QUES
« Sr Les caractères phonétiques ou signes de son.
« Chacune de ces espèces de caractères procède à la notation des idées par des moyens différents.
fi Caractères fiaurati/i. -^ Ces caractères expriment précisément l'objet dont ils présentent à rœil l'image plus on moins uuèle el plus on moins oetaïUée. Ainsi: O signifie soleil: 1> (un«, etc.
« Les auteurs grecs ont désigné cette lûé-
DICTIONNAIRE DE PALECCI\ArtllE, ETC.
sso
tiiode do peijfttilf ô des idc^os , la preuiièro et la plus ancienne, souslp no.'^ide xipiQj^tKà x«Tà MIMU2IN,ou méthode s^exprimant au propre par imitation (Clément d'Alexandrie, Stroma:e$j livre v, page 657, éd. Potier)
« Caractères tropiques ou symboliques. — L'impossibilité d'exprimer surtout les idées abstraites par des caractères figuratifs, fit recourir à l'invention d'un nouvel ordre de signes ; au moyen desquels on peignit ces idées }>ar des images d'objets physiques ayant des rapports prochains ou éloignés, vrais ou supposés, avec les objets des idées qu'il s'agissait de rendre granliiquement.
« Ces caractères qu on a nommés tropiques pu symboliques se formaient selon quatre
f Principales méthodes diverses, parlesnueles le signe se trouvait plus ou moins éloigné de la forme ou de la nature réelle de r objet dont il servait à noter l'idée.
« On procéda à la création des signes tro^ piques y V par synecdoche, en peignant la partie pour le tout; mais la plupart des signes lormés d'dprès cette méthode ne sont au fond que de pures abréviations de carat' tires figuratifs : ainsi deixx bras tenant l'un un bouclier, l'autre un trait ou une iJÎque , signifiaient une armée ouïe combat; une tête de bœuf signifiait un bœuf, une tète d'oie, une ot>; une tête et les parties antérieures d'une chèvre, une chèvre; les prunelles de l'œil, les yeux, etc., etc.
«2" En procédantpar m/^onywic, on peignait la cause pour l'efitet, l'effet pour la cause , ou l'instrument pour l'ouvrage produit. Ainsi on exprima le mois par le croissant de la lune, les cornes en bas, et tel qu'il se montre vers la fin du mois; le feu par une colonne de fumée sortant d'un rechaud ; l'action de voir, par l'image de deux yeui humains; lejfour, par le caractère figuratif du soleil qui en est l'auteur et la cause ; la nuit, par le caractère ciel et une étoile combinés; les lettres ou récriture, par l'image d*un roseau ou |)inceau uni à un vase à encre et à une palette de scribe.
tf En usant de métaphores, on peignait un oltjet qui avait quelque similitude réelle ou
fénéralement supposée avec l'objet de l'idée exprimer. Ainsi on notait la sublimité par un épervier, à cause du vol élevé de cet oiseau ; la contemplation ou la vision, par l'œil de répervier, parce qu'on attribuait à cet oiseau la faculté de fixer ses regards sur le dis |ue du soleil ; la mère, par Te vautoiiri parce qu'on sup[)0sait à cet oiseau une telle tendresse pour ses petits, qu'il les nourrissais, disait-on, de sou propre sang; la pr/cri!é, la prééminence ou la supériorité, par les parties antérieures du lion; le chef du peuple, le rot, par une espèce d'abeille, parce que cet insecte est soumise un gouvernenient régulier ; Ja piété, la vertu ou la pureté, par un sceptre & tête de coucoupha , car on croyait que cet animal nourrissait avec tendresse ses parents devenus vieux; un hiéro^ grammate ou scribe sacré, par un chacal, ou par le même animal, placé sur un socle, parce que ce fonctionnaire sacerdotal devait
veiller avec sollicitude sur les clioses sacrées , comme un chien fidèle.
^ h" On procédait enfin par énigmes en employant, pour exprimer une idée, l'imago d'un objet physique n'ayant que des rapports Irès-cacnés, excessivement éloignés, souvent même de pure convention, avec l'obiet même de l'idée à noter. D'après cette méthode, fort vague de sa nature, une plume d'autruche signifiait la iustice , parce que, disait-on, toutes les piumes de cet oiseau sont égales ; l'oiseau ibis, perché sur une enseigne , rappelait l'idée du dieu Thoth, Thermes des Egyptiens , avec lequel ce volatile avait une roule de rapports marqués suivant la croyance vulgaire; un rameau de palmier représentait l'année , parce qu'on supposait que cet arbre poussait douze rameaux par an, un dans chaque mois ; une tige d'une sorte de lis ou de glaïeul, ou un bouquet de la môme plante, exprimait l'idée (le la région haute ou V Egypte supérieure; une tige de papyrus avec sa houpe, ou un bouquet delà même plante, était le symbole de la région d'en bas ou V Egypte inférieure. Ces deux grandes divisions du pays furent aussi énigmatiquement exprimées , la haute Egypte par la coiffure nommée ovôbgh , la couronne blanche, et la basse Egypte par la coiffure nommée trôgh, la couronne rouge ^ ornements royaux, symboles consacrés de la domination souveraine sur ces deux priuri-
Eales parties du royaume des Pharaons.
'épervier perché sur une enseigne et souvent décoré du fouet exprime l'idée Dieu en général ; le serpent arœus, quelquefois j^aré de différentes coiffures symboliques, devient le signe de l'idée déesse en général, d'une déesse mère et nourrice, d'une déesse ou reine de la région supérieure, ou enfin d'une déesse ou d'une reine de la région inférieure, suivant le sens particulier de l'insigne qui surmonte la tête du reptile. Le phénix , oiseau fantastique et à bras humains élevés en signe d'adoration, fut l'emblème des esprits purs •exempts des souillures terrestres et au dernier période des transmigrations ; une étoih employée dans un sens symbolique rappelait l'idée d'un Dieu ou d'une essence divine; une corbeille tressée en jonc de couleurs variées exprimait symboliquement l'idée de maître ou seigneur; on représentait la même idée par l'image du spuinx, combinaison d'une tête humaine avec un corps de lion, comme pour désigner la force morale unie à la force physique.
« Les caractères tropiques ou symboliques existent en assez grand nombre dans le système graphique égyptien. Comme ces caractères figuratifs , chacun d*eux exprime à lui seul une idée complète ; mais les idées, dont ces caractères isolés étaient les signes, pouvaient être rendues par une tout autre méthode que l'imitation directe ou l'assimilation : cette troisième méthode consiste à peindre les sons et les articulations des mots, signes oraux de ces mêmes idées dans la langue parlée.
« Caractères phonétiques. —Les caractères
PALI^OGBAfUlË.
in
de la Iroisième classe ^ la plus importante t puisque les signes qui la composent sont d'un usage bien plus fréquent que ceux des deux premières, dans les textes hiéroglyphiques de tous les Ages, ont reçu la qualitication de phonétiques^ parce qu'ils représentent en réalité non des idées , mais des sons ou des prononciations.
« La méthode phonétique procédait par la notation des voix et des articulations exprimées isolément, au moyen des caractères particuliers , et non par la notation des syllabes. La série des signes phonétiques constitue un véritable alphabeth et non un sîllabaire,
« Considérés dans leur forme matérielle , les caractères phonéti(jues furent , comme les caractères figuratifs et les caractères tropiques , des images d'objets physiques plus ou moins développées.
« Le principe fondamental de la méthode phonétique consista à représenter une voix ou une articulation par Timitalion d'un objet physique dont le nom, en langue égyptienne parlée, avait pour initiale la voix ou 1 articulation qu'il s agissait de noter (250). »
Ainsi l'aigle (Ahôm) avait pour valeur
fihonétique  ; la bouche (Rô) Il ; la main Tôt) T; le scarabée (Thôré) th, etc.
L'application de ce principe permettait d'exprimer le môme son par différents signes. La lettre R, par exemple, pouvait être représentée par une bouche , Rôy par une fleur de grenade Roman ou par une larme Rime. L'emploi de ces divers caractères n'était pas du reste entièrement abandonné au caprice des scribes. Il n'y avait qu'un certain nombre de signes qui pouvaient s'employer ainsi les uns pour les autres et leur nombre était fixé d'avance.
L'emploi de ces Aomop/^onM, qui, dans l'origine, n'avait sans doute pour but que de rendre plus facile et plus élégante la dispo-
sition des caractères hiéroglyphiques, devint tellement plus fréquent dans les derniers temps de la domination grecque en Egypte, et sous celle des empereurs, que Champollion a pu constater sur des monuments de cette époque le nom de Latopolis , ville do Thébaide, écrit de dix manières différentes.
On 00 rencontre pas seulement, dans récriture égyptienne, des signes divers employés pour exprimer une même lettre, on voit aussi des lettres employées les unes pour les autres. Ainsi les signes de Tarticulatioa R servent aussi indifféremment à noter l'articulation L; les articulations aspirées sont rendues dans les textes hiéroglyphiques par les mêmes signes que les articulations correspondantes. On peut néanmoins retrouver assez facilement la valeur des signes consonnes de l'écriture égyptienne ; mais le son des caractères vovelles de cette écriture est beaucoup plus difficile à déterminer. Comme dans les textes hébreux et arabes, la
|)lupart des voyelles médiales des mots sont labituellement omises dans les portions de texte hiéroglyphiaues ou hiératiaues formées de signes phonétiques, et, lorsque ces voyelles sont exprimées, leur son n'a guère plus de fixité que celui des signes voyelles dans les alphabets hébreu et arabe.
Quelles que soient, du reste, les difficultés que présente l'écriture phonétique, on parviendra toujours à retrouver la valeur des signes dont elle se compose h l'aide de l'alphabet reconstitué par Champollion, et la signification de tous les mots de la langue égyptienne par la connaissance de la langue copnte.
Nous donnons, h la fin du volume, un alphabet extrait de celui de Champollion, et qui présente chaque signe hiéroglyphique accompagné de la forme correspondante en écriture niéralique.
(UO) Cbampollio!!, Grammaire égyptienne^ p. 32 et suiv.
SSBE2
PALEOGRAPHIE.
ExTBAiTS DU Nouveau traité de Diplomatique^ par deux religieux bénédictins de la