‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 102 sur 459 · LONGITUDE · texte numérisé non relu

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d'avoir réfléchi sur les conditions de la vérité. Sans doute le raisonnement humain est naturellement droit: mais il est exposé cependant à tomber dans bien des pièges. L"ne étude attentive de la logique, outre qu'elle fortifiera la lectitude naturelle de nos facultés de jugement, nous mettra en garde contre les principaux écueils où peut aller échouer notre raison. Rien de plus utile, par exemple , que l'examen et l'analyse des formes principales du sophisme, c'est-à-dire de ces raisonnements captieux qui servent de point de dépan à la plupart des préjugés et des superstitions de l'humanité.

Ainsi, outre l'influence positive qu'elle exerce ^ur les progrès réels de la vérité, sur les grandes découvertes scientifiques, la logique a aussi pour résultat de « dégager le cerveau, de nettoyer la tête, 11 selon l'expression de Hegel, c'est-à-dire de réduire le nombre des erreurs, de dissiper les chimères et les fantômes, d'empêcher les écarts de l'esprit. De même que l'étude sérieuse de la poétique et de ses lois nous débarrasserait des faux poètes, soit en les décourageant, soit en les rendant meilleurs, de même la connaissance approfondie de la logique aurait tout au moins l'avantage de diminuer le nombre des faux savants. Les aberrations de l'esprit de système, les conceptions irréfléchies de l'imagination, les utopies sociales, les préjugés et la superstition, en un mot la déraison sous toutes ses espèces et sous toutes ses formes, tout cela nous serait épargné en partie, si tous ceux qui se mêlent de penser et d'écrire avaient d'abord soumis leur esprit à la sévère discipline de la logique.

On ne saurait donc trop recommander l'étude de la logique, et protester contre le discrédit où elle semble tombée. L'irréflexion le plus souvent, quelquefois l'esprit de système, ont admis et propagé nous ne savons quel dédain de la logique. De plus en plus on s'imagine que la pensée émancipée n'a pas besoin de s'astreindre à des règles, que la meilleure logique, c'est le talent, le tempérament. Les politiques répètent volontiers ce lieu commun, que les hommes des sociétés modernes songent plutôt à revendiquer leurs droits qu'à pratiquer leurs devoirs. Les savants pourraient avec quelque raison faire entendre des plaintes analogues. La liberté de penser, qui est le droit, tout le monde la réclame avec raison : mais la logique qui est le devoir, le devoir d'user d'après les règles de la pensée libre, trop peu de gens se soucient d'en apprendre les lois. [Gabriel Compayré.]

Parmi les ouvrages à consulter sur la logique, iious signalerons surtout : VOrganon d'Aristote, ie iVovum organuniit Bacon, la Logique de Port-Royal ; et au premier rang des ouvrages modernes, les Essais' sur tes fondements de nos eoruiaissauces^ par Cournot, ISal; divers essais de savants français contemporains: la Méthode dans tes sciences de raisonnement, de M. Duhamel ; la Philosophie chimique, de M. Dumas ; V Introduction à la médecine expérimentale, de M. Claude Bernard ; enfin, le Système de logiqne de Stuart Mill (traduction française de Louis Peisse, 1866): la Logique tléànctive et inductive d'Alexandre Bain (traduction française de Gabriel t.ompayré, 1875).

LONGITUDE. — V. Latitude, Longitude.

LOTIIAIKI:. — Nom de divers souverains dont les principaux sont mentionnés ci-dessous : 1° Fumille cnrlovingienne, branche ainée.

iothaire I", — Histoire générale, XVIII, — fils aine de Louis le Débonnaire, fut associé à l'empire dès 817; se révolta plusieurs fois contre son père; puis fut en lutte avec ses frères, Louis le Germanique et Charles le Chauve, qui ne voulaient pas reconnaître sa suprématie. Le traité de Verdun (84 3) lui assura, avec la couronne impériale, la possession de l'Italie, de l'Helvétie, de la région à l'est du Rhône et de la Saône, et du territoire situé entre la Meuse et le Rhin. Il mou-

rut en 855, et ses États furent partagés entre ses trois fils.

Lothaire II, — Histoire générale, XVIII, — second fils de Lotliaire I", reçut pour sa part d'héritage le pays entre la Meuse et le Rhin, qui prit de lui le nom de Lotharingie ou Lorraine. A sa mort (869), la Lorraine fut partagée entre Charles le Chauve et Louis le Germanique.

2° Famille carlovimjieiine, branche cadette.

Lothaire, — Histoire de Fiance, VII, — fils de Louis IV d'Outremer, succéda à son père en 954. u Roi sans territoire, sans soldats, sans finances, il lutta vainement, durant trenle-deux années, contre la féodalité déjà toute-puissante » (Bordier et Charton). Le plus redoutable de ses grands vassaux était Hugues Capet, fils de Hugues le Grand, duc de France et futur fondateur d'une nouvelle dynastie. Lothaire mourut en 986, laissant la couronne à son fils Louis V, qui fut le dernier des Carlovingiens de France.

3° Allemagne.

Lothaire de Saxe, — Histoire générale, XIX,

— d'abord duc de Saxo, fut élu roi de Germani» en ir.'5, à la mort de Henri V de Franconie. Son règne, qui s'intercale entre l'extinction de la maison de Franconie et l'avènement de la maison de Souabe, n'oft're pas d'événements importants. Après s'être fait couronner empereur en 1133, il mourut en 113" pendant une expédition en Italie.

LOUI.S. — Nom d'un grand notubre de rois de France, et de plusieurs empereurs d'Occident ou d'Allemagne. Nous consacrons ci-dessous une notice à chacun de ces souverains, en donnant les développements nécessaires au récit des règnes les plus importants.

1° Rois de France.

Louis I"'. — V. Louis le Débonnaire, empereur. Louis II le Bègue, — Histoire de France, VI,

— fils de Charles le Chauve, lui succéda en 877. Son règne ne dura que deux ans. Louis le Bègue dut confirmer le capitulaire de Kiersy, par lequel son père avait reconnu l'hérédité des fiefs et consacré l'organisation de la féodalité. 11 mourut en S79.

Louis III, — Histoire de France, VI, — fils aîné de Louis le Bègue, lui succéda et partagea l'héritage paternel avec son frère Carloman. Les deux rois guerroyèrent contre Boson, roi d'Arles, et contre les Normands qui ravageaient la France du nord-ouest. Louis battit ces derniers à Saucourt en Picardie, et accorda ensuite à l'un de leurs chefs les plus fameux, le pirate Hastings, l'investiture du comté de Chartres. 11 mourut en 882. Carloman, resté seul roi. continua à lutter contre les Normands, et mourut deux ans après son frère.

Louis Vf d'Outremer, — Histoire de France, VII, — fils de Cliarles le Simple, fut appelé au trône en 936 par Hugues le Grand, duc de France, qui le fit revenir d'Angleterre où la mère de Louis avait emmené ce prince pour le soustraire à ses ennemis pendant lerègne de Raoul. Mais il n'eutqu'un pouvoir nominal, car les seigneurs étaient souverains sur leurs terres, et le domaine royal ne comprenait plus que quelques villes. Louis fut en guerre avec Uthoii I", roi de Germanie, dont il avait épousé la sœur, et qui s'empara de la Lorraine ; il eut aussi à lutter à plusieurs reprises contre Hugues de France et divers autres vassaux puissants. Dans une guerre contre le duc de Normandie, il fut fait prisonnier, et resta un an en captivité. Il ne recouvra la liberté qu'en cédant à Hugues le Grand Laon, la seule ville qu'il possédât encore. Le roi Othon et le pape se déclarèrent alors en sa faveur; il réussit à reprendre Laoïi, et à se faire reconnaître par les seigneurs d'Aqui-

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tainc. Mais la mort l'arrêta inopinément dans sa luiti: contn; Hugues ('Jii). Son fils LoiJiairo * lui succ(5da.

Louis V le Fainéant, — Histoire de France, VIT,

— lils et successeur do Lotiiaire (OSG), se trouva comme son père isoli! et sans force au milieu d'unes féodalité belliqueuse, dont Hugues C.apet* était le représ<'ntant le plus puissant. En dépit du surnom que lui ont donné des chroniqueurs liostiles, ce prince montra de l'énergie ; mais il mourut au bout d'un an de règne, à peine âgé de vingt ans, empoisonné, dit-on, par sa femme la reine Blanche. Avec lui s'éteignait la dynastie carlovingienne. Hugues Capet, qui n'avait pas été étranger à la mort de Louis, se fit donner la couronne.

Louis VI le Gros, — Histoire de Franco, IX, — fils et successeur de Pliilippe I"', régna de 1 108 à 1137. Par son activité incessante et son habileté, grâce aussi au concours de l'Eglise, la royauté, jusqu'alors sans prestige et sans force au milieu du monde féodal, commença à devenir une puissance réelle. Louis sut obliger les seigneurs à recon ■ naître la juridiction de la cour royale, et réprima souvent les brigandages des barons féodaux. Le mouvement des communes agitait la France du nord, et maint seigneur était forcé de concéder des chartes aux villes de son domaine : Louis intervint quelquefois dans les querelles entre bourgeois et nobles ; mais ce fut seulement pour tirer le plus d'argent possible des deux partis en lutte , et c'est il tort qu'on l'a représenté comme le protecteur des communes : il ne permit pas qu'il s'en établit sur son domaine personnel, et se borna h donner aux villes qui relevaient directement du roi, comme Paris et Orléans, quelques privilèges, mais point de charte (V. Commune!:, p. 409). A plusieurs reprises, il fut en guerre avec !e roi d'Angleterre Henri I", auquel il essaya inutilement d'enlever la Normandie. Ses démêlés avec le duc d'Aquitaine au sujet de la querelle du comte d'Auvergne et de l'évèque de Clermont, avec l'empereur d'Allemagne Henri V, allié du roi d'Angleterre, avec les villes flamandes, accrurent l'influence de la royauté française. Le dernier acte de son règne fut la conclusion du mariage de son fils Louis avec l'héritière du duché d'Aquitaine.

Une sorte de renaissance intellectuelle et politique se produit dans la France du nord à cette époque. Tandis que les bourgeois des villes revendiquent leurs libertés communales, l'Université de Paris devient, avec Guillaume de Champeaux et Abélard, un ardent foyer d'enseignement et de disputes philosophiques; l'abbé Suger et saint Bernard font briller l'Eglise d'un vif éclat, l'un par l'appui qu'il prête au pouvoir royal, l'autre par l'autorité de sa parole. Le moment approche où le Nord, devenu par la civilisation l'égal du Midi, pourra lui imposer sa prépondérance, et où se constituera, par cette fusion, la nationalité française.

Louis 'Ville Jeune, — Histoire de France, IX,

— fils et successeur de Louis VI, avait épousé Eléonore do Guyenne, fille du duc Guillaume X d'Aquitaine, qui apportait en dot au roi de France les provinces du sud-ouest (ll37). Prince dévot, il prit la croix à la voix de saint Bernard, et partit pour la Terre-Sainte en môme temps que l'empereur d'Allemagne Conrad III (V. Croisades), laissant la régence de son royaume à l'abbé Suger. L'expédition n'aboutit qu'à un désastre. Revenu en France en 114!», Louis VII, irrité do l'inconduite de sa femme, laisse un concile prononcer le divorce, et bientôt Eléonore, séparée de son premier mari, épouse Henri Plantagenet, comte d'Anjou. Ce dernier, devi-nu ainsi le plus puissant seigneur do France, obtient un an plus

tard la couronne d'Angleterre, et Louis VU voit se dresser devant lui un rival redoutable. Ce fut en vain que le roi de France accueillit Thomas Becket , archevêque de Cantorbéry , l'ennemi d'Henri Plantagenet, et que plus tard il soutint les fils du roi d'Angleterre révoltés contre leur père ; il ne parvint pas à ressaisir les possessions qu'un divorce impolitique lui avait fait perdre. Il mourut en 1 180.

Louis VIII, — Histoire de France, IX, — fils et successeur de Pliilippe-Auguste, employa son court règne (132:i-r.'3o; à atfermir la puissance royale dans le Midi. 11 envahit d'abord l'Aquitaine, qu'il enleva au roi d'Angleterre Henri III, et se fit prêter hommage par les seigneurs de ce pays. Puis, soutenu par le pape, il entreprit une nouvelle croisade contre les Albigeois, ou plutôt contre le comte de Toulouse Raymond VII, qu'il voulait déposséder : il conquit Avignon, ravagea le Languedoc, mais dut battre en retraite sans avoir pris Toulouse. Il mourut au retour de cette expédition, probablement empoisonné.

Louis IX ou saint Louis (1226-1270). — Histoire de France, X. — Etat du royaume. — Quand la mort prématurée du roi Louis VIII mit sur le trône son fils encore enfant, la royauté capétienne était déjà forte, mais elle n'était pas encore acceptée; la victoire de Bouvinos avait montré le roi de France plus puissant que les barons, même appuyés du dehors ; elle avait assis son autorité sur une large base territoriale, en rendant ses conquêtes définitives ; et depuis, Louis VIII avait pu étendre le domaine au sud et à l'ouest; mais si la féodalité était battue, elle n'était point domptée ni désorganisée; elle restait à l'état d'insurrection permanente contre le pouvoir nouveau qui ne te prêtait hommage à personne » et voulait se mettre hors de pair, c'est-à-dire audessus de la société féodale.

Réijence de Dlanclie île Caitille (1226-1236). — De là, les ligues nombreuses et redoutables qui sa formèrent contre l'autorité d'un roi mineur, et dont sa mère. Blanche de Castille, eut à soutenir l'effort. Par son énergie et son habileté quelquefois empreinte de coquetterie, la reine maintint et continua l'œuvre des rois précédents. S'appuyant sur le peuple, elle fit coiivo((uer au sacre de son fils les milices bourgeoises il 226); et deux ans plus tard, c'est encore aux bourgeois de Paris qu'elle fit appel pour protéger l'enfant royal contre une tentative d'enlèvement projetée par les grands barons. « Depuis Montlhéry jusqu'à Paris, le chemin était plein, des deux côtés, de gens d'armes ot autres, qui priaient à haute voix Notre-Seigneur do donner au jeune roi bonne vie et prospérité, et de le garder contre ses ennemis » (Tillemont, Histoire (le saint Louis). Elle rompit ainsi la ligue qui menaçait son allié le comte Thibaut IV de Champagne (1230). Et quand le versatile seigneur fut devenu infidèle à son tour, elle lui imposa un traité sévère (1235), en disant : Il Par Dieu, comte Thibaut, vous ne deviez pas nous être contraire ; vous deviez bien vous ressouvenir de la bonté que vous fit le roi, mon fils, qui vint à votre aide, pour secourir votre terre contre tous les barons do France qui la voulaient toute brûler et mettre en charbon. » Le comte regarda la reine qui était si sage ot si belle que de sa grande beauté il fut tout ébahi... De là, il partit tout pensif... Et parce que profondes pensées engendrent mélancolie, il lui fut conseillé par quelques sages hommes qu'il s'étudiât en chansons de vielle et en doux chants délectables. Si fit-il les plus belles chansons et les plus délectables et les plus mélodieuses qui oncques furent ouïes » (Chronique de Suint -Denis). Quand, l'année suivante (I236>, Blanche de Castille abandonna la tutelle du roi, Raymond VII de Toulouse

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avait dû promettre sa fille et son héritage à Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX (1229, traité de Paris) ; le duc de Bretagne avait renoncé à toutes possessions hors de son duché (123], traité de Saint-Aubin du Cormier) ; le comte Thibaut avait cédé au domaine royal Blois, Chartres et CJiâteaudun (1235); le comte de Provence allait donner sa fille et son comté à Charles d'Anjou, troisième fils de Louis VIII; enfin le clergé avait dû reconnaître la suprématie royale, quand la reine-mère avait saisi les biens temporels des évêques de Rouen et Beauvais pour châtier leur désobéissance.

Saint Louis. — Mais le service le plus éminent que Blanche rendit à la France fut de former le roi q\ii devint saint Louis. A dix-neuf ans, d'après le buste en or repoussé qui est à la Sainte-Chapelle, " Louis était beau, d'une beauté fine et douce, qui révélait sa grandeur morale, sans annoncer une grande force physique; il avait des traits délicats et purs, un teint éclatant, et des cheveux blonds, abondants et brillants, que, par sa grand'mère Isabelle, il tenait de la race des comtes de Hainaut. Il montrait des goûts vifs et élégants ; il aimait les divertissements, les jeux, la chasse, les chiens et les oiseaux de chasse, les beaux habits, les meubles magnifiques. » (Guizot.) Mais le fond de son caractère était la piété, la conscience morale, qui le poussa avant tout et toujours à bien agir. A cet égard, il n'a pas eu de supérieur parmi les princes que juge l'histoire; et il n'a eu qu'un égal, Marc-Aurèle. « Marc-Aurèle et saint Louis sont peut-être les deux seuls princes qui, en toute occasion, aient fait de leurs croyances morales la première règle de leur conduite ; Marc-Aurèle stoïcien, saint Louis chrétien. » (Guizot.)

Sai7it Louis et la féodalité. — Mais si cette conscience le poussait toujours à respecter le droit de ses adversaires, elle lui fit maintenir le sien avec la même impartiale fermeté. Hugues de Lusignan, comte de la Marche, avait épousé la veuve du roi Jean d'Angleterre. L'orgueilleuse femme ne voulut point subir la suzeraineté du nouveau comte de Poitiers, Alphonse, frère du roi; Hugues refusa outrageusement l'hommage. « Je te jure d'un cœur résolu, dit-il au prince, que je ne serai jamais ton homme lige ; tu as indécemment dérobé ce comté à mon beau fils le comte Richard. >> Puis, suivi de ses gens, il sortit de Poitiers au galop (1241). Henri III d'Angleterre s'était aussitôt déclaré pour son beau-père. Louis réunit ses vassaux, et, menant rudement la guerre, il écrasa la révolte par deux victoires au pont de Taillebourg et près de Saintes. Le comte de la Marche perdit une partie de ses terres et prêta humblement l'hommage pour le reste. Cependant, comme on engageait le jeune vainqueur à faire mettre à mort un fila du comte, « quarante et un chevaliers, quatre-vingts sergeants et autre menuaille, à grand foison, » qui avaient longuement défendu le château de Fontenay : « Non, répondit-il, l'un n'a pu se rendre coupable en obéissant à son père, ni les autres en servant leur seigneur. » (Guillaume de Nangis.)

A-près avoir fait craindre sa force, saint Louis voulut montrer sa modération, son esprit de justice, son amour de la paix. « Sa conscience li remordait de la terre de Normandie et pour autres terres que il tenait, que li roi de France, ses ayeuls, avaient tolues (enlevées) au roi Jean d'Angleterre, dit sans terre.., et il s'entremit tous jours ([Ue il venait visiter le roi Henry (fils de Jean) pour faire paix à li pour les dites terres. « (Guillaume de Nangis.) La négociation fut longue; enfin le traité d'Abbeville fut signé (1259), malgré les conseils de son entourage et les protestations des Périgourdins, « qui n'affectionnèrent oncques imis le roi. » Saint Louis rendit à Henri III le

Quercy, l'Agenais, le Limousin, la Saintonge raé" ridionale, contre l'abandon de toutes les prétentions des Anglais sur leurs autres anciennes possessions. Les territoires restitués formaient le douaire d'Eléonore de Guyenne, morte seulement en 1204 et qui n'avait pu être justement frappée par le jugement des pairs de 1203.

■Toujours fidèle à cette politique prévoyante qui supprimait d'avance les causes de guerre par un règlement amiable, saint Louis renonça encore à toutes ses prétentions sur le Roussillon, la Cerdagne et la Catalogne en faveur du roi d'Aragon, qui, en retour, abdiqua tout droit sur le Languedoc et l'Auvergne. (Traité de Corbeil, 1258.)

En même temps, Louis IX n'oubliait point son intérêt de roi ; il se montrait vigilant à ne manquer aucune occasion d'étendre ses possessions ; il fit renouveler à Raymond VII de Toulouse le traité de 1229, qui préparait la réunion du haut Languedoc au domaine royal; il acquérait encore en 1239 le comté de Màcon, en 1257 celui du Perche, en 1262 ceux d'Arles, Forcalquier, Foix et Cahors, de sorte que ce règne d'un prince désintéressé est l'un de ceux qui ont le plus contribué h l'extension de la puissance territoriale des Capétiens.

Ascendant de saint Louis en Europe. — Pendant que la France et la royauté unissaient de plus en plus leurs destinées, l'Europe était pleine de troubles et de contradictions. En Angleterre Henri III luttait contre les barons; l'Espagne échappait â peine aux mains des Maures pour tomber dans l'anarchie féodale ; surtout l'Allemagne et l'Italie, le pape et l'empereur, étaient plus que jamais on guerre acharnée. La papauté, sous Innocent III et Innocent IV, avait quitté son rôle d'arbitre pour exterminer les Albigeois et détruire Frédéric II. Mais « le fer est impuissant contre la pensée ; c'est plutôt sa nature, à cette plante vivace, de croître sous le fer et de fleurir sous l'acier. Combien plus, si le glaive se trouve dans la main qui devait le moins user du glaive, si c'est la main pacifique, la main du prêtre ! L'Eglise perdant ainsi son caractère, ce caractère va passer tout à l'heure à. un laïque, à un roi, au roi de France. » (Michelet.) Par sa renommée de droiture désintéressée, saint Louis en effet devenait l'arbitre de l'Europe et le juge des partis. C'est lui qui tranche la querelle des maisons de Dampierre et d'Avesnes en lutte pour la Flandre depuis la mort de la comtesse Marguerite. En 12t)4, Henri III d'Angleterre le prit à témoin de son droit contre ses barons révoltés ; et Louis IX, soucieux à la fois du droit royal et de la liberté féodale, invita le roi à maintenir et les seigneurs à observer la grande Charte de 1215, qui contenait la formule de leurs prérogatives réciproques. Si, dans la querelle du sacerdoce et de l'empire, il ne pouvait arrêter les emportements des partis, du moins donnait-il avec fermeté l'exemple et le conseil d'une modération juste et désintéressée. Si, en 1239, il rejetait l'offre du pape qui lui proposait la couronne impériale pour son frère Robert d'Artois, en 1241, il forçait l'empereur à mettre en liberté les prélats faits prisonniers au combat de Meloria; si, en 1244, il refusait de laisser tenir en France le concile qui excommunia Frédéric II, plus tard il n'acceptait point l'offre de Naples pour son fils. i> Et de ces gens étrangers qu'il avait apaisés, lui disaient aucuns de son conseil que il ne faisait pas bien quand il ne les laissait guerroyer; car se il les laissait apauvrir, ils ne lui courraient pas sus si tôt.. Et à, ce répondait le roi que ils ne disaient pas bien : car autrement, par la haine qu'ils auraient à moi, ils me viendraient courre sus, dont je pourrais bien perdre ; sans la haine do Dieu que je conquerrais, qui dit : Benoit (bénis) soient tous li apaiseurs. » (Joinville.)

Croisade de saint Louis. — La piété sincère

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ilfi saint Louis ajoutait encore au respect de ses contemporains. Elle lui fit entreprendre les deux dernières croisades, contre les vœux de sa mère, de ses conseillers, de l'Eglise mCme que l'insuccès dos expéditions précédentes avait à la fin convaincue de leur inutilité. La roi était gravement malade à Pontoise en ViH ; « l'une des dames qui le gardaient voulait lui tirer le drap sur le visage, disant qu'il était mort » (Joinville), quand il fit vœu de prendre « sur son épaule la croix du voyage d'outre-raer. !• Mais lorsqu'il voulut partir, il se heurta aux prières de sa mère et de ses meilleurs sujets. « Vous dites, répondit-il, que je n'étais pas en possession de mon esprit quand j'ai pris la croix; eh bien, comme vous le désirez, je la dépose, je vous la rends. " Tous les assistants se félicitaient, mais le seigneur roi : « Mes amis, maintenant, à coup sûr, je ne manque pas de sons ni de raison... je demande qu'on me rende ma croix ; il n'entrera aucun aliment dans ma bouche jusqu'à ce qu'elle soit replacée sur mon épaule, n A ces paroles, tous les assistants déclarèrent qu'il y avait là le doigt de Dieu. L'ascendant du saint roi sur les âmes était tel que 40,000 soldats et V,800 chevaliers s'embarquèrent avec lui à Aigues-Mortes (1248). « En bref temps, le vent enfla les voiles et nous enleva si bien la vue de la terre que nous ne vîmes que le ciel et l'eau ; le vent nous éloigna des pays où nous étions nés ; et par là vous fais-je voir que celui-là est bien fou hardi qui s'ose mettre en tel péril, en péché mortel, car on s'endort le soir là, et on ne sait si on ne se trouvera pas au fond de la mer au matin » (Joinville). Après s'être arrêtés à Chypre, les croisés arrivèrent devant les murs de Damiette. « Je ne suis, dit le roi, qu'un homme dont la vie s'évanouira comme celle de tout autre homme quand il plaira à Dieu. Toute issue de notre entreprise nous est bonne... Combattons pour Christ. C'est Christ qui triomphera en nous. » Et il sauta tout armé dans la mer, pressé d'affronter les Sarrasins. C'était la bravoure d'un chevalier chrétien, non l'habileté d'un général. Heureusement Damiette effrayée capitula aussitôt (1240). Mais on perdit dans le gaspillage et l'inaction cinq mois dont profita le Soudan d'Egypte pour réunir une armée. Si bien que les croisés, partis enfin contre le Caire, se heurtèrent en désordre aux Musulmans qui gardaient Mansourah. Sans rien vouloir entendre, Robert d'Artois chargea aussitôt avec quelques chevaliers ; il périt avant que le roi pût accourir. Les croisés gardaient pourtant le champ de bataille. Mais le lendemain une innombrable cavalerie vint assaillir le camp encombré de malades et de blessés. Egalement incapable d'avancer ou de reculer, saint Louis dut se rendre avec les 10,000 hommes qui survivaient au désastre (1250). Les souffrances et les outrages de la captivité mirent encore en relief la hauteur de son àme et la constance de son courage. Enfin il put partir en livrant Damiette pour sa rançon et 500,000 livres pour celle de ses soldats. Il passa encore quatre années en Palestine, cherchant à obtenir pacifiquement la délivrance de Jérusalem. Il faillit réussir auprès du sultan de Damas (12.52). Enfin il dut revenir en apprenant la mort de sa mère (1254), sans avoir voulu visiter en pèlerin la cité qu'il n'avait pu affranchir par les armes.

Administration de saint Louis. — Sous la régence de Blanche de Castille (1248-54'i, la France étaitdemeurée paisible, troublée un instant (I25I) seulement par le soulèvement des Pastoureaux. Formées en Picardie, ces bandes populaires traversèrent le pays jusqu'à Bourges, sous prétexte d'aller en Terre Sainte délivrer saint Louis, a Lorsqu'ils passaient par les villages et les villes, ils levaient en l'air leurs masses, leurs haches et autres armes, et par là se rendaient si terribles au

peuple qu'il n'y avait i)ersonne assez hardi pour les contredire en rien. « (Guillaume de Naiigis.) Bien accueillis de la régente à Paris, ils se laissèrent aller au pillage et à la violence. Excommuniés alors, ils furent dispersés, poursuivis et assommés « comme des chiens enragés ».

La paix était complète, quand saint Louis reprit en main le gouvernement; et désormais, à l'exemple de son frère Alphonse de Poitiers, le roi consacra toute son activité à la rendre sûre et durable. Dans son domaine, il multiplia les garanties contre les abus des prévôts que Philippe- Auguste avait chargés de l'administration financière, judiciaire et militaire ; ces magistrats durent s'entourer o d'hommes suffisants » pour prononcer leurs jugements ; ils furent astreints à ne rien acquérir dans leur ressort pendant la durée de leur charge ; et à l'expiration do leurs pouvoirs, ils durent rester quarante jours dans la prévôté pour que chacun pût obtenir justice contre eux auprès de leur successeur ; d'ailleurs, ils étaient surveillés par les baillis royaux ou grands-baillis d'Amiens , Sens , Màcon , Saint-Pierre-le-Moustier (Auvergne), que surveillaient à leur tour les enquêteurs royaux, chargés de visiter les provinces et de redresser les abus. Le roi lui-même parcourait chaque année ses domaines pour s'enquérir des besoins et des vœux du peuple. « Maintes fois advint qu'en été le roi allait s'asseoir au bois de Vincennes, après sa messe, et s'accotait à un chêne, et nous faisait asseoir autour de lui. Et tous ceux qui avaient affaire venaient lui parler sans empêcliement d'huissier ni d'autres gens. » (Joinville.) En même temps, il faisait rédiger le coutumierde l'Ile de France, connu sous le nom d'J?ta/jlissements de saint Louis ; le mariage des serfs y fut consacré et garanti, mais la pénalité y reste très rigoureuse. La trahison, le rapt, le vol sur la voie publique, le vol d'un cheval y sont punis de mort. Le vol simple entraine la mutilation (perte de l'oreille ou du pied). La police était donc sévère, au dedans comme au dehors du domaine. Les routes devaient être entretenues par les seigneurs ; enfin la monnaie royale, loyalement fixée, eut cours forcé dans tout le royaume ; on voit gravé surl'écude saint Louis les six fleurs de lis, symbole de la réunion des provinces, avec la croix au revers et la légende : Ludovicus, Dei grand, Fraiicorum rex (Louis, par la grâce de Dieu, roi des Français).

Hors du domaine, saint Louis rencontrait l'obstacle de la féodalité. Homme de son temps avant tout, il ne contesta jamais le principe du droit féodal. Seulement, placé comme roi à la tête du système, au sommet de la hiérarchie, il se proposa pour tâche d'en bannir la violence et d'y introduire la justice. La royauté devint en ses mains le pouvoir régulateur, capable d'imposer à tous le respect des devoirs et des droits féodaux. Par l'institution de la Quaranlaine-le-Roi, il contraigjiit les barons à laisser passer quarante jours, depuis l'insulte, avant de commencer la guerre privée. Par Vasseiirement, qui permettait au seigneur attaqué d'en appeler au roi, il mit la puissance royale au service du faible, et changea ainsi la guerre en procès ; c'était la cour du roi en effet qui devait prononcer alors entre les deux adversaires. L'institution des cas royaux, qui soumettait à sa cour ou parlement le jugement de certains procès relatifs au droit féodal, et celle des appels à la justice royale, subordonnèrent nécessairement toutes les justices féodales. Enfin la suppression du duel judiciaire et l'introduction dans le parlement de la preuve par témoins, eurent pour résultat d'éloigner peu à peu les seigneurs ignorants des tribunaux, où ils furent remplacés par les légistes bourgeois.

L'ensemble de ces mesures, prises souvent d'accord avec le conseil des bourgeois des villes, avait

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pour résultat nécessaire de ruiner la souveraineté judiciaire et administrative des barons au profit du roi, qui, dit Beaumanoir, « devenait souverain par dessus tout. » Grâce .\ ces lois d'ordre et de justice, le peuple s'accoutumait à regarder la royauté comme un pouvoir tutélaire et bienfaisant aux. faibles; la bourgeoisie, au seiu de laquelle le roi choisissait ses agents administratifs, croissait rapidement en richesse et en importance. i< Le royaume, dit Joinville, se multiplia tellement par la bonne droiture qu'on y voyait régner que le domaine, censive, rente et revenu du roi croissait tous les ans de moitié. » L'industrie en même temps s'organisait; pour la première fois, les coutumes en matière d'industrie et de commerce, les attributions des corps de métiers furent exactement rédigées par le prévfit des marchands de Paris, Boylcau (Livre des métiers). L'activité de la Hanse (Compagnie des bateliers) de la Seine, les foires du Landit (près Saint-Denis), de Beaucaire, de Champagne, étaient les signes manifestes de la prospérité nouvelle du pays.

Huitième crotswie. — Saint Louis avait désormais achevé son devoir de prince, de " pasteur des peujjles ». Le chrétien pouvait songer i. luimême. Jamais l'ardeur religieuse n'avait été plus puissante dans son cœur qu'aux approches de la vieillesse. C'est cette foi même qui lui fit persécuter cruellement les juifs et les blasphémateurs, regrettable erreur de sa vie, qu'expliquent sans la justifier les idées des contemporains. C'est elle aussi qui le poussa à reprendre pour la dernière fois la croisade. Excité' par son frère Charles d'Anjou, que la victoire de Grandella avait fait roi de Naples fl266), Louis IX se dirigea vers Tunis (ISIOj. Sur ce rivage insalubre, les maladies décimèrent aussitôt l'armée; l'un des premiers, le roi prit le germe de la mort. Couché sur un lit de cendres, il fit appeler son fils qui fut Philippe III. » Beau fils, lui dit-il, la première chose que je t'enseigne c'est que tu mettes ton coeur à aimer Dieu... Aie le coeur doux et pitoyable pour les pauvres, les chétifs, les malaisés, et les conforte et aide, selon ce que tu pourras... Sois loyal et roide pour tenir justice et droit à tes sujets ; aide au droit et soutiens la querelle du pauvre jusqu'à ce que la vérité soit éclaircie. » Quelques semaines après, Pliilippe III rapportait tristement en France les restes du dernier héros du moyen âge, qui emportait dans sa tombe l'idée même des croisades (1270).

D'autres princes ont servi le peuple; saint Louis l'avait aimé ! De là vint le souvenir plein d'amour que le peuple garda longtemps au « bon roi saint Louis », et dont celui-ci s'était montré si digne, comme prince et comme homme. Sa piété ne le poussait pas seulement aux croisades; elle ne se manifestait pas seulement par la construction de la Sainte-Chapelle, qu'éleva Pierre de Montreuilpour recevoir la couronne d'épines achetée en 1236 à l'empereur latin Beaudouin ; elle fit surtout de saint Louis la providejice des malheureux Chaque jour, le saint roi prélevait sur sa dépense la nourriture de cent vingt-deux pauvres; souvent il sortait du conseil pour rendre visite à ses serviteurs malades; le vendredi saint, il servait à table treize pauvres en souvenir du Christ et des apôtres; partout il fondait des hospices pour les malheureux, les Quinze-Vingts à Paris, les Hôtels-Dieu de Pontoise, do Vernon, de Compiègne. C'est pour cette ciiarité active et personnelle, plus encore que pour ses croisades, qu'il a mérité d'être canonisé, le 11 août 1297, par le pape Boniface VIII.

«Le monde a vu déplus grands capitaines que saint Louis, de plus profojids politiques, de plus vastes et plus brillants esprits, des princes qui ont exercé au delà de leur vie une plus longue et plus puissante influence; il n'a point vu de roi plus

rare, point d'homme qui ait ainsi possédé le pouvoir souverain sans en contracter les passions et les vices naturels, et qui ait à ce point déployé les vertus humaines dans le gouvernement.» (Guizot.) fl'aul Schâfer.] Louis X le Hutin (c'est-à-dire le Querelleur), — Histoire de France, XI, — fils aîné de Philippe IV le Bel et de Jeanne, princesse de Navarre, reçut en 1-307 la couronne de Navarre, et en 1314, à la mort de son père, devint roi de France. Une réaction se produisit immédiatement contre le système de gouvernement de Philippe le Bel: les nobles imposèrent au nouveau roi le rétablissement de la plupart de leurs privilèges féodaux, et obtinrent la condamnation à mort d'Enguerrand de Marigny, qui avait été le principal ministre du monarque défunt. Bientôt après, Louis entreprit contre les Flamands une expédition qui n'aboutit pas; puis il mourut en 1316, ayant à peine régné deux ans. Il eut pour successeur un fils posthume, qui fut proclamé roi sous le nom de Jean I'\ mais qui ne vécut que quelques jours. (V. Philippe V et Guerre de Cent ans.)

Le principal événement du règne de Louis X, c'est l'ordonnance célèbre par laquelle il annonça l'intention de libérer à prix d'argent les serfs de ses domaines. « Xotre royaume, disait-il, est nommé le royaume des Francs; voulant que la chose en vérité soit accordant au nom, nous avons ordonné que par tout notre royaume la servitude soit ramenée à franchise, et franchise soit donnée à tous, abonnes et convenables conditions. » Mais ce n'était là qu'une mesure fiscale ; et comme les serfs montraient peu d'empressement à racheter leur liberté, le roi, pressé d'argent, imagina de les y contraindre, en frappant d'une taxe spéciale ceux qui ne se rachèteraient pas. L'ordonnance de 1315, qui ne fut exécutée que partiellement et qui tomba bientôt en oubli, n'a pas la portée d'une grande réforme politii|ue ; l'émancipation du peuple des campagnes ne s'opéra que lentement et graduellement; à la veille de la Révolution, il y avait encore des serfs en France.

I Louis XI (1461-1483), — Histoire de France, XV, j — fils et successeur de Charles VII, naquit à Bourges en 1421. Dauphin, il fut l'allié de la féodalité qu'il devait combattre plus tard comme roi. Il prit part en 1440 à la révolte des grands, connue sous le nom de Pruguerie. Charles Vil, pour satisfaire l'ambition de son fils et sa turbulente activité, lui confia le gouvernement du Dauphiné ! et le mit à la tête d'une expédition contre les Suisses (bataille de Saint-Jacques, 1444). Le Dauphin se retira ensuite dans sa province qui devint un foyer d'intrigues contre l'autorité royale. Menacé par une armée que son père avait envoyée ! contre lui, il chercha un asile auprès du duc de ' Bourgogne, Philippe le Bon. C'est là qu'il apprit ! en 1461 la mort de Charles Vil et son avèjiement 1 au trône.

Louis XI, après avoir reçu le sacre à Reims, rentra à Paris, escorté de son puissant protecteur. Dans son impatience de gouverner, il réagit contre l'administration précédente avec une imprudente précipitation. Il destitua les ministres de son père et s'entoura de petites gens, Olivier le Daim, son barbier, Tristan l'Ermite, son prévôt ou son bourreau, La Balue, qu'il fit évêque d'Angers et cardinal. Il mécontenta le peuple en augmentant la taille ; le clergé, en détruisant la Pragmatique sanction de Bourges ; la noblesse, en supprimant les droits féodaux et particulièrement le droit de chasse ; l'Université, en lui enlevant ses privilèges. Enfin il s'aliéna le vieux duc de Bourgogne et surtout son fils, le comte de Charolais, plus tard Charles le Téméraire, en rachetant les villes de la Somme cédées au traité d'.\rras, Saint-Quentin, Amiens, Abbeville, Péronne, Montdidior. Tous

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les mécontentements éclatèrent ,'i la fois. Les chefs do la noblesse, le comte de (iliarolais, François II, duc de Bretagne, le duc de Bourbon, le frère même du roi, le duc de Berry, les exploitèrent avec habileté, et conclurent, sous prétexte de détruire les abus, une liç/ue du bien public. Louis XI, après la bataille indécise de Montlhéry, assiégé dans Paris dont la fidélité était douteuse, ne se tira de la situation critique où il s'était mis par son imprudence qu'en signant les deux traités de Conflans et de Saint-Maur (HUf)). Il cédait la Normandie à son frère, rendait au duc do Bourgogne les villes de la Somme, et reconnaissait l'indépendance do la Bretagne. Ces traités auraient ruine le pouvoir royal, mais Louis XI en les signant était disposé à ne pas tenir ses engagements.

Le roi, après avoir fait déclarer par le Parlement que la Normandie était inaliénable, envahit celte province et en quelques jours l'enleva à son frère (14G()). Le comte de Charolais venait de succéder à son père sur le trône ducal de Bourgogne (15 juin 14fi"). On l'appelait déjà Charles le 'rerribleou le Téméraire. Il forma une nouvelle ligue contre Louis XI avec le frère du roi, le duc de Bretagne, le duc d'Alençon, les rois de Castille et •d'Angleterre. Louis XI s'appuya sur les Etats généraux réunis à Tours, se fit autoriser à garder la Normandie et à forcer le duc de Bretagne Ji l'obéissance. Il mena en effet une armée considérable contre ce dernier, et le contraignit à signer le traité d'Ancenis (1468). Mais il n'osa pas tenter avec le duc de Bourgogne le sort d'une bataille ; il se fiait davantage aux séductions de sa parole. Il demanda et obiini une entrevue à Péronne, lugubre résidence qui rappelait la captivité et la mort de Charles le Simple. Le duc de Bourgogne l'y reçut avec courtoisie ; il était déjà gagné par les flatteries du roi, quand il apprit que les émissaires royaux soulevaient à ce moment tout le pays de Liège. Sa fureur fut terrible; Louis XI eût couru un grand danger s'il n'avait été averti par le secrétaire du duc, Philippe de Commines, qui plus tard devint un des conseillers et le plus ■célèbre historien de ce règne. Il fallut souscrire Ji un traité humiliant. Le roi cédait à son frère la Champagne, en échange de la Normandie ; et il marchait, à côté du duc, contre les Liégeois qui •combattaient aux cris de « Vive la France » (1468). Il se vengea de toutes ces humiliations, en condamnant h une cruelle captivité de dix ans, dans une cage de fer, La Balue, qui le trahissait.

Dans la deuxième partie de son règne, Louis XI se montra plus prudent et plus habile. Il cher- •cha d'abord à annuler les désastreuses conséquences du traité de Péronne. La Guyenne fut donnée à son frère en échange de la Champagne qui aurait livré Paris au Bourguignon. Le duc de Bretagne, qui protesta, dut signer le traité d'Angers. Puis, quand le roi eut gagné à son alliance les Suisses, ie duc de Milan et les Ecossais, quand il eut rattaché à sa cause un certain nombre de seigneurs en leur conférant l'ordre an Saint-Michel, il fit casser le traité de Péronne par les notables, assemblés à Tours en 1470. Le duc de Bourgogne forma aussitôt une troisième ligue avec le projet de démembrer la France. .Mais la mort subite du duc de Guyenne déconcerta ses plans. Charles le Téméraire, accusant Louis XI d'un fratricide, se jeta avec rage sur la Picardie. La ville de Nesie fut saccagée, la population, réfugiée dans l'église, égorgée ; Beauvais effrayé résista avec désespoir ; une femme héroïque, Jeanne Hachette, se mita la tête des soldats. Le duc échoua dans toutes ses attaques; il poursuivit ses ravages dans la Normandie, ou il brûla Saint-Valéry et Neufchâtel. 11 avait compté sur les secours de François II. Mais celui-ci avait dû accepter la trêve de Sen-

lis ; le Bourguignon y adhéra (octobre 1472).

Délivré de son plus puissant adversaire, Louis XI frappa la noblesse. Le comte d'Armagnac, Jean 1", fut tué dans Lectoure par les soldats du cardinal d'Alhy ; le duc d'Alençon, qui avait voulu céder ses Etats à Charles le Téméraire, fut condamné k mort, son fils Hené à la prison perpétuelle ; le comte de Saint-Pol fut jeié à la Bastdle, jugé et décapité en place de Grève ; le duc de Nemours, après deux ans da captivité, fut décapité malgré les remontrances du parlement.

Pondant que Louis .\l fortifiait le pouvoir royal contre les entreprises de la féodalité, Charles le Téméraire se jetait dans les plus folles aventures. Réunir ses provinces françaises à ses provinces flamandes, reformer dans les bassins de la Saône, de la Meuse et du Rhin l'ancien royaume de Lotharingie, telle était son ambition. Il parut tout d'abord réussir : l'archiduc Sigismond lui vendit une partie de l'Alsace, et l'empereur Frédéric III, avec qui il eut une entrevue à Trêves, était sur le point, pour marier son lils Maximilien à Marie de Bourgogne, de lui donner le titre de roi de Gaule- Belgique. Mais Louis XI ne perdait pas de vue les manœuvres de son adversaire. Frédéric III refusa la couronne, l'arcliiduc reprit l'Alsace, et les Suisses déclarèrent la guerre au duc et envahirent la Franche-Comté. Pendant que Charles mettait le siège devant la ville de Neuss, Louis XI s'empara des principales villes de l'Artois et de la Picardie. Le roi d'Angleterre, Edouard IV, débarqua vainement à Calais ; ne trouvant pas l'armée de son allié sur laquelle il comptait, il signa avec Louis XI le traité de Pecquigny. Charles le Téméraire n'osant plus attaquer le roi de France, et impatient de se venger des Suisses, signa à son tour la trêve de Soleure (1475).

La guerre de Charles contre les Suisses fut fatale à la maison de Bourgogne. Vaincu à Grandson et à Morat, le duc mourut sous les murs de Nancy (1477).

Charles le Téméraire ne laissait qu'une fille, Marie, âgée de vingt ans. Louis XI réclama le duché de Bourgogne comme fief masculin et s'en saisit, ainsi que de la Franclie-Comté. Il envahit en môme temps la Picardie et l'Artois. Quanta la Flandre, il la requit defoi et d'hommage. La princesse se soumit et réclama son assistance contre les Flamands révoltés. Louis XI la trahit secrètement. La malheureuse Marie vit ses deux principaux ministres condamnés à mort par la populace excitée par les agents du roi, et exécutés. Elle se jeta alors dans les bras de l'empereur, et épousa Maximilien, fils de Frédéric III. Ce mariage commença la longue rivalité de la maison de France et de la maison d'Autriche. L'armée de Flandre, commandée par d'Esquerdes et de Gié, livra la seule bataille importante de cette guerre aux troupes de Maximilien. L'engagement eut lieu à Guinegate, près de Saint- Omer. La victoire demeura indécise. La guerre se prolongea jusqu'en 1482. A cette époque Marie de Bourgogne mourut d'une chute de cheval, à l'âge de vingt-cinq ans. Elle laissait deux enfants, Marguerite et Philippe le Beau. Les Flamands, qui n'aimaii'nt pas Maximilien, le forcèrent à signer la paix d'Arras (1482). Ce traité ratifiait l'union de la Bourgogne à la France et stipulait lo mariage de Marguerite avec le Dauphin, en lui laissant pour dot la Franche-Comté et l'Artois.

Ainsi, sous le règne de Louis XI, la France avait fait un pas immense vers son unité territoriale. Le domaine royal s'était agrandi de onze provinces. La succession de Charles le Téméraire en avait donné quatre : Picardie, Artois, comté de Boulogne, duché de Bourgogne avec le Charolais et Auxerre. Le testament do René d Anjou lui en avait donné trois autres, Anjou, Maine, Provence. Un procès avait valu à Louis XI lo du-

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ché d'Alençon et le Perche; la mort de son frère, la Guyenne ; son intervention dans les affaires d'Espagne, le Roussillon et la Cerdagne.

Le pouvoir royal fut fortifié non seulement par la lutte victorieuse contre la féodalité et les agrandissements territoriaux qui en furent la conséquence, mais par l'administration de Louis XI. Le parlement de Paris reçut une nouvelle organisation ; trois nouveaux parlements furent créés en province, celui de Grenoble en 1451, celui de Bordeaux en 14G2, celui de Dijon en 1477. L'armée compta 50 000 hommes de troupes régulières, Ifs milices des villes et 6000 Suisses. Le commerce et l'industrie furent encouragés. Les principaux traités prirent le nom de trêves marcliandes, à cause des stipulations quSls contenaient en faveur des marchands. La Rochelle et Bayonne devinrent ports francs ; le nombre des foires fut multiplie. Le roi permit aux nobles de faire le commerce sans déroger, et il établit à Tours, en 1470, la première manufacture de soie. L'institution des postes, fondée par l'édit de 1464, fut encore pour le commerce un puissant auxiliaire. Louis XI favorisa les lettres et les sciences. L'imprimerie de Paris date de son règne. Il en est de même de l'enseignement de la langue grecque, qui fut apporté en France par des réfugiés de Constantinople. Plusieurs universités nouvelles, comme celles de Valence et de Bourges, furent fondées. Le roi accorda i\ Paris une école spéciale de médecine. Le premier de nos grands poètes, Villon, et le premier de nos grands historiens, Commines, vécurent sous ce règne.

Louis XI, mourut en 148.3, à son château de Plessis-lez-'Tours. Ce roi d'une activité si remuante ne pouvait se faire à l'idée de la mort. Plus superstitieux que religieux, il fit appel à tout ce qui semblait pouvoir le rattacher k la vie. Mais en vain fit-il venir de Reims la Sainte Ampoule et de Naples saint François de Paule ; « le tout, dit Commines, n'y fit rien et il fallait qu'il passât par là où les autres sont passés. »

(Désiré Blanchet.] Louis Xlli — Histoire de France, XVI, — fils du duc Charles d'Orléans, connu comme poète; petit-fils de Louis d'Orléans, assassiné en 1407, et de Valentine Visconti ; arrière-petit-fils du roi Charles V. Il avait épousé une fille de Louis XI, et à la mort de ce prince, il disputa la régence à Anne de Beaujeu iV. Gnei-re folle); mais il fut vaincu et fait prisonnier. Rendu à la liberté, il se réconcilia avec Charles VllI, auquel il succéda, celui-ci étant mort sans enfants en 1498. Louis XII répudia alors sa première femme, pour épou- «er Anne de Bretagne, veuve du roi défunt, et conserver ainsi la Bretagne à la France. Puis, suivant l'exemple donné par son prédécesseur, il prépara une expédition contre l'Italie, riche proie dont les dépouilles tentaient la cupidité des hommes du Nord. Par sa grand'mère Valentine Visconti, Louis XII prétendait avoir des droits sur le duché de Milan. Lne armée française commandée par le condottiere italien Trivulce fit la conquête du Milanais (1499) ; le duc Ludovic Sforza, livré à Novare par ses mercenaires suisses (1500), fut envoyé captif en France. Puis Louis s'entendit avec le roi d'Espagne Ferdinand V pour dépouiller de sa couronne le roi de Naples Frédéric; trahi par les Espagnols en qui il avait cru trouver des alliés, Frédéric dut se rendre aux Français (1501). Mais quand il fallut partager, Louis et Ferdinand se brouillèrent; l'Espagnol, plus perfide que son rival, finit par l'emporter : tandis qu'il amnsait Louis XI! par des négociations trompeuses, son général, Gonzalve de Cordoue, attaquait les Français à l'improviste, les battait à Seminara et à Cerignola (1503), et les chassait du royaume de Xaples. Le traité de Blois

mit fin à la querelle : Louis XII conservait le Milanais ; le royaume de Naples devait revenir au petit-fils de Ferdinand V et de l'empereur Maximilien, Charles (le futur Charles-Quint) ; celui-ci était en même temps fiancé à la princesse Claude, fille de Louis XII, qui devait lui apporter en dot la Bretagne et la Bourgogne (1504). Heureusement pour la France, ce traité, qui menaçait d'enlever au pays deux de ses provinces, fut bientôt déchiré ; les Etats généraux déclarèrent que le roi n'avait pu aliéner les provinces promises, et la princesse Claude fut fiancée à François d'Angoulême (François I").

Cependant Jules II venait de succéder à Alexandre Borgia. Le nouveau pape voulait constituer l'unité de l'Italie sous l'autorité du Saint-Siège ; pour cela, il lui fallait affaiblir Venise, seule puissance italienne capable de balancer l'influence de Rome; et expulser de l'Italie les étrangers qui la tyrannisaient. Mais, pour abattre Venise, Jules II s'allia d'abord à ceux-là mêmes qu'il espérait pouvoir chasser ensuite : il forma la ligue de Cambrai, dans laquelle entrèrent le roi de France, le roi d'Espagne et l'empereur (1508). Louis XII marcha aussitôt contre Venise, dont l'armée fut mise en déroute à Agnadel (1509) ; mais Venise ellemême restait inexpugnable dans ses lagunes, et une armée de Français et d'Impériaux mit en vain le siège devant Padoue. Le pape, satisfait d'avoir repris aux Vénitiens les villes de la Romagne, fit la paix avec la république, et songea alors à l'expulsion des étrangers. S'alliant aux Vénitiens contre les Français, il réussit à former une coalition qu'il appela la Sainte-Ligue, et dans laquelle il fit entrer les Suisses, l'Espagne, l'Angleterre et l'empereur (1511). Seul contre tant d'ennemis, Louis XII devait succomber : la brillante victoire de Ravenne, qui coûta la vie au jeune général Gaston de Foix, fut inutile ; les Français durent évacuer le Milanais, où les Suisses et l'empereur rétablirent Maximilien Sforza. En vain Louis XII avait fait réunir un concile au moyen duquel il espérait tenir en échec l'autorité du pape; en vain il détacha de la Sainte-Ligue les Vénitiens, et essaya avec leur aide de reprendre le duché de Milan; la défaite de Novare (151.3) consomma la ruine de la domination française en Italie. En même temps, le roi d'Angleterre Henri VIII débarquait à Calais, et voyait fuir devant lui à Guinrgate l'armée que Louis XII avait envoyée pour l'arrêter (Journée des éperons) ; mais une attaque des Ecossais l'obligea à repasser le détroit. Les Suissesenvahirent la Bourgogne, et vinrent menacer Dijon, que la Tremoille sauva i force d'argent et en signant un traité que le roi refusa ensuite de ratifier.

Cependant Louis XII ne pouvait continuer la lutte ; il négocia la paix, en faisant à chacun de ses adversaires quelques concessions : le nouveau pape Léon X obtint le désaveu du concile schis matiquo ; Ferdinand V garda la Navarre espagnole dont il s'était emparé en en chassant le roi Jean d'Albret, allié de la France ; le roi d'Angleterre obtint la ville de Tournai et une indemnité. Anne de Bretagne était morte ; le vieux roi scella la paix avec l'Angleterre en épousant la soeur de Henri VllI ; mais il mourut trois mois après, le 1=' janvier

Les longues guerres d'Italie n'avaient abouti à aucun résultat ; c'était en pure perte que tant de sang avait été versé et tant d'argent dépensé. Cependant la situation intérieure du royaume était moins mauvaise qu'on n'eût pu s'y attendre. Louis XII, administrateur économe, avait trouvé moyen, malgré ses guerres, d'alléger les impôts; l'agriculture était florissante, la justice était mieux rendue, et les Etats généraux réunis à Tours en 1506 purent décerner au roi le titre de

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ph-c du peuple sans que l'opinion publique protestât. Quoique, depuis Cliarlos VII, le pouvoir royal se fût substitué définitivement au régime de la féodalité, les règnes de Louis XI et do Charles VIII avaient encore été troublés par des révoltes des grands vassaux ; Louis XII fut « le premier représentant du gouvernement incontesté et unitaire qui devait régir la France jusqu'en 178'.), et imposer pendant trois siècles aux institutions, aux mœurs, aux tendances du pays, la discipline de la monarchie absolue. » (Bordler et Charton.)

liouls XIII, — Histoire de France, XXII, — fils et successeur de Henri IV, n'avait que neuf ans lorsqu'il devint roi sous la régence de sa mère, Marie de Médicis (ICIO). Celle-ci ét.ait dominée par un favori, Concini, aventurier florentin qu'elle avait fait marquis d'Ancre et maréchal de France. Abandonnant les projets de Henri IV contre la maison d'Autriche, elle s'allia à l'Espagne, renvoya Sully, et ne chercha qu'Ji assurer son pouvoir contre les mécontents. Il lui fallut acheter la soumission des grands seigneurs. Elle convoqua les Etats généraux (IG14); mais cette assemblée, qui se réunissait pour la dernière fois avant 1789, et où un représentant du Tiers, Miron, fit entendre inutilement quelques courageuses paroles (V. Etats généraux), fvX congédiée sans qu'aucune réforme eût été décidée. Les seigneurs continuaient à murmurer contre l'autorité de Concini; celuici, conseillé par Richelieu , évêque de Luçon, essaya de quelques mesures de rigueur, et fit arrêter le prince de Condé. Mais le jeune roi, à qui pesait la tutelle de sa mère, et que poussait un de ses familiers, Albert de Luynes, se débarrassa de Concini en le faisant assassiner (1617), et exila sa mère à Blois. Louis XIII, que la faiblesse de son caractère devait condamner à une perpétuelle minorité, laissa ensuite le gouvernement à Luynes: celui-ci comprima les tentatives de révolte de la reine-mère ; et les protestants, dont les libertés étaient menacées, ayant pris les armes, il vint mettre le siège devant Montauban, une de leurs places-fortes ; il y mourut O^îl). Louis XIII réussit cependant à faire rentrer les protestants dans l'obéissance ; il se réconcilia en même temps avec sa mère, qui fit entrer au conseil royal l'évèque de Luçon, devenu le cardinal de Richelieu (162"2). A partir de ce moment, l'influence de Richelieu est dominante, et c'est lui qui gouvernera la Franco jusqu'à sa mort sous le nom du faible monarque. Nous racontons ailleurs (V. Richelieu) les actes du grand homme d'Etat qui fonda définitivement la monarchie absolue, et qui reprit contre la maison d'Autriclie la politique de Henri IV ; bornons-nous à rappeler ici la guerre contre les protestants et la prise de la Rochelle (IC28j,rabai6semeni des grands, le pouvoir des gouverneurs de province contenu par l'institution des intendants, l'alliance de la France avec les adversaires de la maison d'Autriche et son intervention glorieuse dans la guerre de Trente Ans. Richelieu mourut en 1 642 ; Louis XIII ne lui survécut que six mois. Il avait épousé en 1615 Anne d'Autriche, fille du roi d'Espagne Philippe III, qui lui donna deux fils, Louis XIV et Philippe d'Orléans.

Louis XIV dit le Grand, — Histoire de France, XXIII, XXV, — né à Saint-Gcrmain-en-Laye, le 16 septembre 1638, mort à Versailles le 1" septembre 1715. On donna le nom de Uieudnnné au prince qui, ondoyé dès sa naissance, no fut baptisé que cinq ans plus tard. Le 21 avril 1643, Louis XIII sur son lit de mort voulut que l'on s'acqiiittàt envers le dauphin d'un devoir dont jusqu'à ce jour on avait retardé l'accomplissement. Le cardinal Mazarin et la priiicesse de Condé furent chargés de présenter le dauphin au baptême. Sur le désir exprimé par l'enfant, on le baptisa

sous le nom de Louis. Porté ensuite sur le lit do son père, celui-ci lui demanda comment il s'appelait maintenant. « Louis XIV, » répondit l'enfant avec naïveté. — « Pas encore, >> dit le roi en souriant.

Les mémoires de Laporte, valet de chambre de Louis XIV, et les mémoires de Monglat, montrent combien fut négligée l'éducation de ce prince. Les premières impressions qu'on lui donna tendaient à lui inspirer pleine croyance en sa propre infaillibilité. On conserve parmi les manuscrits de la bibliothèque de Saint-Pétersbourg un modèle d'écriture que son professeur lui donnait à copier. On y voit écrit six fois de suite, en grosses lettres péniblement formées, ces mots significatifs : a L'hommage est dû aux rois ; ils font tout ce qui leur plaît. )) On comprend que de telles maximes aient faussé de bonne heure le cœur de cet enfant et lui aient donné ce qu'il a eu au suprême degré, la superstition de la royauté. Ce prince, qui écrira plus tard dans ses mémoires que « les rois reçoivent de Dieu des lumières particulières >i, ne doit pas être rendu seul responsable de cette doctrice du bon plaisir pratiquée par lui à outrance. Cette responsabilité doit être partagée par un entourage de courtisans qui pervertirent de bonne heure l'esprit du roi. Saint-Simon a dit très justement : « Il était né bon et juste. Tout le mal lui vint d'ailleurs. » Jeune, il n'aimait pas le cardinal Mazarin. Laporte nous apprend que la garde dont le cardinal était entouré, et qui contrastait avec l'abandon dans lequel il était laissé luimême, choquait son âme royale, et il le nommait le grand Turc. D'ailleurs, dit Monglat dans ses mémoires, « le prince ne se mêlait de rien. Le cardinal n'allait jamais chez lui, mais il allait plusieurs fois le jour chez le cardinal auquel il faisait la cour comme un simple courtisan. Le cardinal recevait le roi sans se contraindre. A peine il se levait quand il entrait et sortait, et jamais il ne le conduisait hors de sa chambre. » Plus tard, Louis XIV dissimula ou contint ses sentiments de répugnance, et il parut reconnaissant envers Mazarin des grands services rendus par celui-ci à la monarchie. Il le laissait gouverner d'une manière absolue, et il se livrait entièrement aux plaisirs de son âge. Les efl'orts du maréchal de ViUeroy, nommé gouverneur du prince après le duc de Beaufort, et le zèle éclairé de son précepteur, l'abbé de Beaumont, avaientété également stériles. Il ne putjamais apprendre le latin, bien qu'une traduction des Commentaires de César ait été publiée sous son nom. S'il apprit plus tard l'italien, ce fut pour plaire à Marie Mancini. Il goûtait uniquement \e& romans et les livres frivoles. La danse, les courses de bague, l'équitation, la cliasse à tir, étaient ses plaisirs favoris. Elevé au milieu des femmes qui remplissaient la maison d'Anne d'Autriche, il no tarda pas à écouter la voix de ses passions. Devenu amoureux d'une dos nièces du cardinal, Mario Mancini, il alla jusqu'à vouloir l'épouser. On a beaucoup trop vante dans cette circonstance le désintéressement et le patriotisme de Mazarin rompant ces projets d'union et éloignant sa nièce. Des travaux récents établissent que la fermeté déployée alors par le cardinal lui fut imposée par Anne d'.\utricho, qui s'emporta violemment contre ce qu'elle considérait comme la plus humiliante des mésalliances. D'ailleursle mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse, fille de Philippe IV, roi d'Espagne, et les fêtes splendides dont ce mariage fut l'occasion, efTacèrent complètement le souvenir de Marie Mancini.

Une éducation aussi négligée et des goûts aussi frivoles avaient persuadé la cour que Louis XIV se laisserait gouverner. Aussi l'étonnement fut-ii grand, lorsqu'à la mort de Mazarin, on I6(il, le roi déclara que désormais il dirigerait tout lui-

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même. Il tint son conseil réuni trois jours durant afin de se mettre au courant de l'administration du royaume. Il annonça qu'il consacrerait chaque jour six heures aux affaires de l'État, et il prescrivit aux ministres de ne rien signer, de ne rien payer sans son ordre. Clioisy raconte qu'Anne d'Autriche rit de cette résolution et que les courtisans ne crurent pas à sa durée ; mais en réalité il a tenu cet engagement durant les cinquante-quatre années de son règne effectif (1601-1715).

L'atîaire de la succession d'Espagne a été le pivot sur lequel a tourné tout le règne de Louis XIV. Le remplissant pendant cinquante ans, elle a amené les désastres de sa fin. Il est donc utile de l'étudier dans ses causes afin de bien faire comprendre quelles en ont élé les péripéties. Eviter le retour de la puissance formidable de Charles- Quint, à la fois empereur d'Allemagne et roi d'Espagne, et replacer l'Espngne dans sa sphère naturelle de mouvement et d'action en la ramenant dans les voies de la France dont elle reçoit et h laquelle elle procure une protection précieuse, telle devait être la politique française au milieu du XVII' siècle. Mazarin eut le mérite de le comprendre, en unissant Louis XIV à Marie-ïhérise, de manière à ménager à ce prince la succession d'Espagne. L'habile ministre résolut une question nationale, et sa main prévoyante disposa pour ainsi dire les événements fuiurs. Louis XIV ne tarda pas à voir que là seulement était le moyen de sa grandeur, et il mit tous ses efforts U tourner à son profit toutes les conséquences de ce mariage. Cette première période de son règne lut vraiment grande et glorieuse. Il était admirablement servi par des instruments incomparables formés au milieu des fécondes agitations de la Fronde, et soumis ensuite à une volonté ferme et persévérante, instruments qui avaient reçu la vive impulsion et le nerf que donnent les guerres civiles, mais auxquels il sut imprimer une même direction et un mouvement uniforme. Tels étaient dans la guerre Turenne et Condé, dans la diplomatie et l'administration Lionne, Colbcrt et Le Tellier, Aussi rien n'égale l'incontestable grandeur et la profonde utilité des actes de cette période pendant laquelle, ne se contentant pas de développer la prospérité du pays, de ressusciier Ia marine, d'implanter en France l'industrie étrangère et de faire pénétrer l'ordre dans l'armée, dans l'administration, dans les finances, il sut aussi porter un regard attentif à l'extérieur, ménager avec soin ses alliés, maintenir dans le repos les puissances inquiètes et les préparer habilement à la revendication de ses droits.

Aux yeux de l'Autriche, ces droits n'existaient plus. Afin dempècher la réunion sur la même tète des deux couronnes française et espagnole, une renonciation à la succession d'Espagne avait été imposée à Marie-Thérèse par son contrat de mariage, qui la dépouillait ainsi du droit que là loi espagnole accorde aux femmes de monter sur le trône. Mais ce contrat, déjà, considéré par Louis XIV comme radicalement nul, en ce que, essentiellement particulier, il ne pouvait pas modifier la loi fondamentale d'une monarchie, ce contrat, rédigé d'ailleurs par Mazarin et Louis de Haro, ministre d'Espagne, de telle manière que la renonciation y était réputée clause de forme, n'était pas exécuté par la cour de Madrid qui se refusait à payer la dot accordée à Marie-Thérèse en échange de ses droits Violé par l'une des parties, il ne pouvait donc pas être opposé k l'autre.

Après avoir démontré ses droits futurs à la succession totale d'Espagne, Louis XIV trouve un légitime moyen d'agrandissement dans une question de succession partielle. Se fondant sur une coutume en vigueur dans quelques provinces des Pays-Bas, coutume qui donne l'héritage paternel

aux seuls enfants du premier lit, il demande à Charles II, roi d'Espagne, enfant du second lit, au nom de Marie-Thérèse, issue du premier, la partie des Pays-Bas dans laquelle existe cette coutume que l'on nomme droit de dévolution. Sur le refus du roi d'Espagne, il entre en campagne, et il se montre aussi surprenant par la rapidité de ses coups que par la modération do ses demandes. Il acquiert les places de Charleroi, Binch, Atli, Douai, Tournai, Oiidenarde, Lille, Courtrai, Armentières, Bergues, Furnes, avec leur territoire, et il affermit ainsi, en les éloignant de la capiule, les frontières septentrionales de la France. Cette période fut une période de négociations merveilleusement conduites de IGUI h. 1607, et une période de guerre de 1667 à 1608, année de la glorieuse paix d'Aix-la-Chapelle.

Mais si Louis sut consentir .au traité d'Aix-la- Chapelle, dans lequel il évita d'alarmer l'Europe par un agrandissement démesuré, il ne le fit pas sans conserver contre la Hollande, qui l'avait arrêté dans ses projets de conquête, un vif ressentiment et sans former dès cette époque le projet de se venger d'elle. Il faut reconnaître que la conduite des Hollandais fut des plus inconsidérées. Qu'ils eussent oublié que leur république était née et avait grandi à l'ombre de la maison de France, on peut l'admettre. Le souvenir des services rendus ne saurait prévaloir en politique sur la crainte d'un danger prochain. Les Hollandais avaient eu raison d'être effrayés par l'invasion de la Flandre et par le rapprochement des frontières de France. Mais ils commirent une grave imprudence en considérant la paix d'Aix-la-Chapelle comme un triomphe qui leur était propre, et en humiliant la fierté de Louis XIV par des médailles aussi pompeuses que mensongères. Louis XI\, en paraissant vouloir châtier leur ingratitude, obéit au seul désir de venger son orgueil blessé. Il sembla préparer une guerre de politique, mais en réalité il prépara une guerre de ressentiment. Pendant les quatre années qui s'écoulèrent entre la paix d'Aix-la-Chapelle et l'invasion de la Hollande (I6ijS-1072i, il négocia très habilement avec toute l'Europe afin de la rendre favorable à l'exécution de ses projets. Lionne l'y aida puissamment, et là encore, surtout avec l'Angleterre, dont on acheta \ prix d'argent le roi Charles il, on réussit dans tontes les négociations entreprises.

Malheureusement Lionne ne vécut pas assez longtemps pour faire prévaloir dans l'exécution de la campagne contre les Hollandais la mèine sagesse et la môme prudence que dans ses préparatifs. Il poursuivait en effet non pas leur ruine, mais leur châtiment. Lionne mort, et un ministre violent, Louvois, ayant succédé dans la faveur du roi à un ministre sage, Louis XIV poussa sa victoire jusqu'à ses conséquences extrêmes et commit ainsi la faute capitale d'où résulteront tous les désastres de la fin du règne. En voulant écraser la Hollande, Louis XIV, loin de parvenir à l'abattre, la réduisit à ces efforts désespérés et sublimes qui produisent les retours de fortune. Sur les cadavres des frères de Witt, massacrés dans une insurrection, sur les débris du parti français en Hollande, s'éleva Guillaume d'Orange, qui, pour sauver son pays de l'invasion, n'hésita pas à l'inonder en faisant rompre les digues. Le défenseur de l'indépendance hollandaise devint en 108s celui du protestantisme anglais, et, stathouder révolutionnaire de 1672, puis roi d'Angleterre, ne cessa d'être l'antagoniste le plus formidable de Louis XIV, le négociateur opiniâtre de toutes les coalitions formées contre lui, son ennemi implacable et finalement victorieux. C'est l'inexcusable abus de la force auquel se laissa entraîner Louis XIV qui a ouvert la carrière de Guillaume IH, en lui inspirant la noble anibi-

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tion de délivrer son pays de l'invasion ; car il était dans la destinée de ce grand homme de mériter par un immense service rendu chacun de ses agrandissements de fortune : il devint stathouder en sauvant la nationalité de la Hollande, roi d'Angleterre en débarrassant celle-ci du despotisme, chef de la ligne d'Augsbourg en préservant l'Europe de 1 assujettissement.

Néanmoins, si l'on tomba dès lors dans le mépris de la modération et de la prévoyance, les conséquences de cette nouvelle poli tique ne furent pas immédiates, ou, du moins, furent compensées par l'habileté des généraux illustres que comptait encore la l-rance. La campagne, conduite par Turenne, qui incendia le Palatinat, puis après sa mort 16751 par l.ondé, 1 admirable organisation de l'armée par Louyois, aussi bon administrateurque politique violent, les victoires remportées par Turenne, Condé et Uuquesne, aboutirent au traité de Nimègue, signé le 10 août IG78 et qui marque lépoque de la grandeur de Louis \IV. Par ce traité, la France acquit la l'ranche-Comté et quatorze villes des Pays-Bas. Ce fut encore Louis XIV qui rompit cette paix en prenant violemment possession de Strasbourg, de Kehl, de Dixmude et de Luxembourg. La trêve de Katisbonne conclue en l(i84 sembla amener la paix, mais sans apaiser les ressentiments de l'Europe, qui se manifestèrent en iGNii par la ligue dAugsbourg, unissant contre Louis XIV, s'il violait de nouveau les traités, l'empereur d'Allemagne, le roi d Espagne, la Hollande, la Suède et la Savoie. L. avènement du prince d'Orange au trône d'Angleterre eut pour effet do joindre l'Angleterre aux puissances déjà coalisées contre Louis XIV, et de substituer, à la ligue de 1688, la grande ligue de IG89. Pendant ce temps, des événements importants se produisaientà l'intérieur. Des différends s'étant élevés entre Louis XIV et la cour de Rome à l'occasion de la re.'ja!e, droit féodal grâce auquel les rois jouissaient des fruits temporels des archevêchés et des évèches pendant leur vacance, Louis XIV voulut faire juger la r,uerelle par le clergé de France luimême. Le 16 juin 1681, il convoqua une assemblée générale du clergé qui, réunie en I6S-.>, se rangea de l'avis du roi. Le pape s'étant refusé k accepter cette décision, l'assemblée du clergé de ï rance chargea Bossuet de rédiger une déclaration solennelle des maximes du pays sur la puissance ecclésiastique. Adoptée i 1 unanimité, elle ]f J^omokguae par le parlement le 2.i mars lb».i en même temps qu'un édit du roi qui prescrivait d enseigner la doctrine contenue dans cette déclaration. Les quatre fameux articles de la déclaration portent en substance que le pape et llig lise nont d'autorité que sur les choses spirituelles et n'en ont aucune sur les choses temporelles ; qu en conséquence les rois (et nécessairement tous les gouvernements civils) ne sont en rien soumis à l'autorité ecclésiastique. Cette doctrine n était pas nouvelle ; elle était conforme aux maximes des libertés de VEglhe galUcane réunies et publiées un siècle auparavant par Pierre i;itnou et qui avaient toujours été pratiquées en Irance, et elle n'était, selon Bossuet, .. que la doctrine même de l'Ecriture et de la tradition. « Colbert mourut en disgrâce le 6 septembre 168;!. yuelque temps après, son œuvre principale fut uetruite, ou du moins singulièrement compromise par la révocation de l'édit de Nantes. Par cet edit Henri IV avait, le 13 avril f598, accordé a iioerte de conscience aux protestants et permis 1 exercice public de leur religion dans un certain nombre de villes. En outre, il avait créé une Chambre de l'Edit pour connaître des procès des rtioimes. Cet edit, enregistré par le parlement le ^ levrier 1699, subsista jusqu'au 'Il octobre I68.i. cédant alors à l'influence néfaste de M""-' de Maintenon, influence qui ne saurait être mise en doute

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depuis la |)ublication des lettres complètes de la princesse Palatine, duchesse d'Orléans, Louis XIV révoqua l'édit de Nantes. Par là il chassa do France des milliers de familles honnêtes et laborieuses qui allèrent porter à l'étranger les secrets de nos industries nationales. Plus de 200 000 protestants émigrèrent. Le souvenir des Dragnmvides est attaché à cette funeste mesure, qui porta au commerce et à l'industrie de la France un coup dont elle fut longtemps à se relever. Les Dragonnades consistaient à placer, chez les protestants qui refusaient de se convertir, des garnisaires, presque toujours des dragons, qui se livraient à tous les excès, qui pillaient et torturaient jusqu'à l'abjuration des infortunés. Aucun de ces excès ne fut châtié, et Louvois prescrivait aux intendants, en novembre 168."), « de laisser les soldats vivre fort licencieusement. .- La révocation de l'édit de Nantes et. les persécutions qu'elle amena firent rapidement perdre à la France la suprématie économique qu'elle avait conquise.

C'est à ce moment que Louis XIV entreprit, contre la coalition formidable dont Guillaume d'Orange était l'àme, la guerre dit,e d'Allemagne ou de la ligue d'Augsbourg, qui dura huit années (1689-169"). La France y conserva la réputation de ses armes, mais LouisJ .\IV se vit en définitive contraint de subir les conditions que lui dictèrent les alliés. Le second incendie du Palatinat (1689;, la conquête des trois électorats ecclésiastiques, la victoire de Luxembourg à Fleurus sur les Allemands et de Catinat à StafTarde sur le duc de Savoie (UMO), furent les événements principaux des deux premières campagnes. En IU91, Louis XIV s'empara de Mens, et en 1692, de Namur. Les victoires remportées par Luxembourg à Steinkerque (1692) et à Nerwinde (1693), et par Catinat à la Marsaille (1693) furent balancées par la terrible invasion de Victor-Amédée, duc de Savoie, et par la défaite navale de la Hogue. Louis XIV, dont les victoires avaient été stériles, fut contraint d'abandonner ses conquêtes pour avoir la paix. Par le traiié de Ryswick (1697), il renonça à la Lorraine et à la plus grande partie des réunions opérées précédemment aux dépens de l'Empire. En outre, il fut obligé de reconnaître le prince d'Orange, Guillaume III, pour roi d'Angleterre.

La succession d'Espagne étant sur le point de devenirvacanteparsuite delà débilité deCharles II, Louis XIV s'était empresséde partager d'avance les Etats espagnol? avec Guillaume d'Orange et l'empereur Léopold, quand tout à coupon apprit, en même temps qiielamortde Charlesll, l'existenced'un testament qui instituait pour unique hérilierPhilippe, duc d'Anjou, second fils du Dauphin de France. Accepter ce testament, c'était annuler le récent traité de partage et irriter profondément l'Europe. Au lieu de calmer cette irritation fort naturelle, Louis XIV l'aigrit et fortifia les craintes de tous par d'inexcusables maladresses et par des fautes capitales. Par des lettres patentes, il maintient au duc d'Anjou (devenu roi d'Espagne sous le nom de Philippe V, ses droits au trône de France, et confirme ainsi le danger de voir un jour l'équilibre européen rompu par la réunion sous le même sceptre de deux grandes monarchies. En même temps il fait prescrire par la cour de IWadrid à tous les gouverneurs des possessions espagnoles d'obéir désormais aux ordres du roi de France comme à ceux de Philippe V. Puis il viole la paix de liyswick par l'invasion inopportune des Pays- Bas espagnols; et, en traitant comme roi d'Angleterre le fils de Jacques II, réfugié à Saint-Germain, il blesse la fierté du peuple anglais auquel il semble imposer un maître. A l'Autriche qui, seule d'abord, a rejeté le testament. Louis XIV vient de donnerainsi pour alliés la Hollande irritée de la violation menaçante d'un territoire voisin, et l'Angleterre

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blessée d'un tel attentat à ses droits. Le hautain monarque a dès lors le triste privilège de mériter la devise que lui avait appliquée Louvois : a Seul contre tous. »

Contre la nouvelle coalition qui se prépare, les ressources de la France sont devenues bien insuffisantes. Louvois est mort. Les grands capitaines ne dirigent plus les armées. Turenne et Condé ne sont plus. Le maréchal de Luxembourg, élève digne de tels maîtres, a disparu comme eux, ainsi que les deux plus redoutables marins qu'ait eus la France, Duquesne et Tourville. A Catinat tombé en disgrâce, ont succédé les Marsin, les Tallard, les Villeroy. M"» de Maintenon, conseillère fatale dont Louis XIV avait fait sa femme, inspirait ses .choix, ses ordres; grâce à elle, l'incapable Pontchartrain et le léger Chamillard occupaient la place illustrée par Louvois et Colbert. Laterre.à laquelle les armées si souvent renouvelées ont enlevé ses laboureurs, languit et souffre, et le peuple, chargé d'impôts, désire ardemment la paix, au moment même où de fausses mesures Tiennent de précipiter la France dans une longue guerre qui mettra son existence en péril.

Cependant ses débuts ne furent pas marqués par des revers immédiats. L'armée française, habituée jusque-là à vaincre, suivit quelque temps encore l'impulsion donnée. Mais, comme lui manquaient à la fois les généraux, l'argent et les soldats, elle ne tarda pas à succomber. Tallard est battu à Hochstedt (170*); Villeroy à Ramillies (l'Oii), Philippe V est chassé de Madrid par les confédérés, et, après la défaite que Marlborough fait essuyer à Vendôme près d'Oudenarde (HUS), il faut songer à défendre les frontières elles-mêmes qui sont envahies. Ce n'est pas tout. Aux revers qui démoralisent l'armée et qui compromettent le sort de la France, viennent s'ajouter les calamités qui, pénétrant dans son cœur même, le rojigent. La révolte des Oamisarcls, protestants des Cévennes exaspérés par les persécutions (1702-1704) n'est apaisée que par un arrangement conclu avec le chef des insurgés, Jean Cavalier. Une famine générale, succédant h un hiver des plus rigoureux, tombe sur le peuple et le décime (l 709). La mort ne s'appesantit pas seulement sur lui ; elle entre aussi dans la demeure royale et la ravage. Louis XIV, accablé comme roi, est frappé comme père. Son fils, ses petits-fils, le précèdent au tombeau. La duchesse de Bourgogne, dont le sourire parvient encore à égayer la cour assombrie, est ravie tout à coup, et de cette nombreuse postérité, ornement et soutien de la couronne, splendide cortège pour la longue vieillesse du roi, seul un rejeton subsiste. Les yeux du monarque, qui voyait naguère se presser autour de lui trois générations, ne se reposent plus maintenant que sur un enfant faible et débile.

Louis XIV consenti s'humilier et k demander la paix. Mais les sacrifices auxquels il se soumet, et que Rouillé et Torcy sont allés annoncer à La Haye aux plénipotentiaires, font naître chez les alliés de nouvelles exigences plus rigoureuses encore. Le prince Eugène, Marlborough et le grand pensionnaire de Hollande, Heinsius, qui sont ;i la tête de la coalition, et qu'unit une haine commune contre Louis XIV, ne se laissent plus diriger par la prudence, qui est toujours modérée, et ils émettent de telles prétentions que Louis XIV adresse un appel à la nation. Cet appel est entendu. Un patriotique enthousiasme étouffe les gémissements et les cris de détresse qui depuis longtemps s'élèvent de toutes parts. « Ce ne fut, dit Saint- Simon dans ses mémoires, qu'un cri d'indignation et de vengeance. » Les volontaires accourent, et Villars, mandé de la Savoie, se place h leur tête. Mais il est battu h Malplaquet (1709). tandis qu'en Espagne la défaite de Saragosse force

Philippe V d'abandonner une seconde fois sa capitale.

Louis dut céder davantage. Il envoya Polignac et Huxelles à Gertruydenberg , proposant cette fois : de ne plus donner aucun secours h son petit-fils en Espagne, de rendre Strasbourg et Brisach, de renoncer à la souveraineté sur l'Alsace, de rasor toutes ses places depuis Bâlo jusqu'à Philipsbourg, et de combler le port de Dunkerque. Il alla même jusqu'à offrir un million par mois pour aider les alliés à détrôner Philippe V. Mais ces offres, qui s'étendaient avec ses désastres, ne suffirent pas. On exigea qu'il détrônât lui-même et tout seul son petit-fils.

Jamais la France n'a été plus près de sa perte. Ses frontières septentrionales étaient envahies, ses ports du sud menacés et un projet de démembrement était discuté par les coalisé^. De cet état où l'avaient jetée l'orgueil et les fautes de Louis XIV, elle fut tirée, grâce à la mort de l'empereur Joseph et grâce à la chute du parti whig en Angleterre. Si l'archiduc Charles, remplaçant l'empereur Joseph sur le trône impérial, fût en même temps resté roi des Espagnes, l'Europe coalisée eût rétabli en lui la puissance formidable de Charles-Quint. C'est ce que l'on comprit en Angleterre. Le parti «hig, qui avait Godolphin pour ministre et Jlariborough pour général, fut renversé par le parti tory dirigé par Bolingbroke. Dès lors la paix était assurée. Elle fut facilitée par la victoire remportée par le duc de Vendôme à Villaviciosa en Espagne, et par celle de Villars à Denain. Le célèbre congrès d'Utrecht, ouvert en février 1712 et terminé le 11 avril 1713, régla les conditions de la paix. On y établît comme l'une des règles fondamentales du droit européen la séparation perpétuelle des deux monarchies de France et d'Espagne. Les Hollandais obtinrent la fameuse barrière depuis longtemps demandée par eux. et pour laquelle Louis XIV céda Menin, Tournai, Furnes, Dixmude et Ypres. Les Anglais eurent Gibraltar et Minorque arrachés à l'Espagne, et la France leur accorda quelques-unes de ses colonies, le coniblementduportdeDunkerque, la reconnaissance de la succession protestante et le renvoi du prétendant. Les Pays-Bas, le royaume de Naples,les ports de Toscane et le duché de Milan étaient réservés à l'empereur. Celui-ci n'agréa pas tout d'abord ces contlitions. Mais, Villars s'étant emparé de Landau et de Fribourg, les traités de Rastadtet de Bade, conclus avec l'Empire en 1714, ratifièrent les décisions du congrès d'Utrecht. Cette longue contestation, pendant laquelle Louis XIV avait failli tout perdre pour avoir eu une ambition trop démesurée, et n'avait été sauvé que par l'ambition désordonnée des coalisés, se terminait par l'établissement d'une dynastie française en Espagne et par un partage.

Les graves périls auxquels le despotisme du roi venait d'exposer la France furent pour Louis XIV un châtiment, mais non une leçon. Jusqu'au dernier jour, il crut à son omnipotence et la manifesta par les actes les plus arbitraires. Ce prince, qui était si jaloux de son autorité, se laissa souvent diriger, et, après avoir pris durant de longues années la voix de ses passions pour celle de son devoir, il prenait maintenant la voix de son confesseur pour sa conscience. C'est en cédant aux habiles insinuations du père Tellier qu'il chassa de leur retraite les solitaires de Port- Royal, qu'il disgracia Fénelon, et qu'il se jeta dans de ridicules querelles théologiques en faisant condamner par le pape le livre du père Quesnel. Ta)it d'intolérance en matière religieuse ne suffit pas pour couronner tristement un règne dont les débuts avaient été glorieux. Louis XIV, entraîné par M"" de Maintenon, voulut élever sa volonté personnelle au-dessus des lois du royaume.

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^'C• se contentant pas de faire épouser ses enfants 1 adultérins par des princes et des princesses légitimes, il les avait légitimés et leur avait donné le pas sur les seigneurs du royaume. Il fit plus. Par un édit do l'U, il leur reconnut des droits à la couronne de France. 11 méditait des projets plus désastreux encore; il préparait la réunion d'un concile national appelé à proscrire une partie du clergé, et il allait de nouveau rompre la paix du monde en tentant de rétablir le lils de Jacques II sur le trône d'Angleterre, quand uno maladie mortelle s'empara de lui dans les premiers jours du mois d'août ni.'>. La résignation qu'il montra, le langage touchant qu'il tint, les regrets qu'il manifesta des fautes commises, font de sa mort un spectacle qui n'est pas dénué de grandeur. Il eût été h souhaiter qu'il eût appliqué durant sa vie les beaux préceptes qu'il donna à son successeur enfant (le futur Louis XV) au moment des adieux suprêmes.

Louis XIV mourut le 1" septembre 1715. Il avait régné soixante-douze ans. Il avait épousé en 16G0 Marie-Thérèse, fille du roi d'Espagne, dont il eut plusieurs enfants, parmi lesquels un seul vécut, le dauphin Louis ; celui-ci eut, d'une princesse de Bavière, le duc de Bourgogne, père de Louis XV; Philippe, duc d'Anjou, roi d'Espagne sous le nom de Philippe V; et le duc de Berry, Des liaisons de Louis XIV avec M"' de la Vallière et M""" de Montespan naquirent un grand nombre d'enfants naturels ou adultérins.

Louis XIV possédait plusieurs des qualités qui font les grands rois. 11 avait au suprême degré le sentiment de la grandeur. La rareté et la brièveté de ses paroles ajoutaient beaucoup à sa majesté. 11 n'avait pas dans l'esprit les heureuses saillies d'Henri IV, mais son jugement était droit, et quand ses passions ne l'aveuglaient pas, il voyait juste. ■' Jamais, dit Saint-Simon, personne ne donna de meilleure grâce et n'augmenta tant par là le prix de ses bienfaits; jamais homme si naturellement poli, ni d'une politesse si fort mesurée, si fort par degrés, ni qui distinguât mieux l'âge, le mérite, le rang. » Appliqué, persévérant et résolu, il eut l'esprit de détail et de suite, mais non ce haut discernement et celte vue d'ensemble qui font les grands politiques. Si sa vie manque de cette unité qui distingue la vie de Richelieu s'avançant sans cesse vers un but marqué d'avance, c'est parce que Louis XIV laissa diriger sa vie à laquelle les influences fort diverses de Lionne, de Colbert, de Louvois, du père Tellier et de M"" de Maintenon donnèrent des aspects fort différents. Ce prince qui a dit dans ses Mémoires « qu'un roi doit se décider lui-môme, parce que la décision a besoin d'un esprit de maître, et que, dans le cas où la raison ne donne plus de con'seils, il doit s'en fier aux instincts que Dieu a mis dans tous les hommes et surtout dans les rois, » s'est le plus souvent laissé inspirer ces instincts par ceux qui l'entouraient et qui savaient déguiser l'empire de l'esprit sous la forme tantôt du conseil, tantôt de la flatterie, tantôt du dévouement. Assurément Louis XIV connut mieux que personne les services éminents que lui rendit Colbert en restaurant les finances, en fondant les manufactures, en protégeant le génie dans ses plus illustres représentants. Mais pourquoi a-t-il cessé d'apprécier ses services et l'a-t-il laissé mourir dans la disgrâce, lorsque l'ascendant de Louvois s'est pou à peu substitué à l'heureuse influence de Colbert? Assurément aussi, Louis XIV s'est mis tout entier dans la belle campagne diplomatique qui inaugure si glorieusement son règne personnel. Mais comment pourrait-on lui en laisser à lui seul le mérite, comment pourrait-on contester la grande part qui en revient à Lionne, lorsqu'on voit, à la mort de ce ministre, le roi habile devenir un roi passionné,

passer brusquement d'entreprises modérées et sages à des actes exagérés de vengeance, et commencer une série do fautes qui devaient incliner l'Etat vers sa ruine'? Si le merveilleux esprit d'habileté qui a inspiré la première période du règne émane tout entier de Louis XIV, pourquoi cet esprit n'a-t-il pas survécu à Lionne? Sont-cc des événements imprévus et qu'on ne saurait imputer au monarque qui ont porté plus tard un si rude échec à sa politique? Xon, c'est lui seul qui, suivant les inspirations de la passion, ou subissant la néfaste influence d'une conseillère au génie étroit, a détruit l'industrie nationale par la révocation de l'édit de Nantes, et coalisé l'Europe contre la France par un violent abus de la force en Hollande. Les désastres de la fin du règne, pendant lesquels Louis XIV reste personnellement très grand par la résignation touchante et de magnifiques élans de coeur, ces désastres résultent de ce qu'il a subi sans cesse des directions, bien que très jaloux de son pouvoir. Son règne ne présente de l'unité que si l'on considère le caractère personnel du monarque, qui est resté grand jusqu'à son lit de mort.

Ce prince, qui a subi tant d'influences, a-t-il lui-même exercé une influence aussi considérable qu'on l'a dit sur les grands hommes de son temps? Les panégyristes le montrent se présentant à la postérité avec un cortège de génies immortels. On le voit ayant à la tête de ses armées Turenne, Condé, Luxembourg, Catinat, Vendôme et Villars. Duquesno et Tourville commandent ses escadres. Lionne, Colbert, Louvois , Torcy sont appelés dans ses conseils. Bossuet, Bourdaloue, Massillon lui font connaître ses devoirs. Mole, Laraoignon, Talon et d'Aguesseau illustrent son parlement. Vauban fortifie ses citadelles et Riquet creuse ses canaux. Perrault et Mansart construisent ses palais qu'embellissent Puget, Girardon, Poussin, Le Sneur, Mignard et Le Brun, tandis que Le Nostre en dessine les jardins. Corneille, Racine, Molière, Descartes, Pascal, Quinault, La Fontaine, La Bruyère, Boileau éclairent sa raison ou amusent ses loisirs. Montausier, Bossuet, Beauvilliers, Fénelon, Fléchier, Fleury élèvent ses enfants. S'il fallait en croire les panégyristes, toutes ces gloires auraient plus ou moins profité de l'influence de Louis XIV. Mais les dates sont impitoyables, et leur examen attentif amène à réduire considérablement un rôle démesurément grossi. Louis XIV n'a effectivement régné qu'en IC61. Or, à cette époque, Le Sueur était mort depuis six ans, et Poussin s'était retiré à Rome, chassé de France par les cabales de ses ennemis. Descartes était mort depuis onze ans. Corneille avait depuis longtemps publié tous ses chefs-d'œuvre, et Une devait guère donner sous Louis XIV qu'y! 9e.>!7fl,s et JHî/a. Pascal, dont les P)-ot'H!ci'i/es avaient paru depuis cinq ans,allalt mourir. Enfin, Molière, La Fontaine et Bossuet avaient alors trente-cinq à quarante ans ; Us étaient donc à. cette époque en pleine possession de leur génie qu'ils avaient déjà révélé, Molière par plusieurs comédies, La Fontaine par des contes, et Bossuet par ses admirables sermons. Le vrai est que l'immortelle génération d'écrivains du xvii" siècle a reçu son éducation littéraire antérieurement à Louis XIV, qu'elle s'est formée pendant les troubles féconds de la Fronde, et que la langue, devenue plus tard plus délicate et plus souple, a perdu cette mâle vigueur, cette originalité puissante qui la caractérisent durant la première moitié du siècle. Le cardinal de Retz non plus ne dérive en rien de Louis XIV, car c'est dans le demi-exil de Coramercy et loin de la cour qu'il a écrit ses admirables Mémoires. Il a puisé dans l'esprit du commencement du siècle cette libre allure, cette fierté dans la pensée, celte hardiesse dans le lan-

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gage, ces rudes et primitives qualités qui le dis- 1 iingueijt. Son génie ne s'est pas laissé énerver 1 par l'exquise politesse et l'élégante régularité que i Louis XIV met en honneur. Il ne serait pas plus exact d'attribuer h Louis XIV la moindre influence surun autre auteur de mémoires, Saint-Simon, cet écrivain si original et si sévère qui, mécontent de son peu d'importance sous un roi auprès duquel l'effaçaient des courtisans qui ne le valaient pas, s'est dédommagé de ses froissements par ses récits, et, portant la lumière dans les recoins les plus retirés et les plus sombres do cette cour si brillante a la surface, en a montré les pompeux ridicules et les misères cachées.

Racine, Fénelon, M°" de Sévigné, Boileau et La Bruyère, tels sont les seuls écrivains qui appartiennent vraiment au règne personnel de Louis XIV. Or, parmi ces grands écrivains, il en est deux au moins qui n'ont pas subi l'influence du roi : l'un, Fénelon. qu'il nommait un bel esprit chimérique, et dont la plupart des idées sont une protestation peu déguisée contre les opinions dominantes, contre le faste de la cour, contre le goût des conquêtes ; l'autre, La Bruyère, qui atoujours vécu loin de la cour, et qui assurément n'a pas été inspiré par Louis XIV dans son horreur pour la guerre et dans ses éloquentes réclamations en faveur des paysans si malheureux alors.

En réalité, legénie nes'épanouit que dansune ère de liberté. Lesquatre grands siècles littéraires delà France ont eu pour point de départ, le premier, le XVI' siècle, le grand mouvement dans les idées produit par la Réforme ; le second, les troubles de la Fronde ; le troisième, la mort de Louis XIV ; ie quatrième, la chute de Napoléon. Louis XIV a eu la bonne fortune de recueillir une moisson glorieuse, mais qu'il n'avait pas semée. Grâce au poids dont il a pesé sur les esprits, à la fécondité puissante de la première moitié du siècle a succédé la plus complète stérilité. Les auteurs dont l'esprit et le caractère se sont formés sous le règne de Louis XIV sont Racine le fils, Campistron et Jean-Baptiste Rousseau.

Il serait pourtant injuste de ne pas accorder vine petite part à Louis XIV dans les grandes choses accomplies par Colbert et Vauban avant que ces deux immortels conseillers fussent tombés en disgrâce. Les ordonnances sur les eaux et forêts, sur le commerce et sur la marine ; la création de la compagnie des Indes occidentales et plus tard de la compagnie des Indes orientales ; les frontières de l'est et du nord défendues par un triple rang de forteresses ; Rochefort construit ; Brest et Toulon armés ; l'agrandissement du Jardin des plantes, la construction de l'Hôtel des Invalides et de l'Observatoire ; le château de Versailles éditié; Paris éclairé, pavé et rendu à la sécurité par l'organisation d'une police forte : la générosité du roi s'étendant jusque sur les artistes et les savants étrangers ; la fondation de l'école de Rome, de l'Académie des sciences et de celle des inscriptions ; la réorganisation de la bibliothèque royale enrichie ; tout cela témoignera toujours en faveur de Louis XIV, jusque dans la postérité la plus reculée.

Mais ces mesures utiles, ces créations grandioses, ces splendeurs éclatantes dissimulent trop aux yeux des historiens officiels l'état de misère profonde dans lequel était le peuple écrasé d'impôts et littéralement réduit à la mendicité. De loin en loin, s'élevaient quelques voix éloquentes et courageuses qui portaient au roi la vérité. « La plus grande partie des habitants de ma province (le Dauphiné) n'ont vécu que de pain, de glands et de racines, et présentement on les voit manger l'herbe des prés et l'écorce des arbres, » écrivait Lesdiguières en 1G"5. « Vos peuples, sire, meurent de faim, s'écriait Fénelon. Au lieu de tirer de l'argent de

ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l'aumône et le nourrir. La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions. » Et Vauban écrivait en 17117 : <i La dixième partie du royaume est réduite à la mendicité et mendie effectivement, n Mais ces audacieux défenseurs de la vérité étaient traités d'esprits chimériques et tombaient en disgrâce. Leur témoignage n'était pas mieux accueilli de Louis XIV qu'il ne l'a été ensuite des historiens officiels. Heureusement dos chercheurs patients et consciencieux sont venus depuis, qui se sont livrés à de minutieuses enquêtes et ont montré, par des travaux récents et incontestables, ce qu'était cet ancien régime que vantent ceux qui en regrettent les privilèges réservés h quelque.s-uns, et que beaucoup jugent encore sur une enseigne éclatante et trompeuse.

Il était, d'ailleurs, dans la destinée de Louis XIV, d'être le pire ennemi du système de gouvernement qu'il représentait, et de préparer par ses actes pour l'avenir des résultats diamétralement opposés au but qu'il poursuivait. Il voulut affermir la religion catholique : il l'ébranla en troublant les consciences, en provoquant des querelles théologiques subtiles et en persécutant les protestants. Il voulut faire de la noblesse le plus ferme soutien du trône : il la déconsidéra en lui imposant dans la cour une servitude abjecte et recherchée, et en multipliant les charges qui anoblissaient. It voulut détruire l'autorité des parlements : en remettant à celui de Paris son testament, il le fit lui-même rentrer dans la voie politique. Il voulut faire oublier dans la dernière partie de sa vie les scandales qui avaient marqué la première : il ne parvint qu'à augmenter l'hypocrisie et à créer une dévotion mensongère et superficielle. Il voulut placer hors de toute atteinte l'autorité du monarque : c'est avec lui que la monarchie commença à descendre cette pente de décadence sur laquelle elle ne s'arrêtera plus jusqu'à la Révolution. Enfin, il voulut apprendre au monde tout ce qui peut être entrepris de grand par la centralisation de tous les pouvoirs entre les mains d'un seul : en réalité, il a démontré, sans que, hélas! on s'en soit toujours souvenu en France, à quelles catastrophes s'exposent les nations qui se sont livrées à un seul homme. [Marins Topin.]

Louis X'W (1715-1774). — Histoire de France, XWII-XXVIII. — Ce prince était l'arrièrepetit- Hls de Louis XIV. Parvenu au trône à l'âge de cinq ans, il a passé sa vie et son règne dans une perpétuelle minorité. Le régent Philippe d'Orléans :i7-.;G-n23), le duc de Bourbon (1723-1726), le cardinal de Fleury (1720-1743), des ministres obscurs, des favorhes, le duc de (ilhoiseul (1756-Î770), les <i'j«??!î)(i'id'Aiguillon,Maupeou et Terray (l770- 1774) ont dirigé les affaires de l'Etat. Sous ce malheureux règne, le désordre des finances, les discussions religieuses entre les jansénistes eties jésuites ou uliramontains. les revers inouïs de nos armées, les écrits des philosophes, et surtout l'abaissement incroyable de la royauté cl de la noblesse, devaient provoquer la ruine de la monarchie.

Les dernières années du règne de Louis XIV avaient fatigué la France. Aussi applaudit-elle avec transport à l'avènement du jeune roi. Le parlement, heureux de casser le testament de Louis XIV, qui nommait régent le duc du Maine, fils de M"" de Montespan , avait donné la régence au duc d'Orléans. L'opinion publique réclamait d'ailleurs une réaction contre le gouvernement précédent. Le parlement de Paris avait hâte de recouvrer ses prérogatives, jadis confisquées ; la haute noblesse, si longtemps éloignée des affaires par des ministres bourgeois, réclamait et obtenait l'institution des Co7>seilt (171(1), nouveauté dangereuse et peu durable, qui livrait à soixante-dix ministres le secret de l'Etat. Au nom de la tolérance, le régent cessait

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Il iii^i'sécutioii contrôles protestants (édit de ni") ; an nom de la liberté, on proscrivait les hypocrisies holennidlos du dernier règne, jusqu'à tomber dans la licence. Mal dirigé par son ancien précepteur Dubois, dont il avait fait un conseiller d'Etat (nl.S), le régent donnait il la France un exemple funeste. A l'extérieur, la réaction se manifestait aussi par des alliances avec l'Angleterre et la Hollande (iUl), l'Empire (1718), et une rupture avec l'Espagne (ni'J).

Louis XIV avait légué à son successeur de graves embarras financiers. On essaya d'abord d'y remédier par des suppressions d'offices et une refonte des monnaies. On créa même une chambre de justice contre les traitants, qui furent taxés h I5C millions. Mais ces moyens furent insuffisants. Un Ecossais, John Law, proposa de créer une banque qui se substituerait aux compagnies de traitants. On devait lui accorder en outre le monopole des compagnies de commerce, et, grâce à ces ressources, comptant sur la confiance publique, Law émettrait des billets tenant lieu de numéraire, et procéderait au remboursement de la dette. C'était la théorie du crédit. Elle parut tout d'abord dangereuse. Law se borna à fonder (1710) une banque particulière, qui devintensuitegénéralel 1717). Puis il fut mis à la tête d'une compagnie du Mississipi, dont les actions furent rapidement enlevées. La banque fut enfin déclarée banque royale (1718). Les actions alors se multiplièrent. Elles devinrent l'objet d'un agiotage efl'réné. Le papier en circulalion dépassa de beaucoup le numéraire : le si/stème tomba. H en résulta pour l'Etat une banqueroute, pour les particuliers un grand ébranlement des fortunes, une incitation nouvelle au luxe et aux jouissances matérielles. Les intrigues diplomatiques de Dubois, devenu premier ministre (1722), n'étaient pas à ces maux une compensation suffisante. Le régent mourut (1723).

Le désordre des finances était irréparable. Ni le duc de Bourbon (1723-1726), conseillé par Paris- Duvernay, ni le cardinal de Fleury (172C-1743), malgré son économie, ne purent combler le gouffre. Les réformes tentées par les contrôleurs généraux Orry (n:iO-l745). Machault (1745-1754), Silhouette ("1759), Laverdy (17G )), furent impuissantes. L'abbé Terray (17(19-1774) assuma, à la fin du règne, la responsabilité d'une banqueroute inutile.

La bulle Unigenitus (1713) avait allumé entre les jansénistes et les ultramontains une lutte qui a duré autant que la monarcliie. Elle devint violente après la condamnation de Soanen. évoque d'Embrun, par un concile que présidait M. de Tencin, prélat fort décrié (1727). 1,'agilation passa bientôt de l'Eglise au parlement et dans la rue. Trois cents prêtres furent interdits à Paris. Le parlement refusa, malgré l'ordre exprès du roi, d'enregistrer la bulle (1730), tandis que les jansénistes frondaient ouvertement l'autorité royale au cimetière Saint-Médard (les convulsionnab-es) . Le parlement fut exilé. Les magistrats continuèrent néanmoins h. lutter contre les doctrines ultramontaines. En 1752, ils furent exilés de nouveau, pour leurs attaques contre les curés de Paris. En 1756, on supprima deux chambres. L'attentat de Pierre Damiens (1757) décida le gouvernement à mettre un terme k ces disputes. Les jésuites furent expulsés de France (1762). Le parlement de Paris, comme pour s'assurer les faveurs du pouvoir, condamnait en 1759 VEspiit d'Helvctius et V Encyclopédie; ^n 1762, VEmile et le Contrat social. Mais il ne renonçait pas i son opposition tracassière et sans but. Dès 17(i3 recommençaient d'aigres discussions sur les finances. Les parlements furent supprimés (1771), et le chancelier Maupeou les remplaça par de nouvelles cours de justice, qui subsistèrent jusqu'à la fin du règne.

Les luttes entre les prêtres et les magistrats étaient fatales à la religion comme au pouvoir. « Je ne crois pas, écrit en 1722 la princesse Palatine, qu'il y ail à Paris, tant parmi les ecclésiastique que parmi les gens du monde, cent personnes qui aient la véritable foi et même qui croient en Notre-Seigneur. » Au moment de la Révolution, un royaliste écrira : '< Le clergé est définitivement aboli. On ne doit même plus en parler. »

La royauté, entre les mains de Louis XV, devient méprisable. Dominé par des favorites, la duchesse de Chateaurnux et ses sœurs, M"= de Pompadour, enfin M"" Du Barry. le roi témoigne pour les affaires de l'Etat la plus coupable indifférence. La France ne retire que de médiocres avantages des guerres de la succession de Pologne (173.3-1735), de la succession d'Autriche (1740-1748) ; ellese couvre de honte dans la guerre de Sept ans", qui a pour conséquence la perle de nos colonies (1756-1763). En vain Choiseul (1756-1770) donne quelque éclat à la monarchie par d'utiles réformes militaires, la conclusion du pacte de famille (1761), la réunion de la Lorraine h la France (17CU', et la conquête de la Corse 0768). Son successeur, l'incapable d'Aiguillon, assiste impassible à la ruine de la Pologne et delà Turquie f l77;'-n74).

Dans cette débâcle de la fortune nationale et de l'honneur public, tout disparaît, jusqu'aux vertus militaires. Aussi, dès le milieu du xviu' siècle, la Révolution est-elle imminente. Ce ne sont point les philosophes qui l'ont provoquée. La grande influence de la philosophie éclate seulement vers 1760. Mais dès 1748 on songeait h refuser l'impôt; en 1750, le peuple de Paris se soulève et menace de brûler Versailles; le mot de Révolution était déjà dans toutes les bouches. D'Argenson écrit en 1753 : < Dans l'esprit public s'établit l'opinion que la nation est au-dessus des rois, comme l'Eglise universelle est au-dessus du pape. » L'attentat de Damiens révèle dans les basses classes une haine profonde pour celui qu'on appelait jadis le bienaimé. Le bas peuple, misérable dans, les villes comme dans les campagnes, accuse le roi de spéculer sur les disettes et d'affamer ses propres sujets (pacte de famine, 1765). Les passions violentes se calment et disparaissent pour un temps dans le giand mouvement philosophique que dirigent Voltaire, Rousseau et les rédacteurs de VEncyclopédie. Louis XV meurt ( 1774), sauvé de la révolution, mais ayant perdu la monarchie.

[L.-G. Gourraigne.]

Louis XVI (1774-1792). — Histoire de France, XXIX-XXXI. — Le règne de ce prince, petit-fils et successeur de Louis XV, peut se diviser en deux périodes : l" de 177» à 1789; 2° de 1789 à la proclamation de la République.

r 1774-1789. — Pendant quinze ans, la royauté essaie inutilement de réformer les abus. Le roi, plein de bonnes intentions, appelle au secours ' de la monarchie les philosophes et les économistes.

La France accueillit avec un vif enthousiasme le jeune successeur de Louis XV. Il avait épousé en 1770 l'archiduchesse autrichienne Marie- Antoinette, fille de Marie-Thérèse. On savait que le nouveau roi n'avait rien de commun avec son père le Dauphin, personnage incapable, qui était mort en 1766. On rappelait comme un éloge le surnom que lui avait donné l'ancienne cour, de <■ gros garçon mal élevé. «On parlait de sa simplicité, de sa pureté de mœurs, de ses habitudes sérieuses et réfléchies, de son goût pour l'étude. On se félicitait d'avoir, «après tant de rois gentilshommes, un roi qui sût estimer et honorer le travail. C'était un nouveau saint Louis ou un autre Henri IV, et l'on célébrait à l'envi ses vertus par mille traits ingénieux et touchants. »

Louis XVI eut d'abord à cœur de justifier ces

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■espérances. Il réduisit les dépenses de sa maison, « se barricada d'honnêtes gens, " selon l'expression d'un contemporain, renvoya les ministres de Louis XV, et, après des hésitations, poussé, dit-un, par salante. Madame Adélaïde, confia la direction ■des affaires à M. de Mauropas. Ce vieillard frivole, connu surtout par ses épigrammes et ses chansons mordantes, appela au contrôle général des finances Turgot, intendant de Limoges, philosophe et économiste. Le ministère de la guerre fut confié à M. de Saint-Germain, un rude soldat, plus allemand que français, la marine à M. de Sartine, les affaires étrangères à M. de Vergennes. Le vertueux Malesherbes devint ministre de la maison du roi. Ces honnêtes gens voulaient effacer les hontes et les crimes du dernier règne. On commença par rappeler les parlements (m4). C'était une faute, car les magistrats ne cessèrent désormais de lutter contre les réformes devenues nécessaires, à l'exécution desquelles se liait la destinée même de la royauté.

Les dissipations de Louis XV avaient encore augmenté la dette formidable laissée par Louis XIV. Il fallait l'éteindre. La Krance du xviii' siècle, travaillée par les économistes, protestait contre les règlements de Colbert, qui entravaient le commerce et l'industrie. Il fallait réformer ces institutions surannées. Turgot tenta cette œuvre difficile malgré la reine, Maurepas, la cour et les parlements, ti Point de banqueroute, avait-il écrit au roi, pas d'augmentation d'impôts, pas d'emprunts. • Il voulait établir un impôt territorial frappant tous les citoyens, abolir les jurandes et les maîtrises, donner enfin à la France agricole la liberté du commerce des grains. Il tomba (1776), et fut remplacé par Clugny, puis par Necker (octobre 1776). Celui-ci était un banquier de Genève, qui avait réalisé en France une fortune considérable. Son grand mérite, aux yeux des pririlégiés, était d'avoir combattu les idées de Turgot sur la circulation des grains. Financier habile, N'ecker était fort avide de popularité. Ami des réformes, il songeait à tirer parti des besoins de la royauté pour procurer des libertés au peuple. Plus administrateur qu'homme d'État, il voulait surtout mettre l'ordre dans la perception des impôts, réduire les frais considérables des régies, établir enfin l'équilibre entre les recettes et les dépenses, et faire savoir au peuple que cet équilibre existait. Il lui fallut cependant contracter des emprunts, pour permettre à la France de figurer avec honneur dans la guerre d'Amérique. 11 pensa augmenter la confiance de la nation par la publication du fameux Compte-rendti (1781). C'était l'apologie de son administration. Necker, qui se contentait du titre de directeur des finances, se déclarait supérieure tous les ministres qui l'avaient précédé. Le déficit était comblé, n La recette excédait la dépense de ilix millions. Mais ce résultat merveilleux n'était pas clairement démontré. On ne voyait pas, malgré de vraies économies et des réformes administratives, par quels miracles le ministre y était arrivé ; lui-même semblait le démentir, en annonçant qu'il faudrait bientôt revenir au projet de ■Turgot, l'abolition des privilèges en matière d'impôt; et en effet, il paraît que le déficit, non seulement n'était pas comblé, mais s'élevait à 46 millions. » (Lavallée, Hist. des Français). Necker dut quitter le ministère (mai 1781).

Alors commence une phase nouvelle dans l'histoire de Louis XVI. M. de Maurepas meurt (1781), et la reine prend une grande influence sur l'esprit de son mari. Marie-Antoinette avait une intelligence superficielle. Toujours fidèle aux conseils de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse, à Versailles elle était restée autrichienne. On le savait, et d'instinct la nation ne l'aimait pas. D'un caractère léger, elle commit,dans une cour qui con-

servait le respect officiel de l'étiquette, des imprudences que la calomnie a dénaturées plus tard (affaire du collier, ITS.jj.Et pourtant, malgré sa légèreté, la reine voulait devenir un personnage politique. Elle le devint, pour le malheur de la France et de sa famille; son intervention dans les affaires publiques no pouvait que hâter la Révolution. Rien d'ailleurs ne pouvait désormais enrayer le mouvement. La noblesse affichait des airs frondeurs et des sentiments révolutionnaires. Comme la bourgeoisie, comme le peuple, elle désirait un régime nouveau, i la fondation duquel chacun pensait mettre la main. Toutes les ambitions étaient déchaînées. La France était inondée de pamphlets, de brochures, d'ouvrages de toutes sortes, dans lesquels chaque citoyen proposait son plan de réforme et de gouvernement.

La royauté française tombait, mais tombait au milieu des fêtes. Après Joly de Fleury, après d'Ormesson, Calonne (1783-1787) épuisa le trésor public par ses prodigalités. La dette était augmentée de 800 millions! H fallut convoquer une assemblée de notables (février 1787). Calonne leur proposa d'accomplir les réformes de Turgot. Mais il était trop tard. Le cardinal de Brienne, successeur de Calonne, se chargea de présenter au parlement des ordonnances réformatrices, et de les faire accepter. Le parlement, conduit par des hommes d'action, d'Esprémesnil, Duport, opposa au ministre une vive résistance (1787-1788). Il fallut supprimer les chambres des enquêtes et des requêtes, diminuer le ressort des parlements de province, créer une cour plénière, qui n'était que la grand'chambre devenue plus nombreuse. On sentait s'écrouler la vieille organisation monarchique. Brienne convoqua les Etats généraux pour le 5 mai 1789, et donna sa démission (août 1788). Necker fut rappelé ; il mit tous ses soins à arrêter une épouvantable famine causée par l'exportation des grains, et la hausse subite des blés. Il n'eut pas le temps de travailler seul aux réformes. Les Etats généraux se réunissaient à Versailles. La Révolution commençait.

2° 1789-171)2. — Nous n'insisterons pas longuement ici sur le rôle de Louis XVI pendant la Révolution, à laquelle nous consacrons un article spécial (V. Révolution française). Incapable de s'associer franchement à l'œuvre réformatrice de la Constituante, il chercha toujours à revenir sur les concessions qu'il avait dû faire. Bientôt, n'espérant plus vaincre la Révolution sans l'appui de l'étranger, il essaya de s'enfuir (1791). Ramené à Paris, il jura fidélité à la constitution. La Législative lui imposa un ministère girondin, l'obligea à déclarer la guerre à l'Europe (1792), et finit par le suspendre de ses fonctions. La Convention prononça l'abolition de la royauté (21 sept. 1792) et envoya Louis XVI à l'échafaud (21 janvier 179.3). Marie-Antoinette l'y suivit, au mois d'octobre de la même année. [L.-G. Gourraigne.]

Louis X'VII. — Histoire de France, XXXI. — Nom donné par le parti royaliste au fils de Louis XVI. Enfermé au Temple avec le reste de sa famille après le 10 août 1792, il fut séparé de sa mère en juillet 1793, et placé d'abord sous la garde du cordonnier Simon (jusqu'en janvier 1794), puis sous la surveillance directe de commissaires de la Commune. Selon la version généralement admise, il mourut au Temple le 8 juin 1795 ; cependant, plusieurs historiens sérieux ont pensé que l'enfant mort au Temple n'était pas le dauphin, et que le fils de Louis XVI avait été enlevé par des mains inconnues.

Louis X'VIII, — Histoire do France, XXXIII, XXXIV, — frère puîné de Louis XVI, porta d'abord le titre de comte de Provence. Emigré en 1791, il prit part l'année suivante à la campagne des Prussiens contre la France. Sur l'annonce de la

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mort du daupliin en 1795, il prit le titre de roi et le nom de Louis XVIII, et fut reconnu en cette qualité par les puissances étrangères. 11 résida successivement à Vérone, en Allemagne, i Mittau (Courlandn), à Varsovie; puis, quand le tsar Alexandre fut devenu l'allié de. Napoléon, il se rendit en Angleterre. Kii 1814, après la capitulation 4e Paris, il fut appelé au trône par l'ancien Sénat impérial. Fort de l'appui de l'étranger. Louis XVIU voulait rentrer en France en souverain absolu ; il se décida pourtant, sur l'intervention du tsar qui affectait des principes libéraux, h publier la déclaration de Saint-Oucn (2 mai), (jui garantissait à la nation une partie des conquêtes politiques de la Révolution. Le 30 mai, le nouveau roi dut signer le traité de Paris, par lequel la France reprenait ses limites de 1792. Le 4 juin, il octroya à ses sujets une Charte (V. Constituiions) instituant le régime parlementaire. La majorité de la nation, lasse du despotisme impérial, accueillit d'abord la restauration des Bourbons avec faveur; mais bientôt diverses mesures impopulaires, et surtout les prétentions hautaines des émigrés rentrés 6 la suite des armées étrangères, changèrent cette satisfaction en mécontentement. Napoléon, instruit de ce revirement de l'opinion, en profita pour quitter l'île d'Flbe et tenter de ressaisir le pouvoir (V. Napoléon t"') -, Louis XVIU, alKindonné de tous, s'enfuit des Tuileries (18 mars 1815) et se réfugia à Gand. Après VVaterloo, il revint derrière l'armée anglaise. Cette fois, la France n'éciiappa au démembrement que voulaient la plupart des alliés, que grâce à l'opposition de l'Angleterre et de la Russie, qui se refusèrent h détruire l'équilibre européen ; mais il lui fallut payer une énorme indemnité de guerre, perdre plu- .sieurs places fortes, et subir pendant trois ans l'occupation étrangère (second traité de Paris, novembre 1815). Le parti royaliste prit sa revanche des Cent-Jours par des massacres dans le Midi, à Marseille, à Nîmes (Trestaillons), à Avignon, h Toulouse, etc. Le maréchal Ney et le général Labédoyère furent fusillés. La nouvelle Chambre des députés, pleine de royalistes ardents, et qui a gardé dans l'histoire le sobriquet de Chambre introuvable, vota une loi des suspects, et l'établissement de cours prévotales pour juger les ennemis de la monarchie. Cette terreur blanche dura quinze mois ; enfin, Louis XVIII, jugeant lui-même que les excès des royalistes ultra mettaient son trône en péril, prononça la dissolution de la Chambre introuvable (5 septembre 181R) ; de nouvelles élections donnèrent la majorité aux royalistes constitutionnels. Les cours prévotales totitefois ne furent supprimées qu'en 1818, année qui ^ vit aussi la fin de l'occupation étrangère. Louis XVIII, que son caractère portait Ma modération, fit alors entrer au ministère son favori, M. De- Cazes, qui inaugura la politique dite fie bnscule, en s'efforçant de se tenir à égale distance des ultras et des libéraux. Mais l'assassinat du duc de Berry par Louvel (13 février 1820) amena la chute de M. Decazes, et rendit le pouvoir au parti rétrograde qu'appuyait le frère du roi, le comte d'Artois ; une nouvelle loi électorale attribua un double vote aux électeurs les plus riches ; des mesures de rigueur furent prises contre la presse, la liberté individuelle fut suspendue. Des émeutes, des conspirations répondirent à ces actes du pouvoir (organisation de la charbonnerie, complots de Toulon, de Belfort, de Saumur, des quatre sergents de la Rochelle, 1831 et 1822) ; d'autre part, une association à la fois religieuse et politique, la congré/jation, dirigée par les jésuites, étendait son pouvoir occulte sur toute la France, et faisait entrer au ministère ses créatures, MM. de Villèle, de Corbière et de Peyronnet (décembre 1821). Le mmistère Villèle envoya en Espagne une armée 2' Partie.

française pour faire la guerre aux Certes libérale» et rendre au roi Ferdinand VII le pouvoir absolu (V. Guerre d'Uspaipie). Le député Manuel, ayant protesté à la Chambre contre la guerre d'Espagne, fut expulsé par les gendarmes ; toute la gauche se retira avec lui (1823). Louis XVIII mourut l'année suivante ; il laissait la couronne à son frère Charles X.

2" Empereurs d'Occident, rois de Germanie, empereurs d'Attemagne.

Louis I" le Débonnaire, empereur d'Occident,

— Histoire générale, XVIII ; Histoire de France, VI,

— fils de Charlemagne, succéda à son père en 814. Charlemagne, voulant se créer des lieutenants qui l'aidassent à porter le fardeau du pouvoir, avait donné de son vivant à ses fils le gouvernement de divers pays, avec le titre de roi. Louis imita cet exemple ; en 817, il donna à l'un de ses fils. Pépin, l'Aquitaine; à un autre, Louis le Germanique, la Bavière; l'aîné, Lothaire, fut associé à l'empire, et eut le gouvernement de l'Italie. Bernard, neveu de Louis, qui était déjà roi d'Italie, se révolta contre cet arrangement; il fut condamné à avoir les yeux crevés, et mourut des suites de ce supplice. Louis le Débonnaire eut un vif repentir de cette mort, dont il fit plus tard une pénitence publique. En 829, ayant voulu pourvoir son quatrième fils, Charles le Chauve, il fit un nouveau partage de ses États ; mais ses fils aines se révoltèrent et l'enfermèrent dans un couvent. Remis en liberté, il eut à combattre une nouvelle révolte, fut une seconde fois fait prisonnier et détrôné (833). L'année suivante, la division s'étant mise entre les rebelles, il se vit rendre la couronne impériale, et accorda son pardon à ses fils. Mais bientôt il lui fallut recommencer la guerre contre son petit-fils Pépin II, Ji qui il avait voulu enlever l'Aquitaine pour la donner à Charles le Chauve, et contre Louis le Germanique, qui trouvait sa part trop petite. Il mourut pendant cette dernière lutte (840). Louis le Débonnaire, que ses contemporains appelaient Louis le Pieux, montra pour l'Eglise une respectueuse obéissance, et laissa les papes s'affranchir presque entièrement de la suprématie impériale; en distribuant des domaines à ses leudes à titre de possession perpétuelle, il favorisa le mouvement qui devait aboutir à la formation du régime féodal. Mais en même temps que l'Eglise et l'aristocratie se fortifiaient, les diverses nationalités que Charlemagne avait réunies de force sous l'autorité de son sceptre commençaient à revendiquer leur indépendance, (i Tons ces peuples profitèrent, pour cela, des querelles de Louis le Débonnaire avec ses fils; c'est ce qui donna à leurs efforts l'apparence de guerres civiles, dans lesquelles ils semblaient marcher en aveugles au gré de l'ambition des princes ; mais en réalité, ils travaillaient à la formation des Etats et de l'ordre social du moyen âge. » (Lavallée.)

Louis II, empereur d'Occident, — Histoire générale, XVIII, — fils aine de l'empereur Lothaire, eut le royaume d'Italie avec le titre d'empereur (85,')). A la mort de son frère Charles, roi de Provence, il partagea les Etats de celui-ci avec son autre frère Lothaire II, roi de Lorraine. Il fit la guerre aux Sarrasins qui s'étaient établis dans le midi de l'Italie, et mourut en 875 sans héritier. Ce fut Charles le Chauve qui se fit donner après lui la couronne impériale.

Louis le Germanique, roi de Germanie, — Histoire générale, XVIII, — troisième fils de Louis le Débonnaire; fut fait roi de Bavière en 817, et roi de Germanie en 833. Il se révolta à plusieurs reprises contre son père, et, après la mort de celui-ci, s'allia avec son frère cadet Charles le Chauve contre son frère aine Lothaire, qui

LOUIS-PHILIPPE

LOUIS-PHILIPPE

avait reçu la dignité impériale (bataille de Fontanet, S4i ; serments de Strasbourg, 8i'.'). Le traité de Verdun (843) régla définitivement le partage de la succession de Charlemagnc entre les trois frères : Louis le Gorjnanique eut les pays à l'est du Rhin. A la mort de sou neveu Lotliaire II, fils de l'empereur Lotliaire et roi de Lorraine, Louis le Germanique partagea les Etats de ce prince avec Cliarles le Chauve (87(i)- Il mourut en 87G, laissant trois fils : Carloman, qui fut roi de Bavière ; Louis, qui fut roi de Saxe ; et Charles le Gros, qui fut roi de Souabe et obtint plus tard la couronne impériale.

Louis III lAveugle, empereur d'Occident, — Histoire générale, XVIII, — fils de Boson, roi d'Arles, et petit-fils de l'empereur Louis II par sa mère, vint en Italie à la mort de l'empereur Arnulf, et ayant vaincu son compétiteur Bérenger, se fit couronner empereur (90U). Mais trois ans après, il fut défait par Bérenger, qui lui lit crever les yeux et lui enleva la couronne.

Louis IV 1 Enfant. — Histoire générale, XVIII, — fils et successeur d'Arnulf, roi de Germanie et empereur d'Occident, fut le dernier des Carlovingiens d'AlleiTiagne. Devenu roi de Germanie en Siil), h l'âge de six ans, il reçut la couronne impériale en ios. Sous son régne, les Hongrois ravagèrent la Germanie. II mourut en 911 sans postérité.

Louis 'V de Bavière, empereur d'Allemagne, — Histoire générale, XIX. — fut élu après la mort de Henri VII de Luxembourg. Il eut pour compétiteur Frédéric le Bel, fils d'Albert d'Autriche ; après une longue guerre, il vainquit son rival à Miihldorf, le fit prisonnier, et partagea ensuite le pouvoir avec lui. Il fut en lutte avec les papes d'Avignon elles rois de France Charles IV et Philippe VI ; ce dernier essaya de lui opposer le roi de Bohème Jean l'Aveugle, qui prétendait à la couronne impériale, et qui fut tué dans les rangs français à Crécy. Ce fut k l'occasion de ces démêlM que la diète germanique rendit la pragmatique sanction de Francfort ( 133s), stipulant que l'autorité impériale ne relevait que de Dieu seul, et qu'elle so conférait par le libre choix des électeurs, sans qu'il fût besoin de l'approbation du pape. Louis V mourut en 1347. Après lui la couronne impériale rentra dans la maison de Luxembourg.

LOUIS-PHILIPPK. — Histoire de France, XXXV. — Louis-Philippe, fils aîné de Philippe, duc d'Orléans, qui prit en 179V' le nom de Philippe- Egalité, et d'Adélaide de Bourhon-Penthièvre, naquit :\ Paris le 0 octobre 1773. 11 porta jusqu'à la mort de son père le titre de duc de Chartres.

En 178", il embrassa avec ardeur les principes de la Révolution, combattit à Valmy, à Jemmapes et en Hollande sous les ordres de Dumouriez, mais, compromis dans les intrigues de son général, il fut forcé comme lui de quitter la France, en 1793. Odieux aux émigrés comme partisan de la Révolution et comme fils d'un régicide, suspect à la coalition qu'il avait refusé de servir contre son pays, il se trouva bientôt sans ressources et dut accepter une place de professeur au collège de Reichenau, en Suisse. Après de longs voyages en Danemark, en Suède, en Laponie et aux Etats-Unis, il finit par se fixer à Londres où il négocia sa réconciliation avec la branche ahiée des Bourbons. En 1809 il épousa Marie-Amélie, fille de Ferdinand IV, roi des Dcu\-Siciles, et revint en Franco en 1814, après la chute lie l'Empire. 11 y recouvra la plus grande partie dos biens immenses de sa maison ; mais Louis XVIII le traita toujours avec une froideur calculée, et, sous des formes plus bienveillantes, Charles X dissimulait avec peine la méfiance que lui inspirait le passé révolutionnaire du duc d'Orléans.

Louis Philippe, sans renier les convictions de sa jeunesse, et sans rompre ouvertement avec le parti royaliste, sut garder une attitude de réserve et d'attente silencieuse qui ménageait à la fois les intérêts de sa popularité et sa situation de prince du sang. La simplicité presque bourgeoise de sa vie privée, l'éducation publique et libérale qu'il faisait donner à ses enfants, lui conciliaient la sympathie des classes moyennes. Le Palais-Royal qu'il habitait devenait peu à peu, non pas un foyer de conspirations, comme l'ont répété plus tard les partisans de la légitimité, mais une sorte de terrain neutre où se rencontraient les artistes, les journalistes, les écrivains, les grands industriels, les hommes politiques, qui y recevaient un accueil empressé et parfois d'utiles encouragements.

Le duc d'Orléans n'eut qu'à laisser faire ses ennemis et ses amis : les fautes des uns rendirent facile la tâche des autres. Quand éclata la révolution de 1830, les chefs de l'opposition, presque tous familiers du Palais-Royal, MM. Thicrs, Laffitte, Guizot, décidèrent sans peine la Chambre des députés à olfrir au duc d'Orléans la lieutenance générale du royaume. L'intérêt, la pour ou la raison groupèrent autour de lui tous ceux qui voulaient la monarchie sans despotisme et la liberté sans désordre. Le 31 juillet, Louis-Philippe se rendait à l'Hôtcl-deVille, en se faisant précéder d'une proclamation où il s'engageait à faire désormais de la charti; une v(rilé, et le vieux général La Fayette le présentait à la foule, qui acclamait avec enthousiasme le prince et surtout le drapeau tricolore flottant entre ses mains. Le 7 août, la Chambre lui offrait la couronne par 219 sulfrages sur Irt'l, et le 9 il était proclamé roi des Français, sous le nom de Louis-Philippe I" et prêtait serment à la Cliarte.

Les débuts du nouveau rèsne furent difficiles. Louis-Philippe avait à combattre au dedans l'hostilité de la noblesse et du clergé dévoués à la branche aînée, la défiance des populations ouvrières qui rêvaient déjà la République, et c'indif- ' férence des paysans chez qui les seuls souvenirs vivants étaient ceux de l'Empire. Au dehors, l'Europe entière, à l'exception de la Russie, avait [ reconnu le nouveau gouvernement, mais elle conservait une attitude réservée sinon hostile, et les insurrections qui avaient éclaté en Belgique, en Pologne, en Italie, après la révolution de 1830, pouvaient entraîner de graves complications. Louis-Philippe sut triomplier de ces difficultés sans éclat, mais avec une habileté qu'il serait injuste de méconnaître. Contre l'hostilité des légitimistes et des républicains, il chercha son point d'appui dans la bourgeoisie, qui aimait, comme lui, l'ordre et la paix, et qui désirait sincèrement le maintien du gouvernement parlementaire. ; Fidèle à la Charte, mais sans accepter la fameuse ' maxime le roi règne et ne gouverne pas, il essaya I de maintenir l'équilibre entre le parti conservateur î représenté surtout par MM. Guizot, MoIé et de Broi glie, et le parti du mouvement dont le clief était M. Thiers, oscillant de l'un à l'autre selon les fluctuations de la politique intérieure, mais entraîné du côté des conservateurs par ses sympa- [ thies personnelles qu'il prenait volontiers pour i l'opinion du pays. Au dehors, la base de sa poli- ! tique fut l'alliance anglaise, à laquelle il fit peutêtre trop de sacritices, mais que justifiait la communauté des intérêts dans la plupart des I questions européennes.

Jusqu'en 1834, on put douter du succès. Dès les premiers jours du règne, le procès des ancieris ministres de Charles X, les manifestations légitimistes, les émeutes républicaines agitent Paris et épouvantent la province; le ministère un moment I populaire de MM. Laffitte et Dupont de l'Eure est

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forcé de se retirer. La situatiou extérieure devenait chaque jour plus menaçante; la Pologne soulevée contre les llusscs faisait i la France des appels désespérés auxquels le gouvernement fermait l'oreille, mais qui passionnaient l'opinion publique; la Belgique insurgée contre les Hollandais offrait au second fils de Louis-Philippe, le duc de Nemours, une couronne que le roi se voyait contraint de refuser ; l'Autriche profitait des troubles des Etats Romains pour occuper toute l'Italie centrale; il n'était pas jusqu'au tyran du Portugal, don Miguel, qui ne se crût le droit d'insulter la France impunément.

L'énergie d'un grand minisire, Casimir Pcrier, comprima pendant quelque temps les agitations 80cialistes(insurrectiondeLyon,en novembre ls:!l) ou légitimistes, arrêta les Autrichiens en faisant occuper Ancône par les troupes françaises, vengea l'honneur français à Lisbonne, et sauva l'indépendance de la Belgique, dont le roi, Léopold de Saxe-Cobourg, venait d'épouser une fille de Louis- Philippe, en y envoyant une armée française qui devait, à la fin de l'année 1833 (23 décembre), décider la défaite de la Hollande par la prise do la citadelle d'Anvers.

La moit de Casimir Périer, emporté par le choléra (16 mai 1832), amena l'une des crises les plus redoutables qu'ait eu à traverser le gouvernement de Louis-Philippe : les légitimistes, animés par la présence de la duchesse de Berry, essayèrent do soulever la Vendée, les républicains profitèrent des funérailles du général Lamarque pour tenter à Paris un coup de main qui aboutit. aux sanglantes journées des 5 et G juin i8:!V. Vigoureusement réprimée, l'insurrection républicaine se renouvela à Lyon (9 avril 1834) et ensanglanta de nouveau les rues de Paris, le 13 et le 14 avril hS34. En même temps les attentats se succédaient contre la vie du roi, qui n'échappa que par une sorte de miracle h la machine infernale de Fieschi (28 juillet 1835). Ces tentatives criminelles eurent pour efl'et d'afl'ermir h l'intérieur le gouvernement de Louis-Pliilippe en excitant l'indignation du pays et en épouvantant l'opposition elle-même : aux troubles de la rue succède le travail lent et ignoré des sociétés secrètes, et la tranquillité apparente ne sera plus troublée jusqu'en 1848 que par de nouveaux attentats contre la vie du roi (deux en 183C. un en 184i), deux en 1840), l'échauffourée républicaine du 12 mai 1839, et les folles aventures de l'héritier des Bonaparte, le prince Louis-Napoléon, à Strasbourg en 1836 et à Boulogiie en 1840.

Mais les embarras extérieurs, un moment conjurés par la politique énergique de Casimir Périer, renaissent après sa mort. Dans l'Europe méridionale, deux représentants de la monarchie de droit divin, don Carlos en Espagne et don Miguel en Portugal, disputent le trône à Isabelle 11, fille du roi Ferdinand VII, et à dona Maria, fille de don Pedro, qui représentent la monarchie constitutionnelle. En Orient, un ami delà France, Méhémet- Ali, vice-roi d'Egypte, se soulevait contre son suzerain le sultan de Constantinople et menaçait de précipiter la ruine de l'empire turc. L'extension de sa puissance excitait les ombrages de l'Angleterre, et fournissait à la Russie l'occasion d'offrir ou d'imposer sa protection au sultan. Tout en partageant les sympathies qu'on accordait généralement en France au réformateur de l'Egypte et à la cause constitutionnelle dans la Péninsule, Louis-Philippe redoutait toute intervention trop active dans les affaires de l'Espagne ou dans la question d'Orient. Les événements lui donnèrent raison en Espagne et en Portugal, où la cause d Isabelle II et celle de dona Maria triomphèrent sans que la France eût k intervenir directement, tn même temps de brillants faits d'armes en |

Algérie (prise de Constantine, 1837 : expédition des Portes do fer, 1839) et au Mexique (prise du fort Saint-.Ican d'Ulloa, 1838) flattaient sans danger (Je complications européennes l'aniour-propre national, et rendaient populaires les noms des fils du roi, le duc d'Orléans, le duc d'Aumale et le prince de Joinville. Mais la question d'Orient faillit compromettre toute l'œuvre politique de Louis- Philippe en réveillant des rivalités et des défiances endormies par la modération qui était la règle de sa conduite.

En 1839, Méliémet-Ali reprit les armes contre la Turquie que des défaites sanglantes et la mort du sultan Alahmoud parurent un moment mettre îi sa discrétion. L'.\ngleterre et la Russie se rapprochèrent pour empêcher la destruction de l'empire ottoman, et entraînèrent la Prusse et l'Autriche dans une entente dont la France fut exclue (traité de Londres, 15 juillet 1840), et qui avait pour but de réduire Méliémet-Ali à l'E-

gypte.

M. Thiers, président du conseil depuis le 1" mars 1840, répondit à cette menace de coalition par des mesures belliqueuses ; l'effectif de l'armée fut augmenté, les fortifications de Paris décrétées ; le sentiment national se prononçait avec une vivacité que le gouvernement encourageait : le retour des cendres de Napoléon, que le prince do Joinville ramonait de Sainte-Hélène, réveillait les souvenirs guerriers de l'empire. Un moment on put croire 5 une guerre générale ; mais la France n'était pas prête; Louis-Philippe recula devant une responsabilité aussi grave : M. Thiers dut faire place k M. Guizot (29 octobre 1S40), et la France accéda h la convention du 13 juillet 1841, qui laissait l'Egypte à Méhéraet-Ali et rétablissait la paix en Orient.

Les hésitations de la politique française et l'échec qu'elle avait subi devaient laisser des traces profondes dans les esprits ; c'est une des principales causes des accusations si souvent répétées contre la faiblesse de la politique extérieure sous le gouvernement de juillet.

A partir de i84U, le principal conseiller de Louis-Philippe est M. Guizot, le chef du parti conservateur, qui se maintiendra au pouvoir jusqu'en 1S48.

Au dehors nos généraux poursuivent la conquête de l'Algérie. Notre adversaire le plus redoutable, Abdel-Kader, réussit à entraîner dans son parti le sultan du Maroc. La victoire du maréchal Bugeaud sur les bords de l'isly force le .Maroc à la paix, et Abd-el-Kader, a])rcs avoir prolongé la lUtte pendant trois ans, est fait prisonnier en 1847. La politique européenne du ministère Guizot, prudente et que l'opposition accusait d'être timide (affaires do Taîti, 1843-44, l'indemnité Pritchard, 1844), ne montra de hardiesse que dans une question où la famille royale pouvait paraître plus intéressée que le pays. Après une négociation laborieuse et malgré l'opj)osition de l'Angleterre, Louis-Philippe réussit à décider (oct. 1«46) le double mariage de son plus jeune fils, le duc de Montpensier, avec la sœur de la reine Isabelle d'Espagne, et de la reine ellemême avec un prince espagnol, neveu de Ferdinand VII, don François d'Assise. Les mariages espagnols portai'-nt une grave atteinte M'alliance anglaise ménagée ju^que-là avec un soin si jaloux.

Mais c'était la politique intérieure qui devait entraîner la chute du ministère et celle de la monarchie de juillet. En 1842 (13 juillet) la mort de l'héritier du trùne, le duc d'Orléans, victime d'un accident de voiture et qui laissait un fils de quatre ans, le comte do Paris, avait ranimé par la perspective d'une régence les espérances des partis hostiles k la dynastie. Les légitimistes recommen-

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çaient leurs manifestations, découragées depuis 1 832 par le triste résultat de l'aventure de la duchesse de Berry ; les républicain», tout en renonçant aux émeutes, n'avaient pas désarmé; les sociétés secrètes se multipliaient; le socialisme recrutait de nombreux adliérents parmi les populations ouvrières; la bourgeoisie éclairée commençait à se lasser d'un système politique qui remettait le gouvernement du pays entre les mains d'une minorité dont le seul titre était un certain chiffre de fortune et de cens électoral. Dès 1842 on avait proposé d'adjoindre aux électeurs censitaires un certain nombre de citoyens qui donneraient des garanties de capacité aussi respectables au moins que les garanties pécuniaires.

Soutenu dans les Chambres par une majorité 'imposante, le ministère ne vit pas ou ne voulut pas voir le danger; de mauvaises récoltes vinrent aigrir le mécontentement populaire ; des troubles sanglants eurent lieu dans les départements du centre, des scandales éclatants qui se produisirent dans l'entourage même de la famille royale furent habilement exploités par les adversaires de la monarchie, la réforme électorale devint le mot d'ordre de l'opposition, et dès 1847 des banquets politiques s'organisèrent dans toute la France. Un banquet projeté à Paris par l'opposition et interdit par le minsitère fut le signal de la révolution de février 1848. Les troubles commencèrent le 21 février. « C'est un feu do paille, » disait Louis-Philippe. Le surlendemain le feu de paille était devenu un incendie : le roi et ses conseillers, étourdis par la rapidité des événements, ne surent se décider à temps ni pour les concessions, ni pour la résistance. Le 24 février les barricades couvraient Paris, les Tuileries étaient menacées, la Chambre envahie. Louis-Philippe abdiquait en faveur du comte de Paris, trop lard pour sauver sa dynastie, et pendant que le gouvernement provisoire proclamait la république, le roi allait chercher un asile en Angleterre, où il mourut au château de Claremont en 1850.

Ce règne de dix-huit ans, malgré les fautes qti'on peut reprocher .\ Louis-Philippe, n'avait pas été stérile pour le progrès moral et matériel de la France.

La conquête de l'Algérie, la construction de nos premières lignes de chemins de fer, les grands travaux d'utilité publique (canaux, routes, ponts, phares, etc.), la loi sur l'instruction primaire de ]833, la création du musée de Versailles, les encouragements donnés aux caisses d'épargne, les adoucissements apportés aux lois pénales, enfin le respect des libertés parlementaires et de la constitution dont le gouvernement de Louis-Philippe ne s'est jamais départi, sont des titres sérieux à la reconnaissance de la postérité.

Louis-Pliilippe a eu Imit enfants : 1» Ferdinand, duc d'Orléans, mort en 1842 ; 2» la princesse Louise, mariée à Léopold I", roi des Belges, morte en IS.M; 3° la princesse Marie, mariée au prince de Wurtemberg et morte en IS.S'J; 4° le duc de Nemours; 5° la princesse Clémentine, mariée i un prince de Saxe-Cobourg ; C le prince de Joinville ; 7° le duc d'Aumale ; 8° le duc de Montpcnsier. lU. Pigeonneau,] LtMIEHE. — Physique, XXX. — Les objets extérieurs, quoique éloignés de nous, produisent au fond de notre œil, sur la rétine, une impression particulière, distincte de toute autre, variable avec leur forme, leur couleur, etc. L'agent qui, servant d'intermédiaire entre ces objets et l'u'il, provoque la sensation dont il vient d'être parlé porte le nom de lumière. Voptique est la bran- 1 che de la physique qui s'occupe des phénomènes lu- i mineux et des lois qui les régissent. Nous voyons les corps, parce qu'ils envoient de la lumière dans toutes les directions et que nous sommes placés |

de façon à recevoir dans l'œil une portion de la lumière émise. Du reste, cette lumière peut leur appartenir en propre et alors ils sont dits lumineux pm- eux-mêmes (le soleil, les étoiles, une barre métallique portée à une haute température, etc.), ou bien elle leur vient d'une source étrangère, et ils ne font que la renvoyer dès qu'elle atteint leur surface, en lui imprimant une modification plus ou moins profonde (la lune, les planètes, le sol, les arbres, une feuille de papier, etc.). Ces derniers corps sont dits simplement éclairés; nous ne les voyons plus, dès que la source qui leur fournissait de la lumière s'est éteinte ou a disparu pour une cause quelconque.

11 y a encore une distinction à faire entre les diverses substances de la nature au point de vue de l'absorption plus ou moins complète qu'elles exercent sur les faisceaux lumineux reçus par elles : les unes ne laissent pénétrer la lumière qu'à une très faible profondeur au-dessous de la surface qui les limite; et alors le faisceau incident est en totalité renvoyé ou absorbé ; on le» nomme suljstances opaques ; les autres laissent la lumière traverser leur masse, au moins en partie; on les nomme alors transparentes ou Iranslucides, Dans la première catégorie, substances opaques, nous trouvons un grand nombre de corps solides, d'origine minérale ou organique (pierres, fer, bois, etc.); dans la seconde, quelques solides de structure vitreuse, cristalline ou cornée (verre, cristal de roche, mica, gélatine, etc.), la plupart des liquides et toutes les substances gazeuses. Il faut ajouter qu'un solide quelconque n'est jamais opaque dans le sens absolu du mot; pris sous une épaisseur assez faible, il acquiert toujours une eertaine translucidité ; ainsi l'or en feuilles minces est vert par transmission ; l'argent que l'on dispose en pellicules très peu épaisses, sur une lame de verre, se laisse traverser par la lumière bleue.

I. Propagation. — La lumière se propage en ligne droite dans un milieu dont la nature et la densité restent invariables. Cette loi se trouve' pleinement démontrée par le fait suivant que tout le monde peut vérifier : si, sur la ligne droite qui joint un point lumineux, une étoile par exemple, à l'œil d'un observateur, on interpose un écran opaque, le point lumineux cesse aussitôt d'être visible pour l'observateur ; il reparait dès que l'écran est écarté et que la ligne droite dont il s'agit n'est plus interceptée en un point quelconque de son parcours. La ligne droite suivant laquelle la lumière se propage s'appelle rayon lumineux.

Cette loi de propagation de la lumière permet d'expliquer simplement, à l'aide de considérations géométriques, les phénomènes de l'ombre et de la pénombre que produisent les corps opaques placés sur le trajet de faisceaux lumineux (^V. Eclipse, page 638).

II. Vitesse de la lumière. — L'astronome Cassini paraît avoir eu le premier cette idée, que la lumière ne se propage pas instantanément, commeon l'avait cru jusqu'alors, mais que sa vitesse de translation, quoique extrêmement grande, a cependant une valeur finie. En 1076, un autre astronome, Rœmer, démontra nettement par l'observation des éclipses des satellites de Jupiter la réalitéde cette conception de Cassini, conception que Cassini lui-même, préoccupé d'autres idées, avait déjà abandonnée. En étudiant les inégalités apparentes de marche du premier satellite, que rend' sensibles la fréquence de ses éclipses, Rœmer établit que la lumière emploie 16 minutes '^6 secondes pour parcourir le diamètre de l'orbite terrestre, ce qui correspond à la vitesse énorme d'environ 76,000 lieues ou de 308 millions de ^

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ni(>tre8 par seconde ; c'est une vitesse dont nous nous faisons difficilement une idée, liabitués que nous sommes à l'observation des mouvements des corps terrestres. Ainsi, tandis i\\ie la lumière ne met qu'un peu plus de 8 minutes pour venir du soleil .\ la terre, un train express de chemin de fer faisant 15 lieues à l'heure emploierait plus de deux siècles pour parcourir la même distance. Les <-onclusions de Rœmer furent confirmées un peu plus lard par l'astronome anglais Bradiey, qui prit jiour point de départ de ses recherches un fait tout autre que celui qu'avait utilisé Rœmer, celui de Valierration de In lumière des étoiles.

Jusque-là, il faut le reconnaître, c'était par des moyens tout à fait indirects, par des observations astronomiques qu'on était parvenu à donner une valeur approchée de la vitesse de la lumière. De nos jours, M. Fizeau, en 184!), et Foucault, en 1850, entreprirent séparément de véritables expériences pour arriver, d'une façon plus précise, à l'évaluation numérique dont il s'agit.

Dans le procédé de M. Fizeau, un rayon lumineux était envoyé de Montmartre à Suresnes ; il tombait à Suresnes sur un miroir qui le renvoyait ensuite à Montmartre où le recevait finalement une lunette convenablement disposée à cet effet. On mesurait alors aussi exactement que possible le temps employé par ce rayon pour effectuer l'aller et le retour, c'est-i-dire pour parcourir une distance totale de 17 kilomètres. La longueur du parcours effectué par la lumière et la durée de ce parcours étant évaluées, on en déduisait, par un «alcul fort simple, la valeur de la vitesse du rayon lumineux. En réalité, le succès de l'opération dépendait exclusivement de la sensibilité de l'appareil chronométrique mis en jeu. Cet appareil, que nous ne décrirons pas ici, était sans doute très ingénieusement combiné : mais ce qu'on ne pouvait réaliser dans les conditions où on s'était placé, quelle que fût l'habileté de l'expérimentateur, c'était de faire traverser au rayon de lumière qui cheminait de Montmartre à Snresnes et inversement une couche d'air calme et homogène. Ce rayon à peu près horizontal passait forcement dans une portion de l'atmosphère voisine du sol ; la composition de cette couche était nécessairement variable d'un point i l'autre ; et son agitation ■était permanente. Aussi, l'image observée, quand on recevait le rayon de retour, était-elle toujours plus ou moins tremblotante et l'époque exacte de son extinction devenait-elle fort difficile à observer. Les résultats obtenus par M. Fizeau et un peu plus tard par M. Cornu, qui a répété les mêmes essais dans des conditions un peu meilleures, ne donnèrent pas la mesure de la vitesse de la lumière avec plus de précision que les observations astronomiques.

Foucault n'avait voulu, b. l'époque de ses premiers essais (en 1850) que comparer la vitesse de la lumière dans l'air et dans l'eau. 11 avait constaté — fait d'une grande importance — qu'un rayon lumineux chemine plus lentement dans l'eau que dans l'air, à peu près dans le rapport de 3 à 4; de 18UI à 186'2, il alla plus loin et perfectionna son procédé au point de le rendre apte h fournir une évaluation plus exacte qu'auparavant de la rapidité de translation de la lumière. — Ses expériences peuvent être effectuées dans une chambre de dimensions ordinaires. Voici très succinctement en quoi elles consistent. Le rayon lumineux provenant d'une source fixe va successivement frapper un miroir plan, puis cinq miroirs concaves, qui, après l'avoir renvoyé de l'un à l'autre, lui font reprendre, mais en sens inverse, sa marche primitive pour le faire pénétrer finalement dans un microscope au foyer duquel est placé un micromètre divisé. .\ ce moment, l'observateur dont l'œil est à l'oculaire dudit micros-

cope va pouvoir estimer le retard, s'il' existe, éprouvé par le rayon de retour. Voici comment : Les cinq miroirs dont nous venons de parler développaient en réalité une ligne dont la longueur totale était de 20 mètres. Tout est disposé de telle façon que si le filet lumineux cheminait librement, comme il vient d'être dit, le point du micromètre qu'il atteindrait à son retour dans le champ de vision du microscope coïnciderait exactement avec son point de départ, sur le même micromètre, mais il n'en est pas ainsi : le miroir plan que le rayon rencontre sur sa route n'est pas immoijile ; il tourne au contraire avec une grande vitesse. Ce même rayon se réfléchit alors une première fois sur le miroir plan, peu après son point de départ , il le rencontre de nouveau à son retour, et, comme il ne le retrouve plus exactement dans sa position initiale, puisque ce miroir a tourné d'une certaine quantité pendant le va et vient du rayon ; ledit rayon va se trouver dévié de sa position première d'une quantité d'autant plus grande que le miroir a tourné plus vite et que lui-même a mis plus de temps pour parcourir la distance qui sépare le point d'aller du point do retour. On comprend qu'il existe une relatioo déterminée entre la déviation subie par le rayon de retour, déviation que l'on mesure sur le micromètre, la longueur totale du cliemin qu'il a parcouru, la vitesse de rotation du miroir plan et enfin la vitesse même de la lumière. Or de ces quatre quantités, les trois premières sont fournies par l'expérience qui vient d'être indiquée ; la quatrième, c'est-i-dire la vitesse de la lumière, pourra donc en être déduite. Elle a été trouvée égale à 398 millions de mètres par seconde, au lieu de 308 raillions de mètres, chiffre de Rœmer. Cette donnée numérique avait une grande importance parce qu'elle permettait de rectifier une mesure que nous avons intérêt à connaître avec beaucoup d'exactitude, la distance du soleil à la terre ou, si l'on veut, la parallaxe du soleil qui est intimement liée avec cette distance. On croyait cette dernière égale à 8", 57 ; elle doit être portée à la suite des expériences de Foucault à 8'', 86. Chose remarquable! les meilleures observations enregistrées tout rccemiuent à propos du dernier passage de Vénus sur le soleil (en 1874) conduisent exactement au même chiffre. Cette confirmation des résultats de Foucault nous montre, d'une façon éclatante, ce que peut la méthode expérimentale quand elle est sagement et rigoureusement appliquée. Une simple expérience d'optique dans une chambre de quelques mètres carrés de surface a suffi pour évaluer avec précision la distance de la terre au soleil.

m. Mesure de l'intensité de la lumière. — Photométrie. — Il est nécessaire dans bien des cas de comparer les intensités de deux lumières, de savoir par exemple à combien de bougies d'espèce déterminée et fixe équivaut une lampe, un bec de gaz, un foyer électrique, etc. Cette comparaison est fondée sur la mise en application d'une loi générale de la nature qui se rapporte à la lumière, tout aussi bien qu'à, la chaleur, à l'électricité, à la gravitation, la loi de la raison inverse du carré de la distance. En ce qui concerne la lumière, nous l'énoncerons simplement de la manière suivante : Les intensités de deux sources lumineuses, quand ces sources produisent le même éelairement sur une surface donnée, sont proportionnelles aux carrés des distances qui les séparent de cette surface. I étant l'intensité de la première source placée à une distance d de la surface considérée, I' celle de la seconde source placée à une distance

d' de la surface, on a ,7= '— . Partant de là, si

l'intensité V do la deuxième source est prise comme unité on aura :

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-et il suffira de mesurer dans une expérience directe fl et cl' pour obtenir la valeur numérique -de l'intensité lumineuse cherchée.

Reste à savoir comment on pourra reconnaître si une surface donnée reçoit un éclairement égal et do la source dont on veut mesurer l'intensité et de la source prise comme unité. Bien des méthodes, dites photomélnques, ont été employées à cet effet: celles de Bouguer, de Lambert, la méthode des ombres comparées de Rumford, la perle tournante de Wlieastone, la méthode de Bunsen fondée sur la curieuse propriété que possède une tache de matière grasse imprégnant, en son milieu, une -feuille de papier blanc de disparaître complètement quand les deux faces de l'écran en papier sont également éclairées par les deux sources que l'on compare. Il est encore d'autres procédés pliotométriques comportant un haut degré de précision qui ont pour point de départ les phénomènes étudiés dans la haute optique (double réfraction, polarisation, etc.), et dont A ni go doit Être considéré avec justice comme le premier inventeur. Nous nous bornerons ici à indiquer très sommairement le photomètre de Foucault, parce qu'il est aujourd'hui très employé en France dans l'industrie et notamment pour évaluer numériquement l'intensité lumineuse très variable, d'un jour à -l'autre, d'une usine à l'autre, du gaz de l'éclairage.

Une lame de verre étant recouverte d'une couche parfaitement homogène et très mince de grains d'amidon est rendue par lii même uniformément translucide dans toute son étendue. Elle -constitue, dans le photomètre de Foucault, la base verticale extrême d'un paiallélipipède en bois dont l'axe est horizontal. D'autre part, la caisse prismatique dont il est question est divisée en deux compartiments égaux par une cloison opaque verticale elle aussi, et dont le plan est perpendiculaire à celui delà lame de verre. Les lumières à comparer . sont placées dans les dits compartiments, l'une à droite, l'autre à gauche de la cloison médiane, et leur mobilité est telle qu'elles peuvent, au gré de -l'expérimentateur, être portées à une distance -quelconque de l'écran de verre. Ceci compris, le jeu de l'instrument s'explique de lui-même : l'ombre de la cloison médiane provenant de la lumière de droite porte sur la moitié gauche de l'écran translucide ; pareillement, l'ombre qui provient de la lumièr'' de gauche recouvre la moitié de droite du même écran. En faisant mouvoir la cloison dans son plan pour la rapprocher plus ou moins de la lame de verre, on parvient t\ juxtaposer les deux ombres et alors, comme il y a continuité entre elles, il est facile par le mouvement progressif de l'unie des sources d'amener une égalité parfaite de réclairement sur toute la surface de l'écran amidonné. A ce moment on mesure d et d' et l'on a

par suite la valeur -p- ou au besoin I en valeur

absolue, si I' est pris pour unité.

Le D' Javal a imaginé, dans ces derniers temps, une sorte de photomètre fort simple pour la lumière diffuse, à l'aide duquel on peut étudier les variations de Védaiiimpnt aux divers points d'une salle qui reçoit le jour d'une ou de plusieurs fenêtres. Cette étude a de l'importance, quand il s'agit notamment de nos salles de classe, dans les écoles primaires. On veut aujourd'hui, et l'on a raison, que l'éclairage soit unilatérnl et que la lumière arrive du dehors à la gauche de l'élève. C'est fort bien; mais encore faut-il que les dispositions adoptées soient toiles que les élèves les plus mal placés, ceux qui sont assis loin de la fenêtre, reçoivent un jour suffisant. Comment

s'en assurer'? Le petit instrument du D' Javal rend cet examen facile. Voici en quoi il consiste : Sur une feuille de papier blanc sont tracées des raies noires parallèles, égales en largeur et séparées les unes des autres par des intervalles blancs qui sont aussi égaux entre eux. Vues d'une certaine distance, les bandes ainsi formées par cet ensemble de lignes alternativeinent noires et blanches présentent à l'œil une teinte uniforme, dont l'intensité lumineuse totale dépend du rapport qui a clé établi entre la largeur des intervalles blancs et celle des raies noires. Cette largeur est-elle la même pour les deux sortes de lignes, il est évident que la teinte obtenue aura une intensité d'éclairement égale à 1/2 ou 0,.S0 de l'intensité offerte par la feuille de papier blanc. L'intervalle noir est-il représenté par 1, tandis que le blanc l'est par 2; la teinte de la nouvelle bande correspondra aune intensité lumineuse 0,66 et ainsi de suite. On pourra, en faisant varier à volonté le rapport entre les deux intervalles, noir et blanc, obtenir facilement une série de teintes dont les intensités lumineiises seront parfaitement connues et égales successivement à 0,05 ; 0,10; 0,15 0,90 ; 0,95, et enfin,

100 centièmes. Qu'on étale ensuite ces teintes, à la suite l'une de l'autre, sur une feuille de carton blanc, en les numérotant ; et qu'enfin, immédiatement au-dessus de chacune, on perce dans le carton une petite ouverture rectangulaire, une sorte de fenêtre, dont les côtés verticaux soient parallèles aux lignes blanches et noires et dont la base inférieure les coupe par suite à angle droit; on aura ainsi construit le photomètre dont nous parlons. — Voici maintenant son eniploi : faites tenir verticalement par un aide une feuille de papier hlanc au point de la salle de classe où vous voulez tenter une première expérience, en A, par exemple ; tenez-vous vous-même tout près de la fenêtre qui donne accès au jour dans la pièce ; interposez alors le carton photmiiétre, entre votre œil et la feuille de papier blanc tenue par l'aide de telle façon que le rayon visuel en traversant l'une des ouvertures du carton, l'ouverture n" 12 par exemple, aille rencontrer ladite feuille. Vous reconnaîtrez alors, sans peine, par une comparaison que la juxtaposition des teintes rend facile, si réclairement de la feuille blanche, en la place qu'elle occupe actuellement, est plus grand ou plus petit que celui qui vous est offert par la bande n° 12. Ceci constaté, vous ferez mouvoir lentement le carton devant votre œil, de gauche à droite ou de droite à gauche suivant les cas, jusqu'à ce que vous ayez amené, sur le trajet du rayon visuel, une ouverture nouvelle qui vous laisse voir la feuille de papier demeurée immobile, avec le même éclairement que la bande sousjacente qui correspond à cette ouverture : vous lirez, à ce moment, le numéro inscrit sous la bande,

soit 0,"0. — L'expérience sera répétée, dans

les mêmes conditions: en H, en C, etc., l'opérateur restant à la même place et l'aide se déplaçant seul pour porter la feuille blanche en ces différents points; on trouvera pour B, 0,5;>; pour C, li,.35, etc. La conclusion finale sera (|ue les diverses parties de la salle sont très inégalement éclairées, et que les enfants assis en A, B , C reçoivent des quantités de lumière qui varient comme les nombres 14, 11, 7.

IV. Changements de direction éprouvés dans certains cas par le rayon lumineux. — La lumière ne se propage rigoureusement en ligne droite, avons-nous dit, qu'autant que le milieu qu'elle traverse est homogène, ce qui veut dire que ce milieu doit demeurer identique à lui-même, au point de vue de sa nature propre et de ses propriétés physiques, et conserver, en particulier, dans toutes les directions une élasticité constante.

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Mais lorsque, sur son trajet, un faisceau lumineui rencontre un corps nouveau, ces conditions ne sont plus remplies; il éprouve alors h la surface de séparation des deux milieux comme un double brisement: une partie du faisceau est renvoyée en sens inverse de sa marche primitive, il revient, pour ainsi dire, sur ses pas, et cela dans une direction doterniinablo péométriiiuenient et qui dépend exclusivement de l'angle que fait avec la surface le rayon incident. Cette portion du faisceau ainsi renvoyée est dite réfléchie régulièromont (V. /ieflexiun). Une autre portion du faisceau primitif pénétre dans l'intérieur du milieu rencontré, au moins quand celui-ci est transparent, et alors, au lieu de former le prolongement en ligne droite du rayon incident, le faisceau qui pénètre fait un certain angle avec lui; on le nomme rayon réfracté. Seulement, le sens de la propagation n'est point ici interverti comme dans le cas du rayon réfléchi. Los lois de la réfraction ont été découvertes par Descartes (V. Uéfraction).

V. Dispersmi de la lumière. — Spectre solaire. — Il y a plus : lorsque la lumière blanche, celle qui nous vient du soleil, change de milieu, qu'elle passe par exemple de l'air dans un prisme de verre pour émerger ensuite du prisme dans l'air, ce n'est pas seulement un changement de direction, une sorte de brisement qui se produit; le phénomène que l'on observe est beaucou]>- plus complexe. Le faisceau émergeant du prisme, au lieu d'être blanc comme l'était le faisceau incident, fournit sur l'écran qui le reçoit une image colorée dans laquelle les couleurs sont toujours distribuées dans l'ordre suivant : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge. Si les faces d'entrée et de sortie de la lumière dans le prisme de verre sont disposées de telle manière que leur intersection, qu'on nomme Varéte de rèfriiiuenei' du prisme, soit horizontale ; si, de plus, le faisceau incident de lumière blanclie est cylindrique, la tache colorée reçue sur l'écran a la forme d'un rectangle allongé dont les longs côtés sont rectilignes et verticaux et dont les petits cotés sont remplacés par des demi-cercles. Les couleurs susnommées y sont distribuées sous la forme de bandes parallèles entre elles et perpendiculaires aux longs cotés du rectangle. Cette image colorée porte le nom de spectre solaire. On la produit également dans les mêmes conditions et avec la même distribution des couleurs, quand on emploie un faisceau de lumière blanche provenant de sources autres que le soleil — la flamme du gaz de l'éclairage, la lumière oxhydrique, etc. — Dans tous les cas, le spectre solaire obtenu est d'autant plus pur que le faisceau incident a des dimensions plus restreintes dans un sens perpendiculaire h l'arête de réfringence du prisme.

On opère comme il suit : la lumière avant do parvenir àla face d'entrée d'un prisme très purdeflint, 'de quartz ou de sulfure do carbone, passe par une fente très étroite pratiquée dans un volet, laquelle fente est parallèle à l'arcte réfringente. De plus, sur le trajet du faisceau et à une distance de la fente égale au double de la distance focale principale, on dispose une lentille convergente qui, avant l'interposition du prisme, eut donné sur un écran placé de l'autre coté de la lentille et à cette même distance, une image blanche, nettement délimitée dans tous les sens, et de même grandeur que la fente. Cela réalisé, le prisme est placé sur le trajet de la bande lumineuse étroite, et l'on voit alors sur l'écran dont il vient d'être question un spectre très pur à couleurs vives et parfaitement distinctes.

Newton a le premier interprété avec une grande exactitude ce phénomène de dispersion de la lumière; il a prouvé par des expériences décisives que la lumière blanche est composée d'une mul-

titude de lumières colorées simples, possédant chacune une réfrangibilité propre. Tant que ces rayons de couleurs très diverses cheminent parallèlement, tant qu'ils afi'ectent notre rétine tous à la fois en un même point, nous éprouvons cette sensation spéciale dite de couleur blanclie; mais aussitôt qu'ils changent de milieu — leur direction primitive n'étant pas d'ailleurs perpendiculaire i la surface de séparation qu'ils vont traverser — tous ces rayons subissent individuellement en se déviant de leur direction initiale la réfraction qui est spéciale à chacun d'eux Dès lors, ils cessent d'être parallèles soit dans l'intérieur du prisme, soit quand ils en émergent; et, si on les reçoit alors sur un écran, chacun forme une tache colorée distincte en un point de cet écran dont la position varie avec la valeur de la déviation subie. Théoriquement, et en se plaçant dans certaines conditions voulues, chaque rayon simple appartenant à la lumière incidente devrait fournir une image colorée ayant les mêmes dimensions que la fente elle-même et les diverses couleurs devraient pouvoir être séparées dans le spectre. 11 n'en est rien ; c'est qu'en elTet les couleurs simples sont loin de se réduire h sept dans la lumière blanche ; il y en a des milliers; les images colorées que l'on obtient par la dispersion dans le prisme, quelles que soient les précautions prises, empiètent donc toujours un peu l'une sur l'autre et on passe, par nuances insensibles, d'une couleurprincipale iune autre, — du ronge à l'orangé, de l'orangé au jaune, etc.

Nous n'entrerons pas ici dans le détail des démonstrations expérimentales très variées par lesquelles Newton a établi le principe ci-dessus énoncé ; nous citerons seulement la principale, celle qui, par sa simplicité, paraîtra très probante au lecteur : un premier prisme décompose un faisceau de lumière blanche et donne sur un écran un spectre fortement étalé ; cet écran porte une petite ouverture, une fente étroite, par laquelle on peut à volonté faire passer l'un ou l'autre des rayons colorés, dont l'ensemble forme le spectre. Au delà de l'écran, le rayon qui traverse cette ouverture étroite peut être considéré comme un rayon simple isolé de tous ses voisins. On peut alors opérer sur lui, comme on l'entend, sans être gène par la présence des autres rayons, on peut en particulier l'étudier au point de vue de sa réfrangibilité et évaluer numériquement son indice de refraction. Newton en eH'et, dans son expérience, faisait tomber successivement sur un second prisme cliacun des rayons colorés simples qui lui arrivaient du premier, dans une même direction par la fente de l'écran, et il constatait que chacun d'eux subissait dans ce second prisme une déviation déterminée qui n'appartenait qu'à lui. Il trouvait, en effet, qu'après avoir traversé le second prisme, chaque rayon simple allait former son image colorée en un point différent sur un second écran lixe. La couleur la plus réfrangible est le violet ; la moins réfrangible, le rouge ; les autres couleurs ont des réfrangibilités intermédiaires entre ces deux-là. et l'indice de réfraction (V. Rèfr'iclion) va régulièrement en décroissant depuis le violet, où il estmaximum, jusqu'au rouge, où il est minimum.

Newton ne s'est pas contenté de faire l'analyse de la lumière blanche en la décomposant, comme il vient d'être dit, en ses éléments essentiels; il est parvenu à eu réaliser la synthèse et cela par plusieurs procédés. Voici l'une des méthodes employées : l'expérience est très concluante. On a sept miroirs concaves parfaitement mobiles sur des supports distincts ; on fait tomber sur leur surface les diverses couleurs du spectre qu'a données un prisme dans les conditions déjà indiquées : le violet sur le premier miroir, le bleu sur le se-

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con(î,etc., et on dirige les axes des réflecteurs de manière à faire aboutir en un même point les images colorées qu'ils fournissent. On constate que de cette façon l'image résultante, celle qui est produite par la superposition de toutes les images partielles, est parfaitement blanche. On en conclut forcément que l'ensemble de toutes les couleurs que présente le spectre complet constitue bien la lumière blanche.

L'appareil des sept miroirs rend facile pour l'expérimentation la détermination des couleurs complexes qui sont fournies par le mélange de deux ou trois des couleurs simples du spectre. Il suffit, par un mouvement convenable des miroirs, de superposer uniquement les images que donnent deux ou plusieurs d'entre eux convenablement choisis.

Les phénomènes si curieux qui résultent de la décomposition et de la recomposition de la lumière blanche permettent d'expliquer simplement la coloration spéciale présentée par chacun des corps de la nature. (V. Couleurs, page 517.)

VI. finies (lu spfcire solaire. — Le spectre solaire n'est pas continu ; son défaut de continuité devient manifeste quand on le produit aussi pur que possible en employant un prisme de flint bien homogène, dépourvu de stries et de bulles, et en opérant, en outre, comme il a été indiqué plus haut. On trouve alors dans toutes les régions de ce spectre lumineux une multitude de raies noires ou de lignes obscures parallèles entre elles et parallèles en même temps aux bandes chromatiques brillantes ; elles représentent comme autant de solutions de continuité. Ce fait important n'avait pu être constaté par Mewton ; il a été reconnu et étudié pour la première fois par WoUaston, et par Frauenhofer ensuite. Ce dernier physicien proposa même un classement, qui a été conservé, de ces raies obscures en sept groupes principaux se rapportant aux principales couleurs du spectre, et il a désigné chacun de ces groupes par des lettres luajuscules A, B, G, jusqu'à H. La raie A se trouve dans le rouge, D dans le jaune, etc., H dans le violet, etc. L'n peu plus tard, en recourant à des réfracteurs d'un grand pouvoir dispersif et en multipliant le nombre des prismes qu'un même faisceau lumineux doit traverser, on a reconnu que les grosses raies, qu'on avait crues d'abord simples, se dédoublaient ellesmêmes en une foule de raies plus petites qu'on a pu numéroter et qui permettent d'indiquer aujourd'hui d'une manière précise, quand on fait une expérience, quel est le rayon sur lequel on opère.

Les raies obscures existent dans le spectre, quand il a pour origine un gaz ou une vapeur incandescente et que la radiation qui en provient traverse avant d'arriver au prisme un gaz ou une vapeur de même nature. Le spectre est au contraire continu et brillant quand il provient d'un solide lumineux non susceptible de volatilisation, au moins i la température à laquelle il se trouve porté. Quand la source lumineuse est simple, quand elle consiste, par exemple, en une vapeur métallique d'espèce unique placée dans la tlamnie du gaz de l'éclairage ou dans l'arc voltaique, le spectre se réduit à un certain nombre de lignes brillantes qui sont spéciales au métal employé et qui sont alors caractéristiques de ce métal; ainsi le sodium est caractérisé, on particulier, par une bande brillante jaune correspondant au groupe D des raies noires du spectre solaire.

MM. Kirchhoff et Bunsen ont donné de ces faits curieux une explication rationnelle, aujourd'hui adoptée par tout le monde. Quand une vapeur est portée à une haute température, elle a une couleur qui lui est propre et qui représente la résultante des rayons colorés émis par elle. Par

suite, le faisceau lumineux auquel elle donne naissance, quand il sera décomposé par le prisme, ne pourra que reproduire, en les distribuant sur un spectre étalé, les seules radiations brillantes que la dite vapeur a émises: on aura donc un spectre discontinu, composé d'un certain nombre de bandes lumineuses séparées les unes des autres par des espaces obscurs. Tel est en effet le phénomène observé dans ce cas. Si la source lumineuse est un corps solide non volatil émettant des radiations de tout genre, le spectre qui lui correspondra ira du rouge au violet sans interruption, sans intervalles obscurs, et les raies noires y feront complètement défaut.

Voilà un premier point expliqué. D'autre part, on a démontré, dans l'étude de la chaleur rayonnante, l'égalité du pouvoir éniissif et du pouvoir absorbant, égalité qui est toujours rigoureusement exacte, quand il s'agit d'un même rayon de chaleur d'une réfrangibilité déterminée. Or, ce qui est vrai pour la chaleur est encore vrai, dans l'espèce, pour la lumière (V. Réflexion, Réfraction). Si donc, dans l'expérience déjà citée du spectre continu fourni par un corps solide, nous interposons sur le trajet du faisceau lumineux une atmosphère constituée par la vapeur incandescente de sodium, — nous prenons le sodium comme exemple, parce qu'avec lui l'expérience est facilement réalisable, — celle-ci, qui a un grand pouvoir émissif pour les rayons jaunes, absorbera les dits rayons à raison de son grand pouvoir absorbant pour la même radiation, et dès lors le spectre primitif cessera d'être continu ; les rayons absorbés manqueront dans ce spectre. Là où se trouvait tout à l'heure la ligne brillante D, une raie noire apparaîtra. C'est ce phénomène qu'on a nommé Vinversion des raies.

Une conséquence importante se déduit de cette explication. Les raies noires du spectre obtenu, les places qu'elles y occupent pourront servir désormais à reconnaître la nature des vapeurs incandescentes existant dans la source lumineuse, soit que ces vapeurs se trouvent dans le foyer lui-même, soit qu'elles se montrent dans l'atmosphère qui l'entoure. C'est ainsi qu'en aiialysant, avec un soin minutieux, le spectre du soleil à l'aide du spectroscopc ■ — groupement de prismes possédant un grand pouvoir dispersif, — on est arrivé à constater la présence du potassium, dti sodium, du fer, du chrome, du nickel, etc., dans l'atmosphère de cet astre, et, au contraire, l'absence de l'or, du mercure, etc. C'est encore ainsi qu'on a pu découvrir de nouveaux métaux, lubidium, caesium, thallium, etc., dans des produits minéraux où leur proportion était si minime que les réactions chimiques ordinaires n'y avaient rien signalé d'inconnu. Mais le spectre de la vapeur de ces produits minéraux contenait des raies nouvelles ; on en a conclu qu'il y avait des corps simples nouveaux. Des recherches chimiques bien dirigées ont en effet permis de les isoler.

La spectroscopie représente donc une méthode d'analyse chimique des plus exactes, nous pouvons dire aussi des plus précieuses, parce qu'elle est plus sensible que tout autre. Le physicien, de son cabinet, analyse journellement l'atmosphère du soleil. Il constate la présence et il mesure la longueur des jets d'hydrogène qui en émanent par intervalles et qu'on a nommés les protubérances ; il étudie la constitution des étoiles, des comètes, même des nébuleuses, et il arrive à cette conclusion, tous les jours confirmée par des observations nouvelles : les astres qui peuplent le firmament sont composés des mêmes cléments simples que notre terre, l'hydrogène en particulier se retrouve partout, jusque dans les plus faibles nébulosités que nous apercevons avec les télescopes.

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Vil. Théories de la lumière. — Jusqu'à présent, nous avons examinù lo mode de propagation de la lumière et mesure? sa vitesse ; nous avons indiqué les niétliodos qui permettent de comparer les inti-nsités des diverses sources ; nous avons, enfin, suivi le rayon lumineux dans les différentes modifications <|u'il subit en se propageant : réflexion, réfraction, dispersion ; nous avons fait, en un mot, ce qu'on a appelé, avec raison, Vetude f/éométric/uc de la lumière. Le calcul, un calcul élémentaire, s'applique, en effet, très simplement aux lois expérimentales que les physiciens ont découvertes, et l'on a pu même analyser matliématiquement, jusque dans ses moindres détails, le dispositif des instruments d'optique, lunettes, microscopes, etc., dont la contruction est exclusivement fondée sur ces lois elles-mêmes. — V. Optique (Instruments d').

Tout cela a pu être entrepris et mené à bonne fin sans qu'il soit devenu nécessaire de se demander en quoi consiste l'agent lumineux et quelle est sa vraie nature. Les questions qu'il nous reste maintenant à examiner et qui forment le domaine de la /laute optique, exigent, au contraire, pour être résolues, la connaissance de la théorie généralement admise pour expliquer les phénomènes lumineux. Il demeure entendu que nous nous appesantirons peu sur cet ordre de faits, parce que leurs applications aux choses de la vie sont moins nomibreuses et moins importantes et qu'ils exigent lo .plus souvent l'emploi du calcul infinitésimal pour •être bien compris. Toutefois, dans la haute optique •comme dans l'optique géométrique, se trouve une .partie élémentaire pouvant avec avantage être introduite dans l'enseignement secondaire et pri- (maire, et qui chez nos voisins figure déjà dans les (Programmes de ces enseignements. On comprend •difficilement qu'en France on ait jusqu'à ce jour systématiquement réservé à l'enseignement supérieur l'étude de tout ce qui a rapport à la diffraction de la lumière. Il y a li des faits intéressants, susceptibles d'une application pratique, et qu'il serait utile de vulgariser.

Quoi qu'il en soit, occupons-nous d'abord des théories de la lumière, en conservant à cet exposé un caractère tout à fait élémentaire. La plus ancienne, la seule qui ait eu cours jusque vers le milieu du xvii' siècle, est la théorie de l'émission ; elle eut un adepte émincnt. Newton, et jusque dans ■ces derniers temps elle conserva d'ardents défenseurs. Le dernier et non le moins célèbre fut jBiot, mort en 1862, qui, jusqu'à la fin de sa vie,

■ demeura fidèle à la théorie de l'émission et fit • de vrais tours de force en analyse mathématique ,pour expliquer, à son aide, quelques phénomènes

■ de la haute optique.

L'idée de l'émission de la Jumière se présente, il faut le dire, la première à l'esprit de l'expérimentateur. Il semble naturel de penser que, si les corps lumineux sont en rapport avec nous, malgré la grande distance à laquelle quelques-uns sont placés, c'est qu'une portion de la matière qui les constitue se détache à chaque instant de leur masse pour atteindre l'organe de la vision ; ils doivent, pensait-on, lancer dans toutes les directions des particules émanées de leur surface. Ces particules traversent l'espace avec une grande rapidité, et elles sont tellement déliées qu'elles peuvent même passer entre les molécules de cer-

■tains corps solides ou liquides, des corps dits transparents, pour continuer ensuite leur marche au-delà de ces corps. C'est ainsi qu'en pénétrant dans les milieux de l'œil et en les parcourant dans toute leur épaisseur, elles peuvent parvenir jusqu'à l'épanouissement du nerf optique, jusqu'à la rétine et là, par leurs chocs répétés, produire

■cette sensation spéciale que nous appelons lu vision. C'est encore ainsi qu'animées d'une grande

vitesse, elles vont choquer les obstacles placés sur leur route et rebondir à leur surface conimi; des balles élastiques, de même que la bille d'ivoire rebondit sur la bande d'un billard qu'elle atteint, en faisant l'angle de réflexion égal à l'angle d'incidence; et c'est là précisément, on le sait, la loi fondamentale de la réflexion de la lumière à la surface do séparation de deux milieux. On expliquait, de la même façon, et très simplement, la réfraction, la dispersion, les lois relatives à l'intensité de la lumière, en un mot, tout ce qui a rapport à l'optique géométrique. Mais les difficultés se montraient, et cette fois très sérieuses, quand il s'agissait de rendre compte des phénomènes de la nouvelle optique, des interférences, de la diffraction, etc.

Huyghens, Young et notre Fresnel sont les véritables auteurs de la théorie nouvelle, de la théorie admise aujourd'hui par tous les physiciens et qu'on a nommée théorie des ondulations. Voici en quoi elle consiste : Il existe dans tout l'espace, dans celui qu'on appelle le vide interplanétaire, comme dans l'intérieur des corps, et entre leurs molécules, un milieu éminemment élastique, l'éther, qui est le véhicule de la lumière, de même que la matière pondérable est le véhicule du son. Un corps est lumineux parce qu'il a la faculté d'exciter un ébranlement dans l'éther qui le baigne, et cet ébranlement va se propageant ensuite de proche en proche, avec la rapidité que nous savons, dans tout l'éther environnant. Le mouvement propagé par l'éther, analogue à celui qui produit le son dans les milieux pondérables, est un mouvement de va et vient, un mouvement vibratoire, comparable, moins l'amplitude et la durée, à celui d'un pendule. Dans ce qu'on appelle le vide. 1 éther a partout et dans tous les sens la même densité ; cette densité change au contraire quand il se trouve dans les interstices d'une substance pondérable, gaz, liquide ou solide. Les mo-lécules du corps exercent évidemment sur lui une action spéciale qui modifie sa constitution. Il arrive même que, dans les corps cristallisés, son élasticité est variable autour d'un môme point suivant qu'on choisit telle ou telle direction dans l'intérieur du cristal, à partir du point considéré. Des modifications du même genre sont encore produites dans l'éther qui remplit un corps solide, quand on fait subir à ce dernier des compressions, des dilatations, ou même des flexions; en un mot, pour les partisans de l'hypothèse des ondulations éthérées, le mouvement vibratoire île l'éther, c'est la h^mière; l'nninoijilité île l'éther c'est l'obscurité. Aucune particule ne se détache du soleil, des étoiles, etc. , pour venir jusqu'à la terre : c'est une communication, une transmission de mouvement ondulatoire qui se produit dans le milieu éthéré interposé entre les deux astres.

De touti's les expériences qui sont venues donner à lathc'iii-ir iriliiyi;l]i<ns une éclatante confirmation, la plus ciiiirln.nito est, sans contredit, l'expérience dite tiMwijroi/ s i/e ft-e.>;«e/, laquelle se trouve, au contraire, en contradiction formelle avec l'hypothèse de l'émission. Fresnel fait tomber sur deux miroirs plans A et B, formant entre eux un angle fortement obtus, des faisceaux lumineux provenant d'une môme source. Une réflexion a lieu sur chacun des miroirs, et il en résulte des rayons réfléchis par le miroir A qui se rencontrent sous un angle très faible avec les rayons que réfléchit le miroir B. Un écran convenablement placé en avant du miroir les reçoit à leur point de rencontre. Ces rayons qui se coupent ainsi à des distances variables du miroir ont des différences do marche ou d'espace parcouru qui peuvent être mesurées avec exactitude par des méthodes géométriques. Or, le fait observé est celui-ci : sur l'écran se montrent des bandes alternativement brillantes et

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obscures dont la direction giinérale est parallèle à la ligne d'intersection des deux miroirs. La bande centrale est brillante, elle correspond à une (égalité de marche des rayons concourants qui la forment ; i droite et à gauche, et à égale distance de la bande centrale, est placée une premièro bande obscure qui correspond ;"i une différence de marche d des rayons concourants. Puis viennent, systématiquement placées à gauclie et à droite de la bande centrale et en s'éloignant d'elle, des bandes ou. comme on les nomme liabituellement, des franges brillantes se rapportant à une différence de marclio '2'/ des rayons qui les forment, puis de part et d'autre une seconde frange obscure répondant à une différence de marche Ad des rayons concourants, et ainsi de suite. D'une manière générale, les bandes brillantes correspondent à des différences de marche :

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