‹ Dictionnaire de musique de Hugo RiemannChapitre 185 sur 542 · HAENDEL · texte numérisé non relu

HAENDEL

obtenir son avancement jusqu'au titre de chambellan et de « Leibchirurg » du prince de Saxe et de l'Electeur de Brandebourg ; il avait soixante-trois ans passés, lorsqu'il épousa la fille du pasteur Faust, Dorothée de Giebichenstein. Les remarquables dispositions de H. pour la musique se montrèrent très tôt, mais se buttèrent contre la résistance du père qui ne se laissa vaincre que le jour où le duc de Saxe- Weissenfels s'en mêla, après avoir entendu le jeune garçon de huit ans jouer de l'orgue. H. reçut alors des leçons suivies de l'organiste F.-W. Zachau et, en 1696, son père se vit en mesure d'entreprendre avec le petit compositeur de onze ans un voyage à Berlin, où il le présenta à la cour. Giovanni Bononcini et Attilio Ariosti furent émerveillés de son habileté à improviser et à réaliser la basse chiffrée. Le prince électeur (devenu plus tard le roi Frédéric Ier) offrit de se charger des frais de l'éducation musicale du jeune H., en Italie, mais son père préféra le garder auprès de lui, dans l'intention de lui faire étudier le droit en même temps que la musique. Mais l'année suivante déjà (1697), H. eut le chagrin de perdre son père ; il tint à respecter le vœu du défunt et se fit inscrire en 1702, comme stud. jur., à l'Université de sa ville natale, où il fut également nommé pour une année organiste de l'église réformée du Château. Ce poste lui était offert comme une sorte de compensation aux services désintéressés qu'il avait rendus en remplaçant auparavant l'organiste Leporin, adonné à la boisson et qui finalement avait été destitué. Une fois l'année écoulée, H. sentit le besoin de se rendre dans une ville plus importante; il choisit Hambourg qui était alors le premier centre musical de l'Allemagne et où, le 2 janv. 1678, une entreprise stable d'opéra allemand avait été inaugurée par l'exécution de « Adam und Eva », de Theile (le tout premier opéra allemand, si l'on fait abstraction de « Daphne », de H. Schùtz et de « Seelewig », de Staden). Il est vrai qu'au moment où H. arriva à Hambourg (1703) l'entreprise d'opéra dégénérait déjà au point de vue artistique, car justement Keiser (v. ce nom), qui avait été jusqu'alors le plus fécond et le plus remarquable compositeur scénique de Hambourg, venait de s'associer aux entrepreneurs et faisait des concessions de plus en plus grandes au goût déplorable de la foule; mais Hambourg n'en jouissait pas moins d'une très grande renommée. H. n'avait nullement l'intention de chercher un maître dans cette ville, il y trouva cependant bientôt un conseiller sûr et bienveillant, en la personne de Mattheson qui ne tarda pas à reconnaître son génie. L'amitié des deux musiciens eut une brusque fin, H. ayant un jour froissé l'orgueil excessif de Mattheson ; un duel s'en suivit, dans lequel H. faillit être tué. Le jeune maître écrivit pour Hambourg quatre opéras allemands mais pourvus, suivant la mode du temps, d'intermèdes italiens : Almira (1705 ; repris en 1878, à Hambourg, par Fuchs), Nero (1705), Daphne (1708) et Florindo

(1708); les partitions des trois derniers ont disparu. Ce fut « Almira » qui remporta le meilleur succès, mais Keiser, jaloux de son rival, mit en musique les deux textes de « Almira » et de «Nero», après les avoir légèrement transformés, et supprima du répertoire les ouvrages de H. Keiser avait fait faillite en 1706, et ce fut son successeur, Saurbrey, qui commanda à H. « Daphne » et « Florindo » (les deux ne devaient primitivement former qu'une seule œuvre, ils furent détachés à cause de la longueur excessive de l'ouvrage) ; l'auteur était depuis longtemps en Italie lorsqu'ils furent représentés. C'est au début de 1707 que, sur l'invitation spéciale du prince Giovanni Gaston de Médicis qui avait assisté à la représentation de «Almira », H. alla visiter la véritable patrie de l'opéra ; son séjour en Italie dura trois années. Il se rendit d'abord à Florence, puis à Rome (d'avril à juillet), et de nouveau à Florence où il monta un opéra, Rodrigo (avec la Tesi comme prima donna); à Venise, où il se trouvait les premiers jours de

1708, il donna son deuxième opéra italien : Agrippina. Le prince Ernest- Auguste de Hanovre avait alors une loge à l'Opéra de Venise, en sorte que H. entra en relation avec plusieurs Hanovriens et Anglais, personnages influents de sa suite. De Venise, notre musicien retourna à Rome où il reçut un excellent accueil: il fréquenta l'Académie des Arcadiens, logea chez le marquis Ruspoli (prince Cerveteri) et put faire exécuter deux oratorios de sa composition : La resurrezione et II trionfo del tempo e del disinganno (le premier à l'«Arcadia », l'autre chez le cardinal Ottoboni). Tandis qu'à Venise il avait fait la connaissance d'Ant. Lotti, H. se lia d'amitié, à Rome, avec les deux Scarlatti et Corelli. Il accompagna même les Scarlatti à Naples,en juil.1708, et y resta jusqu'à l'automne

1709, s'appropriant à merveille le style des cantates d'A. Scarlatti. Sur son voyage de retour, H. s'arrêta encore à Venise, pour le carnaval de 1710, y renouvela les connaissances qu'il avait faites auparavant, puis partit pour Hanovre en compagnie de l'abbé Steffani. Celui-ci pria le prince-électeur d'accepter sa démission du poste de maître de chapelle de la cour et lui proposa en même temps de prendre H. pour son successeur. H. fut immédiatement nommé, mais demanda, avant d'entrer en fonctions, un congé pour se rendre en Angleterre, où il arriva encore en 1710, après avoir rendu visite à sa famille, à Halle. L'opéra national qui avait fleuri passagèrement à Londres, sous Purcell (m. en 1695) n'avait pas tardé à céder le pas à l'opéra italien. H., déjà célèbre en Italie, fut accueilli avec une réelle faveur, qui devint de l'enthousiasme à la suite de la représentation de son opéra Rinaldo, écrit (ou plutôt formé d'une série d'airs antérieurs) en quinze jours. Le devoir rappela le jeune maître à Hanovre, au printemps de 1711 ; il y écrivit quelques duos de chambre à la façon de Steffani et quelques concertos de hautbois. Mais au nouvel-an 1712, il était de nouveau en route pour Londres. Le premier opéra qu'il donna cette fois, Il pastor

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