‹ Dictionnaire de musique moderneChapitre 36 sur 119 · OR G · texte numérisé non relu

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que qui est propre à cet instrument , mais celui bien , plus rare d'improviser tout ce qu'il joue. C'est le musicien des musiciens.

Rameau , d'Aquin , Couperin , Balbâtre , Séjan , Vogel, Nicolo , et Lien mieux encore, Mozart , Keller, Bach, Handel, etc., sont des noms fameux dans les fastes de l'orgue.

Autrefois on comptait en France un certain nombre de bons organistes, Ds deviennent de jour en jour plus rares , parce qu'on néglige de faire les études qu'un si grand art demande , et que les orages révolutionnaires ayant rendu les orgues muettes pendant vingt-cinq ans , les jeunes musiciens n'ont pas donné leurs soins à un instrument qui paraissait abandonné pour toujours.

Il y a maintenant une classe d'orgue à l'Ecole Royale de musique et de déclamation. Malgré les soins que l'on prend pour former des organistes il est bien difficile que l'on y parvienne. Il faut être un foudre de guerre pour réussir sur l'orgue et quand après vingt ans d'études on a atteint le plus haut degré du talent, quand on a été assez heureux pour obtenir la première place d'organiste de France , un misérâble traitement de cent francs par mois est offert à l'artiste pour prix de ses nobles travaux.

Orgue, s. nu au sing, et f. au plur. Instrument de musique à vent et à clavier. \Sorgue est moins un instrument qu'une machine qui en renferme une collection. C'est une sorte d'orchestre mécanique qui est aux ordres de celui qui en connaît le clavier.

\J orgue a plusieurs jeux ou registres et un très-graud nombre de tuyaux ; il a un , deux , trois et même quatre claviers, composés de quatre octaves et demie; il y a de plus un clavier de pédales qui contient une ou deux octaves. Le jeu principal que nous nommons vulgairement bourdon est en huit pieds , en seize pieds , et même en trente-deux pieds ; V orgue a encore des soufflets, des ventilles, etc., etc.

Ce fut sous le règne de Pépin , père de Gbarlemagne, que l'on commença à voir des orgues en Occident. En 7 57, l'empereur d'Orient, Constantin Copronyme , en envoya un à ce prince , qui en fit présent à l'Eglise de S. Corneille de Compiègne. L'usage ne tarda pas à s'en répandre dans toutes les églises de France , d'Italie et d'Angleterre. Cet instrument était alors bien peu étendu puisqu'il était borné au seul jeu de la régale, qui même n'y existe plus ; mais son introduction n'est pas moins remarquable, à raison de l'influence qu'il a exercée sur les progrès de l'art en fournissant des moyens d'exécution jusqu'alors inconnus.

Quoique V orgue ait le même clavier et le même doigter que le piano, un habile pianiste ne pourra se faire entendre sur Vorgue qu'après avoir fait une étude particulière de cet instrument , dont les sons se prolongent sous les doigts , tandis que ceux du piano expirent d'eux-mêmes. Il faut d'ailleurs s'accoutumer à remplir la partie grave avec les pieds, la main gauche ne devant servir qu'à fournir aux milieux du dessin harmonique.

Dans les très-grandes comme dans les très-petites

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églises, on a de petites orgues portatives, avec trois, quatre , cinq , six , ou au plus huit registres 5 celles-ci n'ont qu'un clavier et point de pédale.

Il serait à désirer que dans le chœur de toutes les églises , il y eût un petit orgue d'accompagnement ; cet instrument, soutenu d'une contrebasse, produirait une excellente harmonie sur le plain-chant. ( F'oy. Clavier, Jeu, Registre, Soufflet, Tuyaux.)

Orgue a cylindre , est celui qui va par le moyen d'un cylindre , sur lequel on a noté un certain nombre de morceaux de musique avec des pointes. Ces pointes font mouvoir les touches d'un clavier, qui leur est approprié. C'est au moyen d'une manivelle que l'on tourne^ que le cylindre se meut et présente successivement , ou plusieurs à la fois , ses pointes aux touches qui répondent aux tuyaux. Les orgues d" Allemagne ^ les orgues de Barbarie , dont les chanteurs des rues s'accompagnent^ les serinettes, les merlines, sont des orgues à cylindre . Lorsque l'on a joué un air avec ces orgues , et que l'on veut en faire entendre un autre , on fait avancer ou reculer le cylindre d'un ou plusieurs degrés, en consultant une table qui porte le nom et le numéro de chaque air, et le cylindre changeant de position , présente aux touches un nouvel arrangement de pointes.

M. de Castellet d'Arles a construit trente-deux cylindres , de quatre pieds de diamètre , et les a adaptés à l'orgue de Saint-Césaire de cette ville. Des versets de toute espèce , des accompagnemens pour les psau-

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m'es , les cantiques et les hymnes , des pièces d'offert toire, d'élévation, etc., étaient notés sur ces cylindres, non tels que l'organiste aurait pu "les exécuter, mais en grande partition . et avec la variété de discours et de jeux de l'orchestre. Dans les tutti de l'ouverture à'IpJiigénie en Aulide ^ ou distinguait parfaitement les traits des premiers violons et des hauthois, les arpèges des seconds violons et des violes , la marche de la basse , les tenues des cors , des bassons et des flûtes , les grosses notes des trompettes , des trombones et des timbales. Ce que l'organiste ne rend qu'imparfaitement , puisqu'il ne peut pas donner plus de trois ou quatre parties qui se doublant sur elles-mêmes , pré* sentent des dessins uniformes dans des octaves différentes. Cet orgue a été détruit pendant la révolution. Le répertoire des orgues de Barbarie varie de temps en temps; les personnes qui les promènent de rue en rue , pour le tourment de ceux qui sont condamnés à les entendre, ont soin de faire noter sur leur cylindre les airs nouveaux qui obtiennent le plus de faveur; mais elles semblent avoir contracté un lien indissoluble avec l'ouverture de la Caravane , et il est fort heureux pour elles que Grétry l'ait composée.

Orgue hydraulique, celui dont les soufflets, ou les cylindres et les soufflets , sont mis en jeu par le moyen de l'eau.

Comme l'humidité est extrêmement nuisible aux orgues , ce moyen n'est plus employé.

Orphée était fils d'iEagre, roi de X\ race, et de la

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Muse CalUope, père de Musée, et disciple de Linus. D'autres l'ont dit fils d'Apollon. Il avait cultivé un des premiers la cithare : pour prouver combien il excellait dans cet art . on publia qu'il T avait reçue d'Apollon ou de Mercure, et qu'il avait ajouté deux cordes aux sept premières. On lui attribuait aussi l'invention du vers hexamètre. L'union de la poésie , de la musique avec les sciences les plus sublimes de ce temps, fit i^L Orphée, non -seulement un philosophe, mais aussi un grand théologien. /

Orphée perdit sa jeune compagne Eurydice, qu'un serpent caché sous des fleurs avait mordue ; il en fiit inconsolable, et par un dévouement de l'amour conjugal , il osa pénétrer dans les enfers. Les sons de sa lyre attendrirent les démons ; Proserpiue et Pluton lui per^ mirent de ramener Eurydice sur la terre , à condition qu'il ne la regarderait pas qu'il n'y fût parvenu. Orphée promit, mais il ne put résister au désir de revoir plus tôt son épouse chérie , il la regarda , elle s'évanouit, et il la perdit pour jamais. Cette fable est le sujet d'un superbe épisode des Géorgiques de Vugile, d'un opéra sublime de Gluck , et d'un grand nombre de beaux tableaux.

Quelques auteurs font périr Orphée d'un coup de foudre, en punition d'avoir révélé à des profanes les mystères les plus secrets. Suivant une autre tradition, les femmes de Thrace , irritées de ce que leurs maris les abandonnaient pour *le suivre , lui dressèrent des embûches, et malgré la crainte qui les retint pendant quelque temps , elles le firent mourir.

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Les poésies ^Orphée étaient fort courtes et en petit nombre. Les Lyconiides, famille athénienne, les savaient par cœur , et les chantaient en célébrant leurs mystères. Ces hymnes le cédaient pour l'élégance à ceux d'Homère; cependant la religion ayant adopté les premiers^ n'a pas fait le même honneur aux derniers ; au reste , nous n'avons plus aucun ouvrage de cet ancien poète. On disait, pour faire connaître l'étendue de son talent , que les sons de sa lyre attiraient autour de lui les bêtes les plus farouches , qui venaient le caresser.

Diciiur lenire tigres rabidosque leones.

Une urne de marbre , posée sur une colonne , tel était le tombeau d^ Orphée; il était en Macédoine près de la ville de Dion. Les Thraces disaient que les rossignols qui avaient leurs nids près du lieu où était ce monument, chantaient avec plus de mélodie et plus de force que tous les autres.

Plusieurs pierres gravées représentent Orphée , jouant de la lyre , et entouré de divers animaux. Celles où on lui a donné mi violon au lieu d'une lyre , ne sauraient être antiques.

Amphion et Linus tiennent le premier rang parmi les musiciens des temps fabuleux.

Orphéon, s. m. Instrument de musique monté avec des cordes de boyau , que l'on fait parler au moyen d'un clavier , et d'une roue qui porte un archet : il a la forme d'un très-petit piano. Ce même instrument,

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perfectionné par M. PouUeau, a été appelé orchestrino, petit orchestre.

Ouvert. ( Vq^^ez tuyaux.)

Ou\'ERTS. (^ Voyez TONS OUVERTS.)

Ouverture, s. f. Symphonie éclatante, passionnée , imposante , harmonieuse , qui sert de début aux opéras et aux ballets.

Quelques musiciens se sont imaginé bien saisir les rapports qui existent entre l'ordonnance d'une ou-verture , et celle du corps entier de l'ouvrage , en rassemblant d'avance dans Vouperture tous les caractères exprimés dans la pièce , comme s'ils voulaient exprimer deux fois la même action , et que ce qui est à venir fût déjà passé. Ce n'est pas cela : Vouverture la mieux entendue est celle qui dispose tellement les cœurs des spectateurs , qu'ils s'ouvrent sans effort à l'intérêt qu'on veut leur donner dès le commencement de la pièce. Voilà le véritable effet d'une bonne ouverture, voilà le plan sur lequel il la faut traiter.

Uouverture doit se confonner au drame d'une manière générale , et se lier surtout aux premières scènes qui la suivent immédiatement , sans recourir à des imitations mesquines , à des images énigmatiques qui ne tendent qu'à montrer l'impuissance de l'art, et le mauvais goût de Tartiste. Couverture fera connaître d'abord le caractère de l'opéra qu'elle précède, et donnera ensuite des pressentimens sur la nature des événemens, la violence des passions qui doivent occuper la

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scène, et quelquefois même sur les personnages, le lîeU et le temps où se passe l'action. Ainsi , les ouperlureé ÔLlphigénie en Aiilide et de la Clémence de Titus , nous disposent à une action vive , intéressante, et d'une grande noblesse. Celles deZ)émop?ioo?ietde 3Iontano nous donnent l'expression du délire impétueux des passions. Nous trouverons la majesté patriarcliale , la solennité religieuse , dans Voinferture de Joseph; celle de Jean de Paris a la couleur chevaleresque ; celle de Don Juan, quelque chose de bizarre et de fantastique qui convient bien au drame qu'elle précède; celles des Noces de Figaro et du Mariage Secret sont pleines d'esprit , d'enjouement et de beautés harmoniques ; on ne saurait préluder d'une manière plus brillante aux jeux d'Euterpe et de Thalie.

\S ouverture à' Henri JF annonce une bataille; le pizzicato placé dans celle de V Amant Jaloux y fait prévoir la sérénade qui noue si bien l'intrigue à la fin du second acte. Les ou\>ertures de Richard ^àe Barbe Bleue, au. Château de Monténéro^ rappellent le bon vieux temps ; celles de V£!preupe P^illageoise et de Joconde nous conduisent dans un hameau riant; et celles des Bajadères et de Gulistan nous transportent aux Indes et à Samarcande.

Un allégro de symphonie , rapide , brillant ou passionné , succédant à une courte introduction d'un mouvement grave, telle est la coupe généralement adoptée pour les ouvertures. Gluck en a donné le premier modèle dans son merveilleux chef-d'œuvre, et les compositeurs de toutes les nations l'ont suivi.

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