FIN
Le lecteur a pu juger par luimême si nous avions trop annoncé dans notre introduction, et si l'accusation que nous avons portée contre les jésuites était dénuée de fondement. D!autres écrivains ont assez fait connaître leur conduite ^ ce sont leurs principes que nous a-* vons voulu dévoiler. Est-il un honnête homme, à quelque parti qu'il appartienne, qui ne soit pénétré d'horreur , en voyant jusqu'à quel point d'immoralité le sophisme peut conduire? est- il un citoyen qui ne frémisse de crainte en son-
géant que leducation de son fils peut tomber entre les mains des héritiers d'Escobar et de Tambourini? Nous l'avouons, avantde publier ce recueil, nous avons hésité quelques instans dans le doute de voir suspecter nos intentions, et dans la peur de nous rendre complices de ceux dont nous exhumions les monstrueuses doctrines. Mais grâces aux progrès de la raison humaine, ce qui était dangereux autrefois n'est plus aujourd'hui que ridicule, et comme nous avons eu l'attention de ne rapporter que des propositions dans lesquelles l'impudence de leurs auteurs égale leur malice, nous ne croyons pas que nos adversaires puissent employer contre nous ce détour assez, ingénieux..
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D'ailleurs nous n'avons fait nousmêmes qu'imiter et abréger le travail fait sur lesouvrages des jésuites, par des commissaires du parlement; ce travail vérifié par le parlement entier, qui en a présenté les résultats au roi, a été publié par son ordre. On y trouve les propositions enseignées depuis 1590 jusqu'en 1752 : en voici le résumé.
Surleprobabilisme : par cinquante-quatre auteurs jésuites, depuis Henriquez, en 1600 jusqu'à la reimpression de Busembaum en
Par quarante-deux sur le péché philosophique,' l'ignorance invincible et la conscience erronée , depuis de Salas, eh 1607, jusqu'aux jésuites de Caen, en 1761.
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Par quinze sur la simonie et confidence depuis Emmanuel Sa en 1590, jusqu'à Trachala en 1 759.
Par trente-huit sur l'irréligion , depuis de Salas en 1607, jusqu'à Trachala en 1769.
Par dix-huit sur l'impudicité , depuis Sa jusqu'à Trachala.
Par trente sur le parjure, la fausseté et le faux témoignage, depuis Sa et Tollet 1590, jusqu'à Reuteret Antoine en 176K
Par trente-cinq sur la compensation occulte et le recélé , depuis Sa et Tollet, 1590, jusqu'à Trachala et Antoine en 1761.
Par trente-sept sur l'homicide depuis Sa et Henriquez , 1600 jusqu'à Tambourini et Antoine, 1 761 .
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Par soixante<-et-douze sur le crime de lèze-majesté et régicide, depuis Sa , Delrio , et Philopater en i5g3, jusqu'à Busembauin et Lacroix, en 1729, et jusqu'à Malagrida , Matos et Alexandre, en 1759.
Il faut compter en outre plus de deux cents qui favorisent le blasphème, le sacrilège, la prévarication des juges, le parricide et le suicide , les fauteurs de l'idolâtrie en Chine et aux Indes qui résistèrent avec la plus grande opiniâtreté aux plaintes des autres missionnaires et aux condamnations renouvelées par les papes pendant plus d'un siècle.
Le tout forme un catalogue de près de quatre cents ouvrages im-
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primés avec l'approbation du provincial, après l'examen et l'approbation de plusieurs théologiens, et le consentement du général. Ces supérieurs et ces théologiens sont une foule de témoins qui déposent eux-mêmes delà doctrine du corps:
ils établissent et fortifient une tradition de doctrines suivie et non interrompue. Elle commence au généralat d'Aquaviva, qui a approuvé ou fait approuver ces livres; elle continue par les approbations du général Witeleschi et du générai Caraffe; elle s'est perpétuée par l'approbation des généraux Gesuin , Michel , Picolomiui , Oliva , Tarn** bourini, Retz, Noyelle, enfin par dix généraux jusqu'à Ricci, qui oc T cupait ce poste au moment où la
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société se vit chasser de France par lin arrrêt qui exile ses membres à perpétuité.
Ces ouvrages ont été préconisés par les jésuites qui ont écrit l'histoire de leur ordre, ou les catalogues des ouvrages de leurs confrères. Ils ont été loués successivement en différens lieux, et suivant les occasions, dans les journaux rédigés par les jésuites.
Parmi ces écrivains on remarque surtout ceux qui sont le plus accrédités dans leur ordre et qui ont le plus de réputation. On y trouvé des Italiens , des Espagnols , des Flamands, des Portugais, des Allemands, et des Français en assez grand nombre.
Les extraits faits par le parle-
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ment n'ont pas été tirés de livres anciens ou vieillis dans les bibliotbèques , mais de livres nouveaux ou réimprimés sans cesse, répandus avec profusion. Le seul Busembaum a été imprimé cinquantedeux fois, et il doit y en avoir eu plus de dix mille exemplaires; enfin en suivant un calcul aussi modéré que le précédent , on évalue encore les ouvrages de la société à dix-huit cent mille volumes! Que Ton se
reporte aux temps où ces ouvrages ont été publiés, et que l'on juge de l'effet qu'ils ont dû produire sur les mœurs d'une foule crédule, ignorante, fanatique, et follement éprise de subtilités théologiques.
On aura alors une idée du mal que les jésuites ont dû causer à la na-
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tion. Poissent-ils ne pas îui en faire davantage, ne pas renouveler les horreurs et les persécutions dont ils ont effrayé les siècles précédens! -
Pour nous, nous croyons' ne pouvoir mieux terminer ce petit volume, qu'en rappelant ici ce que La- Chalotais, procureur du roi au parlement de Bretagne , disait au roi , en achevant un compte rendu
des constitutions des jésuites.
Sire ,
Vous savez que votre autorité vient de Dieu. Fils aîné de l'église , vous respecterez celui qui en est le chef visible sur la terre, mais vous ne souffrirez pas que la digui-
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té royale* dont Dieu vous a revêtu, soit dégradée , et vous maintiendrez avec la même fermeté que vos pères l'indépendance de votre couronne, qui ne reconnaît point de supérieur dans l'univers.
Vous fere respecter la religion, vous bannirez de votre royaume l'impiété qui l'attaque, et le fanatisme qui la déshonore; vous vous opposerez à l'ignorance et à la superstition , vous en arrêterez les?
progrès , vous en préviendrez les suites funestes.
Les rois, sire, sont plus intéressés qu'aucun de leurs sujets à détruire le fanatisme, qui ne respecte* rien : il attaque les têtes les plus élevées, ce sont là ses plus illustres victimes.
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Il n'y a que les sciences et les bonnes études qui puissent arracher le bandeau de l'ignorance et de la superstition, qui sont les véritables sources du fanatisme ; car il n'y a que la lumière qui puisse chasser les ténèbres.
Réformez, sire, l'éducation de la jeunesse dans tous les collèges de votre royaumes elle est vicieuse et barbare, surtout dans les collée ges de la société. Tous les gens sensés et instruits en conviennent.
Je ne crains pas d'être démenti par aucun de ceux qui illustrent les lettres. Ajoutez au bonheur du meilleur des peuples, l'avantage d'avoir la meilleure institution.
Protégez les lettres et les sciences; elles font la gloire et le bonheur
des royaumes, et l'honneur des règnes.
Protégez les savans, mais n'attendez rien d'utile ni de solide de ceux qui ne seraient pas pénétrés des maximes de votre état et de votre église ; ces maximes devraient être celles de tous les états, de toutes les églises du monde, puisqu'elles sont fondées sur la raison et sur le droit naturel, sur celui des gens, sur l'Ecriture et la tradition. Laisserez-vous à votre nation, pour maîtres et pour précepteurs, des hommes qui ont des principes et des intérêts différens des vôtres et de ceux de votre nation , des hommes qui par état ne peuvent vous faire serment de fidélité?
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Gomment éleveraient-ils la jeunesse dans l'obéissance qui vous est due tant qu'ils penseront que vous devez vous-même dans le temporel , obéissance à un autre ; si sans combattre ouvertement nos maximes, ils les regardent comme des opinions d'école, qu'on peut soutenir en France , et qu'on doit combattre en Italie.
Donnez, sire, à cette fleur de votre noblesse , qui vous sert si glorieusement et si fidèlement dans vos armées et vos parlemens, à l'espérance précieuse de la nation qui doit vous servir un jour, vous, vos enfans , et vos petits-enfans , donnez des instituteurs qui soient attachés à votre majesté et
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à l'état par devoir, par principe, et par religion.
V. M. a dans ses universités et dans ses académies des hommes d'un mérite et d'une capacité distingués; ils sont Français de naissance et d'inclination , ils le sont par principes, ils sont instruits et convaincus des maximes de votre état.
Ordonnez -leur de dresser un plan d'éducation pour tous les âges et pour toutes les professions, et de faire des livres élémentaires pour remplir ce plan. Vous en protégerez l'édition , et vous les ferez enseigner dans tous les collèges par les maîtres que vous jugerez clignes de ces fonctions et de votre choix.
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Vous ajouterez, sire, à la gloire de votre auguste bisaïeul, qui a fait fleurir les sciences et les arts, celle de les éterniser dans le royaume.
Le bien-aimé de la nation erf sera le bienfaiteur dans la suite des génér rations; et on comptera désormais le renouvellement des sciences sous le règne de Louis XV comme après la barbarie on l'a compté de celui de François I er . I
Faites exécuter dans tous les pays, terres et seigneuries de votre obéissance, ledit de 1682 (1), donné sur la déclaration du clergé de votre royaume.
(1) La lettre insérée dans la Quotidienne, et avouée par l'évéque de Toulouse , qui a causé le procès intenté a cette feuille , est relative à cetta déclaration.
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Ordonnez qu'aucun ecclésiastique séculier et régulier , notamment ceux de la société de Jésus , ne soit promu aux ordres sans avoir signé cette déclaration , monument éternel de la fidélité de •votre clergé : elle contribuera peut-être autant que les armes à l'affermissement de l'état.