‹ Dictionnaire de musique (volume 2)Chapitre 4 sur 364 · DU TRADUCTEUR. XV · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR. XV

Je crois avoir rempli , par la traduction de ce Dictionnaire, la lacune qui existait dans la littérature musicale française. Je n'ai rien négligé pour mener à bonne fin ce long et pénible travail , qui sera sans contredit le plus complet qu'on ait fait jusqu'à ce jour.

Je ne doute pas que l'ouvrage du docteur Lichtenthal ne soit salué en France par tous ceux qui cultivent ou qui aiment la musique , d'un accueil aussi favorable qu'il l'a été en Italie et en Allemagne.

A. — Cette lettre, la première dans tous les alphabets connus, excepté dans l'alphabet Ethiopien, où elle occupe la treizième place, désigne dans la musique moderne, du moins chez les Allemands et chez plusieurs autres peuples , le sixième degré de la gamme diatonique et naturelle, ou la dixième corde de la gamme diatonico-chromatique , appelée dans l'ancien solfège : A ta mi ré, A mi la, ou la. ( Voy. Solmisazione. )

La raison pour laquelle la première lettre alphabétique désigne le sixième son au lieu du premier , se trouve dans le caractère de la musique des anciens. A l'époque où saint Grégoire-le-Grand fit une réforme dans la musique, vers la fin du sixième siècle , on se servait encore des anciens systèmes grecs de quinze sons , compris entre les deux octaves la, clé de basse premier espace, et la, clé de violon second espace, marqués avec des lettres grecques entières ou mutilées , simples, doubles et allongées, tournées tantôt à droite , tantôt à gauche, renversées ou placées horizontalement, fermées ou accentuées , sans compter les accents graves et aigus qui figurent aussi dans cette espèce de tablature ; de manière que pour cet usage on employait 990 signes , 495 pour les Tome i. 1

voix et autant pour les instruments; et selon qu'ils entraient dans l'un ou dans l'autre des quinze modes , variés d'après les trois genres, ils produisaient jusques à 1620 notes ou signes de notation. (Voy. la note dans l'article Greci antichi, où l'on parle de la Semeïgraphie. ) La connaissance de ces signes demandait naturellement une étude de plusieurs années. Et de ce côté l'imperfection et la difficulté de la tablature grecque ressemblaient en quelque sorte à l'écriture si incommode des Chinois , principale et même unique science des Mandarins, qui, dans une vaine étude de deux mille signes , perdent les années les plus belles et les plus utiles de leur vie. Saint Grégoire abolit ce nombre effrayant de figures musicales grecques, marquant les quinze sons dont nous venons de parler avec les sept premières lettres alphabétiques qui se répétaient en formes minuscules dans l'octave la plus élevée. Et comme le son A était alors le premier et le plus grave , il avait aussi cette lettre pour signe distinctif. Par la suite , en introduisant des sons plus graves jusqu'au C {do) , le son A (ia) , qui anciennement était le premier, devint le sixième dans le système moderne qui commence par C.

Dans la musique Allemande A majuscule désigne le ia de la première octave ; a minuscule indique celui de la seconde octave ; a marqué avec un petit trait horizontal , celui de la troisième octave , et a avec deux petits traits horizontaux , celui de la quatrième octave , etc. * 11 en est de même des autres lettres employées pour la notation musicale. On voit , du reste , que cette tablature , basée sur celle de saint Grégoire , est la plus simple que l'on puisse imaginer, puisque

* La première ou grande octave s'étend du do clé de basse au-dessous des lignes au do du second espace ; la seconde ou petite octave est comprise entre ce dernier, et le do clé de violon au-dessous des lignes ; et entre celui-ci et le do du violon second espace se trouve la troisième octave, c'està-dire, celle marquée avec un petit trait. (Voy. les articles Alfabeto musicale , ïntavolatura. )

la formule c-d signifie la même chose que : Du C sot fa ut (do) clé de basse second espace au D ta soré (ré) clé de vioton quatrième ligne.

a est aussi le ton général de ce qu'on appelle le diapason.

A majuscule, écrit sur une partition, indique Y alto ou le contralto.

Dans l'ancienne gamme française qui commence par F, la lettre A était nommée mi quinte de ta , quand on chantait au naturel ; et la, quinte de ré , quand on solfiait par bémols. A n'était donc dans cette gamme que tantôt mi et tantôt la; c'est pourquoi les anciens Français l'appelaient A mi la. Par la même raison, les mêmes dénominations s'appliquaient à toutes les lettres représentant les notes de la gamme , et l'on disait par conséquent : B fa si, C sol ut, D la ré, E si mi, F ut fa , G ré sot

Les Italiens, solfiant d'après les trois propriétés, nommaient la lettre A, A mi ré la, ou A la mi ré, ce qui leur retraçait à la fois les trois noms que cette lettre avait dans les trois propriétés , savoir : mi dans la propriété de bémol , ré dans la propriété de bécarre , et la dans la propriété naturelle. Les mêmes dénominations s'appliquaient à toutes les lettres représentant les notes de la gamme, et ils disaient par conséquent : Befa {si bémol), Bemi, C soi fa ut, Dla soré, Elafa {mi bémol), Elami, F fa ut, Gsol ré ut. Ce que nous venons d'exposer sera pleinement éclairci dans les articles Propriété, Sotmisation.

Ces dénominations multiples ont été cependant réformées depuis que l'invention remarquable du si a mis un terme à tant de difficultés auxquelles était assujetti l'ancien solfège. Maintenant on a l'habitude de dire : une symphonie en do , une sonate en soi, etc. ; et même pour faire connaître les tons dans lesquels doivent jouer dhTérens instruments à vent, plusieurs musiciens se servent de simples lettres, comme : Cors en A , clarinettes en B , trompettes en C , etc.

Page 1