‹ Dictionnaire de musique théorique et historique (volume 3)Chapitre 74 sur 112 · DAN · texte numérisé non relu

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luth, et au second déjouer des pieds; et quand il en eut assez, il se tourna vers un de ses courtisans, et fit cette sage réflexion : Voilà comme après que j'ai tiré du service de mes deux braves colonels à la guerre, j'en tire du plaisir à la paix. »

Danse d'ours. On désigne par ce terme certaines compositions dans lesquelles on a cherché à imiter l'effet des airs de musette joués par ceux qui font danser les ours. Cet effet consiste à faire ronfler les basses, les bassons, les cors en pédales, tandis qu'un instrument à voix blanche, tel que le hautbois, le violon, exécute à l'aigu un chant villageois et montagnard. Ce chant ne part ordinairement qu'cà la quatrième ou cinquième mesure, et cesse de temps en temps pour laisser entendre le bourdonnement continu de la pédale grave et de l'harmonie intermédiaire.

Le beau finale de la seizième symphonie de Haydn, en ré mineur^ est une danse d'ours.

Danseurs, Danseuses. Ces mots désignent en général toutes les personnes des deux sexes qui se livrent à l'exercice de la danse. Mais il s'applique surtout à celles qui la cultivent comme art et en font profession. C'est sur la scène magique de l'Opéra que brillèrent nos plus célèbres danseurs et danseuses de toutes les époques. Il est assez remarquable que dans le privilège de non-dérogeance^ accordé par Louis XIV aux personnes de famille noble qui chanteraient à l'Académie royale de musique, les sujets de la danse n'aient pas été compris. Cet oubli s'expliquerait d'autant moins que le monarque lui-même aurait, non pas chanté, mais dansé avec ceux de ce spectacle sur le théâtre de la cour. Mais Lulli, qui sollicita et obtint ces lettres-patentes, prenait beaucoup plus d'intérêt aux exécutants de ses airs, de ses duos et de ses chants, qu'aux danseurs figurant dans des divertisse-

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ments {inua rej^aidail alors coimue une parlio Irèsaccessoire de ces ropréseiilations. Le goût de Louis MV pour la danse thôàlrale a été partagé par des personnages qui, à d'autres litres, auraient semblé aussi faire peu de cas d'un pareil amusement. On dit que dans le dernier siècle, le philosophe Ilelvétius dansa en amateur sur le théâtre de l'Opéra, en sauvant, à la yérilé, au moyen du masque, le décorum de la philosophie moderne. Jusqu'à la tin du dix-huitième siècle, la danse, malgré quekpies grandes renommées, telles que celles des Pécourt, des Salle, des Camargo, n'avait tenu à l'Opéra qu'un rang très-secondaire. Les compositions de INoverre et de Gardel commencèrent à la placer sur la même ligne que la musique, sa sœur. Depuis quelques années une sorte de révolulion s'est opérée dans la danse théâtrale, au désavantage des hommes et au profil des femmes. Au commencement du siècle actuel, la rivalité de deux danseurs, Yestris et Duport, avait occupé toute la capitale. Aujourd'hui , malgré le talent de Petipas , Saint-Léon et quelques autres, la danse masculine est peu goûtée à l'Opéra, et la faveur publique adopte presque exclusivement les danseuses. Cette préférence a été surtout décidée par le triomphe de Vaéricnne Taglioni, de l'expressive Fanny Essler, de la gracieuse Carlotta Grisi , de l'adorable Cerrito. Au point où elles ont porté leur art, il paraît difficile qu'il ait encore des progrès à faire. Les appointements de ces dames se sont aussi accrus en proportion des progrès de l'art. Au temps de la Salle et de la CamargY), 2,500 ou 3,000 fr. au plus formaient le total des rétributions accordées à une première danseuse. 11 est douteux qu'une danseuse de troisième ligne voulût aujourd'hui s'en contenter.

l>Éc\couDE. Instrumenta dix cordes appelé aussi kurpe de David. L'abbé >olg»'r croit que cette harpe

était nccordée dans les tons de ,<??, clef de basse seconde ligne, do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, ré.

Déclamation. La déclamation théâtrale est l'art de représenter à la scène le rôle d'un personnage avec la vérité et la justesse d'intonation qu'exige la situation. On n'attend point ici le détail de cette immense variété d'inflexions dont la voix humaine est susceptible, et que l'on doit employer dans les différentes occasions pour rendre avec justesse tant de pensées, tant de sentiments innombrables. Il est également inutile de donner sur ce sujet des préceptes qui, justes pour nous, pourraient être pour les autres incertains ou trompeurs. Chacun doit, selon son naturel , diversifier ses inflexions conformément à son propre sentiment. C'est donc en pénétrant dans le fond de notre ame que nous saurons trouver ces tons vrais qui remuent les auditeurs, cette sorte de langage, d'accent qui, par la seule inflexion, indique les sentiments, la passion qui nous dominent. Mais la voix n'est pas le seul moyen dont se serve l'art pour exprimer ces impressions de l'àme. Les yeux, le geste, sont aussi les interprètes des mêmes sentiments, Il est indispensable de joindre l'éloquence des yeux et le mouvement du corps à l'enthousiasme de la déclamation, et leur concours ajoutera à la vérité des intonations de la voix. Quant à la nécessité de bien prononcer, d'articuler d'une manière nette et distincte, d'avoir une connaissance exacte de la prosodie et de posséder un organe flexible et sonore, elle est tellement comprise de tout le monde, qu'il est inutile de s'y arrêter. Le chanteur ou le tragédien , qui ne peut se corriger de quelques défauts essentiels, tel qu'une voix sourde et enrouée, doit s'abstenir de paraître en public.

Parmi nos chanteurs dramatiques , il en est quelques-uns qui ont poussé l'art ôo la déclamation à un

très-haut degré de perfection. Nourrit, surtout, ce grand artiste que regrette encore le monde musical , avait atteint, sous ce rapport, une étonnante supériorité; Diiprcz a poussé plus loin encore, peut-être, la déclamation dans le récitatif; mais le premier excellait dans l'art d'impressionner vivement le public par le prestige de son jeu et les inflexions variées de son organe.

Décompter. Lorsqu'en solfiant sans instrument, la voix ne peut saisir un intervalle un peu éloigné, il faut décompter, c'est-à-dire faire passer la voix par tous les degrés qui séparent cet intervalle, depuis la note d'où l'on part jusqu'à celle où l'on veut arriver ; par exemple, dans la gamme d'«f, si du sol que tient ma voix je veux descendre sur un ré, et que mon oreille ne me rappelle pas à la distance de cet intervalle, Je décompte, et je dis : sol fa mi ré, en donnant à chacune de ces cordes la juste intonation qu'elle doit avoir. Le son du ré étant une fois trouvé, je remonte au sol pour descendre ensuite d'un seul saut sur ce réy dont l'impression subsiste encore dans mon oreille.

Décorations dans leurs rapports avec l'opéra. On peut appliquer au théâtre, et notamment à l'Opéra, ce que La Fontaine a dit de l'amour sur la quantité de personnes que réunit une représentation dramatique.

Pour une qu'on prend par l'oreille, On en prend mille par les yeux.

C'est surtout à une époque où le matérialisme des sens fait irruption jusque dans les plaisirs de l'esprit, que l'art dramatique et l'art musical sont contraints d'appeler à leur secours le luxe des décorations et leur charme attractif pour la très- grande majorité des spectateurs. Aussi peut-on dire que, dans bien des

tîiéalros, loclécoratoiir est l'auteur priucipal, sinon de la pièce, au moins du succès.

Au reste, il est juste d'ajouter que de nombreuses études et beaucoup de connaissances qui se rattachert à son art, sont nécessaires au peintre de décorations qui \eut s'élever au-dessus de la médiocrité. Il ne lui suffit pas de posséder à fond la perspective linéaire et aérienne, l'habile emploi des clairs-obscurs, des grandes masses d'ombre et de lumière, de savoir combattre les difficultés que lui opposent pour ces divers ('{Tels les trop vives clartés des lustres de nos salles, des lampes de la scène. Ayant à retracer tant d'édi- (ices et de sites différents, le peintre-décorateur doit connaître parfaitement l'architecture et le paysage. 11 faut ensuite qu'il sache bien dessiner la ligure, car il aura plus d'une fois à orner ses décors de statues et de bustes. On sait assez combien il est nécessaire qu'il connaisse aussi l'antique et les divers styles d'architectrire, pour ne pas les confondre. Sans cette étude approfondie, parfois des erreurs choquantes pourraient lui échapper; et de temps en temps, ainsi que nous avons pu le voir, un sujet grec serait représenté dans un édifice romain , et vice versa ; ou bien lesarmes, les productions d'un pays se trouveraient transportées dans un autre.

Il n'est pas jusqu'aux modes du jour, celles au moins qui concernent les constructions, la disposition des appartements, leurs accessoires d'embellissement, que le peintre-décorateur ne doive avoir bien observées pour les retracer avec fidélité. Il faut qu'il sache aussi bien reproduire sur la toile le boudoir d'une de nos petites maîtresses qu'un temple de l'antiquité, ou un monument du moyen âge.

Les auteurs et les compositeurs dramatiques ont

quelquefois l'imagination trop exigeante, et demim-

dentau peintre de décorations ce que son art ne peut

cxéciilor. Il ost coiUr.iinl alors do los ramenai* aujL Ijurnes du possible. Il arrive aussi parfois qu'il corrige ou modilie daus ses compositions ce qui, dans leurs programmes, serait trop bizarre ou de mauvais goût. Aussi plusieurs de nos anciens poètes, compositeurs et faiseurs de ballets, avaient-ils senti que c'est surtout au lliéâtre que la poésie, la musique et la printure doivent être sœurs. On voit par les opéras, et les préfaces de Corneille qui précèdent ce qu'on appelait ses pièces à machmes^ qu'ils n'étaient pas restés étrangers à un art qui devait seconder le leur, et qu'ils pouvaient donner eux-mêmes des conseils utiles aux artistes chargés d'exécuter les décorations de leurs ouvrages.

.Nous savons peu de chose sur le plus ou moins d'habilité avec laquelle les anciens décoraient leurs scènes. Les tableaux trouvés à Herculanum doivent toutefois nous faire présumer que Rome avait aussi ses talents dans cet autre genre de peinture, utile auxiliaire de l'art musical; malheureusement, leurs productions n'ont pu nous être conservées.

L'usage et la confection des décorations théâtrales étaient en quelque sorte perdus au quinzième siècle. Il est vrai que l'art dramatique était alors dans son enfance, et les œuvres plus religieuses que profanes de cette époque , ne comportaient guère le luxe de la mise en scène moderne. Ce fut Balthazar Preuzzi, né en liSl, à Volterre, en Italie, qui fut le restaurateur de cet art. Il eut dans cette contrée de dignes successeurs, parmi lesquels on peut citer Parigi à Florence, Bibiena à Rome. Ajoutons que les Italiens furent jusqu'à ces derniers temps nos maîtres dans cette partie. Le génie de Servandoni , après avoir élevé dans notre capitale le beau portail de Saint- Sulpice, montra aussi, sur la scène de l'Académie roynle de Musique, tout ce que pouvait faire naître

(îe pn^sliges la bngiiellf? magique (Ui grand peintredécorateur.

La France aura son tour : elkî Ta déjà, on peut lo dire; car, depuis quelques années, d'habiles peintresdécorateurs ne lui laissent plus rien à envier à l'Italie sur ce point. Nous devons citer au premier rang MM. Cicéri, Philastre, Cambon, Séchan, Feuchères, Thierr\, Diéterle et Despléchin.

Nous avons indiqué plus haut les diverses connaissances que doit posséder le peintre de décorations. Est-il besoin de dire que le goût, cette première condition de ses succès, lui est indispensable encore? Il est fâcheux d'ajouter qu'il faut en outre, à son âme d'artiste, une sorte d'abnégation de la gloire à venir. La sienne est, si l'on peut s'exprimer ainsi, en détrempe comme ses ouvrages. Aussi, bien différent du musicien et du poète, doit-il viser davantage à l'elTet du moment qu'à celui que confirment l'examen véÙ(> chi et le temps : c'est là sans doute qu'il est permis de frapper fort plutôt que juste. Le mérite du peintre-décorateur, c'est de parler aux yeux avec une éloquence vive, saisissante, improvisée, tandis que le musicien s'adresse à l'imagination et au cœur parle prestige des sons, et par tout ce que la langue musicale a de séductions et de charmes.

Décousu. Ce terme appartient également à la rh 'torique et à la musique. On dit qu'un style est d/cousu, quand les idées rassemblées par le compositeur manquent entre elles de liaison, quand elles sont incohérentes et disparates, en un mot quand le suj.t est mal conduit. Ce défaut est le propre des compositeurs, qui, avec peu d'imagination, enfimtent péniblement leur musique phrase à phrase et à des intervalles éloignés. Leur esprit, qui ne peut plus retrouver la même situation, ne produit que des pensées détachées qui ne s'amalgament jamais bien. Chaque

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phrase aura, si l'on veut, l'expression juste de chaque vers; mais le tout manquera d'ensemble et d'unité.

Decrescendo. Ce mot italien signifie le contraire de crescendo, c'est-à-dire une diminution progressive d'intensité des sons dans l'exécution de la musique.

Déduction, terme de l'ancien plain-chant. La déduction est une suite de notes montant diatoniquement, ou par degrés conjoints.

Degré. Ce mot est l'équivalent de note ou son; ainsi, on peut dire *• le premier, le deuxième, le troisième degré de la gamme; il est aussi quelque fois l'équivalent d'intervalle, et alors il signifie la différence de position ou d'élévation qui se trouve entre deux notes placées dans une môme portée. Sur la même ligne ou dans le même espace, elles sont au même degré, et elles y seraient encore, quand même l'une des deux serait haussée ou baissée d'un demi-ton, par un dièse ou par un bémol. Au contraire, elles pourraient être à l'unisson, quoique posées sur diflérents degrés, à l'aide d'un changement de clef, ou par l'emploi des dièses et des bémols, comme fa bémol et mi, ut dièse et ré bémol, etc., etc. Si deux notes se suivent dialoniqucment, de sorte que l'une étant sur une ligne, l'autre soil dans l'espace voisin, l'intervalle est d'un degré, de deux si elles sont à la tierce, de trois si elles sont à la quarte, de sept si elles sont à l'octave. Ainsi, en ôtant i du nombre exprimé par le nom de l'intervalle, on a toujours le nombre des degrés diatoniques qui séparent les deux notes. Ces degrés diatoniques, ou simplement degrés, sont encore appelés degrés conjoints, par rapport aux degrés disjoints qui sont composés de plusieurs degrés conjoints.

Délié. (Voyez le mot Sciolto.)

Démancher. C'est, sur les instruments à manche, tels que le violon, le violoncelle, la gnilare, ôter la

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