‹ Dictionnaire de musique théorique et historique (volume 2)Chapitre 50 sur 117 · M POL · texte numérisé non relu

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retraçant autant que possible les épisodes les plus remarquables de la prise de la Bastille. Cet ouvrage fut exécuté en grande pompe dans l'église Noire-Dame, et jouit pendant quelque temps d'une certaine popularité.

Une innovation est à remarquer à propos de l'œuvre dont nous parlons; une grosse cloche d'un timbre sonore comptait parmi les instruments de l'orchestre, et rendait au naturel les sons lugubres du tocsin.

Traçons maintenant l'histoire des deux airs fameux au début de la révolution française, le premier chanté par tous les amis du roi, le second par tous les amis de la nation; nous voulons parler du bel air : 0 Richard, ô mon roi, l'univers i abandonne! et du carillon national Ça ira.

Le mélodique Grétry était alors dans toute la maturité de son talent; son triomphe avait été Richard Cœur -de-Lion, dont les paroles toutes monarchiques contrastaient singulièrement avec l'esprit démocratique qui se faisait jour chez le peuple. Les nobles, ou pour parler le langage du temps, les aristocrates en consolidèrent le succès, et, à peine les états-généraux étaient assemblés, que dans tous les salons on chantait l'air du fidèle Blondel au pied de la tour qui renferme son royal maître. Quelques courtisans affectèrent de le faire entendre dans les modestes soirées que Louis XVI donnait à Versailles. Il devint bientôt une sorte de ralliement sous la bannière monarchique. Mais cette allusion ne se faisait d'abord que secrètement; une occasion se présenta de la rendre publique.

En 1790, les gardes-du-corps donnèrent un banquet aristocratique dans l'Orangerie de Versailles. Après le toast, on chanta l'air: O Richard, et on lit serment de délivrer Louis XVI. Dès ce moment, il de\int une Marseillaise rovaliste.

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Quand Louis XVI eut été enfermé au Temple, des joueurs d'orgue vinrent chanter sous les fenêtres du monarque l'air du troubadour, tant et si bien que, sous la Terreur, les musiciens ambulants durent l'enlever de leur répertoire, sinon passer pour suspects et aller en prison.

Tel a été le sort de cet air, qui dut beaucoup de son succès à la politique. Occupons-nous maintenant de son rival, le Ça ira.

Depuis la prise de la Bastille, le peuple manifestait hautement sa haine contre les nobles. L'expression Ça ira était ordinairement employée toutes les fois qu'il lanternait, c'est-à-dire accrochait au réverbère un ennemi de la constitution. Pendant les préparatifs qui précédèrent la fédération du 14 juillet 1790, Ça ira fut mis en chanson avec un grand nombre de variantes quant aux paroles. Le Ça ira officiel est celui qu'on attribue à Dupuis, l'auteur de COrinine des Cultes.

Bientôt cet air s'entendit dans toutes les rues. Si l'on assassinait un aristocrate, si l'on plantait un maiâe la liberté, le Ça ira était chanté. Ouvrez le Journal de Paris du temps, aux annonces, voici ce que vous y trouverez : Nouvelles variations pour le clavecin, sur l'air Ça ira ; rondeau sur l'air Ça ira. Le Ça ira vécut jusque sous le Directoire.

Aux clubs, on faisait souvent de la musique; elle se composait le plus souvent de symphonies ayant pour basses continues des roulements de tambours, des vociférations et des décharges de mousqueterie.

De la déchéance de Louis XYI à la Terreur, il n'y eut qu'un pas. Cependant au point de vue de l'art musical, la Terreur fut une époque à part. Les quatorze armées bordent et défendent nos frontières menacées par la coalition des rois étrangers; la France fait un offort sur ello-mème : et quel stimulant plus

efficace que la musique peut inspirer les manifestations du courage? Nous ne suivrons pas ces nouveaux soldats sur les champs de bataille : la Marseillaise leur suffisait, et dans toutes les occasions périlleuses, l'hymne fameux redoubla leur courage et les mena à la victoire.

Et maintenant qu'on nous suive à l'Opéra sous la Terreur, voici les pièces qu'on entendra: le Siège de Thionville, musique de Jadin, Y Offrande à la Liberté, scène religieuse de Gossec, et Fabius, tragédie mise en musique, par Méreaux. A cette époque, la musique politique a plus que jamais envahi le théâtre.

Sous la Terreur, le catholicisme avait été remplacé, d'abord parle culte de la Raison, ensuite par celui de l'Ètre-Suprême, tous deux inaugurés par des fêtes solennelles.

La fête de la Raison fut célébrée dans l'église Notre-Dame ; plusieurs compositeurs concoururent à la partie musicale. Un témoin oculaire nous a assuVé que les airs qu'on chantait dans ces solennités étaient vraiment imposants, et que les motifs en étaient d'une admirable simplicité.

La Fête de l'Être-Suprême, qui suivit d'assez près celle de la Raison, fut plus remarquable sous le point de vue musical ; on y entendit des strophes en manière de cantiques, dans lesquelles Gossec se surpassa. Sous le Directoire, le Consulat, l'Empire, la Restauration et le Règne de Louis Philippe, la musique politique n'a pas joué un grand rôle. Elle a cédé le pas à la musique sérieuse qui a été féconde en chefs-d'œuvre. La Parisienne et les Girondins , voilà tout ce qui mérite d'être signalé pendant cette période, dans l'histoire de la musique politique.

Polka (la). C'est une danse originaire de Bohême, une danse de paysans. Elle a tous les signes du type original, des allures vives, brusqups, tumultueuses.

rudes, mais gaies et souvent voluptueuses. La cadence de ses mouvements suit la mesure deux quatre. Elle se ralentit et mêle à sa vivacité une délicieuse mollesse. La polka, comme la valse, est à deux, se sépare du bruit et s'isole de la foule. Elle tourne sur ellemême, lance au loin ses jambes Tune après l'autre, de côté, et du pied sur lequel elle se repose elle saute deux fois par saccades précipitées et en frappant le sol avec le talon, le plus coquettement du monde. Elle procède de la Cracovlenne et de la Mazurka.

Pologne (de la musique en). Une grande nation présida longtemps aux destinées des peuples du Nord ; elle possédait de riches provinces, cultivait avec éclat les lettres et les arts. Aujourd'hui elle a tout perdu, elle gémit soiis ses ruines.

Dans cet état de choses, la musique a dû faire peu de progrès en Pologne. Avant la chute de Varsovie, il y avait un Conservatoire bien organisé, qui avait produit d'excellents élèves. Il était dirigé par Soliva, Italien, homme de talent, et Joseph Elsner, excellent compositeur, était au nombre des professeurs. Lui aussi a rendu de très-grands services à l'école de musique polonaise ; aimé et adoré de ses élèves, il compte parmi les meilleurs, Ch. Turpinski, Chopin, Orlowki, Wycocki, etc. Outre ces noms déjà connus, on cite à Varsovie une foule de jeunes talents et de compositeurs distingués ; mais n'ayant ni unité ni but, ils ne peuvent agir sur l'avenir de l'art en Pologne.

Juger l'opéra polonais par ce qui se fait maintenant, ce serait donner une bien fausse idée de la scène et surtout de l'opéra national. Quand on songe avec quelle sévérité le gouvernement russe proscrit tout ce qui porte l'ombre de nationalité, on s'étonne même qu'il permette déjouer des opéras traduits en polonais; car c'est déjà avouer qu'il existe des Polonais et une langue polonaise. Avant la dernière révolution, Elsner, Tur-

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pinski, Stephani, Danze, alimentaient la scène nationale; aujourd'hui on ne joue que des traductions. Les opéras d'Elsner et de Turpinski sont à Yindex.

Avant 1830, il y avait quatre théâtres qui jouaient à la fois, le Grand-Opéra le Théâtre-Français, les Variétés-Polonaises et l'Opéra-Allemand. Aujourd'hui, deux à peine peuvent exister.

Le théâtre de l'Opéra est un des plus grands de l'Europe. Il est à regretter que l'orchestre ne soit pas plus nombreux dans une salle immense comme celle de Varsovie. Cet orchestre, en général, est bon ; il est composé des premiers professeurs; avec plus de proportions dans les pupitres, il produirait plus d'effet. Les efforts individuels sont souvent paralysés par le manque d'une bonne distribution.

Polonaise. Air de chant et de danse mesuré à trois temps et d'un mouvement modéré. La Polonaise nous vient de la Pologne, ainsi que l'indique son nom; elle se distingue par un rhylhme boiteux, que l'on obtient en syncopant les premières notes de la mesure.

Pompe. C'est dans le cor et la trompette un fragment de tuyau en forme de fer à cheval, qui par ses deux extrémités vient s'emboîter avec une grande précision sur les deux bouts formés par une section faite vers le milieu du corps de l'instrument, et les recouvre entièrement. En enfonçant plus ou moins cette pompe, on allonge ou on raccourcit le grand tuyau, ce qui élève ou abaisse le ton.

Dans la flûte, la clarinette, le basson, la pompe est une emboiture en métal, placée entre les principales pièces pour les réunir, et qui sert aussi à donner plus d'extension à l'instrument, et à baisser par conséquent son intonation.

Ponctuation, Ponctuer. C'est, en terme de composition, marquer les repos plus ou moins parfaits, et diviser tellement les phrases, qu'on sente par la

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