‹ Dictionnaire de morale et de littératureChapitre 77 sur 137 · MAL .MARIE · texte numérisé non relu

MAL .MARIE

Lorsqu'on a, comme moi, épousé une méchante femme, le meilleur parti qu'on puisse prendre, c'est de s'aller jeter dans leau la tête la première.

( George Daudin. ) MARI.

Elle est ma femme, et je suis son mari.

Oui , son mari , vous dis-je , et mari trés-marri.

( Sganarelle. )

Voilà de nus maris le procédé commun ; Ce qui leur est permis leur devient importun

Dans les commencements ce sont toutes merveilles ; Ils témoignent pour nous des ardeurs nonpareilles : Mais les traîtres bientôt se lassent de nos feux , Et portent autre part ce qu'ils doivent chez eux. Âh! que j'ai de dépit que la loi n'autorise A changer de mari comme on fait de chemise : Cela serait commode ; et j'en sais telle ici Qui, comme moi, ma foi, le voudrait bien aussi.

( Idem. )

Ces gens avant l'hymen si fâcheux et critiques, Dégénèrent souvent en maris pacifiques.

( Le Dépit amoureux. )

Mon dessein n est pas de renoncer au monde et de nïenterrer toute vive dans un mari. Comment, parce qu'un homme s'avise de nous épouser, il faut d'abord que toutes choses soient finies pour nous, et que nous rompions tout commerce avec les vivants ! C'est une chose merveilleuse que cette tyrannie de messieurs les maris; et je les trouve bons de vouloir qu'on soit morte à tous les divertissements et qu'on ne vive que pour eux !

(George Dandin.)

On rencontre souvent de ces maris fâcheux Qui jamais sans gronder ne reviennent chez eux .

De ces brutaux fieffés, qui, sans raison ni suite, De leurs femmes en tout contrôlent la conduite , Et du nom de maris fièrement se parants , Leur rompent en visière aux yeux des soupirants.

( L'Ecole des maris. )

Un mari est un emplâtre qui garit tous les maux des filles.

( Le Médecin malgré lui. )

... Ce n'est pas partout un moyen de plaire , Que la figure d'un mari.

( Amphitryon. ) MARI FAIBLE.

N'avez-vous point de honte , avec votre mollesse ? Et se peut-il qu'un homme ait assez de faiblesse Pour laisser à sa femme un pouvoir absolu , Et n'oser attaquer ce qu'elle a résolu ?

Allez, c'est se moquer; votre femme, entre nous, Est par vos lâchetés ; souveraine sur vous Son pouvoir n'est fondé que sur votre faiblesse ; C'est de vous qu'elle prend le titre de maîtresse ; Vous-même à ses hauteurs vous vous abandonnez , Et vous faites mener en bête par le nez.

Quoi vous ne pouvez pas , voyant comme on vous nomme

Vous résoudre une fois à vouloir être un homme ,

A faire condescendre une femme à vos vœux ,

Et prendre assez de cœur pour dire un je le veux ?

Allez , encore un coup , c'est une moquerie,

Et votre lâcheté mérite qu on en rie.

( Les Femmes savantes.)

C'est souffrir trop longtemps ;

Et je m'en vais être homme , à la barbe des gens.

( Idem. ) MARIAGE.

Si notre esprit n'est pas sage à toutes les heures ,

Les plus courtes erreurs sont toujours les meilleures.

Quand on ne prend en dot que la seule beauté ,

Le remords est bien près de la solennité ;

Et la plus belle femme a trés-peu de défense

Contre cette tiédeur qui suit la jouissance.

Je vous le dis encor, ces bouillants mouvements,

Ces ardeurs de jeunesse et ces emportements

Nous font trouver d'abord quelques nuits agréables ;

Mais ces félicités ne sont guère durables ,

Et notre passion, alentissant son cours ,

Après ces bonnes nuits , donne de mauvais jours :

De là viennent les soins , les soucis , les misères ,

Les fils déshérités par le courroux des pères.

A des offres d'hymen répondre par des larmes ,

Et tarder tant à dire un oui si plein de charmes !

Hélas ! que ne veut-on aussi me marier !

Ce ne serait pas moi qui se ferais prier ;

Et loin qu'un pareil oui me donnât de la peine ,

Croyez que j'en dirais bien vite une douzaine.

Le précepteur qui fait répéter la leçon

A votre jeune frère , a fort bonne raison

Lorsque, nous discourant des choses de la terre ,

Il dit que la femelle est ainsi que le lierre ,

Oui croît beau tant qu'à l'arbre il se tient bien serré ,

Et ne profite point s'il en est séparé.

Il n'est rien de plus vrai, ma très-chère maîtresse,

Et je l'éprouve en moi , chétive pécheresse.

Le bon Dieu fasse paix à mon pauvre Martin !

Mais j'avais , lui vivant , le teint d'un chérubin ,

L'embonpoint merveilleux, l'œil gai, l'âme contente;

Et maintenant je suis ma commère dolente.

Pendant cet heureux temps passé comme un éclair,

Je me couchais sans feu dans le fort de l'hiver;

Sécher même les draps me semblait ridicule :

Et je tremble à présent dedans la canicule.

Enfin il n'est rien tel, madame, croyez-moi,

Que d'avoir un mari la nuit auprès de soi ,

Ne fût-ce que pour l'heur d'avoir qui vous salue

D'un , Dieu vous soit en aide , alors qu on éternue.

( Sgan.. relie. )

Le mariage , Agnès , n'est pas un badinage :

A d'austères devoirs le rang de femme engage s

Et vous n'y montez pas , à ce que je prétends ;

Pour être libertine , et prendre du bon temps.

Votre sexe n'est là que pour la dépendance :

Du côté de la barbe est la toute-puissance.

Bien qu'on soit deux moitiés de la société ,

Ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité :

L'une est moitié suprême, et l'autre subalterne ;

L'une en tout est soumise à lautre qui gouverne ;

Et ce que le soldat dans son devoir instruit

Montre d'obéissance au chef qui le conduit,

Le valet à son maître , un enfant à son père ,

A son supérieur le moindre petit frère ,

N'approche point encor de la docilité,

Et de l'obéissance, et de l'humilité,

Et du profond respect où la femme doit être

Pour son mari, son chef, son seigneur et son maître.

Lorsqu'il jette sur elle un regard sérieux ,

Son devoir aussitôt est de baisser les yeux ,

Et de n'oser jamais le regarder en face ,

Que quand d'un doux regard il lui veut faire grâce.

( L'Ecole des femme?. )

Chez vous le mariage est fâcheux et pénible ; Et vos discours en font une image terrible ; Mais, las! il le fait, lui, si rempli de plaisirs, Que de se marier il donne des désirs.

( Idem. )

C'est une chose étrange qu'une petite cérémonie soit capable de nous ôter toutes nos belles qualités, et qu'un mari et un galant regardent la même personne avec des yeux si différents !

( L'Impromptu de Versailles.)

J'ai toujours ouï-dire qu'en mariage contentement passe richesse. Les pères et les mères ont cette maudite coutume de demander toujours : qu'a-t-il? et qu'a-t-elle ? et le compère Piarre a marié sa fille Simonette au gros Thomas pour un quarquié de vaigne qu'il avait davantage que le jeune Robin , où elle avait bouté son amiquié ; et vlà que la pauvre criature en est devenue jaune comme eun coing, et n'a point profité du tout depuis ce temps-là. On n'a que son plaisir en ce monde, et j'aimerais mieux bailler à ma fille eun bon mari qui li fût agriable , que toutes les rentes de la Biausse.

( Le Médecin malgré lui. )

A-t-on jamais rien vu de plus tyrannique que cette coutume où l'on veut assujettir les pères? rien de plus impertinent et de plus ridicule que d'amasser du bien avec de grands travaux, et d'élever une fille avec beaucoup de soins et de tendresse , pour se dépouiller de l'un et de 1 autre entre les mains d'un homme qui ne nous touche de rien ? non , non ; je me moque de cet usage , et je veux garder mon bien et ma fille pour moi.

( L'Amour médecin. )

Il faut des deux parts bien des qualités pour vivre heureusement ensemble ; et les deux plus raisonnables personnes du monde ont souvent peine à composer une union dont ils soient satisfaits.

( Le Bourgeois gentilhomme. )

Il vaut mieux encore être marié qu'être mort.

( Les Fourberies de Scapin. )

Chacun a son but en se mariant : il y en a d'aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents , et se mettre en état de faire tout ce qu'elles voudront ; il y en a d'autres qui font du mariage un commerce de pur intérêt ; qui ne se marient que pour gagner des douaires , que pour s'enrichir par la mort de ceux qu'elles épousent , et courent sans scrupule de mari en mari pour s'approprier leurs dépouilles. Ces personnes-là , à la vérité , n'y cherchent pas tant de façons , et regardent peu la personne.

( Le Malade imaginaire. )

Le mariage est une plus grande affaire qu'on ne peut croire ; il y va d'être heureux ou malheureux toute sa vie ; et un engagement qui doit durer jusqu'à la mort ne se doit jamais faire qu'avec de grandes précautions.

( L'Avare. )

Sa

Une grande inégalité d'âge, d'humeur et de sentiments , rend un mariage sujet à des accidents très-fàcheux.

( L'Avare. )

Un mariage ne saurait être heureux où l'inclination n'est pas Du côté de l'homme on ne doit point risquer l'affaire.

( Idem. )

Quinze ans de mariage épuisent les paroles ;

Et depuis un long temps nous nous sommes tout dit.

( Amphitryon. ) MARQUIS.

Il n'y a rien de si mince que toute la personne de ce petit marquis , et ce sont de ces mérites qui n'ont que la cape et l'épée.

( Le Misanthrope. )

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