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OUVRAGE SOUFFERT AU THÉÂTRE ET UN BON OUVRAGE

Le théâtre est le pays des illusions; tout y est disposé pour ravir le cœur, et lorsqu'on arrive à s'en emparer, il devient très facile d'obtenir une pleine indulgence pour un grand nombre d'erreurs. L'œil que des tableaux riches et variés éblouissent et fascinent, contemple l'ensemble d'une œuvre sans se fixer sur chacune des parties séparément; la femme parvenue à cinquante ans peut bien, avec du blanc et du rouge , nous faire accroire qu'elle est encore à son printemps. L'œil se laisse tromper : l'oreille pourrait-elle être plus délicate ?

Les représentations théâtrales ont pour nous un charme si puissant que les sentiments, les idées, les passions, les situations, l'exécution, donnent souvent à un duo, à un trio, etc., une réputation qu'ils n'ont jamais méritée. Soutenu quelquefois par un poème plein d'esprit et de finesse, un compositeur médiocre occupe pendant quelque temps le public , et , à l'aide des journaux , il parvient à se faire une espèce de célébrité parmi le vulgaire. Tel opéra, qui n'a rien à faire avec la poésie et l'action, produit un effet prodigieux au théâtre, est accueilli avec enthousiasme , et sifflé par toute l'Europe musicale. Qu'on ôte à la coquette son fard, et l'on verra ce qu'il lui reste de ses charmes attrayants.

Quelle n'est donc pas la distance qui existe entre l'éblouissant éclat des faux bijoux et l'éclat dont le vrai diamant scintille; entre l'étalage d'une pompe extérieure et une magnificence noble et intrinsèque ; entre la lumière dont brillent les machines assourdissantes des feux artificiels et une charmante illumination bien disposée ; entre un coup d'or-

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chestre qui détraque le tympan auriculaire et une seule note qui ravit ; entre la force de la masse et la force de la diction ; entre la grimace et la grâce ; entre la musique qui fait mouvoir les jambes et celle qui remue le cœur; entre les applaudissements momentanés et les suffrages durables.

EGERSIS, s. /'. — Hymne que les nouveaux mariés chantaient à leur lever, en Grèce.

EGIZIANI = ÉGYPTIENS (détails historiques sur la musique des). — C'est une opinion généralement reçue que l'Egypte est le pays le plus ancien où l'on ait cultivé les sciences et les lettres; l'Egypte, au temps d'Abraham, était déjà une puissance, tandis que les Hébreux ne formaient qu'une petite nation.

Comme presque tous les peuples, les Égyptiens ont attribué à leurs premiers souverains, à Osiris, Isis, Mercure ou Ermès, etc., l'invention des sciences et des arts qui ont illustré leur pays.

L'historien hébreu Philon , et Clément, d'Alexandrie, assurent que Moïse a appris des Égyptiens l'arithmétique, la géométrie et la musique. Pythagore même doit aux prêtres égyptiens la plus grande partie de ses connaissances et spécialement celle de la musique {Diog. Laert. in vit. Pithag. ). De là on peut conjecturer que ce peuple a aussi trouvé les premiers et les plus simples principes de l'harmonie, ou l'étendue des sons et les règles de leurs rapports. Néanmoins quelques auteurs prétendent que la division de l'octave en douze demi-tons était déjà connue en Chine long-temps avant Pythagore et Mercure, et même avant l'existence des prêtres égyptiens; mais cette opinion est d'autant moins digne de foi que l'ère chinoise est elle-même beaucoup plus fabuleuse encore que celle des Egyptiens. Du reste la plupart des historiens, en commençant par Diodore jusqu'aux temps modernes, prétendent que les Égyptiens méprisaient la musique et la considéraient non seulement

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comme un art inutile, mais même comme un art dangereux. Cette assertion est cependant réfutée par le témoignage de Platon qui se trouvait en Egypte plusieurs siècles avant Diodore ; par celui de Diodore qui , dans quelques passages de sa Bibliothèque historique, se contredit lui-même ; et enfin par Hérodote , plus ancien que les deux auteurs précédents. Ce dernier assure que -les Égyptiens ont été les premiers à instituer des fêtes et des cérémonies en l'honneur des dieux, et il fait une longue dissertation sur l'usage de la musique dans ces circonstances.

On ne peut rien dire sur les qualités intrinsèques de la musique égyptienne, tous les indices donnés par quelques auteurs et surtout par Roussier n'étant que des conjectures.

Tout en établissant un système musical Égyptien qu'il compare au nôtre pour en faire remarquer la différence, Roussier finit par avouer qu'il ne prétend pas garantir l'authenticité de ce système. Afin cependant de démontrer sur quels fondements ce système musical des Égyptiens était appuyé , nous ferons observer d'abord qu'ils trouvaient une certaine correspondance entre les sons de leur gamme et l'ordre des planètes, des jours de la semaine , et des heures du jour. Cette correspondance des rapports des sons ne se basait que sur la ressemblance des distances qu'on observe dans ces objets. Ainsi, par exemple, ils trouvaient entre le son le plus grave et le son le plus aigu de leur gamme, le même rapport qui existe entre la planète de Saturne la plus éloignée de la terre, et la lune qui en approche le plus. On peut dire la même chose de la comparaison des sons avec les jours de la semaine. Roussier assigne aux Égyptiens une gamme diatonique semblable à la nôtre; mais où en est la preuve? La trouverait-on dans la vénération des anciens et surtout des Égyptiens pour le nombre sept ? Dion Cassius ne dit mot de cela. Et d'ailleurs la lyre à trois cordes, inventée selon Diodore par Mercure, et l'allusion de ces trois cordes aux

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trois saisons, ne prouvent-elles pas que les Égyptiens ont pu aussi dans leur division s'écarter du nombre sacré sept? Les Grecs, élèves en musique des Égyptiens , n'ont pas su diviser les sons de la gamme en eptacordes : la division tétracordale est le plus haut degré où ils soient parvenus. Même dans des temps plus rapprochés de nous, on fut obligé de se contenter pendant des siècles de l'exacorde , division peu naturelle. Ce n'est qu'avec beaucoup de peine et de travail que l'on a enfin découvert que la division de l'octave était la plus naturelle et la plus commode.

Le rapport entre la gamme égyptienne et les heures du jour est un peu plus compliqué que les deux précédents. Nous avons par-là la certitude de la prédilection des Égyptiens pour les allégories et les jeux mystérieux, ce qui est propre à obscurcir la chose plutôt qu'à l'éclaircir. Celui qui serait amateur de semblables observations trouverait une abondante matière dans l'ouvrage de Roussier intitulé : Mémoires sur ia musique des anciens, et dans les lettres à V auteur du Journal des Beaux- Arts et des Sciences. Il suffira ici d'indiquer les allégories des deux premiers rapports.

Les Égytiens, en faisant correspondre une planète à un des jours de la semaine, les avaient disposés de quatre en quatre pour former une harmonie appelée quarte. En voici l'explication.

Les sons de leur gamme correspondaient aux notes de la nôtre , arrangées dans cet ordre : si do ré mi fa soi ia , et leur correspondance avec les sept planètes était dans l'ordre suivant :

si do ré mi fa soi la

Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Vénus, Mercure, la Lune.

Lorsqu'en commençant par si on forme de ces sons un

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ordre de quatre , et en ajoutant à chacun la planète correspondante, on a, d'une part, une suite de consonnances qui étaient la base fondamentale de la gamme égyptienne, et, d'autre part , une suite de jours de la semaine égyptienne , qui commençait le samedi, comme on peut le voir par l'exemple ci -joint :

Samedi Dimanche

si do ré Mi fa sol

Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Venus, Mercure,

Lundi Mardi

La si do Ré mi fa

La Lune, Saturne, Jupiter, Mars, le Soleil, Vénus.

Mercredi Jeudi

Sot ta si Do ré

Mercure, la Lune, Saturne, Jupiter, Mars.

Vendredi mi Fa sol la

Le Soleil, Vénus, Mercure, la Lune.

C'est sur cette succession de consonnances si mi la ré sol do fa, représentée par les planètes correspondantes aux jours de la semaine , que les Égyptiens ont voulu baser les principes fondamentaux de leur gamme; principes dont il ne reste plus aucun vestige parmi les modernes Égyptiens, peutêtre parce que ce système n'a jamais existé et qu'il n'est qu'une pure hypothèse pour ne pas dire un songe de M. Roussier.

Les Égyptiens ont fait peu d'usage de la musique ; ils se bornèrent à la mêler aux fêtes , aux cérémonies et aux processions en l'honneur de leurs dieux et aux funérailles. Ils ne

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