‹ Dictionnaire de musique théorique et historique (volume 2)Chapitre 102 sur 117 · FÀ · texte numérisé non relu

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Deux instruments sont particuliers au pays de Galles. L'un est la harpe à triple rang de cordes, l'autre est une espèce de viole d'une forme très-bizarre qu'on appelle cruth. Le crutli est un instrument à archet, qu'on croit avoir donné naissance aux différentes violes et aux violons. 11 a la forme d'un carré long, dont la partie inférieure forme le corps de l'instrument; deux montants placés aux côtés de la partie supérieure se rattachent dans le haut avec un manche isolé dans le milieu. Cet instrument est monté de quatre cordes et se joue comme le violon, mais avec plus de difficulté, parce qu'il n'a point d'échancrure pour laisser passer l'archet.

Ventilabro. Nom italien de soupapes au moyen desquelles s'ouvrent et se ferment les canaux du sommier, dans l'orgue, pour donner passage à l'air.

Vêpres. Une des sept heures canoniales. Ce nom vient de l'étoile vesper, parce que c'est vers le coucher du soleil qu'on est dans l'usage de chanter ces prières.

Vermillon. Ancien instrument composé de huit à dix verres choisis d'après l'échelle diatonique, ou bien accordés d'après cette même échelle, en les remplissant d'eau. On pose cet instrument sur une planche recouverte de drap, et on en joue avec un petit bâton également enveloppé de drap. C'est ce qu'on nomme aussi harmonica. On a fait plusieurs combinaisons d'instruments dans lesquels le son est produit par le verre mis en vibration. Le son ainsi produit, ne manque pas de charme, et on pourrait employer plus fréquemment , quoique avec modération , ces sortes d'instruments, qui donnent quelquefois un cachet particulier à la mélodie.

Vérité d'art. Ce n'est pas la vérité absolue, mais une ressemblance embellie que nous demandons aux arts. C'est à nous donner mieux que la nature que

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l'art s'engage en l'imitant. La poésie affectionne le langage des vers, elle répand les images et se soutient à un ton plus élevé que la nature. La peinture élève également le ton de la couleur et corrige ses modèles. La musique, elle aussi , se permet de pareilles licences. Elle soutient la voix par des accompagnements, fait des cadences, toutes choses (qui ne sont pas dans la nature. Assurément la vérité de l'imitation en est altérée, mais sa beauté y gagne, et de là résulte dans la copie un charme que la nature refuse à l'original. Au reste, le but que se propose la musique, n'est pas l'imitation de la nature, mais l'expression vraie des sentiments.

Verset. Ordinairement on divise le Gloria, les psaumes, etc., en divers morceaux d'ensemble, et en solos, duos, etc. Ce sont ces derniers que l'on appelle versets.

A la messe, aux vêpres et dans les autres cérémonies, on morcelle le Kyrie, le Dixit, etc., de manière qu'alternativement une partie est chantée par le chœur, et que pour l'autre c'est l'orgue qui répond. Ces réponses se nomment versets ; et ce ne sont que de petites cadences, de petites périodes musicales, de petites fugues improvisées ou composées et imprimées sous ce nom.

Vibration. (Voyez Son.)

Vide, Corde à vide. C'est, sur les instruments à manche, tels que le violon, la viole, la guitare, le son qu'on tire de la corde dans toute sa longueur, depuis le sillet jusqu'au chevalet sans y placer aucun doigt.

Vielle (La) est un instrument fort ancien ; cependant nous ne croyons pas que ce fut aux sons de la vielle que tombèrent les murs de Jéricho ; nous Joutons également que la vielle fut l'instrument dont se servait Amphion ; nous nous permettons de chicaner

Jean de Meung, quand il dit dans son Roman de la Rose, en parlant d'Orphée, qu'il faisait après soi aller les bois par son beau vieller. Nous suspectons même Alexandre de Bernai, dit de Paris, qui vivait sous Philippe-Auguste, et qui, dans son roman d'Alexandre le Grand, faisant la description d'un palais occupé par son héros, parle de deux statues, dont une représentait un joueur de vielle :

« L'un tient une vielle, l'arcon fu de saphir; » Li autre une harpe ; moult fut bonne à oir.»

Pour constater l'antiquité d'un instrument, il faut le débarrasser de tous les accessoires qui ont pu servir à le perfectionner, lui rendre sa simplicité primitive, et chercher alors si sa forme ne rappelle pas un instrument connu anciennement. Ainsi, si vous dépouillez le piano de ses marteaux en peau, vous arrivez au clavecin et aux sautereaux armés de plume et de drap. Enlevez ces sautereaux et les touches, que reste-t-il? le tympanon, que l'on frappait avec des bâtons comme ceux employés par les cymbaliers ; privez encore cet instrument et des bâtons et de la caisse, que trouvez-vous ? la harpe, connue de toute antiquité. La vielle est un instrument trop compliqué pour qu'il n'ait pas subi bien des perfectionnements; enlevons-lui ses différentes parties, et nous la réduisons à un corps concave armé d'un manche, sur lequel des cordes sont tendues. Retrouvons-nous dans l'antiquité quelque chose de semblable? Oui, le canon ou le chelys, monocorde que l'on voit figurer sur une foule de monuments de la plus haute antiquité; le chelys antique est donc la souche de la cythare ou la guitare, de la rubeblée, de la vielle, et l'on voit que le chelys est le père de tous les instruments de musique à corps concave et à manche, soit qu'on

mette leurs cordes en vibration en les frappant, en les pinçant ou en les frottant.

Les monuments anciens, surtout ceux de Tordre gothique, présentent dans les sculptures dont ils sont ornés une foule de faits intéressants pour l'histoire de la vielle. Mais ce qui donne à ces faits un caractère de véracité de plus, c'est qu'ils se trouvent confirmés par les récits des historiens, par les poésies, par les fabliaux, par les chansons des troubadours, des trouvères, des ménestrels, des jongleurs, etc. Tous ces monuments de l'art musical et littéraire, conservés dans les principales bibliothèques, font connaître et expliquent toutes les phases de la vielle.

De quelque manière que la vielle se soit formée par degrés, il paraîtrait, selon M. Burette, membre de l'Académie des belles-lettres, dans le tome 8 du recueil des Mémoires, que les anciens ont connu la vielle; car il dit que « les anciens avoient sur quelques instruments une espèce de bourdon qui soutenoit le chant en faisant sonner X octave quinte, bourdon; où se trouvoit aussi la quarte, par la situation delà corde du milieu. » Puis il ajoute : « Les anciens, à la vérité, ne nous ont rien laissé par écrit, touchant ces sortes de bourdons ; mais nos vielles et nos musettes, qui vraisemblablement nous viennent d'eux, suffisent pour appuyer une telle conjecture. » Si nous consultons le Dictionnaire de Furetière, à l'article Vielle, il est dit que les anciens la nommaient par excellence symphonie. La vielle était encore nommée, au treizième siècle, syphonie, cifonie et cyfoine, par corruption du nom primitif. Cet instrument s'appelait aussi sambuque. On croyait qu'elle venait de la Grèce, comme l'indique son nom, sarbuckê, dont les Latins ont fait sambuca ; et le père Joubert, dans son Dictionnaire, définit la vielle par le nom de sambuca rotala, ce qui nous prouve qu'il y avait des vielles

avec et sans roues. En voilà assez, ce nous semble, pour établir l'existence de la vielle dans le moyenâge.

Nous allons chercher maintenant vers quel temps les Français ont commencé à faire revivre cet instrument, que les guerres qui agitèrent le monde après la destruction des anciens empires, avaient fait sans doute tomber dans l'oubli, ainsi qu'une foule d'autres instruments qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Nous ne dépasserons pas la révolution musicale opérée par Gui d'Arezzo, car, avant cette époque, la musique était trop hérissée de difficultés pour avoir pu être cultivée par un grand nombre d'individus. Mais grâce à la méthode nouvelle du savant bénédictin, l'étude de cet art devint plus facile et prit un peu de faveur dans l'esprit des Français. La France alors (1028) avait changé de forme politique ; la plupart des seigneurs tenaient chacun une petite cour particulière dans leurs duchés, comtés ou baronies; c'est à cette époque que l'on vit paraître en France plusieurs troupes de chanteurs qui allèrent mettre à profit leurs talents dans ces diverses cours princières. Fauchet, dans son livre sur la langue et la poésie française, explique ainsi l'entrée de ces musiciens : « Or, est-il certain, dit-il, que bientôt après » la division de ce grand empire français en tant de » petits royaumes, duchez et contez, au lieu de » poètes commencèrent à se faire connaître les trou- » verres et chanterres, conteours et jugleours qui » trouveurs, chantres, conteurs, jongleurs, c'est-à- » dire ménestriers, chantans avec la viele; les uns » desquels composoient, comme les trouvers ou con- » teurs, les autres chantoient les Inventions d'autrui » comme les chanterres et les jugleours... Les trou- » veurs donc et chantres ayant affaire l'un de l'autre, » s'accompagnoienl volontiers, et afin de rendre

» leurs Inventions et Mélodies plus plaisantes et » agréables, venoient aux grandes assemblées et fes- » tins donner plaisir aux princes... rapportants de » grandes récompenses des seigneurs, qui bien sou- » vent leur donnoient jusqu'aux robes qu'ils avoient » vêtues, et lesquelles ces jougleurs ne failloient de » porter aux autres cours, afin d'inviter les seigneurs » à pareille libéralité. » ( Recueil sur l'origine de la Poésie française y chap. 8.) Le goût de la vielle nous fut sans doute importé d'Italie, car un auteur qui brillait dans le royaume deNaples, en 1806, parle de cet instrument en des termes très-favorables; c'est Constantinus Africanus, moine du mont Cassin ; dans un traité de médecine, il conseille de faire entendre aux malades le son de divers instruments parmi lesquels il cite la vielle. Ante infirmum, diilcis sonitus fiât de musicorum gêner ibus, sicut campanula, vidula rota et similibus. (De Morbor. curât, chap. 16.) La vielle se nommait alors vitula ou vidula, comme l'atteste Pucange dans son Glossaire. Joannes de Janua, religieux dominicain, lui donne le nom de Yitula, et Galfridus de Yino Salvo, poëte normand qui brillait sous Richard, en 1190, parle de la vielle comme d'un instrument qui excite la joie : Vitulœjocosœ.

La vielle n'eut pas toujours la forme que nous lui voyons aujourd'hui; elle ne fut d'abord qu'une sorte de guitare, assez semblable à la mandoline, et ses cordes étaient mises en vibration au moyen d'un morceau de plume, espèce de plectrum; plus tard on lui substitua une sorte d'archet, composé d'un morceau de bois denté, dont les dentelures étaient recouvertes en peau. Mais, jusqu'à ce moment, les doigts seuls appuyaient sur les cordes, le long du manche, pour marquer les différentes notes ; le clavier ne fut adapté que postérieurement; car, dans les temps primitifs, la vielle avait la forme d'un vio-

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