VOI SOI
Si voue respirez beaucoup, il faudra que vous mangiez en proportion; car, si vous ne restituoz pas à Torganisme tout le carbone et l'hydrogène que l'oxygène aura dévoré, celui-ci, ne devant sortir du corps que combiné avec ces deux éléments, attaquera votre propre substance.
Ces principes une fois établis, nous avons l'explication d'un grand nombre de faits que tout le monde a bien souvent constatés, mais que personne n'avait convenablement étudiés avant les savantes recherches des chimistes de notre siècle et du siècle dernier.
L'enfant, dont les organes respiratoires sont si actifs, mange proportionnellement beaucoup plus qu'un adulte. L'oiseau, dont le poumon fonctionne si bien, ne peut souffrir longtemps la faim ; privé de nourriture, il meurt le troisième jour. Le reptile, au contraire avec sa respiration lente et paresseuse, supporte impunément la faim pendant un temps très-long.
L'on peut concevoir, dès à présent, rimportancc de ces faits dans l'hygiène du chanteur ; car il nous sera facile de prouver qu'il respire, au point de vue de l'absorption de l'oxygène, d'une manière vraiment exceptionnelle.
L'étude des phénomènes chimiques de la respiration amène invinciblement à reconnaître une relation parfaite entre cette fonction et l'alimentation ; et, d'après ce que nous avons exposé, l'on comprend que tout désaccord entre ces deux fonctions doit invariablement produire une perturbation de la santé. Un homme, par exemple, qui respirerait de manière à consommer quatre cent cinquante grammes de carbone par jour, et qui n'en remplacerait que quatre cent quarante par l'alimentation, mourrait lentement de faim.
La quantité d'oxygène absorbée dépend surtout du nombre et de l'c^mplitude des inspirations. Celui dont le poumon fonctionnera de manière à introduire dans la circulation deux kilogrammes d'oxygène, devra restituer au corps deux fois plus de carbone que celui qui n'en aura absorbé qu'un kilogramme.
Si nous étudions la respiration du chanteur, nous voyons que son poumon, pendant qu'il exerce méthodiquement sa voix, est traversé par des masses d'air considérables.
La quantité du mouvement respiratoire ne peut être évaluée qu'approximativement, attendu qu'elle varie pour chacjue individu, suivant les particularités de son organisation. Aussi, les physiologistes qui ont étudié cette question ne sont-ils pas arrivés à des résultats semblables. Séguin évalue le nombre des inspirations de quinze à vingt par minute, Laënnec de onze à quinze, Menziers à quatorze, Magendie à quinze; Allen et Papys à dix-neuf, Dalton à vingt, Davy à vingt-six. En nous arrêtante dix-huit, nous avons le terme moyen du nombre des inspirations.
Si nous examinons la question au point de vue de la quantité d'air qui pénètre le poumon, nous voyons, d'après les expériences d'Abilgaard, de Wurzer, de Herbst, de BostocK, etc., qu'elle s'élève, terme moyen, à 18 pouces cubes par respiration.
Le poumon, dans les conditions les plus générales, est donc traversé en une minute par plus de 300 pouces cubes d'air, c'est-à-dire plus de 466,000 pouces cubes en vingt-quatre heures. Ces chiffres, déjà énormes, sont bien intérieurs h ceux que fournit la respiration du chanteur. Celui-ci ne pouvant bien dire de longues phrases de chant qu'à la condition d'avoir une grande étendue de respiration, habitue ses poumons à contenir la plus grande quantité d'air possible. Cet exercice, augmentant l'activité des organes de la respiration, détermine bientôt leur accroissement, et la plupart des chanteurs présentent un grand développe^ment de la cavité thoracique. Mais, sans même tenir compte de cette différence de capacité, si nous recherchons quelle est la quantité d'air que le poumon peut contenir, nous apprenons qu'elle dépasse de beaucoup la moyenne que nous avons posée plus haut en étudiant la respiration normale. Ainsi, nous savons que Herbst, ayant fait expirer six jeunes gens avec toute la force possible, après une inspiration des plus profondes, trouva que le minimum de l'air expiré était de 130 pouces cubes, et le maximum de 244, ce qui donne 167 pour terme moyen.
Un bon chanteur, qui fait des exêrcioeâ ou cfui phrase une cavatine, ne respire pas autrement. Il introduit à chaque respiration, dans son poumon, 167 pouces cubes d'air ; mais admettons qu'il n'en prend que 100, et qu'il ne fait que dix inspirations de ce genre par minute ; malgré cette déduction, on trouve qull a respiré plus
d'air en vingt minutes, qu'une personne qui ne chante pas et qui respire normalement n'en peut respirer en une heure.
Qui pourra nier devant ces chiffres, les conditions spéciales dans lesquelles se trouve placé le chanteur? Evidemment, il n'est peut-être pas d'état physiologique dans lequel la respiration soit aussi exagérée; dès-lors, on comprend tout le soin que le chanteur devra apporter à son alimentation ; car, que résulte-t-il de l'ignorance de a^s principes? c'est que beaucoup déjeunes artistes et de dilettantes, se livrant avec ardeur à l'étude du chant, pensent ménager leur larynx en ménageant leur estomac. Au bout de quelque temps l'épuisement arrive, la voix s'éteint; ils s'imaginent que le travail ou une méthode vicieuse la leur a brisée, tandis que la véritable cause de cet affaiblissement est une alimentation insuffisante.
Il n'y aurait que demi-mal s'ils en étaient quittes pour une extinction de voix ; mais ne sait-on pas que les rpaladies les plus graves peuvent résulter de ce défaut d'harmonie entre les fonctions les plus essentielles au maintien de la vie ? Nous ne voulons pas effrayer le chanteur par la triste énumération des affections qui se développent, avec une déplorable promptitude, au milieu de l'épuisement général de l'organisme ; mais nous devons le prémunir contre elles et lui donner les moyens de conserver l'intégrité à son corps, et, par suite, la vigueur aux organes de la voix.
Si l'on a bien saisi la liaison intime que nous avons essayé d'établir entre la respiration et la nutrition, on sera naturellement conduit à penser que le chanteur doit consommer une quantité d'aliments considérable, et nous entendons beaucoup de personnes se récrier et nous accuser de vouloir faire des Apicius ou des Héliogabales de tous nos poétiques chanteurs. Loin de nous la pensée de transformer ainsi ces belles organisations, qui semblent n'exister que pour ressentir les plus douces sensations, et pour les exprimer de la manière la plus suave ! Ils voudraient ne manger que pour vivre, mais ils doivent aussi manger pour chanter.
Voici quelles sont les substances dans lesquelles le chanteur trouvera les éléments d'une complète réparalion. Les chimistes les ont divisées en deux classes : les aliments azotés et les aliments non azotés. Les premiers,
appelés aussi plastiques^ constituent raliment proprement dit : introduits dans Torganisme, ils ont seuls la propriété de se convertir en sang et de donner naissance aux principes des organes. Les aliments de la seconde classe ont été appelés respiratoires^ à cause de la grande proportion de carbone qu'ils contiennent.
Les aliments proprements dits sont :
La fibrine (chair et sang des animaux),
L'albumine (blanc d'œuf),
Le g] u ten (céréales) ,
La matière caséeuse (lait).
Les substances alimentaires de second ordre sont :
La graisse,
La gomme,
Les sucres,
La bière,
Le vin, etc.
Avec cette seconde classe d'aliments, le chanteur fera facilement provision de carbone et d'hydrogène.
Beaucoup de personnes racontent avec étonnement que tel chanteur ou telle cantatrice prend du vin de Bordeaux et du vin de Madère en grande proportion; qu'on fasse chanter ces mômes personnes pendant trois heures, et nous verrons si elles ne trouvent pas que le bon vin est un excellent réparateur des forces dépensées pendant la suraction de l'appareil respiratoire. Hippocrate, ce grand médecin de toutes les époques écrivait, il y plus de vingt siècles, que le vin appaise la faim. Famen thorexis solvit. (Secte II, aph. 21).
Les vins, en effet, ceux du Midi surtout, offrent à l'organisme, sous une forme extrêmement favorable, une quantité notable de carbone.
Est-il besoin d'observer que les liqueurs qui contiennent une trop grande proportion d'alcool, agissent d'une manière funeste sur les cordes vocales? Chacun connaît l'expression triviale par laquelle on désigne une voix cassée par les spiritueux.
La gomme et les sucres seront également très-propres à la réparation. Mais, c'est dans la chair des animaux que le chanteur trouvera son véritable aliment. Illaprétérera toujours aux substances végétales, et il choisira surtout les viandes noires, parce qu'elles portent avec
elles un principe d'excitation très-favorable au développement des forces. Celles-ci, comme Ta parfaitement démontré M. Edwards, sont en rapport avec la quantité des aliments. Ce savant a constaté avec le dynamomètre, qu'après une forte nourriture, un bon consommé, par exemple, la force est plus considérable, les mouvements plus sûrs, plus faciles, plus énergiques qu'après l'ingestion d'aliments légers.
Ce que nous vsnons d'exposer pour le chanteur, s'adresse, jusqu'à un certain point à l'artiste dramatique qui, cherchant à exprimer un passage de Racine, par exemple, fouille dans les trésors de son cœur pour en tirer l'expression la plus vraie, l'accent le plus sympathique, et répète ce passage de mille manières. Il respire alors beaucoup plus que dans les conditions ordinaires. Les avocats, les orateurs de tribune, les professeurs, les prédicateurs pourront également profiter de ces considérations.
Nous pourrions donner un grand .développement à toules ces questions ; mais ce que nous en avons dit suffira pour persuader le chanteur que c'est par une nourriture su fusante qu'il conservera sa santé et sa voix. L'alimentation imparfaite a pour premier effet d'amoindrir les muscles, de les priver de leur contractilité et de les rendre rigides et impropres à tout acte de vigueur et de souplesse. Quand le corps est affaibli, la voix devient pauvre et languissante, l'expression dramatique pâle et uniforme ; l'âme de l'artiste, secouant vainement les organes, ne peut se traduire que par des vibrations flasques et chancelantes , et l'auditeur, impassible , frappé seulement par l'impuissance, ne subit aucun charme, aucun entraînement.
Ces réflexions, biens graves pour un chanteur, sont moins sérieuses que celles qu'on peut faire sur l'épuisement général. Il s'agit surtout ici de la santé du chanteur. Veiller à l'équilibre de ses fonctions, c'est aussi veiller à la conservation et au développement de sa voix.
Voix ANGÉLIQUE. Jcu d'orguc qui sonne l'octave du jeu de voix humaine.
Voix BLANCHE. Expressîou métaphorique qui indique l'intensité et le caractère de certaines voix et de certains instruments. Les voix de soprano et d'alto sont des voix blanches. L'octavin, la flûte, le hautbois,