COMBAT
Une vieille passait et ne songeait à rien,
Alors qu'une autre vieille assez défigurée,
L'ayant de près au nez longtemps considérée,
Par un bruit enroué de mots injurieux
A donné le signal d'un combat furieux ,
Qui pour armes pourtant , mousquets, dagues ou flèches ,
Ne faisait voir en l'air que quatre griffes sèches,
Dont ces deux combattants s'efforçaient d'arracher
Ce peu que sur leurs os les ans laissent de chair.
On n entend que les mots : chienne, louve , bagasse.
D'abord leurs escortions ont volé par la place,
Et laissant voir à nu deux têtes sans cheveux ,
Ont rendu le combat risiblement affreux.
( L'Elourdi. ) COMÉDIE.
L'emploi de la comédie est de corriger les vices des hommes.
( Tartufe. )
La tragédie, sans doute, est quelque chose de beau quand elle est bien touchée ; mais la comédie a ses charmes , et je tiens que l'une n'est pas moins difficile que l'autre.
— Assurément, et quand , pour la difficulté, vous met-
triez un peu plus du côté de la comédie, peut-être que vous ne vous abuseriez pas : car enfin il est bien plus aisé de se guinder sur de grands sentiments , de braver en vers la fortune, accuser les destins, et dire des iniures aux dieux, que d'entrer comme il faut dans le ridicule des hommes, et rendre agréablement sur le théâtre les défauts de tout le monde. Lorsque vous peignez des héros , vous faites ce que vous voulez ; ce sont des portraits à plaisir où I on ne cherche point de ressemblance, et vous n'avez qu'à suivre les traits d'une imagination qui se donne l'essor, et qui souvent laisse le vrai pour attraper le merveilleux. Mais lorsque vous peignez les hommes, il faut peindre d'après nature ; on veut que les portraits ressemblent ; et vous n'avez rien fait, si vous n'y faites reconnaître les gens de votre siècle. En un mot , dans les pièces sérieuses, il suffit, pour n'être point blâmé , de dire des choses qui soient de bon sens et bien écrites ; mais ce n'est pas assez dans les autres , il y faut plaisanter ; et c'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens.
( Critique de l'Ecole des femmes. )
Il y a eu des temps où la comédie s'est corrompue. Et qu'est-ce que dans le monde on ne corrompt point tous les jours?
( Préface de Tartufe. )
Il y a des esprits dont la délicatesse ne peut souffrir aucune comédie ; qui disent que les plus honnêtes sont les
plus dangereuses : que les passions que l'on y dépeint sont d'autant plus touchantes quelles sont pleines de vertu , et que les âmes sont attendries par ces sortes de représentations.
Quel grand crime est-ce que de s'attendrir à la vue d'une passion honnête?
( Idem. )