‹ Dictionnaire de musique théorique et historiqueChapitre 14 sur 222 · PRÉFACE. XVII · texte numérisé non relu

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excellente, a fourni une espèce de seconde notation, à l'aide de laquelle tous les pianistes, tous les violonistes, tous les instrumentistes, tousles compositeurs, répandus sur la surface du globe, se comprennent et échappent aux embarras d'une seconde tour de Babel. Un musi* cien allemand, ou slave, ou anglais, ou caffre, ou bottentot, n'est pas tenu desavoir ce que signifient les mots français ; lentement, gaiemenê^vite; un Français n'est pas tenu de comprendre ces mêmes mots dans les langues qu'il ne sait pas, mais tous les musiciens de tous les pays doivent entendre, et entendent les mots adagio, (diégro, et pre^o, et crescendo et smorzando, et tant d'autres qui ont cessé d'être italiens pour devenir techniques, et ont sacrifié leur nationalité pour se faire naturaliser musiciens. Beauomp d'artistes n'en savent pas plus long, et se contentent de ce léger bagage ; mais cet accord tacite, ce traité d'alliance passé entre toutes les nations, et sanctionné par un long et constant usage, n'en est pas moins un véritable hommage rendu à la terre natale des arts.

Toutes les indications nécessaires étaient donc en italien dans les motets de Brossard, qui, lui, savait parfaitement l'italien. Mais le prudent abbé, se défiant de l'intelligence ou de l'érudition de ses lecteurs et de ses chanteurs, prit la précaution de faire précéder ses motets d'un vocabulaire expliquant en français le sens de tous les mots italiens nécesssàres kla. bonne exécution de la mtmque, comme il le dit lui-même en justifiant timidement son innovation un peu injurieuse pour les musiciens de son temps. Son essai réussit, et c'est ce petit catalogue qu'il compléta depuis, et qu'il publia séparément sous le titre de Dictionnaire de musique, con-^ tenant une explication des termes grecs, latins et français

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les plus tmtez dans la musique. Certaines parties de ce travail sont excellenteset peuvent être encore consultées avec fruit, surtout pour ce qui touche le système grec, c'est-à-dire l'ensemble des modes et des tétracordes de di^érents genres, et les anciennes notations, que Brossard connaissait bien. Ses définitions sont en général concises et parfaitement claires, et il y a dans tout son livre un caractère de simplicité et de bonne foi qui séduit. Il ne se compromet pas, ne s'aventure pas, et, lorsqu'il doute, il s'abstient, principalement quand il s'agit de noms propres, et lorsqu'il faudrait prendre un parti à propos de certaines inventions attribuées quelquefois à plusieurs musiciens différents* Ainsi, aj>rès avoir parlé du tétracorde ou système de Mercure, (( auquel on en attribue communément l'invention vers l'an du monde 2000, » et de Pythagore, « qui, selon la plus commune opinion, avait établi des règles pour trouver les proportions des sons, » il ajoute : a Hais comme on vit que ces huit sons ne suffisaient pas, divers particuliers ajoutèrent peu à peu d'autres chordes, etc. » C'est un moyen naïf de se tirer d'embarras et d'éviter les discussions.

Ce n'était pas tout que d'avoir expliqué, traduit, commenté tous les mots italiens employés en musique. L'abbé Brossard n'était pas satisfait, il voulut encore qu'on sût les lire harmonieusement, qu'on les prononçât dans toute leur pureté, en véritable Toscan, en académicien de la Crusca ; il aurait volontiers fait couler r Arno dans la Seine. Il mit donc à la suite de son Dictionnaire un Traité de la manière de bien prononcer les mots italiens. Quelques-unes des explications de l'abbé semblent empruntées à M. Jourdain. Ainsi il dit que la lette A doit se prononcer la bottche bien ouverte, les

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lèvres bien séparées^ et, surtout, les dents bien desserrées^ c^est-à-dire « qu il faut que la mâchoire d'en bas soit » tellement baissée ou séparée de celle d'en haut, que » du moins la langue puisse passer librement entre les » dents. Je dis du moins^ car si on peut la séparer da- » vantage, ce ne sera que tant mieux. » L'ouvrage est terminé par la liste des neuf cents auteurs dont nous avons parlé, après quoi l'auteur, par une prière touchante, adjure les détenteurs de livres ou de manuscrits qu'il ne connaîtrait pas, et avec les précautions et les instructions les plus minutieuses, « de les lui vendre^ n ou de les lui trocquer^ ou de les lui prêter sous pro- » messes et telles assurances qu'on souhaitera. »

Le dictionnaire de J.-J. Rousseau ne vint que cinquante-cinq ans plus tard. La première édition parut en 1758; c'était en grande partie le travail qu'il avait fait pour l'Encyclopédie, qu'il avait revu et qu'il aurait voulu refondre en entier. Dans la préface de la seconde édition, datée de Motiers-Travers, le 20 décembre 1764 (il y aura bientôt un siècle, et la musique a bieh changé depuis ce temps) , il fait bon marché de son œuvre, et regrette de ne pas avoir eu le loisir d'en faire un ouvrage traité avec plus de soin. 11 avertit ceux qui ne veulent souffiir que des livres bien faits de ne pas entreprendre la lecture de celui-là. 11 pense cependant que ceux que le mal ne détourne pas du bien, y trouveront peut-être assez de bons articles pour tolérer les mauvais, et dans les mauvais mêmes, assez d'observations neuves et vraies pour valoir la peine d'être triées et choisies parmi le reste, a Les musiciens lisent peu, dit-il, et cependant, je connais peu d'arts où la lecture et la réflexion soient plusxuécessaires. » « Les meilleurs livres, dit-il plus loin, sont ceux que le vulgaire décrie, et dont les gens

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