‹ Dictionnaire de musique de Hugo RiemannChapitre 41 sur 542 · BEDON · texte numérisé non relu

BEDON

Bedon, autrefois, sorte de tambour; B. de Biscaye, syn. de tambour de basque.

Bedos de Celles, Dom François (ou simplement Dom Bedos), né à Gaux, près Béziers, en 1705, entra en 1726 dans l'ordre des Bénédictins à Toulouse et mourut en cette ville le 25 nov. 1779. B. est l'auteur d'un ouArrage de grande valeur: Y Art du facteur d'orgues (Y7QQ- 1778, 3 vol. ; divisé en quatre parties, dont la dernière est consacrée à une histoire de l'orgue, malheureusement bien insignifiante [trad. en allemand par Vollbeding, en 1793]). L'importance de cette œuvre la fit admettre dans la « Collection des Arts et Métiers », publiée par l'Académie des sciences et, en majeure partie du moins, dans celle des « Manuels Boret » (1849); c'est elle qui servit de base à tous les ouvrages postérieurs sur l'orgue (surtout à celui de Tôpfer), les excellents dessins eux-mêmes ont été reproduits. B. a publié, en outre, dans le « Mercure de France » (janv. 1762), un 'Examen du nouvel orgue construit à St-Mar- \tin de Tours et son article se trouve au complet dans la Musica mechanica, etc., d'Adlung. Beecke, Ignaz von, né vers 17-JÛ, m. à Wallerstein en janv. 1803; officier de l'armée wurtembergeoise et, plus tard, intendant de la musique du prince d'Ottingen-Wallerstein, B. était un pianiste de talent, il fut l'ami de Gluck, de Jomelli et de Mozart. B. a écrit sept opéras, des œuvres instrumentales, des lieder et un oratorio (Auferstehung).

Beellaerts, v. Bellère.

Béer. 1. Joseph, né à Grûnwald (Bohême) le 18 mai 1744, m. en 1811 ; fut d'abord trompette l'ordonnance dans un régiment autrichien et, 3lus tard, au service de la France. Il devint en même temps l'un des premiers virtuoses sur a clarinette et, après une vie agitée (en tournées de concerts), il vint mourir à Potsdam, Dû il remplissait les fonctions de musicien de !a chambre du roi de Prusse. B. lui-même perfectionna le système de la clarinette par l'adjonction d'une cinquième clef; il publia liverses œuvres (concertos, etc.) pour son instrument. — 2. Jules, né vers 1835, neveu de \leyerbeer, amateur et compositeur des plus lélés (opéras, lieder, psaume avec orchestre, ■te), mais dont les œuvres ne semblent avoir réussi ni à Paris, où vit l'auteur, ni à Brukelles. — 3. Max-Joseph, né à Vienne en 1851, reçut les premières leçons de piano de son ►ère, puis, après avoir obtenu un subside du fouvernement, fit des études de composition après de Dessof. Ses œuvres consistent surbut en morceaux lyriques pour le piano à eux et à quatre mains (Eichendorffiana, wielmannsweisen, Abendfeier, Haidebilder, Was sich der Wald erzàhlt), et en lieder; hais il publia aussi une suite pour piano (op. ), Der wilde Jàger (soli, chœur et orchestre), |ne opérette-parodie, Bas Stelldichem auf er Pf'ahlbrûcke (couronnée et gravée). Deux péras, Otto der Schûtz et Der Pfeifferhonig, ont restés manuscrits.

Beethoven, Ludwig van, fut baptisé à Bonn

BEETHOVEN

le 17 déc. 1770, ce qui permet de supposer qu'il naquit le 16 déc, m. à Vienne le 26 mars 1827. Son père était ténor dans la chapelle du prince électeur où son grand-père avait été basse, puis maître de chapelle; la musique pouvait donc être considérée comme une vocation de famille depuis plusieurs générations. B. reçut les premières leçons de musique de son père; il eut ensuite pour maîtres un hauboïste de génie, Pfeiffer, auquel il vint en aide plus tard, alors qu'il habitait Vienne, puis l'organiste de la cour, van der Eden (m. le 29 juin 1782) et son successeur Ghr.-Gottl. Neefe. En 1785 déjà, B. très précoce, fut nommé organiste de la chapelle du prince électeur. G'est à l'influence du comte de Waldstein, son premier et, à tous les points de vue, son plus important protecteur, que B. dut cette place ainsi que plus tard son séjour à Vienne. Le comte de Waldstein fut chevalier, puis commandeur de l'Ordre teutonique et chambellan de l'empereur; il était non seulement grand amateur de musique, mais luimême pianiste de talent (on sait que B. lui dédia la grande sonate pour piano, en ut maj., op. 53). Lorsque, à son retour d'Angleterre, en 1792, Haydn passa à Godesberg, il fut invité à une agape de l'orchestre de Bonn ; B. eut alors l'occasion de lui montrer une cantate de sa composition qui l'intéressa vivement. Ce fut à ce moment sans doute que se décida le voyage de B. à Vienne. Le comte Waldstein écrivait à son jeune protégé au mois d'octobre de la même année : « Mon cher B. ! Vous partez pour Vienne, afin de réaliser l'un de vos vœux si longtemps caressés. La Muse de Mozart est encore endeuillée et pleure la mort de son disciple. Elle s'est réfugiée chez Haydn, le compositeur fécond entre tous, mais elle y reste silencieuse, ne désirant par lui que découvrir un nouveau disciple. C'est par un zèle continu que, des mains de Haydn, vous recevrez l'esprit de Mozart. Votre ami véritable, Waldstein. » En 1787déjà, B., munie d'une recommandation du prince électeur à son frère, l'empereur Joseph II, avait fait un court séjour à Vienne. On raconte que Mozart l'entendit alors et. lui prédit un brillant avenir. Lorsqu'il revint à Vienne pour la seconde fois, et définitivement, B. était âgé de vingt-deux ans. II. ne pouvait manquer, chaleureusement recommandé comme il l'était, d'être reçu d'emblée dans les cercles artistiques de la haute société viennoise (prince Cari Lichnowski, comte Moritz Lichnowski, comte Basumowski, etc.). Les études que B. s'était proposé de faire auprès de Haydn ne donnèrent pas grand résultat; Haydn n'avait point le don du professorat. B. suivit, il est vrai, un cours de composition chez Haydn, mais il travaillait en même temps, et à l'insu de ce dernier, avec Schenk, l'auteur du « Barbier du village » et ne faisait que soumettre à Haydn les travaux déjà corrigés par Schenk. Cette mystification, dépourvue du reste de toute mauvaise intention, dura deux années. B. y gagnait par le fait qu'il étudiait avec Schenk le style sévère et profitait des leçons et

BEETHOVEN

des conseils de Haydn au point de vue de son développement artistique général. Il étudia plus tard encore le contrepoint avec Albrechtsberger et la composition dramatique avec Salieri. La première période de l'activité créatrice de B., jusqu'en 1800, comprend les œuvres de l'op. 1 à l'op. 18 compris, entre autres : 6 trios avec piano, 9 sonates pour piano, 4 trios pour instr. à archet, un quintette pour instr. à archet, plusieurs thèmes variés, le grand air Ahperfido et les trois premiers quatuors pour instr. à archet, dont le numéro d'op. supérieur à 18 provient d'une nouvelle édition. Quant à la critique (v. Allg. Musikalische Zeitung de Leipzig), elle ne doutait nullement de la valeur de l'homme, mais repoussait énergiquement ses audaces tant harmoniques que rythmiques. Le cercle des grands, véritables amis de l'art, qui se groupaient autour de B., s'élargit de plus en plus; on y voit figurer dès lors le comte Franz von Brunswick, le baron von Gleichenstein et le baron Etienne de Brunning ancien ami et protecteur de Bonn. Mais bientôt les deux frères de B., Cari B (commis de banque) et Johann B. (pharmacien) vinrent s'établir à Vienne, jetant sur la vie du maître une ombre de tristesse et de dégoût, par le vil trafic qu'ils menèrent avec ses manuscrits. B. vivait' dans une certaine aisance; il n'accepta plus aucune place et s'adonna, depuis son arrivée à Vienne, uniquement à la composition. Ses œuvres étaient bien payées et le prince Lichnowsky lui accordait un traitement annuel de 600 florins; de 1809 à 1811 même, l'archiduc Rodolphe, avec les princes Lobkowitz et Kinsky, lui servit une pension annuelle de 4000 florins. Malgré les multiples relations qu'il entretenait avec des archiducs et des princes, B. n'était lien moins qu'un courtisan; bien plus, il resta toute sa vie un démocrate et un républicain qui, dans chaque souverain, voyait un tyran. On sait qu'il avait d'abord dédié sa symphonie héroïque à Napoléon qu'il considérait comme un vrai républicain; mais, lorsque celui-ci accepta la dignité d'empereur, B. déchira la dédicace. Lorsque, pendant le congrès de Vienne (181 '0, les monarques étrangers étaient invités chez l'archiduc Rodolphe en même temps que B., ce dernier (selon sa propre expression) se laissait faire la cour par les hauts personnages et se comportai! toujours d'une façon très distinguée. 11 avait conscience, et avec raison, qu'il était l'un des rois de son art. La période la plus agitée, La plus sombre de la vie de B. fut celle qui suivit l;i morl de son frère Cari (1815), alors qu'il accepta la charge de tuteur de son ne\eu. Celui-ci fut une cause de soucis perpétuels pour le maître. Pour plus de renseignements sur les circonstances de la vie quotidienne de B., le lecteur voudra bien s'en rapporter aux biographies détaillées. Une affection ancienne mais de plus en plus grave i\rs organes de l'ouïe, affection qui rendit B., en L800déjà, très dur d'oreille, puis petit à petit complètement sourd, eul une Influence considérable sur son étal d'âme et par conséquent

sur son activité créatrice. B. avait honte de son état; il cherchait à le dissimuler et, s'il est certain que la nature rude, revêche et taciturne du maître fut une suite inévitable du mal qui le tourmentait, il n'en est pas moins vrai qu'elle était, au début et en partie du moins, plus apparente que réelle. Sa santé jusqu'alors vigoureuse devint, à partir de 1825, de plus en plus chancelante et l'année suivante parurent les premiers symptômes inquiétants d'hydropisie. En décembre 1826, un fort refroidissement obligea B. à garder le lit; les forces diminuèrent graduellement à la suite d'une douloureuse opération, et, le 26 mars 1827, à 6 h. du soir, B. rendit le dernier soupir.

Nous vénérons en B. le plus grand maître de la musique instrumentale moderne et lel créateur de quelques œuvres vocales (Fideliol et Missa solemnis) qui ne le cèdent en rien à] ses œuvres instrumentales. Si d'une part le sentiment religieux a revêtu sa plus parfaitej expression dans les œuvres de Bach, d'autre part l'élément purement humain, fait de joie et de douleur et parlant le langage de la passionj a trouvé dans B. son plus grand interprète. Lai subjectivité, cet agent caractéristique de notre époque, occupe dans les œuvres de B. une place de plus en plus importante, s'y incorpore enfin, tout en s'élevant au rang de classicisme par la beauté de la forme. Non surpassé, norj égalé même dans la variété des développements thématiques, B. atteint, dans la dernière période de son activité créatrice surtout, un raffi nement de détails tel que l'essence même d<j ses œuvres commence seulement aujourd'hui a se révéler au grand public. On peut en dira autant de la rythmique beethovenienne. Lij dernière période de B., le « dernier B. », date \ peu près du moment où le maître recueilli! son neveu (1815), où, se créant un propre foyerj il organisa sa vie d'une façon tout autre qu'aul paravant. C'est à cette période qu'appartiennenj les cinq dernières sonates pour piano (op. 101 106, 109, 110 et 111), les grands quatuors pou instr. à archet op. 127 {mi j? maj.), op. 131 {si |? maj.), op. 181 (ut § min.), op. 132 {la min et op. 135 {fa maj.) et la grande fugue op. 13 pour quatuor également, la neuvième sym phonie, la Missa solemnis et les deux ouvei tures op. 115 et op. 124.

Le nombre des œuvres de B., comparé à celij des œuvres d'autres maîtres, n'est pas très corj sidérable; il écrivit : 2 Messes {ut maj., op. 8( et la Missa solemnis en ré maj., op. 123) ;u opéra, Fidelio ; un oratorio, Le Christ au mor des Oliviers ; neuf symphonies (n° 1 ut maj op. 21; n° 2 ré maj., op. 36; n° 3 mi (? mal {Eroïca), op. 55; n° 4 si j? maj., op. 60; n° 5t min., op. 67; n° 6 fa maj. {Pastorale), op. m n° 7 la maj., op. 92; n° 8 fa maj., op. 93; n° 9?| min. op. 125, avec chœur {Hymne à la Joie cj Schiller); la Bataille de Vittoria (fantaisie o chestrale) ; la musique de Promèthée et d'E; mont; les Ruines d'Athènes (ouverture marche avec chœurs); sept autres ouverture {Coriolan, 3 ouv. de Leonore, Le roi Etienn

BEETHOVEN

Page 1