MORALES
qu'ils fussent. Dans le domaine de la musique scénique, M. a des mérites d'un tout autre genre, et, de plus, incontestablement originaux. La renommée du stilo rappresentativo des Florentins (y. Caccini et Péri) s'était rapidement répandue en Italie, et le duc Vincent Gonzague, de Mantoue, désira en suite de cela organiser une représentation théâtrale de ce genre, poulies cérémonies du mariage de son fils, en 1G07 ; Gagliano et M. furent chargés de la composition de la musique. Le premier essai de M., dans ce genre nouveau, réussit brillamment (un Orf'eo, dont le texte n'est pas de Rinuccini). L'année suivante (1608), il donna son Arianna (texte de Rinuccini ; une élégie d'Ariane nous a été conservée, sous le titre de « Complainte de Marie », en latin, dans la Selva, v. plus loin) el un ballet : Ballo délie ingrate. Et ce fut tout pour l'opéra, à Mantoue. Venise, où M. arriva, en 1618, n'avait alors encore point de théâtre pour l'opéra ; de plus, la position de M. comme maître de chapelle d'une église lui faisait un devoir d'écrire des œuvres de musique religieuse. Les années suivantes ne virent donc paraître de lui, en « Stilo rappresentativo », que : en 1624, Il combattimento di Tancredi e Clorinda, une pièce, mi-dramatique, mi-épique (avec un récitant [testo], qui relie diverses parties du dialogue), représentée chez le sénateur Mocenigo et imprimée dans le volume vin des madrigaux (1638) ; en 1627, cinq Intermezzi pour la Cour de Parme et enfin, en 1630, Proserpina rapita (texte de Strozzi), représentée aussi chez Mocenigo, pour les cérémonies du mariage de sa fille. Les ravages delà peste, en 1630, effacèrent trop tôt l'impression produite par Proserpina. Ce ne fut qu'en 1637 que l'on édifia le premier théâtre d'opéras (« di San Cassiano »), mais dès lors il s'en éleva à Venise seulement, une douzaine environ dans l'espace de soixante ans. Ces théâtres représentèrent, en plus à' Arianna, encore quatre opéras de M. : Adone (1639), Le nozze di Enea con Lavinia (1641), Il ritorno d'Ulisse inpatria (1641) et L'incoronazione di Poppea (1642). Nous n'avons conservé que deux de ces ouvrages : Orfeo (imprimé en 1609) et Ulisse (manuscrit, à la Ribliothèque de la Cour de Vienne; cf. GeschicJite der Musik de Ambros, IV, 363). — Si d'une partie drame musical des Florentins était sec et vide de sens, sorte de récitation monotone et continue, non sans analogie avec les parties de récit du chant grégorien, sur unmaigre accompagnement de basse chiffrée, d'autre part M. faisait vibrer des accents d'un sentiment plus chaud, faisait un usage très fréquent de Yarioso et attribuait une grande valeur aux instruments accompagnateurs du chant. M. a été le père de l'art de l'instrumentation. Il a, on le sait, inventé le trémolo des instruments à arch.l (dans le Combattimento di Tancredi, etc.): Orphée se lamente sur un accompagnement debassesde violes, etlecho-ur des esprits, soutenu par le jeu des petites flûtes • le l'orgue {organi di legno), répond au chant de Pluton renforcé par quatre trombones, etc.
Les œuvres de musique d'église qu'on a conservées de M. sont : une Messe à six voix avec chants de vêpres et motets (1610), Selva morale e spirituale (Messes, psaumes, hymnes, Magnificat, motets, Salve, et le Lamento déjà indiqué, de une à huit voix, avec violons, 1623), enfin des Messes à quatre voix et des psaumes de une à huit voix, avec des litanies de la Vierge (posthume, 1650). A l'énumération des madrigaux il faut encore ajouter les livres vi (madrigaux, à cinq voix et un dialogue à sept voix, 1614), vu (Il concerto, madrigaux de une à six voix et d'autres chants, 1619), et vin (Madrigali guerrieri c amorosi con alcuni opuscoli in génère rappresentativo, 1638). Enfin Giulio- CesareM., le frère du maître, a publié: Scherzi musicali a tre voci (1607), qui sont écrits dans le « style français » (c.-à-d. dans le style de chansons ; d'après le dire de son frère, dans la préface, M. alla en 1599 aux bains de Spa et en rapporta la connaissance de ce style). On a réédité plus tard quelques œuvres de M. : des madrigaux, Cruda Amarilli dans 1' « Esemplare » de Martini, les « Principes de composition » de Choron et la « Geschichte, etc., » de Kiesewetter ; Strazziami pure il core, dans les mêmes publications, dans 1' « Histoire » de Burney et dans 1' « Antologia » de la « Gazetta musicale » de Milan ; la plainte à* Arianna dans « Geschichte der àbendlândischen Musik » de Kiesewetter, dans « Gabrieli » de Winterfeld, etc. ; des fragments d'Orfeo dans « General history » deHawkinsetdeBurney, «Geschichte » de Kiesewetter, etc.; des psaumes dans la « Diphthérographie » de La Fage; puis quelques fragments dans les ouvrages de Martini, Choron, Winterfeld, Reissmann, Gevaert, et enfin Y Orfeo entier, avec basse chiffrée réalisée par R. Eitner (Publications de la « Gesellschaft fur Musikforschung », vol. x).
Moore, Thomas, célèbre poète, né à Dublin le 28 mai 1779, m. à Sloperton Cottage, près Devizes, le 25 févr. 1852 ; était aussi musicien de talent, quoique sans grandes connaissances. 11 a trouvé pour telles de ses romances des mélodies qui sont devenues populaires, et a de plus écrit quelques chants à plusieurs voix. V. à ce sujet le « Dictionary of music », de Grove.
Morales, Cristofano, éminent contrapontiste espagnol du xvie s., né à Séville, fut chanteur de la Chapelle pontificale à Rome, vers 1540 : il a publié deux livres de Messes (le premier sans date, à Paris, 2e éd. 1546; le second en 1544 et plusieurs fois depuis), des Magnificat à quatre voix (1541 et plusieurs fois depuis), deux livres de motets à quatre voix (1543 à 1546), des motets à cinq voix (1543), des lamentations de quatre à six voix (1564). Il existe en outre beaucoup de ses compositions dans diverses anthologies. Parmi les réimpressions, on trouve surtout, dans « Lira sacro-hispana » de Eslava, des motets et des fragments de Messes, puis différentes pièces dans 1' « Esemplare » de Martini, les « Principes de composition » de Choron, la « Sammlung » de Rochlitz, la « Musica divina » de Proske, etc.
MORALITES -
Moralités, y. mystères.
Moralt, les frères M., formèrent à Munich, au commencement de notre siècle, un célèbre quatuor d'instruments à archet : Joseph, (né à Schwetzingen, près Mannheim, le 5 août 1775, concertmeister à Munich, m. en 1828) jouait le premier violon, et Johann-Baptist (né à Mannheim le 10 janv. 1777, m. à Munich le 7 oct. 1825) le second violon (il a composé aussi des symphonies, des morceaux concertants et des duos pour deux violons, des quatuors, etc.) ; de deux jumeaux Jakob et Philipp, nés à Munich en 1780, le premier mourut déjà en 1803, mais Philipp, m. à Municlren 1829, tint le violoncelle dans le quatuor, et le cadet des frères, Georg, né à Munich en 1781, m. dans la même ville en 1818, l'alto dans cet excellent ensemble.
Moran-Olden, Fanny,, excellente cantatrice de théâtre (soprano dramatique d'une grande étendue, à l'aigu comme au grave), née à Oldenbourg le 28 sept. 1855, fille du conseiller supérieur de santé, Dr Tappehorn, réassit, après une longue lutte de ses parents contre ce désir, à se préparer à la carrière théâtrale ; elle fit son éducation musicale sous la direction de Haas, à Hanovre, et de Augusta Gœtze, à Dresde, puis débuta, en 1877, sous le pseudonyme de Fanny Olden, aux concerts du Gewandhaus à Leipzig et peu de mois après, dans le rôle de Norma, à l'Opéra de la Cour de Dresde. En automne 1878, elle signait à Francfort s/M. son premier engagement, tout de suite pour les premiers rôles. Elle épousa l'année suivante le ténor Karl Moran, puis en automne 1884, entra au Théâtre municipal, à Leipzig. Elle passa enfin, en 1893, à l'Opéra de la Cour, à Munich, mais se retira à la fin de 1895, et ne chanta plus dès lors qu'en représentations.
Mordant (ail. Mordent), ornement musical, syn. de pincé (v. ce mot).
More, Félicité, v. Pradher.
Morel, Auguste-François, compositeur, né à Marseille le 26 nov. 1809, m. à Paris le 22 avr. 1881 ; arriva à Paris en 1836 et se fit d'abord connaître comme compositeur de romances. Il lit aussi exécuter la musique pour la Fille d'Eschyle, d'Autran, au Théâtre de l'Odéon et un ballet au Théâtre de la Porte St-Martin ; mais, en 1850, il retourna à Marseille et devint en 1852, directeur du Conservatoire de cette ville. En 1860, le Grand-Théâtre donna de lui un opéra : Le jugement de Dieu, qui fut aussi représenté à Piouen avec succès. Mais M. excellait surtout dans le domaine de la musique de chambre (cinq quatuors et cinq quintettes pour instr. à archet et un trio avec piano) et fut honoré deux fois du prix Charrier (pour la musique de chambre) par l'Académie.
Morelli, Giacomo, bibliothécaire de l'église St-Marc, à Venise, où il est né le 14 avr. 1745 et m. le 5 mai 1819; abstraction faite de ses nombreuses publications de valeur, il mérite une place d'honneur dans chaque dictionnaire de musique, car il a publié les fragments longtemps oubliés de la Rhythmique d'Aristoxène, avec quelques autres trouvailles (1785).
MORLAGCHI
Morelot, Stéphen, savant connaisseur de musique d'église, né à Dijon le 12 janv. 1820, doyen de la faculté de droit de cette ville, fut l'un des rédacteurs de la Revue de la musique religieuse, populaire et classique, de Danjou, et fit en 1847, sur l'ordre du Ministère de l'instruction publique, un voyage d'études à travers l'Italie, dans l'intérêt de la réforme du chant d'église. Il a rassemblé alors des notes importantes dans les grandes bibliothèques, a fourni des renseignements de la plus haute valeur pour l'« Histoire de l'harmonie au moyen âge » de Coussemaker, et publié lui-même quelques écrits importants, tels que : De la musique au X Ve siècle (1856, avec reproduction de compositions de Dunstable, Binchois et Hayne) ,• Eléments d'harmonie appliqués à V accompagnement du plain- chant (1861), de nombreux articles dans la « Revue » de Danjou et dans le journal de musique d'église : « La Maîtrise », enfin une réalisation pratique de ses idées sur l'accompagnement du plain-chant : Manuel de psalmodie en faux-bourdons à 4 voix (1855).
Morendo (ital., en mourant), indication pour un diminuendo extrême, accompagné d'un léger ritardando.
Moresca (danse mauresque), aux xvi6 et xvne s., sorte de saltarelle ou de gigue d'un mouvement vif; YOrfeo de Monteverde se termine par une M. :
(continuant de même par une succession de deux rythmes de trois mesures, alternant avec un rythme de deux).
Moretti, Giovanni, né à Naples en 1807, m. à Ceglie, près Naples, en oct. 1884 ; élève de P. Casella et G. Elia, chef d'orchestre de théâtre, àNaples, et fécond compositeur d'opéras (vingtquatre opéras, de 1829 à 1860), a écrit aussi beaucoup de musique d'église (douze Messes, un Requiem, des litanies, etc.).
Morlacchi, Francesco, compositeur distingué, né à Pérouse le 14 juin 1784, m. à Innsbruck le 28 oct. 1841 ; reçut sa première éducation dans sa ville natale, sous la direction du maître de chapelle Caruso et de l'organiste Mazetti, puis quelque temps, à Naples, sous celle de Zingarelli, dont l'enseignement cependant ne lui était guère sympathique, en sorte qu'il se rendit à Bologne auprès du P. Mattei. Dans la même année encore, on donna au théâtre de Bologne une cantate de sa composition, pour la fête du couronnement de Napoléon comme roi d'Italie, puis diverses églises donnèrent bientôt des œuvres de lui (Te Deum, Pater noster). En 1807, M. débutait comme compositeur scénique par une opérette : Il poeta