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énergie par un progrès dont j'ai exposé ailleurs les causes. Les chrétiens s'étant saisis de la musique dans l'état où ils la trouvèrent, lui ôtèrent encore la plus grande force qui lui étoit restée; savoir, celle du rliytlime et du mètre , lorsque , des vers auxquels elle avoit toujours été appliquée , ils la transportèrent à la prose des livres sacrés , ou à je ne sais quelle barbare poésie , pire pour la musique que la prose même. Alors l'une des deux parties constitutives s'évanouit ; et le chant , se traînant uniformément et sans aucune espèce de mesure , de notes en notes presque égales , perdit avec sa marche rhythmique et cadencée toute l'énergie qu'il en recevoit. Il n'y eut plus que quelques hymnes, dans lesquelles, avec la prosodie et la quantité des pieds conservés , on sentit encore un peu la cadence du vers ; mais ce ne fut plus l:i le caractère général du placn- chant , dégénéré le plus souvent en une psalmodie toujours monotone , et quelquefois ridicule , sur une langue telle que la latine , beaucoup moins harmonieuse et accentuée que la langue grecque.
Malgré ces pertes si grandes, si essentielles, le plain-chant , conservé d'ailleurs par les prêtres dans son caractère primitif , ainsi que tout ce qui est extérieur et cérémonie dans leur église j offre encore aux connoisseurs de précieux fragments de l'ancienne mélodie et de ses divers modes , autant qu'elle peut se
faire sentir sans mesure et saus rhythme, et dans le seul genre diatonique , qu'on peut dire n'être dans sa pureté que le plain - chant : les divers modes y conseil ent leurs deux distinctions principales ; l'une par la différence des fondamentales ou toniques , et l'autre par la différente position des deux semi-tons , selon le degré du système diatonique naturel où se trouve la fondamentale , et selon que le mode authentique ou piagal représente les deux tétracordes conjoints ou disjoints. (Voyez Sys-
TÈaiE , TÉTRACORDK , To]N S DE l'ÉGLISE. )
Ces modes, tels qu'ils nous ont été transmis dans les anciens chants ecclésiastiques , y conservent une heauté de caractère et une variété d'affections bien sensibles aux connoisseurs non prévenus , et qui ont conservé quelque jugement d'oreille pour les systèmes mélodieux établis sur des pi'incipes différents des nôtres : mais on peut dire qu'il n'y a rien de plus ridicule et de plus plat que ces plains chants accommodés à la moderne, i)rétintail-i lés des ornements de notre musique , et modulés sur les cordes de nus modes ; comme si l'on pouvoit jamais marier notre système harmonique avec celui des modes anciens, qui est établi sur des principes tout différents ! On doit savoir gré aux évèques, pre\ôts et chantres qui s'opposent à ce barbare mélange , et désirer, pour le progrès et la perfection d'un art qui n'est pas à beaucoup près au point où
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l'on croit l'avoir mis , que ces précieux restes tle l'antiquité soient fidèlement transmis à ceux qui auront assez de talent et d'autorité t)Our en enrichir le système moderne. Loin qu'on doive porter notre musique dans le plain-chant , je suis persuadé qu'on gagneroit à transporter le plain-chant dans notre musique ; mais il faudroit avoir pour cela beaucoup de goût , encore plus de savoir , et surtout être exempt de préjugés.
"Le plain-chant ne se note que sur quatre lignes , et l'on n'y emploie que deux clefs ; savoir la clef d'ut et la clef de fa ; qu'une seule transposition , saA^oir un bémol ; et que deux figures de notes , savoir la longue ou carrée , à laquelle on ajoute quelquefois une queue, et la brève qui est en losange.
Ambroise, archevêque de Milan, fut, à ce qu'on prétend , l'inventeur du plaiji- chant; c'est-à-dire qu'il donna le premier une forme et des règles au chant ecclésiastique pour l'approprier mieux à son objet , et le garantir de la îiarbarie et du dépérissement où tomboit de son temps la musique. Grégoire , pape , le perfectionna , et lui donna la forme qu'il conserve encore aujourd'hui à Rome et dans les autres églises où se pratique le chant romain. L'Église gallicane n'admit qu'en partie, avec beaucoup de peine et presque par force , le chant grégorien. L'extrait suivant d'un ouvrage du temps même , imprime à Francfort
en 1594, contient le détail d'une ancienne querelle sur le plam - chant , qui s'est renouvelée de nos jours sur la musique , mais qui n'a pas eu la même issue. Dieu fasse paix au grand Charlemagne !
« Le très - pieux roi Charles étant retourné » célébrer la pâque à Rome , avec le seigneur » apostolique , il s'émut durant les fêtes une » querelle entre les chantres romains et les » françols. Les françois prétendoient chanter » mieux et plus agréablement que les romains; *> les romains , se disant les plus savants àan^ » le chant ecclésiastique, qu'ils avoient appris » du pape saint Grégoire, accusoient les fran- » cois de corrompre , écorcher et défigurer le » vrai chant. La dispute avant été portée de- » vaut le seigneur roi , les François , qui se te- » noient forts de son appui , insultoient aux » chantres romains; les romains, fiers de leur » grand savoir, et comparant la doctrine de » saint Grégoire à la rusticité des autres , les » iraitoient d'ignorants, de rustres , de sots, » et de grosses bétes ; comme cette altercation » ne finissoit point, le très -pieux roi Charles » dit à ses chantres : Déclarez-nous quelle est » l'eau la plus pure et la meilleure, celle qu'on » prend à la source vive d'une fontaine , ou » celle des rigoles qui n'en découlent que de » bien loin. Ils dirent tous que l'eau de la source » étoit la plus pure , et celle des rigoles d'au- » tant plus altérée et sale qu'elle venoit de
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» plus loin. Remontez donc, reprit le seigneur » roi Charles, à la fontaine de saint Grégoire » dont vous avez évidemment corrompu le » chant. Ensuite le seigneur roi demanda au » pape Adrien des chantres pour corriger le » chant françois , et le pape lui donna Théo- » dore et Benoît, deux chantres très-savants » et instruits par saint Grégoire même ; il lui » donna aussi des antiphouiers de saint Gré- » goire, qu'il avoit notés lui-même en note ro- » maine. De ces deux chantres le seigneur » rci Charles, de retour en France, en envoya » un à T^Ietz , et l'autre à Soissons , ordon- » nant à tous les maîtres de chant des villes » de France de leur donner à corriger les an- » tiphoniers, et d'apprendre d'eux à chanter. » Ainsi furent coriûgés les antiphoniers fran- » cois , que chacim avoit altérés par des addi- » tious et retranchements à sa mode , et tous » les chantres de France apprirent le chant » romain , qu'ils appellent maintenant chant » fraucois ; mais quant aux sons tremblants , » flattés , battus , coupés dans le chant , les » françois ne purent jamais bien les rendre , » faisant plutôt des chevrottements que des » roulements, à cause de larudesse naturelle et » barbare de leur gosier. Du reste , la prin- >> cipale école de chant demeura toujours à » Meiz ; et autant le chant romain surpasse » celui de Metz , autant le chant de Metz sur- »> passe celui des autres écoles françoises. Les XV. 9