ROL
ponctuée à droite et à gauche marque qu'il faut dire deux fois tant la partie qui précède que celle qui suit. Lorsque la reprise a seulement des points à sa gauche , c'est pour la répétition de ce qui précède ; et lorsqu'elle n'a des points qu'à sa droite, c'est pour la répétition de ce qui suit (fig. 128, a).
RITORNELLO, s. m. = RITOURNELLE, s. f. — Phrase assez courte exécutée par un ou plusieurs instruments et qui sert de prélude aux cavatines, aux airs , etc.
Dans les concertos la ritournelle est une espèce de symphonie , quelquefois en rapport avec la première partie du concerto , et quelquefois complètement différente.
On appelle aussi ritournelles ces traits d'orchestre qui se trouvent entre deux solos ou au milieu et même à la fin d'un air , d'un duo , etc.
RIVOLTO = RENVERSÉ, aclj. — En fait d'intervalle, renversé est opposé à direct , et en fait d'accords il est opposé à fondamental.
RIVOLTO = RENVERSEMENT, s. m. — Changement d'ordre dans les sons qui composent les accords , et dans les parties qui composent l'harmonie. Il est certain que dans tout accord il y a un ordre fondamental et naturel , qui est celui de la génération de l'accord même ; mais les circonstances d'une succession , le goût , l'expression , le beau chant, la variété, obligent souvent les compositeurs de changer cet ordre , et par conséquent la disposition des parties.
Renversement des parties. Dans le contrepoint double ( Voy. cet article) les parties se renversent quelquefois d'un bout à l'autre. i
ROLLO, ROLLANDO= ROULEMENT, s. m. — Le roulement s'exécute sur le tambour et la timbale par le mouvement alternatif de deux baguettes, et en frappant deux coups avec chacune. Le roulement de timbale produit un effet surprenant dans le crescendo et le forte d'un orchestre
nombreux. Plusieurs symphonies de Haydn commencent par un roulement de timbales (Voy. Timpani).
ROMANI = ROMAINS (notices historiques sur la musique des anciens). — Quoique l'histoire la plus ancienne des Romains se perde , comme celle de toutes les autres nations, dans la nuit des temps , néanmoins la plupart des historiens partagent l'opinion que les anciens Romains reçurent les premières notions de leurs sciences et de leurs arts des Etrusques et des Grecs, ce qui veut dire qu'ils tirèrent aussi de ces peuples leurs connaissances musicales. Au rapport de Denys d'Halicarnasse, de Strabon et de Tite-Live, les cérémonies religieuses et la musique vocale passèrent des Etrusques aux Romains, et les Arcades furent les premiers à introduire l'écriture et la musique instrumentale en Italie. Denys rapporte , en termes précis , que les fondateurs de Rome, Romulus et Rémus, furent instruits dans les arts grecs, entre autres dans la musique. Cette circonstance et l'usage que faisaient les Romains de la musique dans les fêtes de leurs dieux , dans les triomphes , funérailles , banquets , spectacles, etc., prouvent évidemment qu'ils ne méprisaient pas la musique, ainsi que le prétendent quelques auteurs. Ce qui vient encore à l'appui de notre assertion, c'est que presque tous les empereurs ont protégé cet art, et que plusieurs d'entre eux l'ont exercé.
La plus ancienne mention qui soit faite de la musique à Rome est une description du triomphe de Romulus, après sa victoire sur les habitants de Cécina, 749 ans avant J. C. Denys, d'Halicarnasse ( Antiquit. rom. , lib. 11 ) rapporte que dans cette occasion l'armée tout entière, rangée par divisions , suivit le char du vainqueur, chantant des hymnes aux dieux et célébrant son général en vers improvisés.
Dans les institutions religieuses de Numa Pompilius les Saii&ns étaient les gardiens des douze boucliers conservés dans le temple de Mars. Les Saliens, choisis, par Numa lui-
m ROM
même , parmi les fils des Patriciens , étaient chargés de porter tous les ans en procession, dans les rues de Rome , ces douze boucliers parmi lesquels se trouvait i'ancilé ou bouclier sacré que Numa feignit être tombé du Ciel , et à la conservation duquel il prétendit qu'était attachée la destinée de l'empire Romain. Les prêtres du dieu Mars célébraient cette fête en dansant , et la musique qui accompagnait ces danses était très bruyante; car les Saliens frappaient les boucliers les uns contre les autres à l'instar des Corybantes et des Dactyles Idéens. Dans ces processions on chantait aussi des hymnes , adressées au dieu de la guerre , qu'on appelait carmina saiiana. Cette fête durait trois jours et se célébrait au commencement du mois de mars ; c'était un grand honneur pour les Romains, même les plus distingués, que d'être admis parmi les Saliens. Scipion l'Africain , plusieurs princes de l'empire et quelques empereurs même ont appartenu à cet ordre. Le nom de Saliens dérive des mouvements très vifs que ces prêtres faisaient en dansant , et l'on croit que c'est pour cette raison qu'on appelait tous les autres danseurs Saitatores.
Servius Tullius, dont le règne commença 578 ans avant Jésus-Christ, distribua le peuple en classes ou centuries, et deux d'entre elles furent composées de joueurs de trompettes, de cornets, de tous les instruments enfin qui servaient dans les batailles à sonner la charge. Dans les lois des dix tables qui furent faites 450 ans avant Jésus-Christ , on trouve encore une mention particulière des musiciens. Par ces lois le nombre des joueurs de flûte qui assistaient aux funérailles, était limité à dix , et il y était ordonné que les louanges des hommes honorables {honoratorum virorum) seraient prononcées devant une assemblée du peuple, et que des chants lamentables , accompagnés du son de la flûte , s'uniraient à cette oraison funèbre.
Chez les Romains , comme chez les Grecs , les cérémonies
religieuses et les jeux scéniques étaient accompagnés de la musique. Après la défaite d'Antiochus-le-Grand,roide Syrie, on introduisit à Rome les psattriœ et les sambucistriœ , c'est-à-dire des femmes qui chantaient et jouaient des instruments à cordes dans les fêtes et pendant les repas. Il paraît qu'avant l'introduction de ces femmes les Romains n'avaient fait aucun usage des instruments à corde, et que ce n'est qu'à cette époque, c'est-à-dire 186 ans avant Jésus-Christ, que leur musique prit un nouvel accroissement. On peut donc conclure qu'à partir de la fondation de Rome jusqu'à cette époque , les progrès des Romains dans l'art musical ont été d'une faible importance. Nous avons vu que les Egyptiens , les Hébreux et les Grecs eurent bientôt trois espèces d'instruments de musique; mais les Romains, qui n'inventèrent même pas leurs instruments, et les reçurent des peuples étrangers, surtout des Etrusques et des Siciliens, ont eu besoin d'un laps de temps de cinq siècles pour arriver à pouvoir accompagner leurs chants d'instruments à cordes.
Sous le consulat de Manlius , le vainqueur des Gaulois , on attira à Rome , de toutes les parties du monde , une multitude de musiciens , surtout de la Grèce, pour célébrer avec plus d'éclat l'entrée triomphale de ce guerrier et contribuer aux jeux publics.
Suétone rend compte d'une fête publique, célébrée sous l'empire de Jules-César, et dit qu'il se trouvait alors à Rome de dix à douze mille chanteurs, chanteuses et instrumentistes. Après l'assassinat de cet empereur, lorsque son corps fut brûlé solennellement, tous les musiciens jetèrent leurs instruments dans les flammes pour témoigner de leur tristesse pour cet événement malheureux.
Auguste ne se montra pas moins favorable à la musique. Cet empereur organisa d'innombrables spectacles qu'il regardait comme le meilleur moyen de distraire le peuple et de le tenir soumis à l'obéissance ; il ordonna en outre que
toutes les comédies et tous les concerts (levaient être autorisés par de certains édiles nommés à cet 'effet , avant qu'il fût permis de les livrer au public. C'est de son temps qu'on commença à témoigner sa satisfaction ou son mécontentement par des battements de mains ou par des sifflets. Cet empereur récompensait richement les artistes distingués , et il était toujours le premier à manifester son approbation par des applaudissements.
Après sa mort , la musique commença à déchoir. Sa décadence fut encore plus complète, lorsque Tibère, à cause d'un meurtre commis en plein théâtre, bannit non seulement les acteurs et les musiciens , mais encore un grand nombre de spectateurs, et rendit Rome aussi triste qu'elle était joyeuse au temps d'Auguste. Tibère n'était pourtant pas ennemi de la musique, car il s'en occupait d'une manière toute particulière dans l'île Caprée.
Caligula rappela à Rome les musiciens avec les acteurs, en les comblant de bienfaits. Enorgueilli de sa belle voix, ce tyran avait la manie de vouloir se faire passer pour Apollon; il poussa même ce caprice jusqu'à se faire dorer la barbe, à l'occasion d'une grande fête, pour rendre ainsi plus frappante sa ressemblance avec le dieu delà musique. Claude protégea lui aussi la musique ; cependant il sentit un plus grand penchant pour les combats des gladiateurs que pour l'art musical.
iParmi tous les empereurs romains, aucun ne fut aussi passionné pour la musique que Néron, qui monta sur le trône 60 ans après la naissance de Jésus-Christ. Il avait une belle voix et chantait assez bien pour un chanteur de cette époque ; il jouait de la harpe et de la lyre de manière à pouvoir disputer les prix publics.
Néron débuta à Naples. Il entra dans cette ville sous le costume d'Apollon, suivi d'une foule des plus célèbres musiciens venus avec lui sur des milliers de chars. Au
moment d'entrer en scène, un fort tremblement de terre se fit sentir; mais Néron continua à chanter avec une imperturbable fermeté, malgré la fuite d'une partie des auditeurs. Malheureusement pour le genre humain le théâtre ne s'écroula qu'après la représentation. Ce tyran fut si satisfait des applaudissements qu'il reçut à Naples, qu'il eut toujours une prédilection particulière pour cette ville. Bientôt les musiciens accoururent de toutes les contrées pour l'entendre et pour juger par eux-mêmes des talents de l'empereur.
Il en retint cinq mille qui, dès ce moment, restèrent attachés à son service. Il leur donna un costume uniforme, et leur apprit de quelle manière il entendait être applaudi.
A son retour de Naples, le peuple romain était si impatient de le voir monter sur le théâtre , qu'il le pria un jour dans une des rues de Rome où Néron passait, de lui faire entendre sa voix divine. Des applaudissements vifs et prolongés furent le prix de cette complaisance inouïe. Dès ce moment, le maître du monde n'eut plus de difficulté à se mettre au rang des histrions, et à accepter sa part des rétributions publiques destinées à payer leur talent, regardant comme une chose précieuse tout ce qui lui venait de la musique.
Encouragé par ces succès, Néron se transforma pour ainsi dire en musicien ambulant , parcourut la Grèce chantant et jouant de la lyre, défiant les meilleurs musiciens dans chaque ville où il arrivait, et comme on le pense bien remportant toujours la victoire , non par la supériorité de ses talents , mais en gagnant ses juges et souvent ses rivaux eux-mêmes. Il concourut aussi aux jeux olympiques, et par l'emploi des mêmes moyens il fut couronné plusieurs fois; et pour qu'il ne restât plus aucun monument d'autres vainqueurs avant lui, il donna l'ordre d'abattre et de détruire leurs statues. Pendant son séjour en Grèce Néron envoyait au sénat romain les rapports de ses triomphes musicaux, et traitait en général sa folie comme une affaire d'une haute importance et de
laquelle dépendaient le bonheur et la destinée de l'empire.
A son retour de la Grèce, et suivant la coutume des vainqueurs dans les jeux olympiques, il entra dans plusieurs villes par une ouverture pratiquée tout exprès dans la muraille. A Rome , il fit son entrée sur le char triomphal d'Auguste , et à l'instar des conquérants , traînant à leur suite les rois qu'ils avaient vaincus , il attacha à son char Diodore , célèbre joueur de harpe, sur lequel il avait remporté la victoire. Devant lui marchaient mille huit cents personnes avec des couronnes aux mains , et sous chacune de ces couronnes on avait pris soin d'indiquer où elle avait été gagnée , quel était le nom de l'artiste vaincu , et quel était le chant qui avait assuré la palme au vainqueur.
On assure que sa voix était grêle et voilée {exigua et fusca) , mais qu'il prenait un soin tout particulier pour la conserver. Suétone rapporte que Néron dormait toujours sur le dos , avec une lame de plomb sur l'estomac, faisait un usage fréquent de purgatifs et d'émétiques, ne mangeait jamais de fruits, se privait de tout ce qui pouvait être nuisible à sa voix; et dans la crainte d'en altérer le timbre, il ne haranguait plus ni les soldats ni les sénateurs. Il avait toujours avec lui un officier , faisant les fonctions de phonasgue. Ce gardien de la voix devait avertir l'empereur lorsqu'il parlait trop haut ou forçait sa voix ; et si , emporté par quelque passion violente , Néron ne tenait pas compte de cet avertissement , le phonasgue avait l'ordre de lui fermer la bouche avec un linge. Il était si avide d'applaudissements, qu'il montait tous les jours sur le théâtre. Non seulement les sénateurs et les patriciens étaient appelés à venir l'entendre, mais la population de Rome tout entière jouissait du même honneur. Jamais il ne souffrait qu'on se retirât avant que lui-même ne fût fatigué, et souvent il retenait son auditoire un jour entier et quelquefois la nuit.
Des espions semés çà et là dans la foule surveillaient la
conduite des assistants, et malheur à quiconque manifestait le plus léger signe d'ennui ou de mécontentement. Les gens du peuple étaient punis à l'instant même par les soldats. Après la mort de ce monstre , tous les musiciens qu'il avait nourris et encouragés furent chassés de Rome, et l'art musical commença à décliner avec les autres arts, et disparut entièrement à la chute de l'empire jusqu'à son introduction dans l'église chrétienne, et la régénération de l'Italie moderne. Quoique presque tous les auteurs s'accordent à dire que les Romains n'eurent que de faibles connaissances en musique et que par conséquent ils ne contribuèrent aucunement aux progrès de cet art , quelques uns cependant prétendent qu'on ne peut pas du moins leur refuser le mérite d'avoir simplifié la notation des Grecs, en la remplaçant par les quinze lettres de leur alphabet, A -P. Malgré l'opinion de ces derniers auteurs il est certain que les Romains n'eurent même pas ce mérite, attendu que les améliorations apportées à la notation musicale grecque ont été introduites long-temps après la décadence de l'empire romain , améliorations que l'on peut regarder comme le premier pas vers la musique moderne. A l'appui de cette assertion on peut appeler le témoignage de quelques auteurs latins qui ont écrit sur la musique, et qui ne contiennent pas un mot sur l'introduction de ces lettres, ainsi qu'un fragment d'une mélodie sur l'hymne ambroisien, imprimé dans Meibomius avec les signes de la notation musicale des Grecs. Ces signes étaient donc en usage non seulement au quatrième siècle, mais encore aux temps de Boëce et de Martianus Capella qui écrivirent un siècle après, et dictèrent des préceptes sur la musique d'après le système musical des Grecs. (*) La simplification de la notation mu-
* Rousseau (voy. l'art. Notes dans son Dictionnaire) prétend que Boéce est celui qui a introduit dans (annotation les lettres de l'alphabet romain ; mais si cela était vrai , Boècc en aurait parlé dans son ouvrase intitulé :