‹ Dictionnaire de paléographieChapitre 62 sur 136 · PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES

Chapitrb. 1" (îBi). — Origine de$ lettrée lutines, Additione succeêsivee à faneien al" phûbet latin

Si les lettres latines doivent leur naissance aux caractères orientaux , elles Font successivement donnée à presque tous les peuples de TËurope : Français, Allemands , Polonais, Espagnols, Anglais, Danois, Suédois, Italiens, nous n'employons pas de lettres différentes. Nos écritures communes et nationales reconnaissent toutes le même principe, toutes annoncent le même génie, toutes portent la même forme et la même figure. Parmi les Européens, chez qui les lettres latines sont en usage ; ceux-ci n'en ont jamais eu d'autres : ceux-là les ont adoptées^ au préjudice de celles qui leur étaient propres, tous y sont revenus plus d'une fois, après s'en être, écartés en diverses manières. Ce ne sont point seulement nos capitales que nous tenons des Romains ; nous ne leur sommes pas moing reJevahles de nos écritures minuscules et c jrsîves, sous quelques formes et dénominations qu'elles soient connues. Après des aveux si précis, les sa^^es Italiens peuvent-ils envier à Cliarlema^ne l'honneur de leur

(251) Nouveau traité de diplomatique^ par les rehzieui bénëdictios de St-Maui*, 1. 11, p. 8. ■

(x5â) Fondé sur les témoignages aes anciens, M. Gopî dans les Prolégoniciies de sou Muwum Etru$cum, p. i., étallil comme un fait constant que les premiers, qui occupèrent riialic , Au- Bones ou Aurunces, Pélasges, Arcadiens, GEnotriens et Tyrrhénicns, étaient sortis de la Grèce. Sor quoi il renvoie à une dissertation (a) de Tiiéodore Ilick, qu^on sait avoir pris un parti fort différent de celui de Cluvier {b)^ au sujet des premiers habitants de ritalie. Notre habile antiquaire reproche à Tacite d*avoir fait communiquer aux Ëtrusques par Dénia raie Tusage des lettres, dont ils étaient en possession longtemps avant la naissance de ce Corinthien , et plus de trois siècles avant le siège de Troie. On pourrait peut-être bien en rabattre au moins deux, sans crainte d'être convaincu d*erreùr chronologique par ce savant homme.

D. J. Martin dans son Histoire de$ Gaules et des GattioiSy 1. I, p. 173, et dans sa première Diss. historique, p. 7, revendique aux Gaules les Ausones, Auriincesou Arvernes; ainsi que les plus anciens habitants de Tltalie, Altorigènes, Ombriens, Teutons, Sicnles. Selon lui, ces colonies Gauloises ont fait usage de caractères Grecs (c), antérieuretnent au temps que ces mêmes caractères ont été portés dans la Gréc^. Voilà, continue-t-il , une de ces vérités établies sur des principes, qu'on ne peut rejeter sans se brouiller avec toute r Antiquité. Les Gaulois, ayant pour maxime fondamentale de ne rien écrire (d) , on a ignoré jusqu'où César, Hon^seulement s'*Hs avaient des caractères, mais encore posé qu'ils eussent des earaetires, quelle en était la forme. La conciliation de de ces deux i^rii^ ne se fera peut-être pas sentir à

fa) Denrimis ttrtltœ cokfms^ cap. 7.

{b) italiœantiq., lib. ui.

avoir rendu leur belle écriture, qu'ils avaient comme nous, et peut-être plus que nous, perdue en la défigurant T II ne doit point leur paraître honteux de tenir quelque chose des Français ; si nous ne devons pas rougir d'avoir tant reçu d'eux.

Article I". Leitres btio<>s apportées de Grftc« en ll«liê. ^ Leur nombre chez les Grecs ei les Latins, — Additioos aneieiiiies faiies à l'alphabet primiiff.

1. Origine des lettres latines : elles oni passé de Grèce en Italie. — A ne considérer . que les rapports généraux dea caractères phéniciens, étrusques, latins, et le commerce des Sidoniens et des ïyriens dans la Méditerranée; rîen n'empêche de croire qu'ils ont cui-mèmes porté la connaissance de leurs lettres en Italie. Mais les premières colonies étran^^ères, qui l'ont peuplée (252), la conformité rigoureuse de ses lettres avec les plus anciennes des Grecs, ses mouuments des temps les plus reculés, où l'on retrouve le, fona de la langue grecque, et les témoignages sans nombre des auteurs, depuis deux mille ans, ne nous laissent pas la liberté de chercher ailleurs, que dans la Grèce, l'origine immédiate des caractères latins y étrusques, pélasgiques, arcadiens.

tous les savants aussi vivement qu'à leur auteur. Peut-être même se trouvera-t*il des esprits qui auront peine à concevoir comment des lettres pou vaietu être grecques, avant d'être connues des Grecs; comment elles se conservaient au milieu d'un petiple qui avait pour maxime de ne rien écrire : et supposé qu'il en fit quelque usage, comment et la formt*, et Texistence même des caractères Gaulois, quoique plus anciens que Cadmus, quoique répandus en Italie par les colonies |;auloises avant l'arrivée des Pâbasges, ont été ignorées de cette multitude de peuple» d'Ëu-^ rope, d'Asie et d'Afrique, avec qui les Gaulois avaient eu tant d'affaires et de rapports , pendant une si lonffue suilede siècles. L'hoiuieurde la Franoe ferait souiiaiter que le fond de celte opinion se trouvât appuyé sur des fonderaenis assez solides, pour réttnir un jour tous» les suffrages. L'auteur oui a fait àes recherclics si extraordinaires et si nomni'cuses, réseive apparemment ses plus forUis preuves pour la dissertaUon, qu'il nous promet sur la conrôrmiic des langues osque et gauloise. Engagé à faire voir au public q^ue la langue des Osces était mot pour mot ta langue des Celtes, outre lavantage qu'il préti>nd vn tirer, pour prouver que les Romains sont d'origine celtique, il nous semble que notre langue pourrait y gagner beaucoup. En suivant cette veine dans toutes aes branches et rameaux , on parviendrait peutêtre à donner des notions plus justes de la larbairto de nos anciens monuments, bronzes, marbres, manuscrits, diplômes : on remonterait à la source du, français : une langue originairement commane à plusieurs peuples cTltiilîe «t des Gaules, nous convaincrait qu'ils sortent de la même souche : noCra langue paraîtrait moins nne langue nouvoUe quant au fond, que quant à la forme.

(c) Ditsert. histor., i, p. 10.

id) ILid., p. ta et 19.

PALeOCRAPlUe.

NVt-on mis en ceurre que le syriaque et iliétireu, pour expliquer les tables euguliines et les inscriptions antiques en lettres toscanes? Les ténèbres, qui les enveloppaient, semblaient s'épaissir, è proportion des efforts qu'on faisait pour les dissiper. Rebuté du peu de succès de cette méthode, s'est-on attaché particulièrement à la lan^e i;recque, à sts dialectes, ainsi qu*à Tancien latin? Des difficultés insurmontables se sont aplanies : on a commencé à pénétrer dans des mystères, où tout demeurait voilé, depuis tant' de siècles. A des traits si frappants, qui ne reconnaîtra la source des lettres latines envisagées sous toutes' leurs faces ?

11 n'est pas aussi facile de se décider sur le nom du premier instituteur des écoles latines, '(]u'ii Test de montrer le pays où il avait puisé la connaissance des lettres. Les uns (^) attribuent cet honneur à Saturne, les autres (25^) à Hercule, la plupart (255) à Evandre, d'autres (256) A Nicostrate sa mère, surnommée Carmente, quelques-uns à Mercure, plusieurs à Janus. Tacite (257) partage entre Evandre et Démarate la gloire d'avoir enseigné les lettres aux Aborigènes et aux Etrusques (258). Une si grande diversité d'opinions en laisse subsister une qui }es réunit toutes. L'Italie, de l'aveu des anciens et des modernes, a reçu ses lettres de la Grèce. Des peuplades de Pélasges et d'Arcadiensy qui se sont suivies, les ont-elles apprises aux nations qui les avaient précédées en Italie : ou, ce qui pourtant ne parait pas même probable, ses plus anciens habitants en étaient-ils instruits, lorsque les nouveaux y fondèrent des établissements? L'origine des lettres est toujours la même : la tjrèce n^en a pas moins l'avantage de lui avoir donné son alpliabet, sa littérature, ses sciences et ses lois. Mais les rapports de similitude des anciens caractères grecs et latins sont-ils aussi réels qu'on nous le fait entendre?

11. ReuembUttueêumémeidentUé àe$ lettres latines les plus antiques avec les grecques du même âge. — Que l'écriture latine originairement dérivée de celle des Orientaux fût exactement la même que celle des anciens Grecs, nous en avons iKmr garants Tacite (^) et Mine l'historien (200). Ils avaient

(253) S. Ctpeiam., De idol. mnit,^ initie.

(254) Grammattcœ latinœy studio Ht^Uœ Pulschu ; Hanovue, 1605, ïn-À'* ; M aximi Victorini de re grammatica^ p. 1944.

(251^ BfONYS. Halic., ilb. I //sf^it.,C9ip. 277: Tir. Liv., Ilb. I.

(256) IsiDOit., Orig., 1. 1, c. 4; Macros., SaturmL, lib. I. e. 5; tfÀRtfm Victor, eoi. 2468.

(257) AnnaL, ttb. xi^ n. 4.

<258) Suivant Denis d^Halicamasse, Vtv. i, fortifiés par des renforts de Péfaisffes et d*atUn's Grecs, Us cbasséreiit du Latlum les Sicules, qui passaient pour en avoir été tes premiers habitants. Sur les témoignages de Foitius Caio» et de Caïus Senipi-o- Biaa, les plus savants d'entre les Itomains, et pUis encore sur la foi d'Antiochu^ (Ils de Xënopbane, qui avait consnhé d^ineiens monuments; le même auirur regarde les Aborigènes, comme des peuples «l'Achaîe ou d'Arcadie» qu'il croit OFlnotrtens Quoi-

rncore sous ies yenx une foule de momi* mf^nts publics propres à constater la ressemblance primitive des lettres grecques et latines. Le premier n'y apercevait nulle différence : Formœ lilteris lalinis, disait-il, quœ relerrimis Grœcorum, Pline donne pour preuve de leur conformité une (ablo d*airain du premier k^ , transportée de Delphes au palais de Rome (201). S'il ne dit pas que ta ressemblance continuait d'être parfaite, c'est que les lettres latines de sou temps, comimrées aux anciennes , n'étaient plus tout à fait les mêmes (2G2). Aussi Tite-Live suppose-t-il quelque dissemblance entre elles, lorsque parlant de certaines inscriptions latines (2G3), il fait observer qu'elles étaient en lettres anti(^ues. Quintilien ajou-> te (264^) qu'elles n'étaient pas à tous égards conformes à celles de son temps : Nec simi* les his nostris earum formœ juerunt ; texte qu'il ne faut pas trop presser. Quelques modernes ont prétendu retrouver l'écriture des anciens Latins dans les caractères atliques. Mais où sont ces caractères certainement et

Ïmrement attiques des premiers temps? Si 'on en montre de (]^uatre à cinq cents ans avant Jésus-Christ, ils diffèrent peu de l'écriture grecque ordinaire du même âge. On avait beaucoup compté sur les colonnes hérodiennes ; on en est revenu depuis que les uns n'y voient que des lettres ioniques (266) , lesautres, qu'une inscription du second siècle dans laquelle on a, dit-on, mal rendu les anciens caractères grecs en général, qu'on affectait d'imiter. S'appuyer sur ces colonnes , comme sur de bons modèles des anciennes lettres, soit attiques, soit ioniques, c'est > selon le président Bouhier, donner dans une insigne méprise, quoique d'après les Scaliger et les Saumaise. Au surplus il faut se consoler du peu de succès des tentatives faites pour discerner les anciens -caractères attiques des Cadmécns. Cette distinction est au fond peu nécessaire, et probablement impossible. Peut-^tre n'est'^n pas mieux auto^ risé à confondre les chiffres latins avec les attiques. On ne saurait pourtant y méeonnaltre de vrais rapi>orts, une manière de procéder presaue uniforme, une opposition égaie aux cniffres des Orientaux et à ceux de la plupart des Grecs.

Sue originaires du pays de la Grèce, où les lettres irent le plus tét connues , ik n'en avaient pas la plus Xé^èté teinture, avant l'arrivée d'Evandre en Uaiii% au jugement de Denis d^Ualicamasse : puisque cVsi par ce prince arcadien qu'il leur fait Gommuial<}uer (connaissance des lettres. Ainsi, quand les OLiio-

*iens et les Aborigènes sortirent de Grèce, les lettres laient pour ses habitants un phénomène inouï* Voilà

U*iens

étaient ,

sans doute «n préjugé bien fort contre les prétendues

Imres atliques et péiasgiennes, antérieures à Caiimu».

(259) AmaL, lib. xi, n. 4.

(260) Lib. VII, c. 58.

(261) H était dans sa dixième région

(262)' < Yeteres grœcas fuisse easdem pêne, qu» nunc sunt lalinae. > [263) Lib. vu, edit. Gronov.

264) InsHt., Mb. i, cap. 7.

[2C5) Palœogr, grœc.,^. Ut, 561.

DICTlOiNiNAIRE DS PALË06ttArat£» ETC^

Mais sans s'attacher à certaine espèce de caractères grecs i)lutôt qu'à toute autre^ il nous suflit de montrer la ressemblance des ictères grecques en général avec les latines, pour constater Torigine immédiate de ces dernières. Or, qu'on jette la vue sur Talphaijct f^rec, tel qu'il s'est constamment soutenu, depuis plus de deux mille ans, n'j' reconnaîton pas du premier coup d'œil ces douze lettres latines ABEZHIKMNOT Y? Qu'on cherche ensuite les autres, qui semblent différentes, non sur les monuments grecs du bas ou du moyen âge, mais sur ceux de la haute antiquité, bronzes, marbres, médailles : n'y trouve-t-on pas aisément,ces autres lettres latines CDFLQqRSV; au lieu de celles-ci taçasPiV, quoique pourtant plus ordinaires? D'ailleurs les anciens f des Latins ne différaient point de ceux des Grecs. Tels, ou à peu près, on les retrouve encore sur bien des mélailles latines, jusqu'au iv siècle. Comme chez les Gre««, on voit des Y sans pied, chez les Latins on en remariîue avec un pied , lors môme qu'ils ne peuvent être que (tes V. De part et d'autre on a des C et des r, sous cette forme r carrée. Si les anciens Latins ne se servirent point du o, ce que nous ne sommes jias à portée de vérifier pleinement, les Etrusques en tirent grand usage. Les Latins mêmes des temps postérieurs affectèrent en diverses occasions de lui donner rang dans leur écriture. Reste le s des Grecs, dont les Romains semblent avoir totalement changé la figure. Avant que la mode eût prévalu de l'employer,

{>our rendre les deux consonnes qu'il réunit, es Grecs exprimaient leur double son tantôt par K S, et tantôt par X S. A leur exem* pie, après avoir d'abord peint le même son

Ear X S, comme le démontre la septième taie eugubine, les Latins se contentèrent de la première de ces deux lettres, pour figurer leur X. Ainsi , l'on ne peut souhaiter une

f)Ius parfaite ressemblance entre toutes les étires grecques et latines (260), prises d'après les monuments de la vénérable antiquité.

Mais , dira-t-on , quoique communément on ne pousse pas si loin cette ressemblance, il n est peut-être point aujourd'hui desavant qui la méconnaisse. Il en est peu qui ne remontent aux lettres des Grecs, pour découvrir* l'origine immédiate de celles des Latins. La grande difficulté consiste à fixer le nombre et des caractères dont les uns et les autres tirent d'abord usage, et des additions qui furent successivement admises dans leur

(i66) Leg rapports des lettres grecques et latines sont si grands , qu'on ne saurait manquer de j^sser saiis cesse des unes aux autres , quand on traite de leur origine. C'est ce qui nous est arrivé plus d'une fois dans notre premier volume, au sujet des lettres grecques. Il s'agit ici des latines. Si nous ne pouvons éviter de revenir souvent sur les grecquas, nous faisons du moins en sorte de ne pas nous répéter. Mais pourrait-on trouver mauvais ^u'on traitât plus à fond une matière, qui n'aurait été qu'ébaucnée? Qu'on se rappelle que récriture est la base et le fondement de toute littérature, et spécialement d'un ouvrage de la nature du nôtre, et l'on sera charmé de

alphabet. C'est là le seul point susceptible d'éclaircissements considérables. Au milieu du partage des anciens et des modernes, et de ceux-ci entre eux , c'est sur quoi l'on ne sait à quoi s'en tenir.

Sans prétendre concilier tant de sentiments divers, nous essaierons de les rapprocher, au moyen de quelques nouvelles vues. Mais, comme tout le monde n'est pas également au fait de ces disputes, on ne peut se dispenser d'en retracer une légère idée. Nous l'emprunterons d'unauteuj*, plus illustre encore [mr son savoir que par le rang distingué qu'il tenait dans Je monde : ou plutôt, à cet égard, nous nous bornerons à l'exposition de son système, qui ne peut se soutenir que sur la ruine de tous les autres.

IIL Système du président Bouhier. — Quelques travaux qu'aient entrepris Scaliger, Saumaise, Yossius et plusieurs autres, sur l'origine des lettres grecques et latines, sur la forme et la différence des'caractères iouiques et attiques , ils ne répandirent point sur un sujet si intéressant ces vives lumières quon avait lieu d'attendre de leurs recherches et de leur capacité. On était toujours également embarrassé à savoir, quel fut le nombre des lettres de Cadmus ; si son alphabet fut le même que celui des Grecs habitants de TAttique, et des Latins, qui le reçurent d'eux.Le président Bouhier» frappé des contradictions et des incertitudes auxquelles on s'était livré jusqu'alors, proposa, vers le commencement de ce siècle, un système plus lié que ceux qui l'avaient précédé dans la même carrière. L'étendue de sa dissertation (267) ne nous permettant pas de la rapporter ici tout entière, on nous saura

f;ré d'en donner au moins le précis. Malgré 'estime et les égards que méritent les sentiments de ce grand homme, nous ne nous ferons pas scrupule, daas l'occasion, de les expliquer, de les restreindre, do les combattre. Mais ce ne sera maintenant que par des notes , pour ne pas rompre l'enchaînement de ses principes.

Nos lettres latines originaires > non d'Egypte, encore moins du Nord, mais de Phénicie, transplantées en Grèce, avant Cadmus et DeucalioB , sont absolument les mêmes que celles des Péiasges et des Athéniens. Elles n'avaient point encore de nom fixe, lorsqu'elles entrèrent en Grèce: si ce n'est que les Péiasges les eussent oubliées, au milieu du bruit des armes et de leurs migrations continuelles. Aussi les noms des lettres hébraïques et grecques d'une part,

voir l'origine de noç lettres, débarrasséede tant d^opinions contraires, qui ne servaient qv'à robscurcir. Uu'on se demande en quel temps et de gaelies contrées dç la Grcce étaient sortis les fteuples qui ré(»andircnt Tusage des lettres en Italie, et Toa conviendra de riinpossibilité d'en fixer Tépoque, sans avoir déterminé en quelqiu^ façon celle de Tarrivée des colonies, de qui les Grecs reçurent leurs premiers caractères.

(267) De vriscis Grœcorum et Latinorum Uuem dUserlatio. Elle est à la fin de la Paléographie de D. BvTnard de Moi.tfaucoQ.

PALEOGlUPIItli:.

et des latines de lautre (2C8),. n ont enseinlie aucune aflinilé. Diodore de SiciJe reconnaît des lettres pélasgiques; mais il a tort de les faire naître ûgs cadméennes. Loin d*aYoir adopté i*alphabet cadméen, ou de lui avoir donné leur nom, les Pélasges furent lès ennemis jurés de Cadrans. De maîtres de la Grèce qu'ils étaient , ils furent dissipés, chassés de contrée en contrée, exterminés, anéantis môme en quelque sorte, jusqu'à perdre leur nom : et personne ne contribua plus que CaJmus a leurs dist^râces.

On a confondu avec aussi peu de fondement les lettres pélasgiques et cadméennes, (pie celles-ci avec les altic^ues. Les ioniennes au contraire ne se distinguèrent des cadméennes que par le changement de quelques traits et l'addition de quelques caractères. Au rapport de Zénouius , Cadmus tua Linus (269), parce qu'il enseignait des éléments différents des siens. Il y avait donc des lettres en Grèce avant Cadmus. Eh ! pouvaient-elles être autres que les pélasgiquos? Au temps de Cadmus,. deui factions s'élevèrent en Grèce, au sujet des lettres. Ca Inius avec ses Phéniciens n'oubliait rien pour faire prévaloir soi» alphabet : Orphée, Linus, Pronapide tenaient pour celui des Pelasses, et s'opposaient à toute nouveauté. l>e là, l'attachement national des Athéniens pour leurs anciens caractères. S'ils se prôtère^nt dans la suite à la commodité des lettres ioniennes, ils s'opiniôlrèrent, pendant plus de mille ans, à les exclure de leurs monuments publics (i70);car ils ne furent pas fort difficiles à les admettre dans leurs écritures ordinaires.

hes Pélasges portèrent les premiers en Italie les lettres attiques , au'on af)| elait aussi pélasgiennes. Ainsi , îiuile différence entre l'alphabet des Attiques et des Latins. Si ces derniers avaient reçu celui de Cadmus , auraient-ils négligé l'avantage de ses lettres numérales, qui devaient en être en-

(2G.S^ Si Ton prouve C|4ie les leUrcs latines ns sont potil Cadméennes, mais attimics, parce quVUes ne porleiii point les noms iïalpnn, béta^ gamma ; mats ii\4, Bé^ Ce: ii failait lionc que les letti'es aUiqncs ne fiiiisenlpas a]»pdf^s alpha, bMa^eic., mais A, Ùé^ i4c. Or c^estee <|iie personne n*a jamais dit, et ce que notre habite m^istrat n^aurait pas osé avancer luiniôinc. Voilà donc un argument qu'on peut tourner eu preuve contre lui.

(îti9) Celte vengeance aurait été plus naturelle si Linus eût contrefait les caractères de Cadmus, s'il eu etU changé la forme, ou s*il eût voulu se faii'e passer pour en être l'auteur. Par de semblables manœuvres, rorij^ine des plus belles d<îcouvertes fut cent fois oS^scarcie. De là, combien de crucilei disputes parmi les artistes et les gens de lettres!

(i74l) Si Ton en croit Bouhier, les Athéniens n*avaient alors que seize leUrq^. Cependant Ton on trotiTo vingt sur le marbre athénien de Nolntcl. Gori Ta etieore plus loin, par Val phabet étrusque. Il osf> avancer qoM ne fut d'abord comp.>sé que de douze Uf tires, et ensuite de seize. {Difesa delV alphabeto, p. cxxxiv.) Il en juge apparemment par le nombre d'ék'fiieiits, dont il cittit que les Toscans pouvaient ou ue pouvaieni pas se passer. On verra bientôt,

visagées comme la parlie la [ïlus essentielle (271), et qui offraient des commodités merveilleuse.*? pour les opérations les plus dilBciles deranlhmétiqne: au lieu qu'il était

Eresque impossible aux Latins d'en venir à ôut avec leurs chillVes. Qu'ils aient emprunté ceux des Attiques, comme Tavancent Scaurus et Priscien , ou qu'ils les aient trouvés en comptant sur leurs doigts, l'arithmétique cadméenne n'en sera pas moins regardée comme çoslérieure à celle des Latins. Il est de principe que les arts vont en se perfectionnant. Les nombres attiques et cadméens mis en parallèle ; les derniers sont incomparablement plus expéditifs. On ne préfère pas une méthode fort embarassante à une très-aisée, lorsqu'on peut opter, et que la tyrannie de la coulume^n'assujettit pas h des pratiques difficiles. Quel argument plus victorieux , pour constater l'ai.tiquilé de l'alphabet attique sur le cadméen.

Le président ne dissimule pas qu'il s'élève contre une opinion universellement reçue, en donnant aux lettres grecques et latines une origine antérieure à lalphabet de Cadmus. Une laisse pas néanmoins de s'autoriser du suffrage de Diodore de Sicile, qui suppose des monuments littéraires en Grèce avant Cadmus, et qui attribue aux Pélasges des lettres particulières (272) ; d'Eustate, aux termesduquellesseuls Pélasges conservèrent l'usage des lettres après le déluge (273) ; de Pausanîas, qui avait vu l'éiàtaphe ae Croto- |)us, contemporain deDeucalion. Telles sont les autorités formelles du savant magistrat ; ses raisonnements feront le reste.

Toute la Grèce fut appelée Pélasgie , parce que les Pélasges la posseûaient d'abOi d toute entière. Comme ils se maintinrent principalement dans l'Attique, les lettres pélasgiques, anciennes, indigènes, attiques sont les mêmes sous différents noms. Les Pélases les introduisirent en Italie (27^) , vers e temps deDeucalion, ou du siège de Troie.

sî INm aoil beaucoup compter sur la force cîc cet ar- 'guniciit.

(271) II nYlaît pas Inutile de le prouver. Don hier i;e Ta pas fuit. Quand nous imiterons des nombres, nous espérons montrer que los lettri'S de Cadnuis n'étalent point numériques lorsqu'il les apport^a, qu'elles ne le devinrent qu'après que Talplialîet Grec fut complet, et même prol)aLlement d pais Homère.

(272) Diodore lcu>^ assigne des lettres propres, mais dont ils étaient redevables à Cadmus. H parle de monuments antérieurs au déluge de Deucalton ; mais l'époque de ce dëluffe est fort suspecte, et Diodore a pu, comme tant d'autres, tomber dans une faute de chronologie. Eusthate appuie le nom de dû rinsy donné aux Pélasges, sur ce qu'ils avaient conservé les lettres péries dans le déluge de Deucallon; mais, outre qn*£usthate est bien éloigné de leur temps, son autorité pose sur un déluge qui a tout Tair d'être une fable et de n*avoir point d'autre fondement que le déluge universel, plus ancien quo celui do Deucalion de quatorze à quinie siècles.

(275) I)e Deucalion sans doute.

(274) Pline, llist.y lib. vn, c 5C.

DlCTlONNAmS DE PALeOGHAPHIE, ET<:.

Aussi Bouhier rapporte-l-il aux caractères attiques tout ce qu'ont dit les auteurs sur la ressemblance des lettres latineS et grecques. IV. Continuai ion du mên\e sujet. Nombre des lettres pélasgiques y attiques y latines ^ cadméennes , ioniques. — Selon la plupart des anciens, les unes et les autres ne furent d'abord qu'au nombre de seize. Saint Isidore en donne dix-sept aux Latins ; mais il ne faut pas Técouter. Aristole en compte dix-huit primitives chez les Grecs ; mais il faut Texpliaucr. Scaltger et Saumaise se sont trompes, quand Ils ont cru trouver dans les colonnes Farnésiennes d*Hérode les anciennes lettres attiques, mal à propos a[)pelées ioniques par Scaliger. Les premières ne surpassèrent jamais le nombre de seize: et Ton en remarque dix-huit sur ces colonnes, outre leBf qui n'y parait pas, et sur l'existence duquel on ne peut néanmoins former aucun cloute. Loin de consentir qu'on

juge des lettres latines par les attiques (375) , c'est par celles-là que Bouhier veut faire juger de celles-ci. S'en rapportera-t-il aux anciens grammairiens? Ils varient à liiendes égards. Us font quelquefois entrer dans l'alphabet primitif des caractères qu*il en exclut : ils en retranchent, on'il y admet.

11 aime donc mieux établir pour règle, qu'on n'a d'abord employé que des fettrès (276) absolument nécessaires. Les autres ont été dans la suite inventées par les grammairiens, ^>our r(5duire plusieurs caractères en un seul, distinguer les brèves des longues, fixer le son vague de quelques lettre*. Cela posé, TV (277) est une nouvelle lettre chez les Latins, miro^rcnne entre VI et ro, qui la remplacèrent jusqu'à l'empire d'Auguste; de quelle utilité pouvait-elle être? L'H est une aspirée, plutôt qu'une lettre (278) : sa nouveauté paratt donc avérée. Celle du G et du Z n'a pas besoin de

(275) 11 semble que, pour en dëlerminer la fièvre, nn devrait s attacher au marbre de Nointei préféra blement à tout autre moyen. Il est antérieur de plus de cinquante ans à la permission d^cmployer les lettres ioniques dans les monuments pumics d'Athènes. On nVn pourrait pas conclure, il est vrai, que les Athéniens fussent bornés â seize lettres; mais les témoins, qui déposent en faveur de ce nombre, ne sont pas assez voisins de Tàse d*un monument si décisît pour en être crus surleur parole.

(27«) Ce principe ne paraît pas trop certain. î" Ne faut-il pas» une méUiphysique grammaticale , dfu moins aussi subtile, pour décomposer les sons et les distinguer pi«r des signes spécifiques, que pour réduire plusieurs de ces sons sous un même signe? 5h Est-on aujourd'hui bien en état de prononcer sur ceux qui devaient ou qui ne devaient pad, il v a près de quatre mille ans, être nécessairement formés par des hommes dont on ne connaît pas même la langue ? Quoique nous ayons celle des Romains presque en son entier, serions-nous bons juges de leur prononciation, si nous n'étions guidés par un nombre inOni de monuments contemporains et par tant d^observations grammaticales que les anciens nous ont transmises? Comment donc pounions-nous être à portée de juger des sons de la voix du peuple inventeur des lettres, et conséqnemment de celles dont Il pouvait ou dont il ne pouvait p lut se passer? Si ee peuple est distingué des Hébreux, il ne nous en reste aucun monument qu'on puisse seulement déchiffrer ; s'il n'en est pas différent, on sera forcé de lui donner bien plus de seize IcUres. Les Attiques, ^l-on, les Latins et même les Grecs en général ïi*en avaient pas vingt-deux d'abord, comme les Hébreux. Mais pourauoi ne pas supposer plutôt que tons recurent ralpnahet de ces derniers dans toute son intégrité, quoique tous n'aient pas fait un égal utfage de quelques-uns de leurs caractères? 3* Ce AV»t point une rigoureuse nécessité qui détermine à recevoir une partie des lettres d*un alphabet étranger et à rejeter l'autre. 11 faut en avoir fait un long usage pour être en état d'obscncr celles dont on n'a pas besoin. On commence par tout admettre. Le discernement du nécessaire, de l'utile et du superflu ne vient qu'après bien des expériences et des réflexions. Telle est la marche de l'esprit humain. 4° Cet clément, négligé par les uns comme inutile, 531-3 mis en œuvre par les autres. La diversité des

dialectes chez les Grecs devait produire beaucoup de variations. Qui peut exprimer tous les différents sons, tous les divers accents qui se firent entendra dans chaque contrée de la Grèce, depuis le siècle d% Cadmus jusqu'au temps où les auteurs commencèrent à nous apprendre quelques particularités siir les lettres grecques? Quel nombreux alphabet ces sons et ces accents n'auraient-ils pas enfanté, si l'on avait pris k likche de les rendre par autant de caractères? il s'en faudrait bien que le nombre de seize et même de vingt-quatre eût pu suffire. Qu'âne langue continue d'être vivante pendant un millier d'années, à peine seraH-elle reccimaissablc, loin que la prononci9tion soit la même â tous égards , de nouveaux sons seront introduits â la place des anciens, dont plusieurs se seront perdus. Communément néanmoins la nécessité ne fait rien ajqpler aux lettres; le superflu n'y fait rien retrancher : Kalphaliet est toujours le même ; on n'en change pas les caractères, mais on en fait des usages Inoonnus 4IUX siècles précédents; mais on supplée comme «n peut à son indigence; mais on prodigue le supei'fla, ou l'on semble ne pas daigner s'en servir.

(277) Il est pourtant ordinaire dans les trois table» d'Eugubio en lettres latines. Si, parce que l'I et TO ont été substitués à TV, ce caractère doit être tenu pf)ur inutile ; comme il n'est aucune vrjrdle, qni ne oède souvent sa piaq^ k une ou plusieurs de ses compagnes , en restera-t-il one, dont rinutilitë ne soh démontrée? ¥ aura-t^il même «ne seuleconsoniie, dont on ne puisse en dire autant? En un mot, est-il aucun élément de i'alpliabet, duquel on n^ait' substitué diverses lettres? Quoique TO et l'I aient été oiis pour rV jusqu'au règne d Auguste et plusieurs siècles depuis , il ne s'ensuit pas que l'Y ne fdt employé pour lui-même. Les monuments, où paraissent ces substitutions, sont pleins d'exemples, où eUes ne paraissent pas.

(278) Bouhier adopte et combat tour à tour ortt^ prétention singulière. Il s'en autorise, par rapport k l'alphabet latin, .dont il exclut l'H : il la rejette comme absurde, par rapport à l'alphabet Grec, où H Tadraet. Autre chose est de ne reconnaître une lettre ni pour voyelle ni pour consonne ; autre cbose de la convaincre d'être de nouvdle date. C'est au jugement de Priscicn (a) seulement une aspirée, qui n'a ni la qualité de voyeue ni de demi -voyelle ni c!e muette. Vossius, loin de se déclarer (6) pouf Is nou-

(«) Col. 511.

(fr) I.ib. I, c. 16.

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t'ALEOGRAPUIË.

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preuves (â70). O^oujue plusieurs auteurs anciens nomment Tinventeur du K (280) chez les Latins, ceux-ci n'ont jamais pu s'en passer. Priscien met VF parmi les lettres ajoutées : mais M. Bouhier le réfute. Il conclut que l'alphabet ancien des Latins, et par conséquent des Attiques, consistait dans ces lettres ABC DEFI KLMN0PRSÏ(281).

Il y fait répondre celles-ci : a b r A e hi k AMNOOPïT (282). Il n'est point de mot grec qui ne puisse être rendu par ces der-iiiers caractères : comme il n'en est point de latin qui ne puisse l'être par les premiers. Que les lettres esxvn soient nouvelles ^ c'est sur quoi tous les auteurs sont d'accord; quoiqu'ils attribuent les unes à Simonide, les autres h Palamède, à Epicharme, à Cadmus le Miiésien. Aristote a ran^é z y« parmi les plus anciennes: mais il ne faut pas prendre cela plus au pied de la lettre, que quand il les fait monter à dix-huit. D'ailleurs le Z est une double lettre, et conséquemment nouvelle. Suidas en rapporte l'invention tantôt à Simonide, tantôt à Palamède. D'au-

veautë de TH, en appuie Taïaïquité, par le suffrage de quatre anciens grammairiais; par un monument, où ron Youlul, au n* siècle, imiter la manière d'écrire des temps les plus reculés, par Tusage des anciens ioniens, suivant lequel on peignait hekaton pour mrôv, par celui .d'écrire theo£, UUIAOS, KIIAFON pour eEOS, «lAOS, xaeOn, avant Tintroduclion des e*x : ou plutôt parce que la mode de s'en servir n'ëuil pas encore ^néralement autorisée.

(279) Le G est commun dans les tables eugabines. Quand celles qui sont en lettres latines auraient été

gravées Icmgtemps après les Etrusques , il serait difcÂle de rabaisser les premières au-dessous de Tàge de la colonne duillienne, où Ton ne voit pas de U. Mais on le voit dans une très-ancienne inscriplioji, Hgurée à h page 460 du Muséum Veronense. Ce monument ne semble pas non plus d*un âge inférieur à la colonne duillienne. Il pourrait môme être bien plus ancien. De ce que cette colonne, qai d^ailleurs n'est pas h«rs de tout soupçon, emploie le G pour le G. ci de ce que Carviltus flxa Fusage de Tun et de lautre, il ne s*ensuitpas plus aue cette leUre n'était pas encore inventée, (juWle j^urrait conclure d'une ancienne'table d'airam* publiée par le marquis Mafféi, dans son Muséum Jer'oneme^ pag. 437, si elle n^était que de treize lignes. En effet pas un seul G n*y parait; tandis qu'on y trouvé plus d'une fois le € mis pour le G : par exemple dans NECOTIA. Mais leslignes suivantes offrent l)eaucoup de G. Enfin, ce qui suppose une bien plus haute antiquité du Gi,

Î^u^on ne pense; les Latin:» formèrent leur^G du Z des jrecs, dont U occupe véritablement là place. G'est nn fait dont Vossius ne disconvientpas. À Tégard du Z latin, en tant que distingué du G, Ton ne prétend pas le faire remonter aux premiers temps, non plus qae FY distingué de Y.

(^SO) Cette lettre, quoique d'un grand usage chez les Etrusques, ne parait point dans l'écriture latine des tables de Gubio. N'en inférons pas néanmoins qu*elle fût étrangère à Talpbabet latin ; mais qu'une lettre ne l'est point, pour ne pas se trouver dans quelques monuments considérables, ou dans un grand nombre d'autres de peu d'étendue.

(!281) Le système de Tillustre magistrat, tout ingénieux qu'il est, vient échouer devant les tables eugubines. Les caractères latins, qu'elles renferment, sont ABCDEFGUILMNOPQRSTVX. Il n'y manque que les éléments K Y Z, dont le premier u est sûrement pas nouveau ; quoique de peu d'usage en cer-

DiCTi0N!f. DE Paléographie, etc.

très la donnent encore à Cadmus de Hilet< Les Pélasges ne Pavaient pas, puisqu'ils n'en ont point fait part aux Latins. £t preuve que ces derniers ne s'en servirent pas d'abord, c'est gue Vélius Longus, Curtius Valérien et saint Isidore en reconnaissent la nou-* veaiiré (283). Celle du ♦ n'est pas incertaine, quoiqu'on puisse douter, si c'est de Pela* mède ou de Cadmus le Miiésien, qu'oh l'a reçue. Quant à TV, on ne dispute pas moin^ sur son inventeur. C'est Palamède selon les uns, Simonide selon les autres , plusieurs l'attribuent à Pythagore de Samos. Si cette lettre était de la première antiquité, l'on ne pourrait rendre raison, pourquoi les anciens auraient (284) toujours écrit o pour or. En* fin les Latins auraient employé celte lettre : ce qu'on ne peut appuyer d'aucune preuve. 4u reste, elle n'était pas non plus nécessaire aux Grecs.

Ils n'eurent donc point d'autrqs lettres qu'ABrAEniKAMisonP2T,jusçu'àrarrivée de Cadmus. Il faut bien qu'il ait apporté de grands chatfgemenis à- leur alphabet : puistain temps, en cèruines contrées^ où il était rem*^ placé par le C ou le Q. Un monument de cette anii-

3uilé doit remporter sur les auteurs anciens et moernes, qui disputent entre eux du nombre» de là date et des inventeurs de tant*de lettres ; sans pou*voir convenir sur un seul article. Quelqu*un prendra peut-être occasion de TV et de TX, pour rabattre I)eaucoup de Tàge, qu'oii attribue aux tables eugu» bines; sous prétexte que le premier n'est pas de Talphabet cadméen, et que le second, s'il en était, s'y trouvait déjà déplacé. Mais jusqu'ici la foule des savants s'est assez conslamment réunie, pour accorder à ces tables l'antiquité la plus reculée. Du moins ne peut-on nier qu'elles ne soient fort an^ ciennes. Quand même on prouverait aussi aisément»

3u'on a pu l'avancer, que l'écriture latine ne précéerait pas de beaucoup Fére chrétienne, on ne pourrait disconvenir, qu'elles n'eussent été transcrites sur des monuments très-anciens, dont il n'est pas croyable j^u'on eût altéré l'orthoffraphe. D'un autre côté l'origine de l'V et de l'X chez les Latins pourrait bien toucher aii temps de l'entrée des lettres en Italie. Il y a plus, l'V quant à sa figure et à sa valeur, a pu mire partie de l'ajphahet cadméen, en supposant qu'il leiiaît avec TFle sixième.rang, et qu alors leurs sons et leufs usages éuient confondus. Si récriture latine des tables d'Eugubie est aussi ancienne 'qu'on le ^nse ordinairement, quelle preuve a-t-^m que rX n occupât point alors dans l'alphabet lattH la môme place que dans le grec ? Le peu d'usage qu'on en faisait, n'anrait-tl pas pu daus la suite occasionner son déplacement?

(282) De quelques raisons apparentes qu'on s^autorise,rH repondra toujours mal ^ l'F. Il y a dans le latin une autre lettre relative à TH. Il y a dans le grec un autre caractère correspondant à IT.

(i85) Ceux qui prêtent cette opinion à notre auteur ont pris une objection, qu'il se fait pour son sentiment. Car aussitôt il se déclare pour l^ntiquité du Z, et même il en donne des preuves.

(28i) Les auteurs qui rapportent que les anciens écrivaient 0 pour OU, et les monuments, dont ils appuient ce fait, sont postérieurs à d'autres où l'on trouve également 0 pour OU, mais sur lesquels on voit aussi des V en grand nombre. Nul monument des Latins, quelque ancien qu'il puisse être, où le V ne se montre. S'il en est quelqu'un dont il paraisse exclus, on ne prouvera jamais qu'il soit d'aune antiquité supérieure à ceux où le V est employé. Le Y ne remonte *>as moins haut chez les Grecs.

Me

DICTIONiNÂlUE DE PALEOGRAnilE, ETC.

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