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les caractères phéniciens n'est-elle.pas égaie à celle des autres lettres grecques? Le rang de part et d'autre n'est-il pas le même ? Leur nom est «il différent? Ont-elles été ajoutées depuis Cadmus à l'alphabet phénicien? Aurai t-il retranché du sien des lettres, dont les Grecs pouvaient si peu se passer, qu'ils furent obligés de les inventer dans la suite, s'il est vrai que d'abord leur alphabet en fût dépourvu ? La réunion de toutes ces preuves équivautsans doute aune démonstration.

VUl. Règles pour discerner les lettres primitives des secondaires: celles qui furent ajoutées à Valphabet cadméefiy en tirent leur oriaiue. — Il est temps d'établir quelques règles pour distinguer les lettres cadméenoes de celles qui ne le sont pas, et de faire voir d'où les dernières tirent leur origine.

Première règle. Toute lettre de l'alphabet grec ou latin, qui s'accorde avec un autre du phénicien ou de l'hébreu pour le nom , le rang et la figure , doit être estimée cadméenne.

Cette règle, surtout après ce qui a été dit plus haut^ doit paraître d'une si parfaite évidence, qu'elle ne laisse pas le plus léger

f^étexte au doute. Mais il s ensuit de là que es lettres z h e s ne sont de l'invention ni de PaJamède, ni de tout autre grammairien ou philosophe qu'on voudra. Seulement, et c'est à quoi Païamède aurait pu contribuer par son exemple et son autorité; l'usage Qu'on en faisait, de rare et d'incertain qu il était, sera devenu plus fréquent, il aura pris plus de consistance et de faveur. Enfin personne n'aura plus fait difficulté de s'en servir, depuis que l'alphabet ionique fut adopté de tous les Grecs.

Seconde règle. Les lettres surnuméraires à l'alphabet phénicien et qui n'y laissent «ucun vide, sont ajoutées aux cadméennes. Cette règle n'est qu'un corollaire delà précédente. Ainsi dans le grec y « x Y ii sont ajoutés, et dans le latin V Y Z. Mais comme Vépisèmon n'est pas réellement surnuméraire à Talphabet phénicien, et que sa place demeure vide dans le grec, puisque nul

(297) Véjnsèmon bau des Grecs , appelé rott par les grammairiens latins lorsque Tempire romain $ubsistait encore, est bien visiblement le même que le des Hébreux et des Phénicîeii& Scaurus nous

est témoin (a) que quelques Grecs appelaient vau !ear digamma. Cette lettte n'est autre que noire F.

premières, «y aecouvre-^on pas même le ♦ dans les [cinq avant-aernières de la première ligne , pour ne point parler de plusieurs autres figures renversées ? Qu'on jetle après cela les veux sur le premier alphabet grec général. Les dix premières figures de Vépi^mon bau sont-elles autre chose que des F ? On ne peut donc nier que FF', le digamma éolique, TV, Tr et le ♦ ne soient nés du ftixième élément cadméen. Le signe numérique et TF latine ont conservé leur place. L'Y , Tr et le ♦ ODt été renvr>yés à la fin de Talphabet. Après cela Ton ne doit pas trouver étrange que le digamma Mique se confonde souvent avec TV consonne. 11 semble que r V occupait déjà la dernière ou ravanU>derniére place, lorsqu^il fut porté en Italie avec les autres

(a) Jh arthograph, apud Ftvsc,^ p. 2254,

caractère grec ne repond directement au tsadcy le déplacement du sanpi ne doit pas le faire méconnaître pour un caractère crorigine phénicienne, d'autant plus qu'il en conserve toujours la flgure. Par la même raison i'X latin ne sera regardé que comme une lettre qui, du quatorzième rang, a été renvoyée au vingt et unième. Montrons maintenant que les lettres, même surnuméraires à l'alpiiabet cadméen, en sont nées* Il en fut des lettres chez les Grecs, par rapport à leur alphabet, comme des dialec* tes par rapport a leur langue. Le même élément, le même mot se sont diversifiés suivant le génie et l'accent des différents peuples de la Grèce. Mais dès que les sons et les caractères commencèrent à se fixer, on conserva dans leur rang ceux qui s'écartaient le moins de la forme et de la

[)rononciatioa primitive, et l'on relégua à a fin de l'alphabet ceux qui s'en étaient le plus éloignés. Si le poste qu'occupent l'Y ef

pas inierer qui solument exclus. La sixième lettre leur a donné naissance, ainsi qu'au digamma éolique et à YànhuiAov Êav (297). Comme la même lettre produisait au moins trois sons différents, en conservant au digamma sa place, il fallut bien rejeter à la fin de l'alphabet l'V et le «. C'est la première addition faite h l'alphabet grec, ainsi qu'il est invinciblement prouvé par le rang que ces deux caractères tiennent, et comme lettres et comme chiffres , par des monuments de la plus haute antiquité où l'on trouve le V d'un usage ordinaire; par des inscriptions qui n'ont pas moins de 700 ans avant Jésus-Christ, où. le * se rencontre ; enfin par l'autorité d'Aristote, qui mettait ces deux lettres au nombre des cadméennes. Vépisèmon quopa n'est autre que le Q des Latins. Il se maintint non-seulement chez eux en qualité de lettre, mais encore parmi quelques nations grecques^ comme leurs monnaies en font foi. Le Q faisait l'oiQce de lettre chez les Grecs (298) ; Marina

lettres. La même position dans Tun et Tautre alphabet grec et latin en fait naître Tidée , Tautorité d'Aristote la confirme, les plus anciens monuments des deux nations y mettent le sceau.

(298) Beaucoup d'auteurs fort savants n'ont point compris le sens de ces paroles de Viciorin : Nec G quêdem nec Q latinus sermo introduxit. Ils en ont conclu que les Latins n'avaient ni G ni Q. Ce n'est pas la pensée de notre grammairien. Ces deux lettres pouvaient être envisagées comme purement latines et non grecques. Le r grec occupait une place fort différente du G latin» et le Q ne paraissait point dans les livres grecs. Il semblait donc naturel d en rapporter Tinvention aux Latins. Yictorin "au contraire soutient que l'une et Tautre lettre sont grecques d'origine ; il fait voir qu'elles se maintenaient dans leur alphabet ; que le Q, chez les Grecs, après avoir été une lettre ordinaire» avait discontinué de l'être pour les raisons qu'on pouvait apprendre dans les livres des pontifes. Loin donc de regarder ces lettres comme n'ayant point eu d'entrée dans l'écriture latine , il les jugeait si propi^s à leur langue, qu'il se croyait obligé de répondre ik

DICTIONNAIIŒ DE PALLOGRAPIIIE, ETC.

Vîctorin (299) Tatleste , et nous oéclare en même temps qu'on pouvait apprendre dans les livres des pontifes pourqitioi il avait cessé d*en remplir les fonctions. Bientôt il fit nattre ou remarquer un autre son approchant du sien. Quand donc on voulut les distinguer d'une manière constante, on eut soin oe renvoyer à la fin de Talphabet le x grec, qu'il avait fait éclore. L'inutilité du isade cadmécn étail presque généralement reconnue (300). Les Grecs n'avaient pas un seul mot qui commençât par ts ; ils s'avisèrent d'en faire un sp. C'est ce qui lui fit donner le nom d*épisèmon sanpi. Mais comme le ps se trouve à la tète de quatre fois plus de mots que êpy par une transposition dont les exemples ne sont pas rares, on en forma le xf», qui fut rejeté à la queue de l'alphabet avec les autres lettres de nouvelle création. Ainsi le + n'est

Ï)oint, à proprement parler, sorti du sein de a lettre cadméenne qui y répond ; elle a seulement occasionné sa naissance, de même que celle du sanpt, s'il a réellement eu quelque emploi distingué des fonctions de chiffre.

Les productions nombreuses des lettres tauy quoph et tsade^ les épuisèrent au point de demeurer sans valeur alphabétique. Les nouveaux sons qu'elles avaient mis au jour, firent oublier les anciens. Et ces éléments mêmes auraient été bientôt oubliés, si l'arithmétique nouvelle des Orientaux, appliquée aux lettres grecques, n'eût conservé le nom et le rang aux deux premières. Car pour la troisième, elle avait déjà perdu l'un et l'autre, et courait grand risque d'être ensevelie dans un éternel oubli.

Les O longs s'écrivent d'abord par un simple 0, et depuis par deux. En les rapprochant il en résulta une seule lettre, qui s'étant accréditée peu à peu» ne laissa pas d'être reléguée à la dernière place , où avec le temps eue devint chiffre , comme celles qui l'avaient devancée, et sV transforma en une infinité de figures. L'afl^ectation de finir l'alphabet par une voyelle n'entrera pour rien dans la formation de cette lettre (301). La prétention contraire de Gudling n'est pas soutenable.

IX. Changements survenus à quelques lettres de Fancien alphabet, — Si les inventeurs des lettres ajoutées à l'alphabet cadméen ont été confondus ensemble ; les lettres ajoutées

ceux qui en attribuaient Tinvention aux seuls Latins, à l'exdttsion des Grecs. Voilà pourtant une des raisons qui détermine Gori à bannir de son alphabet étrusque le G et le Q. (Muêeum etruse.^ t. II, p. 416.)

Pour prouver que les rois épîsémes se sont maintenus dans Talpbabet grec, on peut alléguer les pontificaux latins, où Ton voit.que Févéque, qui faisait la dédicace d*une église, écrivait les vingt-sept lettres ou caractères de l^lphabet grec avec sa crosse sur le pavé, couvert de cendre. Or les trois épisèmes AiHent de ce nombre et conservaient la même place que dans Thébreu, excepté Vépisèmon sanpi ^ relégué à la tin de Talphabet. Dom Martène (a) cite en preuve sept pontificaux , dont le plus ancien est de nuit cents ans, et le plus moderne de trois à quatre eents.Plusieurs manuscrits d'environ mille ansoiitdrs

(c) ^ , nov. cdit , U II, cd. 670.

elles-mêmes, et celles qui n'avaient éprouvé que des révolutions, n'eurent pas un meilleur sort. Nous avons vu les premières, d'abord équivalemment contenues dans l'ancien alphabet , ensuite débusquées de leur place, puis successivement reléguées à la dernière. Voyons maintenant à quelles vicissitudes furent exposées celles qui se trouvaient expressément renfermées dans Talphabet, knais qui n'étaient point parfaitement assorties au génie de la langue pecque. Elles ne pouvaient manquer de subir divers chanj^ements, jusqu'à ce que le temps et la réflexion en eussent irrévocablement fixé l'usage.

Un alphabet porté d'une nation à une autre, dont la langue est absolument difl'érente, ne conviendra pas, à tous égards, aux sons de cette nouvelle langue. 11 aura des caractères qui lui seront inutiles; il en manquera qui lui seront nécessaires, parce

3u'il n'a pas été précisément fait pour elle, ►u'arrivera-t-rl donc? Il faudra retrancher des lettres et leur en substituer d'autres : ou si l'on ne les retranche pas , l'usage en deviendra nul ou rare, à moins qu'on n'en fasse une application différente de celle qu'elles avaient originairement. Cependant, comme la langue grecque avait autant de dialectes que de peuples qui la parlaient; oes dialectes occasionnaient diverses prononciations. De là tel caractère phénicien , gui ne servait point dans une contrée de la rèce, se soutint dans une autre. Il aura même pu revivre chez des peuples, qui l'avaient rejeté, comme de nul usage, parce que la prononciation de ceux, qui l'avaient conservé, aura prévalu sur celle de leurs voisins. C'est ce qui aura fait conserver au Z et au o leur ancien poste f302j, et à peu près leur son primitif. Les plus anciens monuments grecs et latins, et le chiffre attî-

3ue HîxoTo» déposent en faveur de Tantiquité e l'H. Mais de pure aspirée qu'elle était alors, changée depuis en E lonç, elle remplaça chez les Grecs seulemnt les deux E, qu'on découvre encore aujourd'hui sur les inscriptions grecques, dont Tâge se perd dans 1 obscurité des premiers temps. L'H ni chez les Latins ni che7 les Etrusques ne perdit point sa qualité de pure aspirée. Aussi quelques anciens grammairiens l'ontils rejetée comme inutile, mais jamais comme de nouvelle date.

alphabets grecs fournis des vingt-sept mtoes lettres.

(299) Page 2459.

(300) Les Grecs purent bien d'abord en faire queK que usa^i mais il ne fut pas de durée. On a lieu de croire néanmoins qu'ils rapportèrent eu Italie. Cette S, surmontée d'un accent dans les tables d^Engabio en écriture latine, a tout VsAr d'un tsade. Telle est à peu près sa figure dans presque tous les caractères orientaux. (Gori Difesa delt alphaketû firenxe ; 1 1À% préf., p. xvi.)

(30i) GvBLDiG. Observationum seiectarum ad rem litterariam speclantium ; Habe Magdeburgicae, 4702, t. VI , p. 20.

(592) L'origine du Z, sa place naturelle conservée, et l'autorité d'Aristote, qui ran^ cette lettre parmi les plus anciennes, doivent pour le moins

PAlii^OGRAPHlE.

Le S n'était point originairement censé lettre double. C était le samec des Hébreux» dont le. son ne parut peut être pa^ d*abord tout à fait correspondant à la langue des Grecs. En qualité de lettre double, le S sera donc nouveau, si Ton veut : mais il existait sous un autre rapport» qui ne s'éloignait pas de la prononciation k z. Quand on cessa d'employer ces deux caractères, bw peut être de les prononcer aussi durement, la lettre £ reprit faveur, et son usage fut ûxé sans retour. Si le tsadedès lors eût eu une valeur numérique, il eût conservé sa place. Mais le Y et le ^ , qui en étaient sortis, n'acquirent cette qualité , que depuis leur déplacement. Quand donc tous les caractères eurent une valeur certaine ; comme il en manquait un , pour rendre l'arithmétique grecque aussi Complète que commode dans ses chiffres , on se rappela l'ancienne âgure du tfade fort peu différente du 7. Le sanpij qui s'était mal soutenu dans scm poste, comme lettre, reparut dans un autre, comme chiffre. Tiré de Toubli ,. il ferma pour toujours l'alphabet grec, sans en. être^ en visage* comme la der* nière lettre. On a tout sujet de croire qu'il en avait été retranché, avant que l'alphabet

pour en revêtir Vépi$imon quopi dédommagé par celle de 900» il semble qu'on ne se souvint de lui , que quand tous les autres caractères eurent des valeurs assurées, qui ne permirent plus de leur faire perdre leurs places.

X. Etat de VaiphaJbet latin aeputs pris de deux mille ans. — Priscien, aussi peu instruit des origines de l'alphabet grec, que de celles du latin , en jugeait apparemment par voie de comparaison. Il avait lu que les Latins reçurent seize lettres des Grecs. 11 ne i^jait point l'F parmi celles de ces derniers,

Farce qu'au vi* siècle, où vivait cet auteur, ipisimon €itv n'en conservait pas même la fi^re. II crut donc que les Latins avaient ajouté l'F aux lettres reçues des Grecs. L'X latin ne se rapporte au s grec ni pour le rang, ni pour fa figure. D ailleurs on le croyait de nouvelle invention chez les Grecs.

contrebalancer cet argument , tiré du double son qii*dle laisse, dit-on, entendre, qu^elie a pu contracter avec le temps dans certaines provinces , qu'elle Q*avait pas sans doute quand elle entra dans la Grèce, et qu'elle B*a pas encore parmi nous. Quand le Z aurait eu d*abora un double son, est-il prouvé queues Phéniciens n'avaient aucune lettre de cette sorte? Mais Télius Lonpg (a) soutient et prouve Blême <|ue, si on Texamine avec soin, on n'y trouvera point ce double son. Presque toutes les mêmes saisons militent en (aveur du e.

(303) Pag. 54S.

(3(U) Ce lan^aj^e est conforme à celui de quelques antres grammairiens.

(305) DiOHED., lib. II.

(306) Col. Id45.

(307) Voilà pourquoi l'on écrivit au «• siècle Kafwiif , plus souvent que Caroius^ dont on faûsalt plus d*iMage au vin* sur les monnaies. On étudiait alors les grammairiens avec ardeur. La décision de quelquesr-uns d^entre eux fut embrassée par divers sa-

(a) IH oriHogr., p 3217.

Il n'en fallait pas tant à Priscien, pour le dérclarer ajouté chez les Latins. Encore veut-il bien accorder (303) à ces deux le nom de lettres. IMlais à peine daigne-t-il en user avec la même générosité, à Tegard de celles, dont ils enrichirent, selon lui, leur alphabet dans la suite. Le R et le Q sont inutiles (304) ; IT et le Z sont étrangers; TII n'est qu'une aspiration, et non pas une lettre. Mais d'autres grammairiens plus anciens que Priscien, et Priscien lui-même reconnaissent vingt-trois lettres, chez les Latins (305). Ils assignent . à chacune leurs fonctions, et font voir qu'on ne peut s'en passer ; ou du moins, qu'on ne doit pas en bannir l'usage. Selon Maxime Victorin , on a besoin du K (306), lorsqu'ill est suivi de la voyelle A (307), comme dans Kalendœ; du Q, lorsqu'il précède l'U voyelle, comme dans Qmrites. Sans VY et le Z, au lieu d^Hylas etdeZcpAyru*, il fwidrait écrire Hoehs et Depkerus. L'H môme, quoique aspiré, ne laisse pas d'être une lettre. Il n'en est pourtant pas moins vrai, que l'Y et le Z sont des lettres ajoutées à l'alphabet romain, pour rendre plus aisément les mots grecs. Le Z cependant n'est peut-être pas aussi récent, qu'on le prétend d'ordinaire, puisqu'au rapport de Vélins Longus (308), if se trouvait dans les vers des Saliens. Mais, quant aux vingt et une autres lettres , Asper le Jeune et Diomède les donnent pour latines :• Latinœ suntj dit ce dernier {309), una et vi-gintiy grœcœ duœ Y Z.

Qu'il nous soit donc permis de conclure, que les Latins eurent d'abord leurs dixneuf premières lettres, et peut-être même leur alphabet complet, excepté l'Y et le Z. Les témoignages incertains de quelques grammairiens mis à part , on ne saurait ^ assigner d'époque où le V et l'X ont commencé chez les Latins. Nul monument ne peut établir cette opinion. Les plus anciens la démentent.

Il ne suffit pas d'avoir montré Torigine et le nombre de nos lettres , il faut encore parler de celles qu'on prétend y avoir et* ajoutées, et des tentatives inutiles faites, pour enrichir notre alphabet de nouveaux* caractères.

vants, préférablement à ropioion de Priscien, qu^on n'avait peut-être pas encore bien étudié, ou qu*on ne jugeait pas devoir remporter sur des auteurs plus anciens que lui. Il n*est donc pas nécessaired'avoir recours aux Runes pour nous apprendre ce qui portait alors les peuples venus du Nord à se servir du K plutôt que du t!. Si cela était, on ne comprendrait pas pourquoi les Anjglals, encore plus peuples du Nord que nous, auraient retenu Tusage du u, tandis que le R aurait été emplové par les Fran* çais, comme par les Suédois ïVoy. Thesaurum niimmorum SwcthGothicomm studio Eliae Beenneri ; Stockolm, 1731, in-4<»). Au reste, Tépoque de ce changement n'est pas précisément attachée k Tempire de Charlemagne. Depuis cette date, on ne renonça^taS' totalement k Tusage du G devant TA; pas mème^ tout à fait dans les monogrammes; seulement le K. prit faveur et dans les diplômes et sur les monnaies,, où le ii ne parut plus si ordinairement.

(ôOS) De orthograph., p. 2217.

(509) P«r«cA., p. 415et 1721

èêt

AftticLB II . Lettres qae Voe (Ml ftvoir éié ajoniéés à celkss des Latins. -- Letires de PËmpereur CUude.

Les Persans et les Turcs ont ajouté plu* sieurs caractères à ceux des Arabes. Divers autres peuples d*Orient, du Midi, du Septentrion, et les Goths mdmes ont augmenté de quelques éléments Talphabet dont ils étaient redevables aux Grecs. Si les nations européennes, oui tiennent le leur des Latins, en eussent use de la sorte , chacune aurait pourvu le sien d'un ample supplément. Au reste, si elles ne Tout pas fait , ce n'est

E oint que des particuliers n'aient enfanté ien des projets en ce genre, mais inutilement. Les princes eux-mêmes ne seraient pas plus sûrs d'y réussir que Claude, cinquième empereur des Romains, et Chilpéric« roi des Français. Leurs nouvelles lettres tombèrent dans l'oubli» presque aussitôt qu^elles eurent vu le jour. Ceux qui se bornèrent à réformer la figure, ou à fixer la valeur des lettres, anciennement reçues dans l'alphabet, eurent communément plus de succès. Souvent même on leur fit l'hon- . neur de les regarder comme auteurs des lettres (310), dont ils avaient seulement déterminé la valeur, et réglé l'usage.

I. Inventeurs 9 ou plutôt restaurateurs et réformateurs des lettres G et K. — Les Latins reçurent des Grecs le r et le k avec les au* très éléments de leur alphabet; mais l'arrondissement du r» aussi fréquent en Italie que rare en Grèce, le fit confondre avec le k. On commença par détacher la perpendiculaire de celui-x^i; l'on continua par courber son angle obtus; on finit par supprimer sa haste : on ne retint donc du K que l'angle réduit en forme de G (311). La proximité de son des deux lettres k et r, et l'usage réci* proque de l'une pour l'autre devinrent une nouvelle^ source de confusion, et firent insensiblement perdre de vue tous les moyens de les distinguer. Les grammairiens qui fleurirent sept ou huit siècles après ces révolutions alphabétiques, ne trouvant point ou presque point de k dans les an-

(310) Waldemar II, qui régnait en Danemark, au comniencement (a) du xni* siècle, passe pour avoir enrichi Talphabet runique des lettres . ponctuées. Cet^e addition , selon ^Vormius et quelques autres «uteurs, comprend sept lettres. Mais on aura peutêtre pris pour augroentatiou d'i4phabet, un roglement dont le vrai but était de bien distinguer quelques éléments, qu*on avait coutume de confondre. vVormius lui-même ne parait pas trop ferme dans «on sentiment. U semble, en effet (6), rabandonner, pour attribuer à Ulphilas une augmentation de lettres aux seize, dont il prétend que ses Goths étaient depuis si longtemps en possession, La prononciation de certaines lettres aura donc seulement été déterminée, à la faveur des poinls, par Waldem^r, que ^ormius écrit presque aussi souvent Woldemar.

(51 i) A la vue de Talphabet samaritain ou phénilîen, on peut se figurer, par quelle gradation le K se change en G caré ou rond. Mais comme les La^ tins habitaient dans le voisinaffe des Etrusques, et qu^*ine autre suite de métamorphoses, dans les K de leur alphabet, mène droit à la même figure du C, il «st plus naturel de penser que les K de i*un de ces

(a) Dmnea lAUeraturaOlai WormH, îla'mœ; 1651, \ii«(ol^, cap. 1 1,^ p. 7i, 73; ci|». 23^ p. \tX*

ciens livres « supposèrent que les premiers Latins l'avaient banni de leur alphabet. Les inscriptions des Etrusques, si voisins des Latins, leur auraient inspiré d^autres idées, si ces monuments leur eussent été connus comme à nous. Le déplacement du G devait au moins leur dessiller les yeux; mais ils ne les ouvrirent que pour confondre encore cette lettre avec le C, et conséquemment avec le k.

Quand on se fut avisé de fixer les limites du C et du G, et d'ftter les causes de leur confusion, on voulut aussi mettre quelque distinction entre le C et le k. Si leur prononciation n'en fournissait pas de raison sufiisante, leur figure en servit de prétexte : la dernière lettre devait encore alors se montrer sur quelques anciens monuments, et le commerce avec les Etrusques et les Grecs d'Italie ne permettait pas qu'on perdit jusqu'au souvenir de son existence primitive. Peut-être même qu'alors la prononciation du C la plus exacte répondait au r grec, et celle du G au nôtre, quand il précède l'E et l'L Ainsi le K ne devait pas être aussi inutile qu'il le devint quelques siècles plus tard. La différence du C et du R, quant au son, put s'effacer pendant l'intervalle du temps qui s'écoula entre les gramaiairiens dont nous avons les ouvrages, et ceux à qui Ton doit le rétablissement de l'ancien ordre entre les éléments de l'alphabet latin. Ce qui n'était aux veux de ceux-ci que rendre en partie au £ sa première valeur, parut à ceux-là un nouveau présent de la Grèce, ou même une véritable invention.

L'antiquité du G latin a été prouvée par les tables Eugubines (312) et autres monuments, par le texte même de quelques an-* ciens grammairiens, dont on se servait pour l'exclure de l'alphabet latin, et par divers autres arguments. En vain Biomède Tappelle-tril nouvelle; en vain Plutarque, Maxime Victorin et Scaurus nomment-Us son (inventeur; en vain Matthieu Egizd déclare-t-dl (313) que la table du sénatos-

deux peuples auront subi le sort de ceux de Tautre, dans les transformations qu*ils auront éprouvées. Lorsque de part et d'autre les deux bouts de deux chaînes voisines se trauvent les mêmes, n'est-il pas raisonnable de juger des anneaux intermédiaires de Tune, qui se sont perdus» par ceux de Tautre, qui subsistent, dans toute leur étendue? Qu'on jette donc les yeux sur ralphabet sénéral des Etrusques , on y remarquera des K, dont le bâton est séparé de i'augle, et d'autres dont l'angle s'arrondit. Le troisième élément de cet alphabet oflre des G, qui ne sont que la portion du K sans hasie, sous la figure d'abord d'un angle, ensuite d'un dk^mi^cerçle. Plu* sieurs auteurs, et principalement le célèbre abbé Gori, n'ont pas fait dificuUé de réunir sous un seul élément toutes ces figures. L'existence d'un bien

Élus grand nombre de très-anciens monuments des étrusques que des Latins, autorise à s'en rapporter plutôt à ceux des premiers que des seconds, quoiqu'il s'agisse de juger des degrés de transmutations par lesquels ont passé leurs lettres.

(512i Art. I, n. iv, vni.

(315) Senatus c, de BaccanaL explication p. i^l

(^) /fcirf..c. 20,p. 105,

PAUOGRÂPHIE.

consulte des Baccliaiiales renferme des G, ptrce qu'elle est postérieure h ce préttndu inventeur, et que celle de Duillius en est dépourvue, parce qu elle le précède. Trois causes ont jeté dans cette erreur la plupart des anciens et des modernes : l*" le C latin occupe le rang du r : donc, selon eux, le G et le G ne devaient pas 6tre différents ; 2r le C et le G se confondaient anciennement pour le son (31!^) : nouvelle raison de les confondre aussi pour la figure; 3* leur distinction, même de ce côté-là, n'était pas anciennement assez sensible : donc, dans des temps beaucoup plus reculés, leurs figures n'avaient pas été marguées par des traits plus propres à les distinguer*

Les auteurs attribuent la prétendue invention du G à Carvilius, qui florissait vers l'an 540 de Rome (315). Plutarque (316) et Maxime Victorin d'après lui l'appellentCarbilius Spurius. D'autres, parmi lesquels TerentiusScaurus (317) tient le premier rang, le nomment Carrutius. Quoi qu'il en soit de sou vrai nom , on peut sans scrupule le dépouiller de la qualité d'inventeur du G. 11 suffit de lui conserver le titre de réformateur de cette lettre. Elle existait en effet, dès le commencement, dans le Z, dont elle continua toujours d'occuper la place, et dont probablement elle eut d abord le son. Si l'on en croit Quelques savants antiquaires , Carvilius (318) ne ût qu'ajouter un petit trait au bas du C , pour distinguer le G de ce caractère, avec lequel il s était confondu, de la façon que nous avons exposée p\us haut.

L'inventeur du K fut Saivius, suivant une jeçon de saint Isidore (319) de Séville, ou, selou une autre plus autorisée, ce fut Salluste, non l'historien, mais le grammairien , qui enseignait à Rome entre les deux premières guerres puniques. Pierre, diacre du mont Cassin, dans son livre des notes, ou plutôt des «{^/e^ romaines, sans parler de Salluste, dit que Saivius (320) fut le pre-

(514) Getie confusion durait encore au temps d*Atiguste. Le cardinal Noris, dans les Cénotapfies de Pise, fait voir, col. 747, que ces deux lettres se

fi^ellatent encore indifféreminent Tune pour Taulre. lais, quoi qu'en dise D. Lancelot dans sa nouvelle Méthode, il ne semble pas qu'on ait poussé la confusion entre ces deux leures, iusqu'à substituer le G an C, dans Talphabei latin. Victorin, dont il s'autorise, ne parait pas lui être favorable. En effet, Maxime et Marins Victorin, nue nous avons sous les yeax, nous montrent le C et le G, placés à leur rang alphabétique. Comment aurailent-ils donc avancé le contraire ? Vo^ez leurs ouvrais, dans la CoUection des grammainens par Putschius.

(315) Voss., De arte gramm.y lib. i, csip 29.

1516) Quœst. Roman., liv.

317) il reconnaît la lettre G pour antérieure à Carvilius y puisqu'elle ne s'était pas seulement conserrée, selon lui, dans le traité d'alliance avec la Grèce; mais encore dans (es douze tables dont il elle le mot pagunt, 11 ne croyait donc pas qqe Carvilius fei^t inventée ; il pensait seulement qu'il lui avait donné une forme nouvelle. C'est^ en effet, ce que portent ses termes bien entendus, p. 2253.

(518) NorU Cœnotaph. Pi$an,, diss. A, col. 716.

(519) Orig., I. I, c. 4.

(5^) Sjne litieram K Saivim mafistcr primus

mier qui ajouta le*K aux lettres romaines.

II. C'est sans fondement que les lettres Pf Ç, ont été accusées de nouveauté. — A ToccasioQ d'une inscription où le a (321) tenait la place du P» Denys d'Haliearnasse avance que la dernière lettre ne fut pas toujours eu usage chez les Latine. Mais Scaliger ( a21* ) rejette cette supposition, comme une fausseté manifeste, wous necroj^onspas non plus devoir prendre la peine de la réfuter , tant elle est destituée de toute apparence.

On ne comprendrait pas comment saint Isidore de Séville (322) aurait donné le Q pour étranger aux langues hébraïque et grecque > et môme à tout autre qu'à la latine, si d'anciens grammairiens n'avaient traité cette lettre cTinutile, et ne l'avaient crue de nouvelle date. À leur avis, avant qu'elle fut inventée, les mots, dont la succession des siècles l'a mise en possession, s'écrivaient par le C. Varron , au rapport de Censorin, concluait à la bannir de l'écriture. Licinius Calvus (323) ne voulut jamais s^en servir. Quelques-uns en ont dit autant do M. Caton et de Térence. Mais Matthieu Ëgizzi (324) s'élève fortement contre une prétention si dénuée de preuves. D'un autre côté Donat (325) taie d'i^norapce ceux qui traitent la lettre Q d'inutile. Leurs déclama* tions sont en partie appuyées sur sa nouveauté. Cependant ces deux accusations se détruisent. Si elle eût été superflue, pourquoi l'aurait-on inventée? pourquoi l'auraiton reçue? Si elle était étrangère à l'ancien alphabet, pouvait-on \y faire rentrer par un autre motif que parce qu'elle était nécessaire.

Au défaut de moyens, qui fixent le temps de sa prétendue invention , on a recours k la jonction des deux lettres G et V, renfermées, dit-on, dans le Q (326); et pour la faire mieux paraître , on prête au Q cette ûgureCV^, qu'on suppose d un Age égal à son origine. Mais, mal^é l'antiquité constante du a , et non pas de cette autre figure arbi*»

Bomanus adjecit, Dausquius, dans son TTaiié de Vor-^ Ihograplte, cite ces mêmes paroles ; après quoi il indiûue sculemcm celtes de saint Isidore qui altribuont h Salluste rhonneurde Tinventiondu K.J$idortt$,..Sal'> luslium nominat auctorem rotî K. Cependant le Dictionnaire de Moréri, édition de 1712, s'explique ainsi à son sujet: f Dausquius dit, après Salluste, que Tinventeur du K fut un nommé Saivius, et que cette lettre çiait commune parmi les anciens Romains, i Le grand Dictionnaire de Trévoux^ édition de 1732, répète presque mot à mot les mêmes paroles, si ce n*e$t qu'il fait dire à Dausquius que cette lettre a été inconnue aux anciens Romains^ Par ce dernier trait, on aura, sans doute, voulu corriger Moréri dont Texpression, à ce: é^jard, n'était diere moins fondL^e dans Dausquius que celle du Dictionnaire de Tré- DOUX, Mais les vraies bévues qui devaient sauter aux yeux ont été fidèlement transcrites, et préclou sem en | conservées dans les dernières éditions de ces granda corps de Dictionnaires.

(321) On y lisait aenas pour penas, Pénate.

(32 r) Animadv, in Chron, EusebUt P- ^1^-

(522) Orig., 1. i, c. A.

(525) M.vRii ViCTORiNi Ar$ gram., 1. i,p. 245G,

(324) S. C. de Race., p. 158.

(325) Aelh Donati edil. 1, p. 1757

(52(>) VEI.IUS LoNGVs, Deorthograph , p 22181.

4ii

traire, ime îoia^inalion plus spécieuse que solide ne sauk'ait prescrire contre une leltre» qui prend sa source dans le phénicien, que le grec conserve dans Vépisêmon quopa^ que les tables Eugubines renferment, qui se trouve (X)nsignée sur les plus antiques monuments, et spécialement sur les monnaies des anciennes colonies grecques, fondées en Italie, vers les temps héroïques.

111. Prétendue invention de VR-.à quel temps et à quel auteur attribtufe ? — Les Latins n'auront point eu d'R anciennement si Ton s*en rapporte à la plupart de nos modernes. Un auteur laborieux donne pour un fait constant et admis par tous les savants (3â7), qu'alors la lettre R n'était pas encore inventée (328). A l'entendre, les peuples (T/talie n'ayant point cette lettre dans leur alphabet, disaient meliosibus et Valesii, pour melioribus et Valerii (329).

Du moins ne s*est-il pas charçé de nous apprendre , jusqu'au nom de l'inventeur de l'R. C'en, devait nous dire le P. Hugue, Jésuite (330), Claude Centinianus. Mais par une contradiction singulière avec Pomponius, qu'il cite pour garant, au lieu d'assurer à son Centinianus la gloirç de l'invention de celte Jettre, il le représente aussitôt comme lui a,7ant substitué l'8.

On ne faisait nul usage de l'R avant Appius Clandius, ainsi parle Thomas Dempster (331); mais depuis qu'il Teut inventé, on se servit indifféremment de l'R et de TS. Cet Appius, surnommé Crassus, fut, ajoute-tii, consul avec Camille l'an &05de Rome. Matthieu Egizzi vient à l'appui de Dempster, et s'en autorise. Selon Angelo Roccha (332), ce ne fat pas Centimanus, comme quelquesuns récrivent mal ; mais Appius Centimalus (333), qui introduisit l'usage de l'R.

Il serait inutile de faire passer en revue une foule d'autres auteurs, qui ne font que

(5i7) Hist. des Gantes et des Gautoii, 1. 1, dis. I, p. 22.

(328) L'invention nouvelle de la lettre R n'est l>oint nécessaire à cet auteur pour étaver son svstéme.. Il se soutiendrait également s'il eût été d usage de substituer FS à TR ; or cet usage n*est nullemeni douteux. Au reste, tous les savants ne sont pas de son avis. Funccius, Trotziuset Terrasson ont pris le parti contraire.

(329) Lîv. I, p. IW.

[530^ De prima scribe orig. c 4 (331) De Etrur, regali, 1. 1, c. 1, p. 2, 332) Bittioth. Vatuan.,n.il^.

[333} Yalère Maxime (a) rappelle Claudius €en-

tumalus. Mais Téditeur du Valere-Maxime variornm le fait vivre plus de cent ans après la date fixée par Dempster et Matthieu Egizzi.

(331) Diaest., lib. i, tit ii, § 36.

(335) < Appius Claudius, unus ex decemviris

Post hune Appius Claudius ejusdem generis maxiinam scientiam habuit : hic Centemmanus appellatos

est, Âppiam viam stravit Idem Appius Gaudius,

qui videtur ab hoc processisse, R litteram invenit : utpro Yalesii Vaierii essent, et pro Fusiis furïu > Le prétendu inventeur de TR n*est peut-être pas la môme que Centemmanus; à s^en tenir à la force des termes, on dirait plutôt qu'il en serait descendu; autrement il faudrait qu'afr hoc tombât sur TAppius décf^mvir En quoi Vory ferait violence au texte. A la

(a\L. tw, c. 2.

rebattre le même discours. iToùs s^utorisent du Manuel de Pomponius (33i). Il tranche effectivement le mot. Appius Claudius, dit-il, inventa l'R (335); auparavant on écrivait Falesii et Fusii : Valerii et Furii leur furent substitués. Aux termes' de Cicéron (336)!, les Papiriens étaient encore appelés Papisiens, durant le iv* siècle de Rome : mais l'an 415 Lucius Papirins Crassus cessa de se nommer s^insi. Cette époque cadre asser avec celle de Dempster. Quintilîen (337) parle d'un temps, où Ton disait Valesii, Ftisiij arbosj lab'os, vapoSy ctamosy polir Valerii^ Furiif arbor, labor^ vapor^ tUxmor (338). Fcstus tient le même langage (339). Mais ni lai, ni Cicéron, ni Qûintilien n'imaginaient pas qu'on emploierait leurs suffrages pour prouver que les anciens Latins n avaient point d*R. Qûintilien suppose visibletoent le contraire. A-t-on jamais dit sobus pour robur^ asbos pour errfror, Svma pour Roma^ Somulus pour komulusf Est-il nécessaire de rappeler que TR se trouve dans les plus anciens monuments d'écriture romaine, et notamment sur les tables Eugubines? Appius Claudius ne fut donc pas l'inventeur de cette lettre (3^0); mais, tout au plus,, il en étendit Fusage à quelques mots ou syllabes, exprimées auparavant par une S. Voilà le seul moyen de concilier l'expression peu exacte de romponiûs avec les monuments antiques. lY . Usage de VX û±é mal à propos au siècle ^Auguste ; il doit remonter bien plus haut. — Au jugement de divers auteurs , les trois dernières lettres de notre alphabet n'étaient pas encore reçues chez les Romains, du temps d'Auguste. Si nous écoutons Priscien, rx , après coup inventé par les Grecs, fut adopté par les Latins (341); mais il ne dit point en quel temps. Plusieurs auteurs en attribuent 1 invention à l'empereur Claude. Saint Isidore (Stô) et Pierre Diacre après lui

vérité idem parait identifier Tinventeur de VK avec Centemmantts, mais on pourrait avoir mis ce mot pour item. Le ( et le d se prononçaient et a^écrivalent sans cesse Tun pour raiitre; les exemples en sont sans nombre, et dans les manuscrits et dans les^ diplômes jusqu*au ix* siècle. L'inventeur de TR, que Pomponius avait en vue, serait donc moins ancien

Sue i'Appius Crassus de Dempster, et même que le entumalus de Valère Maxime, ce ^ui ne s*ajusterajt pas si bien avec le calcul de Cicéron.. Au fond, il est peu important de savoir auçiuel des Appius Claudius on doit rapporter Finvention cbiménque de la lettre R. Laissons donc cette question dans son éiak problématique.

(336) Famit.^ 1. ix, ep. 21.

(337) Institut., lib. i, c. 4.

(338) A Toccasion de cette ancienne .prononcia'^ tion des Romains, Yigenère dit que c'est c ce qu^ont imité les Parisiens, de très-lon^^ue main ; mais le p<>lissementde la langue, ajoule-t-d, leur a enfin fait lais^ ser ce masy masautt pour marf marault^ et, au coi:traire, ratronpour raûon. liTrattédes chiffres, f. 2ô9.>

(339) f Aroosem proarI)orem antiqui dicebant, et robosem pro robore. i Sext. Povp. Festi If abci Verrii Flacci De verbornm significatione libri xx; notis itlustravit Audr« Dacerius, 1699 ; in4'', p. dSL

(340) Trotz, Notœ in Bug., fi. 36*.

(341 ) Lib. I, col. 543.

(342) Oiig., 1. i,c. 4^

PALEOGRAPHIE

AU

se contentent de dire qu'on n-en usait point avant Auguste. Niçidius Figulus, par une singularité digne d un grammairien, nerouhitjamais s'en servir dans ses ouvrages (343). Tout cela ne saurait obscurcir la certitude, où nous sommes, de l'eiistence de cette lettre chez les Romains, avant Tempire •i*Auguste. Plaute, Térence et les autres écrivains latins du premier âge Toot em-

Sloyée. Cicéron dans son Orateur^ adressé à rutus, loin de regarder FX comme une lettre nouvelle, en parle comme d'un caractère, qu'on retranchait de plusieurs mots afin d*adoucir Tancien langage {Skk).

V. VY et le Z précédèrent de plusieurs sii' des celui d^Aiiguste. — L*Y et le Z sont des lettres deux fois empruntées des Grecs. Les Latins avaient d'abord reçu d'eux l'une et l'autre dans l'U et le G. Le son et la figure de ces deux lettres s'étant altérés, partie chez les Grecs , partie chez les Latins ; ces derniers les adoptèrent de nouveau, sous la forme dT et de Z, et avec la même valeur qu'elles avaient alors en Grèce. Mais en quel temps cette adoption se fit-elle? Saint Isidore nous dit (345) que jusqu'au temps d'Auguste on ne les écrivait point (346). Marins Victoriu nous assure (347) qu'Ac-

(543) Ma vil Yictori!«i A rs grammat. , 1. 1, col. 2466.

(544) Il cite pour exemple axiUa^ maxiUa^ taxH" Im, texillum^ paxilltu^ métamorphosés en oia, «ui- /a, ialms^ velum^ patus. On lisait du temps de Quintilîeii sur (a) les monuments de Rome les plus anciens, Atixanler. Grand nombre de tables d*airain, renfermant autant de sénatus-consultes, gravés longtemps avant Auguste, et rapportés par uruter, font un usage ordinaire de TX. il en est de même de ceUes, où les lois agraires et la prohibition des Bacchanales sont contenues. On voit cette lettre sur la colonne Duillienne au delà de laquelle les auteurs D*ont pas cogtume de pousser leurs recherches. L'X se trouve de plus dans une des tables eugubines en lettres romaines et en langue pélasgi(jue. Les plus antiques médaillesdes Romains la représentent, nien «^annonce donc qu'elle fût sous Auguste de fraîche date : et cette multitude de faits entassés les uns sur les autres démontre bien clairement tout le contraire.

Mais, dira-t-on, tous les anciens grammairiens tombent d'accord, qu'avant rinventioii de rX, les mots où il entre étaient écrits par es ou gt. Tory {b) dit avoir tu à Rome de vieilles épitaphes où cette orthographe était suivie. Vossius atteste que cet usage fut encore observé ^e) depuis Tempire des Antonins, et qu*il est consisné sur des monuments lombardiques. Voilà donc des preuves assurées de la nouveauté de TX.

La substitution de quelques autres lettres à TX^ continuée tant de siècles depuis qu'il fut d*un usage commun, de Taveu de tout le monde, peut-elle être un garant bien sûr de la nouveauté de cet élément? On aura beau reculer jusqu'au premier âge Torthograpbe ci et 9« au lieu de TX, on -n'en inférera pas mieux sa non-existence alors, qu'on l'aurait fait depuis les Lombards, sous prétexte qu^on l'exprimait encore de leur temps par e«.. Pourrait-on d^ailleurs nous répondre si les es et les g s, qui n'ont pourtant

einais prévalu, n'auraient pas été introduits par des ntalsies de grammairiens, prévenus de cette idée, q ic toute vraie lettre ne devait renfermer qu'un seul ton. Or, comme celle-ci en laissait entendre deux,

(a) /Mtf. orfll., I.i, ci

ib) Vmri et êcietue de la wme proportion des te:tre$, M. tf2, veno.

{r) De tarte gramm., 1 i, c. 31.

cius ne voulut jamais faire usage ni de TV» ni du Z. D*où l'on pourrait peut-être conclure la nouveauté aê ces lettres (348), si le goût de singularité n'était oi'dinairement la cause de ces sortes d'affectations. Cependant les fragments de ce poëte renferment beaucoup d'y. Mais accordons le fait d'Accius, comme indubitable; il s'ensuivra du moin*^ que ces deux lettres précédèrent de pln.^ d'uu siècle l'empire d'Auguste. Tous, ou presque tous les auteurs latins s'en sont servis. Nous avons des poëtes, qui plus de deux cents et même deux cent cinquante ans avant l'ère chrétienne, ont composé des pièces dramatiques et autres , où ces lettres sont souvent employées. Nous pourrions citer en faveur de Yy grec Andronicus, Ennius , Plaute, Nœvius, Pacuvius, Cœcilius, etc. A l'égard du Z, on en voit plusieurs exemples dans Plaute, dans Nœvius et dans Cœcilius. Il serait inutile de nommer un plus grand nombre de poëtes et d'auteurs plus récents, quoique antérieurs à l'empire d'Auguste. Il faut donc faire remonter ces deux lettres, au moins quelques siècles au-dessus du cinquième de l\ome.

VI. L*P n'est point une lettre de nouvelle invention: origine du digamma : parallèle de

il fallait, conséquemment à leur principe, la airtager en deux lettres. On sait à quel excès de délicatesse en ce genre se portèrent le fameux Nigidius (d) Figulus, Lucius Accius et Licinus Cahrus.

n est si peu vrai que TX ait originairement pris la place des es et gs^ que ceux qui remployèrent ne cessèrent pas pour cela d*y ajouter FS. Aussi voiton dans les plus anciens monuments, proxsumus^ maxsumuSf etc. Cette orthographe se vérifie encore dans quelques médailles des empereurs Galba, Vitellius, Vespasicn, Domitien, sans [>arler d^une infinité d'autres preuves, qu*on ne croit pas devoir accumuler ici, et qu*on ne pourra se dispenser de toucher ailleurs.

(3>i5) Orig. 1. ï, c. 4.

(54G) Il ajoute qu'en leur place on se ser\'ait de deux ss et de Pi. On substituait certainement à TY encore plutôt TV que cette dernière lettre.

(547) Ars gram. 1. x, col. 2455.

(548) Priscien jugeait sans doute Tintroduction de de TY grec et du 7 chez les Latins d*un temps fort reculé. Car il ne dit pas que les anciens se servirent de Vu, de deux ss ou ô^sa avant qu'ils eussent emprunté FY et le Z des Grecs; mais qu'ils les changèrent en », en m, en sd, en </i et en d^ ce qui suppose évidemment leur Introduction plus ancienne. Agnaius (e) Cornntus, rapporté par Gassiodore dans son orihographei avait observé, dans les anciens livres, des l tantôt employés et tantôt remplacés par ss. Sur quoi cet auteur ropro<îhe à quelques anciens d'avoir poussé la fausse délicatesse pisqu'à ne pas vouloir user des lettres des 'Grecs, dont ils ne faisaient pas difficulté d'employer les expressions. Curtius(/) Valerianus répète mot pour mot le même reproche. Or, ces plaintes eussent été fort mal fondées, si le Z n*avait ps été déjà reçu chez les LaUns, au temps dont ils parlent. Les uns en faisaient donc usage, tandis que les autres refusaient de s'en servir, "^^lius Longus (jf), jugeant cette lettre d'une antiquité plus grande, qu'on ne pense d'ordinaire, en donne pour preuve qu'elle se trouve dans les vers des Saliens.

(d) Mar. VicTOBiif., Àr$ greanm,, I. *, g4iI. ^196.

(e) Putsch., eol. 2186.

(f ) Ibéd.. roi. 2280.

ig) Col. 2217.

DlCTIONNAIllE DE PALEOGEAPHIE» ETC.

celui des Eoliens et ae$ Latine; leur usage. — Quelques auteurs ont attribué l*invention ie TF aux Eoliens : mais ces Grecs, ainsi lue les Etrusques et les Latins, n'ont fait que nous la conserrer et nous la transmettre. A entendre le P.Hugue, iésuite (3W), les derniers là reçurent des Eoliens , et l'ajoutèrent à leurs anciennes lettres. Sansrap* peler ici les principes établis plus haut, toutes les difficultés sur la nouveauté de TF disparaissent devant Tobservalion suivante. Des monuments latins où TF se trouve surpassent de beaucoup eu antiquité ceux des Eoliens, où elle se rencontre. Donc ils ne Tout pas communiquée aprè& coup aux Latins ; puisque ceux-ci en étaient en possession, sinon avant les Eoliens, du moins avant le temps où Ton suppose que ces Grecs l'auraient inventée, ou qu'ils l'au* raient fait adopter à l'Italie.

Le digamma n'est point le nom sous le«^

Înel cette lettre fut d'abord connue eu rèce. Il tire visiblement cette dénomination des grammairiens grecs. A force de réfléchir sur sa fi^re, ils crurent y découvrir deux r. Comme ils ne voyaient plus de lettre semblable dans leur alphabet, parce que Vépisimon 6av avait changé de figure, et que le vrai vau se trouvait déplacé, ils prirent le parti de nommer l'F digamma. Les Latins, à cet égard, ne firent que suivre et les idées et les expressions des Grecs. Cependant plusieurs habiles grammairiens de l'une et de l'autre nation, comme Didjme, Diomède, Varron, Priscien, Censorin, ont reconnu ^h fermes formels ou éciuivalents, que les Eoliens ap* pelaient autreiois t7au leur digamma. Les Latins eux-mêmes le qualifièrent ainsi.

Tous les usages que les Eoliens firent de leur digamma, les Latins se les approprièrent. Mais, au lieu que pour le rendre, les êremiers se contentèrent presque de la seule , les seconds passent pour avoir beaucoup plus varié : sans doute parce que leur F avait un usage fixe, qui ne se pré tait pas toujours aux emplois singuliers qu'on hU $ait du digamma. De même que les Eoliens

(549) De prima scrib, orig.^ c. 4.

(350).Pri8c., col. 547.

(551) Quand les Eoliens mirent ^piro^p pourpi)T«>/», on vit une lettre prendre la place d'an esprit. Mais dans bruges pour/r«^e«, on n'aperçoit qu une lettre substituée à une autre. Ainsi, quoi qu'en disent Priscien et tant d'autres grammairiens modernes, ledigam* ma ne semble pas avoir ici une application fort juste.

(552) Prisc., 1. I, c, 5, col 547.

555) 76., col. 546.

i554i Vossics, De art. gramm.^ 1. r, c. 15.

[555) Les manuscrits latins (a) renferment quelquesunes de ces moitié d'H réelles ou prétendues, oaumaise, dans ses notes sur la colonne Hérodienne, le prouve par des gloses de la bibliothèque Palatine, par un saint Isidore et par d'autres manuscrits. Quintilien (b) parle de l'une et de l'autre aspiration, de l'une et de loutre flgure. Plusieurs anciens grammairiens tiennent le même langage. En un mot, on remarque une affinité très-grande (c) entre l'esprit rude et FF des Grecs, des £oliens et des Latins.

(556) Spanheim, De prϐt. numi$m., dissert. 2,

(a) VoM., Denrtegran.y lib. i. c. 20.

(à) Imt , 1. 1, c. 4.

écrivirent et prononcèrent fynrvp pour f«t-»»p (350), les anciens Latins dirent bruges pour fruges (351). Insérer TF entre deux voyelles fut le plus grand usage qu'en firent les Eoliens. Leur but était d'éviter Thia* tus (352) ; les Latins marchèrent encore ici sur leurs traces. Chez les uns et les autres (353), quelauefois le digamma se compta pour rien. Tantôt il tint lieu d'esprit doux, tantôt d'es^ prit rude (354). Pour exprimer celui-ci » les Attiques continuèrent d user de l'H pure-» ment aspirée ; les autres Grqcs le rendirent par ce caractère h « tandis que, pour repré* senter l'esprit doux, ils se servent de cette autre 4 figure (355).

Le digamma éolique avait souvent la force de l'H (356). Dom Lancelot observe (357), d'après saint Isidore, Chekus et Vossius, que l'H semble être née des esprits. Il coiyecture

![ue le digamma F, qui représentait presque a moitié a un H, a souvent passé pour l* esprit rude. Mais les esprits sont plutôt nés de TH qu elle ne tire d'eux son onçine (358), puisqu'elle remonte à la plus naute antiquité. Peut-être serait-il aussi naturel de faire sortir îes esprits de l'F que de l'H (359).

Si l'on en croit Ovide, le X des Grecs s'est adouci jusqu'à faire Flora de Chloris (360), Dom Lancelot, au contraire, prétend (361) que l'esprit rude s'élant change en C, ae là est venu « que le C, dans les langues vulgaires, n'est quelquefois que la marque d'une aspiration ou prononciation plus forte, comme nous voyons encore dans Clotaire^ qui est le même que Lothaire, dans Clovis^ qui est le même que Louis^ ou Louve et autres semblables. » Maïs la manière d'écrire et de prononcer Hlotharius et Chlotharius^ Hludovuicus et Chlodowicusj a-t-elle rien de commun avec l'esprit rude des Grecs? U n'avait pas même la forme de c lorsque ces noms s'écrivaient de la sorte.

Le digamma eut principalement la valeur de rv consonne. Ainsi le ia^ipa des Grecs fut le Ft<mipa des Eoliens et le vespera des Latins. Ceux-ci exprimaient quelquefois leur

p. 107, i08, edit. Lond. 1706.

(557) Nouv.méthod. ; Quelq. observ., c. 12, n. 7, ^ (558) G*est le sentiment de Priscien, I. i, col. 560^ Serg[ius sur la première édition de Donat avance précisément tout le contraire, col. 4829.

(559) Dans le dernier cas, il faut couper VE en deux ; ce qui sent plus la réflexion du grammairien, que la production du temps, que Touvrage d'une longue nabitude. C'est néanmoins à ces causes qu'il faut rapporter les vicissitudes des usages. l>ai|s le premier cas, on n*est obligé de faire perdre à VF qu'un petit trait, dont elle a souvent été dépouillée, et chez les Grecs et chez les Latins. D'ailleurs, la double marche de Tancienne écriture grecque offrait des F tournées de Tun et de Faulre sens. Quoi qu^il en soit, les rapports de FF avec TH furent si multipliés, que les anciens confondirent ensemble ces deux lettres» et que des peuples les confondent encore. On disait autrefois (d) fordeum pour hordenm^ irafo pour tralio^ vefo pour veho

(360) Ffl«(., V, c. 2.

(561) JSouv. méth. ; Paris, ir53, p. 746,

(r) Jff/f Verm . t. xci.

[d) nmodu rar.,p. Hi,

t>ALlLOGRAMllE.

digamma par deux VY sous Auguste (362 ; mais rO rut substitué au secoud Y avant lempereur Claude (363-).

Vil. Digamma de ClaudCf sa fiaurcy les mo^ numents où il se trouvBj son empîoU sa durée^ ses suites. — Ce prince employa la persuasion et l'autorité (364) pour faire recevoir trois nouvelles lettres de son invention sous autant de nouvelles formes (365). La première était un caractère uniquement destiné à foire discerner les V consonnes des V vojrellesy qui retinrent leur ancienne figure. Quintilien (366) ne jugeait pas désavantageu^sementderutiIitédudigammadeClaude(367).

Mais quelle fut sa figure? Tous conviennent qu*il avait la forme d'une F; tous ne conviennent pas de la manière dont elle était tournée.

Sans parler des situations obliques, notre F est susceptible de huit positions principales^ horizontales et perpendiculaires. Il ne s'agit ici que des dernières. Il n'est aucune des quatre situations perpendiculaires que peut prendre rF,aui n'ait été attribuée au digamma de Claude. Un des premiers continuateurs du Journal des Savants (368), en 1677, fait ce prince inventeur de l'F. L'auteur de la Bufle d^or des enfants romains de qualité (369) rapporte une fameuse inscription de Claude, déjà publiée par Angelo Roccha, Cruter et Fabrettif depuis négligée et perdue, enfin retrouvée et conservée oar les soins du célèbre Ficoroni. L'F de Claude y paraît deux fois dans les mots AMPLIA^IT TERMINAjITQ; mais elle n'est, comme on voit, que

(362) NoRis Cenotaph. Pt«., p. 739.

(363) Ib. p. 757.

(564) SuETON, 1. v, cap. 41.

(565)Tacit., Annai,f 1. n, c. 4.

(566) Itut. 1. I, c. 8.

(367) (fous apprenons d*Annseus Cornutus, (|a« Tarron avait tenté sans succès, de faire recevoir cette lettre aux Romains.

[568) Tom. v, p. 56, édit. de HoU.

369) Pag. 68.

570) Mus.Etm$c. t. II. p. 4i5.

[571) La Bolla d^ero a€ fanciuli nobili Bomani, in Roraa, 1752, in-4% p. 69.

(572) Difesa delC alfabeto, p. 82.

(575) Le plus grand nombre des anciens et de» modernes nous k peignent ainsi j. If suflira de citer parmi ceux-là Proons (a), Marcien (6), Capelle et Priscien (c). Le premier vivait sous Néron, selon Ei»sét)e ; il est d'ailleurs cité jpar Suétone et par Aulu-GeOe. IF pourrait bien avoir écrit son livre de notes sons Claude, ou très-ped après ; si Ton en jnge par la manière dont il s'exprime, au sujet du digamma Eolique, en rapportant les Sigteê de FF. Voici ses termes : j pro Y ut SERjVS, jVLGVS, jKIT pro servus, \ulgus, vixit. Et digamma JËcli" cum mnpeltatur.

(574) Nouv. méth,, p. 724.

(575) Gruter, p. 256, Cenotaph. Pf»., col. 758.

(576) Seiecta numismatu; Lutet. Paris., 1684, iii-4*^ji. 195,

(377) De prœsf. numtsmatum^ dissert. 2, n. 9, p. 109.

(578) Tacite fait mention {d) des tables de bronze, où ce caractère se conservait. Elles étaient exposées À la vue de tout le monde, dans les temples et les

(a) n^ma Vaubu VtionDenoUs Roman ; LuJg,natiT., lS99,in.8-,p.20.

(t) Lib. nt.

^) Col. 545.

tournée vers la gauche. Gori juge (370) pour^ tant cette figure préférable a celles qu'on a données jusqu'à présent du digamma de Claude; mais peut-être ce savant homme n*aura4-ii point fait attention à une remarque de Ficoroni (371), portant que ces deux F étaient doublement renversées. Au reste, domme, dans un ouvrage postérieur, Gori (372) représente les deux mêmes mots avec des j, on a lieu de croire qu'il sera revenu à Topi* nion commune (373). D. Lancelot (374) nous donne cette figure h pour celle du digamma inventé par Claude Les anciens marbres du temps de cet em*

Sereur, et ceux qui les ont consultés (375), éposent en faveur de la figure j. Cnris-^ tiern^Fréderic Ruhe, dans son Spécimen philologiœnumismatico4atinœ^ imprimé en 17()8/ rapporte une partie des monuments où le digamma s'est conservé. L'on n'en a peutêtre pas de plus célèbre et de plus avéré, touchant la forme du digamma de l'empereur Claude, qu'une de ses métlailles, publiée par Seguin (376), et citée par le baron de Spanheim (377). Du pied d une ^ ainsi disposée, sort une palme; c'est un trophée érigé au digamma, ou plutôt à son auteur, à cause de la Victoire remportée sur les Bretons. On reconnaît au digamma les monuments du temps du même empereur (378).

ViIL Deux autres lettres inventées par Claude. — L'antifigma, sous la figure de deux C adossés, oC, fut le second caractère Introduit par Claude; il avait la valeur du P et de l'S^ ou du B et de TS, peut^tre même

places publiques. Suétone dit que cette roanièrcf d*écrire (e) subsistait de son temps, dans les monuments, et la nluparl des livres. Mais Tusage du digamma de Claude et des deux autres lettres dé son invention ne se soutint que (/) de son vivante On peut joindre à Tacite qui nous rassure, Quintilien, Priscien et Dioroède. On reprit TW (g) après la mort de cet empereur. Le cardmal Noris ajoute que sous Marc'Aurèle on se servit dVo. Par exemple, on disait servom^ cervom^ etc. Du temps de Cas-' siodore on était revenu aux deux VV. Ces deux lettres de suite avaient princip^alement déterminé Claude à substituer k la première son digamma. Mais on ne laissa pas d*en user aussi devant les autres voyelles, comme dans jl jO, aALE, jETVS^ pour vivo, vale^ vetuê. Il serait peut-être étranger à notre dessein de nous étendre davantage sur la prononciation de rV, ou du digamma de Claude. Maii^ on ne sera pas fâché de trouver ici ce qû*en pensait le très-docte abbé Renaudot. c II ne faut pas, dit^l^ 8*étonner qu'il y ait tant de variations dans les lan-» giies sur la valeur de cette lettre, dont peM-ètre nom» ne savons pas encore la véritable prononciation. Car il n'y a aucune apparence que les anciens Hébreu 3ft la prononçassent comme nous prononçons TV cou-* sonne. Les Syriens et les Arabes, aussi bien que Itf plupart de» Orientaux, la prononcent comme «o etf comme W des nationsdnNord.il n'y a que les Turca^ et les Persans, qui Tont appris d'eux apparemment^ qui la prononcent comme consonne. Les Romain»

c'était apparemment à cause de celle difficulté pour

{d) Atmal., I. Il, c. I.

{e} Lib. V, c il.

(f) TA«:ir.,fWd

ig) No»» Cenetaoh. Pis, eot. TK).

it9

de deux 8S, d'un usage bien plus fréquent dans le latin que les précédentes. Etienne Morin (379), après avoir fait exprimer le Y ))ar Tantisigma, conjecture qu'il aurait pu avoir la force du ch ou du X des Grecs. Priscien est plus croyable quand il attribue à la seconde lettre de Claude un son équivalent au Y (380). Selon notre grammairien, ce son était beaucoup plus doux que celui du ps ou bs des Latins; mais ils n'osèrent, nous dit-il, changer leur ancienne écriture.

Les monuments dressés sous Tempire de Claude ne nous ont point encore fait voir son second caracîtère; s'il y fut admis, on pourrait entendre les termes de Priscien des temps postérieurs à la mort du même empereur. Alors, au plus tard, cette lettre, ainsi 2 ne ses compagnes, furent condamnées à un ternel oubli.

Nul ancien ne nous a fait connaître quelle fut la troisième lettre de Claude; nul moderne (381) ne Ta pu deviner. Cependant Fauteur de la Bibliothèque Vaticane (382) semble supposer, d'après Lipse, que cette lettre était le ♦, différente de notre F pour la valeur.

. Au défaut de certitude, qu'il soit permis de se livrer pour un moment à la conjecture. Les anciens grammairiens, comme Charisius, IMomède, Térentien, Priscien, distinguent chez les Latins un I vovelle et un I consonne, un V consonne et un v voyelle. Les figures destinées à rendre ces lettres, en tant que voyelles et consonnes, n'étaient point fixées. Ce qu'on a fait depuis plus d'un siècle, Claude voulut l'exécuter, en distinguant par le digamma rv consonne de l'V voyeUe, laissée en possession de l'ancienne figure. II était naturel qu'il fit la même chbse pour distinguer 11 voyelle de l'I consonne.

C'est là que devaient se porter ses vues, après avoir attribué des figures propres aux deux lettres parallèles a ces deux dernières.

bien évaluer V, que Claude, qui faisait le capable, inlroduhsit le digamma. Car on voit dans les inscriptions AMPTJAFIT, TERMINAFIT, etc. On tfOUVC Oelte

même diversité dans toutes les langues dTurope, qui viennent du latin, pour la prononciation de Vu, La plupart des Allemands le prononcent toujours comme consonne, et disent qm^ qvod^ etc. Les An-

f[lais comme xn : les Espagnols et la plupart des taliens, le prononçant comme voyelle, fui donnent la valeur d'où. » (Mém, $ur Corig. des lettr. grecq. , par rabl)é Renaodot, Mém. de rAcad,de$ Imcrip. , I. //, p^g. 251 , 252 )

(379) Exercit. de tinq, p. 184.

(380) Putsch. , col. 558.

(381) On doit compter pour nen ceux qui ont avancé que Claude avait Introduit TR chez les Romains. Le suinrage de Marcus Vetranius Haurus ne mérite pas plus d attention. Sur un texte mal entendu de Velius Lonffus, il imaginait je nesaisquelle lettre inventée par Claude pour adoucir Tàpreié de VR.

TroCzius, dans ses notes sur in première origine de récriture, réfute le P. Herman Hugue, pour avoir donné Ta, comme une lettre de Tempereur Claude : quoiqu'elle se trouve sur la colonne Duîllienne, sur les tables d^airain de la Loi agraire, et sur plu-

i0i)D€primatrrib.arig.9Ci,

(t; Truiié !Ua. des $9gncs, t. Il, p. 55, 68.

Akticu m. Leurra inventées par le fol Clnlpérie I**. I. Partage des savants sur les tetires de Chilpéric ; les manuscrits et Us imprimés de Grégoire de Tours et d*Aimoin de Fleuri ne paraissent pas conformes : sentiments de Pas^ quier et de Vossius, — On n'est pas moins partagé sur les lettres inventées par Chilpéric I", que certains auteurs ont mal à propos appelé Childéric (383), et même Childebert {3m). Les uns les tirent du grec, les autres du runique, quelques-uns de Théhrcu, d'autres du gothique, du lombard, de Tanglo-saxon ; certains les font venir des écritures barbares en général, sans en spécifier.aucune. SUl est des savants qui croient Tusage de ces lettres borné au seul teutonique, la plupart retendent de plus à la langue latine. La matière intéresse trop nos antiquités "françaises les plus reculées pour qu'il nous soit permis de la traiter superûciellement.

Grégoire de Tours (385) et Aimoin sont les seuls anciens qui nous aient conservé la mémoire d'un fait si singulier. Mais, loin d'être d'accord ensemble sur la forme et le son des lettres inventées par Chilpéric, ils ne le paraissent pas avec eui-mêmes, ou plutôt leurs éditions et leurs manuscrits semblent se contredire à divers égards. D*un autre côté, si l'on cessait de les prendre pour guides , tout deviendrait arbitraire, et l'on retomberait dans de plus grandes incertitudes que celles dont on cherche à se tirer. Au surplus les deux témoignages n*en valent qu'un. Aimoin (386) n'a visiblement puisé dans aucune autre source le fait, qui nous occupe, que dans le seul Grégoire de Tours. Si donc il se trouve entre eux quelque différence réelle, elle existait sans doute entre les manuscrits de Grégoire. Autrement il faudrait convenir qu'elle s'est glissée depuis dans ceux d'Aimoin : ou bien plusieurs de ces causes ont concouru aux variations, qu'on remarque entre ces auteurs et leui^ manuscrits.

sieurs autres monuments «des plus ab tiques. Jnste- Lipse, commentant Tacite, regarde comme insoutenable Topini on de ceux qui font honneur à Claude de rinvention de TX latin. Le P. Hupe (a), après en avoir averti, ne laisse pas de se déclarer encore plus formellement un peu après en faveur de la prétention réprouvée par cet illustre auteur. Mais, comme U ne nomme point ses garants, elle peut d'autant moins être étayée sur sa propre aiitoi*ité, que Tantiquité de TX est démontrée antérieure à Claude de plusieurs siècles. Le P. Costatlau iresl

Sas plus heureux , lorsque par (6) deux fois il nous onne cet empereur pour inventeur de notre X. (36!2) Pag. i45.

(585) Hugo, Déprima scrib. orig.^c. 5; Sleph. MoRiii, Exercit. de ling,^ p. 184.

(584) Nova aeta erudit , ^pnL ii:i^.

(585) Il s'exprime ainsi (c) sur Tinvention des lettres de Chilpéric. Addidit autem et UtUras iitteris noêtriê^ id est, u, licut Grœci kabent^ as, the, nui, quarum ckaraeteres subscripsimus. Bi suut £1TZa et nUsit epistolas in uiiiwnaê dtdlaies regni suit ut sic jmeri docereutur^ ac tibri autiquitus seripti^ plu» natt jpumicé reseriberentur*

(586) AmoiR., lib. m, c. 40.

(e) UiU. frm:.^ Ilb. v, c. 45, col. 258, nôv. edii.

Mi

PALkOGIUPHIE.

Lu mis ptt*tout à la tète des nouv^ux ca- •ractères de Cbi^péric ne devrait être svyel à nulle contestatioa; il n'en est -pourtant pÀs à couvert. Les autres n'excédaient certainenient pas le nombre de trois. Cependant quelques modernes (387) les font monter jusqu à quatre (388), supposant queChiipéric, outre 1 «, avait ajouté à notre alphabet ces quatres lettres doubles des Grecs e^XY.

Vossius (389) estimait grecques toutes les lettres de Chilpéric ; quoiaue quelques*unes soient présentées par Grégoire de Tours et par Aimoîn (390)» sous une figure fort différente des caractères grecs, et quoique plusieurs soient rendues par des sons fort distingués de ceux des lettres grecques, qui devraient leur répondre,

II. Opinion de IVormiui combattue par D. Ruinart;now>elle$ preuves contre lui; son système^ quoique réforméy ne saurait être admis, — Mais Olaus Wormius (391), toujours

(587) Si les autres manuscrits de saint Grégoire de Tours coDieuaient cinq caractères cbiipériciens , comme on pourrait le penser de celui du Bec, quoique d*ailleurs il semble n'en annoncer que quatre; on aurait sujet <fe croire ou'ils auraient fourni quelque prétexte à ces auteurs. Mais ils ne paraissent pas avoir eu connaissancede ce manuscrit n^d'autres qui renfermassent plus de quatre lettres. Pasquier, sans faire mention de lu, Joint le 3 à ces lettres : or, a)mme la première n'est pas douteuse, si on Técoutait, on aurait six éléments chUpériciens, au lieu de quatre. Mais ou ne saurait regarder ces propositions, pour ainsi dire, avancées en Tair, que comme des paroles auxquelles la réflexion et J'examen n'eurent aucune part. Toutefois, puisque tant d'auteurs ont sérieusement insisté sur les lettres ^fX'P* i^ ^^ nécessaire de relever en peu de mots les inconvénienu «le leur système. Sous ce point de vue, il n'était pas naturel d'introduire le cfn des Grecs, absolument semblable, pour la figure, à VX des Latins; à moins que Ton n'eût supprimé celui-ci comme iautile : ce qui n^amva pas ; ou qu'on ne lui eût assigné quelque nouveau signe : cbose, à quoi l'on ne pensa pas. Si l'on ne voulait parler que de notre X, qui avait aussi la valeur d'une lettre double, nul motif n'obligeait de l'inventer :puîsc[u'il était employé eliez les Latins depuis tant de siècles. Une langue, qui pour lors avait dans l'F un caractère, au moins presque correspondant au «, ne pouvait au plus tirer «Inutilité de cet élément, ^ne par rapport à quelques roots grecs. Le f paraissait encore moins nécessaire , puisque le nombre de ceux auxquels il pouvait s'appliquer se réduit presque à rien. Nous con* naissons cependant un psautier latin de Tabbave de SaiiiM)oen, où psalmus, répété en litre à la tête de chaque psaume, est presque constamment écrit par le •d». Les notes de ce manuscrit emploient régulièrement la même leUre au commencement du même mot. Ce Dianuscritencai'actère saxon peut remonter au vu' siècle. Mais les autres expressions, où entre le p<, S3DS en excepter psa/f«rt«ni, pêallere^ etc., ne sont jamais rendues par le ji. Ainsi, Von a tout suiet de croire que ce manuscrit copié en Angleterre n imite aocQne des lettres de Ghilpcric. Au contraire, l'affeciation alors assez commune de mêler quelques lettres crec«|nes parmi les latines, ici se fait sentir.

[3é8)JRecA.dePA8Qi!UR,l.vui, p.745,édit. del66$.

[389) ih arte gram.^ lib. i, c. 9.

(390). Trois éditions d'Aîmoin représentent les lettres de Chilpéric u o, x,^y^ ^^t f V^> d'une om^ nière uniforme. Un manuscritassez récent vient^ l'apptii des imprimés. Si Ton veut admettre quelque cor- I uptiou dans les éditions et les manuscrits d'Aîmoin ;

attentif à saisir ce qui pouvait rehausser la gloire de sa patrie» combat Vossius et revendique aux runes les quatre lettres de 'Chilpéric. A l'entendre, ce prince n'aura fait qu'adopter ces caractères septentrionaux. I>u reste, il avance, tantôt que les copistes onl déû^uréces lettres qu'ils n'entendaient pas; tantôt que les imprimeurs, manquant de caractères pour les rendre, leur ont substitué des éléments de l'alphabet grec, qui avaient avec eux quelque affinité (392).

D. Ruinart, dans son nouvel appendice à la Diplomatique du P. Mabilion (393), s'éleva contre Olaus Wormius (394). Sans avoir vu son livre, il était fort an lait de ses prétentions. Il eût toutefois été à souhaiter qu'il l'eût lu : ses réponses seraient plus précises, et nous n'aurions pas besoin d'y revenir. Malgré Taltération aue les lettres runiques ont éprouvées dans les éditions de Grégoire de Tours, elles ne laissent pas,

elle doit plutôt être imputée au temps, qu^à un dessein prémédité. Du moins ne serait-il pas juste d'en cbargerTauteur lui-même. Un deses manuscrits déplus dn SOC ans se rapproche beaucoup des ligures; et plus encore des valeurs élémentaires exprimées dans les manuscrits de Grégoire de Tours, voici les propres termes d^Aîmoîn zAddidit autem (Chilpericu$)no$tfi$ AUleriêuolhomegamgrmcamj et très (Uias^quarum cA«ractereê ab ipto invenios cum propriit ionis kie sut^" icripsimus Y ae, T the, amti. Au sujet de ce manuscrit d'Aimotn, la noie de Grégoire de Tours de D. Rutnart porte amu, au lieu du dernier caractère amtt, qui se trouve dans son addition à la Diplomatique. Le manuscrit de Saint-Germain des Prés, que nous avons consulté pour savoir quelle était sa véritable leçon, -nous a convaincu quil fallait lire : i** ethomegam en interligne destiné k expliquer ee que c*ea que ru; ^ suburibimus pour suburipsimus ; t^ as eiH core interlinéaire est explicatif du jt^ aussi bien que lA« explicatif dulC .Quant au dernier ^ , il est suivi de mû, qu*on peut aussi lire mti, et ni(eut «ut. On ne pouvait distinguer ces httres, il y a 500 ans, dans la minuscule, que par la force du sens. C'est dans ce manuscrit selon D. Ruinart qu'il faut puiser la vraie leçon d'Aîmoin. Le texte même des éditions le prouve. Car, si toutes les lettres de Cbilpéric convenaient avec les ffrecqucs, et quant à la valeur, et quant à la figure, Aimoin aurait-il réduit à uns letire gncqtte, savoir à Tm, les quatre que Cbilpéric avait inventées, comme si les autres eussent été éU-anffères au grec? Celles-ci étaient par conseil uent bien aiiSerenles de la première. "Voila néanmoins un fait décisif, constaté non-seulement par ce manuscrit, mais encore par tous les imprimés. D'où s'ensuit que ces trois dernières lettres, aux termes d*Aimom, étaient distinguées des grecques*

i591) De luteratura runica^ c* 9* 593 /6î(/.p.6l.

395) Derediplom., p. 658, édit. de 1709. (594) Nulle des lettres runiques, publiées parHickes, dans son Trésor des langueê septentrionale$f n'est conforme à celles de Chilpéric, ni pour le son, uî pour la figure. Ce n'est pas qu'il n'y en ait quelquesunes de part et d'autre, qui se ressemblent. Maïs le son que Grégoire de Tours et Aimoîn leur attribuent n'est pas le même des deux cétés. Quoique Wormius we qu'elles soient grecques, leur forme ne s'aeeorde pas moins avec celles-ci qu'avec les runiques. Cette figure ^,que Grégolrede Tours rendpar oe^ est l'Mruniqiie, etletA<l'autreslaiiguesseptentrioiiales, dont Hickesa publié les alphabetsJl en faut ppurtanl excepter celui des Huns, où elle vaut ex s. Tel est le précis des raisons de D. Ruinart contre la tbèse de Wormiss.

MCTIONNAmE DE PALeûGKAPlllEi ETCi

selon Wormius > d*ètre reconnaissaules.

Remplacez le y par le -£, vous aurez Vae do Chilpéric(395,. Au lieu duZ, mettez le4^ ce sera son ùi : au n substituez leh; vous trouverez le V, ru, et le W runiçiue , dont la valeur répond h celle du dernier caractère du même roi. La diversité des deux premières lettres runiques avec celles de Chilpéric, n'arrête pas notre auleur. Il compte si fort sur leur ressemblance de son, qu'il n'en fera point à deui fois. Tandis qu'il est en train, il va livrer à ses runes r«, qu'il était si naturel d'abandonner au grec. Pour plus grande sAreté^ il le métamorphosera en^ » c'est-à-dire en o runique, sans trop s'inquiéter de la différence de ces deux figures. 11 se confirmera dans son sentiment, parce que les Westgoths (c'est son terme pour exprimer les vvisigolhs) occupaient alors la France et l'Espagne, et qu'ils usaient de lettres runiques. Mais c'est se renfermer dans un poste dont il nous sera facile de le débusquer quand nous traiterons de Tan* cienne écriture gothique d'Espagne.

Wormius aurait pu proposer quelque chose de plus spécieux , s il avait su mettre à Profit tous les avantages que lui fournissait son ruuique. Qu'on jette les yeux sur notre XIV* planche (396) la colonne des runts composées donnera , première ligne, œ t , qui hpprochedu Y, et quatrième ligne ea « ,doût la prononciation dans le Nord revient à celle de Vœ (397). Ce sera donc la deuxième lettre de Chilpéric. Au-dessous, dans la colonne des runes, dont les figures sont semblables et la valeur différente, on voit, ligne troi-' sième, cecaractère \/\ . Sans en réformer les traits, changez-en la position ; vous aurez le Z, La ligne dernière vous offre encore cette figure 7, peu différente duZ. Toutes les deux valent également le t. Ce sera donc la troi-

(39S) De lilteratura run,, c. 9, p. 61, 62.

1596) Tom. I, p. 712. — Gesn;nvois se rapportent à l ouvrage dont nous reproduisons la plus grande partie dans le présent Dictionnaire,

(597) Ces deux caractères runiqves ont un rapport tout autrement marqué avec le ^, que le de Wormius. Il est étonnant qu*il n'y ait point pensé, kion plus qu'aux figures du suivant.

(598) CemmeMarius de rébus Franciee orientaliSy 1. 1, p. 147.

(599) Il n'était pas nécessaire de marquer le son tie la leUre «*, après Tavotr déclaré conforme à celui des Grecs, et pour la valeur et pour la figure. C'est te qu'énoncent clairement ces paroles du père de notre histoire : tù sieui Grœci habent. Cependant pluisieurs de ses manuscrits le rendent expressément par Un û.

{AQ9) Getteprétcndueinterpolationseraitclonc bien ancienne. Elle se trouverait consignée dans deux manuscrits presque contemporains deOrégotre de Tours, H qui n ont point été copiés l'un sur l'autre. Le Z est presque uniforme dans tous ceux dont ses anciens et nouveaux éditeurs ont fait usage. 11 est dans cinq des plus beaux et des plus anciens que nous avons examinés nous-méme, où dont nous avons fait figu- Irer les caractères par des personnes, sur l'exactitude et la capacité desquelles on peut compter. C'est par un retranchement de sa base que le T lui fut snbstîtuédans quelques exemplaires d'Âimoin. Ses éditeurs n'ont changé le T en 6, que pour faire cadrer sa fi • filre avec sa valeur Ihe^ estimée grecque. En dépit de

Hi

sième lettre deCInlpéric L*a:pb«bet runiquo contient ces caractères a Tl A, répondant h rv et à TY. Le premier est tout à fait conforme à la figure du quatrième élément do Chilpéri( dans les imprimés^ et le troisième approche de celle qu'il a dans la plupart des •manuscrits. Telle sera donc sa quatrième lettre. Voilà tout ce que le runique a de plus ressemblant avec les lettres de ce prince. Mais ce dénoûment ne satisfait point « parce que la ressemblance des lettres de part et d'autre n'est pas entière, outre que c*est aller chercher bien loin les caractères de Chilpéric, que de prétendre les trouver dans les runes.

HI. Système de Eekharty défectueux dans vresque toutes ses parties. — Eckhart (398) traite également d'erreurs les sentiments de Gérard Vossius et d'Olaus Wormius. Le premier ne voyait que des lettres grecques et le second que des runiques, dans celles de Chilpéric. Au contraire, selon notre savant Alleman, il faut y voir une lettre lombardi>- *que, une gothique, une anglaise» et même une note de Tyron.

Puisque le texte de saint Grégoire n'eiprime que le son de trois lettres, il est certain, dit-il, que Chilpéric n'en inventa pas davantage (399). Le Z étant un caractère superflu, je le crois ajouté par la faute des co« {>istes, ou bien l'on exprime par ce caractère a particule e^ (hÙO).

La plupart estiment que la première lettre est l'oméga grec ; mais ils se trompent. Car elle a pour son, Yœ ou Va germanique. Chilpéric jugea son addition nécessaire »

Ï>arceque 1 a avait une double valeur chez es Romains et les Français. Aussi pour l'exprimer adopla-t-il l'a Lombardique, assez semblable a l'o» grec. Telle est la figure, que donnent à celui-là divers modèles (^01)

tous les monuments, fandra-t-il donc anéantir celle lettre? Réduire le Z en 7 ne suppose que la supprcs* sion d*une ligne : mais faire Valoir an i» et au lieu de tA, c*est contredire tous les manuscrits de Grégoiie de Tours et d'Almoin. Ëtait-il naturel, pimr signifier Tet, de Tinsérer sous cette 7 flffure au milieu des c aractères de nouvelle invention? N'aurait-on pas coni u risque de le confondre avec les lettres de Cbilpéni ? D'ailleurs le 7 |>our signifier et était bien en usage ftux VI* et vu* siècles, dans les notes de Tyron : mais rétait-il dans Vécriture majuscule? Cependant tous

Suatre éléments deChilpéric appartenaient à ce génie e lettres..

(40!) La conformité de Va des Lombards avec Vùi est incontestable. Cependant nulle apparence que la figure du dernier ait été tirée de leur écriture dans un temps où ils ne faisaientque commencer à s*élablir en Italie. L'origine même de ralombardlque est purement romaine. On le trouvera de plus, s^il le faut, dans des écritures gallicanes antérieures à Chilpéric; mais il est tellement cursif, qu'il ne peut couTenir ni à la majuscule ni à la minuscule. Les autres lettres de Chilpéric sont toutefois des majuscules assorties à Tonciale. Pourquoi donc la première aurailelle été i>rise de la cursive? ÎTaurait-il pas été ridicule d'ajuster ensemble des lettres de différents ordres? Sa ligure, vérifiée sur les manuscrits des cathédrales de Paris, de Cambrai et de Tabbaye du Bec, est réellement majuscule et ne ressemble que peu ou point à Va lombardique. Si Ton se donnait b peine de consulter les autres manuscrits, ou ne

«ts

^ÂUmRAPBIE.

de la Diphmmtiqui de D. Mabillon (402).

Le second caractère de Chilpéric est lef pour le lA, emprunté des Gotfas. C'est ainsi

2a ii est figuré dans les Evangiles d'Ulfila. .e troisième est y le Anglais ou le a renversé, qui répond au W. voilà tout le système aEckhart exposé par lui-même. La manière d'expliquer les aeux dernières lettres de Chilpéric ne lui est ooint particulière*

IV. Sentimenis de Fauchet , Dnclos et SchœpKin sur les lettres de Chilpéric, Furent-elles inventées pour la réfornuUion des écritures et des livres tudesques ? — Duclos dans son Mémoire sur V origine et les révolur iions des langues celtique et française du 19 Février 1740 {403] nous donne pour lettre de Chilpéric, selon Aimoin, e^xaet selon saint Grégoire otzn (404). Quant aux éléments,

r^uenU pas dans la plaparl beaucoup plus de rapport avec œt a, auquel Eikbart semble avoir voulu faire jouer uu certain rôle, en le plaçant à la tête des caractères Chilpérîciens. Sa découverte n'est donc appuyée que sur l'épargne des éditeurs, qui se sont contentés des caractères que leur fournissait Timprimerie. Mais la valeur de Yœ appliquée à Po), con- Cre la foi des manuscrits, suffit pour décrier le système de cet babile homme. S'il avait mieux fait ses recherches dans les notes de Tyron, nrobablement il ne se serait pas borné au Z de Chilpéric : il y aurait encore reconnu son u valant To, et sans doute qu'il lui aurait accordé la préférence sur son a lombarclique* uOi) De re diptom,, lab. xlviu, xlix , p. 458 ,

405) Mém. de CAead. des ïnscript.j t. XY. p. 578, 743.

(404) c Grégoire de Tovrs et Aimoin parlent de ^usieursordonnancesdeChilpérictouchantla langue* Ce prince fit ajoater k Talphabet les quatre lettres

Srecques o, T, z, N. C'est ainsi qu'on les trouve ans Grégoire de Tours. Aimoin dit mie c'étaient 6, ♦, X, a, et Fauchet prétend, sur la loi de Pithou et sur celle d^un manuscrit qui avait alors plus de 509 aos« que les caractères qui furent ajoutés à l'alphabet éuient Ta des Grecs, le n, le d et le 7 des Hébreux; c'est ce gui pourrait faire penser que ces caractères furent introduits dans le franctheuch pour des sons «{ui lui étaient particuliers, et non pas pour le latin à qui ses caractères suOisaient. Il ne serait nas étonnant que Childéric eût emprunté des caractères aux Hébreux; si l'on fait attention qu'il y avait beaucoup de Juifs à sa Cour, et entre autres un nommé Prise, qui était dans la plus grande faveur auprès de ce prince. »

En parlant du n, quatrième caractère de Chilpéric, selon les imprimés de saint Grégoire de Tours , le Président Fauchet ajoute (a) : i que M. Pithou, sieur de Savoie, très-savant avocat en la Cour de parlement dit être le grand a des Grecs ou ov, et les chet^ thel et vau des Hébreux , dont les noms se trouvent

sembhiblement penser que ces lettres furent ajoutées par ce roi, non tant pour la langue latine ( qui toujours s'était contentée des siennes) que pour aider le frandktheusch (c'est-à-dire françoise thioise), laquelle avait besoin de semblables lettres, pour faire sonner plus ouvertement ses W, o Vi, cht^ ht^ u, a» et autres prononciations qui lui sont fréouentes, et

ia) Meeml de torioiue de la langue et poésie Française, p. 16, èdil. de l'arit. i58t.

DiCTiONN. DE Paléographie, elc^

que Chilpéric voulut faire rec^evoir dans sed Etats j il embrasse l'opinion et les raisons conjecturales du président Fauchet, oui pré* tendait, sur la foi de M. Pithou, et d un ancien manuscrit, que les trois dernières lettres de Chilpéric étaient , aux termes du Mémoire, et non pas de Fauchet, 'le he^ le theth et le xain des Hél)reux.

Mais que deviennent le Y et le a de Gré-

goire de Tours 7 Comment les retrouver ans le n et dans le Q T Par quel secret tirera-t-onla valeur du uui de ce dernier élément ? Faudra-t- il la chercher dans TNT Héi quel rapport a-t-elle avec le W?

Du reste, Fauchet ne parait pas avoir été fort prévenu pour ses caractères hébraïques puisqu'il nous figure ces deux lettres 4 ^ , d'après un manuscrit ancien, comme répon* dant à la quatrième de Chiloéric (UKS). Ce

ne peuvent se représenter rat de simples lettres latines. B Le M. Pitbou de Fauchet se prévaut également du ci'édit de Prise, pour faire voir comment Chilpéric avait pu chercher dans Fhébreu les caractères qui manquaient à sa langue materneUe.

Fauchet a de plus recours à Otfrid, moine de lYissembourg, pour montrer la nécessité d'ajouter des caractères nouveaux aux lettres*latioes servant k k écrire Tancieu français. Cependant, si 4'on pressait un peu ces paroles d*Otfrid, rapportées par Fauchet, touchant le non usage où étaient au xi« siècle les Allemands d^écrire en leur langue : Bes miroy tam magnos viros,,, ustim scripturœ in vropria lin^uà non habere : on en conclurait que Chilpéric aurait plutôt travaillé en faveur du latin que de sa propre langue, quand il introduisit ses quatre nouvelles leUres. La version tudesqne (b) interlinéaire de la règle de saint Benoit faite par le moine Kéron, vers 1 an 720, ne suffirait pas pour nous inspirer d'autres pensées, puisqu'on la regarde comme le premier ouvrage écrit en cette langue. Mais du texte d'Otfrid, Fauchet infère seulement, pag. 24, que c Tintention de Chil* péric n'avait été reçue des siens, non plus que ses vers, ses hymnes et ses messes, pour le peu de res- , pect qu'ils portèrent à sa mémoire depuis sa mort, ou par leur propre nonchalance. • Il est certain d'ailleurs que Chilpéric cultivait le latin préféra blcmentà sa langue maternelle. D'où Fortunat prend occasion de cél&rer ce prince. Si ses études s'étaient portées vers le franc4heotisquc, le prélat poète n'aurait pas trouvé grand sujet d'éloges dans son applicnlion à une langue barbare, qu'il nejugeait digne que de mépris.

Au reste, ni Pithou ni Fauchet n'ont jamais donné le n et le T, mais le n et le 1, pour des lettres de Chilpéric. Nul manuscrit de Grégoire de Tours ne range TN parmi celles de ce prince. Comment aura itril ajouté r<) , le Z et l'N à l'alphabet soit latin soit franco-théotisque? Ces lettres n'y étaient-elles pas avant lui? Ce dernier alphabet, supposé qu'il existât, n'était-il pas identique avec le latm, dont il devait être emprunté? Après tout , les méprises qte nous relevons ici ne sont peut*étre que des fautes de co-

fustes ou d'imprimeur, trop multipliées en peu de ignés. Mais les grands noms à l'ombre desquels eues paraissent pourraient en imposer, si Ton négligeait d'en averur. Ou ne saurait être trop attentif pour empêcher que des fautes de quelque conséquence, et qu'on n'aperçoit pas sans travail, ne s'au-, torisenl et ne se peri>étuent.|

(405) Elles ne paraissent pourtant pas dans le ma* nuscrit de Pithou. ensuite de Colbert , maintenant

(6^ Almla illuitrata, p. 81 f.

4Sg

roi aurait-il donc emprunté le ^ » du Saxon P ? 11 vaut précisément l'W ou le uui des manuscrits et -des imprimés de Grégoire de Tours. Il ne diffère presque en rien de la quatrième lettre figurée dans Fauchet. 11 est assez difficile de n*ètre pas frappé de la convenance du ^ ou du ^avec le Saxon ^ . Où trouver des rapports plus marqués ^ et pour la figure et pour la valeur 7

Maigre le parfait accord des manuscrits et des imprimés de saint Grégoire de Tours et d'Aimoin, sur la première lettre chilpéricienne^ que tous disent être Yo ou Voméga^ et qu*Aimoin donne expressément pour grecaue ; Schœpflin , dans son Alsace illusirée(kù6)f y substitue le W. A ce caractère il joint ceux-ci, Yzn, dont le dernier se trouve seulement dans les vieilles éditions de Grégoire de Tours. Et cependant» c'est, dit-il, sur Tautorité des meilleurs manuscrits, qu'il attribue ces quatre lettres à Chilpéric (^07).

V. Opinion de ceux qui trouvent les lettres de Chilpéric dans Vancten gothique ; tous les sentiments proposés jusquici nous laissent éUtns Vincertitude, — Ceux qui prétendent tirer de l^ncien gothique, les mêmes caractères trouvent tant d'amnité entre lourdes vieilles éditions deGrégoire de Tours et V H de Tancien gothique ; au ils se flattent d'avoir découvert, dans le rajpport de cette lettre avec la quatrième de Chilpéric, un signe distinctif de TU voyelle et de TV consonne. C'aurait été un motif assez légitime, pour introduire dans le Latin ce quatrième caractère. Cependant plusieurs excellents manuscrits, et de la première antiquité, le peignent ainsi A. D'autres y font des changements, qui toujours en conservent à peu près le triangle.

Mais, outre ce caractère , Tancien gothique renferme justement trois éléments extraordinaires . dont le latin ne connaît point

5,921 de la Bibliothèque du roi. La figure qu^il représente, et qui n*est que d'une main postérieure, approche plus du A que de TW saxon.

. (40G) Pag. 809.

(407) Les meilleurs manuscrits ne seraient pas sans doute trop bons, pour contredire à ce point, sur la •première lettre , tous ceux qui ont servi aux anciennes et nouvelles éditions de Grésoire de Tours. .£n a-t-on de meilleurs, ou du moins oe plus anciens que ceux de Cambrai et de Joli? Tous deux sont presque contemporains à leur auteur. Des manuscrits plus anciens ou plus excellents méritaient lûen d'être nommés ; mais notre savant académicien n'en spécifie aucun. Ses trois autres lettres ne paraissent pas plus heureusement fixées. Nous les présenter sans autre explication, c'est manifestement les supposer grccaues, au moins le T et le a. Or, si le T n'était pas iout-a-fait inutile au latin, pour lequel notre auteur convient que Chilpéric avait travaillé, le P et le Z, en usage depuis si longtemps, n'étaient pas des éléments dont l'invention fût nécessaire à cette langue. L'ouvrage dont SchœpQin vient d^enrichir la république des lettres, est d'une érudition si vaste, si profonde, ai recherchée, qu'on ne doit pas lui faire de procès :«ur quelques petits écarts, sur quelques légères inattentions. Aussi ne voudrons-nous pas relever celles

'(tf) Xomauti. de reb Frœie Om::t , M)), ix, o. 116.

Tusage. Le O peu différent pour la figure du P" Saxon, convient avec lui pour la valeur. LeC|>, qu*on doit rendre M, ne s^ajuste pas moins bien avec la figure du second caractère de Chilpéric, qu'avec le son de troisième (408). Une ancienne faute du copisto aurait pu occasionner cette transposition. £nfin le troisième caractère particulier à Tancien gothique serait le e, dont il n'est pas possible de bien fixer la prononciation en notre langue. C*est (409) le hw des Anglo-Saxons> Te wh des Anglais, le quh des Ecossais. Le 4 trouvé par Fauchet dans un manuscrit de saint Grégoire n'a pas peu de rapport avec le âr, celle de toutes nos lettres,

2ui approche davantage de la gothique, ont nous parlons. Mais les rapports entre ces caractères et ceux de Chilpéric sont forcés, soit du côté de la figure , soit du côté de la valeur.

Veut-on maintenant se décider par autorité? On est à portée de prendre parti. L'hébreu, le grec, le saxon, le gothique, le runique et le lombardique même, vous invitent à puiser dans leur alphabet les lettres cherchées. Les uns veulent tout donner, sans souffrir de partage. Les autres se contentent de fournir leur contingent. Mais, supposé que les trois dernières lettres eussent été do la pure invention de Chilpéric, on perdrait bien son temps à les chercher dans ces alphabets étrangers. Si tant de discussions et de recherches ne portent pas la conviction dans les esprits, qu'on juge par là quels nuages épais le temps peut répandre sur des événements d'une notoriété publique. Aurait-on u prévoir nos doutes sur un lait dont tout e royaume de Chilpéric retentissait, lorsqu'il publia ses nouvelles lettres, et qu'il les envoya dans toutes les villes, «vec commande^ ment exprès de les enseigner, et d'effacer avec la pierre ponce les livres , pour y substituer ses caractères aux anciens (410)?

Suî seraient tant soit peu étrangères à notre sujet, bus aimerions mieux profiter de ses travaux que de les critiquer. Ici même nous n*aurions aucune répugnance a souscrire à son opinion sur la date 580, qu'il regarde, avec Jean George d*Eckbàrt (a^ comme celle de la loi portée par Chiipéric, pour faire recevoir ses quatre lettres.

(408) De la forme et de la valeur de ce caractère, Tabbé de Godwic prend occasion de conclure que les lettres gothiques, dites d*€lpbila, étaient en usage chez les Franks. Un monument en leur plus ancienne écriture, qu*il promet de publier dans la suite, lui parait Irès-propre à soutenir sa conjecture.

(i09) HiCKES, Tliesaur, veter. Ung., parte i, p. 1.

(410) f C est-a-dire, comme le remarque fort bien (b) Bouteroue, seulement les leUres , qu^il voulaic changer, et qu*en la place des effacées, on écrirait celles qu'il avait inventées, i Les mss. ne bous ont « conservé nul vestige de Texécution de ces ordres. Grégoire de Tours et Âimoin ne nous apprennent pioint quel en fut le succès. Mais, à en juger par le silence des monuments qui nous restent, on croira

3ue leur usage fut au plus renfermé dans les bornes u règne de Chilpéric. Il n^est pourtant pas incroyable an'on n^en puisse découvrir quelques traces dans des monuments, qui ne sont pas connus,

^ <6) Uech^ch. ntr. dit m9re.e$ de F arxe, p. lOt.

PALÉOGiLiPHIB.

Le mal esl-il donc sans remède? Serait-il impossible de montrer précisément quelles furent les quatre lettres de Ghilpéric, et quant h la figure, et* quant à la valeur? Un si çrand partage d'opinions nous avait d'abord faii envisager ces connaissances comme perdues»

IK)ur le république des lettres, ou du moins comme des faits sur lesquels il fallait se contenter de conjectures et de probabilités. VI. Par quels moyens peut- on parvenir à

connaUre au juste les lettres de Chilpérlc ? — Mais ayant fait réflexion quelestexles les plus corrompus se rétablissent, soit par le concert ou la pluralité des manuscrits, soit par Tautorité prépondérante des plus anciens (ill) ou des plus excellenra; nôu« avons eu recours à cette ressource, et sans ▼ouloir prévenir le jugement du public, nous espérons, pour le moins, que nos recherches ne seront pas tout à fait infructueuses.

Après avoir consulté le manuscrit d'Aimoin, de la bibliothèque de Saint-Germain*

ou qu'il n^en existe même dans ceux, qui le sont, muxqu^es oo n*aurait pas fait assez d'attention.

(411) Les prtncipanx et les plus anciens mss. se réunissent à rendre les sons des lettres de Cfailpéric par celles-ci étheuui , rangées de suite , et sans distinction. Oo peut donc demander, si pour appliquer ces sons aux quatre caractères nouveaux, il faut diviser ces 8 lettres explicatives deux à deux : ou si elles ne sont que la valeur des trois derniers : attendu que Gréfloire de Tours, faisant faire d'abord bande à part à roméga, et déterminant son usage par cette observation, tient Grœci habent^ avait suffisamment fixé le son de la première leUre chilpéricienne. çjuivant la première supposition, Vùà vaudrait œ , V ^^» ^ ^*f> ^ ^*' Suivant la seconde, r«» serait rendu par o ; ^ par ce, Z par ike, et A par twt. Lems.de TEglise de Paris, autrefois de Gorbie, transcrit au plus tard sur le dédia du vu* siècle, ne favorise pas plus Tune de ces hypothèses que l'autre, si ce n'est par Tabsurdité, qu il y aurait à donner à Vm le son de Vœ , après avoir repré^senté celui-là comme semblable, à tous égards, à fa dernière lettre des Grecs.

Le ms. de Téglise de Gambrai, du moins copié vers le milieu du même siècle, paraît décidé pour la dis tribu tk>n des lettres explicatives , conformément à la seconde supposition : en quoi il est parfaiteinent d'accord avec presque tous les autres mss. 1i est vrai, qu'après avoir mis le premier caractère avant sa valeur , il fait précéder les suivants des lettres qui rendent leurs sons, et ^ue le dernier

CHirralt paraître une figure ajoutée après coup, aïs il suffit qu'elle soit de la main d'un correcteur très-ancien , et que chaque caractère soit accom pa^né de sa propre valeur. Peu importe, qu'elle le précède ou qu'elle le suive. Donner 0 pour second caractère de Ghilpéric , et par conséquent lui en prêter cinq: ou prétendre que ^ n'est que le Z, ou que ^ doit sonner the^ etZuut, ce serait couper toutes les voies de conciliation entre ce précieux ms. et les autres : ce serait se replonger dans un chaos dont on ne sortirait jamais. Il serait de plus absurde de n'accorder nulle valeur expresse au premier, et surtout a^ second caractère chilpéricien ; tandis que les trois autres seraient escortés de leurs lettres explicatives. On parle ici dans Thypothèse des cinq nouveaux éléments, quoique la nécessité d'éviter cet inconvénient dût suffire oour établir Tiv éenùté de lu et de e.

des-Prés, nous avons cru pouvoir tirer quelque éclaircissement du célèbre manuscrit de Joli (4-12). Nous n'avons pas pour cela négligé les manuscrits 1&.51 et 5921 de la bibliothèque du Roi , dont le premier appartenait autrefois à Tabbaye de Saint-Maur aes Fossés, et le second à Pithou. Quoique celui-ci ne soit que du xr siècle, et celui-là du x', nous les avons examinés avec autant de soin que s'ils devaient seuls décider la question. Le manuscrit de l'ahbaye du Bec, que nous estimons du xir siècle, ne nous a pas paru devoir être mis à Técart (5^13}. Mais celui de Royaumont n'annonçait rien qui prévint assez en sa faveur pour enchérir, par de nouvelles recherches, sur colles du dernier éditeur des Œuvres de saint Grégoire de Tours.

Il ne nous restait donc plus k consulter que le manuscrit de la cathédrale de Cambrai, qui ne le cède à nul autre et pour la beauté et pour Tâge. Nos désirs n'ont pas plus lot été connus a l'abbé Marion, par une

En réduisant à giiatre ces lettres ajoutées à Talphabet, si Ton ait que le B valant l/i joint à Vas. rend Ym ; il s'ensuivra qiic deux de ces caractères' auront valu the. Car il n^y avait point alors de différence sensible entre les sons d> et dV ; comme le prouvent une infinité de mutations réciproques de ces lettres, dans les mss. du temps. Enfin, quoi de plus ridicule, que de rendre un caractère incoimu par une lettre grecque et deux latines? Si Ton a quelque peine à concevoir ce qui vient d*èlre dit, au sujet du ms. de Cambrai, on le comprendra aisément en jetant les yeux sur le morceau que nous en avons fait graver dans nos modèles d écritures onciales.

Le ms. i451 de la bibliothèque du Roi ne confond point les sons des trois derniers caractères de Chilpéric, mais comme celui du Bec, il les distingue ainsi par des points ae, ihae* uuù Quant aux caractères mêmes de nouvelle invention , il commence par 0, sur lequel il pose un « :. <f est mis sur ^ , the sur Z , uui sur a. Par une erreur à peu près semblable, quoiuue également sans conséquence, le ms. du Bec ne plaise pas Yo sur Tm, mais celui-ci sur le $. En récompense, les mêmes caractères que dans le ms. précédent sont surmontés des sons,|a«, {Ae,ottt.

Le ms. du Roi, n"* 5921, du xi* siècle, est conforme aux deux premiers, en ce qu'il présente indistinctement les sons aetehuuû Ensuite il les reprend par deux et par trois : de sorte qu'œ précèile J the Z , uui a. I^our plus grand éclaircissement, une main postérieure , mais pourtantancienne , a mis sur r» un 6 , sur œ T, et sur Ta ^ . Ainsi , pour peu ou'on s'en rapporte aux n)ss ; le son o demeure atlacné au premier caractère, œ au second, (h au troisième, uu au quatrième. Cette flxation de leurs valeurs une fois bien constatée, retranche tout d*un coup une foule de difficultés très-épineuses.

(4ti) Cet illustre chanoine de TEglise de Paris fit

S résent de son ms. à la bibliothèque du chapitre. [. TÂbbé de Fleuri no s*est pas contenté de nous en accorder la communication; il nous a facilité tous les moyens d'en faire tirer des modèles exacts , en nous le confiant avec un zèle pour les lettres relevé par les manières les plus obligeantes. Nous avons entr'autres choisi le passaee même de Grégoire dé Tours sur les lettres de Cnilpéric. On le verra dans nos écritures cursives mérovingiennes.

(4i5) Nous nous sommes adreissés à Dom Trabouillard, bibliothécaire de cette abbaye. Il a bien

lettre de B. Bônqnet, qu'au lieu des caractères chilpëriciensy dont nous avions unique* ment demandé ]a figure» sans différer un instant, il nous a fait tirer quinze lignes de ce manuscrit avec une élégance qu'on pourrait à peine égaler dans la capitale du royaume {kih). VIL Yrates fgurtê et valeurs ae$ lettres de

toqIu nous copier le texte de Grégoire de ïours. figurer les caractères de ChllpHéric, exprimer leur valeur. Son exactitude nous répond de leur parfaite conformité avec Toriginal.

(414) Quand nous nous répandrions en éloges et en témoignages de reconnaissance , les uns et les autres en diraient moins que la simple exposition d'un fait qui montre un homme de lettres à qui rien ne coûte, quand il s'agit d'en bien mériter.

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