‹ Dictionnaire de morale et de littératureChapitre 84 sur 137 · MOLIERE · texte numérisé non relu

MOLIERE

Voilà de quoi j'ouïs l'autre jour se plaindre Molière t il disait que rien ne lui donnait du déplaisir comme d'être accusé de regarder quelqu'un dans les portraits qu'il fait ; que son dessein est de peindre les mœurs sans vouloir toucher aux personnes , et que tous les personnages qu'il représente sont des personnages en l'air, et des fantômes proprement , qu il habille à sa fantaisie pour réjouir les spectateurs ; qu'il serait bien fâché d'y avoir jamais marqué qui que ce soit ; et que si quelque chose était capable de le dégoûter de faire des comédies, c'était les ressemblances qu'on y voulait toujours trouver, et dont ses ennemis tâchaient malicieusement d'appuyer la pensée pour lui rendre de mauvais offices auprès de certaines personnes à qui il n'a jamais pensé.

- Crois-tu pas que ton Molière est épuisé maintenant, et qu'il ne trouvera plus de matière pour.... ?

— Hé ! mon pauvre marquis , nous lui en fournirons toujours assez ; et nous ne prenons guère le chemin de nous rendre sages, pour tout ce qu'il fait et tout ce qu'il dit. Crois-tu qu'il ait épuisé dans ses comédies tout le ridicule des hommes? Eh! sans sortir de la cour, n'a-t-il pas encore vingt caractères de gens où il n'a point touché? N'a-

t-il pas, par exemple, ceux qui se font les plus grandes amitiés du monde, et qui, le dos tourné, font galanterie de se déchirer lun l'autre? N'a-t-il pas ces adulateurs à outrance , ces flatteurs insipides qui n'assaisonnent d'aucun sel les louanges qu'ils donnent, et dont toutes les flatteries ont une douceur fade qui fait mal au cœur à ceux qui les écoutent? N'a-t-il pas ces lâches courtisans de la faveur, ces perfides adorateurs de la fortune , qui vous encensent dans la prospérité et vous accablent dans la disgrâce? N'a-t-il pas ceux qui sont toujours mécontents de la cour, ces suivants inutiles , ces incommodes assidus , ces sens, dis-je, qui, pour services, ne peuvent compter que des importunités, et qui veulent qu'on les récompense d'avoir obsédé le prince dix ans durant? N'a-t-il pas ceux qui caressent également tout le monde, qui promènent leurs civilités à droite et à gauche, et courent à tous ceux qu'ils voient avec les mêmes embrassades et les mêmes protestations d'amitiés? « Monsieur, votre trés-humble serviteur . Monsieur, je suis tout à votre service. Tenez-moi des vôtres, mon cher. Faites état de moi, monsieur, comme du plus chaud de vos amis. Monsieur, je suis ravi de vous embrasser. Ah : monsieur, je ne vous voyais pas. Faites-moi la grâce de m employer : soyez persuadé que je suis entièrement à vous. Vous êtes l'homme du monde que je révère le plus. Il n'y a personne que j'honore à l'égal de vous. Je vous conjure de le croire. Je vous supplie de n'en point douter. Serviteur, très-humble valet. » Va , va, marquis, Molière aura toujours plus de sujets qu'il n'en voudra; et tout ce qu'il a touché ;usqu'ici n est rien que bagatelle au prix de ce qui reste.

On va le dauber, lui et toutes ses comédies , de la belle manière; et les comédiens et les auteurs, depuis le cèdre jusqu'à l'hysopc , sont diablement animés contre lui.

Point de quartier à ce contrefaiseur de gens. Il faudra que ton Molière se cache.

( L'Impromptu fie Versailles. )

C'est un bon impertinent que votre Molière avec ses comédies; et je le trouve bien plaisant d'aller jouer d honnêtes gens comme les médecins :

C'est bien à lui à faire de se mêler de contrôler la médecine ! Voilà un bon nigaud , un bon impertinent, de se moquer des consultations et des ordonnances, de s'attaquer au corps des médecins, et daller mettre sur son théâtre des personnes vénérables comme ces messieurs-là !

Si j'étais que des médecins , je me vengerais de son impertinence ; et quand il sera malade , je le laisserais mourir sans secours. 11 aurait beau faire et beau dire, je ne lui ordonnerais pas la moindre petite saignée, le moindre petit lavement; et je lui dirais: Crève, crève; cela t apprendra une autre fois à te jouer à la faculté.

( L.e Malade imaginaire. )

MO:VDE (LE).

Le monde , chère Agnès , est une étrange chose ! Voyez la médisance , et comme chacun cause !

( L'Kcole des femmes. ) MORT.

On n'a point pour la mort de dispense de Rome-

. . . Sans leur dire gare, elle abat les humains, Et contre eux de tout temps a de mauvais desseins.

... Ce fier animal , pour toutes les prières

Ne perdrait pas un coup de ses dents meurtrières.

( L'Etourdi. )

La mort est un remède à trouver quand on veut, Et l'on s'en doit servir le plus tard que Ion peut.

( Le Dépit amoureux.)

Il est si doux de vivre !

On ne meurt qu'une fois ; et c'est pour si longtemps '.

Aller en 1 autre monde est très-grande sottise , Tant que dans celui-ci l'on peut être de mise.

( Sganarelle. )

Ah! l'étrange chose que la vie! et que je puis bien dire, avec ce grand philosophe de l'antiquité , que qui terre a guerre a , et qu'un malheur ne vient jamais sans 1 autre ! Je n'avais qu'une femme qui est morte. Elle est morte , cette perte m'est trés-sensible, et je ne puis m en ressouvenir sans pleurer. Je n'étais pas fort satisfait de sa conduite, et nous avions le plus souvent dispute ensemble: mais cnûn la mort rajuste toutes choses. Elle est morte , je la pleure. Si elle était en vie nous nous querellerions.

( L'Amour médecin. ) MUETTE.

Elle est devenue muette, sans que jusqu'ici on en ait pu savoir la cause ; et c'est un accident qui a fait reculer son mariage.

— Qui est ce sot là , qui ne veut pas que sa femme soit muette? Plût à Dieu que la mienne eût cette maladie! je me garderais bien de la vouloir guérir.

( Le Médecin malgré lui. )

Monsieur, je vous prie de la faire redevenir muette.

— C'est une chose qui m'est impossible. Tout ce que je puis faire pour votre service , est de vous rendre sourd, si vous voulez.

( Le Médecin malgré lui. ) MUSIQUE.

Cet homme assurément n'aime pas la musique.

( Amphitryon. ) MYSTÉRIEUX (LE).

C'est , de la tête aux pieds , un homme tout mystère , Qui vous jette , en passant , un coup d'œil égaré, Et, sans aucune affaire , est toujours affairé. Tout ce qu'il vous débite en grimaces abonde ; A force de façons il assomme le monde ; Sans cesse il a tout bas , pour rompre l'entretien, Un secret à vous dire , et ce secret n'est rien ; De la moindre vétille il fait une merveille , Et , jusques au bonjour, il dit tout à l'oreille.

(Le Misanthrope.)

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