‹ Dictionnaire de musique de Hugo RiemannChapitre 374 sur 542 · RAPPORTS · texte numérisé non relu

RAPPORTS

Proportio (lat., proportion), 1. Dans la musique proportionnelle, indication du mouvement au moyen des fractions f> |> f,|> ou inversement |, |, |, |, ou encore d'autres fractions. La p. déterminait ou bien la valeur des notes par rapport à celle des notes immédiatement antérieures (par ex. : \, placé à la suite de Yintec/ervalor [v. ce mot], indiquait un mouvement trois fois plus rapide que le précédent [trois brèves = une brève] ; J, au contraire, un mouvemenl trois fois plus lent [une brève = trois brèves), ou bien la valeur des notes d'une voix par rapport à celle des notes d'une autre voix simultanéeel pourvue du signe deVinte- (jer valor. Les proportions^ (p.dupla) et | {p. subsesquialtera) indiquaient en outre la mesure imparfaite (mensura imperfecta), la première pourlabrève, l'autre pour la semi brève; et, inversement, 2 (p.tripla)Qï\ {p. sesquialtera) la mesure parfaite {mensura perfecta) pour la même catégorie de noies. La (proportio) hemiolia (v. ce mot) avâil une importance toute spéciale : c. t'. aussi sesquialtera. — 2. (ail. Nachtan3).Nom que l'on donnait fréquemment,

dans les danses chantées du xv° et du xvie s à la seconde partie (secunda pars) de la danse, lorsque la première partie était en mesure binaire et la seconde, par contre, en mesure ter naire (p. sesquialtera.). La sesquialtera (v. ce mot) indiquait en même temps une accélération du mouvement, puisqu'elle conférait à trois minimes (blanches) la même valeur totale qu'à deux minimes dans le tempus imperfectum. Le plus souvent, la première partie de la danse était une ronde, la seconde une danse tournée.

Gf. SALTARELLO et GAILLARDE.

Proportionnelle, — Musique p. (ail. Mensuralmusik), nom qui convient en somme à toute musique dont la notation comporte des signes spéciaux pour indiquer la durée des sons, mais dont on fait usage en particulier pour désigner la musique datant de la période qui va, de l'invention de la notation proportion- 1 nelle (v. plus loin), jusqu'à l'adoption de la barre de mesure et la disparition des ligatures (v. ce mot). Le système de notation de cette période est caractérisé par le fait qu'une même note peut avoir plusieurs durées relatives très différentes, suivant la mesure (mensura) déterminée par le signe placé au début de la portée.! La musique p. parvint à son apogée sous lest Néerlandais (v. ce nom) et leurs contemporaine allemands et italiens : Alex. Agricola, P. Hof-| haimer, Ludwig Senfl, Palestrina, A. et Giovj Gabrieli, etc. Fétis (Biographie universelle) e1| A.-W. Ambros (Musikgeschichte, vol. n et ml ont étudié avec un soin tout particulier l'histoira de la musique p. L'étude de la théorie et de W pratique ancienne de cette m. est bien facilitée! de nos jours, par les travaux et les anthologies! de Goussemaker. — Notation p. (ail. Me?ww| ralnote), notation inventée à peu près au débul du xiie s. et caractérisée par l'emploi de notes] dont la valeur peut être déterminée (nota meM surabilis), par opposition aux notes de la mu\ sica plana (v. notation carrée). La notation pi devint indispensable, aussitôt que Ton comj mença à superposer au cantus flrmus (tenorl du plain-chant une seconde partie figurée (dis\ cantus). Les seules valeurs qui furent en usagt jusqu'à la lin du xiir s. sont les suivantes:

Longue 1

Brève s

Semi brève ♦

Double longue ou maxime ™" .

Ge ne fut guère que vers Tan 1300 qu'appa rurent les valeurs moindres :

Minime ^.

Semi minime ^

Vers le milieu du xve siècle, enfin, on intro duisit l'usage des notes blanches (évidées) ai lieu des noires que l'on n'adopta que pour les nouvelles valeurs, plus petites encore que le précédentes, ou pour indiquer certains rapport; de durée (cf. color). Les signes de la nolatioi p. revêtirent alors l'aspect suivant:

Maxime hjjjj

PROPOSTA — PROPRIETAS

Longue H

Brève H

Semi brève (notre ronde) Q- Minime (blanche) X

Semi minime (noire) Jj 0ll Fusa (croche) R ou £'

Semi fusa (double-croche)

de même que les notes à partir de la semi minime, les silences, à partir de la fusa, eurent

"abord deux formes

fe

ou

f [croche], S ou

[double croche] ) qui furent employées inifféremment, jusqu'au moment de l'adoption téfinitive et exclusive des seconds signes.

Y. au mot ligature la signification de figures soudées les unes aux autres, dans cette notation. La forme arrondie que nous donnons actuellement aux notes était déjà en usage au xvie s., dans l'écriture courante (non pas dans la calligraphie) ; mais, si l'on excepte l'essai

isolé de Carpentras (1532), cette forme ne fut adoptée dans l'impression que vers l'an 1700. Quant aux diverses règles sur la valeur relative' des notes suivant l'indication de mesure (modus, tempus, prolatio), ou suivant' leur place entre d'autres notes plus longues ou plus courtes (perfection, imperfection, altération); quant aux proportions (et particulièrement l'fiemiolia et la sesquialtera), à l'augmentation et à la diminution, on trouvera des détails dans lesarticles spéciaux, consacrés à ces différents termes. Un grand nombre de théoriciens anciens se sont occupés très au long de la notation p., ce sont par ex. : Francon de Cologne, Walter Odington, Hiéronyme de Moravie, Marchettus de Padoue, Philippe de Yitry, Jean de Mûris, Jean Hothby, Jean Tinctoris, Franchino Gafori, Sebald Heyden et Henri Glarean (cf. les anthologies d'écrits musicaux du moyen âge, publiées par Gerbert et Coussemaker). Parmi les musicographes modernes qui ont plus particulièrement étudié la notation p., nous noterons : Ambros, H. Bellermann, G. Jacobsthal et Hugo Riemann. Le premier Kyrie de la Messe Ave regina cœlorum, de Hobrecht, transcrit ci-dessous, donnera une idée de l'aspect général de la notation proportionnelle :

pi » o"

*-+-? ^ij » yj i ;

ss

SeL? f r ' fi ? M i M^gM-rH-ï+HTnTTE

f'on/ratenor

e/jzii.

q^~^'^jz=:J^^=J-T ? ? ? * * r

Tcsior.

e^ecsofv

fcfc?:

=Gt

^r^-r^IF^1

rJ&isons

j^CZ.VSLt.-

^=^=^^^=t^~t T , o » « . k-h t-^TT-^^~^^

-TVr-

fpi

ofeisoit-

Proposta (ital.), antécédent ; nom que l'on

|unne parfois au sujet de la fugue ou à l'expo-

ilion du thème d'un canon. Cf. risposta.

Proprietas (lat., propriété), terme assignant,

ins la théorie des ligatures (y. ce mot) de la

msique proportionnelle, la valeur d'une brève

la note initiale. Il y avait p. toutes les fois

ie la première note, plus aiguë que la seconde,

[ait pourvue d'un trait (cauda) descendant, à

luche (rarement à droite) : lorsque la première

bte était plus grave que la seconde, la p. était

pig'née, au contraire, par l'absence de trait.

Quelques théoriciens de la musique proportionnelle (Pseudo-Aristote, Marchettus de Padoue) ont improprement nommé p. ce trait lui-même.

— Opposita proprietas assignait la valeur de semi brèves aux deux notes ou aux deux premières notes d'une ligature : elle était indiquée par un trait ascendant, placé à gauche de la première note. Cf. ligature (dernier exemple).

— Sine proprietate signifiait, comme impro- 2jrietas,\e contraire de p., autrement dit assignait à la note initiale d'une Ligature La valeur d'une longue.

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