‹ Dictionnaire de musique théorique et historique (volume 3)Chapitre 34 sur 112 · AND · texte numérisé non relu

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Voilà la cause de ce long silence que Pyihagore exigeait de ses disciples, et l'origine de ces voiles mystérieux dont il les obligeait à son tour de couvrir ses enseignements. .

Le système musical que nous possédons aujourd hui nous étant venu des anciens, est, quant à son principe constitutif, le même que le leur ; il n'a varié que dans les formes poétiques. C'est ce même système que Timée de Locres regardait comme institué par les dieux pour le perfectionnement de l'âme, et dans lequel il voyait cette musique céleste qui, dirigée par la philosophie, peut facilement forcer la partie sensible de l'âme d'obéir à l'intellectuelle, adoucir sa partie irascible, et les empêcher de se mouvoir contre la raison, ou de rester oisives quand la raison les

appelle.

Les poètes anciens avaient tracé des modèles de mélodie et d'harmonie, et les avaient fait graver sur des tables exposées aux yeux du peuple dans les temples : il n'était permis à personne de rien changer a ces modèles; en sorte que les mêmes lois règlent tout ce qui concerne la musique, la peinture et la sculpture. On voyait des ouvrages de ces deux derniers arts qui dataient de mille ans, on entendait des chants qui remontaient à la même époque.

L'antiquité de ce système musical en laisse inférer l'universalité ; aussi le trouve-t-on, avec des modifications diverses, dans tous les lieux de la terre qu'ont habités les anciens.

Nous nous sommes bornés, dans cet article, a des idées générales sur la musique des anciens ; nous développerons ce sujet d'une manière plus étendue aux articles Eyypte, Grèce, Borne, etc.

Andameisto. Ce mot italien désigne, relativement a la composition de la fugue, une période, une composition, une espèce de sujet un peu long, qui parcourt

toutes les phases du ton, y môle parfois d'autres su* jets, et contient deux ou plusieurs membres.

L'expression andamento se prend aussi pour mouvement, et Ton dit un andamento, juste, vif, rapide ; quelquefois pour caractère, en disant : Cette composition a une marche andamento (régulière et calme).

Ant) ANTE. Placé en tête d'une œuvre musicale , ce mot andante commanderait à l'exécution la grâce, le laisser-aller (nndare), si la conduite d'un orchestre et le génie d'une œuvre pouvaient dépendre d'un mot, d'un titre. Ici, comme dans tous les cas d'indications italiennes, il faut bien se rappeler que le sens des mots subit la loi des temps, des lieux et des mœurs.

Andantino, diminutif d'andante, imprime à la mesure une certaine régularité qui tient de la raideur plutôt que de la gravité. On aurait tort toutefois de prendre cette définition à la lettre , car andantino se trouve dans les mêmes opéras en tête de vingt morceaux d'un génie tout différent. C'est du reste le destin de toutes les indications italiennes. L'andantino doit être exécuté de la même manière que l'andante, mais avec un mouvement un peu plus vif.

Anémocorde. Instrument à clavier dans lequel les cordes résonnent au moyen d'un courant d'air qui les frappe. Cet instrument fut inventé à Paris, en 1789, par un Allemand nommé Jean Schuel.

Angelic.a vox. Registre d'orgues à forme cylindrique et à anche.

Angélique. C'est un instrument ancien de la famille des luths, employé en Angleterre, et que l'on croit avoir été inventé dans le dix-septième siècle par Rotz, fabricant d'orgues à Mulhausen, en Alsace.

Angleterre. Dans le moyen âge, la musique eut en Angleterre la même existence qu'en France et en Italie ; elle fut divisée eh musique religieuse et en musique séculière. La première était consacrée au

plain-chant ou canto fermo ; la seconde, aux fêtes de la ville et de la cour. Dès le règne de Henri YIII, les ménétriers et les troubadours, ces rustiques Orphées des temps barbares, disparurent ; et ce prince offrit aux Anglais le môme phénomène qui avait frappé les Romains sous l'empire de Néron , le spectacle d'un tyran sanguinaire aimant et cultivant lui-même la musique , celui de tous les arts le mieux fait pour adoucir le cœur humain.

Dans ce temps, Londres comptait un grand nombre d'amateurs, et le goût de l'art musical était tellement répandu, que son enseignement faisait déjà partie intégrante de l'éducation des personnes nées dans l'opulence. Ce goût général étendit son influence sur le règne suivant, et l'on vit la reine Elisabeth protéger la musique et la cultiver elle-même, comme l'avait cultivée son père. Le poëte Shakspeare connaissait cet art ravissant et lui adressa d'éclatants hommages dans plusieurs de ses drames. Ce furent les premiers vers que les Anglais entendirent chanter sur leurs théâtres, et Ton peut dire que de là dale l'origine de leur opéra.

Parmi les meilleurs compositeurs de ce temps pour la musique d'église et la musique séculière, citons d'abord Thomas Taîlis. Taîlis fut le plus grand musicien, dit Burney dans son Histoire de la Musique, non-seulement de l'Angleterre, mais de l'Europe, pendant le seizième siècle. Ses compositions religieuses portent l'empreinte de la plus riche et de la plus pure harmonie. — Guillaume Bird et Thomas Morley furent les dignes disciples de Taîlis. Morley était attaché à la chapelle de la reine Elisabeth. Excellent théoricien dans l'art musical, il fut aussi un praticien très-habile. Les omrnges de ce compositeur sont des chansons, des madrigaux et des cantates.

En Angleterre, la musique vocale séculière fut in-

férieure à celle cl^ l'église, parliculièrement sous le règne d'Elisabeth. Les chants à trois et à six voix, composés par >A"itame, sont, les uns trop longs, les autres trop courts. Quant au dessin musical et à la forme, tous portent l'empreinte encore rude des temps où ils ont été composés. Les paroles de ceux de ces chants faits avant l'apparition de Bird sont extrêmement barbares. Cependant les fréquents voyages que les Anglais opulents commencèrent à faire dès cette époque en Italie, leur firent apprécier la douceur et le charme de sa musique. Des madrigaux italiens furent adaptés à des vers anglais. Palestrina, Luca Marenzio et d'autres compositeurs italiens furent les Orphées de l'Angleterre.

Les premiers madrigaux anglais furent ceux de John ^yilbie, qu'on chantait solennellement chaque année dans les collèges. — Bientôt parurent les madrigaux à trois, quatre, cinq et six voix, dont Thomas AVilkes fit les accompagnements et Shakspeare les paroles. Ces compositions sont placées avec raison parmi les meilleurs ouvrages du temps.

Nos lecteurs verront avec plaisir sans doute que, parmi les compositeurs anglais de cette époque, ligure aussi le père de Milton. Divers historiens ont parlé avec de grands éloges de son talent musical. II lit, dit-on, jusqu'aux carillons qu'on sonne dans les campagnes, en Angleterre, et les chants que murmurent les nourrices en berçant leurs enfants. 11 composa In nomme Patris sur quarante tons.

Les airs ou ariettes que Férabosca composa dans le même temps portent tous l'empreinte profonde de la mélodie italienne. Ils firent faire à celle de l'Angleterre des pas aussi grands que rapides.

En mènle temps, la musique d'église, les madrigaux et les chants appelés eu parties se perfectionnèrent. Le goût, le rhythme, la grâce et l'accent bril-

lèrent également dans ces divers genres de compositions, qui n'étaient point inférieures à celles du continent.

Sous le règne de Charles I^r, la musique continuant ses progrès, Thomas Tomkins, élève de Bird, composa un nombre considérable d'ouvrages d'église justement admirés. Elway Bevia, élève de Tallis, déploya un tel talent dans les siens, que, perdus en partie depuis, ils ont laissé de justes regrets aux amis de l'harmonie. — Mais le plus grand des maîtres de ce temps fut Edwar Gibbons. La mélodie de ce profond compositeur est pleine d'expression et de douceur ; son harmonie est claire, facile et pure. Il composa, comme les Tallis et les Bird, ses maîtres, alla pal' lestrina. Ses airs sont majestueux et solennels, ses fugues sont riches.

C'est également sous le règne de Jacques 1er que fut jouée la première comédie écrite en anglais, où l'on introduisit de la musique pendant les entr'actes.

La tragi-comédie intitulée Cambyse, où il y eut un banquet sur le théâtre, pendant lequel une musique instrumentale se fît entendre, et les masques, dont l'usage se répandit à la cour comme à la ville, furent des amusements qui devaient amener nécessairement l'invention de l'opéra.

Sous le règne de Charles 1er, la musique dut suivre le sort de l'Etat lui-même ; elle marcha rapidement vers sa décadence. L'anarchie ne conserve et ne respecte rien. La destruction est son génie.

La restauration anglaise, consommée par le retour de Charles II, en ramenant la paix et les plaisirs dans Londres, y ramena aussi la musique. Smith et Harris, grands compositeurs et grands organistes, vinrent, l'un d'Allemagne, l'autre de France, pour ranimer l'harmonie expirante. L'entrée de Charles II et son couronnement donnèrent à la musique, interprète de

l'allégresse publique, l'occasion de signaler ses progrès. Mais, soit que l'émigration eût influé sur elle, soit que l'interrègne lui eût porté des coups mortels, elle parut à cette époque plus française qu'anglaise. Blow, compositeur, dont plusieurs ouvrages sont admirables, se signala pendant ce règne; Michel Wlse, Thomas Tudway, suivirent ses traces. Mais tous furent effacés par Henri Purcell. Son génie embrassa tous les genres de composition. Profond et souvent sublime dans la musique d'église, il fut agréable et plein d'expression dans la musique séculière. Le premier il reconnut le charme et la puissance de la voix, et en respecta les accords. Grâce à lui, la musique dramatique, jusqu'alors informe, subit de notables perfectionnements. Il surpassa tellement ses devanciers dans la musique de chambre, que la plupart de leurs compositions tombèrent dans l'oubli à partir de l'époque où les siennes parurent. Comme musique instrumentale, les airs qu'il a mis à des odes, à des ballets, à des madrigaux, sont des morceaux ravissants.

Sous le règne de Jacques II, et généralement pendant une moitié du dix-septième siècle, la musique anglaise fut atteinte d'un principe de décadence, comme elle l'avait été pendant l'interrègne et le protectorat. Jacques II s'occupa exclusivement d'abstractions et de controverses religieuses, sans encourager les arts et les sciences. Cependant, vers la fin de ce siècle, les progrès de la musique instrumentale furent sensibles, surtout dans le violon, et Nicolas Matheïs et Lestronge n'ont été surpassés dans ce temps que par le tendre et mélodieux instrument de Corelli.

Après la mort de Purcell, Clarke, Holder, Criggton, Tucker, Boyce et plusieurs autres brillèrent encore dans la musique d'église. Mais aucun ne donna mieux que lui de l'expression, du nombre, de l'harmonie à la langue anglaise. Il sut la rendre musicale malgré

Su rudesse, et euplionique malgré son anliplionie naturelle.

V Oratorio y celte sorte de composition mixte, moitié religieuse et moitié dramatique, conduisit à l'invention et à l'usage du drame lyrique en Angleterre. Comme nous l'ayons déjà dit, ce furent plusieurs pièces de Shakespeare, dans lesquelles on introduisit de la musique, qui, formant déjà une espèce d'opéra, préludèrent à la découverte de ce genre de spectacle, si naturel à l'Italie. Et Lulli, du sein de la France où il dirigeait le théâtre lyrique de cette nation, voyait ses ouvrages influer puissamment sur l'art dramatique dans la Grande-Bretagne. Les Anglais, mettant l'amour- propre national de côté, sentirent que la musique italienne était préférable à la leur. Dès ce moment, les premiers compositeurs et les chanteurs les plus habiles de l'Italie s'empressèrent de descendre dans cette île, et ce fut elle qui, devançant plusieurs autres nations dans l'adoption du grand opéra , eut de bonne heure un tel spectacle. Le premier qui fut donné sur le théâtre de Londres avait pour titre : Arsinoé, reine de Chypre. Il fut représenté sous le règne de Marie, et un Anglais, Thomas Clayton, en fit la musique. Mais il n'avait que la manière italienne ; tandis que l'opéra intitulé Pyrrhus et Démé' trius, dont le célèbre Alexandre Scarlati lit la musique, et Adrien Morselli les paroles, fut joué moitié en italien, moitié en Anglais. — En 1710, l'opéra di'Abnaïde fut exécuté en entier par des chanteuses et des chanteurs italiens. — Bientôt parut Haendel, suivi de l'élite des artistes ullramontains, et l'opéra sérieux italien ne fut pas moins nationalisé en Angleterre que l'opéra comique.

Aujourd'hui, la musique italienne et française a acquis définitivement droit de cité au delà de la Manche. L'Angleterre possède peu de compositeurs

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