutions salines qui brûlent avec facilité, etc. (V. Cautérisation.)

mucilage ( mat. méd.) , s. m. On donne le nom de mucilage à une matière gommeuse abondante dans certaines parties des végétaux , telles que les graines et les racines : les racines de gui-

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