DUE
Les mêmes sentiments, les mêmes situations qui dans l'opéra amènent l'air , donnent lieu aux duos , aux trios , aux quatuors, etc. La seule différence que l'on y remarque, c'est que le concours des interlocuteurs animant le discours musical , le compositeur ne se trouve point obligé de recourir si souvent au chant instrumental , aux traits d'orchestre pour faire reposer les chanteurs et leur donner le temps de prendre haleine.
Dans le duo vocal de l'opéra il convient de distinguer si les acteurs se trouvent dans une situation si parfaitement la même qu'ils doivent exprimer leurs sentiments de la même manière. Dans ce cas le même chant alternatif, chant qui dans l'union des deux voix marche par tierces ou par sixtes, peut très bien convenir, et peut être même d'un grand effet. Tout cela ne peut pas avoir lieu si le duo est exécuté par des personnages mus par un caractère et par des affections différentes. Dans ce cas le chant alternatif ne peut être le même (à moins qu'il ne soit modifié par un accompagnement différent), et la marche par tierces ou par sixtes n'est pas applicable à l'union des deux voix. Néanmoins le véritable compositeur doué de génie pourra unir les parties de manière à ce qu'elles produisent un grand effet ; pour arriver à ce résultat il modifiera par des passages mélodieux le sentiment individuel de chaque partie ; il introduira surtout quelque imitation, quelque trait de contrepoint , en faisant attention à l'unité de la mélodie.
Les duos qui font le plus d'effet , dit Rousseau , sont ceux des voix égales, parce que l'harmonie en est plus rapprochée, et entre les voix égales, celles qui font le plus d'effet sont les dessus; néanmoins mille exemples contraires combattent cette assertion, et même beaucoup de connaisseurs du beau, décidés peut-être par des raisons puissantes , prétendent que la voix de ténor a la prérogative sur toutes les autres d'exprimer tout ce qui est touchant et va à l'ame.