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n'est jamais représenté sans avoir auparavant aplani toutes les difficultés, expliqué les points douteux, et sans être convenu des licences que chacun devra prendre. L'ensemble d'un orchestre est donc produit par la puissance de la mesure et par l'étude que chaque exécutant s'est faite de se régler sur ses collaborateurs.

Plus une composition musicale est parfaite, et plus la nécessité de la bien exécuter se fait sentir; les pensées grandioses , les détails ingénieux des ouvrages des grands compositeurs demandent une perfection d'exécution, un fini qui ne laissent rien à désirer. La bonne musique a fait naître les bons orchestres.

Le talent du chef d'orchestre influe beaucoup sur l'exécution. Chaque musicien en particulier serait capable de rendre parfaitement sa partie , mais dans les grandes réunions il faut que la volonté soit une, et que le plus habile se soumette à la commune loi. Dépositaire des secrets du compositeur, le chef d'orchestre a sous les yeux la partition qui lui fait connaître ce que chacun doit faire. Il inspire une noble confiance aux exécutants , les anime ou retient leur fougue impétueuse , et chacun, en suivant un tel guide, surmonte les difficultés qu'il attaque sans crainte. C'est à force de jouer ensemble et sous la direction du même chef, que les artistes qui composent un orchestre peuvent arriver à la plus grande perfection possible ; ce qu'on n'obtiendrait certainement pas si , composant un orchestre des plus grands instrumentistes de l'Europe, on voulait leur faire exécuter pour la première fois ensemble une symphonie.

On appelle encore exécution la faculté à lire ou à exécuter une partie vocale ou instrumentale, et l'on dit qu'un musicien a beaucoup d'exécution lorsqu'il est un bon exécutant, lorsqu'il exécute correctement sans hésiter à la première vue les choses les plus difficiles.

ESEGUIRE = EXÉCUTER, v. a. — C'est chanter ou

jouer une ou plusieurs parties d'une composition musicale; et c'est aussi jouer ou chanter toutes les parties, soit vocales, soit instrumentales qu'elle contient. Si une pièce de musique est exécutée avec précision et avec expression, on dit qu'elle a été bien , très bien exécutée ; dans le cas contraire , on dit que l'exécution a été mauvaise, très mauvaise, détestable.

ESEQUIE == OBSÈQUES, s. f. pi- C'est le nom que l'on donne à ces prières et cérémonies de l'église catholique qui ont lieu le jour des funérailles , autour du cercueil , placé au milieu de l'église, ou le jour anniversaire des cérémonies mortuaires. Les morceaux de musique, comme le Limera, etc., s'appellent aussi obsèques.

ESERCIZJ = EXERCICES, s. m. p. — Pièces de musique composées sur un trait difficile pour la voix , ou une manière de doigter, particulière et scabreuse pour les instruments, que l'on essaie sur tous les degrés de l'échelle et sur toutes les positions , en suivant diverses modulations. Les exercices n'étant destinés qu'au travail de cabinet et à familiariser l'élève avec les difficultés de tous les genres qu'il rencontrera dans les oeuvres des maîtres fameux , on ne s'attache nullement à les rendre agréables à l'oreille. Quelques uns se distinguent par leur marche régulière ; mais la plupart ne sont qu'un bizarre assemblage de notes qui ne forment pas un chant suivi.

Il y a beaucoup de ressemblance entre les exercices et les études; ce qui les distingue cependant, c'est que les dernières n'ont pour objet que le genre instrumental, tandis que les exercices se rapportent aux voix et aux instruments.

On remarque aussi que la facture des études est plus régulière que celle des exercices qui sont purement élémentaires.

ESI MI. — (Voy. A).

ESPRESIONE = EXPRESSION , s. /'. — Par expression

musicale on entend cette qualité que possède le musicien qui sent vraiment et rend avec énergie toutes les idées et tous les sentiments qu'il doit exprimer. Il y a l'expression de composition et l'expression d'exécution ; de leurs concours résulte l'effet le plus agréable et le plus puissant.

On a beaucoup écrit sur ce sujet , mais tous les hommes n'étant pas également sensibles aux charmes de la musique , les uns ont étendu le domaine de l'expression jusqu'à l'infini, les autres l'ont mis au rang des chimères [Y Expression musicale mise au rang des chimères, par Boyé). Et l'on s'étonne que Rameau, auteur d'un nouveau système musical et de vingt opéras, ait pu dire : « Qu'on me donne la Gazette de Hollande, et je la mettrai en musique, » Ces deux opinions si exagérées s'éloignent également de la vérité et de la raison. Il faut avoir pour la musique tout l'aveuglement que produit l'enthousiasme , pour se persuader que cet art peut rendre les plus petites nuances des caractères peu tranchés, ou pousser loin la manie du paradoxe, pour lui refuser toute espèce d'expression, sophisme que combat l'histoire même de la musique.

L'expression de la musique n'est parfaite que lorsque la poésie lui vient en aide. La musique déguise les traits que le poète dirige vers le cœur, et ces deux arts se réunissent pour former un langage divin.

Si le compositeur veut obtenir cet heureux accord des paroles et de la musique , il faut qu'il lise le libretto avec toute l'attention dont il est susceptible, et qu'il se pénètre parfaitement du sujet de l'action ; il doit vivre dans les personnages du poème, être lui-même le tyran, le héros, l'amant; il doit ressentir la douleur, le charme de l'amour, lïnsulte, l'effroi, les angoisses de la mort. Il doit être, comme le personnage , irrité, furieux ; il faut qu'il espère , qu'il désespère, que son sang bouillonne dans ses veines; c'est alors que les sons, les accords et les mélodies s'échauffent au feu de l'en-

thousiasme qui enflamme son imagination, et que le poème sort de sa tête exprimé dans l'admirable langage de la musique.

Il existe dans les affections et les passions des nuances si légères et si imperceptibles , qu'il est très facile de se tromper sur leur expression.X'hilarité d'une reine n'est pas celle d'une femme du peuple; la colère d'un héros demande d'autres accents que celle d'un simple soldat.

L'expression se trouve tantôt dans la partie vocale , tantôt dans la partie instrumentale » et quelquefois dans les deux à la fois. Lorsqu'on veut exprimer des sentiments doux et affectueux, la partie vocale est l'objet principal; l'orchestre la soutient et remplit les moments où l'acteur reste en silence. On emploie dans ce cas une harmonie naturelle et des modulations simples et douces; mais si l'on veut rendre des passions fortes , comme la colère , la vengeance , la voix ne peut plus suffire et le compositeur doit appeler l'orchestre à son secours.

Que le compositeur fasse bien attention à suivre le caractère de son poème et à éviter toute discordance entre l'expression musicale et le sens des paroles , sans s'occuper mal à propos trop minutieusement de ces dernières. On a su exprimer les mots détours tortueux, avec des lignes circulaires représentées par les figures des notes , et jusqu'ici il n'y avait rien à dire ; mais ces lignes furent bien ridiculement appliquées par un compositeur au mot esclavage, pour figurer les chaînes qui entourent le prisonnier. Un autre fit de YAgnus Dei une pastorale , probablement parce que agnus veut dire agneau , et que les agneaux ne vont pas sans berger. Grétry mit dans un duo de la Fausse Magie une cadence sur le mot cadence, bien qu'il ne s'agît que de la cadence d'un danseur. En général, il ne faut pas confondre l'expression qui est subjective avec l'imitation objective. Les fureurs de la jalousie , les remords d'un grand crime,

la douleur, l'allégresse, les hymnes religieux, les danses champêtres, les chants guerriers, enfin tout ce qui porte un caractère fortement prononcé , a une expression précise et réelle dont le compositeur ne peut s'écarter sans s'exposer à de graves censures. Mais il n'en est pas ainsi quand il s'agit des sentiments paisibles et des douces affections de l'ame ; la joie qui naît de l'amitié et d'un heureux amour ; les caprices et les inquiétudes de deux amants; les petites contrariétés qu'on rencontre dans le cours delà vie, tout cela n'offre que des demi-teintes; l'expression peut en être vraie, mais elle est indéterminée. C'est à l'acteur de donner une couleur au tableau par l'expression de son chant ou le mode de son exécution , en précisant parfaitement le caractère de la mélodie.

En peinture, le vert est toujours vert, le rouge toujours rouge , rien ne peut changer la nature des couleurs ; mais il n'en est pas ainsi en musique et en poésie, les phrases ne disent que ce qu'on veut leur faire dire; le même vers, le même motif, expriment alternativement des idées diamétralement opposées. Un amant dira à sa maîtresse : à ce soir... deux joueurs, deux gourmands, deux spadassins, deux malfaiteurs se rencontrent et se servent des mêmes expressions. Combien de projets différents exprimés par la même phrase : un rendez-vous galant , un brelan , un souper, un duel , un assassinat!... On conçoit facilement que l'accent de l'acteur peut seul peindre le sentiment qui l'agite ; la force de l'expression ne se trouve pas dans ce qu'il dit , mais dans la manière dont il le dit.

Le ton, la mesure, le rhythme, le mode, l'accompagnement , le choix des voix et des instruments , l'effet de l'harmonie , particulièrement celle qui convient à chaque sentiment, contribuent aussi à l'expression de la partie vocale. Si l'invention de la mélodie indique le génie du compositeur, on reconnaîtra tout de suite son esprit, son goût et son talent

dans le choix de l'harmonie et des instruments, suivant la situation qu'il traite ou le sentiment qu'il doit exprimer ; car l'expression musicale qui résulte de la combinaison du chant et de l'harmonie, est la partie la plus sublime de l'art, et tous les instruments ne peuvent pas servir pour le même effet. L'accompagnement d'un hymne religieux est autre chose que celui d'une romance, d'une pastorale, d'une marche. On voit aussi sans peine que la mesure à 3/4 ou à 6/8 a peu de noblesse dans un mouvement vif , et qu'appliquée à un sujet sérieux elle ne doit jamais avoir le caractère d'un air de danse.

Bien que la plus grande force de l'expression s'obtienne parla combinaison des sons, le choix de leur qualité irest pourtant pas indifférent. Noble et énergique, la voix de basse-taille convient parfaitement aux passions fortes, aux chants religieux , mais elle sera trop grave et trop rude pour exprimer les sentiments tendres. Le ténor se distingue par sa douceur et sa flexibilité ; ses accents nobles et touchants donnent au langage de l'amour l'expression la plus séduisante. La voix de femme réunit la force à la légèreté ; sensible et gracieuse dans les cordes moyennes, elle a dans les sons élevés l'éclat et la vigueur que demandent les grandes passions.

Ainsi que dans la peinture , la perfection dépend de trois qualités : le dessin , le coloris et l'expression ; de même dans la musique , l'excellence d'une composition dépend de trois qualités : la mélodie, l'harmonie et l'expression. La mélodie est le fruit de l'invention , la base et le fondement des deux autres qualités ; elle correspond tout à fait au dessin dans la peinture. L'harmonie donne a la mélodie la force et l'expression , comme le coloris donne la vie au dessin : dans les deux arts , l'expression résulte de la combinaison des deux autres qualités, et n'est autre chose que l'application particulière de ces qualités à un sujet donné; si leur union est parfaite.

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