‹ Dictionnaire de paléographieChapitre 66 sur 136 · CD 0 MO · texte numérisé non relu

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Ms. 1451 de la biblio- Ms. d'Aimon de 200 ans

thèque du Roi du x* ei les imprimés. sUeU.

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Conformémeni à la distribution des valeurs de chaque caractère des autres mss , nous faisons, dans la quatrième colonne, l'application des lettres aetheuui^ seulement rangées tout de suite, dans le ms. de la Cathédrale de Paris. Dans celui du Roi 1451, les secondes doubles valeurs , placées sur les caractères de Chilpéric, sont d'une main postérieure. Un écrivain plus récent a mis aussi, dans le ms. du Roi 5921, le 3 contourné sur Ft*. le T sur », le i) sur V • C'est visiblement, pour expliquer ou rectifier le. figures, employées par le premier copiste. Ainsi , tant mss. qu'imprimés, tous sont uniformes sur r«É, premier caractère de Chiloéric et sur sa valeur, 0. '

Peul-ètre nous objectera-t-on le e du manuscrit "46 Cambrai, placé à la suite de I'm, comme annonçant quelque son étranger, ou comme re-

Chilpérie. — Munis de ces nouveaux secours, nous entreprenons de fixer les figures, aussi bien que les sons des lettres de Chilpéric; ou plutôt il nous suffira de mettre les imprimés et les manuscrits de Grégoire de Tours et d'Aimoin en parallèle (415), pour bire comprendre aussitôt quels furent ces carac-

{>résentant une figure absolument distinguée de 'w. Mais on a tout lieip de croire qu'elle ne suit l'oméga que pour en rendre la valeur. Serait-il probable que, après avoir manifesté le son des trois dernières lettres en commun par a?i/lunc«t, l'auteur ou l'écrivain fit une application spéciale des éléments correspondants à chacune d'entre elles, sans en user de même à l'ésard de la première, surtout après ravoir répétée a la tète des autres? Ainsi, l'on n'en

saurait disconvenir, ce 6, qui la suit immédiatement, en doit être le son. Les manuscrits du même siècle et des suivants insèrent souvent le point au milieu de l'O. Ils le font particulièrement quand il est exclamatif ou long. Samt Grégoire, Ou du moins son ancien copiste, n'aura donc prétendu marquer qu'un 0 long par ce point dans 1*0. Insistera-t-on sur ce que cet o ponctué sert aux Grecs de 0, et aux Cotbs A'}¥h?4j^ $ du manuscrit du Bec sera-t-il invoqué pour servir d'appui à une prétention aussi ténébreuse qu'incertaine ? Mais si Chilpéric avait voulu introduire le 9, 'û était tout simple qu'il le fit valoir th : d'autant plus qu'il publiai un caractère pour rendre ce son. Lui donner la valeur dV, c'aurait élé choquer le sens commun. Se figurer que ce roi aura voulu, par ses nouveaux caractères, enridiir la langue latine ou tudesque de lettres gothiques, c'est une pure imagination démentie par les fuitk. Sans

Sarler de l'étude particulière qu'avait faite ce prince u latin, les ordres qu'il envoya dans toutes les villes de son royaume pour eflTacer les anciens caractères des livres, et pour y substituer les siens, pouvaientils s'appliquer à d'autres livres qu'à ceux qui étaient écrits en langue latine? Quelle fiffure aurait pu faire Wh dans le latin à côté d'uni 7 Au contraire, on conçoit aisément qu'on aura voulu rendre l'O long des Latins par celui des Grecs.

Le manuscrit du Bec, loin de représenter le • comme une lettre différente d'», met celle-ci dessus pour lui servir d'explication. C'est donc évidemment une même lettre, lin manuscrit tel que celui de Cambrai n'aura point été compris par le copiste du Bec. Il aura ignoré que longtemps avant lui Ton mettait le point dans quelques 0. Prenant cette fi-

Î[ure pour un 0 , il l'aura réduite à une forme <(ul ui était plus connue. U aura même cru que Chilpéric avait donné à son •» la figure d'un 0 : mais II n'en aura pas été moins convaincu que l'un de ces caractères était explicatif de l'autre. Cette objection se tourne donc en preuve. Le Jld*un des manuscrits du roi ne saurait faire de oifficulté raisonnaMe : c'est visiblement un 0 qui n'est pas tout à Caii achevé.

La seconde figure et sa valeur œ sont constantes dans tous les imprimés et les manuscrits de Grégoire de Tours et d'Aimoin. On n'eu peut excepter que le manuscrit de Royaumont, un d'Aimoin, trèsrécent, et les éditions de cet auteur. Encore les uns et les autres ne s'écartent-ils que peu de la même figure. Du reste, le manuscrit de Royaumont n'e&l point ancien, et ne parait pas d'une grande autorité. Le manuscrit moderne d'Aimoin et ses imprimés ne sont fondés .que sur la fausse supposition que les lettres de Cbilpéric étaient grecques, et quant à la figure et quant à la valeur. Du ^ on a fait le x* <iu Z un T, ensuite un 6, afin de le faire mieux cadrer avec la valeur the. Enfin, pour qu'il ne manquât aucune des aspirées grecques aux lettres de Chilpécic,

PÂL£OGRAPhi£.

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tèrës qu'on cherche aux quatre coins de l'Europe, tandis qu'on les a sous les yeux. Les dimcultés occasionnées par le laps du temps, par l'ignorance des anciens usages , par les méprises des copistes, sont résolues dans les notes. Ajoutons néanmoins deux mots pour «\claircir la nature des lettres de Chilpéric.

Son premier caractère est l'n, qu'il voulut introduire chez les latins, à l'exemple des Grecs, pour distinguer Vo long de Vo bref. Le deuxième J£ n est qu'un composé de l'a et de Te, dont en effet il a la valeur (i^l6). Le troisième X^ th n'est non plus qu'une jonction dul^ et de r l9,dont on suppose ici Ja haste répétée {hiTj. Si ces doubles lettres ne sont pas aisées à saisir dans les manuscrits modernes, elles le sont dans les anciens. C'est surtout celui de Cambrai qui nous en a fait naître l'idée. Le goût de ces temps-là, pour les bonjonctions de lettres et la facilité de l'application, montrent la solidité du dénouement. Le Quatrième caractère ^ n'est qu'un V fermé, nn peu penché vers la gauche, pour valoir le W, ou le V consonne devant rO voyelle (418). Beaucoup de noms propres des Français, qu'on avait alors coutume de latiniser, s'écrivaient par uut y comme Widolaicutj WinnocuSj etc. (il 9).

Ainsi, tous ces caractères, avec leurs sons, ne convenaient pas mal à l'état où se trouvait pour lors la langue latine. Les trois derniers réduisaient, sous une seule figure, ce qu*on était obligé d'exprimer par plusieurs. Kien de plus «impie que cette explication : rjen de plus conforme à la pluralité des mar nuscrits , aux plus excellents, aux plus anciens. Aucune de celles que d'autres ont proposées ou que nous avions imaginées nousmêmes ne nous contentait. Celle-ci, qui de toutes est la moins recherchée, et la mieux

Ips éditeurs d^Aimoîn ont mis le ♦ valant pA, au lieu de la dernière lettre du même prince. Mais ces trois caractères ne s' accordent ni avec les imprimés, ni avec les mannscrits de Grégoire de Tours.

La figure de la troisième lettre est invariable dans tous les manuscrits et dans toutes les éditions du même historien. Il n*y manque qu'une base dans te manuscrit d^Aimoin de Saint-Gcrmain-des Prés. A regard de la valeur, tout est d'accord, si Ton en ex- «^epie un manuscrit qui ne mérite pas beaucoup d'attention.

Enfin tons les manuscrits de Grégoire et celui d^Aînioin, de 500 ans, réduisent la quatrième lettre de Chilpéric à une figure triangulaire ou fort approchante du triangle. Les ouvertures de quelques-unes et les arrondissements de quelques autres ne sont que des variantes de copistes. Sa valeur est encore moins sujette aux changements et aux dissemhlances. Car, que les uns ajoutent un u, les autres «n t de ^vs; ou qu'an lieu de uni on lise otit, titui, cela n'ajfecte en nen le son, ou du moins n'y cause aucune diflérence notable.

Le maauserit du Bec donne pour quatrième oavaetére une figure approchante de l'a, à laquelle il en ajoute une autre monstrueuse, s'il n'a pas prétendu Tcxpliquer par son moyen, auquel cas ce ne serait ^ue le W mal fait et tirant sur le gothique modenie.

<416) Souvent les A n'avaient point alors de traverse. Sî l'on lime mieux îociÎAer ce caractère d'un auins sens, on y retrouvera l'a et Ve, Mais il faut se 5^<»avenir qu'au ^* siècle les lettres contournées ei mverseet étaient fort à la mode. En uq n>ol^

assortie à la nature des caractères, emporta sans peine notre acquiescement. Oserions* nous aussi nous flatter qu'il en sera de mémo de celui du public?

Chapitre 2. — Différentes variétés de letire$ auant à leurs formes^ à leurs ornements^ 4 leurs dates chronologiques^ et à la matière sur laquelle elles sont tracées (^20j.

11 ne suffit pas d'avoir examiné l'origine, de nos lettres et d'avoir exposé les augmentations réelles ou prétendues, qu'a éprouvées l'alphabet latin depuis deux mille ans; il faut encore faire connaître ses éléments par leur nomenclature générale et particulière, représenter leurs différences spécifiques, rajipeler toutes les notions qu'elles empor«tent avec elles.

Les unes tirent leurs dénominations des peuples ou des personnes qui passent pour en avoir fait usage, ou même pour les avoir inventées ; les autres des matières dont elles ont été formées, plusieurs des figures qu'elles ont prises, quelques-unes des accidents qu'elles ont essuyés. Il est bon nombre de ces lettres sur lesquelles on coulera légèrerement, parce qu'elles rentrent dans le chapitre des écritures qui exigent de nous des discussions plus profondes.

]. Lettres grecques j relativement à la Diplo' matique; lettres éphésienneSy thraciennesy solutoiresy magiques^ ecclésiastiques: caractères grecs sur les monuments et dans les actes publics des Latins : lettres grecques attribuées aux Gaulois. — On a longtemps retenu quelque usage des lettres grecques chez les Latins, corn modes lettres latines chez les Grecs (tâjl). Les inscriptions lapidaires, bronzes, monnaies, manuscrits (&z2), actes publics, lettres formées, bulles, diplômes (^23], et autres pièces juridiques des uns et des autres, et plus

c'est ici l'ancien e à cédille que Chilpéric adopta, s'il n'en fut pas Tinventeur. Telle était alors la figure 9-

(417) La ressemblance du Z avec ce caractère aura été cause que les copistes de Grégoire de Tours, accoutumés à peindre la dernière de l'alphabet, en auront tellement rapproché le troisième élément de Chilpéric, qu'ils ne tardèrent pas à confondre leurs figures. L'abbé Lebeuf a découvert, dans un manuscrit ecclésiastique d'Autun, une écriture incoonue où ce caractère ) revient souvent. S'il a du rapport avec ïœ du second manuscrit du roi, il en a aussi avec le Z. On retrouverait encore plus aisément, dans celui d'Âutun, les autres lettres chilpériciennes, du moins quant à la figure.

(418) Le A grec n'a certainement nulle analogie avec la valeur «ut, que les anciens manuscrits don** nent à cette dernière lettre de Chilpéric. Mais en supposant un V fermé par une lijnie, on aperçoil aisément un grand rapport entre la Itgiireet le son iiii.

(419) V. la table onomast. du t. If de D. Bouquet. 420) DiplomalUlue 4es Bénàl., t. il, p. 65.

[421) Outre les lettres latines, les €recs ont aussi quelquefois employé la langue romaine sur des oonumetts publia, où ils ne faisaient entrer que h*s caractères grecs. C'est ainsi qu'une médaille de Macrin^ fabriquée à E^faèse« vorte: «OTA EtECI pour : voTà Epheskmrpm.

(422) Bibliotb, (orraiii6,|»arD.CAijiET,'préf.^)«ix.

(425) Par exemple, dans deux diplômes de Charles le Chauve, de la quatrième et de la tropte^ UDième aiïuée de sou rèpe^on écrit i'c d'amra Çîv

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DICTIONNAIRE DE PALEOGriAPRIE, ETC.

encore des Latins que des Grecs, en sont témoins. Ces monuments fournissent quelquefois des lettrss grecques extraordinaires, qu'on ne prétend pas rassembler ici.On se contentera d'en avoirmis en notes quelques-unes, qui ne se trouvent pas assez précisément figurées, dans les alpnabets de notre premier volume. Parmi les lettres grecques dontles noms sont empruntés des nations ou des villes chez lesquelles elles ont eu cours^ nous avons quelque peine à ranger les éphésicnnes et uiraciennes (424). L'usage en fut borné à la superstition, qui leur avait donné l'être. Les magiciens, au rapport de Plutarque (^25), faisaient réciter les premières aux démoniaques, sous prétexte des prétendus soulagements merveilleux qu'elles pouvaient leur procurer. Les Grecs s'en servaient aussi en guise de phylactères et d'amulettes. On croit

que les livres brûlés parles Ephésiens (4.26), après leur conversion, avaient rapport à ces caractères (^27). Les lettres thracicnnes, plus communément appelées, tables thracicnnes, passaient pourèrte de l'invention d'Orphée. Cependant Pline avance (4-28) que toute h Thrace était exempte de magie. Les lettres solutoires ou relaxât oir es ^ lillerœ solutoriœy désignent une autre espèce de caractères magiques (^^29) dont la vertu consistait à mettre à couvert, disait-on, des liens et de la captivité, ceux qui les {)ortaient. H est parlé de ces lettres, dans l'histoire du Vénérable Bède (430>. CellesdesanciensEgyptiens, et surtout leurs lettres sacerdotales y n'étaient non plus, au jugement do Rufin (431), qui avait voyagé en Egypte, qu'Une sorte do caractères magiques (*32). Mais c'est peutêtre trop s'arrêter sur des lettres qui ne mé-

un H. La même chose se remarque dans un dipléme de Charles le Simple, de la seizième année de son règne. Les originaux des trois diplômes qui donnent lieu à cette note sont gardés à la Bibliothèque du roi. On trouve [dusieurs signatures grecques dans les actes publics d'Italie. Des ecclcsi astiques de divers autres pays, soit par vanité, soit par quelqve autre motif, souscrivent quelquefois en ^ec , mais, le plus souvent, ces signatures sont mêlées de lettres grecques et btines. On n*en dira pas davantage , étaient communs aux. Gaulois et aux Germains, il sur les souscriptions en lettres grecques, parcequ'on ' contredit ouvertement César , dont voici les propres se verra, dans la suite, obligé d*)' revenir. On ne s'ar- termes : Germant, . neqtie Druides habeni , qui rébus rétera pas non plus aux mots grecs qui se rencontrent ^ît^ints prœsint. (De belle çallicoj l. vi).

de Tancien caractère gaulois , mêlé de runîque , que parce qu'elle renferme quelques lettres minuscules ,

5ui ne sont pas ordinaires aux marbres. Cependant ean -Christophe Harenberg (c) regarde Tepitaphe de Gordien comme assez conforme à l'écriture des Germains, h cite même un ancien interprète de César, pour prouver Tusage des lettres grecques chez les Gaulois et les Germains. Mais , comme il semble fonder son raisonnement, sur ce que les Druides

dans les. manuscrits; il est ordinaire de les rendre en caractères ffrec$, bien ou mal figurés ; ils le furent communément assez mal depuis le vi* siècle : cela va jusqu'à mettre des M pour des Jff, comme dans le mfinuscrit du roi IS'^O. Peut-être était-ce parce qn'alpra VM latin empruntait dq temps en tenips la forme de TH..

Tandis que nous eu sommes sur les lettres grecques , il ne sera pas inutil e d'obscrvier r Ç^ parfaitement rond, et VS' carré c , dans des monuments de plus de 800 ans avant .Jésus- Christ , publiés au WV volume des Mémoires de t Académie des Belles-Lettres. Ce fait est bien opposé aux. idées de quelquessavants auteurs. On peut rcinar({uer aussi, sur les mômes monuments, les trois conjoncUons suivantes de lettres : > la, iV ra, p tr. Nous ajouterons encore ici quelques Lettres grecques plus récentes |Our compléter

nos alphabets: aA.t-^^^i^B jd A J^ "b A,.cC E T .<S^

En rapportant (a) Tépitaphe de Gordien martyr, la seule de toutes les inscriptions en lettres gauloises sur laquelle D.Mabîllon croyait qu^on pouvait compter, nous nous, sommes contentés d'insinuer nos doul^s.llaisnous connaissons maintenant tant dlnscriplions grecques ou partie grecques et latines, quoioue en langue romaine, qu"*!! ne nous est guère possible de nous raidir contre le sentiment de ceux qui ne veulent pas attribuer aux Gaulois cette écriture, à Texclusion des autres peuples. L'inscription dont il s'agît n*a été. selon Mafféi (6), jugée barbare, et

(0) Tom. î, p. 701, 708.

</^) nw/ /si/ r'm d\ Ve ona, p. .'Çî^.

[e] Historiu Bcclesiœ Gandershemer^Mcath.elto'legialœ

(424) Déprima bct. ong.^ cui notas adjecit C.-H^ TnoTz, p. 314 et seqq.

'425) Symposiac, Hb. vi», quest. 5.

426) Act, XIX, 19.

i27) Du moins , aux termes de Técrivain sacré » ne s*agissait-il que de livres qui traitaient de choses curieuses , mais de nulle utilité. Ainsi Ton ne devait pas avanier, dans le Dictionaire Encychpé dique, t. Il, p. 231, que les premiers Chrétiens , occupés d'abord uniquement de leur salut, brûlèrent tous les livres qui n'avaient point de rapport à la religion. Jamais lesChréliens n'onlfait la guerre» par principes» ni aux sciences, ni aux beaux arts. S'ils ont détruit quelques chefs-d'œuvre des plus fameux artistes, c'est à la vertu, c'est aux bonnes mœnrs qu'ils en ont fait le sacrifice.

(428) Lib. XXX, c. 1.

429) Un ms. de 300 ans (d) de la bibliothèque impériale, en langue allemande, contient le détail des folles cérémonies, de la composition de Tencre et du roseau , avec lequel doivent être écrites les lettres qu'on faisait servira de semblables opérations. Les caractères magiques de toutes les façons , plus extravagantes les unes que les autres» se trouvent dans divers mss. des grandes bibliothèques et des cabinets de curieux ; mais nous n'avons garde de nous enfoncer dans des recherches aussi vaines , dont on ne pourrait tirer d'autres fruits , que ds prouver, jusqu'à quels excès d'égarement peut se perler l'esprit humain , abandonné à sa propre corrupCian.

(430) Hisi. Angl. \. Vf , c. "Èi.

(431 ) Hist, eccles. , lib. xi , c. 26.

(432) On n'a pas coutume de traiter de magiques les lettres sacerdotales des Egyptiens, quelque supertitieux que fût souvent rusage qu'en faisaient leurs prêtres. Jusqu'à présent les savants n^ont pas réussi à les déchiffrer. Sans savoir que Wabarton eût urétendu que les lettres sacrées et communes , s'il faut les distinguer > fur>int formées sur le modèlÂ

diptomaticâ; Hanoverae, 1731, io-fol.

{d) Trou, ?6/rf,p5!b', 316.

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PALEOGRAPHIE.

ritent que d*ètre ensevelies dans Toubli. Nous avons même hésité si nous devions

Ïarlerdes lettres éphésiennes et thracienne.s. [ais quelqu'un aurait pu s'imaginer qu'il faut juçer de ces caractères grecs comme des lettres ioniques et attiques; ce qui serait une grande erreur, en fait de littérature (4^33).

Nous nous porterons plus volontiers, s'il est possiLle, à contenter la louable curiosité de ceux qui voudraient savoir ce qu'on doit entendre par écrire en lettres ecclésiastiques (i34).

Les expéditions des actes dressés par les tribunaux séculiers étaient rédigées sur des rouleaux de papier d'Egypte, appelés volumes. Us étaient écrits en lettres cursives^ assez compliquées, mais fort lisibles pour ces temps-là. Les ecclésiastiques , au contraire, portaient les copies des actes , qu'on nommerait aujourd'hui grosses, sur des livres coupés par les bouts, à peu près comme les nôtres, de là le nom de tome, qui signifle iranchéj coupé {kSb). L'écriture dont ils usaient alors n'était pas la cursive, mais Ponciale ou la minuscule. C'est là, selon toutes les apparences, ce qu'il faut entendre par lettres ecclésiastiques,

des figures hiéroglyphiques ; nous avons reconnu celle descaidance dans notre premier volume (a), aiu oiMDs à regard de quelques-unes : et pour en donner un exemple , nous avons fait voir , que la leltre 0, commune aux alphabels des Orientaux et et des Occidentaux, signiQant Toeil en hébreu, était représentée sous celte forme parmi les hiéroglyphes, et sur les toiles écrites des momies. Le comte de Caylus, dans son excellent Recueil (b) <r antiquités égyptiennes jtL&e beaucoupenchérisurlesvuesdenariHirton , en faisant un parallèle de ^ hiéroglyphes avec un i.#mbre égal de lettres cursives des Egyptiens. Il faut y joindre un second parallèle de sept autres hiéroglyphes , avec autant de caractères d*une Inscription , mais dont quelques-uns reviennent aux premiers. Quoique cet illustre savant n*ait point tenté de donner au public un alphabet égyptien ; il ^t pu sans doute , s*il Teût voulu , établir une sorte d^analogie, au moins conjecturale, entre plusieurs des caractères comparés, et ceux des Hébreux, des Samaritains et des Grecs. Ç*aurait peut-être été quelques pas.de plus vers la connaissance de Técri- * tore égyptienne , qui manque à la république des lettres. Malgré les avances nue nous tirerions de ses travaux , nous n*osons pas hasarder ce qu'il n'a pas jugé à propos d'entreprendre.

Quelques-uns pourraient néanmoins reffarder ces écriunes , plulét comme des caractères des Basilidîens, que comme des monuments de la haute anttquilë égyptienne. Sans parler de plusieurs figures, amant idu coût de ces fameux hérétiques que des Egyptiens , Te nom de JESU qu'on lit à la planche XXI , eoL 5 , liir. 5 , pourrait faire attribuer ces pièces ài de faux Chrétiens, anciens ou modernes, qui cependant auraient copié des caractères antiques propces aiu Egyptiens.

(435) On pealivoirceque nous avons dit au sujet de ces leUres,l.I, p. 654,635,681,1. Il, ci, art. I.

(454) On a parié de lettres ecclésiastiques, prises dans oo autre sens, 1. 1, p. 259. 11 est ici question de lettres grecques. M Fleury (c) rapporte, d'après répîlqgue d Agathon, inséré au YI* tome des Conct- ^ (^)» que ce diacre de C 1? mit au net, en lettre* ecclésiastiques^ tous les tomes des actes du sixième

(a) Htg. 577, 578. .

{9} VI XXXVI, pag. 74 et suiT.

On ne fera mention des lettres dominicales du calendrier, si connues de tout le monde, que pour observer qu'elles n'ont nul rapport à la matière que nous traitons.

II . Prétendues lettres gauloises ; lettres scripturales et rabbiniques; noms des lettres hé^ hraiques en France^ auyv siichy dans les manuscrits latins; additioné aux lettres étrus" auesy abolition des lettres runiques dans /< Nord; lettres des Francs et des Bretons. — Tory (436) s'était persuadé qu'avant les Romains, non-seulement les lettres grecques , mais encore les hébraïques, avaient eu cours dans les Gaules (436*). Quoiqu'il procède en preuves par monuments, sur la vérité desquels on n'a pas sujet de contester, nous n'en jugerons pas plus favorablement de ses prétentions.

Mafféi s'étant proposé de faire remonter fort haut l'âge de l'écriture courante , et voulant tirer une induction en sa faveur de celle des Juifs : de quelle antiquité, s'écriet-il, n'est pas chez les Hébreux l'écriture rabbinique, qui n'est autre que la cursive , distinguée de cette manière d'écrire majestueuse appelée scripturale (437) 1 II pourrait se faire que les rabbins auraient eu de trèsconcile général, qui furent aussitôt scellés et déposés dans le palais de Tempereur. Ce même Agathon, en qualité de notaire, avait écrit en minute ou en notes, avec plusieurs autres adjoints, les Actes du même concile, qu'il rédigea depuis 4 loisir en lettres ecclésiastiques^ appelées ainsi par opositi )n aux lettres laïques. Suivant l'ancien usage des tribunaux romains, même depuis qu^ les magistrats eurent embrassé le christianisme, tout ce qui s'v disait sur une affaire, tant de la part des gens de justice, que des pcrsones intéressées, s'écrivait en même temps qu'il était prononcé. 11 fallait pour cela que les notaires employassent les notes de Tyron, ou une écriture coulée, pleine d'abréviations, eu attendant qu'ils les missent au net.

(455) M. Fleury aurait pu, dans Toccasion présente, éviter de mettre le mot volume pour celui de tome. Le premier, comme on sait, tire son oriffine de volvere rouler, volumen rouleau ; et le second de To/Aoc tomus coupé.

(450) L'art de la science de la vraie proportion des lettres, fol. 12.

(456*) Il en alléguait pour preuve une jjrraniepttfrvv, qii il avait vue i en l'hostci de Fescamp, situé en l'Université de Paris, où sont, dit-i(, gravées maintes bonnes lettres hétH'aiques : pareillement, continuent H, j'en ai vu deux àutpes pierres aussi gravée en hébreu, qui sont en la muraille de la court de la maison, où pend pour l'enseigne de trois boittes, assise en la rue de la Harpe, droi| devant le bout de la rue du Foio^ J^en ai vu. aussi une autre près les Cordeliers, qui Ait trouvée en la place, où est de présent édifiée une maison neuve, qui esi* entre la porte de l'Université pour sortir à & Germain des Prés et lesdictz Cordeliers, et de présent y est encores à demy escripte, pour autant qu'on Ta retaillée. Et 1» fait-on servir soubs on esgout.o On a sujet de croire, i^ue . ces inscriptions nébraiques ne sont q^e des.epitapbes de Juifs déplacées. On eu trouve de semblables en bien d'autres villes de France, et des royaumes voisins : et d'ailleurs Tancien cimetière des Juifs n*était pas éloigné.

(457) Dell: istorUdi Verona. iib. xi, col. 3i9.

{e) Bkl. eceles-t t. IX, liv. xli, d U. [d] Labbe, loo. VI, col. 1(05, 1(0'

DICTIONMiURE DE PALEOGfUPEIlE, ETC.

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bonne heure une écriture cuFSire ; mais le savant marqui» aurait vraisemblablement bien de la pein^ à en feire la preure. Loi» de poavoir produire de l'écriture rabbinique d'une antiquité fort reculée, on n'a pas môme eneôre montré de manuscrits hébreux en scripturale cerlaiiiement plus anciens que lex* siècle. D'ailleurs, si la cursive rabbinique est si ancienne , pourquoi la germanique est -elle encore si peu liée? Les lettres scripturales ont pris ce nom des saintes Ecritures, parce qu'elles servent à les transcrire, et que les Juifs ne croient pas permis

(458) Dans le psaume Beati immaeuhli du Psautier, en lettres d*or et d*argenl, de S. Gerniuin ëvèque de Paris; Hod est appelé to</i, le lamed labd^ le nun ntmif fie samech sanch. Quelques-uns de ces caractères cousewent les mêmes dénominalfons qu*îls ont aujourd'hui. Les autres n*en ont aucune. iJn ms. en notes de Tyron du vu* ou viir siècle met pour zain xai, pour iod iot^ pour bmed iamech^ pour sarmec êameth, jK>ur pe /e,pour scbin se». Un autre ms. du vni* siècle, i*6unissant trois versions des^ psaumes, répète autant de fois les lettres hébraïques, dans le psaume cxviii, mais ne diffère de<^ nôtres que dans le deieth, pour daleth, le xai, Vioth, le /e, le $en. La même nomenclature a lieu dansTalphabet de Raban, à Texception du fe; mais on y voit de plus kimecb^ Tous les alphabets des Lamentations de Jérémie du ms. 15 de S. Germain, écrit en 809, sont conformes à Thébreu d'à présent; si ce n*est à regard du deteth et du ioth. Le mêmes dénominations, savoir le «ai, le latnech et le sain pour le scbin reparaissent dans un autre ms. postérieur de douze aiuiées. Da reste ^a^)habet hébraïque de Uaban est conforme, quant aux figures, k la plupart de celles, qn*Oft a représentées dans notre premier tome, planche \iiid'àjNrès le ms. royal !2340. Quelotues-unes ont plus ou moius d'affinité avec les caractères des deux alphabets dams. 17, de Tabbayede Saint-Germaindes-Prés. Nous n*en relèverons pas les di£Eerences. Tout autre peut les remarquer. Raban est trop commun, pour que la comparaison soit fort difficile. D. C;iknet, dans sa Bibliothèque lorraine^ dit avoir remarqué des caractères hébreux fort différents des nôtres dans plusieurs anciens mss. et surtout dans ceux des abbayes de Tholey, de Murbach et de Sain^Gal. Us reviennent, selon lui, aux caractères samaritains ou anciens hébreux. Qu*il nous soit permis de douter decette ressemblance. Peutêtre est -elle plus réelle avec les nrélendus alphabets hébreux des mss. latiHS,publiés uans ntiti-e premier tome. Il en est à peu près de même de Talphabei hébreu du ms. 152 du rou Les formes de ses lettres se rapportept à celles des deux manuscrits cités. La ligure /jj du samech est celle de toutes qui s'en écarte le plus.

De ce nmnbre néanmoins, quelques lettres nous paraissent douteuses quant à l'appropriation à tel ou tel élément. If n'en est toutefois aucune en faveur desquelles un ou plusieurs de nos restaurateurs modernes de l'étrusque ne se soient déclarés. Si l'on s'en rapporte à l'un des plus célèbres'ffl) , il faudrait encore joindre ^ notre C le ;3 et le 3 . Quoique la figure J , pour désigner le b, ne soit pas incertaine, etquele même auteur lise raA. pour aw, en prenant VV pour le B : il est si décidé (b) pmr le

(a) Jo. Btpi. Passai Pis. JtamaiU sera m ma HertuitmefmwHUUtMirala, p. 812. SsniMœliiterariœ, >ol. /, Florent n. I7i8. '

!►) DiuerL de HeUenismo etriu , p»g^. 50,

de les copier en d'autres caractères.

Au V* oi> VI* siècle,^ chez le% Latins^ plusieurs lettres hébraïques portent des noms un peu différents de ceux qu*on a coutume de leur donner (4^).

Noua ne rappellerons ici les lettres étrusques que pour enrichir Talphabet général de notre premier tome de quelques caractères que des monuments nouvellement décourverts nous ont fait connaître {k39}.

Nous croyons avoir donné une idée suffisante des lettres runiques dans le même volume {kkO). Il ne nous reste qu'à faire quel-

B étrusque, qu^il ne balance point à lireEBIS peur désigner Hébé, épouse d'Hercule , mot qu*on avait toujours lu ETHiS auparavant. Mais si Passeri revendique aux Etrusques le B coutre Gori;*!! agit avec lui de concert pour leur enlever TO.Une des plus fortes preuves qu*on ait apportées pour leur conserver cette lettre, c'est qu'elle se trouve dariis PHERKOLë d'une patèrede la table vi de Dempsier. Mais, dit-il, si elle tenait (c) lieu, d'une vraie leUre»

coup» S'il eût été si scrupuleux, il aurait ajouté une F, qui manque, selon lui, dans le nom Toisiu MENREÀ, au keu de MENËRFÀ^ : lat nécessité de cet F étant prouvée {)ar les patères v et vi* ds même ouvrage. Qu'il soit permis de répliquer i*qu*on rencontre sur divers monuments bien des exemples de lettres plus petites ou déplacées, sans qu'ou^en^ puisse conclure que ce ne sont pas de véritableslettres, i** Nous avons sous les yeux la sixième planche de Dempster. L*o, quoique plus petit, n'y est point hors de sa phice, et MENERFA s'y trouve écrit à'cdté. 5" Passeri lui-même convient que celte lettre ne manque pas à la sixième patère qu*«m ne saurait distinguer de la sixième planche. 4"* Qttaiid la faute serait réelle; suhrant Gori et Passeri, chez les Etrusques, il y avait plus d'une manière de prononcer MENER VA. S"* La diminution de l'o n>sl pas rare sur les monuments antiques, particulièrement lorsqu'il est bref. Quant au «t^ de Gori, qu'il rend par le K, nous ne lui envions point Phoaneur de cette découverte. Mais pourquoi ne pourrait-on pas lire HERTVL? Qui ne connaît la trinsmutatioa du T en K chez des peuples assex vmsios de ceux d'Herculanum ? Ces deux lettres devaient done être pour eux d'une prononciation peu différente. Par cette solution, l'on évite d'aUribuer au K une figure qui ne semble pas trop naturelle ni assez analoguts avec celle du K Etrusque. Au contraire, elle est parfaitement assortie au T.

(440) Quelques auteurs (d) en distinnent de deux sortes : les runes ordinaires et celles de la provinre de Uelsingue en Suède. Les premières n*exigent pas de nouveaux éclaircissements : les secondes n^oni besoin que de l'addition des perpendiculahres communes aux autres pour kvr ressembler avec la plus grande exactitude. Ainsi par l'addition d'un irait aux unes,, ou par la soustraction du méaae trait aux autres, toute différence cesse. Edthart (e) distiofrue aussi deux sortes de runes, les communes et les magiques, distinction qui n'emporte pas diversité de caractères. Notre auteur fait les plus graiit!s eiforts pour enlever aux peuples du Nord rinvencion des runes et pour la revendiquer à sa nation. Qu'ils ne se glorifient pas, dit-il, de l'antiquité de leurs

(e) IMd,, p. 40.

(</) jfaijm Cd i P.P. de runîs Behmqii^i v. pi. 1707.

(f » Comment de rein» Franc. O.imit,, •. I, llh xam. p. lis.

ques observalions sur leur durée el leur abolition. Avant l'introduction des lettres latines dans le Nord, les runes étaient également en usage chez les Suédois, les Norvégiens, les Danois et les Islandais (Ul). Sperling, comme on Ta remarqué {^h2,)j les fiait cesser totalement au xV siècle. L'auteur des Chroniques suédoises^ livre r% raconte, au rapportdo Wormius (U3), qu'Olaus Scotloning, roi de Suède, abolit les lettres runiques par une loi : or ce prince mourut en 1018. Notre auteur ne laisse pas de supposer que les runes se seront encore maintenues quelque temps chez les particuliers depuis cette ordonnance. Les runes avaient déjà commencé à tomber dans un grand discrédit sous Eric le Victorieux, père d*01aûs Scotkoning. En Danemark elles ont duré bien davantage. Wormius cite en preuve

mues. Nous en avons fait usage longtemps avant eux. Il cite en preuve ces vers de \cuance Forttinat :

Barbara (a) fraxineis pingatur runa tabeUiê, Quodque papyrus agit^ virgula plana valet.

Or, par barbara runa^ Forluoat désigne Fécrilure ^s Germains, puisqu'il entend ailleurs par Barbarie la Germanie et la France. Mais on regardait alors comme barbare quiconque n'était ni Grec ni Romain. Forlunat connaissait les Goths dltalie et d'Espagne. Ces peuples avaient apporté avec eux quelques monoments de leurs runes : c'est à quoi le poète fait allusion.

Eckbari (b) n'est pas plus heureux quand il fait abolir les runes germaniques par saint Boniface, sous prétexte qu'il interdisait partoutles phylactères, amulettes et ligatures superstitieuses. Mais les runes eo étaient-elles inséparables? A ce compte, leur . usage aurait été commun en France, en Italie, en Grèce. Nous y vovons la superstition des phylactères très-accréditee au huitième siècle. Les saints, 3ui s*élevèrent à Constantinople contre ce reste 'idolâtrie, s'opposèrent -ils donc à l'usage des runes en Orient? Les runes viennent de trouver un nouveau défenseur en Italie, sous le titre de JSuova Trasfiquratione detle lettere Elrusche. Toutes les écritures prises jusqu'à présent pour étrusques sont ruDJques, selon lui. Les Goths répandus en Italie les écrivirent ou les firent graver. L'idée parait originale, mais elle n'est pas neuve. Plusieurs savants du Nord, zélés pour leurs runes, ont soutenu la même thèse. Ils l'ont étendue aux médailles espagnoles et puniques. Us n'en sont pas encore demeurés là : les runes, à les entendre, sont la source de toutes les écritures. Nous ne croyons pas devoir réfuter sérieusement des imaginations si singulières.

(441) De Danicœ lin^uœ et nonunts antiqua gloria commenlariolut Othoms Sperlikgu; Hafniœ^ 1694, p. 80.

(i42) Tom. I,p. 711.

(445) lilUraiura Runica, p. 154.

)444) Spefling, p 87.

445) Cependant (c) fllckes , oont la critique est scHivent sévère à l'excès, combat Vossius et les autres auteurs qui ont jugé peu favorablement de l'alphabetdes Franks. Il résout parfaitement bien l'objection, tirée de Tacite, De moribus Carmanorum, par laquelle on prétendait prouverquc les Germains n'avaient nulle connaissance des lettres. Il appuie sur le témoignage

(a) Lib. vn, carm. 18.

(^) làd , p. 4hl

{Ci (aaimnaiica {raKeO'Uîeoi.^ p. 3» 5^ 4.

les Fastes danoises, portant pour date 1328 Mais déjà les runes n*étaient plus d*ttn usage aussi commun que les caracières latins. Les premières ne furent proscrites Ear aucun décret chez les Danois. Insensi« leraent ils s'accoutumèrent aux lettres latines , introduites avec la religion dans le Nord. Elles ne furent portées en Islande par les Danois qu'au xiv' siècle . sous Valdemar IV (U4).

Les lettres et les prétendus alphabets des Francs, sous les noms tie Wastbalde, de Doracus et d'Hichus, nous paraissent trop suspects, pour nous en occuper sérieusement ; d'autant plus qu'on ne reconnaît ces caractères dans aucun monument de la langue de nos ancêtres (H5'). Nous ne jugeons pas

S lus avantageusement de ceux des anciens retons (U6).

de Tabbé Trithcme, qui avait tiré Falphabet de Wastbalde d'un manuscrit si vieux, <}u'à peine en pouvaitron distinguer les caractères. Il ajoute que l'alphabet de Doracus se trouve dans le manuscrit de Hunibald, et qu'outre les ffrands rapports qu'ont ces deux alphabets avec plusieurs lettres grecques et runiques, ils en ontde plus avec celles d'un très-ancien manuscrit des Evangiles de l'église de Lichfield , écrit en lettres onciales. EnÛn il conclut que la censure de Vossius contre Hunibald manque du côté de l'équité. Mais la plupart des savants ne sont pas plus favorables que Vossius à cet auteur fabuleux. Quelquen-uns ne le croient même que du xn* siècle. Au reste, Hickes découvre des traits de conformité entre les alphabets ft^anks et son manuscrit de Lichfield, où d'autres en trouveraient de dissembhince. Il confond la figure de quelques leUres, pour n'avoir pas fait attention à leurs transmutations réciproques. Quoique Bou rouet ait pris la peine de tirer deTrithèrae ces alphabets des r ranks , et de les insérer dans son Recueil, il ne laisse pas de les traiter de chimériques. Et o>tt l'opinion qui nous parait incomparablement la plus sûre. Au premier coup d'œil, entre Talpliabet de Doracus et le manuscrit de Lichefiel , on croit apercevoir beaucoup de ressemblance. Elle disparaît dès qu'en détail on compare chaque caractère. Ce manuscrit n'est réellement qu'une écritureanglo-saxonne carrée, avec un très-petit nombre de lettres sinculiéres. Biekes suppose que , dans son manuscrit, la même figure J^ servirait pour le p, le ph et l'm. L'exemple ailégué de sa part n'annonce qu'une faute de copiste, ou un changement de P en If, comme étant lettres du môme organe, et par conséquent fort sujettes b^ être substituées les unes aux autres.

(U6) D. Hyacinthe Morice nous avait communiqué, d après D. le Pelletier, deux alphabets (d) des anciens Bretons armoricains. Mais ils ont tout l'air d'avoir été faits à plaisir. Aussi n'avonsHfious pas cru devoir les publier. Mal à propos voudrait^n Tes appuyer sur deux inscriptions : Tune , trouvée à Piouvin, au diocèse de Léon ; l'autre, à saint Michel de Grève, au diocèse de Tréguier. A peine y pourrait-on découvrir une lettre qui se rapport&t à celles des prétendus alphabets bretons. On ne sait même si l'on doit trop compter sur ces inscriptions. La plupart des lettres v sont eonformes aux nôtres. En renversant la première, on lit aisément un mot latin. Les deux qui le précèdent et le suivent pourraient ètredes noms propres. Le dernier répond peut-être à jacet. La deuxième semble débuter par les voyelles de Talphabet, en répéUnt l'A et ÏO par deux 'fois :

(tf) Voyes-lesàlaOndelapréfacedo DictHNinaire de la langue hretoone» publié k Paris eu Vlt%

Ut

m. LeUre$ des Irlandais ; peut^on compter sur leur vérité; l'antiquité de leurs caractères et de leurs manuscrits est-elle suffisamment constatée?' — Les Irlandais se glorifient d'avoir ou un alphabet particulier avant leur conversion à la religion chrétienne. Ils Tapnellent Beth4uis^ion , parce que le 6, 17, et Vn en furent les trois premières lettres, et que ces mots en leur langue signiGent trois sortes d^arbres fort communs, dont ils tiraient les tables et les écorces, sur lesquelles ils avaient coutume d^écrire. Ils donnaient encore aux lettres en général les noms de bois ou de forêt. Il est singulier que leur alphabet ne s'accordât pas mieux, selon Kennedi (44.7), avec ceux des Grecs et des Latins ,

&uii le mot lAy. Le troisième et dernier mot est apparemment un nom propre. Da reste, on n*a garde de faire de grands efforts pour décbiflrer ces deux iuscriptions, qui pourraient bien irétre qu'un jeu.

Vers la fin du x' siècle ou le commencement du xi% Eadmer (a), abbé de Saint-Alban, faisant faire des démolitions considérables à Werlam ou Wérulam, ville ruinée à une journée de Londres, on découvrit un dépôt de manuscrits dans la concavité du mur d'un ancien palais. Là, parmi quelques petits livres et rouleaux, un volume fixa, par son élégance, la curiosité des spectateurs. D'atiord il ne se trouva personne capable de le déchiffrer ; enfin , un prêtre extrêmement âgé, mais fort habile dans la connaissance des vieilles écritures , des idiomes et des antiquités britanniques, vint à bout de le lire et de Tentendre. Au rapport de Mathieu Paris, récriture et la langue de presaue tous ces manuscrits étaiout celles dont on usait lorsque la ville de Vérulam subsistait encore. G*est peut-être la meilleure preuve ^u*on puisse alléguer en faveur de l'écriture particulière aux, Bretons. Elle n'est toutefois pas décisive.. U suffisait oue ces caractères , soit romains soit anglo-saxons, uissant du v' o.u vi' siècle, pour paraître indéchiffrables, Que restait-il après cela, sinon d*en faire honneur aux plus anciens habitants du pays? Quoique notre historien ait pu suivre de bons mémoires, comme il n'en fait aucune mention, îl laisse la liberté de croire qu'il sa sera fondé sur quelque tradition surannée. Ainsi , le fait n'aurait pour appui qu'un témoisnage postérieur de plus de deux siècles. Il est d'ailleurs un peu fâcheux, pour la vérification de cette découverte, que les manuscrits aient été condamnés au feu aussitôt qu'ils furent reconnus pour renfermer des superstitions païennes; plus fâcheux encore que ce beau livre, contenant IMiistoire de saint Alban, n'attendit que le moment où elle serait mise en latin pour se râluire aussitôt en poussière^ Il n'existait donc plus de monuinent des faits rapportés , a^ temps de Mathien Paris. Vais quand leur véri^ serait incontestable^, quelques mots l&chés par notre auteur feraient douter si ces livres n'élaicnt pas en anglo-saxon, et pour la langue et pour récriture.^ Antique anglico, dit - il , vet britannico idiomate conscriptum. Les raémes manuscrits apprenaient les invocadons et les rites du culte rendu par les. Vérulamois à Mercure, à qui ils accordaient le second rang parmi leurs faux dieux, et qu'ils adoraient sous le nom de Woden, conservé dans celui du mercrçcU des An-

fjUiis. Or, il s'y maintient encore aujourd'hui ; au jeu que le ba»-breton et le gallois emploient, pour rexprimer, un autre terme. Par conséquent, on doit attribuer plutôt aux Anglais qu'aux Bretons tous ces manuscrits, quoique Mathieu Paris les donne tantôt aux uns et tantôt aux autres. Personne, du reste.

qu avec aucun autre du inonde, ni pour le nombre des éléments , ni pour l'ordre, ni

Eour la figure, ni pour les dénominations* ,es Irlandais avaient de plus une autre écriture réservée à leurs doctes. Elle représentait des branches , des chiffres et des points sur de petites lames, dont l'arrangement était une science, et dont les caractères renfermaient, nous disent-ils , bien des choses en peu de figures (k-hS). Kennedi, qui nous apprend tout ce détail dans sa dissertation anglaise sur la famille royale des Stuarts, ajoute gue Dudley-mac-Firbich avait entre les mains cent cinquante de ces lames, et que le chevalier Ware en conservait un livre tout rempli (449).

n'ignore' l'étendue du culte de Wodan,. coez .es nations septentrionales, avant leur conversion à la foi chrétienne.

(447) A chronoloqicatf aenealogical and histoHcal dissertation of the royal famity of the Stuarts, by Mathew. Kennedi, printed in Pans, 1703, in-8% préf.,'p. 27, 28.

(ii8) Les caractères inconnus, observés {b) par l'aiibé Lebeuf, sur une monnaie gauloise, troavée proche Auxerre, n'auraient-ils potnt quelque rapport avec ceux des Irlandais? On y voit des figures, qu'on peut qualifier chiffres, et d'autres semblables h des branches ou à des épis. Sont-ce des lettres, ou des hiéroglyphes, ou queiqne autre chose?

(449) Nôtre auteur fait remonter à des miniers d^aimées avant Jésus-Christ les antiquités irlandaises. Il n'ignore pas, combien les étrangers sont pré • venus contre leur vérité. Mais une suite de livres et de monuments, gardés en différentes églises, lui paraît un moyen suffisant, pour les faire triompher de la contradiction. Comment pourrait-on se reiuser à tant de faits historiques ; s'ils étaient puisés dans les originaux, ou si du moins il en existait quelquesuns de ces anciens temps, qui pussent venir k Fappui de ceux, dont on n'aurait que des copies? Mais a peine en cite-t-il un seul, qui ne soit postérieur au XI' siècle. Que dirait-on ae nos diplômes et de nos manuscrits ; si Ton n'en produisait aucun d*un âge antérieur au x* siècle; et si, pour les temps les plus reculés, les marbres et les bronzes ne suppléaient pas h leur défaut? Cependant la cause d^ manuscrits et des diplômes serait incomparablement plus favorable. Le concert de toutes les nations à constater les mêmes faits par des monuments, dont ellçs seraient toutes dépositaires, ne laisserait pas d'être d'un très-grand poids, quoique les originaux n'existassent plus. Ceux des irlandais n'ont point d'autres garants qu'eux-mêmes. Si, depuis un millier d'années, leurs écrivains ont donné dans la fable ; ce n'est pas un titre pour les réaliser, dans un siècle aussi éclairé que le nôtre. Ici la possession sans titre ne suffit pas. Les Irlandais, il est vrai, font valoir un alphabet particulier à leur nation» avant qu'elle eût embrasse le christianisme. Us allèguent en faveur de leurs prétentions une sorte d'écriture encore plus ancienne, qu'ils justifient par des lames, chargées de caractères, dont Ils ne donnent point l'explication. Pour en juger toutefois, arvec quelque assurance, il faudrait qu\>n pût les lire et les entendre. Sans cela, qui pourrait nous prantir, que ce ne sont pas des monuments faits, soit à plaisir, soit sans mauvais dessein, soit même pour en imposer? Admettons-les pour véritables : qui nous répondra que ce ne sont pas des écritures Inintelli-

§il)les, fort différentes des irlandaises? Malgré ces ifficultés, qui disparaîtraient sans doute., en pré^

. ..'«) J'attii. Paris. yUœ abbatum 5. Albani/p. T\ 20, (^^ Recueil de divers écriis, tom. lî, p. 2C3L é-Mx Paris, 1614 tr , » \ .

4M PAUOGRàraiE.

IV^ Supplémenis a$ leUres ehex tes Pérvh vienê et les Mexicains^ Virginiensy Canadois; auipoSf leurs divers usages. Ils étaient bien inférieurs a nos lettres^ quoique d^une autO' rite égale à celle de nos écritures publiques. Roues hiéroglyphiques de petites pierres , de grains de maiSj en peinture^ etc. — Si Tanti-^ quité de ces caractères était bien avérée, et leur valeur assez connue ; peuMtre y découvrirait-on quelque analogie avec les mani-* pules de cordelettes des premiers Chinois (tôO) et des Péruviens (k^i). Ce n*étaient ni des lettres, ni des écritures; mais des suppléments aux unes et aux autres, chez ces derniers.

Les hiéroglyphes des Egyptiens et ces Mexicains ne doivent pas non plus passer pour des lettres véritables ; mais pour des peintures. Les caractères des sauvages de Vir^jinie étaient aussi hiéroglyphiques. 11 en est (le même de ceux des Canadois. Le baron de la Honlan, dans ses Mémoires sur l'Amérique septentrionale, a fait représenter une cipédition des Français contre eux, en leurs caractères hiéroglyphiques. Les savants, qui £>ntdiiriculté d'accorder le titre d'hiéroglyphes è ceux des Chinois et des Japonais, fi\y sauraient méconnaître au moins des chiffres plutôt représonlalifs des pensées que des sons.

V. Diverses sortts de lettres^ pour laplupart nationales; lettres de for/ne^ de cours j de iourrure: lettres bourgeoises ^ aldines^ ro" VMÎnes^ bullatiques^ impériales^ bâtardes et mures, — Nous renvoyons aux écritures, les

«i*n€e de mc^iuMncnls anliqucs cl non équivoques : uiaîs qui, au ùéfaiil Je celte coudilion, doivent paraître assez furies ; nous nous conlcnlcrons de sus-

lettres italo-gothiques , anciennes gotbi* ques, visigotniques ou de Tolède, francogalliques ou mérovingiennes, lombardigues, saxonnes, carolines, capétiennes , ^othiaues modernes, et toutes celles, qui tirent leur dénomination des peuples, qui partagent aujourd'hui l'Europe. On traitera encore moins actuellement des lettres espagnoles, françaises, italiennes, anglaises, allemandes, napolitaines, florentines, flamandes, etc. . On entendait autrefois par lettres pisanes, les anciens caractères dont les Pandectes de Florence sont écrites (4-52). Il est parlé des lettres boulonaises dans un {kSâ) inventaire de Jean duc de Berri. Conçues dans le goût italien, avec de grands rapports aux lettres de forme (454) ; elles étaient moins chargées de pointes. Celles-ci tenaient lieu de notre petit romain ; lorsque le gothique moderne régnait encore. Là plupart des livres, et surtout ceux d'église, étaient en ce caractère.

Les lettres goffesy telles qu'on les entendait au commencement du xvi* siècle, n'étaient qu'une espèce de majuscule gothiq^jA deux ou trois fois plus haute que large. En partie d'une épaisseur outrée, en partie d'un délié sans proportion avec le plein ; ellesparurent formées d'une manière bizarre, et comme découpées par les bords ; sans parler des pointes, dont elles furent hérissées.

Mal à propos Tory (455) s*était-il figuré que ces lettres avaient cours chez les Goths^ qui réduisirent Rome en cendres Ces lettres

fiendre notre juçcnicnl. La matière n'est pas suflii».iiiinicnl discuiee : ou, si elle Tesl, nous n'en somi.nesi |»as assez bien insuuits, pour prendre un parti irnîMicabU».

Il est de la gloire *\v la nation irlandaise de nous faire revenir db nos nt'c\ entions, si elles sont mal fondées. Ils n'v réussiront pa& par des raisonncntcnts» 11 nous i;\ul îles monuments certains, et mis :i la iir^rlét'. ilu cmnnMin des gens de lettres. En vain réiiondraient-ils i\\ïs^ le chevalier Mackensie avait cuire Ips nrijus un manuscriL contenant le catatiigu^Mles rots d'Irlande, écrit six générations avant Iti temps de saint Patrice. Par le terme écrite il Ciut apparemment entendre, cempozé,' k\\\%\\t manuscrit iKîul n'être pas Tort aneien. Ucsle à savoir, nuelle foi Ton pcu^ ajouter à ce catalogue. Au reste .^ s'en fant bien que >Vare («) porte aussi haut nue Kenncdi les antiquités litbcrnaises. l/aulqur de VEsr tsi critique sur 1^ anciens habitants des parties sep' iemnonates de la grande Bretafjne ou de t'Ecosse, imprimé à Londres en i7i9, in-12,^ observe, que les tenues liil)«'rnais, qiii signifient lettre, livre, lire éerircy sont radicalcnrent latins, avec une termiuaifeoa irlandaise. Or, comme les Romains ne Grent fioial la conquête de Tlrlandc, il conclut, que ces expressions avec Tari d'écrire, n'y auront clé introduites qu'au cinquième siècle par saint Patrice et les autres missionaires. Cet argument mérite attciiûon : en supposant la vérité du fait, les Irlandais seraient obligés de rabattre beaucoup de rantiquité <|c leurs caractères, et contraints de renoncer tant à

fa) Jtc. WAit.«t De Hibimia et amiquilnt'buscjus D'.tqtti- «: o:iet, lariS, in-8*.

(dj Nw^ Tr. de dip J. I, p. 601, GOt.

leur alphabet autochthone q.u*à leurs lames Indé-

hh(^) Nouveau traité de diptomat., 1. 1", p. 565.

(451) L'histoire des Incas, rois du Pérou, composée par Garcilasso de la Véga, traduite et imprimée en Hollande, Tan 1704, particularise encore plus U manière de former les nœuds, tenant lieu d'écriture aux Péruviens, que ne le font les auteurs cités, dans notre précédent volume (b).

(452) Elles furent prises dans un pina(;e d'Amalft. Les Pisans, entre les mains de qui elles tombèrent,, les conservèrent longtemps dans leur ville» avant qu'elles fussent transportées à Florence

(.455) Lebeuf » Recueilr de dix. écr.^ U II, p. Î60,

(454) Aux XIV et xv siècles on les appelaU en vieux français teUres de fourme. La reine YérUé du Songe du vifil Pèlerin de Philippe de Maisières {c\ vit a Rome gens qui avaient une bannière vermetll'&^ en laquelle avait quatre lettres de fourme S. P. 0- i^« Si elles furent ainsi figurées pai l'auteur, il s'ensuivrait qu'elles devraient plutôt se rapporter aux capitales qu'au petit romain. Mais Tory et Sigismond Fanti, qui vivaient au commencement du xvr siècle, où les lettres de forme étaient encore en usage, ne les représentent que comme minuscules. Tory leur donne beaucoup de hauteur. Cette lettre, selon lui id), veut être cinq fois aussi large que haute, ce qui ne doit pas s\^ntendre de la largeur totale de la lettre, mais de lenaisseur de ses iambages. Il ajoute que les lettres longues, comme bdf htpqstx z, doivent être sept fois aussi hautes que larges, c'est-à-dire qu'épaisses.

(455) Fol. 159, verso.

le) Bist. de VAcadém. des Itnerifft., u XVI, p. m. (d) L'an et lasc'XHce de la vraie proport, fol. 138.

DIGTiONNAlRE DE PÂLEOGKAPUIE, ETC.

ti^avaient pas de son temps deux cents ans d'antiquité. Il les appelle lettres lourdes (Ù6) ; mais elles péchaient beaucoup plus par affectation excessive d'élégance mal entendue, que par un excès de grossièreté. Ces mèiQes lettres étaient Qualifiées, avec plus de fondement, impériales et kullatiques, parce qu'alors on en faisait quelque usage, et dans les diplômes des empereurs, et dans les bulles des Papes.

Les lettres de cour ou de cours ne se dis-^ tinguaient pas de récriture, employée par . les officiers des tribunaux. L'inrentaire du duc de Berri se sert de ces mots, comme de termes synonymes. Toutes ces lettres n'étaient pas seulement d'usage au xiv et XV siècles ; elles y étaient encore différentiées par la môme nomenclature.

Les lettres iorneures des xv* et xvi* siècles nous sont représentées, vers la fin de VArt et science de la vraie proportion des lettres^ par Tory. Elles ne sont autres, que les lettres majuscules gothiques des manuscrits et des imprimés. Les anciens, selon cet auteur (457), les employaient sur les tora-

(456) Gu/fe est expliqué iourdaut par Ménage. 11 le tire de gufa ou cufa, qu*il rend d'après Saumaise vestimentum spitsum et vUlosum. Du Gange, auquel il renvoie, sur le mot bigerU, entend par ce terme des capes de Déam. Dans un glussaii-e en deux

Srands volumes in-foL^ en caractères lombardiques u viir ou IX* siècle, bigera est défini beslis guffa , t / est vcllata^ c'es(*à-dire hal^it velu. D. Rivet (a) ne dît rien autre chose de ce ms. sinon, que saint isi- - dore est le dernier auteur qu'on y trouve cité, et qu'il parait plus ancien que ceux dont il venait de parler, quoiaue tous du ix« siècle, et même de la fia du vui*. il fut donné en 4680 par Joli, chantre de la cathédrale de Paris, à Tabbaye de Saint-Germain des Prés. Une note postérieure à sa donation porte que de Gaseneuve, dans ses OrigineSy cite souvent le glossaire ' d'Ansileubus, évoque Goth, auteur peu connu. Sur les termes armoiries, mouton, quai, les citations de ce monsieur se reirconirent, dit-on, dans le glossaire. D'où Ton conjecture que c'est son Ansileubus. Gatel cite aussi le glossaire d'Ansileubus ou d'Angileubus, qu'il avait copié sur un manuscrit de Tabbaye de Moissac. Mais les textes rapportés parcetautour prouvent que les manuscrits 14 et 43 de Saint-Germain en sont différents. Quelques notes écrites dans le même glossaire, il y a plus de deux cents ans, le donnent avec encore moins de fondement à Papias, puisque, suivant la chronique d'Albéric, il florissait au milieu dn xi* siècle. Quoi qu*il en soit et d' Ansileubus et de son glosHaire, il résulte du passage que nous offre ce grand dictionnaire de Saint-Germain des Prés et des textes de Du Gange, que goff'e signiiie encore encore pluldl velue que lourde, et que cette signifi cation appliquée aux habits éuit connue dés In neuvième siècle. Les lettres (^o/fes peuvent donc être opposées aux lettres tondues, dont il sera bientôt parlé. Si vers le temps de la renaissance des lettres on appliqua la signification de lourdes aux premières, cest apparemment parc>e qu'elle convenait d'une part aux habits go/fes, et que de l'autre on commençait à regarder comme grossières les lettres cliarjjées de poils ou de barbe, telles qu'étaient les gothiques d*alors.

(457) Loc. cit.f fol 438, verso.

(458) Gbap. 4.

(a Bjm*. Ht delaFrmice. l. IT. i», 280.

bas, les vitres, les tapisseries. Les imprimeurs en faisaient encore, de sou temps, le frontispice des livres et des titres des chapitres. Les mêmes sans doute s'appellent lettres tournées (458), dans les Assises cte Jérusalem (ik59). Elles auraient pu ressembler à celles de Tory; si elles n'étaient que du XIV* siècle : mais en les rapportant a celui de Godfroi de Bouillon, elles ne pouvaient pas être aussi gothiques (460). Leur dénomination était empruntée particulièrement de leur rondeur, ou de ce qu'elles semblaient fiiites au tour. Le mot de tournure s'appliquait aux lettres^ dès le temps de saint-Bernard. On loue, dit-il, la main, et non pas la plume de la bonne tournure d'un lettre : de bona litterœ tornatura (461).

Les lettres bourgeoises ,, qui tiennent le milieu entre les gothiques cultives et celles d*à présent, passentpour avoir été inventées

Kar les imprimeurs, vers la fin du xv* siècle. Fais ce ne fut qu'une forme d'écriture pour lors usitée, quils adoptèrent. Les minus-, cules romaines furent a la vérité mises en œuvre par Alde-Manucë (462) ; mais celles

(459) Il y est dit que les ib) Assises et usages et costumes estoient escris chacun par soi de grans lettres tournées. La Thaumassière, dans ses notes {c ), les explique par lettres majuscules ou grandes lettres. Il paraîtrait fort extraordinaire qu'on écrivit encore alors des livres entiers, et surtout des coutumes en lettres majuscules. Mais, comme ces Français, transportés en Syrie, pouvaient affecter de suivre les usages des Syriens, au milieu dcsijuels ils habitaieni, et qui durant ie xii' siècle écrivaient encore leurs manuscrits ea estranghèles ou majuscules, de pareilles leUres latines ou françaises devraient moins nous étonner que si Ton les voyait alors eu Europe. D*un autre côté les assises dressées en date du 16 janvier 1558 font ici mention d'antres assises plus anciennes, du temps de Godefi-o: de Bouillon. Des livres entiers en majuscules, au commencement du XH* siècle, quoique très-rares, et peut-être sans exemple, nous surprendraient Dioins que sMls étaient écrits de la sorte au xiv*. Mais ce qui doit faire cesser toute surprise, c*cst que ces assises étaient plutôt en forme de chartes que de livres. Elles sont en effet appelées chartes, Ut 1res dn, sépulcre ; il y est fait mention de sceaux et monogrames du roi, du patriarche et du vicomte. Or, on a des exemples de chartes entièrement écrites en lettres majuscules, au xr siècle.

^460) Line des plus célèbres rédactions des Assises de Jérusalem fut faite en 1250 par Jean d'ibelin, comte d'Ascalon. G*est même sous son nom qu'elles ont vu le jour. Mais elles ne s^éiâient pas, jusqu'à lui, conservées seulement par tradition. Elles portent (d) expressément qu'elles furent éta^ biles et mises en escrit par le duc Godfroy de Bouil^ Ion, lequel fu ehleu a rop et a Seianor dou dit royaume. Les quatre premiers chapitres de ces assises ne per^ mettent pas non plus de reculer leur première collection à des temps postérieurs au rècnedcGodefrov, oui commença en 1099, et unit en IlOO.

(461) Epist. 155, edit. 1690, tom. l,p. 145.

(462) Les lettres d'imprimerie romaines. Italiques, considérées selon leurs diverses proportions, appartiennent plutôt aux arts qu'à la diplomatique. Ainsi nous nous abstiendrons d'en parler. On peut voir sur le mot caractère le Dictionnaire Encsfciopé-

ic) pag. 2t0.

(d) Pag. i.

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I>ALÉ0GRAPH1E.

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