‹ Dictionnaire de musique moderne (volume 2)Chapitre 92 sur 111 · GOU · texte numérisé non relu

GOU

grasseyeurs , qui croy erit chanter, de se rendre agréables en gardant le silence.

Quant à la multitude, elle est essentiellement barbare à Paris; elle se porte aux lieux où Ton répète sans cesse les misérables refrains du Pont-Neuf et de la guinguette ; elle ne fera cas d'un opéra, que si Von y rencontre des chants qui ressemblent à ceux qu'elle affectionne. Le Vaudeville ne corrompt pas le goût de la multitude, cela est déjà fait, mais il l'entretient dans sa corruption. Comment porter une oreille exercée à Feydeau, à l'Académie royale, si l'on est dès long-temps accoutumé aux cris effroyablement discordans des virtuoses à flon flou ? On peut impunément chanter faux sur nos théâtres lyriques , on peut y gras^ seyer, perdre la mesure, attaquer mollement la note> partir à contre- temps , laisser échapper des hoquets pendant une tenue , estropier un chœur ou un finale , personne ne dira rien, tout passera à la laveur de l'ignorance du parterre. Je sais bien que ce parterre renferme des connaisseurs , mais ils ne sifflent pas 5 ils se contentent d'applaudir quand ils le peuvent en conscience. En se rendant à nos théâtres lyriques, ils sa,vent bien qu'ils y rencontreront un bon nombre de très-honnêtes routiniers , véritables mannequins sonores, qui , faisant tous leurs efforts pour plaire , méritent une indulgence sans bornes de la part d'un galant homme. Dans les tavernes, sur les places publiques, oa n'entend que de gothiques refrains brailles à l'unisson , et les orgues de Barbarie les répètent d'une manière plus discordante ; comment voulez- vous que le peuple

GKÂ. 2jri

parisien, à qui la nature semble avoir refiisé l'organisation musicale , se forme le goût au milieu d'une pérennité (le cacophonies? Ayez des chanteurs pour les théâtres où le chant est l'objet principal : faites- v exécuter ]>lus souvent de la musique . et non pas une suite de chansons comme celles de la plupart de vos opérettes , lesquelles ne sont , à proprement parler, que des vaudevilles renforcés, et Ton verra pairmi la multitude le goût pour la musique s'épurer peu à peu , comme il s'est épuré à l'égard de la poésie et de la danse.

GoUT DU CHANT. Il consistc à donner à la mélodie la grâce , et aux paroles l'expression qui leur convient.

GoUT DAXS l'exÉCUTIOX DE LA MUSIQUE. On appelle goût l'art de chanter ou de jouer les phrases avec les agrémens qui leur conviennent. Chanter avec ^oût, Jouer avec goût.

Graduel, s. m. Pour occuper le chœur pendant les cérémonies qui ont lieu entre l'épître et ré\angile , ou chante des versets , des psaumes ; ou d'autres prières tirées de l'Ecriture Sainte. Ce chant se nomme graduel j parce que, dans une grand 'messe, il se chante sur les degrés du lutrin ou du sanctuaire , in gradin.

Grand jeu. Le grand jeu de l'orgue se compose de jeux d'anches , tels que les trompettes , clairons , hautbois , etc. , et des bourdons et prestans.

Grasseyement, s. m. Défaut de l'organe qui gâte la prononciation o^^inaire, celle que nous désirou*

Syt GRA.

dans la déclamation et le chant. On parle gras , ott chante gras , lorsqu'on double les r, et qu'on prononce les / comme s'il y avait un y, en disant perre , merre, àurrorre; famye , groseye , caryon.

Le grasseyement sur les autres lettres , quoique plus supportable , n'en est pas moins un grand défaut : on le corrige très -facilement dans les sujets trèsjeunes. Les personnes qui passent vingt ans ne peuvent pas toujours vaincre une habitude qu'elles ont quelquefois cultivée avec soin , car il y en a qui s'imaginent se donner de la grâce en affectant de grasseyer.

Lorsqu'il est question du chant , le grasseyement est encore plus vicieux que dans le parler. Le son à donner change, parce que les mouvemens que le grasseyement emploie sont étrangers à celui que forment , pour rendre Vr, les voix sans défaut.

Presque tous les routiniers grasseyent. Cette prononciation vicieuse donne au chant une âpreté insupportable; le son émis par la poitrine se trouvant intercepté, retenu par les organes qui doublent et triplent l'articulation de Vr, perd de son volume , de son timbre et de sa qualité.

Et pourrre parrrurrre un chaperrron.

Carrra , carrra non dubiiarrre,

Kyrrrie, glorrria , rrrorrrate.

Ne voilà-t-il pas des mots bien favorables à la mélodie ? Le français , l'italien même , chanté de cette manière, est plus dur à l'oreille que l'arabe. Un chan-

GRA. ^n%

leur de la bonne école a mis toute son étude à faire filer avec douceur des consonnes qui viennent s'oppo -. ser sans cesse à la grâce et à la légèreté de l'élocution. Les Parisiens grasseyent naturellement ou par affec ^ tation. Le grasseyement n'est peut-être pas sans agrémens dans la bouche d'une jolie femme , si elle l'emploie dans la conversation; mais il est incompatible avec le chant; c'est un défaut, un vice intolérable qui détruit tout le charme de la voix la plus brillante. Nous avons des maîtres de préparation au chant • il me semble que leur premier soin devrait être de donner à l'élève une prononciation mélodieuse, en délivrant son organe des entraves et de la dureté du gras^ seyement. Un professeur de chant a tort de garder dans sa classe le grassejeur qu'il n'a pu guérir. Je ne sache pas que M. Coulon apprenne à danser aux boî~ teux. Mais comme le grasseyement est à-peu-près général dans la capitale , et que l'on y rencontre des grasseyeurs qui osent chanter dans les sociétés, sur les théâtres, à la Chapelle du Roi, et qu'il y a même des professeurs de chant qui grasseyent , et montrent par conséquent à grasseyer, les habitans de Paris ne sont pas choqués d'une manière de prononcer qui déchire l'oreille d'un Italien , d'un Provençal , et même d'un Anglais. Le chant du grasseyeur n'étant , pour l'ordinaire , qu'un croassement qui cause plus de peine que de plaisir aux personnes qui sont condamnées à Tentendre , nous conseillerons à ceux qui ne pourront pas se corriger, de ne se servir de leur voix que pour parler.

Les Italiens , les Provençaux , les Languedociens ne I. ' ' 18

grasseypiit pas. Je ne crains pas d'aflirmer que c^est principalement au grasaeyement habituel de nos chanteurs, que Ton doit attribuer la différence qui existe entre le chant français et le chant italien , et non à l'harmonie des langues , comme on le pense en général. Quand il n'y aura pas de grasseyeurs parmi nos chanteurs , on s'apercevra bien moins de la dureté de certains mots français , et nos vers lyriques seront plus coulans et plus harmonieux.

Le grasseyemeTif a lieu toutes les fois que le son de 1'/' se forme dans le gosier , et qu'il est modifié au moyen de la racine de la langue. Ce son guttural produit un r double , t même triple. Il faut , pour s'en corriger, s'exercer long-temps , et avec opiniâtreté , à produire le son de 1'/' avec la pointe de la langue , que l'on fait vibrer rapidement contre le palais et les dents supérieures de devant : c'est ce qu'on appelle vulgairement rouler Z'r.

Quand rélève sera parvenu à prononcer librement et avec grâce les vers suivans , on pourra le faire passer à l'étude du chant;

Oui , Mitr?tne, en secret l'ordre émané du trône Remet entre tes bras Arzace à Baiiylone.

La terreur et la mort errant de toutes parts.

Un ordre affreux: , entre deux crimes Me contraint de choisir.

// rauco suon

IJella tartarea tromba.

Ergo œgrè rasiris terram rimanlur aratro.

Grasseyer , v. n. Parler gras , prononcer mal certaines consonnes, et particulièrement 1'/-. (P'ojez Grasseyement. )

Grave, adv. italien, gravement. Adverbe qui marque lenteur dans le mouvement, et de plus, une certaine gravité dans l'exe'cution.

Grave , adj. , est oppose' à aigu. Plus les vibrations du corps sonore sont lentes , plus le son e^sX. grave,

GkA-VB ^ fugue grave. C'est celle dont le mouvement est lent et les notes d'une longue valeur. Celte espèce de fugue est fort rare.

Gravé, ÉE, musique gravée. C'est par la gravure plutôt que par l'impression en caraclères mobiles , qu'on est dans l'usage de multiplier aujourdliui les exemplaires des ouvrages en musique que l'on veut mettre au jour : cet usage ne remonte guère plus loin que le commencement du dix-huitième siècle. Tous les opéras de Lulli et de ses contemporains furent imprimés. La gravure ne commença que pour la nmsique instrumentale. C'est ce moyen qui nous transmit les ouvrages de Corelli , de Vivaldi, de Locatelii , de Tartini, etc. , et c'est à la France que Ion en doit l'invention. Comme on ne gravait alors que sur cuivre, et que cette pratique était fort dispendieuse , on ne pouvait guère l'employer que pour des ouvrages peu volumineux 5 mais on trouva bientôt la manière de la rendre plus économique en se servant de l'étaiu, et l'on en vint à graver des opéras entiers.

La gravure a de grands avantages sur l'impressioA en caractères mobiles ; elle est infiniment plus nette et plus agréable à l'œil : elle en a même sur lécriture à la main , en ce qu'elle est plus égale ; qu'exécutée par un artiste habile , elle est plus régulière dans ses formés ; qu'elle peut èlre absolument exempte de fautes , puisqu'on y corrige aisément celles qui am'aient échappé à de premiers examens , et qu'enfin , une fois la planché faite . on en peut tirer le nombre qu^on désire , et se régler même , ])Our ce tirage , sur le débit plus ou moins grand de l'ouvrage gravé ; tandis que l'impression en caractères mobiles exige que le tirage soit fait en une seule fois , ce qui rend les chances du commerce moins favorables pour l'éditeur.

Graveur, euse , adj. Celui ou celle qui fait profession de graver de la musique.

La musique se grave sur des planches d'étain ou de cuivre , et les principaux instrumens dont se sert le gra-' peur sont des poinçons et des burins. Chacun de ces poinçons porte à son extrémité , et gravé en relief, un signe musical quelconque , tel que une tête de note noire ou blanche, ime clef, un dièse , un bémol, un A^ lui B , un 2 , un 5 , etc. Le nombre des poinçons égale par conséquent celui des caractères de la musique y des lettres de l'alphabet et des chiffres.

Le graveur doit commencer d'abord par lire le ma-* imscrit du compositeur, ou le parcourir simplement, pour marquer au crayon la division de ses pages, ef les ajuster de manière que l'exécutant ne soit obligé

GRA- "^n

Je tourner le feuillet qu'à la fin d'un morceau ou pendant un silence; observation qui devient inut.le s',1 s'agit d'une partition. Cette première opération faite, il prend la planche et trace, avec une règle de fer et une pâte , les ligues et les portées , en donnant à ces dernières, de l'une à l'autre, un espace plus ou moins «rand , selon la nature de la musique à graver. Il dessine légèrement, à la pointe du burin, les diverse* phrases musicales , les divisions des mesures telles qu'elles devront être disposées sur les portées, sans omettre le moindre signe : à l'égard des notes , il se borne à marquer avec des o les places que leurs têtes doivent occuper;

Ce croquis terminé , le graveur prend tour à tour chaque poinçon , le pose juste surla ligne ou l'espace , et lui fait marquer son empreinte en le frappant sur l'autre bout avec un petit marteau : il ne quitte pas le poinçon qu'il tient , cpi'il nait gravé tous les caractères de son espèce qui sont dans la page; ainsi d frappera successivement toutes les clefs, les dièses et ks bémols qui doivent les armer, toutes les têtes noires , toutes les tètes blanches, tous les. soupirs, tous les demi -soupirs, tous les dièses, tous les bémols tous les bécarres, tous les points, tous les/, tous Icsi?, tou. les p, tous les pp , etc. Quand la planche ne présente plus rien à frapper au poinçon , le gravevr preiul le burm pour tracer les queues des blanches et dos noires, les crochets des croches, les liaisons et autres lignes déliées. 11 se sert d'une onglette pour marquer les barres qui réimisscnt, un groupe de croches ou di;

2rn GRxi.

doubles croc hes , les reprises , les barres d'abréviation , les barres fînaîes, et tous les traits {ortcmeiit prononcés. Les paroles placées sous la musique vocale se gravent (;e suite , en changeant de poincou à mesure qu une nf)uve]le lettre se présente.

Lorsqu'un ouvrage n'a pas de succès, on fait polir le revers dis planches pour les graver une seconde fois, et Ton bâtonne la pre.nière gravure pour prévenir les ni('prises de rimprimeur : le revers étant foulé et refoulé par la presse , ne pourrait plus donner des épreuves.

Après toutes ces opérations, le graveur plane la planche au marteau , la polit avec le brunissoir pour enlever les aspérités laissées par le poinçon et le burin , et la livre à l'imprimeur pour en tirer des exemplaires. On a soin de signaler les fautes qu'elle peut renfermer : le graveur les corrige en repoussant par derrière la note ou le signe défectueux, de manière à l'efFacer entièrement, et il établit sur cette surface repolie le signe , la note ou le groupe de notes que le texte manuscrit réclame. La planche ne se brisant pas , et ces corrections, pouvant se renouveler à chaque tirage, il est aisé d'obtenir, au moyen de la gravure , des éditions absolument exemptes de toute espèce de fautes.

Gravité, s. f. G est cette modification du son, par laquelle on le considère nomme grave ou bas par rapport à d'autres sons qu'on appelle hauts ou aigus. Il n'y a point, dans la langue française, de corrélatif à ce mot : nous avons proposé celui d'acwzfe'. (^. AcuïTÉ.)

Page 1