‹ Dictionnaire de musique théorique et historique (volume 2)Chapitre 25 sur 117 · MAR · texte numérisé non relu

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couleur différente, selon le temps et le lieu où se passe l'action scénique. Au théâtre, la marche se réunit souvent au chœur, et beaucoup de chœurs dramatiques, tels que ceux de la Vestale : De lauriers couvrons les chemins ; Périsse la vestale impie ! sont dessinés en marches. Une des plus belles marches qu'il y ait au théâtre est la marche funèbre du troisième acte de Dom Sébastien, opéra de Donizetti. Il y a aussi une fort belle marche par les instruments de Sax dans la Reine de Chypre d'Halévy. On appelle aussi marche un mouvement symétrique et régulier des diverses parties de l'harmonie.

Marcher. Ce terme s'emploie figurément en musique, et se dit de la succession des sons ou des accords qui se suivent dans un certain ordre.

Marcheuses. Ce sont, dans les ballets, les femmes qu'on appelait autrefois comparses et qui ne figurent sur la scène que pour marcher. Elles ne font autre chose que parader avec des costumes de pages ou d'icoglans.

Martaban. (Musique du). Les habitants du Martaban, province de l'empire Birman, paraissent aimer beaucoup notre musique, dont la leur se rapproche plus que celle d'aucun autre peuple de l'Inde. Les instruments dont ils se servent méritent d'être observés. Ils ont un luth avec deux cordes de laiton, qu'ils jouent tantôt avec un archet, tantôt avec les doigts. Ils possèdent encore un instrument qu'on peut appeler chat, parce qu'il représente ce quadrupède avec les jambes ployées sous lui et la queue ramenée en demi-cercle au-dessus de son dos. C'est sur cette queue que les cordes sont attachées. Ils ont aussi des espèces de flûtes, des flageolets, des tam-lams et des cloches qu'ils appellent gongs.

Marteau. Instrument qui a le manche percé comme une clef, avec lequel on tend ou on lâche les cor-

des des instruments à chevilles, pour les accorder. C'est aussi le nom de certaines pièces de la mécanique du piano qui attaquent les cordes.

Masques. Par ce nom on entendait, chez les anciens Grecs et Romains, certaines figures postiches qui représentaient, dans les théâtres, les traits des personnages figurant dans l'action dramatique. Ces masques étaient en métal, et l'on s'en servait pour donner plus d'éclat et plus de force à la voix.

Masses. Masses, dans la musique vocale et instrumentale , se dit de plusieurs parties considérées comme ne formant qu'un seul tout. Les arpèges des violons et des violes, liés par les tenues des instruments à vent, forment de belles masses harmoniques. Un solo de hautbois plane et se dessine avec grâce sur les masses de l'orchestre.

Matra.ca. Enorme crécelle, en usage en Espagne, et surtout au Mexique, pendant la semaine-sainte. Elle remplace les cloches. C'est une roue de plusieurs palmes de diamètre, dont la circonférence est armée de marteaux de bois mobile, de sorte qu'en tournant la roue, ces petits marteaux frappent quelques petits morceaux de bois plantés comme des dents dans la circonférence de la roue.

Maxime. Nom de tout intervalle plus grand que le majeur, pour ceux qui n'admettent pas le degré de augmenté, et plus grand d'un demi-ton que l'augmenté, pour ceux qui admettent ce degré de plus.

Maxime. C'est une note faite en carré long horizontal avec une queue au côté droit, laquelle valait huit mesures à deux temps, c'est-à-dire deux longues, et quelquefois trois, selon le mode. — Cette sorte de note n'est plus en usage, depuis qu'on sépare les mesures par des barres, et qu'on marque avec des liaisons les tenues ou continuités des sons.

Mazurka. La mazurka possède un rhylhme par-

ticulier qui consiste à marquer souvent le deuxième temps de la mesure; la période se termine sur le deuxième temps. Elle est plus lente que la valse.

Mèdes. (Voyez le mot Assyriens.)

Médiànte. C'est la corde ou la note qui partage en deux tierces l'intervalle de quinte qui se trouve entre la tonique et la dominante. L'une de ces tierces est majeure, l'autre mineure, et c'est leur position relative qui détermine le mode. Pour simplifier cette définition, nous dirons que la médiànte est la troisième note d'une gamme.

Médiation. Partage de chaque verset d'un psaume en deux parties, l'une psalmodiée ou chantée par un côté du chœur, et l'autre par le côté opposé.

Médium. Milieu de la voix, également distant de ses deux extrémités au grave et à l'aigu. Le haut de la voix est plus éclatant, mais il est quelquefois forcé. Le bas est grave et majestueux, mais il est plus sourd. Un beau médium donne les sons les mieux nourris, les plus mélodieux.

Mélodie. La mélodie est la succession de plusieurs sons différents qui, dans leurs rapports de tonalité, concourent à former un ensemble agréable et flatteur pour l'oreille, ravissant pour le cœur et l'imagination.

D'où vient-elle, cette reine de l'art lyrique, avec son cortège d'émotions, son sourire fleuri, ses arabesques de tous les temps que l'œil embrasse et admire? à quelle source de poésie l'enchanteresse a-t-eîle puisé ses charmes? La mélodie est fille du mystère; c'est une brise échappée à un monde inconnu ; elle porte avec elle la fraîcheur de l'aurore, le feu du soleil et la sérénité de la nuit. Tous les arts ont leur poésie, mais aussi tous les arts ont leur langage et leur modèle : langage matériel, modèles vivants ou morts; la parole d'un côté, la nature de l'autre. Pé-

trarque, l'Arioste, le Tasse, Chiabrera, Goethe, Byron, Chateaubriand, Hugo et Lamartine, tous enfants de de la renommée, ont fleuri leurs vers des plus belles images, ont revêtu la pensée humaine des plus riehes vêtements; mais au service de leurs inspirations, ils avaient ou ils ont encore des mots, un langage, un vocabulaire tout entier; Michel-Ange, Léonard de Vinci, Raphaël, le Corrége, Rubens, Léopold Robert, Ingres, Yernet, tous illustres parmi les plus illustres, vous n'avez fait que copier la nature, et votre gloire est d'avoir été aussi vrais que la nature elle-même; vous aviez des couleurs, vous aviez des pinceaux ! Encore une fois, la mélodie n'a ni vocabulaire, ni pinceaux, ni modèles; elle est tendre et amoureuse, comme le poëte le plus tendre et le plus amoureux ; elle est rêveuse, emportée, déchirante comme les songes qui bercent la tête, ou les tempêtes qui agitent le cœur; elle a des larmes pour la douleur, des sourires pour l'amour; elle est légère, coquette, douce, capricieuse, folâtre, insouciante, enthousiaste, ardente; elle est dans le passé; elle est dans le présent; elle vivra aussi longtemps que vivront les étoiles, aussi longtemps que les roses garderont leurs couleurs, les arbres leur verdure, le printemps son soleil. Elle reviendra d'où elle est venue, et ceux qui assisteront à sa fin, seuls connaîtront son origine.

La mélodie se divise en trois catégories ; la mélodie fugitive, la mélodie religieuse et la mélodie dramatique, c'est-à-dire appliquée au drame lyrique. Il y a la mélodie légère, la mélodie gracieuse, la mélodie passionnée, et, au milieu de tout cela, nous avons la mélodie banale qui veut tout exprimer, qui n'exprime rien et qui revient de droit aux musiciens sans valeur poétique. Des mélodies fugitives, Schubert en est un modèle merveilleux. Lisez, relisez ces petits poèmes où l'âme pure et calme a répandu son parfum; là,

point de futilités, point de notes à contresens, point d'exagération, toujours la vérité; là, c'est le cœur qui chante, c'est du cœur que part l'inspiration. Schubert se fait un petit cadre et il le remplit toujours des plus délicieuses peintures; ne lui demandez pas des développements, de la grandeur, de l'espace : son haleine est courte et ne peut pas affronter un long voyage; laissez-lui sa douce rêverie, son amour mélancolique. Il vous dira le songe d'un enfant, la prière d'une chaste fille, la promenade à deux, sous le ciel étoile, la douleur d'une mère, et nul mieux que lui ne rendra tous les sentiments de l'enfant joyeux, de la jeune fille regardant le ciel, des amoureux isolés, de la mère en pleurs. Schubert ne dépasse jamais le but, et il l'atteint toujours; ses tableaux sont des miniatures, mais des miniatures qui, quelquefois par leurs beautés, s'élèvent aux proportions des grands tableaux ; celui-là possède la vraie mélodie, que ne donnent ni la science, ni l'étude, et qui ne reçoit ses règles que du génie et du goût.

A l'Italie la mélodie religieuse et la mélodie dramatique. La mélodie religieuse vous la trouvez dans les vieilles basiliques, au milieu de la foi des croyants, s'élevant comme une glorification céleste au-dessus de la tête du Christ. Dans la mélodie religieuse, point de luxe, point de formés sensualistes, point de coquetterie, point de fantaisie. La mélodie religieuse respire le recueillement, la méditation, un amour sacré, celui de Dieu, une aspiration brûlante vers l'infini : allez dans la ville éternelle; écoutez le Miserere d'Allegri, les psaumes de Marcello, les prières ' sublimes de Pergolèse, les cantiques, les louanges, les hymnes au Seigneur de Palestrina, les chants inspirés de Mozart et de Cherubini; les caprices du monde sceptique n'ont pas souillé de leurs aîles vagabondes le génie de ces compositeurs dévoués à la

musique la plus imposante, la plus grandiose, la plus noble, la musique qui puise son inspiration dans la croyance du bonheur éternel, dans le respect et l'amour de la divinité. Là est la foi chrétienne, là est la vérité.

La mélodie dramatique est un mélange de toutes les passions terrestres; ses effets sont plus variés, ses formes plus saisissables, et plus accessibles à l'intelligence humaine. La mélodie dramatique, soumise dès sa naissance à une marche progressive, a commencé pour ainsi dire à Scarlatti, car jusque là la musique dramatique n'existait pas ou à peu près. Le compositeur, mettant de côté la routine et se frayant une route nouvelle à travers l'ignorance, fonda pour ainsi dire en Italie une école nouvelle; tour à tour vinrent rayonner Antonio Cavalli, Slradella, le comte Angelo, Antonio Lotti, GiacomoPeri, Corsi, Porpora, Dominico Sarri, Leonardo di Vinci, Pcrgolèse, Egilio Duli, Fiorillo, Piccinni, Sacchini, Paisiello, Cimarosa, Fioravanti, Spontini, Gara fa, Rossini, Bellini, Donizetti et Verdi. Nous en passons certainement ; mais il y a eu une abondance telle de compositeurs à Naples, à Florence, à Venise et dans presque toutes les villes italiennes, que c'est la plus curieuse histoire de l'art contemporain.

C'est dans la musique de théâtre que le génie peut ouvrir ses ailes. Exprimer des sensations, des sentiments, des passions ; charmer par la suavité, émouvoir par l'expression, voilà en deux mots le drame lyrique. On peut avoir le génie de la composition sans être un musicien dramatique. Que de ressources a le compositeur pour déployer son génie, quand il a du génie ! Le mouvement, le geste, l'action doublent l'effet de la musique. Il a fallu deux siècles pour élever l'art lyrique au point où il est arrivé de nos jours ; certes, aucun art n'a subi plus de transformations

que l'art musical appliqué au théâtre ; le progrès s'est opéré peu à peu, lentement; chaque compositeur a eu son genre. Qu'elle est belle, simple, intéressante, toute cette école italienne, inspirée par une mélodie élégante, vive, caressante et toujours pleine de séductions. Elle a toujours marché vers le progrès : Bellini, Donizetti, Rossini, Rossini surtout, l'ont élevée à un degré de splendeur inouï ; et lorsqu'on croyait que le feu s'était éteint dans cette braisière musicale, Verdi apparaît; Verdi, l'homme de la scène, l'homme qui donne la vie aux personnages, qui anime les situations; Verdi qui fait de la mélodie l'application la plus noble, et dont le génie s'applique surtout à exprimer la vérité du drame : c'est toute une transformation.

L'harmonie et le rhythme constituent la partie scientifique de l'art musical; la mélodie en est la partie animée, vivante et poétique. L'harmonie et le rhythme ont été soumis à des calculs positifs, à des principes fixes, à des règles immuables. La mélodie ne peut recevoir de règles que du génie et du goût. Ici le caprice, la fantaisie, la spontanéité de l'inspiration jouent un rôle immense. Ici se déploie toute l'originalité du compositeur.

La mélodie est à la musique ce que l'expression et le coloris sont à la peinture ; elle l'anime et la vivifie, la pare et l'embellit. Elle assure son empire sur les sens et sur l'imagination. Elle communique, en un mot, aux productions de fart cette étincelle de vie, cette flamme divine, ce don d'immortalité, qui leur font traverser les générations et les siècles, sans qu'elles perdent rien de leur jeunesse, de leur fraîcheur et de leur éclat.

Pour qu'un tableau excite un grand intérêt ou une vive admiration, il ne suffît pas qu'il soit remarquable par la pureté des lignes, la perfection du dessin

et une disposition savante des effets, de l'ombre et de la lumière, il faut, de plus, qu'il se distingue par l'expression des physionomies, par le sentiment de l'idéal ou des beautés de la nature, et qu'on voie circuler partout le mouvement et la vie.

Ce que nous disons des arts du dessin s'applique parfaitement à la musique ; de même qu'on reconnaît aux qualités que nous venons d'énumérer les peintres éminents, de même on reconnaît à l'abondance, à la richesse, à l'originalité des mélodies, les musiciens vraiment supérieurs.

Malgré l'insuffisance des documents qui nous sont parvenus sur la musique des anciens, on ne saurait douter qu'ils n'aient connu la puissance delà mélolie. A cet égard, la fable, malgré ses exagérations et ses mensonges ingénieux, peut servir de supplément à l'histoire. Qu'est-ce qu'Orphée adoucissant les monstres et attirant les forêts par ses accents divins, si ce n'est une personnification de cette douce mélodie qui avait tant de charme pour les Grecs? Et les sirènes, ces séduisantes femmes qui, au milieu des mers, fascinaient les voyageurs par la magie de leurs chants, et les attiraient sur les écueils les plus dangereux de l'Afrique, ne rappellent-elles pas le souvenir des femmes d'Athènes, de ces courtisanes enchanteresses qui, par leurs voluptueuses chansons, amollissaient les cœurs, troublaient la raison des sages et des philosophes, et charmèrent souvent les loisirs de Socrate et de Périclôs? Oui, on trouve dans les mythes et les fictions de l'antiquité le plus éclatant hommage qui ait été rendu «à la mélodie.

Après avoir brillé d'un vif éclat chez les anciens, elle disparut tout à coup dans les premiers siècles du christianisme. Les essaims de Barbares qui se précipitèrent alors sur l'Europe en bannirent la douce mélodie. Et qui donc aurait entendu sa voix au mi-

lieu de ces hommes de 1er, dans ce choc d'armures?...

Quand la paix eut succédé au bruit des armes, la mélodie renaissante ne trouva d'abord d'asile que dans les temples chrétiens. Mais austère comme la religion nouvelle, dédaignant tout ce qui peut émouvoir l'imagination et les sens, elle s'exhala en froides psalmodies, en plain-chant monotone; elle n'eut rien en un mot de cette coquetterie, de cette grâce, de ce charme entraînant qu'elle avait possédé chez les Grecs. Pendant la longue période du moyen-âge, les chants tour à tour naïfs, passionnés, mélancoliques des ménestrels, des troubadours, des bardes, des minnesingers, offrent seuls quelques réminiscences de l'antique mélodie.

Tandis que l'art végétait en Europe dans un état d'immobilité et de langueur, l'Italie s'ouvrit la première une route nouvelle sur les ailes de la mélodie ; un essaim de compositeurs éminents s'élança tout à coup dans des sphères inconnues ; et, pendant trois siècles, le génie italien prit un essor qu'aucun peuple n'a atteint depuis, si on en excepte l'Allemagne.

La mélodie est restée longtemps chez nous dans un état de faiblesse et d'infériorité qui a fait dire à quelques étrangers, prévenus ou irréfléchis, que nous étions le peuple le plus anti-musical de l'Europe : malgré les efforts de Lulli, notre grand Opéra n'était encore , au dix-septième siècle , qu'une machine lourde et compliquée; et au dix-huitième, toute la science de Rameau ne put donner un peu d'animation et de vie à l'Académie royale de musique. C'est qu'il manquait à ce grand harmoniste ce qui séduit, ce qui charme dans toute composition musicale, une abondante et riche mélodie.

Sous ce rapport, Gluck et Piccinni, et de nos jours Rossini, ont tracé au génie national une route nou-

velle, et plusieurs compositeurs français sont entrés avec succès dans cette voie. Méhul, Grétry, Hérold, Monsigny, Dalayrac, Boiëldieu, Auber, Halévy, Ad. Adam, A. Thomas, Reber, Clapisson, Grisar, ont produit des œuvres qui unissent aux séductions de la mélodie les calculs de la science, et auxquelles cette heureuse réunion assure une longue popularité. C'est grâce à cette alliance de l'harmonie et de la mélodie, que quelques-unes des compositions de Grétry ont résisté depuis un demi-siècle à toutes les variations du goût, à tous les caprices de la mode, et qu'elles sont toujours admirées comme à l'époque de leur apparition.

Mélodiste. On désigne ainsi le compositeur dont les œuvres se distinguent par des mélodies heureuses. Mais le musicien qui est tout simplement mélodiste ne possède qu'une des parties essentielles de l'art, et ses œuvres n'obtiendront jamais un véritable succès, s'il ne joint l'harmonie à la mélodie, la science des accords à l'inspiration.

Mélodium (orgues). C'est dans l'acception la plus large et la plus vraie du mot, l'instrument de la mélodie. Moduler les sons divers, leur donner avec grâce toutes les inflexions de l'âme et de la voix, surprendre l'imagination par des accords vibrants dont le jeu imite, par une création admirable, les instruments les plus mélodieux, tel est le but que s'est proposé l'ingénieux inventeur de cet instrument, M. Alexandre, en offrant au monde musical cette œuvre de savant mécanisme et d'ingénieuse nouveauté. L'orgue mélodium, dont l'extérieur frappe la vue au premier coup-d'œil par sa ressemblance avec l'orgue harmonium, diffère essentiellement de celui-ci par son mécanisme intérieur et sa sonorité plus grave, plus vibrante et plus mélodieuse. Plus doux, plus louchants, les accords de l'orgue mélodium, par leurs effets am-

pies et variés d'harmonie, parlent mieux à l'âme en la transportant. Quelques jours d'étude suffisent pour apprendre à jouer de cet instrument, dont le clavier est semblable à celui du piano , il est composé de cinq octaves; mais, en employant les registres (pistons) qui transposent en se correspondant, on obtient une étendue de sept octaves chromatiques. Cet orgue a ordinairement quatre jeux. Les nos l et 4 sont ceux du diapason ordinaire et équivalent à tous les tuyaux d'orgues de huit pieds ; le n° 2 est celui de l'octave grave, et équivaut aux deux tons des quatre pieds ; les 0 ne servent qu'à augmenter et à diminuer la force des jeux 3 et 4. La moitié des registres de gauche influe sur les notes graves, depuis Yul de la basse jusqu'au mi de la troisième octave, et l'autre moitié, depuis le fa suivant jusqu'au dernier ui de dessus. Par cette ingénieuse symétrie, on peut exécuter le chant avec de certains jeux ^et reproduire l'accompagnement avec d'autres. Le registre G signifie grand jeu et les fait parler tous à la fois ; si l'on veut un jeu dans toute l'étendue du clavier, il suffit de tirer les numéros correspondants. Le registre E veut dire expression. L'orgue à deux jeux diffère de l'orgue à quatre, en ce qu'il a deux registres de moins. L'orgue à un seul jeu ne possède que le registre aux fortes expressions. L'orgue mélodium n'exige pas de musique spéciale et rend avec un certain charme celle du piano, dont le chant et l'accompagnement gagnent beaucoup à être exécutés sur cet instrument.

A travers une foule de recherches et de perfectionnements,^!. Alexandre a été conduit à inventer un instrument qui ne porte pas encore de nom, mais qui a, par quelques points, assez d'analogie avec le mélodium, pour que nous en disions ici quelques mots.

Cet instrument qui renferme un piano, a trois claviers superposés l'un à l'autre, qui donnent à l'artiste

le moyen de lutter avec tous les effets de l'orchestre. Le clavier du piano règne sur les deux autres. La flûte, la clarinette, le hautbois, le violon, le violoncelle, marient leurs sons à ceux du piano de la façon la plus agréable, la plus puissante et la plus variée. Tout y est, l'orgue, la voix humaine, les instruments à vent, les instruments à cordes. M. Alexandre a fabriqué le premier instrument de ce genre pour le célèbre pianiste Franz Liszt.

Mélomanie. Manie de la musique. — Le mélomane n'est pas toujours un musicien habile ; il n'a le plus souvent que des prétentions à l'habileté et au savoir. Toujours à son poste dans les concerts, aux premières représentations des opéras nouveaux, il excite, encourage, blâme, critique tour à tour des yeux, du geste, de la voix. Il se pose en aristarque, en juge souverain, infaillible , et ses décisions ont cassé plus d'une fois les arrêts de la critique et du public. — personne ne possède comme lui ce sens exquis, ce tact parfait, ce sentiment du beau qui sait distinguer le véritable talent de la médiocrité. A l'en croire, il est le conseiller intime de tous nos grands artistes; Rossini lui doit ses plus délicieuses mélodies ; Meyerbeer, ses pi us belles inspirations ; Auber, ses rhythmes les plus coquets; Halévy, ses chants les plus passionnés; Donizetti, ses cantilènes les plus suaves.

Nous avons seulement parlé jusqu'ici du mélomane qui se pose en connaisseur. C'est , comme vous voyez, un personnage très-original , et même quelque peu assommant pour ceux qui l'écoutent. Mais c'est ma foi bien pis encore, quand le mélomane aspire au titre de chanteur, de virtuose, de compositeur. Si vous êtes avec lui dans un salon, et que vous le voyiez aller au piano, ou sur le point de fredonner un de ses airs, de roucouler une de ses romances, alors sauvez-vous vite, pour peu que vous

ayez les oreilles sensibles et les organes délicats ; ou plutôt restez, si vous êtes curieux d'assister au tohubohu le plus étrange, le plus divertissant...

Toutefois, la critique que nous faisons ne s'adresse point indistinctement à tous les mélomanes; il en est quelques-uns qui, malgré leurs singularités et leurs ridicules, sont des hommes de goût et de talent. Mais, à part ces rares et honorables exceptions, la musique n'est le plus souvent chez le mélomane qu'une passion malheureuse.

Mélopée. C'était, chez les anciens, l'art ou les règles de la composition du chant, dont la pratique et l'effet s'appellent mélodie. — Mélopée signifiait donc la composition des chants , et mélodies les chants composés.

Ménestrels. Poètes et musiciens qui fïorissaient en France dès le huitième siècle. — Le maître de chapelle du roi Pépin, père de Charlemagne, était un ménestrel.— Chanteurs et virtuoses à la fois, les ménestrels obtinrent pendant longtemps de grands succès. A la suite des preux chevaliers dans les batailles, les tournois, les carrousels, ils célébraient leurs exploits, et se rendaient les interprètes des sentiments exaltés, patriotiques qui faisaient alors battre les coeurs. — Ils jouaient aussi un rôle dans les cours d'amour, les combats poétiques et tous les jeux brillants du moyen âge. — Admis dans les salons de l'aristocratie, ils faisaient l'admiration et les délices des sentimentales châtelaines.

Cette vogue des ménestrels dura tant que leur nombre n'excéda pas certaines limites; mais à mesure qu'ils se multiplièrent, ils perdirent peu à peu de leur crédit et de leur empire sur les imaginations. Il faut dire que plusieurs d'entre eux s'attirèrent le mépris public par des excès et des désordres qui provoquèrent souvent la rigueur des lois.

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