‹ Dictionnaire de paléographieChapitre 59 sur 136 · III£U0€L\TI1;E · texte numérisé non relu

III£U0€L\TI1;E

« formée de signes d*iJées, je larrms à « placer sous la plus grande partie de ces « groupes, .sans effort, sans supposition, < sans rien changer, sans omettre enfin au- « cun signe du texte égyptien, les mots du

• texte grec qui leur correspondent cons- « tammeut. Ce travail est tellement complet, f que ses parties se justifient et se prouvent « les unes par lesautres. On ne peut s'émit pêcher de remarquer, en effet, que Tordre « des mots du texte grec, soumis par ce « rapprochement à la marche du texte « égyptien, n'est que très-légèrement inter- « verti ; et ce changement d ordre dans les « mots est tout juste ce qu*il doit être lors- « qu'on soumet une phrase appartenant à « une langue à inversions^ comme est le

* grec, à Tordre logique ou naturel que suite vent ordinairement les propositions d'une « langue formée de mots privés de termi- « naisons ou inflexions, comme la langue « égyptienne.

« Cet aperçu, ajoute le judicieux érudit, « ne perdrait rien de son importance, quoi- « aue le texte intermédiaire de l'inscription •c ae Rosette n'exprimât point le son des « mots de la langue égyptienne : il est de « toute évidence qu'en usant d'une écriture «I composée de signes d'idées, les Egyptiens « ne purent procéder à la ]:>einture combi- « née de plusieurs de ces idées que dans « l'ordre môme qu'ils avaient déjà adopté «r pour les exprimer dans la langue parlée. « Les pensées, les jugements, en un mot, « la génération des idées est essentiellement « liée à l'état de la langue qu'on parle. »

« II y à , dans cet exposé des principes suivis par Ckampollion et des résultats auxquels ils l'ont conduit, tant de simplicité et en même temps de rectitude d'idées, et une telle absence d'exagération et de jactance, qu'il nous a paru propre h concilier à ^es assertions toute la contîance des bons esprits et des ju^es équitables.

« Toutefois, si l'analyse rigoureuse de la partie démotique de l'inscription de Rosette n'avait eu d'autre résultat que de faire connaître les rapports de cette écriture avec les écritures hiéroglyphique et hiératique, et les caractères propres oui l'en distinguent, eUe aurait peu avancé Cbampollion dans )*intellwence de ces textes mystérieux ; mais elle lui révéla bien d'autres particularités dont le détail ne peut trouver place ici. Disons seulement qu'elle lui fournit le moyen de sé^iarer d'une manière certaine chaque groupe, ou plutôt chaque asso. iation ou série de signes, des séries qui les précè- ('ent et qui les suivent, et de connaître ainsi avec une entière exactitude l'ensemble des hii^es dont se compose chaque nom propre ; on sorte qu'il ne pouvait plus lui arriver, mm ose à ses devanciers, de comprendre dans un nom des signes oui lui sont étrange rs; de plus, qu'elle lui louniit la démons-^ tration complète de celte vérité, que celte ^*eriture démotique, que pourtant il ne lisait point encore, était en concordance parfaite avec le syi^tème grammatical de la langue

copte, et offrait des signes spéciaux, corres^ pondant aux formes par lesquelles cette langue exprime les rapports logiques et grammaticaux des mots dont se compose une proposition, et des propositions aont l'ensemble constitue une phrase ou une période.

« Mais ce aui exige de nous une mention toute particulière, c'est que cette analyse lui découvrit et lui fit touclier au doigt une vérité qu'on aurait pu déduire avec confiance de la seule théorie, mais qui peut-être serait restée inaperçue, comme tant d'autres vérité* écrites, pour ainsi dire, dans notre intelligence, sans que nous les percevions, jusqu'à ce qu'un fait inattendu , venant frapper nos sens d'une subite clarté, nous apprenne à lire dans ce livre intérieur ce qui jusque-là s'était dérobé à nos regards. Sans doute il n'eût pas fallu un grand effort de génie pour reconnaître que l'Egypte, parvenue de bonn^ heure à un si haut degré de civilisation,, avait eu indubitablement des rapports d'amitié, de politique et de commerce. avec des nations étrangères qui ne parlaient point sa langue, et que, bien des siècles avant l'invasion de Cambyse et'la conquête d'Alexandre, elle avait dû éprouver le besoin de représenter par écrit les noms des nations, des villes, ies rois, enfin ceux même des indivi-^ dus avec lesquels elle était en relation par des intérêts cfe diverses natures ; et que i'é-« criture hiéroglyphique, bornée à la représentation immédiate des idées, devenait impuissante pour suffire à ce besoin de toute société tant soit peu civilisée. L'Egypte avait donc dû nécessairement, comme la Chine, se procurer un moyen quelconque do sup* pléer à ce défaut de toute écriture idéo^ra^. phique. L'inscription de Rosette apprit à. Cbampollion qu*elle l'avait fait, et de auella manière elle y était parvenue. C'avait été eiv se formant, avec des caractères idéographiques dans le principe, mais dépouilles dans, leur usage de toute valeur représentative des idées, une nouvelle sorte d'écriture,, destinée à peindre les sons, et par. conséquent rentrant plus ou moins dai^s la catégorie de nos écritures alphab'élic^ues. Cette vérité, aperçue avant lui (mr d autres savants, n'avait fait que les égarer, en les con-. firmant dans le préjugé qu il ne fallait chercher que des lettres proprement dites dans l'écriture démotique. Cbampollion, au con«^ traire, ne regardant cet usage de certains caractères idéographiques dans leur origine que comme une exception fondée sur la nén cessité, et de plus élant parvenu à connaître avec une pirécision rigoureuse les signes qui appartenaient à chaque nom propre», acquit bientôt, par la comparaison des divers, noms propres et autres mots étrangers que contient 1 inscription de Rosette, la valeur de dix-neuf caractères de ce nouveau système d'écriture. Il donna le nom de phoné'^ tiques^ nom dont déjà un savant archéologue avait fait usase avant lui, quoique sous un point de vue différent, à ces signes,. idéogra-^ phiques dans leur principe, mais réduits

dans i^ur emploi au rôle de peinture des nous. Le même jour devait éclairer nécessairement les deux autres branches du système graphique des Egyptiens, je veux dire les écritures hiéroglyphique et hiératique. Par la suite, cette nouvelle route, qui semblait d'abord ne devoir mener qu'au déchiffrement des noms étrangers à la lan^e égyp-^ tienne , s'élargit devant Champollion , et le conduisit à des résultats d'une autre nature et bien plus importants.

ff Presque au m6me moment où Champollion venait de communiquer à TAcadémie le inémoire dont on a entendu tout h rheure l'analyse, il publiait sa lettre à M. Dacier, relative aux hiéroglyphes phonétiques, et dont une portion fut lue à l'Académie, le 17 septemore 1822. Il suOit de dire qu'il y démontrait que, dans l'écriture hiéroglyphique proprem^ntdite, commedans les deux autres systèmes égyptiens, l'emploi des caractères phonétiques avait eu lieu pour exprimer les noms propres grecs ou latins. Là se bornait encore , pour Champollion , l'usage phonétique des écritures égyptiennes , quoique déjà il eât acquis ]a conviction que cette fonction des signes idéographiques, étrangère à leur première instittition , datait d'une époque antérieure de plusieurs siècles à celles ae Cambyse et d'Alexandre.

« Mais ses idées étaient à cet égard bien près de se modifler, et le système de l'écriture phonétique allait prendre une toute autre étendue aux veux de cet esprit juste, juge impartial et desintéressé de ses propres conceptions. La nouvelle théorie que la suite de ses réflexions et de longs tAtonnements le contraignirent d'adopter fût portée i la connaissance des savants, par l'ouvrage qu'il publia en 182i sous le titre de Précis sur le système hiéroglyphique. 11 reconnut que les signes de l'écriture hiéroglyphique

Ï proprement dite sont de différentes natures, es uns ]>eignant effectivement les objets, tandis que d autres n'en sont que des représentations tropiques, ou sont des symboles de convention , et qu'une troisième classe, destinée k un usage tout différent, peint aux yeux, par une aj)plication conventionnelle> les articulations et les sons de la lan-

Sue parlée; que cet alphabet phonétique ont il avait découvert l'existence s'applique aux légendes royales hiéroglyphiques de foutes les époques; qu'à toutes les époques les anciens Egyptiens l'employèrent pour représenter alphabétiquement les sons de la langue qu'ils parlaient; que toutes les inscriptions hiéro^yphiques et hiératiques , soais surtout les monuments de l'écriture démotique, sont en partie composés de signes purement alphabétiques : données desquelles il concluait, avec raison , que l'alphabet phonétique est la véritable clef de tout le système hiéroglyphique. Ainsi, chose bien remarquable \ Champollion, qui n'était

entré véritablement dans le sentier de ses découvertes, qu'en dépouillant les deux systèmes d'écriture auxquels il a appliqué les noms d hiératique ou sacerdotale, et de démotique On vulgaire, du caractère général et exclusif d'écriture alphabétique, que d'abord il leur avait, comme tant d^autres, attribué, n'a eu véritablement la clef de tout le sytème graphique de l'antique Egypte que quand il a reconnu qu'une écriture vraiment alphabétique, en prenant ce mot dans une certaine latitude, était constamment associée dans tous les monuments écrits de ce pays, quoique daiis des proportions fort diverses, avec le système idéographique.

« Notre auteur est encore allé plus loin ; 11 a cru pouvoir établir en thèse générale cette proposition» trop absolue cependant, et que par la suite il a dû modiQer, que les caractères phonétiques , quoique analogues aux caractères hyéroglyphiques, en ce qu'ils sont toujours, du moins dans leur oriçine et sous leur forme primitive et monumentale, des images ou entières ou réduites d'objets physiques, produits de la nature ou de l'industrie , ne sont^cependant jamais appliqués à aucun autre usage qu'à représenter des sons , destination qui leur est Fropre; qu'ils ne sont point, ainsi qu'il avait dit précédemment, et eomme chez les Chinois, des caractères idéographiques , dé* pouillés accidentellement de leur fonction, et réduits au rôle de lettres ou de représentation des sons ; enfin» qu'ils se distinguent donc par eux-mêmes des caractères purement idéographiques , sans qu'il soit besoia de recourir, comme chez l'autre peuple que je viens de nommer, à aucun signe spécial, pour avertir le lecteur de leur nature conventionnelle (24^9).»

Nous n'avons rien à <gouter à cet exposé si complet des découvertes de ChampoUioB. Nous allons maintenant exposer rapidemeol, d'après les ouvrages de ce savant et notamment d'après sa grammaire égyptienne^ le système graphique des anciens Egyptiens»

Les inscriptions hiéroglyphiques, que les monuments et les papyrus nous ont conservées, offrent deux espècesd'écritures bien distinctes : l'une, l'écriture hiéroglyphique proprement dite» formée de signes représentant des êtres naturels ou des produits de l'industrie; Tautre, l'écriture hiératique^ composée de sienes qui ne rappellent point ou rappellent aune manière très peu sensible les objets existant dans la nature.

Les signes de l'écriture hiéroglyphique proprement dite, appelés dans les auteurs grecs ypâftfMTTa Up^lMftxm caractères sacrés sculptés f consistent en images de choses réelles reproduites dans leur ensemble on dans quelques-unes de leurs parties.

On observe parmi ces signes seiae genres d'objets figurés :

(349) Notice sur ta vie et ie$ ouvrages de ChampoHton, par M. de Sact; Mémoires de tAcudimU des im^ aHpfétfiK, t; Ûl, p. 546 et Buiv.

HiËROGLYFWE.

1* Les corps célestes : le soleil, la lune, les étoiles.

2* Vkomme de tout âge, de tout ^exe, de tout rang et dans les difTérentes attitudes que le corps est susceptible de prendre.

3* Les cfivers membres pu parties du corps hwnain : la tête, Tœi], roreille, la bouche, les bras, la main, les pieds, la jambe.

4* Les quadrupèdes domestiques ou sautaaes : le taureau, la vache. Je veau, le cheval, le lion, la girafe, la gazelle, le cynocéphale

5* Les oiseaux : le vautour, raja:le, Tépervier, la chouette, un gallinacé, rTiirondelle, Toie^ribis, la demoiselle de Numidie.

6* Les reptiles : le lézard, le crocodile, la grenouille, la couleuvre, le serpent, laspic, le céraste.

T Les poissons: h latus, le lépidote, roxyrhyncnus.

8* Les insectes : le scarabée, le scorpion, la manfe, une espèce d'abeille, la mouche.

9* Les végétaux^ les fleurs isolées ou réunies en bouquet : le lotus, le lis, la palme, le papyrus.

10* Des objets dJiabillement : colliers, bracelets, sandales, etc.

11° Des meubles^ armes et insignes divers ; des coffres, des lits, des sceptres, des arcs, des flèches.

12* Des vases et ustensiles de tout genre : vases à parfums, vases à libations, bassins, corbeilles, nattes.

13* Des instruments de la plupart des arts et métiers : des théorbes, des instruments pour écrire, des volumes de papyrus, des couteaux, des scies,- des haches.

li" Des édifices et constructions de diffé^ rents genres^ et des produits des arts : des 0 élisques, des autels, des stèles, des statues.

15* Certaines formes géométriques , ou plutdt des caractères images d'objets qui ne sont plus reconnaissables pour nous.

16* Jinfin divers caractères présentant des images monstrueuses , mais dont toutes les parties existent dans la nature.

Ces divers signes, dont Champollion fixe le nombre total à environ neuf cents, étaient exécutés sur les monuments de trois manières principales : !*• sculptés et sans couleur ; 2" sculptés et peints ; 3" dessinés avec encre de couleur et ensuite peints.

La lenteur inévitable d'un pareil système d'écriture dut nécessairement faire chercher tous les moyens possibles de l'abréger. Ainsi sur un grand nombre de monuments et sur les papyrus, on se contentait de tracer le contour cfe chaque hiéroglyphe, tout en conservant non-seulement l'ensemble général des formes, mais^surtout ce type d'individualité qui distingue chaque image de quadrupèdes, d'oiseaux, de reptiles, etc. , do l'image de chacun des autres êtres de la même espèce.

Ces hiéroglyphes linéaires^ quoique beaucoup plus simples queleshiéroglypiies purs, exigédlent encore une certaine précision, qui on rendait l'exécution assez longue et a-ssex difOcile. On chercha, avec le-teâips, à

soumettre les caractères linéairesè un second degré d'abréviation , et Ton simplifia leurs formes au jioint "ile produire une écriture d'un aspect tout nouveau , écriture que Io6 auteurs çrecs ont désignée sous le nom de il^ocrexi} hiératique^ parce gu'elle fut prin* cipaleroent en usage parmi les membres de la (^ste sacerdotale.

Parmi les signes dont se compose cette écriture, les uns ne sont que des hiérogly* phes tracés rapidement, d'autres ne reproduisent que le contour principal des hiéroglyphes, d'autres une seule de leurs parties. Enfin l'emploi de signes arbitraires et fort simples pour représenter les hiéroglyphes les plus compliqués et ceux qui se rencontrent le plus fréquemment, contribuaient à aug-r mcnter la rapidité de cette écriture et en faisaient une véritable tachygraphie hiéroglyphique.

Il y avait plusieurs manières de disposer les caractères dont se composaient les écritures hiéroglyphiçjues.

Les caractères hiéroglyphiques purs et hiéroglyphiques linéaires étaient rangés tantôt de haut en bas en colonnes verticales, tantôt on lignns horizontales, ces caractères se succédant de droite à gauche ou de gauche à droite. On reconnaît généralement quelle direction on a donnée h l'écriture, en observant le côté vers lequel sont tournées les têtes des figures d'hommes et d'animaux, et les parties saillantes anguleuses, renfiées ou courbées des images d'objets inanimés qui font partie de l'inscription. .

Les signes hiératiques sont constamment disposés en lignes horizontales etse succèdent de droite à gauche. On voit très-peu d'exem-

f>les de caractères hiératiques disposés en coonnes verticales, et le mélange ues caractères hiérogljrphiques et hiératiques est également un fait assez rare.

« Après avoir donné une idée complète de la forme matérielle des caractères sacrés et des abréviations qu'ils ont dô successivement subir pour former une écriture d'un usage rapide et facile, il convient d'exposer brièvement quelles sont les distinctions principales à établir parmi ces caractères, si l'on vient à les considérer sous le rapport de leur expressionj comme signe des idées.

« L'écriture sacrée égyptienne comptait en effet trois classes de caractères bien tranchées :

« 1" Les caractères mimiques ou figuiia-

Page 1