POLITESSE
... On devrait châtier sans pitié Ce commerce honteux de semblant d'amitié. Je veux que l'on soit homme , et qu'en toute rencontre Le fond de notre cœur dans nos discours se montre ,
Que ce soit lui qui parle , et que nos sentiments Ne se masquent jamais sous de vains compliments.
( Le ^Misanthrope. )
POLTRONi\£IUE.
En nous formant nature a ses caprices ; Divers penchants en nous elle fait observer ; Les uns à s'exposer trouvent mille délices, Moi , j'en trouve à me conserver.
( Amphitryon. )
. . . Bon Dieu ! suis-je un Rolland , Ou quelque Ferragus? C'est fort mal me connaître. Quand je viens à songer, moi qui me suis si cher, Qu'il ne faut que deux doigts d'un misérable fer Dans le corps pour vous mettre un humain dans la bière , Je suis scandalisé d une étrange manière. Mais tu seras armé de pied en cap. Tant pis : J'en serai moins léger à gagner le taillis ; Et déplus , il n'est point d'armure si bien jointe Où ne puisse glisser une vilaine pointe. Oh! tu seras ainsi tenu pour un poltron. Soit, pourvu que toujours je branle le menton.
A table comptez-moi , si vous voulez, pour quatre ; Mais comptez-moi pour rien s'il s'agit de se battre.
Quel diable d'homme est-ce ci!
De mortelles frayeurs je sens mon âme atteinte.
Mais pourquoi trembler tant aussi?
Peut-être a-t-il dans l'âme autant que moi de crainte,
Et que le drôle parle ainsi Pour me cacher sa peur sous une audace feinte. Oui, oui, ne souffrons point qu'on nous croie un oison Si je ne suis hardi tâchons de le paraître.
Faisons-nous du cœur par raison :
Il est seul , comme moi, je suis fort , j'ai bon maître , Et voilà notre maison.
( Amphitryon- )
Je hais de tout mon cœur les esprits colériques , Et porte grand amour aux hommes pacifiques. Je ne suis point battant de peur d'être battu, Et l'humeur débonnaire est ma grande vertu.
( Sganarelle. )
Tu triomphes de l'avantage Que te donne sur moi mon manque de courage
Et ce n'est pas en user bien.
C'est pure fanfaronnerie De vouloir profiter de la poltronnerie
De ceux qu'attaque notre bras.
Battre un homme à jeu sûr n'est pas d'une belle âme ;
Et le cœur est digne de blâme
Contre les gens qui n'en ont pas.
( Amphitryon.) PORTRAIT.
Je ne suis pas comme ces femmes qui veulent, en se faisant peindre, des portraits qui ne sont point elles, et ne sont point satisfaites du peintre s'il ne les fait toujours plus belles qu'elles ne sont. Il faudrait , pour les contenter, ne faire qu'un portrait pour toutes ; car toutes demandent les mêmes choses : un teint tout de lis et de roses , un nez bien fait, une petite bouche, de grands yeux vifs, bien fendus , et surtout le visage pas plus gros que le poing , l'eussent-elles d'un pied de large. Pour moi, je vous demande un portrait qui soit moi , et qui n'oblige point à demander qui c'est.
( Le Sicilien. ) POURSUITES JUDICIAIRES.
Je sais des officiers de justice altérés ,
Qui sont pour de tels coups de vrais délibérés :
Dessus l'avide espoir de quelque paraguante, Il n'est rien que leur art aveuglément ne tente ; Et du plus innocent, toujours à leur profit, La bourse est criminelle et paye son délit.
( L'Etourdi. ) PROBITÉ.
. . . N'ayez point ces délicates craintes , Qui d'un juste héritier peuvent causer les plaintes. Souffrez , sans vous vouloir embarrasser de rien, Qu'il soit, à ses périls, possesseur de son bien ; Et songez qu'il vaut mieux encor qu'il en mésuse , Que si de l'en frustrer il faut qu'on vous accuse.
( Tartufe. ) PROCÈS.
La procès il faut rien , il coûter tant t'archant ! La procurer larron , l'avocat pien méchant-