‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 113 sur 459 · SOUVENIRS · texte numérisé non relu

SOUVENIRS

O souvenirs ! printemps! aurore !

Doux rayon triste et réchaufl'ant !

— Lorscju'elle était petite encore, Que sa sœur était tout enfant... —

Connaissez-vous sur la colline Qui joint Montlignon à Saint-Leu, Une terrasse qui s'incline Entre le bois sombre et le ciel bleu ?

C'est là que nous vivions. — Pénètre, Mon cœur, dans ce passé charmant !

Je l'entendais sous ma fenêtre Jouer le matin doucement.

Elle courait dans la rosée

Sans bruit, de peur de m'éveiUer ;

Moi, je n'ouvrais pas ma croisée.

De peur de la faire envoler.

Ses fri-res riaient... — Aube pure!

Tout chantait sous ces frais berceaux,

Ma famille avec la nature.

Mes enfants .avec les oiseaux!

Je toussais, on devenait brave ; Elle montait à petits pas, Et me disait d'uji air très grave :

« J'ai laissé les enfants en bas. »

Qu'elle fût bien ou mal coifl'ée, Que mon cœur fût triste ou joyeux, Je l'admirais. C'était ma fée.

Et le doux astre de mes yeux !

Nous jouions toute la journée.

O jeux cliarmants I chers entretiens !

Le soir, comme elle était l'aînée,

Elle me disait : « Père, viens !

(I Nous allons l'apporter ta chaise.

Conte-nous une histoiie, dis! »

El je voyais rayonner d'aise

Tous ces regards du paradis.

Alors, prodiguant les carnages, J'inventais un conte profond.

Dont je trouvais les personnages Parmi les ombres du plafond,

Toujours, ces quatre douces têtes Riaient, comme h cet âge on rit.

De voir d'affreux géants très bètes Vaincus par des nains pleins d'esprit.

J'étais l'Arioste et l'Homère D'un poème éclos d'un seul jet; Pendant que je parlais, leur mère Les regardait rire, et songeait.

Leur aieul, qui lisait dans l'ombre.

Sur eux parfois lovait les yeux, Et moi, par la fenêtre sombre.

J'entrevoyais un coin des cieux !

4 sept. 1846.

Victor Hugo {les Contemplations).

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