MUE
Lorsque la voi]| d'un élève commence à muer , on lui défend ordinairement de chanter. Cet usage a été introduit par les anciens maîtres de chant ^ parce qu'ils craignaient de laisser une trop grande latitude à l'inexpérience qui aurait pu en abuser , en exerçant indistinctement sur toute sorte de solfèges hauts ou bas , la voix d'un élève prête à muer, ou dans la mue.
Ils avaient raison sous ce rapport , car il vaut encore mieux ne point faire chanter du tout un élève , que de forcer ses moyens , dans le moment où la voix exige les plus grands ménagemens.
Nous pensons cependant qu'avec beaucoup de précautions on peut faiie chanter Télève , même pendant la mue , mais avec modération et sans forcer les sons graves , et surtout les sons aigus de la voix.
Par conséquent le maître doit tous les jours observer et étudier la voix de l'élève , afin de retrancher des exercices qu'il lui fera faire , les sons provenant de la poitrine que la mue lui aura fait perdre , et lorsqu'il ne restera plus à l'élève qu'une octave de l'étendue de sa voix , alors il cessera tout-à-fait de le faire chanter.
En suivant scrupuleusement cette méthode , soit à l'égard des garçons ^ soit à l'égard des jeunes filles , mais plus particulièrement pour les premiers , au lieu de gâter la voix des élèves , non-seulement on la leur conservera , mais aussi par ce moyen , les progrès de la mue seront plus rapides, et l'on en obtiendra plus promptement le terme.
6o MUS.
Multiple, sous-multiple (/^. Resonnaxce.)
Muses , déesses du chant , des vers et de la civilisation donnée aux liommes par le chant et la poésie. Les Musen de'rivent de la religion orphique , et sont venues de la Thrace, d'où elles passèrent dans la Bœotie, cl enfin dans le reste de la Grèce. Il est probable qu'Orphée et ses disciples attribuaient aux Muses les chants qu'ils débitaient aux peuplades sauvages de la Grèce. Le plus ancien culte des Muses fut introduit par les Aloïdes, fondateurs d'Ascra, et qui leur consacrèrent THélicon. Alors il n'y avait que trois Muses y Mélétè , Mnémè et Aœdè ; ces noms signifient la re- Jlexion , la mémoire et le chant. Dans la suite Piérus de la Thrace introduisit le culte des uenî Muses ^ qu'on regarde communément comme ses filles. Cela nous oft're donc trois époques dans l'histoire àes Muses; Orphée en était l'inventeur, les Aloïdes introduisirent leur culte , et Piérus le régla. Ces dernières neuf Muses étaient déjà connues du temps d'Homère. Leurs noms sont Clio , Euterpe , Thalie, Melpomène , Terpsichore , Erato, Poljmnie, Calliope et Uranie.
On place les Muses à la suite d'Apollon , parce qu'il présidait à leurs concerts ; il était regardé comme leur chef; c'est pour cela qu'on le nommait Musagète, c'est-à-dire conducteur des Muses. Hercule avait aussi la même fonction et le même surnom. Les uns veulent que le nom des Muses leur vienne d'un mot grec, qui indique les recherches qu'exigent les sciences qu'elles cultivent; d'autres ne faisant attention qu'à la liaison
MUS. 6i
qui se trouve entre toutes les sciences , croient que le nom de celles qui les protègent, doit venir d'un autre mot grec qui signifie semblable, La fonction d'enseigner étant, pour ainsi dire, spécialement attribuée aux Muses , le mot grec qui signifie enseigner , paraît être la véritable étymologie de leur nom.
Suivant l'opinion la plus générale , les Muses sont fîUes de Jupiter et de la Titanide Mnémos^Tie.
Euterpe préside à la musique , Clio à l'histoire , Thalie à la comédie , Melpomène à la tragédie , Terpsichore à la danse , Erato aux vers amoureux , Polymnie à la rhétorique , Calliope à la poésie épique et Uranie à l'astronomie.
Un scoliaste d'Apollonius attribue à Polymnie l'invention de la lyre. Cela peut justifier, en quelque manière, l'erreur où sont tombés plusieurs poètes, qui considèrent cette Muse comme présidant à la musique. ( Voyez Euterpe. )
Musette, s. f. Instrument de musique à vent et à anches, composé d'une peau de mouton de la forme d'une vessie , de chalumeaux , d'un bourdon , de plusieurs anches et d'un soufflet.
Musette , s. f. Sorte d'air convenable à l'instrument de ce nom , dont la mesure est ordinairement à six-huit, le caractère naïf et doux, le mouvement un peu lent, portant une basse en tenue ou pédale, telle que la peut faire une musette, dont on cherche à imiter l'effet avec les instrumens de l'orchestre.
6j mus.
Tout Je monde connaît la jolie musette de Nina de Daldyrac.
Musical, ALE, adj. Qui appartient à la musique. y4rt mufiicaly phrase musicale.
Musicalement, adv. Relativement, conformément aux règles de la musique, d'une manière musicale.
Musicien , s. m. Ce nom se donne également à celui qui compose la musique , et à celui qui l'exécute. Le premier s'appelle aussi compositeur.
Musique, s. f. Art de combiner les sons d'une manière agréable à l'oreille. Cet art devient une science et même très-profonde, quand on veut trouver les principes de ses combinaisons, et les raisons des affections qu'elles nous causent.
On suppose communément que le mot de musique vient de musa, parce qu'on croit que les Muses ont inventé cet art.
Nous ne parlerons point ici de toutes les divisions que les anciens faisaient de la musique. Les détails que nous donnerions à ce sujet pourraient peut-être intéresser les savans qui accueillent avec un saint respect tout ce qui vient de l'antiquité, ils ne seraient d'aucune utilité pour le musicien. On sait que la musique n^ est sortie des lisières de l'enfance que dans les temps modernes. Les idées religieuses des Grecs s'opposaient aux progrès de cet art. La musique étant consacrée à la divi-
mité, un novateur hardi qui aurait osé changer qnelane chose aux anciens systèmes , eût été sévèrement puni, Therpandre et Timothée furent mis à l'amende pour avoir augmenté le nombre des cor les de la lyre. Les anciens n'ont point connu l'harmonie . 1 1 la nature de leurs instrum^ns nous prouve aue leur mélodie était pauvre, traînante et peu variée. Gela n'empècjie pas d'ajouter foi à la plupart des merveilles dont on lui fait honneur.
Qu'importent les moyens si l'on parvient à plaire et à séduire ? En est-il de faibles sur une âme tout-à-fait neuve aux combinaisons des sons? Faisons une juste compensation de ce que l'art a gagné , et de ce que sa perfection nous a fait perdre en sensibilité , en accoutumant nos organes aux résultats que produit l'union de toutes les puissances harmoniques, et nous pourrons conclure que les effets de la musique ont été les mêmes dans tous les temps.
Quel art donne des jouissances aussi pures et laisse dans le cceur une impression plus profonde? Tous les peuples du monde chantent et dansent ; il y en a bien peu qui connaissent la peinture et la poésie. Compagne fidèle de l'homme, la musique embellit son existence, et l'aide à supporter les fatigues d'un pénible voyage. S'il jouit des faveurs de la fortune , elle vient multiplier ses plaisirs; malheureux, elle le console. Exprimant tour-à-tour ses désirs , son ivresse ou sa reconnaissance, elle entretient dans son cœur le feu sacré de la sensibilité, Tentraîne aux combats, anime son courage par des sons belliqueux , et c'est elle encore qui doit
présider aux fêtes triomphales et porter aux cîeux Phommage du vainqueur.
Comme pour les autres arts, les Romains se contentèrent d'imiter la musique des Grecs , et cet art dont la superstition et les lois civiles d'Athènes avaient arrêté les progrès , n'en lit aucun à Rome. C'était toujours la même pauvreté d'invention et d'exécution. La simplicité de la musique ancienne avait pourtant ses avantages , puisqu'elle permettait au chorège d'employer, sans confusion, un nombre infini de musiciens. Ces grandes masses de son , ces colosses mélodiques produisaient des effets surprenants , et leur immensité démontre la petitesse des moyens dont on se servait pour les obtenir.
Comment imaginer que six mille^ dix mille exécutans ont été entendus à la fois , si l'on ne suppose que leur musique n'était qu'une lourde et monotone psalmodie? On suit sans peine une mesure qui descend toujours gravement au lieu de tomber avec rapidité.
La musique, très cultivée à Rome sous les premiers empereurs, jouit du plus brillant éclat pendant le règne de Néron, qui lui-même était excellent musicien. Mais après sa mort les cinq mille chanteurs ou joueurs d'instrumens qu'il entretenait à ses frais furent congédiés et la musique éprouva un déclin sensible. Heureusement les premiers chrétiens eu l'admettant dans leurs cérémonies , la sauvèrent de l'abandon qu la menaçait. On peut reprocher cependant aux chrétiens de l'avoir dénaturée en l'appliquant à une prose demi-barbare et à des vers encore plus mauvais. Il en
résulta que la musique , qui n'avait de ihythme que celui du discours , n'en conserva qu'une faible apparence, et le plus souvent se traîna à pas lents et e'gaux sur un langage sans harmonie. IN'éanmoins , dans cet état de dégradation, elle conserva encore des règles constitutives, et une certaine variété dans les tours et le caractère qui la rendait susceptible d'être appliquée à des pièces de difFérens genres.
On ne sait point au juste quel fut l'état de la musique durant les quatre premiers siècles de TÉgUse. Les principes étaient toujours les mêmes, si l'on en juge d'après un traité que nous a laissé S. Augustin 5 mais il paraît que la pratique du chant ecclésiastique était tombée dans un grand désordre, et ce fut là ce qui porta S. Ambroise, archevêque de Milan, qui vivait vers la fin du quatrième siècle, à lui donner une constitution fixe. S. Grégoire, deux cents ans plus tard, s'occupa du même objet , composa le Rituel en choisissant les meilleures pièces qui restaient de l'antiquité et forma le système connu sous le nom de Chant Romain y Chant Grégorien ou Plain-Chant, qui subsiste encore aujourd'hui tel qu'il l'a établi.
Lorsque, au commencement du sixième siècle, tout l'empire d'Occident fut envahi par les Barbares , on négligea , on oublia même entièrement les arts. La musique se trouva réduite aux chants d'église et aux chants nationaux de ces peuples. Mais les Goths d'Italie cultivèrent les arts et prirent les mœurs des hommes qu'ils avaient subjugués. Le système moderne prit naissance en se formant peu à peu du mélange des notion* 2. 5
es MUS.
musicales des peuples barbares avec le reste de la musique des Grecs.
Clovis avait demandé un musicien à Théodoric qui lui envoya le chanteur Acorède, designé par le savant Boèce , comme capable d'enseigner l'art du chant et celui de jouer des instrunlens, aux prêtres et aux chantres du roi de France.
En y5y , Constantin Copronytne, empereur d'Orient, fit présent d'un orgue à Pépin, père deCharlemagne, qui le donna à l'église de S. Corneille de Compicgne. L'usage ne tarda pas à s'en répandre dans toutes les églises de France , d'Italie et d'Angleterre. L'invention d'un instrument si riche de moyens et 'effets, quoique borné alors au seul jeu de régale qui n'y existe plus, exerça une grande influence sur les progrès de l'art.
Ce fut dans le commencement du onzième siècle en l'an 102 2 , que l'échelle musicale prit la forme qu'elle a conservée jusqu'à ce jour. Cette révolution est principalement due à Guido, bénédictin du monastère de Pomposa , né à Arezzo , ce qui l'a fait nommer vulgairement parmi nous Guy d' Arezzo. On lui attribue aussi l'invention du contre-point. Cet art quoique bien peu avancé existait pourtant avant lui, et voici quelle fut son origine.
Dès que Ton posséda l'orgue dans les églises, on s'en servit pour accompagner le chant : cet accompagnement se fit d'abord à l'unisson ; mais la facilité de faire entendre plusieurs sons à la fois , fit remarquer quc;, parmi les diverses unions de sons, il s'en trouvait
d'agréables à loreille^ et l'on appelait organiser un chant, lorsque daus ses terminaisons on donnait quelques tierces niineui'es. L'organisation double cousistait à faire marcher l'orgue en quaite au-dessous et en quinte au-dessus du chant et de la placer de temps en temps en pédale au grave.
De l'orgue cette méthode passa aux voix, et Ton trouva enfin, après bien des essais et des tâtonnemens le chant à plusieurs parties ; cette harmonie, trésor de la musique moderne que les anciens n'ont jamais connue ; cette harmonie dont les combinaisons ingénieuses , les effets ravissans Imarquent l'immense supériorité de notre musique sur le plain-chant lourd et monotone des Grecs. On inventa de nouveaux caractères pour écrire le discours musical qui, au lieu de procéder par notes égales, fut soumis aux lois de la mesure et du rhythme. Vers la fin du treizième siècle on avait déjà établi la défense de faire deux consonnances parfaites de suite par mouvement semblable , et une foule de préceptes sur la succession des inlervalles cjue l'on suit encore aujourd'hui.
Uniquement occupés des formes de l'art qu'ils avaient à créer , les compositeurs qui orit fleuri pendant les deux siècles suivans négligeaient entièrement l'expression, et dans la musique d'église, à laquelle ils se livraient presque exclusivement , ils entassaient tellement les recherches d'hannonie et de dessin , que, ne présentant plus que des effets bruyans ou singuliers, elle devenait un objet d'.imusement ou de distraction . au lieu d'inspirer !a dévotion ou le recueil-
lement. Plus dWe fois les souverains poutifes avaient forme des projets de réforme. Enfin , le mal étant au comble, le pape Marcel II, qui régnait en i555, prit le parti de la supprimer tout-à-fiit. Le décret allait être promulgué , lorsqu'un jeune compositeur se présente et demande que l'on veuille bien entendre une messe dont il était l'auteur. Le Pape ayant agréé l'offre, Palestrina fait exécuter devant lui une messe à sixvoix , d'une harmonie pure , d'|||n dessin savant et correct, d'un caractère religieux et solennel. Cette composition réunit tous les suffrages , le Pape révoque sou décret, et charge Palestrina de composer, dans le même style , plusieurs offices pour le service de l'église. Il devint le créateur du genre qui porte son nom , et dans lequel il n'a jamais été égalé. Ses compositions subsistent en Italie, et principalement à Rome, où elles s'exécutent sans cesse. Il est bien à désirer qu'elles soient introduites dans les cathédrales de France. Voilà un exemple à citer à ceux qui prétendent que la musique est soumise aux caprices de la mode. Il n'y a que les mauvais ouvrages qui tombent dans l'oubli, le vrai beau esf de tous les âges.
Depuis i44o , on représentait des opéras à Rome et à Venise, mais ce ne fut qu'en 1600 que le drame lyrique acquit une certaine régularité entre les mains du poète Ottavio Rinnucini , et du musicien Giacomo Péri , qui firent exécuter à Florence leurs opéras de Daphné , Eurydice et Ariane. Péri fut le premier qui introduisit des airs dans son Eurydice^ les drames lyriques éiaicut auparavant écrits entièrement en récitatif.
D'Italie rOpéra passa eu France , sous les auspices du cardinal Mazarin , qui , en 1 645 , fit exécuter au Louvre rO/^èo de Zarlin, et ensuite VErcole Amante, Le succès que ces nouveautés obtinrent fit désirer que l'on composât des opéras français. Perrin et Cambert se chargèrent de ce soin , et ftirent applaudis dans la Pnstorale , dont on fit l'essai à Issy , chez M. Delahaye ; et dans Pomone , le premier opéra fi-ançais représenté en public. Lulli leur succéda, et fit les délices de la Cour et de la ville jusqu'à sa mort, arrivée ck 1687. Campra, Destouches, Montéclair , Lalande,, st sont distingués après Lulli. Vint ensuite Rameau, qui débuta en 1733, par Hippolyte et Ai'icie. Aux récitatifs , aux airs simples de Lulli , il substitua un récitatif emphatique , et des airs plus brdlans , mais généralement d'un très-mauvais goût, d'une facture embrouillée et peu correcte , quoiqu'il ne manquât ni de science, ni de génie. Ce fut lui qui amena sur ce théâtre le bruit, les cris et les hurlemens , qui y furent connus sous le nom de chant dramatique par excellence. Par bonheur, en 1754, on entendit en France àes bouffons italiens chanter la musique de Pergolèse, Galuppi, Jomelli et autres. L'Opéra Comique prit naissance ; et, sur des poèmes beaucoup plus raisonnables, d'habiles compositeurs firent entendre une musique faite sur le modèle de celle d'Italie. Duni , Phllidor , Monsigny et Grétry , par leurs succès à l'Opéra Comique , prépajurent les voies à Gluck, Piccini, Salieri, Sacchini , qui vinrent à Paris vers 17^4, et qui , en réformant la tragédie lyrique , concoururent avec eux pour donner
à la France la musique la plus VL-rîtablement dramatique^ dont aucune nation puisse se glorifier.
Là musique de chambre et la musique instrumentale, ont suivi les progrès de la m.usique d'église et de la musique dramatique.
La musique instrumentale, surtout, est parvenue à un point de perfection qu'elle ne paraît pouvoir que difficilement dépasser. Il doit être permis de considérer les quintettes de Bocchérini et de Mozart, les quatuors et les symphonies de Haydn et de Mozart, comme ce que le génie peut enfanter de plus beau dans ce genre.
Parmi les écrivains didactiques nous citerons Franchino GalTorio , qui florissait en i48o ; Zarhn de Venise, Zanoni, Artusi, Cerone, Berardi, Tevo, Martini, Zingarelli, Sala, etcetc. En 1720, Rameau publia son Traité d'Harmonie , qu'il fit suivre d'une foule d'autres ouvrages, où dans une multitude de rapsodies , on trouve quelques vérités que l'on a utilisées. Il eut, en France, un grançt nombre de commentateurs, entièrement étrangers à l'art, qui eurent le talent de persuader au public qu'il était le créateur d'une science dont il renversait les principes. L'Allemagce £\, depuis Maltheson et Marpur^ , fourni un grand nombre d'excellens traitas sur diverses parties, de l'art. Les traités de MM. Catel etBerton^ membres de rinstitut, sont devenus classiques, et l'excellent ouvrage dont M. Choron vient d'enrichir notre littérature musicale , se fait remarquer autant par les préceptes que par les exemples choisis parmi ce que les.
trois écoles ont produit de plus sublime dans tous les genres. Cet ouvrage, qui a pour titre Principes de Composition des Ecoles d'Italie, fonne à lui seul le corps de doctrine le plus précieux et le plus complet que l'on ait jamais publié sur la musique.
Musique d'église. Les messes en latin, les graduels, les offertoires , les psaumes , les hymnes , les antiennes, les motets , les jérémies composés dans lé style a capella^ à quatre, cinq, huit, douze voix, avec ou sans orgue , dans le contre-point sévère ou libre , avec ou sans orchestre, et certains oratorios forment ce que l'on appelle musique d'église.
Musique de chambre. Elle consiste dans les morceaux agréables qu'on exécute dans les concerts et les salons, tels que les cantates, les madrigaux , les scènes, les airs détachés j les canons , les quatuors à quatre voix sans orchestre , les romances , les boléros , les barcaroUes, les nocturnes à plusieurs voix 5 les concertos , les concertantes , les sonates , les duos , les trios , les quatuors , les quintettes , les sextuors , fantaisies , caprices, variations, solos pour divers instrumens^ et les symphonies à grand orchestre.
Musique de théâtre. Cette musique comprend les opéras et certains oratorios, ainsi que les diverses parties dont ils se composent , telles que les ouvertures, les récitatifs, les*airs , duos, trios , les chœurs, les finales , les marches , les airs de danse.
Musique militaire. Autrefois un régiment défî-.
lait ati son de deux hautbois faiblement accompagnés, un violon suffisait à dix villages et son infatigable archet réglait tour à tour le pas de la marche nuptiale ou du folâtre rigaudon. Mais tel est le progrès des arts que nos It'gions sont^ aujourd'hui, prcce'dées d'un nombreux orchestre , et que le maire du plus petit hameau se fait annoncer par de bruyantes fanfares. Les clarinettes ont succédé au maigre violon , et le trombone fait retentir les échos accoutumés aux sons de la musette ou du galoubet. Le goût des insLrumens à vent est général. Partout la musique militaire règne en souveraine, et il faut qu'une ville présente de grandes ressources musicales pour pouvoir y entendre un quatuor de Haydn ou de Mozart purement exécuté. Le violon, fondement de l'orchestre, est si peu cultivé en province que l'on éprouvera bientôt les effets de cet abandon , et les amateurs feront entendre dans leurs réunions \ harmonie de Cendrillon ou du Petit Matelot, au lieu des compositions sublimes des grands I maîtres.
Sans nous inquiéter d'avance d'un malheur qui , peut-cire, n'arriv era pas, et sans condamner un genre qui plaît , voyons quels sont les avantages de la musique militaire , et cherchons à porter r^nède aux défauts qui se rcproduise^nt le plus souvent dans cette partie de l'art.
Qu'une symphonie , composée exprès pour un orchestre militaire, soit exécutée avec intelligence et précision , rien n y manquera. Les clarinettes tiennent la place des violons , les bassons font entendre les parties
de viole et de violoncelle , le trombone , et le serpent celles de contre-basse. Les traits rapides et aigus peuvent être confiés à la petite clarinette ou aux flûtes; et tout ce que ces instrumens divers auraient de dur ou d'incohérent sera adouci ou lié par les belles pédales des cors et des trompettes. Des repos ménagés avec art donneront . aux musiciens les moyens de prendre haleine , de se raffermir Tembonchure tour à tour pour attaquer en suite avec vigueur. Forte, piano, crescendo , tout sera senti et exécuté. Une telle symphonie ne peut être que d'un effet agréable et Tharmoniste le plus sévère en sera satisfait.
Mais , soit que nos compositeurs regardent la musique mlUlaite comme indigne de leurs soins, soit qu'ils ne connaissent ()as assez le mécaiiisnie des instrumens à vent , leurs ressources et les rapports qu'ils ont entr'eux , il existe très peu de bons ouvrages de ce genre, et l'on est réduit à exécuter des ouvertures d'opéra arrangées en harmonie. Ces ouvertures , composées pour les instrumens à cordes avec lesquels on surDionte les plus grandes difficultés sans gène et Ton fournit sans fatigue la carrière la plus longue, renferment des marches d'un contre-point serré , des traits, des effets que l'on tenterait vainement de rendre avec des clarinettes. Le violon peut être multiplié dans un orchestre , plusieurs clarinetles marchent difficilement ensemble dans les pasSfiges rapides. L'auteur se livre-t-il à des modulations qui l'éloignent du ton primitif? les cors et les trompettes ne pouvant plus parler, laissent un vide que rien ne remplit. Les exécutans obligés de soute-
'/'i MUS.
nir le discours musical , et de passer tour à tour da chant à l'accompagnement , n'ayant pas , comme dans la symphonie, de longs repos pour raffermir leur embouchure , arrivent au dénouement tout essouffles ; et ce dernier trait , dont la vivacité , la force et la clarté devraient réveiller l'attention , est précisément le plus faible et le plus embrouillé.
On joue aussi des airs d'opéra, dans lesquels la clarinette remplace la voix. Cela pourrait être bon quelfpiefois, si l'on choisissait avec goût des morceaux d'une harmonie simple et pure , et dont l'effet ne dépendit pas de l'esprit des paroles , d'un jeu de scène ou de la volubilité bouffonne d'un acteur. Que signifient les pétarades de basson qni, dans l'air udite tutti, udile du Mariage secret , ont été substituées aux accens de Géronimo? Pourquoi conserver des ritour^nelles qui, ne précédant plus la voix, sont sans objet et deviennent un double emploi fastidieux? Pourquoi donner à la seconde clarinette des traits de second violon, qu'elle ne saurait rendre? Pour bien arranger un air, il faut renverser de fond en comble l'édifice du compositeur , et en élever ensuite un nouveau avec les mêmes matériaux, et d'après le même dessin. Mais cela demande des connaissances que la plupart de nqs arrangeurs sont bien loin de posséder.
Les airs d'opéra sont charmans pour des sérénades ou d'autres divertissemens de cette nature 5 ils peuvent donner lieu à d'ingénieuses allitôions , par l'expressian mémorative qu'ils conservent , quoiqu'on les ait privés de leurs paroles. Mais par la même raison on devrait,
se faire une loi de ne les exéctiter jamais dans 1rs églises. Rien n'est si pauvre , si pitoyable qu'une telle bigarrure d'airs. Au lieu d'ajouter à la pompe du service divin et au recueillement des fidèles , cette musique de ménétriers va leur donner des distractions très-profànes , et les ramener au bal ou à l'Opéra. La musette de Joconde met sous les yeux la situation théâtrale , qui rappelle à son tour le récit de La Fontaine , et l'on ne sait pas où l'imagination s'arrêtera.
La marche est la partie la plus brillante de la mu- ^ique militaire^ et c'est dans cette partie que l'on remarque les défauts les plus grands. Le compositeur emploie les instrumens de percussion tels que les tambours , cymbales , triangles, sistres, clochettes , beffroi. Ces accessoires s'accordent bien avec le caractère martial de la musique , mais il faut nécessairement que l'harmonie présente des masses capables de soutenir ce poids sans en être écrasée , anéantie. N'imitez pas ces barbares qui font accompagner de faibles clarinettes par une légion de tambours. Ils ont leurs raisons pour cela , mais les tambours se taisent de temps en temps ^ et laissent à découvert de bizarres compositions. Analysez, s'il est possible, ce fracas discordant que produit la réunion de toutes les hérésies musicales. Chants surannés, basses ridicules, sons heurtés, confusion dans les parties intermédiaires et vide dans les régions de*la basse , où le trombone privé , le plus souvent , du secours précieux des bassons , çst obligé de jouer des traits d'une exécution aussi désagréable que difficile. Voilà cependant ce que Ton
entend presque partout dans un pays où la musique instrumentale est portée à son plus haut degré de perfecliou. Je sais bien que l'on doit s'accoutumer au médiocre, et supporter quelquefois le mauvais. Mais il faudrait au moins que Ton gardât une certaine décence eu ne produisant pas si souvent le dernier degré du détestable.
Tout le mal vient de ce que les marches sont faites par des personnes qui , la plupart ^ ignorent les premiers principes de l'harmonie. Un chef de musique <îroirait son honneur compromis , s'il ne donnait pas du sien et toujours du sien. Ses musiciens ne peuvent suffire à jouer les trivialités qu'il leur fournit. Que doiton espérer de lui? rien. H ne sait ce qu'il fait; il reproduira sans cesse les mêmes motifs , les mêmes tours ; sa plume timide n'oserait hasarder la moindre modulation; ses cors, ses trompettes, rediront les passages mille fois répétés, et qu'une main habile et exercée •rejette pour s'éloigner de la route battue par le servum pecas , la bande moutonne des ignorans. H peut avoir une bonne idée , mais ce n'est pas tout de la trouver , il faut encore la mettre en œuvre, la présenter avec art , -suivre un motif, en tirer parti, et c'est ce qu'il ne fera pas.
D'où vient que les corps de musique des régimens allemands ont été si fort applaudis dans nos provinces qu'ils ont traversées? c'est que les ouvrages qu'ib jouent sont bien faits, et que l'harmonie, écrite avec correction , en est d'mie admirable clarté. On n'exige des exécutans que de la précision , et, avec des répéti-
MUS. Tj
lions, on finit par l'obtenir. Les personnes qui ont entendu les orchestres de nos rëgimens d'élite , conviendront sans peine que notre musique militaire, en i'éunissant toutes les qualités de celle des Allemands , vaut beaucoup mieux sous le rapport de la qualité du son , de l'expression, du charme et de l'ensemble , qui est produit par le sentiment, et non par les rigueurs de la discipline.
On pourrait amener peu à peu tous nos musicien» militaires à ce degré de perfection. Il suffirait, pour cela, d'astreindre le chef de musique, qui n'a pas l'instruction nécessaire pour créer, à se pourvoir de bons ouvrages gravés ou manuscrits ; il faudrait même tju'il ne lui fut permis de faire exécuter ses productions, qu'après avoir justifié de sa capacité par un certificat authentique délivré par des compositeurs connus 5 on parviendrait ainsi à donner des résultats satisfaisans , même avec des musiciens médiocres. Chaque répétition les conduirait au but , tandis qu'ils s'en éloignent en étudiant une composition vicieuse. Plus on mettra de soin dans son exécution , et plus les turpitudes du fabricateur deviendront sensibles et choquantes. Nettoyez un mauvais tableau , l'éponge va découvrir cent défauts que la poussière dérobait à vos yeux.
La musique militaire a deux systèmes d'accord bien distincts : l'un a pour base le ton de fa , et se rapporte parfaitement ^u diapason de l'orchestre 5 l'autre a pour base le ton de mi b, et est un ton plus bas que le même diapason. Le premier admet les flûte»
n8 MUS.
et les petites clarinettes en fa, les grandes clarinettes en iit^ les cors et les trompettes enfa; le second admet les flûtes et les petites darinetteis en mi b, les grandes clarinettes en si b, les cors et les trompettes en mi b. Les bassons, les trombones, les serpens jouent au naturel dans l'un et l'autre système 5 et l'on a soin d'écrire leurs parties en double exemplaire^ l'un en fa , l'autre en mi b , pour cjue l'exécutant n'ait jamais à les transposer, s'il se rencontrait qu'elles fussent notées dans un système opposé à celui adopté par le corps de musique dont il fait partie.
Chacun de ces systèmes d'accord a des avantages qui lui sont particuliers. Celui de fa est éclatant et martial, mais on peut lui reprocher d'être tant soit peu criard; il demande par conséquent d'habiles exécutans pour en modifier les sons trop aigus. Celui de mi b, moins brillant , donne une harmonie moelleuse , suave et nourrie. Un corps de musique militaire bien organisé doit posséder les instrumens propres à chaque système pour jouer les marches dans le ton de fa, et se servir du système de m.i b pour les cérémonies re«» ligieuses , les sérénades , la musique de chambre. Un orchestre militaire se compose de
2 flûtes en fa , ou en m,i b ;
2 clarinettes enfa, ou en mi b 5
2 premiers hautbois ;
2 seconds hautbois ;
6 premières clarinettes en ut, ou en si b ;
6 secondes clarinettes en ut, ou en si b ;
2 trompettes enfa, ou en ?ni-h f
'4 cors en fa, ou en mil);
6 bassons;
2 trombones ;
2 contrebassons.
On peut réduire cet ortliestre , en supprimant là moitié de chacune de ces quantités d'instrumcns , et ies quatre hautbois.
On remarque maintenant qu'il y a peu de bassons dans nos musiques militaires. Les colonels se décident difficilement à payer des bassonistes , attendu que leur instrument fait peu de bruit , et que d'ailleurs on croit en remplacer plusieurs avec un seul trombone : cette parcimonie prive leur orchestre de son charme le plus puissant. Les bassons fournissent aux milieux et forment, avec les cors, ce remplissage riche d'harmonie , ces masses de son sur lesquels le chant se dessine avec élégance , tandis que le trombone et le contrebasson frappent au grave les grosses notes de basse , et marquent ainsi le rhythme et la mesure : car c'est là la véritable et unique destination de ces instrumens; et si, faute de bassons, vous leur faites suivre une marche plus rapide, si vous les forcez à articuler <les traits ou même de simples gammes , c'est vouloir tomber dans la barbarie , et imiter les ridicules fanfares des marchands d'orviétan.
On appelle assez généralement harmonie, la réunion des musiciens qui précèdent un régiment , ou de t;eux qui, dans un orchestre, exécutent les parties destinées aux instrumens à vent. On donne le mcme nom à la musique écrite pour six, huit, dix instru-
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mens à vent. L liarmonie de ce régiment est fort bonne. Les Instrumens à cordes de cet orchestre sojit excellens, mais l'harmonie en est mauifciise» La marche de Mcd'Je est exécutée par l'harmonie seule. Harmonie à six , à huit, ouverture y airs arrangés en harmonie.
Aurait-on cru remarquer que Tharmonie , produite par plusieurs instrumens à vent, avait quelque chose de plus mordant et de plus flatteur que celle^ des violons, pour donner à leur réunion et à leurs résultats le nom ^harmonie qui, employé de cette manière et par antonomase, signifie que l'harmonie par excellence est celle des cors , des clarinettes , des hautbois , etc. Et quel titre donnerons-nous aux accords produits par l'union des violons et des basses , ou par des voix mélodieuses et sonores ?
Quoique l'usage ait à peu près consacré cette manière de s'exprimer , nous ne croyons pas devoir l'adopter; rien ne saurait la justifier , elle est vicieuse sur tous les points, inintelligible pour les étrangers à cause des doubles sens qu'elle présente sans cesse, et l'on doit par conséquent l'abandonner à la routine qui a tenté de l'introduire dans le vocabulaire musical.
Un compositeur qui publie un ouvrage , écrit pour les instrumens à vent peut l'intituler : Marches, Syinphonie, etc. à grand orcliestre militaire. Ouverture arrangée à grand orchestre militaire. Sextuor pour deux clarinettes^ deux cors et deux bassons ^ etc.
Les flûtes , les hautbois , les clarinettes , les cors , les bassons, etc. sont très-bien désignés dans l'orchestre